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  • La grande gueule ouverte de l'Enfer

     

     

                  "... car, le jour où toute l’horreur de notre monde vous éclate à la gueule, loin des chiffres abscons de leurs statistiques abstraites et absurdes en valeurs absolues.... absolument merdiques... et de leurs reportages montés à la hâte et à la queue leu-leu basse et rachitique... le jour où... toute l’horreur... dans toute son horreur... de notre monde à tous, vous éclate à la gueule après vous avoir sauté à la gorge, ce jour-là... vous souhaitez mourir ! Oui Monsieur ! Vous souhaitez mourir ! Ou bien alors c’est que vous n’êtes pas humain ! Non ! Pas humain. Car je ne peux pas croire que l’on puisse être épargné par cette fatalité et cette nécessité de vouloir mourir face à l’horreur de notre monde à tous dans toute son horreur ! Non, je ne veux pas croire un seul instant que nous y passions tous et qu’ils y soient tous passés... à la trappe, dépecés, déchirés et hurlant de douleur et... que toute l’horreur de toute l’injustice de notre monde à tous, puisse sagement et éternellement glisser sur cette humanité imperturbable... glisser sur elle, cette horreur, comme l’eau quand elle rencontre et contourne un obstacle parce que rien ne l’arrête cette vague déferlante, ce déluge, ce raz-de-marée...

     

     

                     La suite : cliquez S.U- l'Enfer v blog pdf.pdf

    (Ne pas refermer le PDF après lecture : faire "page précédente")

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    Extrait du titre "Confessions d'un ventriloque"

    A propos de l'ouvrage... cliquez Confessions

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  • Tombes, concessions funéraires et sépultures


                                 

                                      (Illustration sonoreMaurice Ravel : "Rapsodie espagnole" (version pour piano 4 mains) I. Prelude)

     

                       Vraiment touchant cet Emile né en 1901 décédé en 1989 ( vidéo à 1:10), et son épouse, Marie-Thérèse, née en 1902, qui le suivra un an plus tard, tous deux encore et toujours unis dans la vie comme dans la mort !

    Faut-il s’en réjouir néanmoins ?

    Années 1900... génération de femmes dites « soumises et effacées... comme congédiées " ? Marie-Thérèse aurait-t-elle vécue dans l’ombre de son Emile ? Elle se serait alors, en toute logique, éteinte avec lui comme si, en partant, son Emile avait emporté une grande partie de son souffle de vie à elle ?

    Combien d'interrogations encore ! Nul doute : le tort d’une certaine modernité c’est bien d’avoir jeté le discrédit sur une telle union… d’en avoir fait le procès au nom de la lutte contre la servitude volontaire d’une condition féminine haïssable.

    Malheur à tous ceux qui n’ont jamais connu l’amour dans une union pérenne !

     

                                                                            ***

     

                  Passant devant toutes ces tombes, m'y attardant parfois - visages, noms et prénoms, dates de naissance - allée après allée, c’est alors que j’ai commencé à verser des larmes sur ceux que je n’avais pas encore perdus mais dont je me voyais déjà honorer et entretenir le souvenir, impuissant, penché sur leurs tombes, désarmé...

                  ... et puis finalement bien présomptueux car, rien n’indique que je ne les précéderai pas dans ce lieu, en effet.

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  • La vérité sur Bernard Lugan : une recension de Michel Drac


                                   

     

                   "Le corrompu", chef d’Etat ou non, n’est que l’effet d’une cause qui a pour nom « le corrupteur » ; à ne jamais s’en prendre aux corrupteurs, à ne mettre l’accent sur les corrompus seulement, c’est encore et c’est toujours le refus d’identifier les causes, le refus d’établir des responsabilités, le refus d’un jugement avisé et honnête ; un jugement factuel d’une dimension historique car fondé sur des faits et l’histoire.

    A ce sujet, force est de constater que Bernard Lugan, historien "africaniste", ne semble toujours pas être rentré dans cette histoire africaine dont il se réclame tant ; pour un historien, tous s’accorderont à dire que c’est plutôt navrant même si cet universitaire comme privé de recul historique, a la fâcheuse habitude de nous conter l’histoire  des vainqueurs du côté desquels il n’a de cesse de se ranger : les pays les plus développés, anciennes puissances coloniales.

    Pour cette raison qui en vaut bien d’autres, on peut dire que Bernard Lugan n’est pas un homme de recherche mais bien plutôt un homme d’opinions. Or, il se trouve que les opinions de ce Monsieur sont rarement les siennes mais bien plutôt celles de ceux qui l’ont précédé ; comme sur l’Apartheid qui nous vient du 17è siècle. Les opinions de Lugan sont aussi celles de sa famille politique : l’Action française - une idéologie du début du XXè siècle -, et puis…. de sa famille tout court : Bernard Lugan est le Fils d’un officier de marine installé au Maroc qu’il quittera en 1959 (1).

     

    Aussi, se reposer sur Lugan pour comprendre aujourd’hui l’Afrique et l’Africain, les Afrique et les Africains, c’est un peu comme demander à un Golden-boy de la City de nous parler des bienfaits du communiste ; une gageure.

                      Il n’en demeure pas moins que les opinions de Lugan ont tout à fait le droit d’être exprimées et d’être relayées à condition qu’elles le soient « contradictoirement » car, Lugan est à l’Afrique ce que Eric Zemmour est à la question (du moins pour ceux pour lesquelles c’en est une !) des Français issus de la colonisation et de l’immigration économique :  le récipiendaire d'un gigantesque coup de pied au cul reçu de ce Continent (le Maroc pour l’un, l’Algérie pour l’autre) ; coup de pied au cul qui les a propulsés aux antipodes d’une raison honnête ; une raison qui se méfierait comme de la peste de sa propre raison de penser ce qu'ils ne peuvent pas ne pas penser.

    Certes, tout ce petit monde pourra toujours trouver quelque consolation en nous rabâchant jusqu’à satiété que si la saloperie (coloniale celle-là !) n’avait rien à envier à celle qui, aujourd’hui, submerge et recouvre l'Afrique, on ne pourra pas longtemps leur contester à tous ces fils et filles de colons bavards et revanchards, le fait suivant : « … cette saloperie était tout de même plus compétente, efficace et efficiente sous l'ancien régime... (colonial s'entend) ; de plus, la corruption  n’était que d’ordre moral  (corruption des esprits dans le genre : « On est la race des Seigneurs et vous n’êtes que des nigauds ! ») et non matériel et financier !».............. là, c’est déjà moins sûr car il semblerait que cette efficacité économique toute blanche, ait été toute relative ; la France continentale en était le plus souvent de sa poche ; une France vache-à-lait d’une économie au service d’un Empire aux calculs de ses prix de revient (et à la facturation) plus que fantaisistes. 

                     Disons les choses : si la recherche de la vérité doit être le réel souci de ceux qui se penchent sur le berceau ou le cercueil (c’est au choix) de ce Continent qu’est l’Afrique - un continent traumatisé : traite négrière, colonialisme, apartheid, génocides, climats hostiles, archaïsmes ethniques, corruption des élites par les Multinationales, pillage de ses ressources -,  seule l’étude de l’action de ceux qui, Africains d’Afrique, ont tenté au péril de leur vie, de sortir leur pays d’une dépendance mortifère tant sur un plan humain que moral, tout en échouant, permettra de comprendre en toute lucidité, honnêteté et exhaustivité les véritables freins à une telle indépendance qui, soit dit en passant, n’est dans l’intérêt d’aucune de nos Multinationales : Jomo Kenyatta,  Ruben Um Nyobè,  Patrice Lumumba, Nasser, Mobutu, Kwame Nkrumah, Mehdi Ben Barka, Ben Bella, Amílcar Cabral, Nyerere, Thomas Sankara, Kadhafi ; et du côté des institutions :  OUA.

    Pour cette raison, prenant en compte les agissements et autres crimes de ces Multinationales qui sévissent sur un continent gorgé de pétrole et de diamants (corruption, trafic d’armes, assassinats, coups d’Etat) on préférera toujours l’expérience de ceux qui y  ont  laissé  leur vie dans ce combat en faveur d'un destin africain  dans la dignité et le respect, d’autant plus que… « Comprendre l’Afrique, les Africains et  les Afrique »  ne peut être que le fruit d’un travail pluridisciplinaire : sociologie, démographie, ethnologie, histoire des religions, histoire inter-continentale, économie, climatologie, psychologie, psychanalyse, médiologie…

    Un travail collectif  sans conflit d'intérêt et de revanche. 

                     Or, Bernard Lugan est prisonnier des défaites de sa famille politique et de son histoire familiale. Ce dialogue sur l’Afrique, c’est avec lui-même qu’il le conduit sous la forme d’un cours magistral devant une audience absente, amphithéâtre vide…

    Dans la recension de Michel Drac, nulle mention du « génie africain » ; aucune énumération des qualités propres à l’Afrique ; qualités sur lesquelles pourrait s’appuyer ce Continent maintenant globalisé sous la plume de Bernard Lugan : l’Africain serait donc un homme sans qualité et le Continent la station-service du moteur industriel  et technologique de l’Occident ?

    Quand on pense au salaire d’un pompiste…

    Rien sur le pillage des ressources non plus. Lugan semble développer une expertise centrée sur elle-même ; celle d’un occidental blanc, fils de colon faisant la leçon à l’Afrique du haut de sa condescendance ( et les chiffres et statistiques de l’ONU) et du bas de son impuissance à chasser de nos esprits le soupçon d’une démarche consistant à « inférioriser » l’Africain – « cet éternel grand enfant ! » - selon le principe suivant : « L’Afrique est bien trop importante pour le développement et le maintien de la prospérité de nos Multinationales pour être laissée aux Africains seuls».

    Lugan appelle de ses vœux un mode de développement spécifique à l’Afrique tout en oubliant de mentionner comment il compte contrer des Multinationales qui n’y ont aucun intérêt. Dans les faits, c’est l’Apartheid à une échelle continentale que Lugan cherche à nous vendre, encore et toujours : l’exception africaine sous la forme d’une marginalisation et d’une séparation propices à tous les abus et tous les vols et exploitations de toutes les ressources y compris humaines.

    Les Multinationales peuvent donc dormir tranquilles ; elles n’ont pas fini de se ruer sur une Afrique infantilisée dans son exception ; une Afrique sans défense ni conscience politique digne de ce nom ; une conscience libératrice d’énergie.

                      Pour résumer : suggérer "un modèle différent de développement pour l’Afrique ( CONTINENT AUX RESSOURCES NATURELLES INÉGALABLES) c’est vraiment se moquer du monde : ce continent fait l’objet de convoitises sans scrupules, d’une cruauté sans retenue de la part des Multinationales. L’Afrique doit trouver des solutions de le cadre de cette guerre qu’est la mondialisation. Elle n’a pas d'autre choix : combattre les Multinationales et des ONG qui n'ont de "non-gouvernementales" que le nom. 

     

                     Aussi, il est temps, vraiment temps, que Bernard Lugan suive des cours de géo-politique et d’économie moderne s’il souhaite être pris au sérieux un jour car cet historien ne sait pas, ne veut pas manifestement savoir dans quel monde interdépendant nous vivons tous ; et s’il lui arrive de savoir quelque chose, manifestement, il lui reste à comprendre enfin ce savoir qui peut être le sien, d'autant plus qu'avec cet ouvrage, il semblerait que la vérité soit tombée non pas sur l'Afrique mais bien plutôt sur son auteur. 

     

     

    1 - Si nous ne pensons tous la même chose c’est aussi et surtout parce que nous n’avons pas tous la même histoire. Il est donc important de savoir et de comprendre « d’où un tel ou une telle pense ».... cad : à partir de quelle histoire personnelle. A ce sujet on pourra se reporter au lien suivant : Affects-passions-politique-et-philosophie

     

    Pour prolonger, cliquezUne certaine idée de la Françafrique 

     

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  • Quelque chose de perdu... pour demain

     

     

     

                     "Assumer l'ultime confirmation de l'hégémonie de la métaphysique sous la forme de la déréliction ontologique de l'étant" (Heidegger)

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    "Mais bien sûr ! Je vous remets maintenant ! Vous êtes celui qui voulait mourir.

    - En effet.

    - Mais alors, vous avez survécu ? Vous n’avez pas su... ou bien, vous n’avez pas voulu mourir ?

    - Non, c’est pas ça. La vérité, c’est qu’on survit à tout parce qu’on se console de tout. Mais... moi, à cette époque, je ne le savais pas.

    - Oui. On survit à tout. C’est la raison pour laquelle tout peut arriver. Et c‘est aussi la raison qui fait que finalement... tout arrive. N’est-ce pas ? Et pourtant, rien ne sert de souffrir car il vaut mieux mourir à temps. Cette volonté de vivre est devenue une habitude que les générations se transmettent ; et dans ce domaine, on peut dire que la transmission a bien eu lieu. Y'a pas de doute ! Elle n'a pas été interrompue car, il ne s’agit pas d’un instinct qui vous échappe et qui s’impose à vous et ce, malgré vous ; non ! Il s’agit bien d’un choix conscient : on décide de survivre à l’horreur et à la douleur.

    - C’est vrai ! On a la lâcheté ou la faiblesse de survivre à toute cette horreur.

    - C’est votre capacité d’endurance qui rend possible toutes les horreurs. Votre obstination à vouloir survivre coûte que coûte, votre résistance font que l’horreur sera toujours sûre. Alors... aussi longtemps que vous survivrez à cette horreur, nous n’y mettrons jamais fin. Cet instinct pervers de conservation fait que l’horreur se reproduit sans fin. Si seulement vous étiez tous... incapables de survivre à cette horreur ! Si seulement vous n'aviez pas la folie de lui résister, je suis sûr que votre espèce, pour ne pas disparaître, ferait tout pour l’éviter, car la prochaine horreur signerait la fin de l'espèce humaine dans sa totalité.

    - Cachez toutes ces horreurs que je ne saurais voir ! Nous sommes donc tous des tartuffes de l'horreur ? C'est ça ?

    - Oui ! Bien sûr ! Car, à trop voir, on finit par s’éblouir soi-même. Alors, ne cherchez plus ! Je vous le dis : vous ne vous débarrasserez pas de cette horreur aussi longtemps qu’un seul d’entre vous sera disposé à lui tenir tête. Dites-vous bien que dans l’état actuel des choses, l’aventure humaine ne vaut plus la peine d’être poursuivie. Il faut tout arrêter. On reprendra le cours de cette aventure une fois que l’homme aura cessé de survivre à toute cette horreur. Un cauchemar récurrent, cette horreur ! Fermer les yeux sur toutes ces horreurs, c’est inviter l'horreur à votre table et dans votre lit. Survivre à cette horreur, c’est accepter qu’elle vous frappe à nouveau, sans discernement comme un aveugle frappe le sol avec sa canne télescopique pour ne pas trébucher sur un obstacle ; obstacle qui lui serait fatal. Pour un peu, et à son sujet, on en viendrait à penser qu'il cherche à retrouver quelque chose qu'il aurait perdu. Quel boucan, cette canne qui frappe le bitume ! Un vrai boucan d’enfer, cette canne qui cherche à retrouver quelque chose qu'elle a perdu mais... devant elle ! Vous remarquerez ! Oui ! Toujours ! Devant elle et comme… perdu pour demain."

     

    Copyright Serge ULESKI. Tous droits réservés - texte et illustration sonore.

     

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    Extrait du titre "Confessions d'un ventriloque"

    A propos de l'ouvrage... cliquez Confessions

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  • Un pygmée occitan*

     Le 4 mars 2004, Claude Nougaro s’éteignait à l’âge de 74 ans

     

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                    Il a été et demeure notre meilleur auteur avec Léo Ferré, notre plus grande voix aussi et notre meilleur musicien (même s'il n'était pas instrumentiste... il y a des voix bien plus musiciennes encore !) - le plus complet, le plus authentique.

    "L'âme basanée", aucune musique ne lui résistait... aucune ne résistait à sa voix, à son verbe ; aucun rythme ne l'intimidait, aucune culture ! Preuve irréfutable d'un talent immense ; et peut-être aussi... de génie. 

    Alors oui, le "pygmée occitan" - tel il se définissait -, a bel et bien fini par grimper sur les cimes !

     

                           Toulouse to win (un des textes les plus aboutis de l'artiste)

     

    Cette musique aimée du fond de mes minimes

    Ce paquebot volant illuminé de rythmes

    Manhattan scintillant un arbre de Noël

    Dans la pénombre bleue ses cuivres en sourdine,

    Ses chanteurs enchaînés à la beauté d’un hymne...

    Je les ai autour de moi comme un arc-en-ciel

     Le pygmée occitan a grimpé sur les cimes

    où neigent souplement des flocons de soleil

     

     

     

     

    ***

     

                     A l'heure où des marchands de soupe nous donnent à consommer de la musique comme on boit un café au comptoir, on réalise trop souvent tout le chemin parcouru à fuir tout ce que cet artiste (avec Léo Ferré) a laissé en héritage : rigueur, intégrité et excellence... tout ce que doit, pourtant, tout artiste à son public : le respect en retour de ce que cet artiste reçoit... pour avoir, il est vrai, tant donné, même et surtout ce qu'on n'attendait pas de lui parce qu'on ne le soupçonnait pas encore en lui... ni l'artiste non plus, peut-être.

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     * Se reporter au titre "Toulouse to win".

     

    Pour prolonger... cliquez Le Rap au secours de la chanson française

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  • Jeune et indistinct : compte à rebours

     

              Passé un certain âge...

     

               Vouloir séduire et tenter de cacher son âge, c'est mettre son existence dans la dépendance du regard des autres ; mais c’est aussi triompher, le jour où l'on surprend un commentaire qui fera de la journée qui commence ou bien qui s’achève, la plus belle des journées : «Quel âge tu m'as dit qu'elle avait cette femme ? Non ?! Moi, je lui en aurais donné cinq ans de moins ».

    C’est l’allégresse. L’espoir renaît. La plus belle des récompenses, ce commentaire inespéré, après tous les efforts déployés durant de longues semaines, de longs mois, devant la glace et le miroir grossissant, à scruter le moindre indice, le moindre signe de détresse ou bien, d’allégresse triomphante. Ce commentaire, c'est une minute de bonheur absolu.

    « Je l’ai fait ! » s’écrie le cœur, hurlant de joie, une joie totale, celle dont seule l’enfance est capable ; une joie pure qui ignore tout encore de la déception qui peut à tout moment briser le prochain élan.

    Vivre pour cet instant rare et précieux qui rachètera une vie d’une semaine, d’un mois, d’un an, c’est à ce prix que certaines femmes trouvent encore la force d’affronter l'existence ; et c’est encore à ce prix qui dans sa formulation tient à ces quelques mots « Elle fait jeune », que la confiance renaît et qu’un sourire hébété viendra transfigurer un visage maintenant resplendissant comme un soleil, en plein soleil, à midi, au plus haut, à la verticale d’une lumière que tous les zéniths nous envieront, à jamais, détrônés.

     

                On prend son bonheur là où il se trouve, et là où il se donne à prendre depuis qu'il nous est demandé à tous de rester… indéfiniment jeunes : indéfiniment comme indistinctement, et par voie de conséquence, interchangeables à souhait.

    On nous le refusera ce droit de prendre son âge et de le faire fructifier tel un capital précieux, fruit du travail de toute une vie qu’est le fait même d’acheminer son existence jusqu’à son terme, sans fierté particulière mais… si possible, sans honte et tête haute.

    On nous préfère sans distinction aucune , alors que seules les affres du temps sont capables de forger une personnalité, un caractère. On nous veut plantés là, pris en étau entre ceux qui entrent dans la vie et ceux qui en sortent parce qu’ils en ont l’âge et qu’il est temps, grand temps pour eux tous.

    Quant à ceux qui ne peuvent tenir cette position, reste la régression infantile : grands ados sexagénaires, un rien juvéniles, sinon beaucoup, comme tout ce qu’on leur pardonnera parce qu’un adolescent sans excuses, ça n’existe pas.

     

                  Qui peut nier que la jeunesse des femmes est bien plus précieuse que celle des hommes car, une fois qu’elle a donné le sentiment d’être passée, les hommes ne se retournent qu’à leur corps défendant, et après de longues et multiples relances au cours desquelles l’intéressée y laissera une fois encore une partie de sa jeunesse finissante ; jeunesse qui n’est plus maintenant qu’une tentative désespérée - prolongement au-delà du raisonnable -, de donner à voir ce qui n’est plus.

    On dit le coeur aveugle, certes ! Mais lorsque le cœur n’y est pas, il devient très vite visionnaire : il voit ce qui ne sera jamais plus, pour peu qu'il en ait été question un jour ; ce dont on pourra aussi douter mais que l’on taira par charité, ou bien parce que l’on est déjà loin, très loin : en effet, on ne s’est ni retourné ni arrêté ; on a poursuivi sa route, indifférent. Elle a eu beau nous poursuivre, cette jeunesse aux abois - cette jeunesse qui est aussi la nôtre, celle que l’on aimerait pouvoir encore afficher -, on n’a pas ralenti le pas pour autant ; et cette jeunesse, maintenant beaucoup moins jeune, s’est très vite essoufflée, tout comme cette tentative de séduction.

    Et c'est alors que... l’amour est là, face au pire, quand il ne nous est à aucun moment rendu et qu’il n’existe aucun espoir qu’il le soit.

     

    ***

     

               L'âge n'a - semble-t-il - que des inconvénients à offrir quand il n'est plus celui qu'il faudrait afficher. Aussi dissuasif qu'une menace sans recours, cet âge inopportun car, si l'on peut encore l'éviter, nul n'ira s'y frotter de peur d'être contaminé avant l'heure d'un compte à rebours qui nous rapproche inéluctablement du rejet et de la solitude, fruit d'une sélection de tout temps impitoyable et d'autant plus éhontée qu'elle ne s'affichera jamais comme telle.

     

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    Extrait du titre : La consolation - copyright Serge ULESKI

     

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  • Nina Simone : il n'y a pas de cause heureuse

                          

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                   "Aucun homme n'a été insulté comme l'homme noir"

     

                                                                               A. Césaire

     

                      

                             "What happened, Miss Simone ?" - documentaire de 2015

     

     

                      « Artiste légendaire et militante passionnée des droits civiques, Nina Simone a marqué son époque autant que son époque l’a marquée. Comment une enfant prodige du piano est-elle devenue une icône controversée du Black Power ? "What Happened, Miss Simone ?" retrace le parcours hors-norme d’une des artistes les plus appréciées et les moins comprises du XXe siècle signé par la réalisatrice Liz Garbus. »        

     

                   Nina Simone (née en 1933 - décédée en 2003) n’a eu qu’un regret : n’être pas devenue la première pianiste noire concertiste alors qu’elle avait étudié pour ça.

    A l'heure où Aretha Franklin décorée par Bush junior courait les "talk shows" produits et présentés par des Blancs, Nina Simone, dans son engagement pour les droits civiques, y laissera sa carrière puisque cet engagement lui fermera plus de portes qu'il ne lui en ouvrira ; elle y laissera aussi sa santé mentale, et sa santé tout court.

     

                                   Résultat de recherche d'images pour "noirs pendus"

                "Dès mon plus jeune âge, avec les Blancs de la ville, je savais inconsciemment, je savais que si l’homme noir se soulève il serait assassiné."

     

                   

    Mr Backlash blues : « Du sang sur les feuilles, des corps noirs suspendus dans la brise du sud »

     

     

                        

                                         Texte de Louis Aragon : ICI - Mélodie de Georges Brassens

                           

                                   "Mon amour,mon bel amour, ma déchirure"

                  Chahutée, bousculée, malmenée puis battue dans sa chair, Nina Simone connaissait tout le malheur d'une mésalliance amoureuse : un compagnon brutal et sans nuances.

                  Aussi...

                 Si seulement tous les êtres malheureux étaient sans talent, sans importance, sans doute, n'aurions-nous alors jamais mené ce combat de tous les jours contre le malheur des conditions d'existence et le destin tragique individuel contre lequel les êtres restent parfois sinon souvent même, sans défense.

                  

     

                    

               (sur une mélodie de Charles Aznavour - "L'amour c'est comme un jour")

                                                      

                            "Finis les pleurs ! Finie la peur, demain c'est mon tour"

              

                     «  “Afro-américain, une race perdue ! Pas de pays, pas d’histoire, pas de maison, pas d’origines ; il nous faut tout savoir sur nous !

                     Quand le moment  des droits civiques a surgi soudainement j’ai pu exprimer ce que je ressentais depuis tout ce temps. Quand j’étais jeune, je savais que pour survivre en tant que famille noire on devait garder des secrets. On ne se plaignait jamais de la pauvreté, ni du fait d’être exploités ni d’être défavorisés, on devait se taire. Je savais donc que briser le silence signifiait la confrontation. »

     

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                       Années 80 et Nina Simone : « Les droits civiques ? Quels droits ? Il n’y a pas de droits civiques. Tout le monde a disparu. »

     

     

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                  44e président des États-Unis, élu pour un premier mandat le 4 novembre 2008 puis réélu, pour un second, le 6 novembre 2012, la présidence de Barack Hussein Obama touche à sa fin ; durant ces huit années, il aura été toujours autant périlleux d'être pauvres et noirs aux Etats-Unis ainsi qu'ouvriers payés à quelques Dollards de l'heure ; la candidature éphémère de Bernie Sanders et les événements dramatiques de "maintien de l'ordre" de la société américaine auront  au moins permis de le rappeler au monde entier. Autant pour ceux qui, en 2008, ont salué la victoire de ce Président noir, comme un miracle.

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  • Corinne Lepage : environnement et business

    corinne lepage, cabinet huglo lepage environnement               


                          Comme chacun sait, l'écologie ne porte très mal en France dans les faits comme dans les urnes même s'il n'y a que le cabinet de Madame Lepage qui semble se porter bien et mieux encore au fil des ans : cabinet Huglo Lepage Avocats, Paris 8 (arrondissement très écolo !) - Huglo, de son prénom Christian, c’est son mari ; mentionnons aussi Benjamin, le fils ; spécialité de ce trio : l'environnement.

    Si cette dame a été ministre, doit-on s’étonner que les seuls gouvernements auxquels elle ait prêté son concours depuis les années 80, étaient tous de tendance libérale, voire ultra-libérale ? Ne renonçant jamais, dernièrement, elle ne s'est pas privée de remettre le couvert au moment de la victoire de Macron : en effet, c’était de notoriété publique que Madame Lepage souhaitait une place dans le gouvernement qu’il nommerait (1).

     

                   Soucieuse d'environnement, il est bon de rappeler que Corinne Lepage a souvent eu la fâcheuse tendance à trouver les Ecolos et leur parti... comment dire... très écolos... et puis finalement, trop écolos pour son goût et la fermeté de son engagement ; sans doute est-ce la raison pour laquelle Madame Lepage s’est trouvé à l’aise seulement dans des gouvernements de droite (Chirac, Juppé, Raffarin, Bayrou), sans doute le temps pour elle d’étoffer et de renouveler son carnet d’adresses - ? - car en ce qui concerne son action, on peine encore à lui décerner un prix quelconque ; et sûrement pas celui de la persévérance sinon dans l’échec.

    Des gouvernements de droite donc, et par voie de conséquence, des gouvernements sous influence : celle de la FNSEA ; ce puissant syndicat agricole qui, depuis les années 60, peut être considéré comme le bras armé de la droite en ce qui concerne la conquête et le contrôle des agriculteurs en tant qu’électorat, ainsi que d'une industrie agro-alimentaire inspiratrice d'un modèle productiviste responsable de la destruction de nos sols, de notre littoral, de la désertification de nos campagnes et de la pollution de notre eau ; sans oublier tous les cancers qui ont pour origine notre alimentation.

     

                      Et pourtant... quand elle n'est pas ministre, plus bavarde, plus critique et plus directive - voire expéditive - que Corinne Lepage, vous ne trouverez pas ! Elle est intarissable quant à ce qu'il conviendrait de mettre en oeuvre pour sauver au plus vite ( et au plus offrant ?) la France, l'Europe, le monde, la galaxie et l'univers d'un chaos environnemental annoncé.

    Aussi, année après année, on peut légitimement s’interroger sur le fait que les médias en soient encore à assurer à cette affairiste environnementaliste une publicité dont on souhaiterait pouvoir la priver.

    Cherchez l'erreur, la paresse ou bien la connivence !

     

    ***

                  Pour toutes ces raisons qui en valent bien d’autres, au fil des ans, chaque intervention de Corinne Lepage laisse derrière elle non pas un parfum mais... comme une odeur de fruits et légumes, jour de marché, vers midi, quand des cageots remplis d’invendus gâtés par la chaleur sont abandonnés aux clochards, SDF et autres indigents, juste avant le jet d'eau et la brosse des employés municipaux.

     

     

    1 -   A l’origine (avec Cohn-Bendit)  du concept d’écologie libérale (adaptation de l’environnement au Marché mondialisé – Non, on ne ricane pas !), poisson pilote (sangsue ?) des vainqueurs aux élections Présidentielles,  en 2017, on aura pu donc assister au retour de Corinne Lepage qui affichera un soutien sans condition à la candidature de Macron (ICI). Faut dire que cette dame a la réputation de ne vendre pas chères ses compétences en échange d’une place dans un gouvernement ou dans un parti ; et d’aucuns d’ironiser : «Heureusement qu’il s’est agi, au fil des ans,  de partis politiques et non de chambres à coucher… »

     

     

    Pour prolonger, cliquez :   Salon de l'agriculture : la vitrine d'un productivisme d'essence nihiliste

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  • On nous doit l'immortalité

     

    "Ne cherchez pas ! Ne cherchez plus ! Ils ont décidé pour vous ; décidé de votre espace le plus intime : votre espace intérieur. Et pour ne pas être en reste, ils se sont aussi occupés de votre environnement. En bousculant l'un, ils ont bouleversé l'autre. En ce qui vous concerne, c'est le divorce de la conscience. Le divorce entre ce qu'aurait dû être votre existence véritable et la connaissance que vous en avez aujourd'hui. Vous êtes ébranlé. Vous êtes sens dessus dessous : la stabilité n'est plus, l'évidence s'est retirée et l'unité avec elle, pour laisser la place à un questionnement sans fin sur hier, aujourd'hui et demain.


    - Laissez-moi ! Je suis fatigué.


    - Vous ne pouvez plus rien saisir. Vous ne pouvez plus déterminer la situation dans laquelle vous vous trouvez. Vous avez été happé dans le tourbillon irrésistible d'une organisation de l'existence qui vous a échappé. Dans cette organisation, l'action précède le savoir. Et maintenant que vous savez, eh bien, c'est trop tard. Mais vous avez servi et c'est là tout ce qui importe. Aujourd'hui, les réalités de cette organisation vous sont étrangères. Elles ne semblent plus vous concerner. N'ayez aucun regret : ces réalités ne vous ont jamais concerné en tant qu'individu. Quant aux situations qui y sont rattachées, c'est involontairement que vous les avez vécues et c'est inconsciemment que vous vous y êtes conformé et aujourd'hui, c'est sans vous que ce mécanisme poursuit son oeuvre. Vous n'avez eu conscience de rien. Aucune volonté de votre part dans cette adhésion. La clarté du savoir ne s'est pas offerte à votre entendement. Et même... si votre conscience a dû opérer sur elle-même et des années durant, des changements, aujourd'hui, force est de constater que vous êtes en panne et d'adaptation et d'imagination. D'où ce sentiment d'incompréhension qui vous écrase.

     

    - Je ne vous ai rien demandé. Je ne vous ai pas appelé.


    - Vous avez vécu indifférent, interchangeable et sans histoire. En vous, plus rien d'authentique ne subsiste. C'est le choc en retour. Vous n'appartenez plus à rien, à aucun peuple, à aucune époque et à vous-même, pas davantage. Vous n'êtes plus englobé. Vous êtes sans lieu et sans montre. Ni le temps ni l'espace ne vous sont d'un secours quelconque. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, pas moyen de mettre un visage et un nom sur un coupable puisque plus rien n'est identifiable. Pas de remède donc ! Vous n'êtes plus qu'un océan de symptômes. En deux mots, je dirais que vous êtes en train de faire l'expérience de votre propre néant.

    - Mais comment une telle chose est-elle possible ? Mille fois, j'y ai pensé mais à chaque fois, c'était comme si...


    - C'est dans l'ordre des choses : plus on y pense et moins on trouve un sens, une direction, un but, une raison d'y être et d'en être pour continuer d'en faire partie car, vous n'avez appartenu et vous n'appartenez plus à rien. Et plus vous y penserez et plus ces sentiments d'abandon et d'impuissance se feront plus pressants encore car la rationalité qui vous entoure n'a rien d'humaine. Elle ne sert pas un destin individuel, le vôtre ou bien, celui de votre voisin. Finalement, vous êtes un peu comme l'homme devant l'ordinateur et cet ordinateur ne soupçonne même pas votre existence en tant qu'être humain. De vous, il ne reçoit et ne perçoit que des pulsions électriques, des clics, des « Enter », des « Escape »... C’est tout.


    - Pourtant, j'ai eu une vie bien remplie.


    - Je n'en doute pas un seul instant. Mais vous n'aviez aucun devenir propre et aujourd'hui, vous n'avez plus de fonction. Vous êtes comme décomposé, démembré. En pièces détachées vous êtes ! Tout à fait désincarné maintenant. Car, ce qui fait sens, c'est la fonction que vous êtes censé remplir. Vous n'avez pas à faire sens en dehors de cette fonction. Pourquoi faire ? Pour ne rien remplir du tout, ni fonction ni les poches de qui que ce soit ? Inacceptable ! Pire encore : incohérent ! Incohérent et inutile et donc, à bannir au plus vite ! Les risques de contagion étant ce qu'ils sont, c’est à dire, haïssables, ça pourrait donner des idées aux autres. Vous comprenez ?


    - Je ne suis pas le seul dans ce cas !


    - La terre est accessible à tous. C'est vrai. Vous disposez d'une mobilité plus grande que jamais et pourtant, vous n'osez plus sortir de chez-vous parce que l'espace est entièrement occupé. Saturé, cet espace. Tout est à la fois unifié et désuni. Inadapté à votre temps, dans une constellation d'images invraisemblables et incohérentes, vous cherchez cette unité mais sa validité et sa pertinence vous échappent chaque jour, un peu plus. La désintégration vous menace. Comprenez bien une chose : vous êtes fini et le monde lui, est infini. Votre salut passait par la stabilité. On vous a servi le mouvement perpétuel. La réalité d'aujourd'hui est déjà dépassée par une autre réalité : celle de demain et... dès demain matin ! La rapidité de ce mouvement vous a fait perdre la tête. Etourdi, vous êtes ! Une vraie girouette ! Vous avez tourné sur le tour du potier jusqu'à vous détacher de votre axe vital, vous avez tournoyé un temps, comme ivre, et puis, une fois dans les décors, vous vous êtes rompu. Désaxé vous êtes ! Et la machinerie universelle ne prendra pas le temps de reconstituer pièce par pièce ce que vous n'auriez jamais dû cesser d'être quand on sait qu'il n'était pas question pour elle que vous le soyez.


    - Dernièrement, je pensais à des nouvelles conditions d'existence. Des nouvelles conditions qui me permettraient de me débarrasser de cette impuissance et de cette incompréhension qui me...


    - Impossible Monsieur ! Les conditions de cette organisation ont les propriétés du fer, du béton sans oublier tous les nouveaux matériaux qu'elle développe au jour le jour : les propriétés du béton sans le béton et les propriétés du fer sans le fer et bientôt, les propriétés de l’Homme sans l’homme. L'étape que vous franchissez aujourd'hui est aussi importante que le premier pas qui a mené l'homme sur la lune.


    - Et l'élément nouveau ? Oui ! L'élément nouveau ! Celui qui viendra tout remettre en cause.


    - A votre avis, de quoi parle-t-on depuis une heure ? Mais... de cet élément nouveau, précisément ! Quant à la remise en cause, je viens de vous l'expliquer : cette remise en cause a lieu tous les jours. D'ailleurs, nous ne vivons que de ça : de la remise en cause de tout contre tous et de ce qui est et de ce qui a été. Il n'y a qu'une manière d'être à la hauteur de cet élément nouveau qu'à défaut d'appeler de mes vœux, je nommerais Exigence Nouvelle : c'est de s'y soumettre et d'accepter de vivre sans réponse, sans but, loin de tous les miroirs pour ne pas crever la honte au ventre, révolté, misérable, atterré de non-sens et aveuglé par un constat d'échec total. Regardez autour de vous. Examinez votre chambre ; la chambre de ce mouroir qui a pour nom : maison d'accueil, de retraite et de fin de vie. En quoi ce lieu vous ressemble ? Ce lieu n'a de lieu que le travail de ceux qui l'administrent jusqu'à l'épuisement de leurs occupants. De votre passé et dans cette chambre, je vous défie d'y trouver un témoignage, une voix, un objet, un sourire et de cette fenêtre, une vue imprenable et familière ! Vous voyez ! La boucle est bouclée. De vous, de votre passé, de votre histoire, plus aucune trace physique, plus aucun témoignage.


    - Dans ces conditions, comment trouver la force de mourir ? Oui. Dites-moi : où trouver la force de mourir après une telle vie ?


    - Vous n'avez pas le choix.

    - Aujourd'hui, tout m'est étranger ! Etranger à tout ce que j'attendais, à tout ce qu'on était en droit d'espérer, nous tous. Oui ! Etrangères nos vies ! Etrangers nos rapports ; rapports faux, rapports contraints, rapports dictés par la peur, par toutes les peurs : la peur de l'humiliation, la peur de l'exclusion, la peur de l'échec. Ou bien alors, l'appât du gain pour une hypothétique place au soleil dans l‘espoir d‘y trouver un peu de sécurité, entre somnifères et anti-dépresseurs. Alors, comment accepter de mourir ?


    - Ne vous obstinez pas ! Cédez !


    - De nos forces, qu'en avons-nous fait ? Quel projet avons-nous servi ? Qu'avons-nous construit ? Comment et où trouver la moindre légitimité dans tout ce qu'on abandonne, dans tout ce qu'on laisse derrière nous ? Comment accepter de mourir face un tel bilan ?


    - On vous y aidera. N'ayez crainte.


    - Quand je pense à cette promesse...


    - Quelle promesse ?


    - Celle que notre organisation de l'existence portait en elle. Et cette promesse devait faire que tu aurais un sens, nous tous ouverts à l'infinité de tous les possibles. On pouvait tout accomplir. Et je n'ai même pas pu réaliser ou pu approcher cette promesse. Quant à la saisir... qui peut se vanter de l'avoir fait ?


    - Cédez ! Cédez ! Que diable ! Cédez ! Mais... quand allez-vous enfin céder ? Et puis, rompez ! Rompez cet entêtement ! Cédez et rompez !

    - Rien n’a été accompli. Tout reste à faire. Tout en sachant que ce qui sera fait sera défait avant même que nous ayons eu le temps d'en jouir, ou bien, de nous en approprier le sens et la valeur ; l'inestimable valeur.


    - Plaignez-vous ! Vous avez servi, c'est déjà pas si mal. Allez ! Cédez comme vous avez vécu.


    - Combien sommes-nous à pouvoir nous vanter d’avoir accompli quoi que ce soit pour nous-mêmes, pour les autres et pour ceux qui nous succèderont ? Qu'est-ce qui nous reste à célébrer ?


    - Cédez en cédant sans soupçonner que vous cédiez quand inconscient, vous vous êtes laissé conduire pas à pas, année après année, jusque dans cette chambre.


    - Derrière moi, je ne laisse aucun sourire radieux, aucun regard franc, un regard qui viendrait de loin, un regard profond, enraciné, un regard familier. Non ! Je ne laisse rien. Pas même un foyer dans lequel nos vies se seraient déployées, génération après génération, avec force, courage, respect, responsabilité. Regardez ! Je ne laisse aucune trace.


    - Ca tombe plutôt bien, voyez-vous ! car… aujourd'hui, chaque génération ne doit en aucun cas pouvoir trouver et suivre une trace : la trace d'une vie antérieure. La trace d'une vie avant la sienne... car, toute possibilité de retour sur une expérience qui aurait appartenu au passé doit être exclue. Vivre, c'est ne plus laisser de traces. Alors... ne vous obstinez pas !


    - Plus rien ne nous dépasse. La fin, nous sommes et les moyens. Rien d'autre.

    - Cédez !

    - Comment accepter de mourir après une telle révélation ? Comment mourir en paix avec soi-même et le monde ? Comment accepter de mourir après une telle déception, un tel accablement ?

    - Laissez-vous faire !

    - On nous doit l‘immortalité !

    - Comment ça ?

    - Jamais plus nous n'accepterons de mourir après un tel mensonge dans lequel nous nous sommes tous laissé conduire tel un troupeau de mouton bêlant. On nous doit l'immortalité, je vous dis !

    - Ne dites pas de bêtises, voulez-vous !

    - Nous exigeons l'immortalité ! Après un tel constat, on n'acceptera pas de céder notre place. On ne partira pas. On occupera les lieux ! Et faudra qu'on s'occupe de nous parce que... on s'accrochera jusqu'au bout. D'ailleurs, il n'y aura ni bout ni fin ! L'immortalité, je vous dis ! Sinon, ce sera la guerre ! Oui, la guerre ! Des massacres sans nombre par milliers, par millions ! Car, après un tel gâchis, jamais plus nous n’accepterons de mourir car nous n’accepterons jamais d’avoir vécu comme nous avons vécu."

     

    Copyright © Serge ULESKI

     

    Extrait du titre "Confessions d'un ventriloque" - ouvrage disponible ICI

     

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  • Littérature et écriture : n'avoir pour seul avenir qu'une poignée de mots

     

                     Et si en littérature, le meilleur personnage qui soit était le lecteur ?! Car, n’est-ce pas le lecteur qui « fait » le livre ? Il suffit de penser à tout ce qu’un lecteur est capable d’investir dans la lecture d’un texte : sans doute, le pire comme le meilleur !

     

    _________________

     

     

    La littérature...

    Celle qui nous transmet Homère en héritage, et qui poursuit son petit bonhomme de chemin avec Cervantès, Shakespeare, Diderot, de Nerval, Lautréamont, Baudelaire, Rimbaud, André Breton, Kafka, Brecht, Beckett, Bernanos, Ionesco, Perec, René Char, Jean-Edern Hallier, Dario Fo...

     

    Et l’écriture… qui commence bien avant l’acte d’écrire car, l'écriture, tout comme l'Art, c'est une manière de vivre.

                Certes ! Plus on lit, plus c'est difficile d’écrire. Aussi... heureux celle ou celui qui n'a pas lu ! Car sa plume pourra alors glisser sur le papier - ou ses doigts sur le clavier -, sans retenue, sans regret ni remords.

                L'écriture, c'est la langue. Le style, c'est la culture de l'auteur, son point de vue, un regard sur le monde qui lui est propre : c’est un angle de vue particulier, un angle d’attaque aussi - pour peu qu’il soit guerrier.

    Il y a « style » à chaque fois qu’il nous est donné à lire une langue re-construite, une langue re-composée et ré-assemblée.

    Un auteur ne doit pas renoncer aux nouvelles formes d'expressions. Avec l'aide de la poésie contemporaine, seul et dernier lieu où l'on peut encore trouver une écriture et du vocabulaire, on cherchera une langue inclassable, une diversité formelle, de nouvelles structures, avec le concours de la musique et du cinéma qui devront contribuer à l'enrichissement de la littérature d'aujourd'hui et de demain.

    Les intrigues, les portraits psychologiques, la nécessité de vrais personnages importeront peu ; la quête sera esthétique : esthétique de la forme, esthétique de l'écriture.


    Ne pas hésiter : il faut aller à la fois… contre et dans le sens du lecteur, vers ce que peuvent être ses préjugés, ses peurs... la catharsis s'opérant dans l'intimité de sa lecture, dans les plis et les dédales d'une conscience labyrinthique ; et cette catharsis ne regarde que lui.

    A l'intention de ce même lecteur, on doit pouvoir inventer une nouvelle forme de "prise de contact" et mettre en place une organisation différente du temps tout relatif qu'est celui de la lecture : écoulement lent, rapide du temps qui lui est "volé", à son insu ou bien, consciemment, avec ou sans son consentement.

    Viendront ensuite les clins d’œil aux auteurs du passé, à ceux d'aujourd'hui aussi, et à ceux de demain ; ces derniers pouvant être connus de l’auteur seul.

    La citation (à comparaître ?!), c'est une dette que l'on paie et que l'on acquitte envers celui que l'on cite ; la citation permet aussi de sortir de l'oubli un auteur injustement négligé, voire ignoré.

    Les clins d’œil puis... les sinuosités de la pensée car, on en sait un tout petit plus sur nous-mêmes que les autres, mais guère plus, si on oublie le côté factuel de la vie : ce qu'on a fait ou pas fait ; là-dessus, on en saura toujours plus que quiconque - hors amnésie.

     

                En tant qu’auteur, on n’a pas à s’excuser : la littérature est notre confesseur, elle nous absout ; on peut aussi n'avoir qu'un souhait : que son projet d'écriture, une fois arrivé à son terme, se transforme en un véritable projet de lecture de la part du lecteur.

    Le sens à donner à la lecture (pourquoi je lis ? Qu’est-ce que je lis... là, maintenant ?) doit faire l’objet d’une création et re-création permanentes ; dans le fait de lire un texte, inutile d’y chercher - à l’instant même où on le  lit -, un sens établi une fois pour toutes, un sens certifié par son auteur ou qui que ce soit d'autre...


    Que l’interprétation et la compréhension d’un texte soient donc aussi et surtout, la projection des certitudes et des préjugés du lecteur et que le texte rencontre ses lacunes, ses insuffis
    ances et ses interrogations ! Lecteur qui, parfois, pourra échouer à donner un sens au texte qu’il lit, et par voie de conséquence, au fait même de lire... mais qui... opiniâtre, mènera l’expérience de cet échec jusqu'à son terme car, cette expérience est tout aussi digne d‘être vécue que l’autre expérience - bien connue celle-là : celle d’une compréhension totale d‘un texte et du pourquoi de sa lecture ; compréhension et certitude tout aussi illusoires que la découverte de n’importe quelle vérité sur quoi que ce soit : vérité prétendument globalisante et irréversible.

     

                  La réalité psychologique de l’écriture est très complexe : tactique et stratégie y occupent une place importante. L’inspiration n’est pas tout : le but que l‘on s‘est fixé importe aussi.

    Mais alors, que dit-on, comment, pourquoi, et à qui le dit-on ?

    - Accéder à une liberté sans responsabilité que seule la littérature peut offrir.

    - Dépasser les distinctions génériques telles que poésie, prose, roman, récit, essai etc...

    - Expérimenter l'ensemble des potentialités de l'écriture dans une dissolution du Moi en une multiplicité de voix, de sujets possibles - tantôt entiers, tantôt fragmentés -, jusqu’à abolir les notions mêmes d’objectivité et de subjectivité et embrasser l’infini et l’éternel mais aussi... l’individu et la masse, l'esprit claire et solide, les yeux et la bouche grands ouverts pour mieux tout saisir et tout absorber...

                 Et bien que les pensées naissent des événements de notre vie...

    - Avoir pour seul moteur d'inspiration le désordre du monde, son chaos et les tensions entre désir de vie et désir de mort...

    - A la fois poursuivi et poursuivant, gibier et chasseur, sans plus de distinction entre le dedans et le dehors, l'homme et la nature…

    - Vaincre l'angoisse face à la fatalité de violence qu'exerce le monde sur toute tentative de recherche d'autonomie, avec sa menace d'extinction envers ceux qui seraient tentés d'y prétendre...

                   Et même si l'échec menace toujours...

    - Faire briller en plein soleil, une épée de toute beauté : celle de la colère, pointe acérée, lame tranchante, tout devant céder sous elle, sans arguties car, aujourd'hui, quiconque n'est pas en colère est soit un idiot, soit un escroc, soit un salaud.

     

                Si aujourd'hui, nous ne sommes sûrs de rien ni de personne, c'est que nous sommes infiniment plus nombreux qu’hier à chercher à savoir ; et plus nous serons nombreux à trouver et moins les évidences auxquelles il nous a si longtemps été demandé d'adhérer s’imposeront à notre esprit.

    Ainsi va la recherche ! Vers un savoir de plus en plus complexe mais sans surprise car, ce savoir doublé d'une compréhension dévastatrice nous renverra fatalement à ce que nous sommes aussi - d'aucuns ajouteront -, et surtout : à cette nature en trompe l’œil, dissimulatrice, accapareuse et rétentrice qu'est la nôtre.

    Porteuse de tous les dangers, cette recherche expansionniste toujours plus performante et exigeante : le danger de nous laisser sans évidences et sans certitudes.

    Du grain à moudre pour la littérature... ce danger ! Nul doute !

    Aussi, n’hésitons pas à exposer tous les avis ! Affichons toutes les certitudes possibles, contradictoires de préférence. Au lecteur de faire son choix, s'il en a envie ; il peut aussi se contenter de tous les avis ; et à défaut, du sien propre, pour peu qu'il en ait un.


                   Comme un poisson dans l'eau... dans le vrai comme dans le faux, dans le bien comme dans le mal jusqu'à brouiller leurs frontières... pourquoi pas ? Tout en sachant comme nous le savons maintenant, que nous avons tous de bonnes raisons d'être ce que nous sommes et de le penser aussi (que nous avons de bonnes raisons) ; et bien malin ou présomptueux qui saura opposer La Vérité - et toute la vérité ! - au mensonge et exalter le Bien comme pour mieux conjurer tout le Mal qui est en nous et ce, sans sourciller et douter une seule seconde, insoucieux du fait suivant :

                      Ce qui est... n'est pas ! Car il s'agit toujours d'autre chose ; autre chose et autre part... et puis, ailleurs aussi.

     

                Un auteur qui se respecte, se doit d'être sale à l'intérieur mais... impeccablement mis à l'extérieur, un auteur au linge irréprochable. Oui ! Propre à l'extérieur et sale à l'intérieur car, porteur de toutes les ignominies dont notre espèce est capable, cet auteur d'une nécessité absolue, jusqu'à ce que... une fois la morale évacuée ou expurgée, il ne reste plus que des hommes et des femmes, enfants, vieillards, pères, mères, sœurs, frères, filles, fils, bourreaux et victimes, eux tous terrés au fond d'un gouffre implorant le ciel, et la nuit, les étoiles, à la recherche d'une lumière rédemptrice pour les plus coupables d'entre nous, et consolatrice, pour les plus humbles, abandonnés de tous, face à un lecteur non seulement témoin mais... acteur, incarnant pour l'occasion... le dernier des hommes.

    Car… avec la civilisation, nous avons gagné la liberté et quelque espoir de justice pour le plus grand nombre, mais nous avons perdu une grande partie de notre capacité à construire et à entretenir des rapports authentiques avec nos semblables qui ont tous la prétention de ne pas nous ressembler ; la communion devient impossible en dehors des grandes messes qui nous sont imposées par des média intéressés, complaisants et paresseux.


    Avec l'écriture, on rétablit ce lien. L'écriture, c'est un îlot de liberté au milieu d'un océan de contraintes, d'injonctions, de censure, et la pire de toute : l'auto-censure.

                   Aujourd'hui, la création seule permet, en partie, de combler le gouffre effroyable qui nous éloigne et qui n'aura de cesse de nous séparer de notre propre humanité, siècle après siècle, jusqu'à ne plus être capable d'en soupçonner, jadis, son union même ! ...

    ...divorce consommé.

     

    ___________________

     


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