Mesure d'audience ROI statistique webanalytics par litterature"WebAnalytics"

Avertir le modérateur

Serge ULESKI - art, essais, écriture et littérature

  • Slate.fr : un journalisme de Tartufe

    erdogan la turquie les musulmans français slare.fr

                Le sujet de cet article n'est pas Erdogan, tout le monde l'aura compris ; en particulier, les lecteurs de bonne foi et vigilants qui savent décrypter un article de presse, qui plus est...  issu de la rédaction de Slate.fr .

    Cet article c'est bien évidemment la continuation par d'autres moyens - sans doute pour ne pas être en reste -, de la campagne de dénigrement systématique à l'endroit des Musulmans français en appui aux Unes insultantes de Charlie Hebdeo semaine après semaine et de tous ceux qui s'en donnent à coeur joie depuis des années quand il s'agit de stigmatiser toute une communauté.

    En effet, force est de constater que... tout ce que la rédaction de Slate dit à ses lecteurs - plus groupies que lecteurs soit dit en passant (se reporter aux commentaires sur Facebook) c'est bel et bien ce qui suit : "Regardez ces Musulmans français qui préfèrent la Turquie d'Erdogan à la France qui a tant fait pour eux tous !".  Car, plus faux-cul que Slate.fr (webzine atlantiste, mondialiste et très proche d'Israël - cherchez l'erreur de cette coincidence !)... vous ne trouverez pas !

    Mais... qu'à cela ne tienne ! Jouons le jeu des questions et des réponses.

     

    ***

    "Pourquoi Erdogan séduit tant de jeunes musulmans franco-maghrébins ? "

     

                  Pourquoi, demandez-vous ? Pour la fierté d'être musulman, d'être considéré et de reprendre un peu de "pouvoir"... avec un Erdogan, même si le sujet devrait être  : pourquoi nos Musulmans français en sont "réduits" à regarder du côté de la Turquie pour retrouver un peu de dignité ?

    Question qui en appelle une série d'autres : de quoi un Musulman français peut-il bien être fier en ce qui concerne ce qui aurait dû être son pays, la France ? De la destruction de la Libye, de la Syrie, de l'Irak et de l'Afghanistan ? Des Unes de Charlie Hebdo semaine après semaine ? Des sorties médiatiques d'un Zemmour et d'un Finkielkraut ? Et de la lâcheté incommensurable de l'Europe vis à vis d'Israël et de sa politique envers leurs "frères palestiniens" ? Pour ne rien dire, car beaucoup a déjà été dit, du passé colonial de la France, de l'Europe et l'humiliation de l'Afrique et du Maghreb ?

    Et comme un malheur n'arrive jamais seul : des années durant, depuis leur plus jeune âge... les cas psychiatriques d'une délinquance multirécidiviste, une délinquance de délinquants sans solution pour eux-mêmes et nous pour eux, ont trouvé une résolution et une sortie définitive, hors du monde qui plus est : l'Islam.

    Sales temps pour cette religion !

                  Mais alors, que Slate.fr assume ses partis-pris ; que ce webzine nous dise qu'il n'en a rien à battre du ressenti des Franco-musulmans ; mais surtout, que Slate.fr ne vienne pas nous faire croire qu'il n'y comprend rien  à ce "désamour" des Français Musulmans pour la France ou plus simplement des Français issus de la culture arabo-musulmane.

     

     

    Lien permanent Catégories : Israël : judaïsme, sionisme et colonisation, Medias, désinformation et ré-information 0 commentaire
  • Première guerre mondiale : Stanley Kubrick contre Jean Renoir

                    A 20 ans d'intervalle, deux films, deux réalisateurs sur un sujet identique : la Première guerre mondiale ; c'est un océan qui sépare ces deux films et ces deux réalisateurs. 

     

    renoir kubrick sur la première guerre mondiale

    La Grande Illusion de Jean Renoir - 1937

     

    Encensé par tout ce qui ressemble de près ou de loin à un cinéphile, à un critique… "La grande illusion" a le prestige, le mérite ou bien, l'inconvénient de l’unanimité ; autant dire, un film culte. Aussi, bon courage à qui s’avisera de formuler quelques réserves à propos de ce monument d’un unanimisme moutonnier ! Grand mal lui en prendra, pour sûr ! Et pourtant…

    Première Guerre mondiale...

    Huit millions et demi de Français seront appelés ; un sur cinq y laissera sa vie, sa pauvre et maigre vie, à raison de 900 par jour, et autant de mutilés - un bras, une jambe, des yeux, la vue… -, en Flandres, en Artois, dans la Somme, en Île-de-France, au Chemin des Dames, en Champagne, à Verdun et en Lorraine…

    Tenez ! 27000 morts en une seule journée le 22 août 1914 «à coups de crosse, à coups de poignards, à coups de bombes et de mitraille». 

    Pour une guerre joyeuse dans ses premières semaines… on peut dire qu’en 4 ans, le spectacle tournera au cauchemar puis à la tragédie car cette boucherie et ce scandale qu’est cette guerre dont on cherche encore aujourd’hui la grandeur.

     

               Jean Renoir dans « La grande illusion » nous présentera un conflit mené dans un esprit chevaleresque et aristocratique, alors qu’il s’est le plus souvent agi de bouchers gantés, le petit doigt sur la couture du pantalon civil et militaire, impeccables certes !  Habiles dans le maniement de leur lorgnon, c’est vrai ! mais bouchers quand même ! Et leurs épouses, marraines de guerre, n’y changeront rien ; chacun de leurs colis viendra ajouter une touche obscène à ce sacrifice sans scrupule et sans objet qu’est cette première guerre mondiale.

    S’il faut parfois savoir se taire avant de parler, décidément, il y a des réalisateurs qui feraient bien de retenir un « Moteur ! » avant de donner le signal de faire tourner la caméra d'un projet cinématographique qui soumettra à notre perspicacité des questions qui n’en sont pas et des réponses… pas davantage. En effet, les de Boëldieu et les von Rauffenstein (les rentiers et les banquiers), héros d’un film fâcheux d'un fils dont le père était quand même mieux inspiré, pinceau d’une main, palette de l’autre, n’étaient au mieux qu’une exception qui confirme la règle, au pire une fiction d’une naïveté insultante pour les millions de pauvres bougres qui y laissèrent leur vie. Dans les faits, les Rauffenstein et de Boëldieu de ces années-là avaient la rancune sournoise ; n'en doutons pas un seul instant, ils étaient bien trop contents de précipiter sous la mitraille des gueux souvent grévistes et revêches, sans doute pour leur apprendre à obéir une fois pour toutes les fois, la dernière, où ils auront été tentés de n’en faire qu’à leur tête d’ouvriers et d’artisans décidément indomptables.

    Quelques jours avant sa mort et le début d'un grand chambardement, Jaurès ne s'est-il pas adressé à eux en ces termes :

                  « Quoi qu’il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n’y a plus, au moment où nous sommes menacés de meurtre et, de sauvagerie, qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c’est que le prolétariat rassemble toutes ses forces qui comptent un grand nombre de frères, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes et que nous demandions à ces milliers d’hommes de s’unir pour que le battement unanime de leurs cœurs écarte l’horrible cauchemar ». Discours de jean Jaurès – le dernier -, contre la menace de la guerre totale cinq jours avant son assassinat - prononcé à Lyon-Vaise le 25 Juillet 1914.

     

    renoir kubrick sur la première guerre mondiale grande illusion sentiers de la gloire

    Les sentiers de la gloire : Stanley Kubrick - 1957

     

                  Cette boucherie de 14-18  qui semble avoir échappé à Renoir - durant la Première guerre mondiale, il sera affecté dans une escadrille  de reconnaissance - et les de Boëldieu de ce conflit, c'est Stanley Kubrick qui nous les servira sans réserve dans un film militant basé sur des faits réels (affaire des caporaux de Souain).

    "Les sentiers de la gloire", véritable cri anti-guerre,  retentira comme un appel vibrant à la fraternité  humaine : "Soldats de tous les pays, unissez-vous contre votre hiérarchie et vos gouvernements !" car le soldat, chair à canon, simple pion, n'a qu'un seul ennemi : cette même hiérarchie et ces mêmes gouvernements.

     

    ***

             

                  Longtemps on pourra regretter que la critique cinématographique ( celle de la tradition d'un Michel Ciment - plus groupie que critique notamment envers tous les réalisateurs dits "culte") restera absente dans la dénonciation de cette faute à la fois morale et historique qu'est "La grande illusion" ; et  si cette « illusion » sur grand écran  a été bien accueillie par la critique et le public dès sa sortie en 1937 – contrairement à « La règle du jeu » tournée une année plus tard -, c’est sans doute parce que  personne ne s’y est trompé : seule la vérité dérange,  le mensonge, lui, en rassure plus d’un et plus d’une.

     

     

    1 - A noter le fait que Renoir proposera ses services à Vichy dès 1940. Esprit confus que celui de Renoir ! sans doute parce qu'il n'a pas reçu d'éducation politique, morale et philosophique poussée. Double discours aussi : "La règle du jeu" et "La grande illusion" : Renoir valide quoi dans ces deux films ? Où est Renoir et avec qui ? On pensera au "... en même temps" de Macron et d'autres : ce fameux centre, le ventre mou de la morale et de l'engagement. Souvenons-nous de cette remarque du personnage Octave tenu par le réalisateur dans la Règle du jeu : "Tout le monde a une bonne raison d'être ce qu'il est et de faire ce qu'il fait". Le mot (l'adjectif) en trop est "bonne"... car une raison n'est pas nécessairement une "bonne" raison. Cette nuance a échappé à Renoir tout au long de son oeuvre : Renoir semble ne juger ni le mal ni le bien : relativisme lâche et opportuniste ? - retour alors à la case départ : la première ligne de ce commentaire-ci.

     

     

    Lien permanent Catégories : Cinéma de film en film 0 commentaire
  • Coupe du monde 2018 en Russie

    043_dpa-pa_180616-90-011062_dpai.jpg?itok=ZkDRUFt7

    France-Australie : 2-1 

     

    Seul importe de gagner ?
     
    Gardons à l'esprit qu'il y a des victoires qui annoncent des défaites amères.
     
     
                   Si le sélectionneur de l'équipe australienne peut se consoler avec l'idée que son équipe d'une rigueur et d'une lucidité exemplaires ne peut que s'améliorer, en revanche, Didier Deschamps peut s'inquiéter légitimement : ceux qui suivent l'équipe de France depuis deux ans n'ont qu'un constat à faire : cette équipe ne progresse pas. Il semblerait donc qu'elle soit - pour l'écrire avec une touche d'ironie et de moquerie- ... qu'elle soit donc...  "à fond".
     
    Ce que l'équipe australienne nous enseigne  c'est ceci : l'intelligence dans ce sport qu'est le football n'est pas à chercher chez les joueurs mais bien plutôt chez celui qui décide de qui va jouer, à quel poste et quel jeu il faudra déployer tactiquement, le tout servi par des joueurs qui savent écouter et obéir. 
     
    Le sélectionneur australien a manifestement su y parvenir car, à aucun moment, cette équipe australienne n'a changé d'un iota le jeu qui leur a été demandé 90 minutes durant.
     
    A suivre.

     

     

    Lien permanent Catégories : Medias, désinformation et ré-information 0 commentaire
  • Penser la dissidence aujourd'hui avec Bartleby de Hermann Melville

     

            La nouvelle de Herman Melville (l’auteur de Moby Dick) parue en 1853, n’en a jamais fini avec la postérité semble-t-il : année après année, elle creuse son sillon. Chouchou des philosophes, de nombreux penseurs se sont emparés du personnage de Melville et de son « I would prefer not to » qui fera le tour du Monde.

     

    ______________

     

             Un petit rappel des faits avant d'aller plus loin : le narrateur est un homme de loi de Wall Street qui engage dans son étude un dénommé Bartleby pour un travail de « scribe » : il recopie des textes. Au fil du temps cet employé ne parlant à personne mais travailleur et consciencieux, refuse certains travaux que lui demande son patron ; il ne les refuse pas ouvertement, il dit simplement qu'il « préférerait ne pas » les faire. Peu à peu, Bartleby cesse de travailler, mais aussi de sortir de l'étude ; il y prendra ses repas et y dormira. Finalement congédié, il refusera de quitter les lieux forçant son employeur à déménager laissant au bailleur le soin de traiter le problème « Bartleby » : il sera emprisonné et se laissera mourir d’inanition.

     

    Après le décès de Bartleby « tombé, recroquevillé par terre, face immobile devant le mur de la prison », un petit  appendice nous apprend qu’il a longtemps travaillé à la poste au service des « Lettres au rebut » - service qui gère les courriers qui ne peuvent trouver leur destinataire. Le narrateur s'intéressera à cette information pour la raison suivante : “Imaginez un homme condamné par la nature et l’infortune à une blême désespérance ; peut-on concevoir besogne mieux faite pour l’accroître que celle de manier continuellement ces lettres au rebut et de les préparer pour les flammes ?”

     

    ***

     

    « Que savez-vous de votre douleur en moi ?»

     

               Si Bartleby n’est pas « L’écriture du désastre » (Blanchot), en revanche, Bartleby est bien l’histoire d’un gâchis humain, voire même... de son sacrifice. Alors que la littérature européenne du XIXè nous proposera des personnages juvéniles, fantasques, hédonistes, raisonneurs centrés sur eux-mêmes, mais finalement jouisseurs à la petite semaine, c’est bien une bombe à retardement que Melville a transmise à la postérité : celle d’un discrédit porté, un siècle avant son apogée, sur une révolution industrielle et un productivisme consumériste corrupteurs des âmes jusqu’à l’assèchement, sans oublier le saccage d’une nature bouc émissaire, et ce bien longtemps avant Hiroshima dont les applaudissements sous les hourra et autres cris de joie (parce que la bombe a bien rempli son office - exploser ! -, et la cible a été atteinte en son cœur – impact optimal)… résonnent encore dans les couloirs de toutes les chancelleries.

     

    Située au croisement conflictuel des lignes politiques et morales qui déchirent notre modernité post-moderne, Bartleby serait donc une Œuvre prophétique ?

    Premier personnage littéraire « résistant »  - nous sommes en 1850 -, avec la désobéissance de Bartleby dont la mesure est en lien direct avec ce à quoi elle s’oppose, Melville nous propose un personnage en suspens, figé et qui, manifestement, se trouve – et c’est peu de le dire -,  bien en peine de pouvoir célébrer quoi que ce soit ; un personnage dans l’incapacité de rendre le moindre hommage à cette société déjà marchande, industrielle et financière qui l’a vu naître manifestement et rétrospectivement à son corps défendant.

    Melville était-il donc lui aussi bien en peine de célébrer et de sauver quoi que ce soit de son époque ? Et aujourd'hui, plus d’un siècle et demi après, ne peut-on pas nous aussi nous poser la question : qu'est-ce qui nous reste à célébrer et à sauver ?

    La réponse ne tardera pas : sûrement pas la vie ! La fin, nous sommes ! La fin et les moyens... et rien d'autre. Plus rien devant nous, plus rien derrière. Plus rien ne nous précède. Plus rien ne nous dépasse ! Aussi, il ne nous reste plus qu'à nous consommer tous autant que nous sommes avant de nous entre -dévorer, jour après jour, anthropophages et cannibales. Et tout ça n’a plus aucune importance car quelque part au fond de nous-mêmes, nous savons tous que nous sommes tous... déjà morts. 

    Cette formule de Bartleby « I would prefer not to » serait donc la dernière parole d’un monde défunt, sa dernière volonté : ne plus rien vouloir ni défendre ni sauver ? Peut-on aller jusqu’à parler d’une formule d’extrême onction ?

    La parole Bartleby traduite en français par « je ne préférerais pas », ou « je préférerais ne pas » ou encore « j'aimerais mieux pas » (on remarquera l’usage du conditionnel) clôt tous les débats. Elle n’ouvre aucune porte, elle les ferme toutes, à la fois chez Bartleby et chez celui qui la reçoit en pleine face comme un défi, une insulte et une humiliation. Plus Bartleby en fait usage, plus insoutenable elle devient. Chaque occurrence de cette formule réduit au silence son interlocuteur, comme si elle le   vidait. Forcés au silence, de frustration en humiliation, seul l’usage de la violence à l’encontre de Bartleby délivrera et soulagera ses collègues de bureau, symboles d’une société répressive qui se sent menacée et attaquée par cette formule-refus pourtant explicitée sans haine, sans ironie ni provocation, d’une voix décidée mais douce et avec tous les égards dus à l’interlocuteur (d’où le conditionnel) ; une formule d’une radicalité d’une extrême politesse.

     

    ***

     

             Si l’on en croit la lecture d’un Deleuze pour lequel ce n’est pas Bartleby qui est malade mais la société, et au-delà, l’Occident, en conséquence, on comprend aisément que cet anti­-héros de la moitié du XIXe siècle soit aujourd’hui élevé au rang de super-héros des temps modernes, en objecteur de toutes les consciences qui ne préfère plus rien car il souhaite ne plus rien vouloir sinon se laisser mourir ; ultime conséquence de ce refus. Et Deleuze de conclure par un : « Bartleby, le nouveau Christ, notre frère à tous ! »

    Derrida voyait en Bartleby un sacrificateur… il se serait agi manifestement d’un sacrifice pour rien puisque… pensé en 1853, Bartleby, personnage et symbole tout à la fois, n’aura aucune main, aucun poids sur les événements du siècle à venir.

    Christ, sacrificateur, victime de la violence sociale… toutes ces lectures sont pourtant aux antipodes de ce que Melville nous donne à lire.

    Qu’à cela ne tienne… une fois livré aux lecteurs, le personnage échappe à son auteur, et l’interprétation d’un Deleuze prouve une fois encore qu’en littérature, le meilleur personnage qui soit est bien le lecteur car, c’est lui qui « fait » le livre. Il suffit de penser à tout ce que le lecteur-intellectuel-philosophe est capable d’investir dans sa lecture de la nouvelle de Melville.

     

    *** 

     

     

               Il semble donc que tous ont trouvé dans Bartleby  le contraire exact de ce que Melville nous donne à comprendre. Mais alors… et si le personnage de Bartleby nous renvoyait plus simplement à la schizophrénie ou aux psychotiques bien des années avant Eugen Bleuler qui fut à l'origine de ces diagnostics vers la fin du XIXe ? Chez Melville, la pétrification et l’anorexie de Bartleby ne sont pas des symboles mais des faits d’une objectivité quasi clinique. Melville mentionnera à propos de son personnage “un désordre inné et incurable”, un “mal excessif et organique”. 

    Melville souhaitait-il ôter à Bartleby, préventivement, toute dimension politique ou prophétique, toute métaphysique ? Son personnage l’aurait-t-il effrayé au point que Melville aurait alors cherché à s’en retirer sur la pointe des pieds comme pour mieux nous laisser un Bartleby simplement dérangé ? Bartleby ne serait donc qu'une mise en scène textuelle de la folie, la première depuis Sade ?

    Melville insiste : la folie de Bartleby n’est pas due qu’à la seule nature : « Imaginez un homme condamné par la nature et l’infortune à une blême désespérance ».

    Difficile d’oublier le fait que Bartleby est un contemporain de Baudelaire, et à partir de là, difficile de ne pas penser à son poème Spleen du recueil « Les fleurs du mal » daté de 1857 ; poème symptôme de la grande peste mélancolique qui en Europe fait déjà des ravages avec Baudelaire comme figure de proue : « Quand la terre est changée en un cachot humide/Où l'Espérance, comme une chauve-souris/S'en va battant les murs de son aile timide/Et se cognant la tête à des plafonds pourris...) ; on pensera aussi au tableau Le cri de Charles Munch ; et enfin, la dépression, mal du XXe siècle et très certainement des siècles suivants car nous sommes encore loin d'en avoir fini avec la déshérence et  la dépossession.

     

               Le patron de Bartleby demeure impuissant face son employé. Après s’être enfui (il fermera son étude et déménagera ses bureaux) il reviendra vers Bartleby submergé par une immense vague de pitié qui, plus tard, se changera en compassion - faiblesse de toutes les faiblesses -,  et plus tard encore, en commisération puis en naufrage fusionnel jusqu’à la communion (des saints ?).

    Dans l’esprit, difficile de nier que la nouvelle de Melville exalte entre autres vertus, la charité. Face à Bartleby, personnage comme « mort au monde » (Artaud), très vite le narrateur choisit l’anéantissement et ce nouveau commandement insufflé en lui par Bartleby : « Je ferai tout ce que vous voudrez ! » avant de confesser - Bartleby devenant alors le confesseur de son employeur -, du bout des lèvres : « Que savez-vous de votre douleur en moi ? » ; aveu d’une révélation chez le narrateur : la révélation de son propre néant.

     

                 Que le récit soit porteur d’une vérité humaine universelle, c’est certain. Métaphore poétique inédite, parabole, fable ou conte, c’est bien de la condition humaine qu’il est question : gâchis, catastrophe et sacrifice puis, une fois défait, un genou à terre, rédemption du narrateur dans l’abandon de sa volonté : le renoncement à sa propre vitalité, un quasi renoncement au monde au côté de Bartleby.

     

                A propos du personnage de Melville, on a parlé de solitude et d'incommunicabilité, d’échec de la communication entre un être et la société, de son incapacité à nouer un contact avec autrui, même futile. Comment Melville avait-il pu sentir bien avant tous les défroqués donneurs de sens et d’explications à la pelle du siècle à venir, jusqu’à nos rêves les plus intimes, de Freud aux divans des psys des télés et des radios, que sans une communication avec les autres, sans le récit de soi-même, c’est  l’effondrement ? Un Melville qui reconnaîtra en 1853 la nécessité humaine de cette communication pour conjurer le danger psychotique qui guette quiconque souhaite s’y soustraire.

    C’est l’enracinement qui permet le nomadisme : parce que l’on sait d’où l’on vient, nous sommes alors capables de nous en détacher ; dans le cas contraire, mettre la charrue avec les boeufs, c’est ouvrir la porte à tous les déséquilibres possibles jusqu’à l’anéantissement par la violence. Dans ces conditions, c’est le rapport essentiel entre le langage et le silence qui doit être inversé. Le langage est une libération, - pouvoir se raconter, communiquer -, et le silence une prison. C’est donc par la communication avec autrui, et non par le silence et l’abstention que la vie sociale, et la vie tout court, se dégèle et s’échauffe.

     

              L’amour de la vie ne devrait-il pas nous permettre de nous réconcilier avec ses inconséquences, ses imperfections, voire ses horreurs ? « I would prefer not to », cette formule en forme de procès fait au monde, n’est-elle pas une tentative de fuite hors de l’existence ? Une fascination nostalgique, un “sentiment océanique” porteur de l’idée d’un grand tout universel, ou plus modestement, une mare amniotique pour s'y baigner, embryon jamais venu au monde, fœtus du refus (océan/néant) qu’une mère aura retenu - elle n'a jamais accouché, elle l’a gardé pour elle seule et pour lui seul -, refusant de le jeter en pâture à l’horreur de notre monde dans toute son horreur... monde que l'on ne peut décidément pas refuser d'habiter, volontairement ou bien, comme contraint par un envoutement aujourd'hui encore mystérieux  qu'au prix d'un énorme préjudice à soi-même.

    Poussée jusqu’à son ultime conséquence, Bartleby en aura fait l’amère expérience ; une expérience amère et fatale.   

          

                                                                                       ***

      

                  Où sont aujourd’hui les Bartleby ? Tous ceux qui s'abstiennent comme d'autres se retiennent entre deux «  je préférerais plutôt pas » - véritable sésame de tous les objecteurs de conscience politique, morale et éthique, face à ceux qui toujours tranchent et se jettent à l'eau, et quand ils se noient, ce n'est jamais seuls ; ils prennent toujours soin d'emporter les autres avec eux...

    Il faut avoir lu la nouvelle de Melville et vu Bartleby tel que Maurice Ronet (1) l’a vécu, lui qui savait tout, et plus que quiconque, de la douleur des autres en lui parce qu’elle était aussi la sienne, pour réaliser à quel point ce refus du monde était bien plus grand que le personnage de Melville, bien plus grand que tout ; il y a avait dans son refus tous les refus passés et à venir, grands et petits, anonymes, ignorés de tous, renoncements qui sauvent et protègent... mais fallait-il pour autant porter ce renoncement jusqu’à l’ultime refus et souhaiter mettre un terme à l’aventure humaine ? 

    Certes ! On survit à tout, c’est vrai. Et c’est la raison pour laquelle tout peut arriver. Et c‘est aussi la raison qui fait que finalement... tout arrive. On décide de survivre à l’horreur et à la douleur. C’est notre capacité d’endurance qui rend possible toutes les horreurs. Notre obstination à vouloir vivre coûte que coûte, notre résistance font que l’horreur sera toujours sûre. Si seulement nous étions tous incapables de survivre à cette horreur ! Si seulement nous n'avions pas la folie de lui tenir tête, notre espèce, pour ne pas disparaître, ferait tout pour l’éviter, car la prochaine horreur signerait la fin de l'espèce humaine.

    Bartleby avait-il compris qu'aussi longtemps que nous survivrons à cette horreur, jamais nous n’y mettrons fin ? 

    Cachez toutes ces horreurs que je ne saurais voir ! Bartleby qui n’appartient plus à son créateur Melville depuis longtemps déjà, maintenant autonome, ce Bartleby-là a sans doute refusé d’être un tartuffe de l'horreur et de son indignation car, qu'on le veuille ou non, survivre à cette horreur, c’est accepter qu’elle nous frappe à nouveau, sans discernement comme un aveugle frappe le sol avec sa canne pour ne pas trébucher sur un obstacle ; obstacle qui lui serait fatal. Pour un peu, et à son sujet, on en viendrait à penser qu'il cherche à retrouver quelque chose qu'il aurait perdu car, quel boucan cette canne qui frappe le bitume ! Un vrai boucan d’enfer, cette canne qui cherche à retrouver quelque chose mais... devant elle ! Oui ! Devant elle ! Toujours ! Un quelque chose comme perdu... pour demain.

     

    ***

     

                   Eugène de Rastignac, Frédéric Moreau, Julien Sorel, Antoine Roquetin, aucun personnage de la littérature française n'est à la hauteur d'un Bartleby, notre contemporain avec près de 200 ans d'avance. On doit donc à la littérature de langue anglaise un personnage sculpté dans le marbre et taillé à la mesure de deux siècles déjà écoulés et de ceux qui sont encore à venir.

     

    ______________________________

     

     

     Bartleby réalisé en 1976 par Maurice Ronet, avec Maxence Mailfort (Bartleby), Michael Lonsdale ; film aujourd’hui oublié, salué en son temps et à sa sortie comme un chef d’œuvre. Un Maurice Ronet anti-Delon par excellence – culture, intelligence et sensibilité – que ce même Delon "tuera" à deux reprises dans les films suivants : Plein soleil et La piscine ; l’industrie du cinéma préférant la plastique d’un Alain Delon, une beauté opaque et aveugle, sans hauteur ni profondeur, sans perspective, une beauté cul-de-sac comme la bêtise qui n’ouvre aucune voie et ne fait résonner aucun appel, contre la beauté blessée d'un Maurice Ronet qui a tenu, souvenons-nous, le rôle d’Alain dans l’adaptation de Louis Malle "Le feu follet" de Pierre Drieu la Rochelle ;  un Alain pendant moderne de Bartleby ?

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais 0 commentaire
  • Coupe du monde de football 2018 oblige !

             Billet de blog publié en 2016 

     

     Karim Benzema ou la dénonciation du racisme mise à la portée des opportunistes, des imbéciles et des voyous

     

    france-s-national-soccer-team-players-benzema-and-valbuena-warm-up-during-a-training-session-in-clairefontaine_5458760.jpg

             Une affaire de "tentative d'extorsion de fonds" aux dépens de Mathieu Valbuena -basée sur l'existence présumée d'une sextape d'images d'ébats avec sa compagne - a valu à Karim Benzema une mise en examen, comme quatre autres co-accusés dont un ami d'enfance. De fait, l'attaquant vedette "n'est plus sélectionnable"en équipe de France, a prévenu la Fédération française de football, à six mois de l'Euro 2016 en France.

     

    ***

     

    5 mois plus tard...

     

                 Bien que dans l'équipe de France de Football le Maghreb et l'Afrique noire ont toujours été représentés, voire... sur-représentés, ce que des individus comme Finkielkraut et d'autres ont pu lui reprocher à l'occasion du Mondial de 1998 - "Pas assez blanche cette équipe !"...  et alors que la critique suivante : "La sur-représentation de l'Afrique en équipe de France caractérise une société seulement capable de proposer à ses minorités visibles le sport comme unique voie d'expression et d'excellence" eut été bien plus constructive...

    Karim Benzema a déclaré mercredi dernier, dans une interview à un média espagnol que s'il n'a pas été pas sélectionné dans l'équipe de France "c'est parce que Didier Deschamps a cédé à la pression d'une partie raciste de la France".

    Dont acte.

     

    ____________

     

     

                       Benzema est à l'image de ce qu'est devenu le football à un point tel qu'aucune étude au sujet de ce sport ne pourra se passer d'analyser la personnalité, le caractère et les agissements d’individus tels que ce joueur  : Benzema est un archétype ; porteur d'aucune valeur, qu'elle soit sportive ou autre, il n'a certainement pas sa place dans une équipe nationale ; et c'est une bonne chose  que Deschamps l'ait compris très tôt car enfin, le cynisme dans les affaires a ses limites. Or, dans les Coupes du monde et d'Europe il est aussi question de business.

     

                   Pour nombre d'entre nous, ça fait un bail que la conclusion suivante s'impose : il n'y a plus rien à sauver dans le sport professionnel en général et dans le football en particulier : ni les joueurs, ni les supporters, ni le ballon car, tout y est pourri dans ce sport, tout y est gâté, comme un fruit tombé de l'arbre : déchéance éthique et morale.

    Aussi, que le joueur international de nationalité française et d'origine algérienne qu'est Karim Benzema qui se dit algérien et non français, puisse penser que sa non-sélection dans l'équipe de France... "C'est du racisme !", ne nous y trompons pas : il s'agit tout simplement d'un Benzema qui n'assume rien à propos de sa mise en examen pour tentative de chantage crapuleux. Quant à y voir autre chose, en ce qui concerne la déclaration de ce joueur, comme par exemple"... une sorte de piège identitaire des racismes réciproques" (le journal Le monde), là, c'est vraiment mettre à la portée des opportunistes, des imbéciles et des voyous la dénonciation du racisme et celle de l'antisémitisme avec,, à ce sujet, le réalisateur-acteur Yvan Attal : et bonjour la confusion et la mauvaise foi alors !

    Il est vrai que sous le règne d'un argent roi, pris dans la nasse du code pénal, au fond de son entonnoir, Benzema se dé-bat (et se venge) comme il peut car comme beaucoup d'autres avant lui, Benzema a très vite appris puis compris ceci : "Je suis millionnaire ; par conséquent, tout m'est permis comme à tous les autres !"...

    Arrogance, recherche d'impunité et d'immunité... seulement, le malheur veut que Benzema n'a pas l'autorité "morale" d'un Thuram car, à la lumière de sa mise en examen pour "tentative d'extorsion de fonds", Benzema, c'est aussi et c'est surtout "The wrong guy at the wrong place at the wrong time" sur un sujet tel que le racisme que ce joueur aurait, semble-t-il, découvert la semaine dernière car durant toutes ces années, contrairement à Lilian Thuram qui a eu des choses à dire à ce propos, Benzema s'est montré plutôt laconique.

                    Qu'à cela ne tienne ! Rappelons ceci : sur un sujet comme la dénonciation du racisme, il faut vraiment être capable d'afficher une rectitude et une éthique professionnelles et relationnelles au-dessus de tout soupçon tout en sachant choisir son heure - celle d'un racisme avéré -, car, avec le racisme, avant l'heure ce n'est pas l'heure, et après, ça ne l'est déjà plus. Et c'est alors que le discrédit vient ternir cette lutte qui n'en a vraiment pas besoin.

     

     
    Thuram sur Benzema  par FranceInfo

    Lien permanent Catégories : Medias, désinformation et ré-information 0 commentaire
  • La critique dans la littérature

     

                    Ah ! ces critiques qui, et cela n’aura échappé à personne, ne découvrent le plus souvent, et parfois même exclusivement, la littérature qu'à travers le service de presse des éditeurs…

    En effet, on n’a jamais vu un critique acheter un livre car un critique… ça raque pas !

    Dommage d’ailleurs, car, comme pour le cinéma, s’ils devaient débourser quelques euros pour faire leur métier, cela changerait du tout au tout la donne : pour commencer, ces critiquent liraient beaucoup moins de livres… moins et mieux ; et nul doute qu’ils seraient plus exigeants et donc, moins indulgents avec des livres pour lesquels il leur aura fallu débourser quelque argent !

    Aussi... soit dit en passant, et pour cette raison qui en vaut bien d’autres... un conseil : évitez de prendre pour argent comptant l’avis de ceux qui n’en dépensent jamais ! Et gardez-vous bien de côtoyer ces professionnels de la lecture - professionnel non pas dans le sens de « compétent » mais… dans le sens de… « qui tire un revenu de son activité » !

     

                     A la fois récipiendaires et garçons de course des services de presse, marathoniens de la lecture, compte-rendu après compte-rendu qu’ils appellent abusivement critiques… pour ne rien dire de ceux qui ne commentent que les livres qu’ils ont aimés (1) parmi ceux qui leur sont adressés par des éditeurs qui jettent leurs livres par les fenêtres comme d’autres leur argent...

    Tout bien considéré, et toute chose étant égale par ailleurs, même si on sera bien en peine de savoir qui et quoi…

    Curieux tout de même ce métier de critique, quand on y pense ! Car, tout comme les libraires dont on ne sait déjà plus quoi faire, difficile d'ignorer, quand on prend la peine et le temps d'y réfléchir un peu... le fait que tous ces tâcherons passeront finalement leur vie de lecteurs-critiques-professionnels à ne découvrir une littérature que seuls les éditeurs auront bien voulu leur faire connaître… et pas n’importe quels éditeurs : une trentaine tout au plus, tous confinés, à quelques exceptions près, dans notre belle capitale que plus personne ne peut d’ailleurs s’offrir le luxe d’habiter, excepté en célibataire, ou à deux, couple stérile de préférence, ou bien franchement hostile à toute vie familiale, dans un 40m2 bien tassés.

     

                     Un autre conseil alors : côté lecture, détournez-vous de ceux qui jamais ne choisissent les ouvrages qu'ils lisent ou vendent - critiques et libraires confondus.

    Une dernière chose : une idée... comme ça ! Et si demain on décidait d’interdire cette activité de critique, de toute façon ingrate et superflue (2), aux auteurs ? Oui ! Aux auteurs qui, le plus souvent, font de la critique comme d'autres font la plonge chez Mc Donald pour payer leurs études, tout en gardant à l’esprit ce qui suit : passer son temps à lire les livres des autres, quand on sait le temps que ça prend d'écrire les siens (3)...

    Alors oui ! A tous ces auteurs, si on leur interdisait de faire de la critique… la littérature s'en porterait beaucoup mieux, et puis aussi, cela permettrait, en partie, de mettre fin aux conflits d’intérêts que cette double identité-activité d'auteur-critique engendre inévitablement : complaisance à l’égard des auteurs appartenant au même éditeur que notre critique ; et plus sournois encore : critiques dithyrambiques comme autant d'appels du pied vers la maison d’édition que ce même critique meurt d’envie de rejoindre…

    Combien de membres cette corporation perdrait-elle si cette interdiction devait être appliquée ?

    D’aucuns pensent qu’il ne resterait que le tronc pour une activité sans queue ni tête.

     

     

    1 - La bonne blague ! Comme si cela nous importait qu’ils les aient aimés – ils feraient bien mieux de les comprendre et de se demander d’où vient leur rejet !

    2 - A quelques exceptions près – pour rester sur le Net, notre maison commune à tous… pensez à visiter le site STALKER

    3 – Un auteur qui se respecte ne lit que les livres dont il a besoin pour écrire les siens ; et ces livres-là, ne sont pas si nombreux !

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais 0 commentaire
  • Oedipe roi - de Pasolini

    104679220.jpg

     

                 "Je suis à l'abri car j'ai la vérité avec moi. Mais… qu'il est horrible  de savoir alors que ce n'est d'aucune utilité pour celui qui sait. Je savais. J'ai voulu oublier. " Tirésias - l'oracle -, s'adressant à Oedipe, roi de Thèbes.

     

    ***

     

                   Personne n’a autant pris au sérieux nos mythes et leur transmission que Pasolini, d'autant plus qu'avec ce cinéaste exigeant et sans concessions, c’est toujours à prendre ou à laisser. Alors on prend, bien sûr ! car l'on sait déjà que Pasolini nous rendra même ce qu'on lui a pris ; on en sera donc doublement récompensés.

                   Pasolini n’est pas un faiseur doué et malin, c’est un visionnaire et un militant. Tourné au Maroc, pour Œdipe roi (tragédie de Sophocle ;  429 av.J.C) porté à l’écran en 1967, Pasolini choisit un décor antique en l'état. Hurlements, cris, plaintes, rythmes, chants et musiques de tous les continents (Asie via le Japon), Œdipe roi de Pasolini c'est la leçon d'Artaud ; Artaud et son théâtre de la cruauté : le texte se tait, plus de bavardage ; c’est aussi un Art brut… brut de décoffrage avec ses visages "rupestres", arides, hommes, femmes et enfants du désert et d'un dur labeur sous la chaleur ; parures et armures fruits d’un choix à la fois extravagant et rustique, le tout appuyé par un casting composé d’amateurs entourés de quelques professionnels, la mise en scène primant sur la psychologie.

    Anti-intellectuel, anti-culturel, a-historique, l’Œdipe de Pasolini peut traverser le temps sans craindre de prendre une ride, une seule ou de s’attirer les quolibets d’un public indigent et avachi, aujourd'hui bien incapable de relever tout défi quel qu'il soit : esthétique, humain, artistique ou politique.

    Plus surprenant encore, ce cinéma-là de Pasolini, c’est aussi Jean Rouch et ses contes du Niger, avec ses mythes et ses jeux de rôles à tour de rôle.

    Et s'il faut bien reconnaître que... in fine, tous peignent, écrivent, composent et tournent le plus souvent pour les pires de la société (la bourgeoisie), l’œuvre de Pasolini (poèmes, romans, essais, films) est irrémédiablement anti-bourgeoise et anti-institutionnelle ; un parti pris quasi unique, cette volonté qui fut la sienne, de ne rien céder à qui et à quoi que ce soit, jusqu’à la fin, tragique au demeurant.

     

                  Aujourd’hui, le monde occidental ne survivrait pas à un film de Pasolini ; et c’est sans doute la raison pour laquelle il les ignore. Aussi, c’est un miracle que l’industrie du cinéma ne lui ait pas coupé les ailes en son temps puisque tout le cinéma de Pasolini est un cinéma contre l’industrie et la rentabilité (saint Matthieu, Médée).

    Le tiroir caisse ? Pasolini connaît pas ! Autant pour tous ces porcs - même quand ils n’en mangent pas - qui placent l’argent au centre de leur existence car ils ignorent tous autant qu’ils sont que l’indépendance financière ne sert pas à acheter une Ferrari mais à dire la vérité.

     

                     Pier Paolo Pasolini est sans doute un des dix réalisateurs  pour lequel on sera encore disposés à se tenir devant un écran de cinéma trois heures durant dans la pénombre d’une salle obscure, pour peu qu’on puisse y trouver un silence propice au recueillement nécessaire à ce 7e Art privé année après année de sa majuscule.

     

    _________________

     

    Pour prolonger, cliquez : Cinéma, de film en film de salle en salle

    Lien permanent Catégories : Art et culture, Cinéma de film en film 0 commentaire
  • Aquarius : les tartuffes de l'Europe donnent de la voix contre l'Italie

                              

     

               Edouard Philippe, après Macron, s'achète une bonne conscience en fustigeant l'Italie dans son refus d'accueillir le bateau chargé de réfugiés : Aquarius (1).

     

    ***

     

                         A boulet rouge contre l'Italie donc... alors qu'une partie de l'Europe ( dont la France) s'est pourtant suffisamment moquée de ce pays et de la Grèce (pays exsangues) des années durant, se sachant "couverte" par une  convention signée en Irlande (cette convention stipule ceci : le pays dont les côtes sont concernées par un afflux de réfugiés est seul responsable du traitement de ces réfugiés en détresse) qui fait que les pays les plus riches et les moins exposés peuvent se laver les mains de leur obligation de participer à la prise en charge du secours apporté aux naufragés ou aux bateaux en perdition ainsi que de la suite à donner à cette prise en charge !

    Convention scélérate  d'une U.E du "chacun pour soi" car c'est bien ça leur Europe finalement : une perpétuelle fuite devant les responsabilités... une Europe de tartuffes patentés ; une Europe du « démerde-toi avec tes problèmes ! » - chômage, pauvreté, violence, terrorisme, réfugiés, politique d'immigration...  mais gare à ton déficit ! Une Europe-tremplin pour des carriéristes qui n'oublient jamais de se coucher devant cette Commission garde-chiourme d'un modèle mondialiste qui n'accepte aucune remise en cause : pas d'adhésion, pas de carrière... tous le savent.

    Or, c'est là leur seul projet finalement : la carrière ! Jamais ils n'ont fait avancer quoi que ce soit d'autre ; jamais ils n'ont  travaillé à l'éveil d'une conscience européenne chez tous les Peuples de ce Continent moralement à terre, pourri par un cynisme éhonté et consommé : l'intervention de Edouard Philippe et de Macron contre l'Italie en est une illustration parfaite : l’important c’est de charger l’autre de tous les maux : c’est au plus rapide ; c’est donc le premier qui s'y colle qui sauve sa mise… morale en particulier.

     

    1 - Quelle est cette ONG propriétaire du  navire ? Qui la finance ? D'où viennent ces réfugiés ? A quel moment ont-ils été chargés sur ce bateau ? 

    Lien permanent Catégories : Medias, désinformation et ré-information, Politique et quinquennat, Présidentielle 2017 et après 0 commentaire
  • Winterreise : le voyage musical de tous les voyages musicaux en toutes saisons


                                          

    Franz Shubert 

    Dietrich Fischer Dieskau - voix

    Alfred Brendel - piano

    Janvier 1979

     

    ***

                   Une technique exceptionnelle (sans doute encore inégalée à ce jour) mise au service d'une interprétation d'une intelligence supérieure - Fischer Dieskau à la voix, Alfred Brendel - guest star -, au piano qui a délaissé un moment le répertoire de Beethoven pour partager un moment musical d'une grande intensité avec la plus grande voix de sa génération.

                   Winterreise (Voyage d'hiver) de Franz Schubert, écrit un an avant sa mort (1827), se compose de 24 lieder sur des poèmes de Wilhelm Müller ; "Le Voyage d'hiver" est l'œuvre la plus désespérée du compositeur ; très peu connu, mis à l'écart par le succès de son modèle Beethoven, Schubert vit à Vienne dans la maladie et la solitude.

    Pour prolonger, cliquez : Le voyage d'hiver

     

    Lien permanent Catégories : Art et culture 0 commentaire
  • Le cinéma du réalisateur japonais Ozu : "Cachons ce Japon qu'on ne saurait voir !"

     

    ozu cinéma japonais

                      Ah ! Le cinéma dOzu aux Japonaises et Japonais avenants, affables, courtois ! Aux foyers paisibles et harmonieux ; pas un mot plus haut que l'autre de tout ce beau monde ; douceur de vivre, sourires figés, regards compatissants et un peu niais, film après film... en 35 années de cinéma, dès les années 20 !

    Ozu serait-il le Edward Hopper du cinéma ? Un cinéma de la vacuité bouddhiste dont l'essentiel serait ailleurs ? Chez le cinéma des autres ?

                     Car enfin... des années 20 aux années 50, où est, dans l'œuvre de ce réalisateur, le Japonais qui a colonisé la Chine et la Corée ? Où est le Japonais qui torture, humilie les prisonniers britanniques (Thatcher, alors Premier ministre, refusera, sans jamais céder, de saluer l'Empereur du Japon). Où est le Japonais qui fit des femmes des pays occupés des prostituées au service de leurs troupes ? Le Japon allié d'une Allemagne nazi ? Et puis n'oublions rien : le Japon d'Hiroshima et de Nagasaki ? Et enfin : où est le Japonais contemporain dont le cinéma pornographique repose sur la maltraitance des femmes dans une représentation symptomatique de son statut dans la société japonaise ?

                    Mais alors, le cinéma d'Ozu ne serait-il qu’un grand mensonge ? Le cinéma d’un cinéaste amnésique en ce qui concerne l’Histoire et indifférent face à  la réalité des rapports sociaux au sien de la société japonaise?

    Soit dit en passant, d'aucuns ne s'y sont pas trompés car à l'extrême droite de l'échiquier politique européen, nombreux sont ceux qui  admirent la culture et la société japonaises ; société verticale  ethniquement "pure" : traditions, ordre, obéissance, discipline et soumission hiérarchique ( un pays sans grèves ni manifestations) ; et leurs aînés qui poussent encore des caddie à l'âge de 75 ans pour pouvoir boucler leur fin de mois.

                  Confronté à ce que le cinéma de Ozu nous a donné et nous donne à voir aujourd'hui encore, la question suivante s'impose (1) : si le cinéma de la même période a su mettre en lumière (des années 30 à nous jours) cet autre visage des moeurs de la société japonaise et de son organisation sociale - infériorisation de la femme, rapports sociaux régis par la contrainte et la soumission ; cruauté et sadisme -, pourquoi Ozu s'y est-il refusé obstinément, 35 années durant (notez à nouveau la période qui s'étend des années 20 aux années 50) alors que tout son cinéma n'a pas cessé de placer sa caméra et ses micros dans tous les lieux de la société japonaise de son temps : dans les foyers ( couples, enfants et jeunes adultes), dans les entreprises du tertiaire (les bureaux) et les bars et autres lieux de socialisation ?

    Et si finalement toute l'oeuvre de Ozu était une œuvre enfumoir - un vaste écran de fumée ? Ozu aurait alors filmé le Japon pour mieux nous le cacher ?

     

    ozu.JPG

     

     

     

     

     

     

     

     

    1 - A propos d'un commentaire d'un internaute suite à ma "critique" du cinéma d'Ozu - commentaire vindicatif à mon endroit -, voici ce que j'ai pu répondre : Ecrire "Le cinéma d'Ozu n'a aucun compte à rendre à personne. On aime ou on n'aime pas" est une affirmation émotionnelle aussi maladroite qu'irrecevable d'une nature asociale, anti-culturelle et anti-intellectuelle car toute l'histoire de l'Art ( qui est aussi l'histoire des oeuvres et de leurs créateurs) repose sur la confrontation et l'analyse d'œuvres qui ont, non pas des comptes à rendre, mais des devoirs au regard de l'histoire ; en effet, si ces œuvres nous questionnent, elles ont aussi l'obligation de répondre à nos interrogations avec ou sans le concours de ses créateurs parce qu'ils s'y refuseraient ou bien parce qu'ils ne seraient plus là pour nous répondre. Aussi, ma question est tout à fait légitime.

     

     

    Lien permanent Catégories : Cinéma de film en film 0 commentaire
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu