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Paroles d'hommes - entretien avec l'auteur

     

            Arrive un jour où l'on décide de tout quitter. Sur son chemin, on croise le rédacteur en chef auto-proclamé d'un magazine à la publication aussi hasardeuse qu'hypothétique qui a comme projet un reportage sur une communauté rurale soupçonnée d'abriter des hommes aux mœurs d’une sauvagerie inqualifiable. Sans emploi et sans attaches, on se dit : "Va pour l’enquête ! Et puis... vogue la galère !"

            On prend la route. Les rencontres et les interviews se succèdent, l'enquête progresse mais... patatras ! L’itinéraire emprunté est un piège, et notre enquêteur malheureux progressera pas à pas vers une crucifixion sans gloire, sans honneur et sans rédemption.

 

 

 

Entretien réalisé par Michel Tarkovski 

 

 

M. T.  – En exergue du titre "Paroles d'hommes" on pourra lire ceci : « Ce qui est n'est pas, car il s'agit toujours d'autre chose ; autre chose et autre part ; et puis... ailleurs aussi. »

 

Serge ULESKI – Il s'agit de ce que nous sommes tous réellement et de ce que nous donnons à voir, à entendre, à comprendre aux autres, et ce que nous sommes capables de comprendre de et sur nous-mêmes. Dans ce récit, il s'agira toujours question d'autre chose : ce qui sera dit ne sera jamais ce qui est important de dire ou de comprendre, jusqu'au moment où chacun de ces hommes, dont notre enquêteur recueille les témoignages, finira par « avouer » - dans le sens de « se confesser » ; même si les choses sont dites de telle manière que l'on n'est jamais sûr d'approcher une quelconque vérité concernant toutes ces confessions.

- Tu ouvres le titre « Paroles d’hommes » avec une série de « J'ai tout quitté » : il y en a une bonne trentaine. Le narrateur n’a de cesse de nous dire qu’il a tout quitté, alors que c’est son entourage qui l'a forcé à tout abandonner : femme, enfants et travail.


 

- C’est vrai, dès les premières pages, on est déjà dans le simulacre ; dans une perception de la réalité, pour le moins, très particulière.


 

- Ton synopsis commence ainsi : « Arrive un jour où l'on décide de tout quitter. Sur son chemin, on croise le rédacteur en chef d'un magazine qui a comme projet un reportage sur une communauté rurale soupçonnée d'abriter des hommes aux mœurs d’une sauvagerie sans nom. » La ruralité auquelle ce rédacteur en chef se réfère relève du pure fantasme…

 

- Oui, sans aucun doute. Il s’agit bien d’une ruralité fantasmée ; une pseudo-ruralité absurde et grotesque dépourvue de toute réalité socio-économique.

- Aspect sans lequel on est à peu près assuré de passer à côté de son sujet.

- Sans oublier le fait qu’il y a autant de « ruralités » qu’il y a de ruraux.

- Et plus tard dans ce récit, on découvrira une autre facette du rédacteur en chef de la revue pour laquelle le personnage principal effectue son reportage : ses analyses des témoignages que l’enquêteur recueille, nous rapprochent-elles de la vérité ? Vérité qui semble, à chaque fois, échapper au narrateur-enquêteur.

- Moi-même, je ne le sais pas. Ce rédacteur en chef peut très bien mentir pour des raisons qui ont plus à voir avec le côté commercial de son projet : éditer une revue et la vendre ; sa version des faits serait disons, plus "vendeuse". Ou bien, son projet de départ - cette enquête auprès d'une communauté rurale soupçonnée d'abriter des hommes aux mœurs d’une sauvagerie sans nom -, n'a peut-être aucun rapport avec l'édition d'une revue. Et puis, ce rédacteur en Chef que l’on retrouve à l'avant-dernier chapitre, qui nous dit qu'il s'agit bien du même personnage ? Si le narrateur est aussi le personnage principal, à savoir l'enquêteur, pense au fait que moi, Serge ULESKI, je peux très bien décider de finir le roman à la place du narrateur ; je peux très bien vouloir reprendre la main et "lâcher" les deux personnages que sont l’enquêteur et le rédacteur en chef, pour suivre une autre route ; une route qui dépasse de loin le cadre de l'enquête qui a été confiée au personnage principal.

- Une route sacrément plus large et plus longue. On passe d'un chemin forestier à une autoroute. C'est à ce moment qu'arrive la référence à Jules Romain et sa pièce Knock. Je te cite : "Ce rédacteur en chef auto-proclamé qui est aux sciences sociales ce que Knock est à la médecine..."

- Dans Knock - pièce d’un Jules Romains prophétique -,  la question est : qui est malade, qui le sera et qui l’est potentiellement. Et la réponse est la suivante : tout le monde puisqu'un bien portant n’est qu’un malade qui s’ignore. Dans "Paroles d‘hommes", il sera finalement question de pouvoir, de contrôle et plus important encore, du monopole du jugement de culpabilité : qui est coupable, qui le sera, qui l’est potentiellement et qui est autorisé à rendre ce verdict de culpabilité, tout en affirmant qu’un innocent n'est qu’un coupable qui s’ignore.                                                                                                                                                        - Revenons à cet avant-dernier chapitre. Je cite un passage ; c’est le rédacteur en chef qui parle : « Sachez une chose Monsieur le reporter : ce qui est n'est pas car, il s'agit toujours d'autre chose ; autre chose et autre part et puis, ailleurs aussi. Le but affiché n'est pas le but qu'on se propose d'atteindre puisqu'il n'est pas le but qui a été secrètement fixé. Aussi, ne vous étonnez surtout pas si l'itinéraire conseillé n'est jamais le chemin qu'il faut emprunter car, quand vous y serez arrivé, tout en pensant y être allé avec les autres, eh bien, vous y serez arrivé mais... seul ! Car, dans les faits, personne, n'aura souhaité vous y accompagner ou vous y retrouver puisque ce n'est pas là qu'il fallait être. Alors, on peut dire sans risquer de se tromper, qu'ici, tout est leurre, diversion et boniment. Et ceux qui prétendent à la cohérence et à la vérité sont à l'intelligence ce que les feux d'artifices sont aux miracles : le secret de polichinelle d'un esprit infantile. »

- Là, on est dans la farce et le mensonge, ou ce que j’appelle le « boniment ». Je suis persuadé qu’il y a un lien entre ce monde qui n’est pas ce qu’il est - et qui ne s'affiche jamais comme tel -, et notre personnalité en trompe l'œil.

- L’homme serait un énorme mensonge à lui tout seul ?

- Mensonge et farce, on dira.

- Nous serions tous leurre, diversion et boniment ? Et par ricochet et comme par voie de conséquence, le monde entier avec nous ?

- C’est une question de proportion : quelle place occupe la part, qui en nous, n’est que leurre, diversion et boniment ? Et cette part qui relève du mensonge et de la farce, est destinée à qui ? Cette part est dirigée contre qui ? Sans oublier les cas où, à notre insu ou consciemment - stratégie de survie, dans ce cas -, cette part est dirigée, vers ou bien, contre nous-mêmes. Si le monde est un énorme mensonge doublé d’une énorme farce, nous sommes aussi ce mensonge et cette farce. Et plus on est puissant, plus ce mensonge a de poids sur le monde extérieur ; plus nous sommes faibles, isolés, limités dans notre capacité à pouvoir agir sur le monde, plus ce mensonge n’a d’incidence que sur nous-mêmes et sur notre entourage.

- Les puissants auraient donc les moyens du mensonge qui toucherait le monde entier ; et les faibles, les moyens d’un mensonge qui ne toucherait qu’eux-mêmes et leurs proches ?

- Oui. On peut résumer ça comme ça. »

 

L'ouvrage est disponible ICI

 

 

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Pour prolonger, cliquez : Serge ULESKI en littérature

 

 

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