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  • Gaspard Proust ou l'apologie du "politiquement-incorrect" très très correct

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                        Contrairement à ce qui nous est donné à penser, à propos de ce qu’il est convenu d’appeler « l’humour politiquement-incorrect », Gaspard Proust occupe sans aucun doute la place de l’humoriste le plus correct qui soit  ; provocateur sans profondeur  à l’humour transgressif sans suite dans les idées et sans conséquence, petit blanc-bec blasé… très certainement de lui-même au premier chef, revenu de tout, en particulier de là où il ne s’est jamais risqué à mettre les pieds, Gaspard Proust demeure l’humoriste  le plus sur-évalué qui soit.

    Ne nous y trompons pas : Gaspard Proust ne dit pas tout haut ce que son public pense tout bas ; Gaspard Proust ne pense pas et c’est bien ça qui le rend si bavard. En effet, épater le bourgeois  - qu’il est par ailleurs -  semble être sa seule ambition ; sans doute cherche-t-il désespérément à se faire peur sans oser vraiment aller la chercher cette peur, la provoquer et lui faire face,  bien en face, toutes conséquences assumées car, manifestement, n’est pas Dieudonné qui veut ! 

    De plus, l’humour caustique, froid de Gaspard Proust n’est la mauvaise conscience de personne ; bien au contraire, il est la bonne conscience de son public qui sait, qui a compris, que « tout ça, c’est fait pour rire ! » Le pire des jugements  sur un humoriste car, même Coluche a fini par comprendre qu’il était temps de se décider à proposer un autre rire ou mieux encore : de ne plus rire du tout.

                    La transgression est foncièrement a-politique ; d’où l’erreur à propos d’un soi-disant « politiquement-incorrect » qui concernerait cet humoriste décidément très, trop propre sur lui ; c’est la raison pour laquelle la transgression ne sera jamais subversive ; elle ne crée aucun désordre ; et pour cette raison, elle ne menace aucun ordre.  Les médias…  aux ordres justement ! la quasi-totalité d’entre eux, d’habitude si prompts à crucifier les artistes qui refusent de se soumettre et d’obéir, surtout s’ils sont issus de la diversité ( comprenez : arabes ou noirs - les exemples ne manquent pas !) ne s’y sont pas trompés : ils l’autorisent à couler des jours paisibles ; ils lui accordent une paix royale ! Rien de surprenant à cela : l’humour transgressif de Gaspard Proust, c’est un humour sans mystère car c’est encore et toujours l’humour de l’ado qui a refusé de grandir - ado issu d’une bonne famille le plus souvent ; c’est aussi l’humour du cancre de la classe qui, pour exister, ou plus simplement…pour se faire remarquer, n’a de cesse de gâcher la sérénité de ceux qui ont compris très tôt ceci : sans travail et sans courage, rien de sérieux, d’important et de durable, ne peut être accompli. 

                     En conclusion… même provisoire, risquons ce parallèle : Gaspard Proust est à l’humour subversif ce que son complice… Frédérique Beigbeder est à la littérature (dans ce domaine, on remarquera chez lui une cohérence jusque dans le choix de ses fréquentations mondaines) : une très mauvaise idée ; et puis aussi, une mauvaise nouvelle de plus aux yeux de ceux qui placent le talent et le courage au-dessus de tout ; or, sans talent ni courage rien n’est possible comme on a pu le voir. 

                     Tout bien considéré, Gaspart Proust, c’est... prétention littéraire en moins, Desproges (1) une génération plus tard ; autre humoriste sans histoire, à la vie facile entre deux saillies drolatiques ;  et là encore, on pourra objecter : « Gaspard Proust ? Vous avez dit Gaspard Proust ? ………… Psst ! Même pas peur ! »

     

     

    1 - Un coup sur la gauche, un coup sur la droite ; un coup sur le populo, un coup sur la bourgeoisie, puis les Juifs… histoire de s’encanailler et de se faire peur. Dans son « en même temps » humoristique sur-écrit et laborieux, Desproges, c’était déjà Macron. 

    Ce qui manquait à Desproges, c'est le courage. Or, sans courage et sans sacrifice (carrière, argent, reconnaissance médiatique) rien d'important ne peut être accompli. Coluche dans sa dernière période sera plus près du courage et de la prise de risque ; Dieudonné sautera à pieds joints dedans : prise de risque total.

     

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    Pour prolonger, cliquez : Humour, rire et justice

     

     

     

     

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  • Le fascisme et la France : Berstein contre Sternhell

     Le Monde : 20.02.2018

     

    le fascisme et la france : berstein contre sternhell,vichy et pétain

                Avec ce commentaire repris par Le Monde,  Sternhell qui s'est beaucoup occupé du fascisme européen à partir de son pays qu'est Israël...et alors qu'il pouvait sans difficulté  trouver à sa porte un fascisme de la pure et pire  espèce, délaisse enfin  la paille dans l'œil européen pour la poutre israélienne : aurait-il compris ceci : avant de prétendre faire le ménage chez les autres, il vaut mieux s'assurer de la propreté des lieux que l'on habite ? 

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    Billet rédigé en 2016

     

                     A l'heure où  "Ni droite ni gauche. L’idéologie fasciste en France",  paru en 1983, est repris en collection de poche avec une nouvelle préface de l’auteur sur près de 150 pages, non contente d'être la fille aînée de l'Eglise, à en croire l'historien israélien Sternhell, la France serait aussi " la fille aînée du fascisme". Rien moins.

                    Plus de trente ans après la parution de l'ouvrage de Sternhell, qu'en est-il de cette France ?      

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    "La france et le fascisme" : cet opuscule d'une cinquantaine  de pages  se propose de répondre à cette question et d'en proposer d'autres à la réflexion du lecteur car, ce qui doit nous intéresser n’est pas tant de savoir si la France est ou n'est pas la « fille aînée du fascisme » mais  pourquoi certains historiens et politologues ont manifestement besoin de le penser à l’heure où aucune définition du fascisme ne semble possible, tout en tenant compte du fait que jamais en France il n’a existé un Etat fasciste, et qui plus est… librement consenti.

     

             Il semblerait que d’aucuns désignent encore le danger fasciste à l’extrême droite tout en apportant une définition totalement obsolète de ce fascisme - pour rappel : un marxisme dévoyé et une conception ethnoculturelle de la nation  -, comme pour mieux faire diversion et nous cacher un autre fascisme,  taillé sur mesure pour demain celui-là,  et dans le marbre, jour après jour,  nation après nation,  culture après culture... le fascisme d’une mondialisation contrôlée par les multinationales et la pègre ; un fascisme loi d’airain du fric et du pilonnage permanent des humbles et des relégués au nom d’une justice sociale emballée dans les cartons d’une science économique sans visage, sans morale et sans honneur ; loi qui ordonne la fin des toutes les controverses et de tous les débats.

     

     

                                              L'ouvrage est disponible ICI

     

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                      En réponse au travail de Sternhell autour de la France et du fascisme, dans cet ouvrage, paru le 9 octobre, Berstein et Winock questionne le rôle de la France en tant que “laboratoire du fascisme” :

     

                     " C’est un livre qui a pour objet de combattre les thèses de Zeev Sternhell. Pour lui le fascisme est né en France dans les années 1880 autour de Maurice Barrès, Georges Sorel dont les thèses ont ensuite été reprises par Mussolini. Par conséquent, pour Sternhell, ces mouvements fondent le fascisme, ce qui est une opinion curieuse et qui ne correspond pas à ce que l’on sait du contexte de l’époque et à partir de là, pour lui, le fascisme est né.

    Il n’y a pas encore de fascisme à l’époque. Il naît à partir de 1920 en Italie et va connaître une expansion dans l’Europe de l’entre-deux guerres. Il est sans rapport, même s’il existe des éléments partiels chez les théoriciens que retient Sternhell. Rien ne dit que ça constitue un pré-fascisme ou un proto-fascisme. Pour qu’il y ait du fascisme, il faut la volonté de bouleverser complètement l’ordre établi, vouloir créer un homme nouveau. C’est l’idée fondamentale. Il faut pour cela employer des méthodes totalitaires qui plient l’individu à la volonté des dirigeants dudit régime – la “statolâtrie” en Italie, la race en Allemagne – et tout le monde doit y croire. Tout ce qui est en dehors doit être éliminé et par conséquent, il s’agit d’un régime directif, policier et répressif, constituant le fascisme. Il n’y a pas de fascisme sans totalitarisme, sans volonté d’expansion pour affirmer la primauté de la nation sur toutes les autres, par la force des armes.

    Le fascisme n’est pas le rêve des nationalistes français des années 1880 qui se réclament plutôt de la République, ni les conceptions de Sorel qui estime que la violence peut être l’accoucheuse d’un monde nouveau même si la violence est effectivement consubstantielle au fascisme. L’un des éléments ne suffit pas à caractériser l’ensemble. Notre livre critique chez Sternhell, le fait de ne pas jouer le jeu de la méthode historique. Dans son dernier livre, “Histoires et lumières” il se glorifie d’être en dehors des sentiers battus,de faire de l’histoire comme personne et de prétendre établir des vérités historiques à partir de la seule histoire des idées, ce que nul ne conteste mais ce qui ne suffit pas à remplacer la réalité vécue par les hommes, c’est à dire les faits historiques. Un historien qui ne tient pas compte des faits, c’est tout sauf un historien."

     

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    Pour prolonger, cliquez : La France et le fascisme : autant de questions sans réponses

     

     

     

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  • La France et le fascisme : autant de questions sans réponses

     

     Le Monde : 20.02.2018

     

    le fascisme et la france : berstein contre sternhell,vichy et pétain

     

        Avec ce commentaire repris par Le Monde,  Sternhell qui s'est beaucoup occupé du fascisme européen à partir de son pays qu'est Israël...et alors qu'il pouvait sans difficulté  trouver à sa porte un fascisme de la pure et pire  espèce, délaisse enfin  la paille dans l'œil européen pour la poutre israélienne : aurait-il compris ceci : avant de prétendre faire le ménage chez les autres, il vaut mieux s'assurer de la propreté des lieux que l'on habite ?

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    Billet rédigé en 2016

     

     

                 A l'heure où  "Ni droite ni gauche. L’idéologie fasciste en France",  paru en 1983, est repris en collection de poche avec une nouvelle préface de l’auteur sur près de 150 pages, non contente d'être la fille aînée de l'Eglise, à en croire l'historien israélien Sternhell, la France serait aussi " la fille aînée du fascisme". Rien moins.

     

                                         Trente ans plus tard, qu'en est-il de cette France ?       

     

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    L'opuscule "La France et le fascisme" d'une quarantaine de pages se propose de répondre à cette question et d'en proposer d'autres à la réflexion du lecteur car, ce qui doit nous intéresser n’est pas tant de savoir si la France est la « fille aînée du fascisme » mais bien plutôt ce questionnement-ci : pourquoi certains historiens et politologues ont manifestement besoin de le penser à l’heure où aucune définition du fascisme ne semble possible, tout en tenant compte du fait que jamais en France il n’a existé un Etat fasciste, et qui plus est… librement consenti.

             Il semblerait que d’aucuns désignent encore le danger fasciste à l’extrême droite tout en apportant une définition totalement obsolète de ce fascisme – pour rappel : un marxisme dévoyé et une conception ethnoculturelle de la nation  - comme pour mieux faire diversion et nous cacher un autre fascisme,  taillé sur mesure pour demain celui-là,  et dans le marbre, jour après jour,  nation après nation,  culture après culture, être humain les uns après les autres... le fascisme d’une mondialisation contrôlée par les multinationales et la pègre ; un fascisme loi d’airain du fric et du pilonnage permanent des humbles et des relégués au nom d’une justice sociale emballée dans les cartons d’une science économique sans visage, sans morale et sans honneur ; loi qui ordonne la fin des toutes les controverses et de tous les débats.

     

     

    Pour prolonger, cliquez : France et fascisme - thèse, anti-thèse

     

     

    L'ouvrage est disponible ICI

     

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  • Le Chevalier, la Dame, le Diable et la mort...

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    De nationalité belge, Raoul Vaneigem… est né en 1937. A la tête du mouvement situationniste, son « Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations » et « La société du spectacle » de Guy Debord ranimeront en 1967 la flamme révolutionnaire qui en avait bien besoin.

    A propos de ce mouvement… Vaneigem nous rappelle ceci : « Guy Debord allait au-delà de la cueillette hédoniste des moments de bonheur  telle que Lefebvre l’envisageait. Privilégier les moments passionnels et fonder sur eux la critique radicale du vieux monde, c’était donner ses assises à une société enfin soucieuse de s’humaniser. Construire des situations favorisant la qualité et la diversité de ces exposantes fixes de l’éclat passionnel dont parlait Breton, dépassait de loin le propos de subvertir l’ordre dominant. Il offrait à  la société sans classes dont nous avions vu le drapeau se teinter de sang une substance vivante et inaltérable. En rupture avec ce militantisme issu du militarisme où se sacrifier à une cause autorisait à égorger ses plus proches amis, la construction des situations fondait, surle jeu et l’affranchissement des désirs, un projet social où, pour la première fois dans l’histoire, la volonté de vivre se substituait à la volonté de puissance, et où pour la première fois, l’analyse et le procès de la fatalité, du hasard, de l’aléatoire ouvraient la porte à une science poétique des destinées. La construction des situations annule tous les sens interdits ou autorisés, prescrits par cette réalité économisée que nous tenons pour unique parce que nous sommes condamnés à y travailler, languir et mourir ».

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             Le Chevalier, la Dame, le Diable et la mort... ou quand l’homme se transmute en être humain

     

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    Désire tout, n’attends rien !

     

    De la sensibilité…

     

                 « La présence d’un seul être qui souffre est une atteinte à mon bonheur car la sensibilité est la conscience épidermique du vivant. Elle frisonne de son plaisir, frémit aux périls qui la guettent, irise de ses luminescences intuitives l’irrésistible marée qui, montée des profondeurs humaines, brisera les grandes murailles derrière lesquelles les femmes, les enfants, les hommes aux désirs multicolores ont vécu de grisaille. La sensibilité est le seul chemin que la volonté de s’affranchir offre à l’innocence opprimée. 

    Il est temps que la sensibilité soit reconnue comme la valeur la plus sûre de notre humanité, car elle est source de toute vie ».

     

    De l’animalité affinée…

     

                 « L’affinement de la vie est le véritable progrès humain. La conscience que le bonheur de chacun s’accroît du bonheur de tous est plus utile à la révolution de la vie quotidienne que toutes les objurgations éthiques de l’intellectualité militante.

    La cruauté exercée à l’encontre des animaux procède du discrédit de l’homme pour la bête qui remue en lui. Il envie sa liberté sexuelle, son absence de dissimulation, son comportement que n’embarrassent pas les contraintes (morales et éthiques), et il la hait d’autant. Il tire orgueil de l’esprit qui entrave son corps et l’astreint au travail. Esclave d’un système social qui l’opprime, il se venge en opprimant les plus faibles. »

               Et Vaneigem de conclure que l’homme aurait transcendé son animalité au lieu de la dépasser. L’animalité spiritualisé a fourni à l’homme sa carte d’accréditation auprès d’un Dieu vengeur, sanguinaire, assoiffé de domination : « L’économie d’exploitation aura été la malédiction des hommes, des bêtes, des plantes et de la terre. Certes, le crime perpétré contre les bêtes procède du crime perpétré par les bêtes entre elles. Mais, de la loi de prédation qui caractérise le règne animal, l’économie de concurrence et de compétition a fait une loi qui dénature l’homme alors que l’être humain se distingue précisément de l’animal par sa capacité de dépasser l’instinct prédateur et de créer une abondance révoquant la quête quotidienne, avilissante et laborieuse des moyens de subsistance.»

     

    Du bonheur…

     

                   « Soyez heureux ! est le slogan excrémentiel qui flotte dans le sillage de l’Enrichissez-vous ! Pourtant, l’économie a eu beau imposer un prix à la jouissance, quiconque l’a vécue authentiquement  sait qu’elle n’en a pas.

    Le bonheur qui cesse d’être un combat se résigne au malheur du monde qui le tue. L’avenir que me révéleraient de nébuleuses prophéties m’indiffère. Seul m’intéresse l’avenir que je me forge dans les lueurs fuligineuses ou opalines du présent.

    Aussi, j’incline à penser que les moments heureux nous échoient parce que, quelque part en nous, ils ont été voulus du fond du cœur. »

     

    De l’âge…

     

                  « Il existe une distinction fondamentale entre une vie résignant les incessants bonheurs qui lui ont conféré sa plénitude et une mort provoquée par une carence croissante de plaisirs, de passions, de vraie vie. Goûter aux émerveillements du vivant, telle est la vraie jeunesse, la seule qui bondisse au-delà des âges.

    Nous appartenons à une société prédatrice où le regard mercantile apprend à estimer d’un coup d’œil le prix des êtres et des choses. Il faut trancher vite et selon les apparences, de peur de se perdre et de dissiper avec soi les avantages de l’argent et du temps. Il n’est question que d’efficacité, de rendement, de durée. L’éthique et l’esthétique participent des règles de l’efficience. L’aventure amoureuse s’adapte au profil des profits escomptables. La taille, la démarche, les seins, les fesses, le visage, la dignité des braguettes, les jouissances supputées sont soupesés en termes d’intérêts, de comportements fiduciaires, de plaisirs à tempérament.

    La civilisation marchande a dénaturé l’âge en le mesurant à l’aune du profit et en l’identifiant à une fonction hiérarchique. »

     

    De l’argent…

     

                « Perdre ne serait-ce que trois sous est un acte immoral.

    Si l’argent excédentaire et l’argent déficitaire sont un désert où rien ne pousse, où la vie dépérit, je n’ai rien éprouvé de plus indigne et de plus éloigné des préoccupations humaines que la quête incessante de l’argent, érigée en impératif catégorique par la nécessité de survivre. De la garantie d’en être  pourvu, je n’ai tiré qu’amertume comme je n’ai ressenti qu’angoisse et rage à la perspective d’en manquer.

    Le fétichisme de l’argent fait la loi, celle qui s’arroge le droit de transgresser toutes les autres.»

     

    De la peur…

     

                « Avons-nous d’autre choix que de restaurer dans son innocence (son optimisme ?) la vie qui s’enfante d’elle-même ?

    Le pire danger, c’est de désirer ce que l’on redoute, c’est de marier le désir à la crainte qu’il s’accomplisse à revers. La peur est l’ombre mortelle du désir, l’ombre des désirs morts. Les vœux les plus chers de l’homme ont été si ordinairement tués dans l’œuf qu’ils ne naissent plus qu’apeurés et en attente de l’échec. C’est comme si le bonheur, sesouvenant de tant de bonheurs avortés, renonçait à la vie. Parfois, il ne veut plus se souvenir mais le souvenir est là, comme un ver rongeur.»

     

    Du labyrinthe…

     

               «Par un enchevêtrement de couloirs dont les multiples issues s’ouvrentet se ferment à loisir, nous montons et descendons, avançons et reculons, nous nous heurtons aux obstacles que nous avons élevés par négligence.

    Le labyrinthe du moi et le labyrinthe du monde sont un seul et même lieu.»

     

     

    De l’amitié…

     

               «L’hédonisme gâte le corps  (surcharge pondérale et obésité) et l’esprit gâte la radicalité (plus on pense, moins on agit pour soi et les autres et contre le regard unique d’une domination sans équivoque). La racine de l’homme est dans l’animalité qui s’affine et s’humanise au feu de la conscience.

    Nous souffrons le moins chez les autres les défauts qui sont nôtres. La plupart de nos colères sont dirigées contre nous-mêmes. Qui terrasse son ennemi n’y survit pas, le vainqueur ne fait qu’accomplir la tortueuse volonté de son adversaire. L’on n’est jamais vaincu que par soi-même.»

     

     

    De la poésie et de l’amour…

     

                « La poésie vient des origines du corps et elle l’humanise. L’esprit naît du corps au travail et elle le fait esclave à l’égal de la bête.

    La pensée séparée de la vie la dessèche et la tue. C’est pourquoi la poésie n’obéit à aucune de ses règles. Elle est la fleur qui crève le bitume et fleurit au milieu de la chaussée. Il suffit que le banal se fissure pour que la vie se fraie un chemin et explose en silence.

    Nous avons mal perçu cet art du discontinu par lequel la vie se manifeste à l’encontre de l’ennuyeuse répétition qui règle l’écoulement du temps de survie. L’enfant excelle à aborder les univers  les plus disparates dans cette passion de jouer que, bientôt, la nécessité lucrative refoulera, écrasera, comprimera et enrôlera dans les jeux morbides du pouvoir et de la mort.

    Avant que les ravages de l’éducation mercantile ne le réduisent en poussières d’amertume, l’émerveillement ludique ne connaît pas de frontières, un baquet fait un bateau, une cave un palais, trois bouts de bois un continent.»

     

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  • L'ère du bonheur avec Raoul Vaneigem

     

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                      "... dans le royaume  de la consommation, le citoyen est roi ; une royauté démocratique : égalité devant la consommation, fraternité dans la consommation, liberté selon la consommation. La dictature du consommable a contribué à l’effacement des barrières de sang, de lignage ou de race ; il conviendrait de s’en réjouir sans réserve si elle n’avait interdit par la logique des choses toute différenciation qualitative, pour ne plus tolérer entre les valeurs et les hommes que des différences de quantité.

     

    Entre ceux qui possèdent beaucoup et ceux qui possèdent peu, mais toujours davantage, la distance n’a pas changé, mais les degrés intermédiaires se sont multipliés, rapprochant en quelque sorte les extrêmes, dirigeants et dirigés, d’un même centre de médiocrité : être riche se réduit aujourd’hui à posséder un grand nombre d’objets pauvres.

     

    Les biens de consommation tendent à n’avoir plus de valeur d’usage. Leur nature est d’être consommable à tout prix. Et comme l’expliquait très sincèrement le général Dwight Eisenhower, l’économie actuelle ne peut se sauver qu’en transformant l’homme en consommateur, en l’identifiant  à la plus grande quantité possible de valeurs consommables, c’est-à-dire de non-valeurs ou de valeurs vides, fictives et abstraites. Après avoir été le « capital le plus précieux », selon l’heureuse expression de Staline, l’homme doit devenir le bien de consommation le plus apprécié. L’image, le stéréotype de la star, du pauvre, du meurtrier par amour, de l’honnête citoyen, du révolté, du bourgeois, va substituer à l’homme un système de catégories mécanographiquement rangées selon la logique irréfutable de la robotisation.

     

    Déjà la notion de teen-ager (l’ados) tend à conformer l’acheteur au produit acheté, à réduire sa variété à une gamme variée mais limitée d’objets à vendre : on n’a plus l’âge du cœur ou de la peau, mais l’âge de ce que l’on achète. Le temps de production qui était, disait-on , de l’argent, va devenir en se mesurant au rythme de succession des produits achetés, usés, jetés, un temps de consommation et de consomption, un temps de vieillissement précoce.

     

    Le concept de paupérisation trouve aujourd’hui son éclatante démonstration non, comme le pensait Marx, dans le cadre des biens nécessaires à la survie, puisque ceux-ci, loin de se raréfier, n’ont cessé d’augmenter, mais bien dans la survie elle-même, toujours antagosniste à la vraie vie. Le confort, dont on espérait  un enrichissement  de la vie déjà vécue richement par l’aristocratie féodale, n’aura été  que l’enfant de la productivité capitaliste, un enfant prématurément destiné à vieillir sitôt que le circuit de la distribution l’aura métamorphosé en simple objet de consommation passive. Travailler pour survivre, survivre en consommant et pour consommer, le cycle infernal est bouclé. Survivre est, sous le règne de l’économie, à la fois nécessaire et suffisant. C’est la vérité première qui fonde l’ère bourgeoise. Et il est vrai qu’une étape historique fondée sur une vérité aussi antihumaine ne peut constituer qu’une étape de transition, un passage entre la vie obscurément vécue des maîtres féodaux et la vie rationnellement et passionnellement construite des maîtres sans esclaves. Il reste une trentaine d’années pour empêcher que l’ère transitoire des esclaves sans maître ne dure deux siècles."

     

                    L'ère du bonheur - 1967  Raoul Vaneigem, l’un des leaders, avec Guy Debord, du mouvement situationniste des années soixante.

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  • Un hiver séculaire

     

     

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                C’est l’hiver. La terre tremble de froid, et sous son étreinte, dans un instant, elle se fendra en deux. Un froid palpable et tangible marche sur le monde : celui des anciens temps, revenu là pour en finir avec l’immense peuple des marais, des joncs et des grands herbages.

    Rien n’est plus troublant, plus inquiétant, plus effrayant que ce silence des marais gelés avec ces brouillards épais qui cachent des corps livides, des bouches muettes de vase ; dernier germe de vie dans une eau piégée sous la glace.

    Une rumeur passe dans les roseaux avant le retour d’un silence profond que le froid impose à quiconque tente d’afficher un semblant de vie. Même les brumes qui traînent sur les troncs d’arbres et qui enveloppent leurs branches les plus basses comme des voiles blancs de reines veuves restent là en suspend, figées.

    Soudain un cri, puis le gémissement bas d’une dernière clameur de vie. En chasse, le froid a frappé une nouvelle fois ; les yeux de sa victime le regardent résignée : un monde inconnaissable qui a eu sa vie propre, ses cris, ses voyages et ses mystères, palpite encore dans sa poitrine. Mais pour combien de temps encore ? Déchirée sa chair avant d’être brûlée par un froid du feu de dieu !

     

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                Au même instant, une chose noire au ventre d’argent tombe comme si l’on avait coupé la corde qui la tenait suspendue, laissant dans sa chute apparaître de longues taches rapides sur le firmament : c'est la mort hivernale qui raidit les joncs, fige le silence et gèle les eaux comme on glace le sang ; c'est le froid qui pénètre l'âme du monde.

    Quelque part au-dessus des marais, maintenant durs comme la pierre, un diamant en forme de cône s’élève lentement. Le cœur en feu, il monte à la rencontre d’un soleil qui n’éclaire plus : il est midi et il fait nuit.

    Une dernière plainte courte, répétée et déchirante après un cri strident... cette âme sans voix que le froid a abattue, a crié là sa dernière espérance de vie et son dernier adieu. 

     

                         Texte inspiré par la lecture de "l’Auberge" et "Amour" : deux contes de Guy Maupassant.

     


     

     

     

    Toutes les photos sont "copyright Serge ULESKI"

     

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  • Affaire Daval : presse et pompe policière et judiciaire...

                    

     

    Conférence de presse de la procureure, intervention des enquêteurs...

    A propos de  l’affaire Patrick Dils (1), on retrouvera dix ans plus tôt, chez les intéressés la même auto-satisfaction, l’absence de doute et l’auto-congratulation quant à la manière dont l’enquête a été menée et les aveux obtenus.

    Plus près de l'actualité  avec l’affaire d'Alexia Daval (tout comme dans l'affaire Dils), une question qui ne sera jamais posée par une presse tout acquise, une presse moutonnière, une presse aveuglée par la pompe policière et judiciaire... cette question-ci en l’occurrence : dans quelles conditions les aveux de Jonathann Daval ont-ils été obtenus ? Combien d’interrogatoires ? Quelle fréquence ? Quelles durées ? Son avocat était-il présent ? 

    Que Jonathann Daval soit coupable ou pas (si cela peut en rassurer plus d'un,  votre serviteur penche en faveur de sa culpabilité), cette question, ces questions s’imposaient pour toutes les fois où un tel optimisme, une telle confiance en soi de l’appareil policier et judiciaire – juge et parquet compris-, une femme, un homme innocents auront été reconnus coupables puis condamnés.

    Pour ces médias-là, médias de masse, médias dominants et puis finalement médias-dominés, force est de constater que les erreurs judiciaires ne leur sont d’aucun enseignement, alors que... si cette question relative à l’obtention d’aveux avait été posée, cela aurait permis à cette presse tant décriée par ceux qui savent ce qu’ils sont en droit d’en attendre (et pas seulement pour la subventionner des années durant en tant que contribuables) qu’elle était encore capable de résister à la parole de l’uniforme de gendarmerie et à celle d’un « Procureur » au titre ronflant dans le souvenir de cette affaire Dils qui restera longtemps une tâche à la fois policière et judiciaire.

    Là encore, les médias auront prouvé leur absence de recul, de courage et de vigilance. Faut croire qu’il y a deux catégories de journalistes : ceux qui se font les porte-parole des enquêtes et des instructions - parole policière et judiciaire - et ceux que l’on retrouve bien des années plus tard au moment de la libération du coupable maintenant innocent parce qu’ils y ont contribué.

     

     

     

    1 - On notera au passage à propos de cette affaire comme pour tant d'autres que la justice se trompe rarement lorsqu’elle commet une erreur : elle cible le plus souvent les classes populaires ; des foyers sans moyens financiers et relationnels (pas de réseau d’influence) pour faire face et se défendre ; puis, dans un de ces foyers, celle ou celui en particulier le moins instruit, le moins articulé, le plus fragile psychiquement. C’est une constante dans les erreurs judiciaires les plus préjudiciables : des années de prison à tort. 

     

    2Quant à l’utilisation du terme « féminicide »(un quasi concept aujourd’hui) à propos de l’affaire Daval et à tout propos en ce qui concerne les « crimes passionnels » dont les victimes sont des femmes (dans les médias, des militantes contre la violence faite aux femmes affirmeront ceci : « Alexia Daval est morte parce qu’elle était une femme ! » -, c’est sûr.... toute l’histoire judiciaire des  "crimes passionnels" et ceux qui l’accompagnent (avocats, psychiatres, procureurs, juges d’instruction, historiens) doivent hurler à la bêtise face à une telle affirmation qui a pour origine un discours militant - le pire des discours ; discours aveugle et mensonger - car si les crimes "conjugaux" prennent pour cibles les femmes c'est d'abord et surtout parce que 99% des unions sont hétérosexuelles et dans cette union, l’homme est généralement le plus fort d’un point de vue physique.

    Bien évidemment, il en va tout autrement lorsqu’il est question de crimes commis par un tueur en série qui prend pour cibles les femmes et seulement celles-ci.

     

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