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Des apôtres, des anges et des démons - entretien

 

             Texte libertin, assurément ! Dans la tradition du 18è siècle (Diderot ?) : libertinage de libre penseur dans l'exercice d'une prospective qui ouvre la porte à toutes les fictions sociales et politiques.

 

 

 

 

Entretien réalisé par Jan Kaprisky

 

 

J.K. - Corrige-moi si je me trompe : la construction du titre "Des apôtres, des anges et des démons" est la suivante : un chapitre, un personnage. Chaque nouveau chapitre introduit un nouveau personnage, tout en gardant le précédent. Il y a quatre personnages, au quatrième chapitre, ils sont donc tous réunis.

 

S.U. - C’est bien ça.

 

- Gros pavé de près de 600 pages, édité en deux volumes... avec ce titre, on est dans la satire, l'humour noir, l'ironie, le pamphlet, l'absurde : tout est bon, la fin justifiant les moyens.


 - Il ne faut pas avoir peur. La littérature pourvoira. Elle saura nous absoudre.

 - En introduction à ce texte, il y a ces quelques mots : "Le monde moderne regorge de disgraciés obscurs, de déclassés sans nombre, d'otages en sursis dans l'attente de la sentence que ne manquera pas de prononcer une organisation de l'existence qui a pour seul moteur : la haine de l'échec. Alors... aujourd'hui, en toute impunité et sans risquer d'être contredit, on peut sans honte crier à l'endroit de tous les Bouvard et Pécuchet et Don Quichotte de la réussite : Malheur aux ratés !" Flaubert aurait quelque chose à voir avec "Des apôtres, des anges et des démons" ? 


- Oui, sans doute.


- Même si toi, en revanche, et à aucun moment, tu ne te moques de tes personnages, même si tu peux avoir, à leur égard, quelques jugements cruels.


- Disons que je suis un peu plus lucide qu'eux.

 
- Ton texte aborde de nombreux sujets : le journalisme, la médecine, les femmes, la traite négrière, le show-business, l'art contemporain, la publicité, le marketing, le milieu de l'édition, le couple, la vie urbaine, l'évolution de notre espèce, la guerre, le ressentiment et la revanche de "classe", l'ingénierie sociale, l'anthropologie politique et la génétique...

 

- Disons que ce texte touche à tout ce qu'on appelle "la modernité".

 

- J'ai pensé, en ce qui concerne la forme - et parfois aussi, le fond - à Diderot et à Voltaire ; et pour le dernier chapitre, à Rousseau. Ce qui nous donne : Jacques le fataliste, Candide et Emile. Plus près de nous, y a-t-il d’autres auteurs qui ont retenu ton attention ?

 

- Chevillard m’a intéressé un temps ; la forme surtout ; car sur le fond, le propos est plutôt creux ; son discours cache difficilement un esprit nostalgique et désabusé ; un esprit conservateur, finalement : « Avant, c’était mieux ! » Et ça, tu penses bien que ça m’intéresse beaucoup moins.

 

- Tous tes personnages ont un point commun : l'échec ; avoir entrepris, avoir échoué et le prix qu'ils doivent payer. Chacun d'eux a une manière personnelle de vivre cet échec.

 - Comment juger, sans brouiller les pistes d'un réel réellement possible, ce qu’il est encore raisonnable d’espérer ? Dans la tentation de ne plus rien tenter de peur de devoir rendre des comptes, un risque existe : le monde peut nous échapper. On peut très bien passer à côté de lui sans le voir et sans le comprendre ; et puis, la perte du sens des réalités fait le reste sans autre formalité : elle nous sépare de tout.

 

- De tous tes personnages – on en compte quatre -, Matthieu, avec deux « t » on aura noté, est le plus complexe, le plus riche, le plus imprévisible aussi.


- C'est le personnage idéal. Avec lui, je sais que je peux tout envisager. Il dit, il fait tout ce que les autres taisent ou ne font pas, ou bien qu’à moitié. Il va jusqu'au bout : il n'a aucun tabou.


- Avec cet autre personnage qu’est Paul, tu restes neutre. Tu te contentes de le mettre en scène. Tu fais peu de commentaires.


- Paul est un mercenaire. Son métier, c'est la guerre.


- Après les "Bouvard et Pécuchet" que peuvent être les deux autres personnages, Luc et Gabriel, arrive Don Quichotte dans le chapitre 4 : la "ballade de Matthieu". Dis-nous quelques mots à son propos.
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- Imagine que Don Quichotte ait vécu, disons entre 1920 et 1990, et que ses références n'aient pas été la littérature chevaleresque du XVIe siècle mais la déclaration des Droits de l'Homme : on obtient quoi ?
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- On obtient, non pas Cervantès mais "la ballade de Matthieu" : "Votre plus grand crime, c’est d’avoir abusé des mots, de tous les mots, en les mystifiant. Vous nous avez parlé de droits naturels, inaliénables et sacrés. Vous nous avez dit que nous étions tous égaux en droits, alors que nous le sommes... qu'une fois morts et enterrés ! Vous nous avez dit que nous étions tous libres mais vous vous êtes bien gardés de réunir les conditions nécessaires à la jouissance de cette liberté puisque vous nous avez concocté un monde dans lequel... sans argent, point de salut et point de liberté, si par liberté, on entend la liberté de faire des choix qui nous permettent de vivre... debout et dignes ! Vous nous avez déclaré la main sur le cœur que nul ne doit être inquiété pour ses opinions pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public. Alors, dites-nous comment fait-on pour ne pas vous déranger si nos opinions ont pour objet de dénoncer votre ordre qui n’a de public que le cercle restreint de votre caste dirigeante qui a le monopole du pouvoir, des médias et de l‘argent ? Est-ce là une reconnaissance du droit de prêche dans le désert ?" Etc... etc... Matthieu reprend un à un les articles de cette déclaration et demande des comptes. Puisque nous y sommes, venons à cette question des Droits de l‘Homme. Je cite un dialogue qui met en scène Luc et Matthieu : "Mais alors... le progrès, la justice et puis, cette histoire de droits de l'homme ? Plus de progrès, plus de justice... plus de droits, plus plus plus... pour tout le monde ! - Une parenthèse cette histoire de droits de l'homme, de progrès et de justice dans ce processus de conservation de nos atomes et de nos molécules".


- Je me suis évertué à placer cette période qui va de la fin du 17e siècle jusqu'à nos jours, celle des Lumières donc… dix mille ans avant et dix mille ans après, et nous au milieu. Une perspective absurde mais qui force la réflexion, le questionnement. Dans dix mille ans, je ne suis pas sûr que les Droits de l'Homme soient toujours à l’ordre du jour, si on entend par Droits de l'Homme autre chose que le droit de vaquer à ses occupations et de faire des affaires juteuses.


- Toujours dans ce passage qui met en scène Luc et Matthieu : "Les droits de l'homme ? Il s'est très certainement agi d'un accident de parcours. Un caprice, une lubie, une sorte de... laisser-faire. Je sais pas moi, on a dû se dire : les droits de l'homme, la justice, le progrès, pourquoi pas, après tout ! Et puis, on a du temps devant nous... parce que... quand on y réfléchit : qu'est-ce que trois cents ans sur une période de vingt mille ans ?"


- Dans l'avenir, je doute que l'homme soit plus intelligent et plus juste envers ses semblables, alors qu'il a su durant des milliers d’années ne pas s'en soucier. Je doute que nous allions vers plus d'intelligence, plus de générosité et plus de justice. Pour faire court, je doute que le plus faible soit moins en danger demain qu'hier. Le plus faible est au centre de la période dont onparle : celle de la définition des Droits de l'Homme et de leur application : comment le protéger, comment lui garantir une vie décente, comment l'aider à lutter contre tous les déterminismes de sa naissance, comment faire en sorte que le faible le soit un peu moins, comment réduire la force du fort. Sans oublier le fait qu'à une certaine période, le faible a pu devenir le fort et le fort le faible.


- Toujours dans le même passage : "La finalité ? Eh bien, c'est la conservation de notre espèce : molécules et atomes. C'est tout. La finalité... ce sont les moyens qu'il nous a fallu et qu'il nous faudra encore et toujours développer pour assurer notre survie : la conservation de notre espèce."


- Il se pourrait bien que le fort s'affranchisse de toutes considérations pour ce qu'on appelle encore aujourd'hui les Droits de l'Homme, recouvrant le monopole de la force, même si je pense que d'ici là, on ne raisonnera plus qu'en terme de préservation de notre espèce : molécules, atomes...

 

-Tu fais référence à une sorte de processus automatique. Mais...les processus automatiques, on peut les interrompre ? L'homme, la politique et l'action l'ont déjà fait.

 

- Oui, justement ! On l'a déjà beaucoup fait avec les droits de l'homme. C'a demandé beaucoup d'énergie. Et toutes les énergies s'épuisent un jour.

 

- Ta conclusion tient en peu de mots : "Notre finalité, c'est la conservation de notre espèce et sûrement pas, les Droits de l'homme".

- Mais... c'est énorme comme projet ! Et louable en plus ! Regarde : c'est la mère qui cherche à protéger son enfant pour qu'il vive le plus longtemps possible. C'est de ça dont on parle : la mère, c'est la science, la technique ; et l'enfant, c'est notre espèce. Et personne n'y trouvera à redire. C'est là toute notre histoire. Il n'y en a pas d'autre à ma connaissance ; et il n'y en aura pas d'autre non plus. Vraiment, je pense qu'il s'agit de la plus honnête et de la plus réaliste des prospectives concernant le genre humain. Notre souci majeur, quoiqu'on en dise, c'est de mourir le plus tard possible et de souffrir le moins possible. Et vouloir souffrir le moins possible, pour certains d'entre nous, cela peut aussi vouloir dire, mourir le plus tôt possible. Alors, entre ceux qui auront tout intérêt à mourir le plus tôt possible - puisque leur vie sera invivable - et ceux qui auront toutes les chances de pouvoir mourir le plus tard possible, le monde s'organisera autour de ces deux aspirations, toutes deux légitimes. Comme tu peux le constater, tout cela n’a pas grand-chose à voir avec les Droits de l'Homme.

- Je cite un autre passage. C'est Luc qui s'exprime avec une touche d'ironie : "Il ne reste au soleil que quelques milliards d’années à vivre. Alors, le temps presse ! Les dégâts engendrés par notre système de production pèseront lourd, très lourd sur nos enfants qui devront vivre dans ce gâchis. Des entreprises ont confisqué notre environnement. Résultat : notre environnement est à l’agonie. Aujourd'hui, ces mêmes entreprises s’intéressent à notre identité génétique, alors, on peut légitimement être inquiets ! Et si "La fin du monde" existait bien ? Oui, la fin de la morale et de la justice comme "Fin du monde" car seule l‘économie - une économie sans visage et par conséquent, sans morale et sans honneur car, sous le couvert de l'anonymat tout est permis - seule cette économie-là a voix au chapitre. Elle et ses alliées - la science et la technique - monopolisent tous les savoirs pour mieux étouffer tous les principes. Alors, vous pouvez en être sûrs : ils feront de nous et de notre identité ce qu’ils ont fait de notre environnement."


                                                            

 

- Là, je défie quiconque qui ne soit pas un imbécile d'avancer un argument contraire.


- Autre passage. C’est Paul qui s'exprime : "Aujourd’hui, on ne valorise qu'un seul type de relation : la relation vendeur-acheteur. Mais à condition que vous sachiez vendre et que vous puissiez acheter cette relation à sens unique. Sinon, tu peux bien crever. Alors, je vous le dis : l’environnement, la santé, la sécurité, le droit à la vie... tout y passera ! Et nous devrons tous prochainement nous soumettre à cette relation marchande souverainement barbare, inculte et cynique. Les chantres de cette relation n’ont qu’un seul maître : Al Capone ! C’est lui, le maître à penser cette relation... et à pourrir tout ce qui ne l’a pas encore été. Oui, c’est bien lui : Al Capone ! Alors... qu’on se le dise : la racaille marchande et illettrée contrôlera ce nouveau siècle - et même si nous y entrons à reculons et sur la pointe des pieds, sans tambour ni trompette, en retenant notre souffle, dans ce nouveau siècle réglé d'avance - c’est bien cette racaille-là qui contrôlera tout."

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- Encore une fois, qui peut prétendre le contraire ?

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- Autre citation. Toujours Paul : "Le monde est contrôlé par les multinationales, la pègre et leurs valets lâches et veules, à savoir : les états et leurs gouvernements qui ont baissé les bras et qui sont au pouvoir ce que la liberté est à la contrainte et la torture à la confession. Dans cet univers, un être humain n’est qu’une merde sans nom car, si vous tentez de dénoncer ce trio infernal, vous mourez ! On n’hésite pas un seul instant : on vous tue ! A côté de ces gens-là, nos tueurs en série qui occupent la une de nos journaux adeptes de la diversion, ne sont que de pathétiques gesticulateurs !"


- Je suis allé peut-être un peu vite. Ce n'est pas encore tout à fait la réalité, mais ça ne va pas tarder.


- Revenons à "La ballade de Matthieu". Pour la première fois, tous les personnages sont réunis dans un même lieu : Matthieu, Gabriel, Luc et Paul. Nouvel extrait ; c'est Paul qui parle : "Passez-moi toute cette assemblée au peigne fin et au crible ! Criblez-leur le cul nom de Dieu ! Une bonne louche pour une bonne bouchée. Et s’ils mordent, triplez la dose. Mettez-vous y à deux, à trois, mais... démerdez-vous ! Il faut qu’on avance ! Souillez-les ! Polluez-les ! Un bon renvoi d'ascenseur ! Un Tchernobyl dans le cul !“ C'est le massacre des "prétendants". Prétendants qui prétendent à tous les monopoles : pouvoir, argent, parole -, et qui décident de tout. Paul c'est Ulysse. Dans ce chapitre, tu laisses clairement entendre qu'il s'agit du retour d'Ulysse. Il est de retour mais il n'est pas seul. Il est entouré d'un groupe d'individus, hommes et femmes relégués, condamnés au silence et à la non-existence. Ithaque, dans ton récit, c'est ce Château dans lequel tous se donnent rendez-vous. Arrive alors le cinquième chapitre. Le narrateur est seul. Ses personnages ne sont plus de ce monde. Et ce narrateur va plonger dans la réalité qu'il n'a pas cessé de nous décrire. Il est entre les mains d'un anthropologue, d'un biologiste, et de ce qu'on aurait pu appeler à une autre époque, un commissaire politique ; tous les trois alcooliques.

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- Ce chapitre, c'est le roman de Kessel "Le zéro et l‘infini" mais... inversé. Dans ce chapitre - pour schématiser -, ce n’est pas la démocratie associée au capitalisme qui dénonce le stalinisme, c'est la démocratie qui triomphe aux côtés de ses deux alliées que sont l'économie mondialisée et les techno-sciences ; alliées qui menacent de nous mener tout droit en enfer ; et ce nouvel enfer est explicité par une voix qui se situe au-delà de tous les clivages idéologiques puisque cette mondialisation et les techno-sciences ne se situent ni à gauche ni à droite mais... ailleurs... par-delà le bien et le mal comme aurait dit l'Autre.

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- Ironie de l'Histoire.


- Ironie toute relative en ce qui concerne le capitalisme. Depuis près de deux siècles maintenant, les hommes n'ont pas cessé de dénoncer le capitalisme comme étant aussi une machine de guerre, une machine à provoquer et à faire la guerre, ainsi qu’une machine à broyer les  individus : tout ce combat ouvrier et syndical pour humaniser le capitalisme que l'on semble avoir oublié.


- L'instructeur politique, l'anthropologue et le biologiste sont mis en scène d'une manière grotesque. Je cite un passage ; c'est l'anthropologue qui parle : "Les psychiatres, les sociologues, tous ces représentants d’une science approximative et mollassonne, sans oublier les commentateurs, les politologues, les éditorialistes, les éducateurs et animateurs de quartiers, chefs de bandes compris... tous ces gens-là ne progressent plus dans leurs analyses depuis des années ; ils font du surplace. Ils bégayent. Ils tergiversent sans fin et sans but et sans résultats. Mais on va les mettre tous d‘accord car l’entrée dans le nouveau siècle se fait sous l’empire des sciences fondamentales, sciences pures et dures ; biologie génétique et anthropologie en tête. Finies donc... les sciences discursives, pareuses et lâches ! Fini l'amour de son prochain par amour pour soi ! Finie la charité ! Finie l'aumône ! Fini le soulagement de la souffrance pour atténuer le malaise de ceux que cette souffrance dérange ! Finie la culpabilité intermittente et éphémère parce que... culpabilité d'humeur et non de conviction, des classes supérieurement émotives ! Finies les tentatives de médiations, d'explications et d'insertion et de réinsertion structurantes. A compter d'aujourd'hui, on ne cherche plus les arrangements à l'amiable. On n'explique plus, on n'insère plus ! On ordonne et on exige le silence ! Nous avons élaboré une stratégie de substitution face à l’incurie de tous ces acteurs politiques et sociaux. Déboutés, ils sont ! Car, nous sommes sur le point de conclure et de transformer tous les essais. L'anthropologie et la génétique sont maintenant capables d’apporter des solutions à tous les problèmes. Comprenez bien une chose : l’histoire de l'humanité est une bombe à retardement qui court à sa perte. On peut assister, les bras croisés, à cette déchéance et à cette perte de conscience lentes, progressives et laborieuses de l’humanité mais... on peut aussi faire quelque chose, et vous savez quoi ? Supprimez l’être humain en tant que tel. Voilà ce qu'on doit faire. Sachez qu'on ne guérit un malade mortellement atteint qu‘en le supprimant. Et supprimer l’être humain, c’est supprimer sa déchéance." Sans jamais le nommer, tu parles de "l'homme génétiquement modifié" à des fins de supprimer cet homme ?


- Oui. Ou plutôt non : à des fins qu'il n'ait plus rien à voir avec ce que nous sommes et avons été tout au long des siècles. Un homme sur mesure, disons.


- Je cite un autre passage : "Nous sommes au début d'une conclusion et d'une forclusion exemplaires : celles de l'homme concluant, définitif et forclos dans une finitude à sens unique et sans issue : sans échappatoire ! Un vrai cul de sac, cette forclusion ! Enfin libre et responsable, l'homme n'aura plus qu'une seule origine : lui-même comme début et comme fin avec pour seul géniteur : la science. La seule origine de l'homme sera sa naissance, le jour de sa naissance et seule la science sera autorisée à se pencher sur son berceau. L'homme sera à lui tout seul... le père, le fils, la mère, l'œuf, le coq, la poule et seule la science sera autorisée à pondre. Nous supprimons l’être humain pour mieux le libérer des malédictions de sa condition et des imperfections de sa nature car, c’est au delà de l’humain et de son histoire chaotique que nous irons chercher les outils nécessaires à la construction d’un monde enfin prévisible, un monde qui saura triompher de la nature humaine : nature égoïste, paresseuse, immature ; nature rebelle et réfractaire au changement et au sacrifice. Nous voulons un homme qui n’aura d’humain que le nom, un homme coulé dans un moule unique, indifférencié, un homme né sans cordon ombilical, un homme au-dessus de tout soupçon, sans mémoire, sans tradition et fatalement sans imagination, sans conscience et sans contradictions."

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- Eh bien voilà. Tout est dit.


- Un mot sur le dernier chapitre : le sixième ; chapitre-épilogue qui fait vingt lignes. Il semble nous dire que le pire n'est jamais sûr.


- Pas tout à fait. Ce qui est sûr c'est le fait de croire que le pire n'est jamais sûr. De ça, on peut être certain. Nous préférons croire que le pire n'est jamais sûr tout simplement parce que nous n'arrivons jamais à l'éviter, faute de pouvoir le prévenir.

 

 

- Je cite un passage ; référence à Shakespeare : "La tempête est passée finalement et nous tous ici, avons survécu. Oui, nous avons..."survécu" puisque le pire n'est jamais sûr et puis, à quoi bon le nier : nous sommes faits aussi et surtout... d'optimisme, et nous le sommes... incurablement. Et l'étoffe de cet optimisme, c'est notre sommeil et le rêve qui l'accompagne : nous tous ici, éveillés mais... pas trop ; juste assez pour nous rendormir crédules et sereins." On dort debout ? C'est ça ?


- Oui. Bien sûr. Toujours !

 

-Quel extrait de l’œuvre tu nous proposes ?

 

-Le deuxième chapitre

 

-Celui consacré à Gabriel ?

 

-Oui.

 

-Bonne découverte à tous donc.

 .

 

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