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Premier... il sera le dernier : Charles Aznavour

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                Dès les années 50, et plus tard, à sa maturité, ainsi qu'au plus fort de son influence et de sa domination dans les années 70 et 80, Charles Aznavour aura été le chroniqueur des chambres à coucher, là où les couples se font et se défont : drame de la vie conjugale... union, désunion, trahison et ruine. Faut dire que cet artiste n'a jamais su se résoudre à "quitter la table" même et surtout "lorsque l'amour est desservi..."      

Authentique artiste populaire, aujourd'hui universel, faisant l'unanimité, ce petit homme (par la taille) a tout osé. Fils d'immigrés arméniens, de lui, il a tout inventé, tout créé... de lui et de son Art (1).

Auteur-compositeur-interprète d'une comédie humaine qui n'en a jamais fini avec l'enfer et le paradis, la chute et l'ascension, il aura hissé le music-hall jusqu'au sommet ; même si l'émotion, et parfois la rage des sentiments, se sont peu à peu étiolées au fil des ans et de sa carrière internationale (2).

 

                                     "La foi... avoir la foi... ce métier c'est comme une religion"

 

                Alors jeune adulte au physique ingrat et au timbre de voix impossible - voix qui refusera longtemps de se laisser dompter -, attendant son heure avec patience et travail car la nature n'en fait qu'à sa tête, le petit Aznavourian, sur les planches dès l'âge de 9 ans, mettra près de 40 ans à devenir le grand Aznavour, une fois proche de la cinquantaine,  prêt, fin prêt, au diapason d'une présence et physique et vocale maintenant irrésistible : enfin !        

Dans une carrière menée tambour battant, en expert, jusqu’à ameuter le monde entier (dès les années 50, Aznavour travaillait déjà à la traduction en langue étrangères de ses chansons), les textes du maître couvriront tous les âges de la vie et tous les personnages : la femme, la mère, l’épouse, le mari, l’amant, le père de famille… ils évoqueront toutes les conditions, riches et pauvres, les minorités (Les immigrés), la condition homosexuelle des années 70 (Comme ils disent), les affres du Rideau de fer (Camarade), le compagnonnage fraternel (Au nom de la jeunesse – Nos vertes années) bucolique et juvénile.

D'où l'universalité de la thématique, de toutes les thématiques aznavouriennes porteuses d'un potentiel de carrière sans frontières. 

 

                   "Ma vie c'est mon métier ; si je ne travaille pas je ne vis pas. Je suis plus ambitieux que... âpre au gain."

 

             Artiste composite, artiste de la synthèse, sans aucun doute la marque des plus grands, Aznavour combinera un Jacques Brel à fleur de peau avec son cœur à vif (Je bois), l’esprit caustique d’un Brassens avec l’appui de l’auteur Bernard Dimey, la fantaisie poétique d’un Trenet, la figure malingre d'une Edith Piaf que la vie a ravagée et qui lutte encore debout faisant face… et puis le cabaret, temple des premières années d’un Léo Ferré, avec l’intérêt qu’il portera aux poètes de la bohême, la vraie, celle de la faim : André Salmon entre autres… auquel il offrira une de ses plus belles mélodies.

Car, force est de constater qu'il y a plusieurs Aznavour : de "Napoli chante" - rengaine populaire -, à "Le chemin de l'éternité", "Comme ils disent", "Les enfants de la guerre" et beaucoup d'autres. 

Du swing des années 40 aux musiques jazzées des années 50, au twist des Yéyés, puis, après mai 68, le col roulé du chanteur à texte, avant d’embrasser les années 70, années glamour - paillettes, coupe et tissu Ted Lapidus aux motifs extravagants, aux couleurs impossibles d’une élégance pourtant inégalée -, en traversant toutes ces époques, toutes ces modes sous la contrainte et le danger d’une relégation et d’un oubli toujours possibles, d'une ambition colossale qui ne connaîtra jamais de repos faute d'assouvissement - plus, toujours plus de succès, de notoriété, de célébrité sur tous les continents -, Aznavour n’a jamais lâché la nécessité d’une qualité irréprochable, textes et mélodies, travaillant avec les meilleurs arrangeurs de son époque (Paul Mauriat, Raymond Lefèvre, Christian Gaubert, Del Newman, Kenny Clayton, Marvin Hamlisch) au côté de son beau-frère compositeur hyper- doué, Georges Garvarentz. Et si les modes, d'importation principalement anglo-saxonnes, ont pu un temps menacer son Art, il les aura toutes domestiquées et dominées avant de les laisser loin derrière lui car "le style Aznavour", indémodable,  c’est un cocktail savamment dosé :

 

- Un visage sans frontières, aux mille kilomètres parcourus et dont l'histoire semble bien plus grande encore que les yeux qu'il abrite et ce regard inquiet, agité, comme aux abois...

- Un corps chétif qui menace toujours de basculer, oscillant, jamais vraiment stable : c'est ce corps-là qui porte la voix...

- Une voix, un souffle et un phrasé hors norme... une technique vocale plus proche d'une tradition propre à la musique classique (lied et opéra) que de la chanson dite de variété...

- Une gestuelle qui trahit une tension, un désir et une impatience : être entendu et convaincre...

- Un texte impudique qui ne renonce jamais à dire dans le fond comme dans la forme, ce qui est le plus souvent tu ; texte ciselé pour servir un thème récurrent, véritable marque de fabrique de l’artiste : la déception amoureuse et l’usure des sentiments...

- Une structure mélodique à la fois savante (classique) et populaire (traditionnelle), métissée à grand renfort d'appoggiatura, de turns, de mordants et autres ornements musicaux que l'on peut aisément retrouver dans tous les chants traditionnels, toutes civilisations confondues, de l'Irlande à l'Asie, en passant par le Maghreb, le Proche et Moyen-orient...

- Une structure harmonique et une orchestration, ou bien plutôt une couleur harmonique et instrumentale, d’une efficacité redoutable entièrement dévouée au texte...

 

              ............Corps, voix, gestes, texte et musique comme autant de personnages d’un théâtre de l’intime, mêlant sublime et catharsis, Aznavour est à la chanson ce que le théâtre est à l'expérience humaine : notre expérience à tous car, personne n'échappe à Aznavour. Et l'on y revient toujours à la première alerte amoureuse comme un amant sur les lieux de sa dernière conquête ou défaite, c'est selon. Et l'artiste le sait avant même que son public n'en fasse l'expérience jubilatoire ou bien amère.

 

                       "Dites-moi que je suis mauvais que je sois meilleur encore !"

 

              Il convient d'insister sur le point suivant : ce qui fait "Aznavour, l'artiste et le chanteur", c’est aussi et c'est surtout le destin qui fut le sien ; car, Aznavour ce n’est pas que de la chanson ! Au sommet un demi-siècle durant, au sujet de cet artiste, on peut être tenté d'évoquer un concept, nietzschéen de surcroît, que l'on pourrait expliciter comme suit : « Deviens qui tu es... quels que soient les handicaps qui sont les tiens ! » pour une réussite hors-norme d'une dimension planétaire, respecté et parfois même adulé par les plus grands de la scène artistique mondiale ( de Dylan à Kravitz), toutes écoles et tous styles confondus - il suffit de se reporter à la liste des artistes qui ont chanté ses chansons, et ce dans toutes les langues (3).
 
 
                 "J'ai réussi là où c'était le plus difficile ; aussi, je suis content de moi. J'espère qu'un jour je serai fier de moi."
 
 
Si les femmes ont porté cet être fluet, fragile, toujours malheureux en amour, les hommes n'étaient pas en reste ; et si la réussite exceptionnelle d'Aznavour qui a défié tous les pronostics et tous les verdicts, suscite autant  de respect chez les uns et de fascination chez les autres indépendamment de son répertoire "proprement chanté" c'est aussi pour la raison suivante : cette réussite est en secret le fruit de la somme de tous les échecs, de toutes les déceptions et de tous les regrets de chacun d'entre son public (artistes chanteurs y compris), considéré individuellement et collectivement donc car... "Who dares wins !" Contrairement à ceux qui ont hésité puis renoncé, Aznavour a tout osé et tout gagné... ou presque, destin accompli, et ce sans que personne n'y ait perdu quoi que ce soit ; d'où le caractère consolateur ( galvanisant et émulateur pour tant d'autres) de cette réussite pour tout un chacun dans l'intimité de son histoire ; ce que tous n'ont pas pu ou su réussir, Charles Aznavour l'a accompli.
 
Pour cette raison, ce qui fait qu’Aznavour ne laisse personne indifférent, c’est son parcours et cette réussite maintenant mythique dans le cadre d'un destin individuel, tout en gardant à l'esprit un déterminisme social difficilement contournable : d’où il vient , d’où il est parti - avec quels atouts, ou bien plutôt .... avec quels boulets aux pieds -, et sa destination : là où il est arrivé ; réussite hors-norme qu'il convient de rappeler, réussite au bout de 20 ans de travail acharné alors que d’autres étaient prêts dès leurs premières prestations, dès leur plus jeune âge... dans les années 60 en particulier où le culte de la jeunesse destiné à servir les intérêts d'une société consumériste du "tout marchand", triomphera sans conteste.

La marque d'une confiance en soi inébranlable sans l'ombre d'un doute, cette patience, cet acharnement : là encore, une confiance hors-norme. D'autres, exaltés et naïfs, affirmeront : "C'était écrit ! Aznavour ne pouvait que triompher !", oublieux du fait suivant :  si la réussite est réservée à quelques uns, gardons à l'esprit que l'échec est à la portée de tous, même de ceux qui ont réussi.  

 
C’est bien là ce sur quoi il est important de mettre l’accent : sur le fait que... né Shahnourh Varinag Aznavourian, à l'artiste, 40 années seront nécessaires pour porter le nom « Charles Aznavour » et régner en maître sur la scène francophone et sur toutes les scènes du monde entier ; d'où l'importance de sa contribution qui ne pouvait, dans ces conditions, n'être qu'exceptionnelle... fatalement : en effet, Aznavour a hissé le music-hall et son public jusqu'au sommet ; le music-hall tel que des salles comme Bobino, l’Alhambra ou l’Olympia l’ont un temps porté et permis tout le potentiel de développement de son expression. 
 
 
                                           
 
 
             "Je suis étranger de souche ; ma langue c'est le français ; mon pays c'est ma langue ; voilà pourquoi j'ai choisi la France"
 

                  Une présence scénique d'une intensité tout intérieure jusqu'au trop-plein dont il faut se libérer, les textes des chansons de cet artiste n’auront rien à envier à quiconque (excepté à Léo Ferré et à Claude Nougaro... tout en gardant à l’esprit que Ferré demeure le seul véritable poète - poète de plein droit -, de la chanson d'expression française).

Beaucoup moins cabotin finalement qu'il ne l'a chanté dans un répertoire de près de 1400 chansons aux textes dépourvus d'amertume et d'aigreur..., lucide, Aznavour savait reconnaître ceci : "Je ne suis pas un poète... disons que les textes de mes chansons ont parfois des tournures poétiques") ; et déplorer cela : qu'en France, et contrairement à un Brassens et à un Charles Trenet, l'on n'ait vu en lui qu'un artiste de variété, même si ... le plus grand d'entre eux ; en effet, toutes les académies ignoreront (d'autres préféreront le verbe "snober") la qualité de son écriture et son apport.

Eternel challenger pour lequel il n'y a pas de réussite dans la durée sans la pratique d'une ascèse quotidienne, sans relâche, pourtant favori et sans rival - toujours plus de travail, toujours plus d'entêtement ! -, lutteur acharné, compétiteur-né, sacrifiant tout à son métier (sa famille a-t-elle pu s'en plaindre ?), plus d'un demi-siècle durant, sûr de son talent et de la nécessité de son succès... tel un impératif catégorique, nul autre que cet artiste ne se sera autant construit sur l'échec et sur ce succès qui tardera à venir après 27 ans passés sur les planches - depuis l'enfance -, sur des critiques assassines qui le forceront à se hisser jusqu'au sommet de son Art - car il n'y a pas d'art mineur mais seulement des artistes mineurs -, jusqu'à produire les meilleurs textes, les meilleures mélodies et les meilleurs arrangements. 

                Stratège et tacticien hors pair, esprit de conquête jamais rassasié - toujours plus de public, toujours plus de pays, toujours plus d'influence et de domination -, premier dans une carrière internationale de plus de 60 ans, celui qui « voulait chanter jusqu’à cent ans »  aura accompagné jusqu'à leur dernière demeure plus de deux générations de chanteurs : de Piaf à Bécaud en passant par Yves Montand, Claude François et Michel Delpech, Brel et Brassens, et plus récemment Johnny Halliday ; à l'international : Franck Sinatra et Sammy Davis, jr. D'une longévité hors du commun - à l'âge de 92 ans, Charles Aznavour se produit encore sur toutes les scènes des Capitales du monde entier -, TIME Magazine et la chaîne CNN l'ont récemment élu "Artiste du siècle" devant Elvis et Bob Dylan.

              Toujours sur son 31, si Aznavour est le plus grand hommage qu'un artiste de music-hall puisse rendre à son public, il est aussi et surtout, sans l'ombre d'un doute... le dernier tragédien de la scène artistique populaire mondiale.

 

 
                             

                           ("Le chemin de l'éternité" -  1955 - version 1972 - texte prémonitoire ? )

 
                                    

 

1 - Néanmoins, Aznavour reconnaît la filiation artistique suivante : Maurice Chevalier pour la carrière internationale, Charles Trenet pour les textes et Piaf pour la dramaturgie scénique.

 

2 - Sa carrière anglo-saxonne n'a rien arrangé : elle aura fait de lui un show-man, et pire encore... un crooner ; comme quoi, la chanson française n'a rien à gagner au contact de la langue anglaise !

 

3 - "Aznavour ça fonctionne" dans toutes les langues ou presque... dans toutes les traductions quand elles sont bonnes... ce qui n'est pas toujours le cas, en anglais notamment même s'il faut reconnaître que, paradoxalement, certaines traductions (anglaises... !!!) viennent enrichir la version française et non l'appauvrir.  

 

                                   ____________________________

 

 

Aznavour à travers le monde

 

Une version de "Comme ils disent" par le transformer Lola Lasagne

 

 
                 

 

Roy Clark dans une interprétation de la version anglaise de "Hier encore".  

 

 

 

Ray Charles... La Mamma

 

 

 

Nina Simone : "Tomorrow Is My Turn" sur la mélodie de "L'amour c'est comme un Jour"

 
Bob Dylan dans la version anglaise (The times we've known) de "Les bons moments"

 

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