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Nietzsche ou l'autre fin de l'Histoire...

 

              Nietzsche est le penseur le plus mal lu et le plus mal compris par ceux qui se réclament de la gauche et par quelques esprits sommaires et confus (Michel Onfray entre autres). La droite, elle, l'a très bien compris ; c'est la raison pour laquelle elle ne le commente que rarement - et puis... culpabilité oblige ! La récupération de Nietzsche par nombre de régimes concentrationnaires force le silence -, car la droite ne commente pas Nietzsche : elle le vit à chaque fois que l'opportunité lui est donné de le faire.

               A défaut de réconcilier tout le monde, la pensée de Nietzsche semble convenir au plus grand nombre car Nietzsche c'est le paillasson sur lequel tous peuvent allégrement s'essuyer les pieds, voire...  déposer sa petite crotte.

               Le romantisme infantile des "penseurs" des années 70 (avant les "French doctors", les "French studies !") d'une complaisance inouïe envers la délinquance et la folie - n'en déplaise à Michel Foucault -, ont mis à la mode un Nietzsche diagnostiqué "psychotique" selon le principe qui veut qu'après le vin, c'est la folie qui conduit à la vérité, aveuglés qu'ils étaient par la moustache foisonnante du maître , car, au nom de "l'anti-psychiatrie" très vite érigée en dogme, tous ont ignoré le fait suivant  : à chaque fois qu'il est question des affaires humaines, les "fous" ne rêvent que de contrôle, de domination et de tordre le cou à tout ce qui résiste - humain et matière ; ceux qui connaissent "la parole des fous" savent que leur folie n'a rien de noble ; plus intolérante et plus autoritaire que la folie vous ne trouverez pas ! Le fou est définitivement du côté de l'autoritarisme et de l'oppression ; il est le meilleur soutien d'un ordre social dans lequel les uns sont destinés à commander et les autres à obéir.

Nietzsche n'est certainement pas l'exception qui confirmerait cette règle.

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              ... en continu, éternel retour de l’être cyclique face à lui-même, ressassement après ressassement compensatoires qui ne le sauveront pourtant pas.

 

 ***

 

              Si une bonne partie de l’œuvre de Nietzsche annonce l’homme sans Dieu  - l'homme privé de foi, sans croyances, sans transcendance ni descendance - et les totalitarismes du 20è siècle - crimes de guerre, crimes contre l’humanité, holocaustes et génocides, en veux-tu en-voilà ! -, sa  pensée annonce une nouvelle ère : celle des grands malades mentaux à la tête d'Etats totalitaires.

En effet, maniaco-dépressif (maladie héritée de sa famille maternelle - merci Maman !), puis psychotique  - ce qui signera sa première mort, intellectuelle s'entend, en 1890 -, faute d’attention et de soins réguliers et appropriés - si tant est que la médecine et la pharmacopée de son époque aient été capables de lui venir en aide -, au sujet de Nietzsche, nombreux sont ceux qui ont évoqué un état schizophrénique (1).

Et si Nietzsche est si populaire auprès des pensionnaires des hôpitaux psychiatriques qui sont, ne l’oublions pas, non seulement occupés par de pauvres bougres disgraciés mais aussi par des apprentis dictateurs et psychopathes car, on se soigne comme on peut - soit à l’hôpital, soit à la tête d’un Etat - c’est que les fous n’aiment rien tant que l’ordre et la force.

Vous en doutez ? Ecoutez-les donc s’exprimer lorsqu’ils se mêlent de ce qui ne les regarde plus vraiment, à savoir de politique ! Leurs propos vous donneront la chair de poule même si l’on sera toujours tentés de se dire : « Bah ! Les pauvres, ils ne savent pas ce qu'ils disent : ils n'ont pas idée ! »

Si l'oeuvre de Nietzsche devra tout à sa maladie dans ses périodes d'accalmie, entre deux crises de mélancolie aigüe précédées de migraines d'une intensité paralysante, notre penseur ne déroge pas à cette règle : quand il se pique de philosophie politique… la catastrophe n’est jamais bien loin car, si Nietzsche était né 50 ans plus tard, nul doute qu'il nous aurait quittés cinq et six ans plus tôt (faites le calcul, et vous comprendrez d'autant mieux pourquoi) ; et nombre de nos contemporains se garderaient bien aujourd’hui de nous le servir à tout bout de champ et à toutes les sauces car… il n’est pas difficile de deviner sous quelle bannière notre poète-philologue -philosophe (3 en 1) se serait rangé… même si… maigre des épaules et la poitrine creuse, Nietzsche serait sans aucun doute passé à la trappe le premier. 

Pour une fois, les conseilleurs auraient subi le sort des payeurs... Qui donc s’en serait plaint ? 

*** 

            Nietzsche et le Surhomme, Nietzsche et la volonté de puissance... Nietzsche et la tentation de l'eugénisme : glorification du corps humain et masculin, ce corps athlète et guerrier, ce corps conquérant et triomphant...

Décidément, compensation, tout n’est que compensation ! pour un Nietzsche qui tenait à peine debout, d’une santé précaire à la fois physique et mentale !

Vampirisé par une culpabilité et un sentiment d'indignité dont nul ne connaît aujourd'hui encore l'origine et l'objet, fils de pasteur, Nietzsche pensait que le Christianisme était la plus grande calamité au monde. Autre point : à l'occasion de son séjour dans la ville de Turin, face au spectacle d‘un cheval maltraité par son cocher, Nietzsche succombera à cette autre sensibilité qu’il jugeait pourtant décadente – la sensiblerie ; le déséquilibre entre l’extension indéfinie de notre empathie et une certaine capacité limitée à souffrir de la souffrance de tout ce(ux) qui souffre(nt) ayant atteint là son point de rupture. Nietzsche ne s'en remettra pas, à jamais silencieux. Avait-il aussi décidé de se ficher la paix une bonne fois pour toutes ? 

Quant à l'éternel retour (concept grec qu'affectionnait notre philosophe que l'on peut aussi traduire par "genèse à nouveau"), là encore, ironie de l'existence, sa maladie le conduira sur une voie sans retour possible ; une ligne droite et un cul de sac  : le mur de la maladie à son stade terminal.

Avec cette condamnation sans nuance du Christianisme, Nietzsche peut se vanter d'avoir "tué le père" ; le sien en l'occurrence ; et sa mère aussi, femme dévote. 

Déicide, parricide et matricide, décidément, Nietzsche ne faisait rien à moitié ; toujours dans l'excès !

             Principes, valeurs, arguments, détestations... jamais l'oeuvre d'un penseur n'aura été autant la manifestation par excellence de sa vie passionnelle, de son histoire, de son caractère, de sa personnalité et de sa maladie chronique ; jamais les affects n'auront autant déterminé son parcours philosophique -  donnant raison à la théorie suivante : sans affect, aucune pensée n'est possible car ce ne sont pas les idées qui mènent le monde mais bien plutôt l'histoire : la petite et la grande, individuelle et collective.

Pas d'idée puissance qui ne nous touche de plein fouet donc (2).

Doué d'un génie instinctif d'une intuition d'une amplitude exceptionnelle, Nietzsche avait du nez, c'est sûr  ! Et de la moustache aussi .... sa célèbre moustache ! Et si d'aucuns prétendent qu'il y a un Nietzsche de gauche et un Nietzsche de droite (macroniste avant Macron notre penseur... voire centriste, genre "en même temps" ?) grand philologue... mais piètre penseur politique, si par penser on entend être un tant soit peu capable de proposer des solutions (3) quant à l’organisation pacifique de notre existence à tous au sein de l’imbroglio politique, économique, religieux et psychique propre aux sociétés humaines... des solutions autres que les camps de la mort, la loi de la jungle et l’extermination de tous ceux qui traîneraient la patte - cela va sans dire ; mais tellement mieux en le précisant -, Nietzsche était un grand marcheur, toujours en vadrouille ; on dit qu'il a passé la moitié de sa vie sur les routes et l'autre moitié au lit, prostré par une migraine sans merci ; grand randonneur donc, aussi notre philologue pensait-il avec ses pieds et marchait-il le plus souvent sur la tête ; ce qui n’arrange rien, on en conviendra tous.

Que Nietzsche soit "très tendance" - un Nietzsche vintage ! - depuis une cinquantaine d’années dans cette partie d’Europe sur-protégée, la nôtre, celle de l'UE, ne change rien à l'affaire ; une Europe peuplée d’Européens courageux à souhait depuis qu’ils savent que l’on n’attend plus d’eux qu’ils soient téméraires ; Européens repus, un rien blasés et complaisants qui, depuis qu’ils ne risquent plus rien, aiment se faire peur, s’encanailler et se salir un peu, boue et bave, auprès de penseurs et d’écrivains politiquement et philosophiquement très très incorrects, voire... borderline. Car, quand on sait lire, il n’est pas nécessaire d’être doté d’une intelligence supérieure pour voir dans l’ouvrage Antéchrist (4) (l'avant dernier ouvrage avant sa chute végétative) pas seulement une imprécation contre le christianisme - à qui, soit dit en passant, on doit la compassion et le pardon -  mais bien le manifeste de tous les systèmes totalitaires à venir. 

Comme quoi… quand on ne veut pas voir… on reste aveugle et content de l’être. 

              Quant à tout ce que Nietzsche a bien pu écrire sur les femmes (notons que Wagner soupçonnait Nietzsche d'être homosexuel et de n'avoir pour seule activité sexuelle que l'onanisme - une pratique moralement condamnée au siècle de notre penseur ; pratiquement "un crime")… - précisons ceci : de femmes, il n’a connues, hormis sa mère et sa sœur, que celles des bordels, femmes respectables au demeurant -, ce qui ne l’a pas empêché de disserter sans fin, fort de cet échantillon ô combien représentatif, sur l’éternel féminin et sa place dans le monde, ou bien plutôt dans la cuisine avec pour seul horizon… les fourneaux, sans oublier les couches culottes de marmots pleurnichards.

Mais… tout compte fait et en comptant bien, ne parle-t-on pas toujours mieux de ce que l’on ne connaît pas ? En effet, tout devient alors possible ! L’imagination peut s’ébattre sans entrave, libérée de la contrainte que sont des faits têtus et inhibiteurs. Nul doute, l’ignorance a bien pour royaume la fiction car, une fois que l'on sait, on n’a qu’une tentation : baisser la tête et se taire, couvert de honte.


***

 

                 A titre de conclusion provisoire, on pourra faire le constat suivant : la dévotion est traitre ; si l'on n'y prend garde, elle rend bête, même et surtout séculière et tout auréolée d’une pseudo-liberté de pensée qui a souvent la fâcheuse habitude d’oublier de se débarrasser de ses œillères. Et nombre de lecteurs de Nietzsche partagent cette regrettable habitude.

Les penseurs, les philosophes doivent être critiqués ; et parmi leurs lecteurs, en premier chef, leurs disciples car le devoir de tout lecteur c'est bien de se garder d'une lecture passive, non-critique de leurs oeuvres. Dans le cas contraire, ces lecteurs courent le risque de n'être que des groupies serviles en quête de gourous ; la pire des lectures. 

 

1 - Hypomaniaque dans un premier stade - merci de vous reporter au billet de Philippe Cadiou - "Nietzsche et la mélancolie " qui met en parallèle et analyse la progression et les symptômes de la maladie de Nietzsche et ses écrits tout au long de la construction de son oeuvre indissociable semble-t-il de son état de santé, de la mélancolie à la mégalomanie jusqu'à sa psychose achevée. Des extraits en ligne sont disponibles ICI - à lire impérativement !

2 - A ce sujet, on pourra se reporter à l'ouvrage de Frédéric Lordon ICI

3 - Si on n’a pas la compassion, on aura les camps : et on les a eus et les avons aujourd'hui encore : Palestine... et tous les camps des réfugiés du monde entier.

4 - Faites le test : relisez Antéchrist tout en gardant à l’esprit ce qu’a été, par exemple, le régime nazi... et vous verrez : à tous les coups, ça marche ! De même avec « Les confessions de saint Augustin » et les Talibans : mais ça, c’est une autre histoire.

       

         "Nietzsche consacre la permanence d'un monde hiérarchisé, où la volonté de vivre se condamne à n'être jamais que volonté de puissance. La formule "Dionysos le Crucifié" dont il signe ses derniers écrits, trahit bien l'humilité de celui qui n'a fait que chercher un maître à son exubérance mutilée. On n'approche pas impunément le sorcier de Bethléem. Le nazisme est la logique nietzschéenne rappelée à l'ordre par l'histoire. La question était : que peut devenir le dernier des maîtres dans une société où les vrais maîtres ont disparu ? La réponse fut : un supervalet. Même l'idée de surhomme, si pauvre soit-elle chez Nietzsche, jure violemment avec ce que nous savons des larbins qui dirigèrent le IIIe Reich. Pour le fascisme, un seul surhomme : l'Etat." Raoul Vaneighem : Traité de savoir-vivre - 1967

 

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