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Le Chevalier, la Dame, le Diable et la mort...

 

 

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De nationalité belge, Raoul Vaneigem… est né en 1937. A la tête du mouvement situationniste, son « Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations » et « La société du spectacle » de Guy Debord ranimeront en 1967 la flamme révolutionnaire qui en avait bien besoin.

A propos de ce mouvement… Vaneigem nous rappelle ceci : « Guy Debord allait au-delà de la cueillette hédoniste des moments de bonheur  telle que Lefebvre l’envisageait. Privilégier les moments passionnels et fonder sur eux la critique radicale du vieux monde, c’était donner ses assises à une société enfin soucieuse de s’humaniser. Construire des situations favorisant la qualité et la diversité de ces exposantes fixes de l’éclat passionnel dont parlait Breton, dépassait de loin le propos de subvertir l’ordre dominant. Il offrait à  la société sans classes dont nous avions vu le drapeau se teinter de sang une substance vivante et inaltérable. En rupture avec ce militantisme issu du militarisme où se sacrifier à une cause autorisait à égorger ses plus proches amis, la construction des situations fondait, surle jeu et l’affranchissement des désirs, un projet social où, pour la première fois dans l’histoire, la volonté de vivre se substituait à la volonté de puissance, et où pour la première fois, l’analyse et le procès de la fatalité, du hasard, de l’aléatoire ouvraient la porte à une science poétique des destinées. La construction des situations annule tous les sens interdits ou autorisés, prescrits par cette réalité économisée que nous tenons pour unique parce que nous sommes condamnés à y travailler, languir et mourir ».

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         Le Chevalier, la Dame, le Diable et la mort... ou quand l’homme se transmute en être humain

 

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Désire tout, n’attends rien !

 

De la sensibilité…

 

             « La présence d’un seul être qui souffre est une atteinte à mon bonheur car la sensibilité est la conscience épidermique du vivant. Elle frisonne de son plaisir, frémit aux périls qui la guettent, irise de ses luminescences intuitives l’irrésistible marée qui, montée des profondeurs humaines, brisera les grandes murailles derrière lesquelles les femmes, les enfants, les hommes aux désirs multicolores ont vécu de grisaille. La sensibilité est le seul chemin que la volonté de s’affranchir offre à l’innocence opprimée. 

Il est temps que la sensibilité soit reconnue comme la valeur la plus sûre de notre humanité, car elle est source de toute vie ».

 

De l’animalité affinée…

 

             « L’affinement de la vie est le véritable progrès humain. La conscience que le bonheur de chacun s’accroît du bonheur de tous est plus utile à la révolution de la vie quotidienne que toutes les objurgations éthiques de l’intellectualité militante.

La cruauté exercée à l’encontre des animaux procède du discrédit de l’homme pour la bête qui remue en lui. Il envie sa liberté sexuelle, son absence de dissimulation, son comportement que n’embarrassent pas les contraintes (morales et éthiques), et il la hait d’autant. Il tire orgueil de l’esprit qui entrave son corps et l’astreint au travail. Esclave d’un système social qui l’opprime, il se venge en opprimant les plus faibles. »

           Et Vaneigem de conclure que l’homme aurait transcendé son animalité au lieu de la dépasser. L’animalité spiritualisé a fourni à l’homme sa carte d’accréditation auprès d’un Dieu vengeur, sanguinaire, assoiffé de domination : « L’économie d’exploitation aura été la malédiction des hommes, des bêtes, des plantes et de la terre. Certes, le crime perpétré contre les bêtes procède du crime perpétré par les bêtes entre elles. Mais, de la loi de prédation qui caractérise le règne animal, l’économie de concurrence et de compétition a fait une loi qui dénature l’homme alors que l’être humain se distingue précisément de l’animal par sa capacité de dépasser l’instinct prédateur et de créer une abondance révoquant la quête quotidienne, avilissante et laborieuse des moyens de subsistance.»

 

Du bonheur…

 

               « Soyez heureux ! est le slogan excrémentiel qui flotte dans le sillage de l’Enrichissez-vous ! Pourtant, l’économie a eu beau imposer un prix à la jouissance, quiconque l’a vécue authentiquement  sait qu’elle n’en a pas.

Le bonheur qui cesse d’être un combat se résigne au malheur du monde qui le tue. L’avenir que me révéleraient de nébuleuses prophéties m’indiffère. Seul m’intéresse l’avenir que je me forge dans les lueurs fuligineuses ou opalines du présent.

Aussi, j’incline à penser que les moments heureux nous échoient parce que, quelque part en nous, ils ont été voulus du fond du cœur. »

 

De l’âge…

 

              « Il existe une distinction fondamentale entre une vie résignant les incessants bonheurs qui lui ont conféré sa plénitude et une mort provoquée par une carence croissante de plaisirs, de passions, de vraie vie. Goûter aux émerveillements du vivant, telle est la vraie jeunesse, la seule qui bondisse au-delà des âges.

Nous appartenons à une société prédatrice où le regard mercantile apprend à estimer d’un coup d’œil le prix des êtres et des choses. Il faut trancher vite et selon les apparences, de peur de se perdre et de dissiper avec soi les avantages de l’argent et du temps. Il n’est question que d’efficacité, de rendement, de durée. L’éthique et l’esthétique participent des règles de l’efficience. L’aventure amoureuse s’adapte au profil des profits escomptables. La taille, la démarche, les seins, les fesses, le visage, la dignité des braguettes, les jouissances supputées sont soupesés en termes d’intérêts, de comportements fiduciaires, de plaisirs à tempérament.

La civilisation marchande a dénaturé l’âge en le mesurant à l’aune du profit et en l’identifiant à une fonction hiérarchique. »

 

De l’argent…

 

            « Perdre ne serait-ce que trois sous est un acte immoral.

Si l’argent excédentaire et l’argent déficitaire sont un désert où rien ne pousse, où la vie dépérit, je n’ai rien éprouvé de plus indigne et de plus éloigné des préoccupations humaines que la quête incessante de l’argent, érigée en impératif catégorique par la nécessité de survivre. De la garantie d’en être  pourvu, je n’ai tiré qu’amertume comme je n’ai ressenti qu’angoisse et rage à la perspective d’en manquer.

Le fétichisme de l’argent fait la loi, celle qui s’arroge le droit de transgresser toutes les autres.»

 

De la peur…

 

            « Avons-nous d’autre choix que de restaurer dans son innocence (son optimisme ?) la vie qui s’enfante d’elle-même ?

Le pire danger, c’est de désirer ce que l’on redoute, c’est de marier le désir à la crainte qu’il s’accomplisse à revers. La peur est l’ombre mortelle du désir, l’ombre des désirs morts. Les vœux les plus chers de l’homme ont été si ordinairement tués dans l’œuf qu’ils ne naissent plus qu’apeurés et en attente de l’échec. C’est comme si le bonheur, sesouvenant de tant de bonheurs avortés, renonçait à la vie. Parfois, il ne veut plus se souvenir mais le souvenir est là, comme un ver rongeur.»

 

Du labyrinthe…

 

           «Par un enchevêtrement de couloirs dont les multiples issues s’ouvrentet se ferment à loisir, nous montons et descendons, avançons et reculons, nous nous heurtons aux obstacles que nous avons élevés par négligence.

Le labyrinthe du moi et le labyrinthe du monde sont un seul et même lieu.»

 

 

De l’amitié…

 

           «L’hédonisme gâte le corps  (surcharge pondérale et obésité) et l’esprit gâte la radicalité (plus on pense, moins on agit pour soi et les autres et contre le regard unique d’une domination sans équivoque). La racine de l’homme est dans l’animalité qui s’affine et s’humanise au feu de la conscience.

Nous souffrons le moins chez les autres les défauts qui sont nôtres. La plupart de nos colères sont dirigées contre nous-mêmes. Qui terrasse son ennemi n’y survit pas, le vainqueur ne fait qu’accomplir la tortueuse volonté de son adversaire. L’on n’est jamais vaincu que par soi-même.»

 

 

De la poésie et de l’amour…

 

            « La poésie vient des origines du corps et elle l’humanise. L’esprit naît du corps au travail et elle le fait esclave à l’égal de la bête.

La pensée séparée de la vie la dessèche et la tue. C’est pourquoi la poésie n’obéit à aucune de ses règles. Elle est la fleur qui crève le bitume et fleurit au milieu de la chaussée. Il suffit que le banal se fissure pour que la vie se fraie un chemin et explose en silence.

Nous avons mal perçu cet art du discontinu par lequel la vie se manifeste à l’encontre de l’ennuyeuse répétition qui règle l’écoulement du temps de survie. L’enfant excelle à aborder les univers  les plus disparates dans cette passion de jouer que, bientôt, la nécessité lucrative refoulera, écrasera, comprimera et enrôlera dans les jeux morbides du pouvoir et de la mort.

Avant que les ravages de l’éducation mercantile ne le réduisent en poussières d’amertume, l’émerveillement ludique ne connaît pas de frontières, un baquet fait un bateau, une cave un palais, trois bouts de bois un continent.»

 

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Pour prolonger, cliquez : Serge ULESKI : Essais et littérature

 

 

 

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