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"Le locataire" de Roman Polanski et la France des années 70...

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             "Le Locataire chimérique" est un roman de Roland Topor, publié en 1964. 

             "Le locataire" dans son adaptation cinématographique met en scène un jeune homme trentenaire, d'origine étrangère qui emménage dans un petit deux-pièces parisien dont la locataire qui l'a précédé s'est suicidée ; il suscitera d'emblée l'hostilité du propriétaire et de ses voisins."

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              Univers sournois, hostile, étouffant, à la fois sordide et morbide... délire de persécution, délire paranoïaque... c'est sûr, avec ce long métrage du réalisateur Roman Polanski, l'oeuvre de Kafka n'est pas loin.

Laideur des lieux, laideur des visages (un casting sur mesure nous est présenté), laideur des comportements... seul le personnage confié à Isabelle Adjani trouvera grâce aux yeux du réalisateur  ; un personnage attentionné, modeste et sans prétention aucune. 

               Logé dans un immeuble de pétitionnaires et de délateurs (on pétitionne contre les plus faibles : une mère et sa fille de 12 ans paralysée)...  ce locataire  - le rôle titre est tenu par le réalisateur lui-même ;  ce qui est loin de n'être qu'un détail... anodin qui plus est -, petit bonhomme au corps chétif, à la voix fluette et à l'accent étranger (le seul accent étranger du film même si le casting fait appel en partie à des acteurs anglophones), naturalisé français - il y tient ! -, ce locataire nommé Trelkovsky n'a de cesse de compenser en se montrant en toute occasion accommodant et serviable sans doute dans l'espoir d'être accepté par son entourage composé principalement de ce qu'il faut bien nommer des "porcs" (ces collègues de travail en l'occurrence)  et des "salauds" (les locataires et le propriétaire de l'immeuble).

Laideur, encore la laideur ! 

Force est de constater qu'il ne peut s'agir d'une simple coïncidence un tel parti pris à la fois sociologique,  esthétique et psychologique ! Ce choix délibéré a bel et bien sa raison d'être. Aussi, grande est la tentation de voir dans "Le locataire" l'expérience personnelle de Roman Polanski  à son arrivée ( et retour) dans l'hexagone ainsi qu' un portrait sans concession de la société française dressé par un "étranger" qui n'a pas oublié, dans les années 60 et 70 ( et l'auteur Roland Topor dans d'autres circonstances), cette expérience décevante et humiliante avec la France bien qu'il y soit pourtant né dans les années 20 avant de rejoindre la Pologne à l'âge de trois ans.

              Portrait de la société française ? La France et cet étranger qui n'a qu'à bien se tenir ?  Avec "Le locataire"... manifestement Polanski a gardé en mémoire  les années de "vaches maigres", l'ostracisme et le dédain de notre industrie du cinéma à son égard ; personne n'étant désireux de lui faire une place.

Rappelons ceci : n'arrivant à rien, Polanski quittera la France pour Londres.

 

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                Il est vrai que.... de "Polanski le sur-doué", nos réalisateurs - en particulier ceux de la nouvelle vague  aux grosses lacunes techniques et scénaristiques  -, avaient tout à craindre car leur cinéma à eux tous restera longtemps très très en deçà de tout ce que Polanski aura déjà produit ; formé en Pologne dans la célèbre école de cinéma de Lotz, à la sortie en salle du "Locataire" en 1976, Roman Polanski a plus de quinze années de cinéma derrière lui ; cinéma primé aux USA, à Berlin, à Venise et à Londres ;  lui si jeune encore : il a à peine 40 ans. 

               Parabole allégorique -  au cours d'une scène brève, dans le cadrage, et encore une fois, avec le choix de l'acteur dans le rôle d'un commissaire de police, c'est Vichy qui est là, présent, encore, comme à l'affût ; nous sommes en 1976 certes, sous la présidence de Giscard d'Estaing,  et pourtant la période de la collaboration n'est pas loin ; on la sent tout près. C'est Polanski qui nous met la tête sous l'eau jusqu'à la suffocation  à propos d'un épisode historique pas encore contée ni élucidée dans ces années-là...

Satire de la bêtise humaine et de sa cruauté, exploration de la folie et de son cheminement - trouble de la personnalité en particulier : thème récurrent chez le réalisateur (1)-, la dernière réplique du locataire Trelkovsky  "Vous êtes tous des assassins !" n'est sûrement pas à mettre sur le compte de cette folie seule. Cette accusation sonne comme un verdict ; un verdict exagéré, disproportionné sans doute, un verdict qui s'appuie sur l'émotion plus que sur la raison... - raison des faits en particulier -, cependant,  il y a dans ce dernier cri comme une vérité après plus d'une heure-trente passée au côté de ce petit homme sans histoire mais dont l'Histoire de toute sa vie,  brève et immense puisqu'il n'en aura pas d'autre, aura pour sortie, très théâtrale au demeurant , un saut dans le vide d'une existence devenue non-négociable et par voie de conséquence : inassimilable. 

Il faut bien dire, à la décharge de tous, que l'être  humain est sans rival lorsqu'il s'agit d'enfermer et de s'enfermer à double tour. Le personnage  de Polanski ne se sera, semble-t-il, accordé aucune chance d'éviter cette tentation qui lui ressemblait trop sans doute.

 

 

1 - A l'aune des accusations de viol portées contre le réalisateur - accusations le plus souvent avérées -, que l'on rappelle ici que tous les films de Polanski, les meilleurs de ses films, ne parlent que de ça : trouble de la personnalité, ligne rouge franchie sous l’emprise de pulsions irrépressibles ; pensez à Chinatown et la confession du personnage joué par John Huston  qui, soit dit en passant, vole la vedette à tous les acteurs masculins de la distribution ; confession comme suit : « Peu d’hommes savent qu’au cours d’une vie, dans certaines circonstances, n’importe qui peut commettre le pire » - référence à l’inceste et au viol en ce qui concerne Chinatown. Voyez  "Répulsion", "Tess" (encore le viol) ; La Jeune Fille et la Mort (confession du violeur : « j’ai aimé le faire à ces femmes terrorisées »......

Hors de la fiction, dans la vie, la vraie, témoignage après témoignage, il semblerait bien que l’on s'oriente définitivement vers cette évidence : avec Polanski, il est manifestement question d'un pervers sexuel et violeur multirécidivistes d’adolescentes et de femmes très jeunes. 

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Pour prolonger, cliquez : Cinéma, de salle en salle 

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