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  • Prison : délinquance et criminalité

     

               

          L’homme, cette bête humaine qui ne cesse de courir après son humanité comme un chien après sa queue ; insaisissable, plus il s’en rapproche, plus elle lui échappe, étant chaque jour, de plus en plus absent à lui-même et aux autres ; sans oublier les cas où, l'ayant dépassée à son insu, il lui faut se retourner pour retrouver cette humanité qui lui ferait soudainement défaut.

                  Alors que d'aucuns la cherchent encore au fond d'une fosse commune, entre deux génocides, d'autres, hyper-civilisés, en sont déjà à rêver d'un monde au-delà de l'humain, un monde sans alternative aucune, un monde sans mémoire et sans Histoire, un monde sans loi ni police puisque tout y serait "incarné loi et police", à commencer par ses habitants.

                 Même si pour l’heure, l'homme n’a de cesse de déplorer le fait de ne jamais pouvoir parvenir à ce à quoi il se croit destiné - à plus de compassion, plus d’intelligence préventive et plus de générosité : entendez, plus d’humanité -, refusant obstinément d'accepter l'idée que son destin puisse être bien plus grand que lui, intellectuellement prolifique, son énergie n’a qu’un seul objet, à lui-même, caché : la perpétuation de l'espèce, sa propre survie, dans dix mille ans, dans un état de non-être absolu, artefact, grâce à la technique repoussant sans fin les limites de l'imagination et de la morale, pure organisme macroscopique privé de conscience (conscience d‘être, bien évidemment)...

                Car, l'homme n’attendra alors plus qu’une chose de lui-même : qu’il sache fonctionner. Point barre !

     

    ***

     

                                    Actualité de janvier 2018 : des matons en grève ! Une des plus longues, sinon la plus longue.

                                   Après les enseignants, les flics, les journalistes pigistes...... des matons à 1100 euros net par mois ! Pour sûr, tous méprisés (voyez leur niveau d'instruction et de formation aussi ) car pour le système... ces métiers ne produisent rien sinon la nécessité encore et encore d'un contrôle et d'une prise en charge de centaines de millions d'individus qu'il faut sans cesse rappeler à l'ordre d'un ordre moral et social aux ordres et qui très tôt a déjà choisi et nommé ses chefs : sélection par l'argent et la naissance.............

     

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    "Bon, revenons à notre enquête Roger. Mon rédacteur en chef vous a tout expliqué, je crois ?

    - Oui.

    - Nous nous intéressons à tout ce qui est sordide.
    - J’ai fait de la prison.
    - De la prison ?

    - Oui.

    - C’est sordide la prison, vous croyez ?
    - Oui, c’est bien sordide. C’est sacrément sordide même. Les détenus, les matons, le racket, les viols, la saleté, l’ennui, les visiteurs de prisons. Oui, les visiteurs de prisons, c’est sordide aussi ! Le travail payé à trois euros de l’heure, la misère affective, la solitude ; les suicides aussi, et tout le monde qui s’en fout, sauf la famille quand il y en a une pour pleurer celui qui s'est pendu, parce que faut pas compter sur les détenus, les matons et le directeur pour le faire. Ils n‘ont pas le temps et ils n’en ont pas envie. La prison, c’est sordide et... c’est l’enfer et en enfer, rien n’est possible.
    - Cet enfer, c’est peut-être fait pour dissuader les gens d’y aller ou d’y revenir.
    - Les gens qui se tiennent pénards sont quand même pas... que des gens qui ne veulent pas aller en prison !

    - Continuez !

    - En prison, on ne choisit rien. On subit, à moins d’avoir du blé, beaucoup de blé et des contacts.
    - Du blé et des contacts ? Ben alors, c'est comme dehors ?!
    - Un maton, ça ne doit pas se poser des questions parce que... des réponses... on n’en a pas, et on ne veut pas en avoir. Les réponses ça coûte cher, ça prend du temps et ça bouscule les habitudes et ça dérange les carrières de ceux qui occupent des postes où il est fortement recommandé de ne pas se poser de questions. Le jour où les matons comprendront que leurs conditions de travail sont dépendent des conditions de vie des détenus, alors ce jour-là, notre vie de détenus changera du tout au tout, et la vie des matons aussi.
    - Votre vie de détenu, vous avez dit ? Mais vous n’êtes plus en prison Roger !
    - Peu importe. La prison ne vous quitte jamais.

    - Bien.

    - Les conditions de travail des matons dépendent des conditions de vie des détenus. Avouez que pour ne pas comprendre ça, faut être un maton ou un de leurs représentants syndicaux ! Au lieu de demander plus de sécurité, ils feraient bien mieux de demander plus d’humanité sur leur lieu de travail parce que... de sécurité, ils n’en auront jamais assez.

    - Continuez !

    - Je crois que l’administration et les matons sont complices. On ne change rien et tout le monde garde son emploi : les matons, les directeurs et tous ceux qui travaillent dans le milieu carcéral. L’administration fait des économies en ne changeant rien ou si changements il y a, ils doivent être imperceptibles pour ne pas remettre en cause le travail du maton ; en échange de quoi, les matons s’engagent et quelles que soient les conditions de détention, à faire en sorte qu’on ne parle pas trop souvent des prisons, des détenus, et des conditions de vie dans ces prisons. Ils offrent la garantie que l’administration aura la paix dans ces lieux de détention qui sont des lieux d’échecs et de mort. Je soupçonne l’administration d’avoir la même opinion des matons et des détenus. Tout se tient.

    - Je vois. Dites-moi dans quelles conditions vous me faites travailler et je vous dirai quelle opinion vous avez mon travail. C'est ça ?

    - Oui. Et puis aussi : dites-moi qui vous recrutez comme maton, et je vous dirai quelle formation vous allez lui donner et je vous dirai aussi quelle opinion vous vous faites du métier de maton et quelle opinion vous avez des matons et des détenus. Pour changer les conditions de détention dans les prisons, il faudrait changer les hommes qui y travaillent, car ceux-là sont prêts à y travailler dans n’importe quelle condition... pour les détenus, même si je crois que c’est tout aussi difficile de supprimer les matons que de supprimer la délinquance...

    - Le maton serait donc le revers de la délinquance et de la criminalité ?
    -
    Serait ? Non ! Le maton est ! Sa formation, ses conditions de travail et celles qu'il accepte d'imposer aux détenus, le niveau de sa rémunération... le maton  est le revers de la délinquance et de la criminalité, comme la face cachée d’une même médaille."

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    Copyright Serge ULESKI - Extrait du titre : "Paroles d’hommes" - chapitre 3

             

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  • Acrimed : un peu mais pas trop !

                                                                 

     

                     Du grain à moudre sur France Culture qui tente de rebondir à propos du baromètre annuel 2016 de LA CROIX sur la relation des Français et des médias : plus de deux sondés sur trois considèrent que les journalistes ne résistent pas aux pressions des partis politiques et du pouvoir.

     
    Sera présent ce soir-là : Henri Maler, un des fondateurs d'Acrimed l'observatoire des médias.
     
     
    ***
     
     
                        Si on peut se féliciter de la présence sur les ondes de Radio France de Henri Maler, en revanche on sera déçu par sa prestation car il semblerait que la critique des médias par Acrimed place le journalisme et le journaliste (ou les journalistes) au cœur de cette critique ; or, placer le journaliste au centre de toutes les attentions dans le domaine de la critique de médias et de l’information c’est un peu comme "lâcher la proie pour l’ombre".
     
    Selon les analyses d’Acrimed, les journalistes seraient mal formés faisant ainsi retomber la responsabilité d’une information médiocre sur les écoles de journalisme : ces écoles formeraient donc mal nos journalistes presse, radios et télés ; par conséquent, il suffirait de « réformer » l’enseignement dans les écoles de journalisme pour régler le problème au sein d’une profession en berne.
     
    Or, faire reposer la responsabilité de l’état de délabrement de cette profession sur ces écoles c’est là encore lâcher la proie pour l’ombre car c’est ignorer, ou bien oublier un peu vite ou feindre d'oublier ceci : qui signent les chèques des salaires de tous ces journalistes à la fin de chaque mois ? « Qui » dans le sens de : « quelle est la véritable motivation » de tous ces employeurs propriétaires de titres pour lesquels tous ces journalistes-employés travaillent ? En effet, qui sont ces investisseurs, à perte qui plus est puisqu’aucun titre n’étant économiquement ou financièrement rentable en tant que « centre de profits »  - les véritables bénéfices  ou retombées d’un investissement dans les médias sont ailleurs ! -, tous survivent grâce à des centaines de millions d’euros de subventions d’Etat, argent des contribuables, de Marianne au Figaro en passant pour l’Humanité, qui sont-ils donc ?
     
    Si Acrimed déplore le niveau abyssal de l’information et nous tous avec eux, doit-on alors supposer que les propriétaires des médias de masse sont tout aussi ulcérés par la médiocrité du travail fourni par leurs employés supposément « journalistes » qu’ils recrutent et dont ils acquittent pourtant les salaires chaque mois et que tous, préfèreraient pouvoir, par conséquent, recruter de bien meilleurs éléments, mieux formés et plus avisés ? En d’autres termes, tous ces propriétaires de médias souhaiteraient pouvoir embaucher de véritables journalistes car la motivation première de ces propriétaires serait de faire de nous tous des citoyens informés, avisés et par conséquent, des citoyens capables de discernement et de jugement, comme par exemple : soupçonner le fait que les propriétaires de tous ces titres - entre autres Vincent Bolloré, Lagardère, Dassault, Rothschild, Crédit Mutuel, Crédit Agricole, Pinault, Arnault, Bouygues -  pourraient bien s’avérer être des crapules ?
     
    Bien évidemment il n’en est rien ; si les banques, les multinationales investissent dans des médias que les lecteurs seuls sont bien incapables de rentabiliser, c'est aussi et surtout pour la raison suivante : ces organes de presse sont de formidables moyens de propagande et de pression - chantage et intimidation - contre tous ceux - citoyens et Etats -, qui seraient à un niveau ou à un autre susceptibles de remettre en cause les intérêts économiques, financiers et politiques de leurs propriétaires respectifs.
     
                  Aujourd’hui, c’est bien une situation paradoxale qui s’offre à nous : ce sont ceux qui ne payent pas les salaires de tous ces journalistes - hormis sur le service public que le contribuable finance mais en partie seulement puisque la publicité pourvoie largement au financement des médias d’Etat - dont on peut déplorer à juste titre le manque de pertinence, qui s'en plaignent - Acrimed en l’occurrence -, alors que leurs employeurs qui passent à la caisse tous les mois n’en pipent pas mot.
     
    Dans les faits, on peut dire que si les écoles de journalisme ne préparent pas leurs élèves au métier de « journaliste » digne de ce nom, en revanche, on ne peut guère leur reprocher de ne pas préparer ces mêmes élèves à travailler dans la presse, la radio et la télé car c’est bel et bien de leur employabilité qu’ils s’occupent, et en particulier de ce qu’attendent tous ces employeurs potentiels de tous ces jeunes fraîchement diplômés !                  
     
                  Depuis l’arrivée d’Internet et des nombreux acteurs de la ré-information, force est de reconnaître que la critique des médias de masse, médias dominants, est un exercice vain puisque plus personne n’a besoin de subir ces médias et les multiples biais idéologiques de leurs propriétaires. Seul importe aujourd’hui d’être capable de contrer ces médias et le grand mensonge par omission de ces derniers ; il faut être une force de proposition dans le cadre d’une ré-information susceptible de toucher un vaste public et non se complaire dans une analyse et une critique des contenus des médias qui n'intéresse et ne convainc que les déjà-convaincus qui ont franchi le point de non-retour depuis longtemps déjà ; les téléspectateurs des journaux de 20H et d'autres inepties journalistiques  - « Envoyé spécial » - ne lisent pas Acrimed.
     
    Et puis, n’y-a-t-il pas pour tout le monde 24H dans une journée ? Pour les lecteurs et non-lecteurs d’Acrimed ! Aussi, le temps passé à lire les analyses de ce collectif aussi pertinentes soient-elles, n'est-ce pas autant de temps en moins passé à lire et à travailler sur la contre-information ? Travail d’une priorité absolue ; il n’y a sans doute pas d’autre aujourd’hui.              
     
    On pourra toutefois saluer ce diagnostic d’Acrimed à propos de France culture que peu ose et pourtant si juste même si on reste là encore dans le domaine de la critique des médias et non de la ré-information. N’empêche, critiquer c’est peut-être aussi, après tout, ré-informer :              
      
                 "France Culture devrait être en principe la station de radio tout indiquée pour aborder sérieusement la question des formes et des motifs des visions « conspirationnistes ». Mais, depuis quelques années, France Culture n’est plus tout à fait France Culture : les polémiques en dessous de la ceinture qui se présentent comme des débats cultivés tendent à s’y multiplier, les émissions sérieuses masquant des émissions qui le sont beaucoup moins."               
     
     
                     Qu'à cela ne tienne : conseillons au plus vite aux membres d’Acrimed qui se sont suffisamment « shootés » aux médias spécialisés dans le mensonge par omission, de rejoindre les acteurs du web dans le domaine de la contre-information ou ré-information gardant à l'esprit ceci : à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire car c’est bien dans le travail de contre-information et de ré-information que l’on court tous les dangers et non dans la critique des médias dominants. Aussi, il serait temps que la rédaction d’Acrimed se décide enfin à courir ce danger-là. 
     
     
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  • L'entreprise, autre lieu d'enfermement

     

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                       Ces dernières années, son entreprise est devenue un désert relationnel. Les amitiés sont difficiles, voire impossibles, à entretenir depuis que les carrières se déploient sur des centaines de kilomètres. Et quand ces déploiements- redéploiements se piquent d’international, c’est en milliers de kilomètres que les chances de retrouvailles devront être évaluées.

    Les incessantes nouvelles nominations pour les uns et la mise au placard pour les autres, ne font qu’aggraver cette tendance. En cas de promotion, la rupture avec les collègues qu’on a longtemps côtoyés et avec lesquels on a mille fois déjeuné, est d’usage ; inévitable et fortement encouragée, cette prise de distance pour quiconque accède à un nouveau poste. Cette cassure est la preuve que l’on a revêtu les habits de sa nouvelle fonction. Il nous faut maintenant nous appuyer sur ceux qui nous ont nommés si l’on souhaite ne jamais déchoir. C’est là une dette que l’on paie pour la promotion qui nous est accordée.

    Et si rétrogradation il y a, cet éloignement sera tout autant pratiqué par la victime vis à vis de ses anciens subordonnés car, l’embarras n’épargnera personne.

                    Depuis la mise en place des nouveaux outils de gestion prévisionnelle qui touche tout le personnel, impuissante, elle n’a pas manqué de remarquer un changement dans les rapports ; changements tantôt imperceptibles ou bien, criants, pour elle, plus que pour quiconque. Des hommes, des femmes qu’elle côtoie depuis dix ans et plus. Pour certains d’entre eux, elle a assisté à leur mariage, aux baptêmes et aux communions de leurs enfants ; elle les invitait à dîner. Elle ne les invitera plus car elle ne se sent plus autorisée à le faire. Quant à eux, ils ne se sentent plus dignes d’une telle attention ; et puis, la confiance n’est plus là depuis que le sort des uns est à tout moment capable de basculer indépendamment du sort de tous les autres.

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    Il y a des regards qui ne trompent pas : méfiance, quand on les croise ces regards ou bien, malaise ; le sentiment d’être en trop, de ne plus être à sa place, d’être en sursis. Voilà un mois, une semaine, ces hommes, ces femmes étaient encore capables de lui adresser un regard franc et droit : un regard sans ombre. Aujourd’hui, dans les couloirs, elle baisse la tête pour éviter de les saluer. Quant à leur expliquer quoi que ce soit, on réalise très vite l’indigence des mots, de tous les mots. En cas de licenciement ou de rétrogradation d’un collègue, dans le meilleur des cas, cette nouvelle réalité donnera lieu à des commentaires indulgents  : « C’est pas de sa faute. Elle ne pouvait pas s’y opposer. Elle n’avait pas le choix. » Et dans le pire…

    Ce qui est insupportable est précisément ce que l’on supporte : ce que l’on nous demandera d’endurer. Et c’est alors que l’on pèse et que l’on mise de tout son désir sur la fin de la semaine ; on ne vit plus que pour l’encoche jusqu’au repos du week-end, tel un prisonnier dans l’attente d’une libération intermittente – plus souvent dedans que dehors –, et dont la voix ne sait plus comment se taire, comment crier face aux nouveaux ventriloques et leurs discours indigestes et sournois sur l’évaluation, l’ajustement et la régulation ; et leurs injonctions : se soumettre ou bien, aller voir ailleurs si ça se fait de contester le droit d’une entreprise d’optimiser ses chances de succès pour son seul profit.

     

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                  Et si l’entreprise inquisitoriale et corruptrice de nos âmes n’épargnait aucun lieu ?

    Villes, quartiers, immeubles… d’aucuns penseront qu’elle a tout absorbé cette entreprise insinuante et puis, qu’elle décide de tout aussi. Dans ces conditions, qui s’étonnera qu’on ne veuille plus, une fois rentré chez soi, ouvrir sa porte à qui que ce soit, après une journée, une de plus, jour après jour, qui s’est écoulée dans un environnement sans honneur, sans courage et sans loyauté, terrés chez soi, refermés sur nous-mêmes, comme cette porte qu’on prendra soin de verrouiller à double tour contre toute raison, en l’absence de toute menace objective ; et les lieux les mieux protégés n’y échappent pas, faisant là preuve d’une prudence exagérée ; précautions sans objet qui ressemble fort à un interdit et qui dans la forme prendra les allures d’un avertissement formulé à l’endroit de quiconque souhaiterait à nouveau nous solliciter : « Qui que vous soyez, inutile de frapper, on ne vous répondra pas ».

    Après l’enfermement dans une logique propre au monde de l’entreprise qui vous emploie, c’est un autre enfermement qui nous est induit, et ce dernier prend racine dans notre réaction contre le premier.

    « Pas de nouvelles, bonnes nouvelles ! » Telle est la seule considération qui vaille et à laquelle on se raccrochera comme le naufragé à une épave, depuis que toute sollicitation du monde extérieur est vécue comme un danger : celui d’en sortir dans le meilleur des cas, perdant et dans le pire : saccagé.

    Elle ne fera pas exception. Elle aussi a renoncé. Sa porte, elle ne l’ouvre plus. Une fois rentrée, elle n’a qu’un souhait : ne plus exister pour qui que ce soit sinon pour elle-même, comme abstraite mais, en ce qui la concerne, sans pouvoir donner à ce désir d’isolement, un sens et y trouver une direction et une voie, aussi étroite soit-elle.

                   Enfermement après enfermement, c’est donc bien tout un monde in-sortable qu'est devenu l'entreprise, cet autre lieu d'enfermement.

     

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    Extrait du titre  : "La consolation"

    A propos de l'ouvrage... cliquez La consolation

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  • Travail et entreprise : neuf études

     

     

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    neuf études sur le travail et l'entreprise, serge uleski, littérature

                      Si vous interrogez les travailleurs sociaux, les syndicalistes et les patrons, ils vous diront tous que le travail est essentiel à l'équilibre individuel, car le travail permet d'envisager une autre réalité que soi-même.

                  Car, travailler c'est sortir  prendre l'air, c'est faire un tour, et ce faisant, c'est rencontrer l'autre : son patron dans les couloirs, ou bien les collègues à la machine à café pendant les pauses si généreusement accordées par la direction des ressources humaines.

                  Et si d'aventure vous en doutez, votre entourage professionnel n'hésitera pas à vous rappeler qu'il existe bien une autre réalité que soi-même, un autre vécu, tout un monde de contraintes salutaires qui vous laisseront espérer des jours meilleurs, bien meilleurs même !    

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    Inculture(s) 9 - Le Management - Une conférence... par non-merci

     

    Exploiter mieux pour gagner plus...

    Une autre histoire du management

       Conférence gesticulée par Annaïg MESNIL

    et Alexia MORVAN de la Scop Le Pavé

     

    Conférence gesticulée - version intégrale ICI

     

     

    Pour prolonger, cliquez : Serge ULESKI en littérature

     

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  • De l'affaire Weinstein, Polanski, puis Balance-ton-porc... à la défense du harcèlement dit "opportun"

     

                  Polanski, Weinstein (1) et tant d’autres... industrie cinématographique, intimidation, harcèlement, chantage, viols... après MeToo et de longs mois de révélation dans la pression internationale, arrive en France  #balancetonporc, des dizaines de milliers de témoignages  à propos d' agressions sexuelles (1 femme sur 2 selon les dernières études) - transports, rue, entreprises - émanant de femmes anonymes,  femmes du quotidien.

    Mais la riposte ne se fera pas trop attendre : pour contrer ce ras de marée décidément embarrassant, un procès d'intention en délation sous la forme d'une tribune, procès d'intention destiné sans doute à tarir le flot des témoignages et à discréditer la parole de toutes ces femmes anxieuses de pouvoir dénoncer une domination masculine contre laquelle elles semblent impuissantes ... voit alors le jour.

    En effet, le mardi 9 janvier, le journal Le Monde publie  "Nous défendons une liberté d'importuner indispensable à la liberté sexuelle" signé par une centaine de femmes  parmi lesquelles Catherine Deneuve, Brigitte Lahaie, Élisabeth Levy, Catherine Millet, Sophie Menton - dans l'ordre : actrices, journaliste et chef d'entreprise.

    Les signataires de cette tribune s'inquiètent de la "libération de la parole" qui a suivi l'affaire Weinstein.  L'inquiétude de ces femmes concerne "l'indispensable liberté d'offenser" et "d'importuner" que tous ces témoignages semblent vouloir remettre en cause. Elles évoquent un puritanisme rampant, une haine des hommes, une indisposition au sexe ;  tares  que toute femme libérée  se doit de fustiger sans retenue.

    A propos des signataires de cette tribune, on ne peut que difficilement éviter de remarquer ce qui suit : Catherine Millet du magazine Artpress (la passionaria de l’art contemporain – art qui a perdu sa majuscule) , E. Lévy du magazine Causeur proche de l’extrême droite sioniste, islamophobe et anti-réfugiés, Brigitte Lahaie (actrice porno des années 70 et 80), Catherine Deneuve (actrice tout court), Sophie Menton (chef d’entreprise) : toutes ces femmes font et ont fait carrière dans des secteurs sous domination masculine écrasante -il est vrai que l’on ne mord pas la main qui vous a nourri et qui vous nourrit aujourd’hui encore : art contemporain ( pensez un instant aux mécènes) , Médias (pensez aux magnats de la presse) , cinéma X et cinéma grand public ( producteurs, réalisateurs, diffuseurs et agents masculins) et enfin :  l'entreprise avec l'écrasante présence des hommes à la tête des multinationales du CAC40 ainsi qu’au MEDEF.

    Vraiment, il ne manquait plus qu'une femme politique parmi les signataires.

    Même les hommes n'auraient pas osé publier un tel manifeste ! Après le procès en débilité faite aux blondes, procès conduit par des femmes auprès desquelles les hommes ont sous-traité leur mépris avec un succès inattendu – mépris qui ne pouvait plus être explicité publiquement, même pour rire -, ce sont ces mêmes femmes qui reprennent l'argument éculé des hommes à l'endroit de celles qui refusent leurs avances : coincées (puritanisme), mal-baisées, haine des hommes, et autre procès en frigidité.
     

                  Ci-dessous, un florilège des déclarations des signataires qui ont accompagné la médiatisation de cette tribune : 
     

    "On peut jouir lors d'un viol", affirme Brigitte Lahaie en plein débat sur les violences sexuelles sur BFM-TV en compagnie de l’inénarrable Ruth Krief.

    Si la bêtise, le manque de jugement et de discernement, l'absence de retenue et de décence sont sans vergogne opposés à toute démarche éprise de justice et d'humanité dans des médias esclaves de l'audimat au nom d'une soi-disant nécessité à débattre de tout avec tout le monde, c'est avec l'horreur de notre monde dans toute son horreur que l'on nous demandera de dialoguer ; nul doute, nombreux sont ceux qui finiront laminés face à cette horreur : les propos de Lahaie, une des signataires de la tribune anti-« balance-ton-porc », dans le contexte de cette actualité en particulier, c'est aussi toute l'horreur du monde dans toute son horreur.

    Catherine Millet reine du sado-masochisme déclarait il n’y a pas si longtemps encore : «  Je regrette beaucoup de ne pas avoir été violée parce que je pourrais témoigner que du viol on s'en sort !»

     

    Sophie de Menthon à propos du danger d'un "puritanisme rampant " : "Si mon mari ne m'avait pas harcelée, peut être que je ne l'aurais pas épousé."

    Sans doute cette chef d'entreprise voulait dire : "Si mon mari n'avait pas cherché à me séduire...."

    Pauvre langue française ! Pauvre Madame Menthon.
     

    La présence de Catherine Deneuve  dans cette tribune laisserait  manifestement entendre qu'elle n'a jamais eu d'ennuis en 50 ans de carrière ; un vrai tour de force ! Même si cela n'étonnera personne... car c'est sûr, pour une femme, les ennuis commencent seulement quand elle dit "non".... et des problèmes de conscience dans le cadre d'une estime de soi quelque peu malmenée quand elle a dit "oui" dans la honte et la soumission. Manifestement, Deneuve n'est pas concernée par ces deux cas de figure. Mais alors, qu'est-ce à dire ?

    Parce qu'au cours de sa longue carrière cinématographique Deneuve a tenu le bras à des hommes qui n'étaient, il faut le dire, pas trop bêtes sans pour autant être des génies, sans doute a-t-elle fini par penser, qu'elle aussi avait très une tête pas trop mal faite - discernement, analyse et synthèse - et pourquoi pas : une tête bien pleine aussi.

    Cela posé, on peut s’interroger à propos de ceci : combien de fois a-t-on trouvé cette actrice aux côtés des femmes ? En revanche, on l'a souvent trouvée auprès des hommes de sa profession, très proche, toujours : réalisateurs et acteurs.

                  Last but not least…. E. Lévy qui assume, persiste et signe. A elle seule, cette journaliste qui ne s'entoure que rarement de femmes, symbolise ce que tous les hommes savent (votre serviteur y compris) : il n'y a pas mieux qu'une femme pour cracher au visage d'une autre femme surtout bafouée et humiliée ;  tous les hommes le savent. On appelle ça : « rivalité féminine » ; bel euphémisme. Parmi les hommes, d'aucuns cyniques et salauds en profitent, d'autres ne peuvent que s'en désoler.
     

                     Même Macron n'a pas souhaité être en reste ; il a tenu à se faire entendre  dans un "oui mais" et un "en même temps" caractéristiques d'un perpétuel candidat à sa propre ré-élection qui ratisse large, très large. Au cours de son intervention télévisée,  l’ utilisation par Macron du terme "délation" là où il est question de dénoncer des comportements inacceptables, nous en dit long sur les réelles motivations de ce président ; culpabilisation et intimidation sournoises qui ont pour cibles celles qui s'évertueraient à ne pas se taire, sans doute Macron a-t-il eu une pensée, à toutes fins utiles et préventives, pour les moeurs de cette caste qui lui a permis d'être candidat puis élu. Le harcèlement, l’agression sexuelle sont toujours du côté du pouvoir, avec ou sans majuscule, puisque l’impunité commande, le plus souvent, les comportements en ce qui concerne ces délits.
     

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                  A la lumière des récits qui sont rendus public par toutes ces femmes harcelées, en particulier dans le milieu des médias et de la politique, on découvre sans surprise, là encore, ceci : celles qui ont dit manifestement "oui" et qui ont ainsi échappé aux affres du harcèlement , sont celles qui, après avoir été sans aucun doute récompensées, n'ont pas eu assez de mots culpabilisants pour décourager leurs congénères qui s'évertuent à dire "non" et à rendre public des comportements du sexe opposé inacceptables ; en effet, les dernières révélations de toutes ces femmes qui s'étaient confiées ont révélé ceci : ces femmes n'ont pu que déplorer le fait que leurs congénères, occupant le plus souvent des postes à responsabilité, les encourageaient à se taire ; et quand on sait que... plus il y aura de femmes ambitieuses et carriéristes, plus le harcèlement sera un recours pour ceux qui souhaitent profiter de leur position pour obtenir des faveurs d'ordre sexuel... celles qui disent « non » ont donc du souci à se faire car elles ne pourront manifestement pas compter sur la solidarité de celles qui ont dit "oui".

     

                   Selon que vous serez connu et admiré ou anonyme et détestable etc... etc... etc..

    N'empêche... une seule conclusion s’impose : ne pas céder, ne pas se laisser intimider, continuer de dénoncer sans relâche des agissements inacceptables et des silences complices puis forcer une prise de conscience exigente et déterminée. 

     

     

     

    1  - Weinstein : ça sert aussi à ça la notoriété, la célébrité, l'argent et le pouvoir : acteurs, artistes, chanteurs, animateurs de télé, producteurs, élus politiques... se servir, s'en mettre plein la braguette : Strauss-Kahn en était l'archétype.

    Comme ils n’en ont jamais assez, incapables de se contenter de celles qui disent « oui », il leur faut aussi celles qui disent « non ! » et qui s’obstinent car tous ...se paient sur « la bête » et en particulier pour ce qui est de l'industrie cinématographique : sur l’actrice prête à tout pour tourner dans le film qui lancera sa carrière ; pour cette raison, toutes sont vulnérables et les hommes le savent. Mais qu’elles comprennent ceci : à chaque fois qu'une d'entre elles cède, elle prépare toutes les autres à subir le même sort. Car enfin : "Qui sont-elles toutes les autres pour dire "non ?" s'interroge alors le harceleur.
     

        - Polanski (et Woody Allen !) bénéficiera d'une complaisance inouïe ici en France de la part des hommes comme des femmes alors que les témoignages pour viols se succédaient. Rares sont ceux qui auront trouvé le courage de condamner ses mœurs. Aucune actrice française ne s'y est collée.

    Dans la vie, et pour tout le monde, il y a un avant et un après, tôt ou tard ; ce qui n'est pas acceptable c'est qu'un Polanski  puisse penser, et les médias avec lui, qu'en ce qui le concerne, il ne saurait y avoir un après qui fasse que plus rien ne sera comme avant. Il est vrai qu'un  pervers sexuel et violeur multirécidiviste d’adolescentes et de femmes très jeunes oeuvrant dans l'industrie du cinéma c'est quand même plus classe ?, plus glamour ?, plus digne ? qu'un pervers à l'existence aussi précaire que sordide oeuvrant dans des parkings souterrains de nos centres-villes et de nos banlieues.

    Témoignage après témoignage, il semblerait bien que l’on s'oriente définitivement vers cette évidence : il est manifestement question d'un pervers sexuel et violeur d’adolescentes et de femmes très jeunes multi-récidiviste.

    Tous les films de Polanski, les meilleurs de ses films, ne parlent que de ça : trouble de la personnalité, maladie mentale, ligne rouge franchie sous l’emprise de pulsions irrépressibles ; pensez à Chinatown et la confession du personnage joué par « John Huston » qui, soit dit en passant, vole la vedette à tous les acteurs masculins de la distribution. Confession comme suit : « Peu d’hommes savent qu’au cours d’une vie, dans certaines circonstances, n’importe qui peut commettre le pire » - référence à l’inceste et au viol en ce qui concerne Chinatown. Voyez "Le locataire", "Répulsion", "Tess" (encore le viol), la Jeune Fille et la Mort - confession du violeur : « J’ai aimé le faire avec ces femmes terrorisées »......

    Comme quoi, quand on ne veut pas voir... ni établir un lien entre l'œuvre et le comportement tel qu'il nous est révélé, de l'artiste....  

     

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  • Penser la littérature aujourd'hui avec Louis-Ferdinand Céline

     
                  La réédition des écrits antisémites de l'auteur de Voyage au bout de la nuit est annoncée par Gallimard. Le premier ministre de Macron soutient cette initiative : "On ne peut ignorer la place centrale de Céline dans la littérature française (il aurait pu rajouter .... " dans la littérature mondiale") ; l'avocat Serge Klarsfeld (chasseur infatigable de nazis aujourd'hui le plus souvent centenaires), s'indigne.
     
                  Pour et contre cette ré-édition... un homme a tranché, un homme et une voix,  il y a longtemps déjà : "La haine chez Céline est le ressort de l'imagination, du déchaînement d'éloquence. D'ordinaire la haine a le souffle court mais chez une poignée de maîtres une misanthropie enragée, une nausée à la face du monde engendrent de grands desseins. Le monotone de l'abomination devient symphonique. Mettez "l'homme" là où une formule insensée indique "le y...pin", et vous aurez chez Céline des passages d'une grandeur biblique..." - Georges Steiner
                                                                                  

                                                                   
                                                                                                              

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                     Louis Ferdinand Céline ou la littérature de l'échec et du trauma

     

                 Si derrière un auteur et son œuvre, on trouvera toujours une blessure, quelles interprétations donner à la haine célinienne, et pas seulement dans les pamphlets (1) ?

    D’aucuns s’interrogent sans fin, les raisons à la fois inavouables et inconscientes de cette haine semblant échapper à l’auteur lui-même qui, sur le fond, ne s’en excusera jamais : « J’ai eu le tort de l’ouvrir ; j’aurais mieux fait de rester à ma place. Mais aujourd’hui encore, je défis qui que ce soit de m’apporter la contradiction sur ce que j’ai pu écrire à cette époque ».

                Qu'à cela ne tienne ! Rien ne remplace une biographie ! Celle de l’enfance ; sans oublier, en ce qui concerne notre auteur, la généalogie de la famille Destouches.                                                       

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                 Fils de Fernand Destouches issu d'une famille de petits commerçants et d'enseignants, et de Marguerite Guillou, famille bretonne venue s'installer en région parisienne pour travailler comme artisan…

    Le Père de Céline, homme lettré mais incapable d'épargner à sa famille la hantise du prochain terme à payer (hantise qui sera très longtemps aussi celle de Céline) était opposé aux études, gardant à l'esprit sa propre expérience : "Les études, c’est la misère assurée » disait-il à son fils".

    Une mère dentellière, travailleuse indépendante qui vivra péniblement de son métier et de sa boutique…

    Lourd de sens, Céline ajoutera : « On a toujours été travailleurs dans ma famille : travailleurs et bien cons ! » (c'est là le fils d'une mère artisan et d'un père déclassé qui s'exprime, et non un fils d'ouvrier ; distinction importante).

    Certificat d’études en poche, un rien désœuvré, Céline s'engage dans l’armée très tôt, même si, en 1919, il reprend le chemin de l’école, passe son Bac - il a alors 26 ans -, avant d’embrasser la médecine, sa véritable vocation dès l’enfance ; il se dit « guérisseur dans l’âme ». Il étudiera la médecine dans les livres, seul, le soir, tout en travaillant le jour, même si jamais cette médecine ne lui permettra de joindre les deux bouts (… de payer son terme) ; il fermera son cabinet de Courbevoie très vite après son ouverture – fait lourd de conséquences.

    Céline conjurera ce qui n’est pour l’heure qu’une déconvenue, en se lançant dans l’écriture, et entreprendra un long, un très long Voyage (2)

    Il poursuivra sa vocation de médecin auprès des pauvres – dans les dispensaires -, non pas par charité mais, de par son appartenance sociale et après l’échec de son installation à Courbevoie, Cécile ne pouvait en aucun cas prétendre à une meilleure situation et à une autre clientèle.

                                                                                     

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                 Sur un plan générationnel, Céline demeure un pur produit de la France de l’après boucherie de 14-18, avec le traumatisme de la trahison de l’espoir et les humiliés de Bernanos ; génération sacrifiée dont nul n’attendait le meilleur ; l’époque l’interdisait : elle n’en avait plus besoin (à ce sujet, difficile de ne pas penser au père de Céline). Aussi, ce meilleur dont l’époque ne savait que faire, cette génération l’a accumulé jusqu’à devenir une force. Et quand cette force s’est libérée, de quoi a-t-elle accouché ? De quelles actions vertueuses ? Ou bien, de quels desseins monstrueux pour avoir trop longtemps macéré dans la frustration, le ressentiment, l’impuissance, la retenue et le dépit ?

    Cette force a alors donné naissance au pire qui est souvent, en littérature, le meilleur.

               Céline se dit athée et mystique ; craignant sans doute tout autant l’étiquette d’humaniste que celle d’anti-humaniste, il revendique le fait de ne pas s’intéresser aux hommes mais aux choses. Ecrivain et chroniqueur, pour Céline, écrire c’est mettre sa peau sur la table : la grande inspiratrice, c’est la mort ; à la fois risque et certitude que cette mort.

    Craintif, très certainement dépourvu de courage physique (3), homme sans joie, chez Céline, le vulgaire, c’est l’homme qui fait la fête ; l’homme qui souffre est seul digne de considération ; et pour cette raison, rien n’est plus beau qu’une prison, puisque les hommes y souffrent comme nulle part ailleurs. Et son Voyage s'en fera largement l'écho... jusqu'au bout de la nuit...

                 Nuit noire... pour une littérature de l'échec et du trauma : échec en tant que médecin (sa seule véritable vocation : on ne le rappellera jamais assez !) ; échec de la mère de l'auteur qui mourra épuisée et aveugle à l’ombre du ressentiment d’un mari déclassé ; trauma de la première guerre mondiale.

                 Avant de mettre le feu à la littérature,  l’exercice de cette médecine qui ne le mettait nullement à l’abri du besoin a sans doute pu contribuer à son dégoût plus social qu’humain (Céline n'a pas toujours su faire un tel discernement) pour cette organisation de l'existence dans laquelle on ne fait décidément que l’expérience de l’échec car, dans les années trente, nonobstant le succès littéraire de son Voyage (à la fois succès commercial et succès d’estime), Céline devra faire face à un nouvel échec : celui de son intégration sociale malgré sa tentative désespérée de rallier à lui les classes dominantes - ou pour faire court : toutes les forces qui combattront le Front Populaire -, à coups de pamphlets antisémites et plus encore, pendant l’occupation, en commettant l’erreur (4) de soutenir un régime et une idéologie par avance condamnés à l’échec.

    Encore l'échec !

                                                                                              

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                         Céline n’a jamais vraiment quitté son milieu familiale ni sa classe : il n'a jamais cessé de "penser" comme elle ; il n’a jamais su s’en affranchir. L’aurait-il fait… nombreux sont ceux qui affirment qu’il nous aurait privés d’une œuvre incomparable. Certes ! Mais... échec après échec, ne sommes-nous pas aussi tout ce que nos prédécesseurs et nos contemporains ont tenté d'accomplir ? Pays, Etats, régimes, nations, continents, cultures, individus, seuls ou bien en grappes indissociables, nous tous, n'héritons-nous pas de leurs échecs comme de leurs réussites ?

    Si, pour citer notre auteur, l'amour, c'est l'infini mis à la portée des caniches, Céline n’a jamais cessé d’être ce caniche et tous ses personnages avec lui ; personnages pour lesquels le calice de la réussite est passé loin, très loin d'eux ; calice qu’il ne leur a jamais été permis d'entrevoir, encore moins de saisir, eux tous pourtant à la tâche, jour après jour, indéfectibles, comme d’autres... au temple, zélés et fervents...

    Choisissant alors de retourner toute la violence de son échec et celle d'un déterminisme social dont les parents de l'auteur furent les victimes muettes et résignées, non pas contre lui-même - ce qui nous aurait privés de son œuvre -, mais contre ses contemporains ; et les "heureux élus" auront pour noms : les plus faibles pour commencer - les pauvres qu’il a soignés sans profit ; puis la communauté juive – communauté incarnant la réussite sociale ; et en médecine, cette communauté n’était pas la dernière à s’imposer non plus…

    Violence donc… bientôt étendue à toute la société ; et pour finir : à tout le genre humain.

                                                                                    

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                 N’en déplaise à Nietzsche :  et si le ressentiment à son paroxysme qu'est la haine était le sel de la terre, un moteur créatif sans rival et qui ne cessera jamais de nous surprendre ? Après Matthieu, Céline accouchant d’un évangile d’un nouvel ordre : un évangile vengeur... même privé d’une revanche digne de ce nom.

    Mais alors, Céline aura-t-il été de ceux qui, à leur insu semble-t-il, auront longtemps poursuivi en vain une quête qui cachait un besoin insatiable d'absolu à la racine duquel on trouvera très certainement une recherche effrénée de leur propre salut ?


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    1- On ne le précisera jamais assez : la haine célinienne est déjà bien présente dans "Voyage au bout de la nuit".

    2 - Il se vantera d’avoir écrit son "Voyage au bout de la nuit"… avec pour seul souci : être à l’abri du besoin, assuré qu’il était du succès de son récit : « cet ouvrage, c’est du pain pour un siècle de littérature, le prix Goncourt assuré pour l’éditeur qui s’engagera ».

    Céline avait vu juste : ce sera le succès, mais le prix Renaudot pour consolation.

    3 - Sa courte expérience de la guerre 14-18 aurait-elle révélé chez Céline des manquements - tel que le courage ou la solidarité ?! - face à ses non-compagnons d'armes, zélés jusqu'à la bêtise d'un patriotisme et d'une mort sans profit pour eux ; manquements qui ont très bien pu ternir l'image qu'il avait de lui-même et du genre humain et qu'il ne se serait jamais pardonné ; d'où un sentiment de culpabilité dont il lui a fallu, pour survivre... se libérer en imputant ces manquements à tout le genre humain : lâcheté, naïveté, fanatisme et bêtise incommensurable chez les plus humbles et les plus modestes ?

    4 - A la décharge de l'auteur... on précisera : erreur due à l’absence de culture politique et historique au sein d’une classe dépourvue des outils conceptuels propres à la compréhension de l’organisation d'une société.

    On pensera aussi au suicide social d'un Céline pour qui le peuple n'est qu'une masse sans forme et sans distinction "... dont le sadisme unanime procède avant tout d'un désir de néant profondément installé dans l'Homme... une sorte d'impatience amoureuse, à peu près irrésistible, unanime, pour la mort" et à ce sujet, il semble que Céline ait partagé ce désir et cette impatience.

                 Pour ce qui est de l'idée de décadence qu'il partageait avec Drieu la Rochelle, entre autres, ne l'a-t-il pas épousée comme personne cette décadence en soutenant un régime décadent par excellence : celui des Nazis ?!

    Quant à ce monde dans lequel il n'y aurait rien à sauver, Zola dont Céline aurait très bien pu être le fils naturel - il en avait toutes les dispositions -, n'a-t-il pas su, dans le ruisseau de la condition humaine y chercher et y trouver de l'espoir et parfois même, du sublime ?

    Céline choisira « l’Assommoir » comme référence - titre qui convenait tout à fait à l’idée qu’il se faisait des pauvres en général, et des ouvriers en particulier -, omettant sans doute volontairement « Germinal » ; lui pour qui rien ne devait germer, jamais, de l’espèce humaine mais bien plutôt, pourrir.

               Au sujet de Zola, se reporter au texte de Céline : Hommage à Zola - Médan octobre 1933

     

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    Pour prolonger, cliquez : Marc-Edouard Nabe sur Céline

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  • Beethoven : un compositeur en crue

     

    Claudio Arrau - Beethoven - Piano Sonata No 30 in E major, Op 109

     

                 Dans le troisième mouvement de cette sonate (vidéo à 6.54) composée en 1820, on trouvera tous "les pianos" à venir ; celui de Schubert, de Chopin, de Scriabine, de Debussy, de Rachmaninov - un piano symphonique, orchestral dans le finale de la sonate juste avant le retour du thème ; et puis... Ravel qui s'en fera l'écho avec sa "Pavane pour une infante défunte"  un siècle plus tard. Un mouvement qui, certes, annonce l'avenir mais qui n'oublie pas de saluer aussi le passé ; celui d'un J.S Bach presque totalement oublié du vivant de Beethoven.

    Un 3è mouvement en "forme variation" même si Beethoven semble ne plus y croire après trente années de pratique ; aussi on parlera bien plutôt de développement-variation ; développement en spirale comme dans un tourbillon en cercle concentrique qui s'enroule et se déroule.

    Un mouvement lent, cantabile, placé contre toute attente, à la fin de la sonate ; un 3e mouvement qui "avale" les deux précédents avec une fausse berceuse qui ne trouvera jamais un vrai repos ; Est-ce Beethoven en lutte avec ses insomnies, insomniaque et seul face à la nuit ?

    Six minutes pour les deux premiers  ; quatorze pour le 3è : une sonate en déséquilibre donc qui annonce la 9e symphonie (1822) avec dans les choeurs, ses aigus inattendus, voire... invraisemblables, décriés, hurlés... et sa forme éclatée... car pour Beethoven, tout était trop étroit, trop étriqué, toujours !

                     Beethoven ne pouvait penser la musique qu'en crue, débordante... une musique réfractaire à toutes les camisoles stylistiques et formelles : c'est la "forme sonate" qui s'efface alors avant d'être proprement balayée tout comme la symphonie

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  • Yassine Belattar : un humoriste avec de la suite dans les idées ?

     


     

                Cet humoriste a tout l'air d'avoir compris que l'argent, le succès, ça ne sert pas à acheter une Ferrari mais à dire la vérité ; aussi, tous les espoirs sont permis ; et tous ne s'y sont pas trompés :  médias et classe politique, déjà ils lui cherchent des poux ; et si l'histoire récente qui concerne un autre humoriste-activiste nous est d'un enseignement quelconque, il se pourrait bien que cette persécution lui ouvre  tous les Zéniths de France  tout en l’encourageant à perfectionner son Art,  toujours plus, toujours plus près non pas des étoiles mais de la vérité des conditions dans lesquelles quelques-uns pourtant dépourvus de la moindre légitimité intellectuelle et morale depuis longtemps déjà, décident ici en France, de ce qu’il est permis de dénoncer : qui, où et comment  ;  cette vérité-ci en particulier :

                L’Etat, les médias, les Institutions et la quasi totalité de la classe politique, ne tolèrent que les "collabeurs" ( Malek Bouthi et Jamel Debbouze en tête ou la "nounou noire" des films américains des années 50) :  ceux qui feront tout pour faire oublier qu'ils sont aussi arabes et/ou musulmans ou africains ; il est là le vrai racisme de l'Etat, des médias, des institutions et de la quasi-totalité de la classe politique : dans la condamnation et l'ostracisme du fils et de la fille des "colonisés" d'hier qui refusent aujourd'hui de se soumettre ; c'est à dire : acceptation des discriminations, acceptation d'un Zemmour présent dans tous les médias, des caricatures insultantes de Charlie Hebdo qui essentialisent l’Arabe et le Musulman semaine après semaine, d'un Finkielkraut sans retenue sur France Culture, de l'absence de débats autour de la question "immigration et colonisation"... etc... la liste est longue ;  aussi longue que le mépris qui touche des populations sans voix, et ce dans l’indifférence la plus totale.

     

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                    L’animateur et humoriste a été vivement attaqué par le magazine « Marianne », qui le qualifie de "Faux clown et vrai danger" :


     

                  Surprenante cette interview au cours de laquelle Belattar semble ménager la chèvre et le choux (au risque de finir bourricot ?) ! En effet, l'humoriste botte le plus souvent en touche sur un certain nombre de questions, sans se rendre compte des contradictions engendrées par cet évitement : des sketchs construits autour de ses origines (Arabe, Musulman, Maghreb) tout en laissant croire qu'il n'aurait, a priori, pas plus à dire ni à expliquer qu'un "Jean-Jacques" à propos de tout ce qui touche à l'Islam, à l'islamisme, à l'immigration, à la ségrégation et au racisme.

    En bon macroniste (pourquoi ce soutien à Macron ? Qu'en attend-il ?), il décide de cultiver un "en même temps" qui risque de brouiller son image, d'affaiblir certains de ses arguments tout en décevant une bonne partie de son public.  

    A suivre donc.

     

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    Pour prolonger, cliquez : Yassine Bellatar sur LCI 

                    ainsi que  : Le phénomène Dieudonné

     

     

     

     

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  • Autour du marquis de Sade : complaisance et omissions

           

                  « Célébration » du bicentenaire de la mort de Sade, exposition au Musée d’Orsay… manifestement, on n’en a jamais fini avec Sade ! Il va, il vient ; des universitaires,  des chercheurs, des auteurs  et autres « animateurs culturels médiatiques » nous le rappellent régulièrement à notre bon souvenir.

     


    Conférence inaugurale "Sade. Attaquer le soleil... par musee-orsay

     

                   Le 17 octobre 2017 à 12h - Auditorium du musée d'Orsay - ouverture de la conférence de presse : Annie Le Brun, écrivain, et Laurence des Cars, directrice du musée de l'Orangerie, toutes deux commissaires de l'exposition, discutent de Sade. 

    Annie Lebrun aura ces mots : « Sade, c’est un changement de sensibilité

                      Tout est dit. Nous sommes maintenant prévenus.

     

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               Mais au fait, qui est Sade ?  Et qui sont celles et ceux qui s’évertuent à le faire exister tout en omettant soigneusement de préciser que Sade était un pornographe grapho-maniaque, sociopathe et tortionnaire ?

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    C’est tout le sujet de l'ouvrage Marquis de Sade - complaisance et omissions dont toutes les citations (en italique) sont extraites de  « La philosophie dans le boudoir » qui a pour auteur Donatien Alphonse François de Sade, tantôt comte, tantôt marquis : l'ouvrage est disponible ICI chez Amazon.

     

     Bonne lecture à toutes et à tous.

     

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    Extrait :

     

                    De Noëlle Châtelet, Laurence des Cars… philosophe, auteure… à Annie le Brun, commissaire générale de l’exposition 2014 « Sade. Attaquer le soleil » au musée d’Orsay, en passant par Catherine Millet de la revue Artpress, depuis Simone, la « de Beauvoir », femme enrubannée, Sade n’a pas cessé d’exercer sur la femme lettrée de la bourgeoisie une fascination emprunte d’un intellectualisme mondain complaisant, bavard et souvent creux.

    Certes ! Nous ne sommes pas complètement dupes : célébrer  le Marquis de Sade quand on est une femme, n’est-ce pas le signe d’une tolérance à toute épreuve et d’une maturité accomplie ? L’entourer de ses soins, n’est-ce pas affirmer que l’on a fait la paix avec le sexe opposé mais néanmoins ami ? Et puis, n’est-ce pas finalement et tout simplement à la fois gratifiant et « fashion » - un snobisme « germanopratin » y jouant un rôle certain -, de prendre sous son aile ce petit marquis victime  des sentences d’excommunication d'un régime, d'une société, d'une organisation de l'existence qui n’auraient rien compris à ce chérubin bouc-émissaire d’un siècle étriqué et liberticide ? 

              Les femmes de la bourgeoisie ont Sade ; les filles et les femmes de la classe ouvrière, le magazine « Détective » et les biographies des tueurs en série étasuniens de préférence, de gros pavés de 700 pages traduits de l’américain ; il est vrai que comparés à ces tueurs (jusqu’à 60 victimes sur toute une vie), nos tueurs en série à nous européens, ne sont que des artisans, voire des amateurs ; normal ! Ces tueurs étasuniens appartiennent à la première puissance au monde destructrice de l’environnement, de la culture et des nations.

               Revenons aux lectrices de Sade. Qu’est-ce à dire ? Ces femmes de la bourgeoisie contemporaine seraient-elles férocement attirées par les conduites sadiques ? Ces femmes lettrées rejoindraient-elle Sade dans son opinion à propos des femmes et de leur cruauté ? Cruauté non assumée le plus souvent ; d’où leur repli sous l'ancien régime et après,  vers des œuvres de charité pour conjurer un penchant auquel le siècle de Sade n’offrait plus d’exutoire, voire de bouc émissaire, depuis la fin des jeux de la Rome antique ?

    Mais... motus et bouche cousue de ces femmes sur ce sujet : pas un mot pour ou contre. Il est vrai qu’il y a des pages qui se tournent précipitamment pour en lire d’autres, sans doute moins dérangeantes.

              Les hommes, en revanche, n’ont que peu de temps à accorder à Sade, mais un peu plus de temps quand même s’ils sont payés pour ça : universitaires et chercheurs. Car très vite, ils s’y ennuient : ce que Sade a en partie fantasmé, en partie exécuté, ce avec quoi il s’est amusé, et ce à quoi il consacré son existence, les hommes l’ont mille fois approché, dompté et apprivoisé avant de s’en débarrasser d’un haussement d’épaule salutaire ; certains ricanent même à la lecture de Sade car ils n’en croient pas un mot : Justine - cette œuvre subversive car obscène, et seulement pour cette raison -, peut bien souffrir à longueur de pages, non, elle ne souffre pas… pas vraiment du moins ! Il n’est question que d’un auteur, Sade, qui tente de nous épater - plus esbroufeur que Sade, vous ne trouverez pas ! -, tout en cherchant une issue à ce labyrinthe, principalement mentale qu'est son existence  - en effet, Sade c’est une expérience existentielle principalement fantasmatique, voire fantasmagorique -, dans laquelle il se débat et se noie un peu plus chaque jour ; gigantesque cul-de-sac et prison tout à la fois.

              Les femmes soutiennent Sade, c'est sûr ! Renée-Pélagie de Montreuil, son épouse, ne fut d’ailleurs pas la dernière à tenter de le sauver des années durant ; aujourd'hui, les femmes le portent encore à bout de bras tentant de le sauver quand tous l’abandonnent ; elles y reviennent toujours, génération après génération, la mère, la fille… elles le ressuscitent quand l’oubli menace,  tout en le redoutant quand même un peu, lui et ses turpitudes, hallucinées, car Sade c’est le serpent pourtant aveugle qui vous fixe du regard et vous cloue sur place ; sa langue frénétique qui ne connaît aucun repos - son dard, son sexe ? -, vous jauge, puis, à la vitesse de la lumière, vif comme l’éclair, plus rapide encore que le sabre d’un Samouraï qui tranche une gorge, une tête, un membre, il frappe. Et c’est alors qu’elles l’ont « dans le cul » ! Dans le sens de « se faire avoir » ; ce qui signifie : ne pas goûter à ce à quoi elles pouvaient raisonnablement craindre de devoir se soumettre ; car Sade et « sa philosophie-lupanar », philosophie fourbe qui frappe toujours par derrière, c’est aussi un grand bluff, un gigantesque bluff.

             Oui ! Les femmes lettrées de la bourgeoisie contemporaines courent après Sade comme on court après ce qui ne vous rattrapera jamais, dans une vie hyper-sécurisée ; alors… elles courent… histoire sans doute de côtoyer, sur le papier, ce à quoi elles n’auront jamais la malchance d’être confrontées : à l’arbitraire et à l’humiliation des dominés, pour ne rien dire d’une cruauté sans regrets et sans remords, tout en n'oubliant pas aucun des sévices du catalogue de notre marquis et aucun des instruments de sa panoplie non plus.

    Voyez l’auteure Christine Angot venue à la littérature par l’inceste et qui n’a, dans les faits, rien compris à Sade et ses lectrices très très majoritaires non plus. Rien de surprenant à cela, Angot n’a pas les bons diplômes – Agrégation, doctorat -, et ne fréquente pas les réseaux appropriés ; plus navrant encore : elle n’est pas issue de la bourgeoisie mais de la petite classe moyenne, très moyenne, de la province ; car seule la bourgeoise - lettrée et d’affaires - porte Sade en elle ; sans jamais vraiment se décider à l’accoucher, elle le garde au chaud, elle le trimballe dans ses valises depuis deux siècles, des mouroirs de la première Révolution industrielle à la Grande guerre ; patrons et Généraux pour décider de qui montera au front, sous le feu et qui en sera exemptés, disposant d’un quasi droit de vie et de mort sur toute une population de pauvres bougres et autres hères à la merci : des classes dures au labeur qui, chaque matin, assument le principe de « réalité »  d’un monde de production et d’optimisation de la ressource humaine – bras, jambes, sueur et sang.

    L’auteure Angot et ses lectrices croient comprendre que Sade c’est une histoire de vocabulaire : soyez crus, appelez un chat un chat et vous ferez du Sade ! « Bite » et « con » ; dans la cour d’une école primaire : « pipi et caca » ! Un peu comme ces auteurs qui croient qu’il suffit d’être antisémites pour faire du Céline, alors que la folie de ce marquis de Sade désœuvré prend racine dans le fait qu’il ait pu penser un instant qu’il soit possible, souhaitable et hautement louable même d’être « Sade »  et de le clamer haut et fort, tout en revendiquant une impunité totale ; folie qui ne trouvera jamais sa cure de son vivant, même si, depuis, ses lecteurs et tous les travaux à son sujet, lui ont sans doute permis de trouver un peu de repos, là-haut, de là où il nous observe tous. Et l’on peut raisonnablement craindre qu’il ne soit hilare en lisant une partie de la production qui lui est consacrée.

            Sade a beaucoup écrit. C’est vrai. Grapho-magniaque Sade ? On serait tentés de le penser : des milliers de pages… répétitives car, avec Sade comme avec Wagner et Nietzsche, il est toujours question d’un éternel retour : le retour éternel de Sade qui ne lâche pas l’affaire… la grande affaire… l’affaire de sa vie ! Et c’est alors que Tristan et Iseult cèdent la place au couple "domination-humiliation", "foutre et merde". De plus, accordons à Sade le fait qu’il aura été sans doute le seul auteur dont la folie  - une folie irrémissible -, a eu comme première manifestation la plume car il n’a rien gardé pour lui le marquis ! Il a tout écrit, tout partagé ; il nous a tout livré en pâture et en vrac. Alors que le problème d’une Catherine Angot, pour en revenir à cette dernière, n’est pas la folie car n’est pas fou qui veut, mais son seul souci : vendre des livres en écrivant des livres qui se vendent.

     

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    Francis Cousin à propos de l'oeuvre du Marquis...

     

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  • "La lettre au père" de Franz Kafka : la menace de l'ennemi intérieur

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                                    Une des rares photographies d'un Franz Kafka souriant

     

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                   Cette lettre écrite en 1919 (cinq ans avant la mort de l'auteur âgé alors de 37 ans) et destinée au père de Franz Kafka (1) est sans aucun doute à la fois un témoignage et un véritable réquisitoire contre un homme, un seul qui demeurera au centre de l’œuvre de l’auteur. Réquisitoire qui ne sera jamais remis à son destinataire. Dans le cas contraire, quelle aurait été la réaction de ce dernier ? On ne le saura jamais.

    C’est maintenant établi, enfant, Franz Kafka n'a pas seulement vécu dans l’ombre de son père mais sous sa terreur ainsi que ses soeurs ; une fois adulte, c’est ce même père qui n’aura de cesse de se tenir dans l’ombre de son fils, penché sur son épaule, à l’affut, telle une terreur certes contenue au fil des ans mais pas moins indéfectible pour autant.

    Le procès de ce père restera à jamais en suspens même si l’œuvre à venir de Kafka mettra en scène un véritable système de répression arbitraire dans lequel tout le monde est en faute et là où nul ne doit se sentir en sécurité : niveau de confiance, capacité à garder une estime de soi, contribution à la création de valeurs, construction identitaire… système au sein duquel toute sécurité ontologique est donc inenvisageable avec pour conséquence : défiance de soi-même, peur perpétuelle des autres, perte de confiance dans ses propres actes.

    Telle fut l’identité ontologique de Franz Kafka selon l’aveu de l’auteur lui-même.

    Qui suis-je ? Que puis-je espérer devenir ? Qui décidera de quoi ? Kafka n’aura pas toujours les moyens de répondre à ces trois questions, et pour cause :

     

                 «  Quand j’entreprenais quelque chose qui te déplaisait et que tu me menaçais d’un échec, mon respect de ton opinion était si grand que l’échec était inéluctable. »

    C'est Kafka qui s'adresse à son père.

     

                     L'auteur perdra très tôt le sens de la famille, prenant ses distances, dans le but illusoire de s'en détacher ; son activité littéraire devait faire partie de cette tentative de détachement, de fuite et d'indépendance : cette entreprise restera inachevée car on n’échappe pas aux conséquences d’une enfance à ce point brutalisée : une dépendance émotionnelle de chien battu sera toujours tentée de revenir alors vers son maître… comme aspirée pour une force qui n’admet aucun jugement ni abandon.

    Un Franz Kafka écrasé donc, jusqu’à se trouver lamentable, par la simple existence physique du père qui restera insensible à la souffrance de ses trois enfants dont un garçon en particulier : l'auteur.

    Avec un fils qui, par sa personnalité et son caractère, blessait le sentiment de la propre valeur du père comme une remise en cause de cette dernière à chacune de ses respirations, naîtra de cette expérience limite, un sentiment d’illégitimité d’être au monde qui culminera dans trois œuvres : « La métamorphose » dans laquelle Franz se fait tout petit, insignifiant, insecte ; « Le procès » (2), œuvre onirique dans laquelle la vie devient un véritable cauchemar en rêve ; délire paranoïde aux mille persécutions ; et puis enfin : la disparition administrative et physique du sujet dans « Le château ».

                 Devant ce père qui s’autorisait tout ce qu’il interdisait et pour lequel seules ses opinions étaient justes et celles des autres extravagantes même quand il n’en avait pas sur un sujet en particulier, il ne restait plus rien en dehors de lui, et même pas son fils Franz.

    Adepte de l’éducation par l’humiliation, incapable de s’empêcher, de se vaincre, en revanche, le père vaincra tous ceux qui se trouvent à sa portée soufflant le chaud et le froid ; c'était selon... selon son humeur.

    Pervers narcissique, le père de Franz Kafka ? Sadique ?

    Corps gigantesque comparé à « une petite carcasse chétive », voix de stentor, auprès d’une telle figure paternelle, Franz Kafka devra chercher son chemin tout seul, à tâtons, dans l’obscurité d’une enfance ruinée, tout en sachant qu’une bonne partie du tracé de ce chemin avait été décidé très tôt par un père tyrannique avec sa famille mais aimable en dehors, et plus particulièrement à l'endroit des notables de la ville  et des clients de sa « maison de commerce » très prospère au demeurant.

    Un vrai commerçant ce père, pour sûr !

    Au cours de sa lettre, Kafka n’oublie pas d’évoquer ces enfants qui, dans un tel contexte familial, optent pour un dérivatif qui permet de se décharger sur un plus faible que soi : la tentation du bouc-émissaire, véritable souffre-douleur pour toutes les humiliations endurées au quotidien et à propos desquelles aucun compte ne sera rendu. Les sociopathes viennent aussi de là : de ce dérivatif qui, à l’âge de raison, n’a plus rien envisagé d’autre.

    Pour son salut, on pourra toujours se réjouir du fait que Kafka n’ait eu aucune inclinaison pour une telle substitution dérivative. C’est l’hypocondrie qui trouvera néanmoins dans cette souffrance de chaque jour, un champ libre pour se déployer.

    S’ensuit alors la honte et le procès permanent que l’existence semble lui intenter à chacune de ses paroles, de ses pensées, de ses gestes, de sa manière d’être au monde, jusqu’à en perdre l’usage de la parole.

     

                   « Les injures pleuvaient si fort sur les autres que, petit garçon, je ne voyais pas pourquoi elles ne m’auraient pas été destinées, les gens que tu injuriais ne te donnant sûrement pas plus de mécontentement que moi. »

     

                     Plus tard, Franz cherchera dans le Judaïsme le moyen de se libérer de l’emprise de son père, dans un premier temps, et dans un second, une possibilité de dialogue avec ce dernier ; là encore, ce fut un échec ; le père de Kafka n’était pas pratiquant ; il fréquentait la synagogue quatre fois l’an.

    Torah ? Vous avez dit Torah ? « Du charabia, ta Torah Franz ! » lui répliquera Hermann Kafka, son père.

    Mais alors, les évangiles peut-être ? Oui ? Non ? Bon, bon, j’insiste pas herr Kafka Hermann !

     

                   Reprenons.

                  Au cours de la rédaction de sa lettre, Franz Kafka n’oublie pas sa mère ; une mère infiniment bonne qui aimait son mari et ses enfants, dévouée mais incapable de représenter une « puissance spirituelle indépendante » dans le combat que menait l’auteur même si elle a su préserver son indépendance sans toutefois être assez forte pour refuser la manière qu’avait le père de juger et de condamner ses enfants.

    Angoisse, faiblesse, mépris de soi, à propos du mariage, Kafka assistera impuissant à l’échec de deux tentatives et alors que pour l’auteur se marier, fonder une famille était l’extrême degré de ce qu’un homme peut atteindre : « Toutes les forces négatives que j’ai décrites comme le résultat de ton éducation, c'est-à-dire la faiblesse, le manque de confiance en soi, le sentiment de culpabilité, s’y sont rassemblées avec furies et ont établi un véritable cordon de troupes entre le mariage et moi. »

    Kafka ne fondera donc jamais une famille ; il se pensait incapable d'être un bon mari et un bon père parce qu'il s'en jugeait indigne. A-t-il aussi souhaité conjurer le risque de reproduire ce qu’il a vécu et subi ? Il ne s’engagera jamais, jamais vraiment, auprès d’une femme.

     

                   Et pour finir… cela ne surprendra pas le lecteur : le père avait une profonde aversion pour l’activité littéraire de son fils dont il ignorait pourtant tout de l’œuvre ; il ne la lisait pas. En revanche, assez surprenant est le fait que ce père n’interviendra pas dans le choix des études et plus tard, dans le choix de la profession de son fils ; est-ce parce qu’il le jugeait incapable de prendre sa suite : celle de sa maison de commerce ? Et puis parce que... hors du commerce, point de salut ?! Aussi, à quoi bon interférer !

    Aucun succès n’était un réconfort pour l’auteur ; du moins, pas longtemps puisque son appréciation de lui-même était en grande partie dépendante de son père.
    Avant sa mort, Kafka chargera par écrit son exécuteur testamentaire Max Brod de détruire tous les manuscrits non publiés jusqu’à sa correspondance : « S'il y a des lettres qu'on ne veuille pas te rendre, il faudra qu'on s'engage du moins à les brûler. » Franz Kafka lui-même détruira ou fera brûler par son amie Dora Diamant divers manuscrits.
                    Le père a donc eu raison du fils : il triomphe au plus près de l’activité littéraire de Franz Kafka et de l'importance qu'il accordait à sa propre oeuvre : manifestement, elle aussi devait disparaître avec lui qui se jugeait à travers le jugement de son père, apathique, sec et dégénéré. Rien moins.

     

    ***

     

                    "La lettre au père"... un opuscule de 90 pages ! Or, en dix pages, tout pouvait être dit car très vite on comprend à quelle personnalité nous lecteurs sommes confrontés avec la figure de ce père en tyran pervers dont on pourra toutefois se demander à quel prix la cruauté de celui-ci a été forgée, de quelles humiliations s'est formé peu à peu ce dédain pour ses propres enfants ; un père qui n’aura rien souhaité savoir, rien souhaité comprendre d'eux tout en pesant de tout son poids sur leur quotidien et sur leur destiné ; un père dont le mépris le dispensait, du moins le croyait-il, de regarder en face la souffrance qu’il infligeait à sa famille.

                    Disons les choses : ce texte de Kafka condamne au chômage tous les psys quels qu’ils soient, ces curés des temps modernes d’une religion assommante. Ces derniers devront assurément quitter leur cabinet douillet et se priver de revenus confortables – une bonne partie net d’impôts soit dit en passant ! -, pour aller bosser comme tout un chacun.

    Désolé Mesdames, Messieurs sangsues et parasites des temps modernes ! Franz nous a éclairés ; nous disposons maintenant d’une grille d’analyse… d’auto-analyse qui plus est, à toute épreuve et en particulier à l’épreuve de vos consultations tarifées au-delà du service rendu !

    Mais c’est là le propre des escrocs, c’est sûr !

     

                  « Qu’il crève donc ce chien malade ! » disait le père de Kafka à propos d’un de ses employés tuberculeux ; maladie dont son propre fils, après en avoir perdu deux en bas âge, succombera à l’âge de 41 ans.

                     Aujourd'hui ce père est oublié ; certes, les salauds partent en dernier puisque le père de l'auteur décèdera 7 ans après son fils mais la postérité, elle, est sans pitié pour eux ; seul a survécu Franz Kafka pour l'éternité ; ce qui n'est que justice.

                    Si l’œuvre de Kafka est censé refléter un monde déshumanisé, si tant est qu’il ait été un jour humain - nous sommes avec cette lettre dans la deuxième décennie du XXè siècle, la boucherie de 14-18, c'était hier -, et si d’aucuns ont vu dans l’œuvre de cet auteur la prémonition de tous les totalitarismes à venir - Etats policiers où règnent l’arbitraire : assassinats politiques, séquestration ; Etats concentrationnaires aussi -, et puis d’autres encore, qui y ont vu, en creux, la grande « purge » des Juifs d’Europe des années 40, ironie suprême, à la lecture de ce réquisitoire qu’est « La lettre au père » qui n’appelle aucune clémence, force est de conclure que le père de l’auteur - un père narcissique, sadique, pervers, impitoyable avec les êtres sans défense -, était sans aucun doute un des tout premiers Nazis d'une histoire qui n’était pas encore en train de s'écrire faute d'avoir été vécue.

                   La menace venait donc de l'intérieur, tout entière de l'intérieur : Nazi le père de Franz Kafka ! Le Nazi juif d’une fratrie juive.

    Encore une fois, l’ironie fera que Kafka n’a eu qu’un seul ennemi durant sa courte vie : son père et une santé précaire d'une origine très certainement psychosomatique, et non la menace de l'antisémitisme propre aux interprétations de l'œuvre de l'auteur et de l'histoire des sociétés à travers le prisme d’une vision communautariste et ethnocentrique exacerbée ; prisme qui signe l'arrêt de mort et de la vérité et de toute prospective réaliste car avisée.

     

                   On retrouvera ce danger de l'intérieur, cette menace sur la communauté juive avec la recommandation de leurs leaders de se conformer à l'obligation du port de l'étoile jaune à la demande du régime de Vichy. Et bien des années plus tard, on retrouve ces leaders médiatiques juifs, tous unis derrière Israël, qui n'ont de cesse de qualifier de "mauvais Juif" tous ceux qui, dans cette communauté, auraient le malheur d'exprimer quelques réserves quant à la politique de cet Etat étranger (se reporter au traitement réservé à Rony Brauman par le CRIF) qui n'a rien à offrir au monde et dont il n'y a plus rien à sauver depuis 1967 ;  cette pression exercée sans vergogne ni respect pour la liberté de conscience sur les Français juifs par des offices israéliennes implantées sur notre sol (CRIF, LICRA et UEJF), leur fait courir un véritable danger... danger de mort, qui plus est, étant donné la nature de l'Etat et du régime israéliens (à ce sujet,  une étude est disponible ICI): un Etat qui semble n'être capable d'organiser que le malheur pour lui-même et ses voisins.

    Les "élites" juives, ou plus exactement "les leaders juifs d'opinion" car les élites ne peuvent être que morales  et intellectuelles ( et à ce sujet : avec Zemmour, BHL, Enrico Macias et Finkielkraut... bonjour les dégâts ! ) sont-ils donc  les pires ennemis des "Juifs du quotidien", et ce depuis des lustres ?

    L'histoire devrait très certainement le confirmer pour peu que l'on cherche et que l'on se décide à trouver.

    A vos archives !

    ____________________

     

    ***

     

                    Etant donné le destin de Kafka, doit-on pour autant regretter de ne pas avoir eu un père tyrannique aussi prometteur ? Prometteur d’un fils au talent littéraire qui rayonne aujourd’hui encore dans toute l’Europe et au-delà, alors que nombre de pères ont longtemps eu pour seule ambition que leur fils devienne le cadre moyen ou supérieur gestionnaire d’une économie de services superfétatoires dont tout un chacun pourrait justement faire l’économie si seulement ils savaient renoncer à tous ceux qui savent si bien monnayer tout le bien qu’ils nous veulent.                             

                   A titre de conclusion, qu’il soit permis ici d’affirmer ceci : l’échec d’une résilience aujourd'hui tant prisée dont on nous rebat les oreilles et autour de laquelle des « carrières médiatiques » très lucratives prospèrent, après l’expression idiote de « faire son deuil » du verbe « faire » comme on « fait la cuisine », cet échec programmé car personne ne peut surmonter une épreuve aussi traumatisante, celle d'une enfance ruinée - n’en déplaise aux bonimenteurs -, cet échec… c’est bien là toute l’œuvre de Kafka qui, dans la souffrance d’un combat quotidien contre une fatalité paralysante, celle d'un déterminisme ontologique qui ne pouvait qu'être désastreux, a su nous atteindre, nous et une universalité exemplaire dont nombre d’auteurs feraient bien aujourd’hui de retenir la leçon.

     

     

    1 - Franz Kafka est né à Prague en 1883, alors capitale de la Bohême, partie de l'empire austro-hongrois. Il est le fils de Hermann Kafka (1852-1931) et de Julie Kafka, née Löwy (1856-1934). Sa langue maternelle est l'allemand. Il décède le 3 juin 1924 des suites d’une pneumonie.

    2 - A ce propos, on pourra sans hésitation se reporter à l’adaptation cinématographique époustouflante de cette oeuvre par Orson Welles et l’interprétation tout aussi exceptionnelle de l’acteur Anthony Perkins né Kafka.

     

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