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Colonialisme, nazisme et crime contre l’humanité : anachronisme, amalgames et confusion

 

              Combien sommes-nous à nous souvenir de cet historien qui, dans les années 90, d'une équation, avait tenté la résolution suivante : « communisme = fascisme » ?

Il s’agissait de François Furet (1) et avec lui, de toute une bande de révisionnistes passés à droite après de bons et loyaux services à gauche ; un Furet, déterminé à tuer le père, et pas n’importe lequel, celui qui s’était longtemps fait appeler « le petit père des peuples », sans doute dans le but de devenir enfin adulte – comprenez : raisonnable ; et donc à droite toute !-, au sortir d’une adolescence idéologique jugée très certainement encore boutonneuse et imparfaite, telle une crise post-adolescente, à un âge où il est pourtant et généralement admis (Furet avait alors 60 ans passés !) qu’il est déjà bien tard pour envisager un saut idéologique d’une telle ampleur, pour ne rien dire d’une telle métamorphose à la fois psychique et physique : passer du communisme à l’anti-communisme caricatural et forcené.

Communisme = fascisme a recueilli peu de suffrages, sinon ceux de Furet lui-même et de quelques hurluberlus de droite et d’extrême droite ; une extrême droite qui soutenait alors Reagan et qui ira jusqu’à oser un communisme=nazisme  pas piqué des hannetons mais tout aussi inopérant et absurde.

Communisme = fascisme

Personne n’a donc été convaincu. Rien de surprenant à cela : allez donc demander que quiconque… qui aurait eu un père communiste… reconnaisse que ce même père était un salaud de la pire espère ; celle des fascistes en l’occurrence, voire même… celle des nazis pour les plus téméraires et les plus impliqués d’entre eux.

Rongés très certainement par une culpabilité étouffante, proche de la suffocation (Soljenitsyne n’avait fait de cadeau à personne, il fallait donc bien en finir au plus vite, cracher le morceau et sa pastille et brûler tout ce qu’on avait adoré !), sans oublier l’air du temps qui passe et qui reste et empoisonne l’atmosphère  – Souvenez-vous ! Le monde occidental était alors sous le charme, ou la coupe et le joug, c’est selon, d’un couple halluciné nommé Thatcher-Reagan...

Communisme = fascisme...

Ces stakhanovismes du revirement, historiens ou pas, n’ont trouvé en Europe aucun fils pour porter un tel jugement sur son père ; et bien des années plus tard, à l’heure de toutes les trahisons de l’Ouest à l’égard de l’Est (trahisons économique et politique) il n’est pas sûr que les populations de l’Est (les Polonais exceptés) soient disposés à un tel raccourci historique. Quant à la Russie ? Poutine, ancien agent du KGB, n’a jamais été aussi populaire - Nostalgie ! Nostalgie ! Quand tu nous tiens, tu nous tiens bien !

***

Communisme = fascisme...

Une fois épuisée cette équation absurde, arrive alors un Colonialisme =nazisme.

Avec cette nouvelle résolution coup de poing et coup de semonce, c’est bien une plongée dans un anachronisme imbécile qu’on nous propose ; en effet, la dernière conquête de l’Afrique, dernier coup de reins sabres au clair dans la chair - l’arrière train plus précisément -, d’une humanité-instrument économique, stratégique et idéologique, cette conquête donc ne date-t-elle pas de 1830 ? Alors que le nazisme, lui, trouve ses balbutiements dans les années 20… celles du XXe siècle ?

Colonialisme = nazisme (2)…

Existe-t-il seulement un historien désintéressé, honnête et responsable pour faire sienne une telle corrélation ? A moins qu’il ne s’agisse de ré-écrire l’histoire,  "colonialisme = nazisme" ne tente-t-il pas de nous dire que si le nazisme avait été antérieur au colonialisme… le colonialisme aurait été assimilable au nazisme ?

Après l’anachronisme, c’est bien d’uchronie qu’il s’agit.

De plus, cet amalgame fâcheux qui n’explique rien, qui n’informe sur rien mais ouvre la porte à des débats sans fin, sans but et sans intérêt, dessert la cause de l’anti-colonialisme en appauvrissant tout son potentiel d’analyse, de critique, jusqu’à la négation d’une complexité et d’une ambivalence que le creuset nazi ne pourra jamais contenir ; une complexité riche d'enseignements incomparables avec ceux du nazisme.

Si assimiler le colonialisme au nazisme, c’est ouvrir une porte, celle de dissensions stériles, c’est aussi en fermer une : celle d’un travail d’analyse, et c’est clore tout débat car, on ne débat pas du nazisme car, avec le nazisme, il n'y a pas de "oui mais..." : rien à sauver et rien à partager ! Avec le nazisme, aucun héritage, aucune transmission possibles et souhaitables.

Pour preuve : rien n’a demeuré.

 

***

 

            Certes, dans le passé, des historiens et des auteurs ont rapproché le colonialisme du nazisme sans toutefois aller, en ogres d’une pseudo-vérité historique, jusqu’à la fusion/absorption.

L’historien Olivier Le Cour Grandmaison : Coloniser. Exterminer (il en restera toujours quelque chose ! ndlr). Sur la guerre et l’Etat colonial :

           « …La violence coloniale n’a pas été un épiphénomène qu’on aurait pu à la rigueur éviter... elle a été partie constitutive du système. Racisme d’État ? La formule peut paraître forte pour qui ignore l’histoire coloniale. C’est pourtant bien d’une xénophobie quasi généralisée qu’a souffert la société française plus d’un siècle durant. »

Grandmaison s’appuie sur une multitude d’auteurs : Voltaire, Tocqueville, Lamartine, Jules Verne, Maupassant, Zola et les « petits », mille et un idéologues et vulgarisateurs de la pensée coloniale. Ces auteurs étaient donc les Goebbels de la colonisation ? Oui ? Non ?

Soit. Il se serait alors agi d'un nazisme d'un nouveau type, ou bien plutôt d’un prototype : un nazisme sans penseurs nazis ?

On peut aussi discuter le fait que Jules Ferry  - en Eichmann ou Himmler de la première heure, et bien avant l’heure -, partisan de l’expansion coloniale contre Clémenceau à qui on devra plus tard l’humiliation de l’Allemagne en 1918 et  sa tentative de revanche (à chacun ses aveuglements !) ; que Ferry ait été un nazi… à l'heure où cette idéologie de mort assurée - et il en fut bien question -, était impensable parce que… encore impensée à la fin du XIXè siècle même si le philosophe allemand Friedrich Nietzsche  - le petit père de nombre d'intellectuels-philosophes plongés dans la confusion -, n’était pas loin d'y réfléchir avant tout le monde avec la publication de son Antéchrist.

Autre rapprochement colonialisme/nazisme : "De la barbarie coloniale à la politique nazie d’extermination", par Rosa Amelia Plummelle-Uribe, militante afro-descendante qui fera le lien entre les politiques d’anéantissement colonial et l’ensauvagement des sociétés européennes.

Aimé Césaire lui aussi évitera soigneusement l'anachronisme colonialisme=nazisme, préférant raisonner (poétiser ?) autour des "Origines du Nazisme » - il est vrai que les nazis n’ont pas inventé grand-chose même si l'on ne doit jamais oublier le fait suivant : dans les années 20 et 30, tous les prix Nobel à caractère scientifique étaient allemands ou de langue allemande… du nom de ce peuple discipliné qui a toujours porté en lui l’amour du travail bien fait : aujourd’hui encore, leurs train arrivent toujours à l’heure, et leurs automobiles sont d’un rapport qualité-prix imbattable.

Aimé Césaire d’une intuition d’une intelligence folle, même s’il s’agit là très certainement d’une prophétie mais a postériori, auto-réalisatrice a priori, s'adressera à nous en ces termes :

"...nul ne colonise innocemment, que nul non plus ne colonise impunément ; qu’une nation qui colonise, qu’une civilisation qui justifie la colonisation — donc la force — est déjà une civilisation malade, une civilisation moralement atteinte, qui, irrésistiblement, de conséquence en conséquence, de reniement en reniement, appelle son Hitler, je veux dire son châtiment."

Ce qui ne valide toujours pas l'équation colonialisme=nazisme.

En revanche, on trouve là, chez Aimé Césaire - la tentation était sans doute trop grande -, le désir de récupérer à son profit un événement-catastrophe pour mieux l’investir avant de le vampiriser et de devenir celui qui, le bras vengeur, en désignera la cible. Evénement d'une Seconde guerre mondiale qui a pourtant aux yeux des historiens ses racines dans un inconscient européen qui n’a jamais eu besoin de l’aide d’une extension territoriale quelconque et de sa population pour s’étriper à loisir.

A partir de cette analyse quasi mystique de Césaire, façon ancien-testament, là où tout se paie, mais interprétation naïve et plutôt optimiste quand on sait à quel point l’Homme-impunité triomphe de siècle en siècle… et puis, n’est-ce pas les meilleurs qui partent en premier et les salauds en dernier… sans oublier les immortels, ceux que l’on nous ressert génération après génération, et sur lesquels la vérité des faits n’a aucune prise ?

Ceux qui ont donc cherché à détourner la sentence de Césaire au profit d’un colonialisme =nazisme, en seront pour leurs frais : Aimé Césaire a fini Maire de Fort de France après la Présidence du Conseil régional de la Martinique, et non en Che Guevara ou en «Serge Klarsfeld » pourchasseur de nazis négriers et colonialistes.

Colonialisme = nazisme…

           Et puis de dérive en dérive.. . Colonialisme = nazisme=crime contre l’humanité

           Aujourd’hui, des voix s’élèvent pour que l’épopée coloniale française, de sa sédentarisation à sa maturation (sur plusieurs siècles) au terme de laquelle le dernier bastion colonial que fut l’Algérie, tombera, soit reconnue comme « crime contre l'humanité » : une « violation délibérée et ignominieuse des droits fondamentaux d'un groupe d'individus inspirée par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux ».   

« Colonisation - rôle et bilan globalement positifs » d'un côté, « Colonisation - crime contre l’humanité » de l’autre, deux faces d’une même pièce - déni et revanche pour les uns comme les autres ; une colonisation dont on chérit et caresse sans cesse le souvenir comme on caresse un espoir... contre une colonisation haïssable à rejeter en bloc ; seuls les gens pressés d’en découdre avec dieu sait quelle nécessité historique choisiront leur camp ;  les autres, plus avisés, patienteront car il y a fort à parier que les descendants des peuples colonisés ne nous en demandent pas tant ; il semble même qu’ils soient plus intéressés par la liberté et des visas que par des excuses ; quant à réunir des tribunaux et à dresser des bûchers…

Certes ! Quelques Etats y trouveront leur compte sur le dos de leurs peuples toujours humiliés, plantés, là, sans avenir… derrière les barreaux d'une vaste prison qu’est devenue ce nouvel Empire post-colonial indépendant. Mais... de là à leur donner un coup de main...

 

            Contrairement au nazisme, qu'on le veuille ou non, quelque chose a bel et bien été sauvé de ce période coloniale... une langue, la langue française ; une langue parlée et respectée par des milliers d’êtres humains de tous les continents parmi les plus doués, les plus talentueux du monde dans les domaines des sciences et des arts ; preuve qu'il y avait bien quelque chose à sauver ! Et ce quelque chose l'a été par qui ? Aux plus sceptiques, on leur conseillera de voyager... et de rencontrer et d'écouter des Africains et des Maghrébins de tous les âges (3).

Certes les êtres humains sont passés maîtres dans l'art de mentir et de se mentir ! Et dans une condamnation sans nuance du passé colonial de la France, une condamnation solennelle du type « crime contre l’humanité », il y a aurait là quelque chose qui relèverait du mensonge. En revanche, que des événements précis qui engageraient toute la responsabilité d'une France coloniale puissent faire l'objet d'un examen et qu'ils soient reconnus comme "crime contre l'humanité", pourquoi pas ! Une telle condamnation aurait alors un sens car c'est bien dans le souci d'une recherche de la vérité qu'un tribunal se serait prononcé, et non... dans le but de servir les intérêts d'un humanisme de culpabilité, et cet autre humanisme ignorant tout de l'être humain et de l'Histoire, pour ne rien dire d'un humanisme manipulateur et revanchard, un humanisme de Tartuffe, dans les faits... soucieux d'aucune condition humaine.

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1 - Avec deux ouvrages : "Le passé d'une illusion" et "Fascisme et communisme".

2 - Affirmation d'une violence émotionnelle rare comme si d'aucuns avaient des comptes à régler davantage avec leur propre histoire (culpabilité et transmission d'une génération à l'autre ?) qu'avec une "Histoire de la colonisation" digne de ce nom. Qu'il soit ici permis de rappeler ce qui suit : tout comme ceux qui n’ont pas eu de parents communistes – et ils existent -, nombreux sont ceux qui sont issus de milieux qui ne doivent rien à une colonisation quelle qu’elle soit : nazi ou pas.

3 - Est-ce qu’un groupe de néo-nazis désireux de sillonner l’Europe en Autocar à la rencontre des descendants des victimes de cette idéologie recevrait le même accueil ? On peut en douter.

 

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