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  • Raoul Vaneigem : Art et "Instinct de mort"

     

     

     

                     « L’art, c’est-à-dire le pouls de la culture et de la société, révèle en premier l’état de décomposition des valeurs »

     

              "Les grandes religions avaient su transformer la misérable vie terrestre en une voluptueuse attente ; la vallée de larmes débouchait sur la vie éternelle en Dieu. L’art, selon sa conception bourgeoise, assume mieux que Dieu le privilège de conférer la gloire éternelle. A l’art-dans-la-vie-et-en-Dieu des régimes unitaires (la statuaire égyptienne, l’art nègre…) succède un art complémentaire de la vie, un art qui supplée à l’absence de Dieu. Les bâtisseurs de cathédrale se souciaient aussi peu que Sade de passer à la postérité. Ils assuraient leur salut en Dieu comme Sade en lui-même, non leur conservation dans les musées de l’histoire. Ils travaillaient  pour un état suprême de l’être, non pour une durée d’années et de siècles admiratifs.

    L’expression « faire œuvre d’art » est elle-même ambivalente. Elle comprend l’expérience vécue de l’artiste et l’abandon de cette expérience vécue pour une abstraction de la substance créatrice : la forme esthétique. Ainsi, l’artiste sacrifie l’intensité vécue, le moment de la création, la durée de ce qu’il crée, au souvenir impérissable de son nom, à son entrée dans la gloire funèbre des musées. N’est-ce pas pourtant la volonté de faire œuvre durable qui l’empêche de créer ou de saisir le moment impérissable de la vie ?

    En vérité, sauf dans l’académisme, l’artiste ne succombe pas intégralement à la récupération esthétique. Sacrifiant son vécu immédiat pour la belle apparence, l’artiste, et quiconque essaie de vivre est artiste, obéit aussi au désir d’accroître sa part de rêves dans le monde objectif des autres hommes. En ce sens, il assigne à la chose créée la mission d’achever sa propre réalisation individuelle dans la collectivité. La créativité est par essence révolutionnaire.

    La fonction du spectacle idéologique, artistique, culturel, consiste à changer les loups de la spontanéité en bergers du savoir et de la beauté. Les anthologies sont pavées de textes d’agitation, les musées d’appels insurrectionnels ; l’histoire les conserve si bien dans le jus de leur durée qu’on en oublie de les voir ou de les entendre. Et c’est ici que la société de consommation agit soudain comme un dissolvant salutaire. L’art n’érige plus aujourd’hui que des cathédrales en plastique. Il n’y a plus d’esthétique qui, sous la dictature du consommable, ne disparaisse avant d’avoir connu ses œuvres maîtresses. L’immaturité est la loi du consommable. La seule condition d’un soudain éclat esthétique tient à la surenchère momentanée qu’une œuvre introduit dans le spectacle de la décomposition artistique. Bernard Buffet, Georges Mathieu, Alain Robbe-Grillet, Pop Art et Yé-Yé s’achètent les yeux fermés aux grands magasins du Printemps. Il serait aussi impensable de miser sur la pérennité d’une œuvre que sur les valeurs éternelles de la Standard Oil.

    Quand les sociologues les plus évolués ont fini par comprendre comment l’objet d’art devenait une valeur marchande, par quel biais la fameuse créativité de l’artiste se pliait à des normes de rentabilité, il leur est apparu qu’il fallait en revenir à la source de l’art, à la vie quotidienne, non pour la changer, car telle n’est pas leur attribution, mais pour en faire la matière même d’une esthétique nouvelle qui, réfractaire à l’empaquetage, échapperait donc au mécanisme de l’achat et de la vente. Comme s’il n’existait pas une façon de consommer sur place ! On connaît le résultat : socio-drames et happenings, en prétendant organiser une participation immédiate des spectateurs, ne participent en fait que de l’esthétique du néant. Sur le mode du spectacle, seul le vide de la vie quotidienne est exprimable. En fait de consommable, qu’y-a-t-il de mieux que l’esthétique du vide ? A mesure qu’elle s’accélère, la décomposition des valeurs ne devient-elle pas la seule forme de distraction possible ? Le gag consiste à transformer les spectateurs du vide culturel et idéologique en ses organisateurs ; à remplir l’inanité du spectacle par la participation obligatoire du spectateur, de l’agent passif par excellence. Le happening et ses dérivés ont quelque chance de fournir à la société d’esclaves sans maîtres, que les cybernéticiens nous préparent, le spectacle sans spectateur qu’elle requiert. Pour les artistes, au sens strict du terme, la voie de la récupération absolue est toute tracée. Ils entreront avec les Lapassade et consorts dans la grande corporation des spécialistes. Le pouvoir saura les récompenser d’ainsi déployer leur talent pour habiller de couleurs neuves et séduisantes le vieux conditionnement à la passivité.

    Vue dans la perspective du pouvoir, la vie quotidienne n’est qu’un tissu de renoncements et de médiocrité. Elle est vraiment le vide. Une esthétique de la vie quotidienne ferait de chacun les artistes organisateurs de ce vide. Le dernier sursaut de l’art officiel va s’efforcer de modeler sous une forme thérapeutique ce que Freud avait appelé par une simplification suspecte « l’instinct de mort », c’est-à-dire la soumission joyeuse au pouvoir. Partout où la volonté de vivre n’émane pas spontanément de la poésie individuelle, s’étend l’ombre du crapaud crucifié de Nazareth. Sauver l’artiste qui vit en chaque être humain ne se fera pas en régressant vers des formes esthétiques dominées par l’esprit de sacrifice. Tout est à reprendre à la base.

     

     

               Extrait de « Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations »

              De nationalité belge, Raoul Vaneigem… sera à la tête du mouvement situationniste des années 60 avec Guy Debord.

     

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  • Gilets Jaunes : les funambules de la mobilisation politique et sociale

                   

                         Mai 68 ouvrier, l’École libre avec son million de manifestants sous Mitterrand, les mobilisations lycéennes des années 90, la longue grève de 1995, les émeutes de 2005 dans les « banlieues » de nos métropoles, les Bonnets Rouges, Notre Dame des Landes…

    Les modes de contestation et les modalités des luttes de type Gilets Jaunes (GJ), leur efficacité, leur réussite, ne semblent guère contestables depuis de nombreuses années.

    Force est de reconnaître que cette « France Gilets Jaunes » - alliance inédite du prolétariat, des classes populaires, des retraités, des chômeurs, des petites classes moyennes (couche moyenne menacée par le déclassement et le tassement des niveaux de vie et des perspectives de promotion sociale) et de la petite bourgeoisie (commerçants et artisans), apporte aujourd’hui la confirmation maintenant irréfutable : la « Rue » dans son acceptation la plus large - mégapole, urbain, péri-urbain, campagne-urbaine et campagne profonde -, est bien le dernier lieu d’une expression à la fois citoyenne et populaire d’une radicalité qui seule permet de contrer des politiques qui hurlent à l’injustices.

    La seconde nouveauté de ce mouvement, c’est le fait qu’il s’agit d’un mouvement aux revendications non catégorielles, non générationnelles, non idéologiques et non confessionnelles contrairement à tous les mouvements passés.

    Autre nouveauté : le fait que la province soit la seule à se mobiliser dans un environnement de villages et de communes moyennes ; rien en Ile de France et très peu d’actions sur Lyon ou Marseille. Et c’est cette France-là qui montera sur Paris et qui pour la première fois depuis les années 30, viendra occuper la rive droite de la Capitale. Fini le quartier latin… place à l’avenue Foch et Kleber… Art de triomphe, la Concorde, plus tard Montmartre puis le boulevard Hausmann et les Grands Magasins. Une première !

    A noter la place prépondérante qu'occupe les femmes dans la mobilisation ; des femmes du monde du travail, mères de familles seules ou bien accompagnées de leurs conjoints... 

    On saluera donc cette prise de conscience, l’importance de la mobilisation et la composition de cette mobilisation étendue à des pans de la société jusqu’ici résignés, silencieux.

    On pourra toutefois déplorer l’absence des français issus de l’immigration alors que cette catégorie de Français est sur-représentée au sein des classes populaires : salaires, conditions de travail, conditions de vie : enclavement et stigmatisation.

    Une analyse des raisons de cette absence est urgente ; et s’ils sont peu nombreux à s’y coller c’est sans doute pour la raison suivante : toute analyse pourrait tordre le bras du politiquement correct car force est de constater que ce refus de s’engager pourrait révéler un problème de légitimité citoyenne et sociale à l’origine de laquelle on trouvera tout un pan de notre société sur lequel les médias n’ont pas cessé de « taper », leurs éditorialistes en tête, avec une complaisance inouïe : auto_dépréciation ( Qui suis-je pour me révolter ?), dissuasion, intimidation… si le cœur n’y est pas c’est que le courage a sombré face à trente ans et plus de procès d’intention et d’instrumentalisation de tout un territoire et de toute une communauté dépréciée et culpabilisée sans vergogne. Faut dire que tous les attendent au tournant. Toutes les banderoles sont déjà prêtes et les Unes des médias aussi : « Daesch est dans les rues ! Aux armes citoyens de souche européenne ! Aux armes ! »

    Quant à l’économie souterraine qui nourrit des milliers de familles et sans laquelle ces dernières seraient en grande difficulté, ses leaders, ses acteurs et ses petites mains seraient mal avisés d’attirer l’attention. Le silence est d’or, la discrétion et la loyauté aussi, et la parole interdite dans ces cercles.

    Ces lieux dits quartiers, dits ban-lieues (lieux au ban de la société ?) sont aussi terriblement marqués socialement, éthiquement et religieusement ; il y règne un esprit de corps, un esprit communautaire qui fait que tous bougent ensemble ou bien personne (souvenons-nous des révoltes de 2005 !). D’autant plus que peu nombreux sont ceux qui souhaitent défendre ces territoires qui plombent les CV ; aussi, dès que la situation d’un de ses habitants le permet, celle-ci ou celui-ci n’a qu’un désir : en sortir - passer à l’Ouest, de Bobigny à Courbevoie ; de Bondy à Issy les Moulineaux !

    Et que penser de l'absence de ces agriculteurs à 300 euros par mois qui n’ont sans doute même plus la force de se mobiliser et que la Confédération paysanne et la FN-SEA ont abandonnés à la faillite et au suicide ? 

    A noter aussi, l’absence des Intellectuels à quelques exceptions près (Todd, Onfray et Éric Hazan – ce dernier étant un spécialiste de l’insurrection, il est vrai). Si tout ce beau petit monde est resté muet c’est qu’ils ont compris très vite qu’il n’y avait aucune place pour eux, dans ce mouvement livré à lui-même certes, mais pas si désorganisé que ça. Aucune place, aucune porte d’entrée, aucun intermédiaire susceptible de les y faire entrer. Ce qui prouve, si besoin était, que nos intellos de service n’ont aucun contact avec ceux qui ne leur ressemblent pas : les Gilets Jaunes dans toute leur diversité.

    La dite « dissidence 2.0 »… absente elle aussi ; une dissidence qui a trouvé refuge sur internet depuis plus de 10 ans maintenant : cette dissidence se contente de commenter les événements de loin, de très loin ; ce qui prouve le niveau de relégation des classes populaires ; quand elles bougent, personne n’est capable de faire le lien avec elles.

    Partis politiques, syndicats, médias, les Intellos et autres universitaires (les sociologues entre autres) tous disqualifiés et impuissants à nouer un contact quel qu’il soit avec les Gilets Jaunes sinon en tant que professionnels spécialisés dans la scrutation de « bêtes sociales aussi curieuses que rares » à savoir : les sociologues.

    Espérons que tous en tireront les conclusions qui s’imposent car c’est bien à côté de l’essentiel qu’ils passent tous même si leurs perspectives de carrière elle, demeurent aussi intactes que prometteuses ; une carrière d’universitaire autour des Gilets Jaunes ?

    Et c’est alors que Facebook et Youtube deviennent les alliés très involontaire de la contestation d’un ordre économique et financier aussi crapuleux qu’immoralement égoïste et lâche.

     

     ***

     

    "Toute organisation  avant la lutte se substitue à la lutte "

     

                        Mouvement insaisissable et irrécupérable, conséquent et cohérent, ingérable par la classe médiatique, politique et syndicale d’autant plus qu’aucune récupération n’est possible puisqu’aucun acteur d’une démocratie croupion, non- représentative, n’en a ni la légitimité ni la carrure ni l’autorité pour le faire - en effet, si les années passés avaient pu prouver qu’il en était autrement, jamais ce mouvement des Gilets Jaunes et ceux qui les ont précédés n’auraient vu le jour -, si le premier parti c’est l’abstention, en revanche, nombreux sont ceux qui, localement, sur le terrain, sont prêts à s’opposer ; ne pas ignorer non plus ces micro-luttes tout au long de l’année, impliquant certes peu de participants, très circonscrites qui ne bénéficient pas d’une couverture médiatique régionale ou nationale susceptible de mettre à jour une réalité ignorée,  n’empêche, les habitants de nos territoires ne cessent de s’impliquer, de réagir, de se révolter face aux injustices et aux dis-fonctionnements : environnement, insécurité, fermetures d’entreprises, d’hôpitaux, d’écoles... et c’est bien là tout ce qui importe. Prendre la rue pour demander non pas un coup de pouce du SMIC de 2% revendiqué par des syndicats qui ont intériorisé depuis des lustres les appels incessants des gouvernements pour « une attitude responsable » de la part des partenaires sociaux face aux contraintes économiques…  mais bien plutôt pour exiger des moyens qui permettent une vie décente... c’est faire la preuve qu’en dehors des partis et des syndicats d’une impuissance crasse et complaisante, il y a des solutions en terme de rapport de force d’une efficacité redoutable.

    A propos de la popularité du mouvement, ne soyons pas dupes : cette popularité des GL repose sur le fait que tous les automobilistes ont besoin de mettre de l’essence dans leur véhicule ; que ce soit un 4x4 à 60 000 euros ou bien un modèle d’une valeur de quelques euros dont seules les casses autos se porteront acquéreurs. Les taxes ? Artisans, commerçants, chefs d’entreprise… là encore, tous s’accorderont à dire qu’elles sont rédhibitoires ; du cadre supérieur au retraité au minimum vieillesse.

    Salaires, retraites, fiscalité… certes les sondages qui ont confirmé dès les premiers jours la popularité du mouvement ont suffi (pour un temps seulement), à mettre sur la touche toute tentative de discréditer les Gilets Jaunes. Pour autant, il serait bon que les Gilets jaunes comprennent très vite qu’ils devront ne compter que sur leur propre détermination car les couches moyennes ne tarderont pas à demander que les Gilets Jaunes rentrent à la maison maintenant que les hausses de l’énergie ont toutes étaient annulées (essence, gaz, électricité), d’autant plus qu’ils devront dès maintenant se préparer à faire face à une hostilité croissance des médias ainsi qu’au ralliement de toute la classe politique aux appels à l’ordre du gouvernement une fois que les sondages indiqueront une baisse irréversible du soutien et de la sympathie à l’endroit des GJ. 

     

    ***

      


     

                     Référendum d’Initiative Citoyenne ( RIC) : revenons un instant sur cette revendication et d’autres encore d’une partie des Gilets Jaunes qui ont pour sujets la souveraineté, l’U.E, l’Otan, l’Euro... alors que les priorités ne devraient-elles pas concerner les conditions d’existence et les actions à mener pour arracher ce qu’il est nécessaire d’obtenir ?

    « Macron démission ! » Encore une fois, est-ce vraiment une nécessité absolue ? En revanche, être capable de s’opposer et d’obtenir gain de cause en toute autonomie et en toute efficacité est une exigence et une urgence de chaque jour. Les mouvements autonomes (sans l’appui des partis, des médias de masse et des syndicats) de ces cinq dernières années ont prouvé qu’il n’était plus nécessaire de passer par les urnes : d’autant plus qu’en face, pour faire face, il n’y a plus personne excepté un service d’ordre avec des moyens et des savoir-faire reconnu par tous les régimes autoritaires de par le monde. 

    Faut-il rappeler qu’aucune force politique, aucune force économique, aucune force financière n’autorisera un RIC capable de remettre en cause leurs intérêts ; et les couches moyennes se moquent d’un RIC susceptible à tout moment de leur faire faire un saut dans l’inconnu. 

    Qu’il s’en défende ou non, Etienne Chouard, star d’internet, figure de proue du Référendum d'Initiative Citoyenne (RIC) depuis 12 ans, a bel et bien pour grille d’analyse aussi et surtout celle de son statut social : enseignant fonctionnaire à l’abri du chômage et de la précarisation ; en d’autres termes : Chouard n’a besoin de rien d’un point de vue matériel ; c’est la raison pour laquelle il semble incapable de penser les moyens et de reconnaître leur prédominance ; d’où son acharnement à propos des fins : une société organisée autour du RIC.

    Entouré de groupies, rarement confronté à des débats contradictoires, force est de constater qu’Etienne Chouard, au fil des ans, met en scène un discours de plus en plus incantatoire, symptôme d’une frustration grandissante. Et pourtant…. qu’il réfléchisse à propos des moyens et très vite il comprendra la nécessité de tempérer son enthousiasme et ses propos au sujet des fins – un RIC absolu et absolutiste -,  une fois qu’il aura pris conscience de la nature utopique de son projet d’autant plus que le Référendum d’Initiative Citoyenne est dans tous les programmes des partis politiques depuis 10 ans ; soyons assurés qu’une fois encore, il sera vite oublié une fois les élections passées ou bien, il s’agira d’un RIC aux conditions de recours et d’exercice très restrictives : ceux qui l’accorderont seront ceux qui le contrôleront ; on peut parier que ce RIC au rabais, un RIC quignon de pain, ne concernera certainement pas les questions qui touchent aux conditions d’exercice du mandat d’élu ou non (maire, député, sénateur, conseiller, ministres, Premier ministre, Président) sans oublier les questions d’ordres économique et financier (la fiscalité en autre). De ce RIC-là (sans colonne vertébrale, sans remise en cause), les classes supérieures et une grande partie des couches moyennes s’en contenteront pensant avoir échappé au pire car aucune de ces classes ne prendra le moindre risque avec une sortie de l’Euro et de l’U.E.

    Révocation du président, du gouvernement et de tous les élus locaux, nationaux et européens, abrogation des lois, veto sur un texte législatif, veto sur le vote du budget sur simple consultation référendaire…

    Mais alors, utopie millénariste que ce RIC ? Utopie de Grand Soir, celui de la fin de l’injustice sociale, l’avènement du pouvoir du Peuple par le Peuple ? 

    Ce RIC-là ne sera jamais voté. Considérer l’éventualité de son succès c’est continuer d’entretenir de faux espoirs.

    RIP ou RIC : le logos de la radicalité face à la jacasserie constitutionnelle et fétichiste comme la marchandise du même nom. RIC cul-de-sac ! RIC dont tous les médias se sont emparés car pour eux tous, cette revendication représente une diversion inespérée permettant à terme, de tuer dans l'oeuf la dynamique du mouvement des Gilets Jaunes qui lâche la proie de la mobilisation et de l'occupation pour l'ombre d'une avancée "constituante" aussi irréaliste que vaine. 

    Mais il y a une bonne nouvelle : l'action des Gilets Jaunes permet de sortir d’une vision utopique de la politique (on sort du somnambulisme et on entre en action) cultivée par des acteurs pour lesquels rien ne presse, une utopie de nantis, utopie complaisante et candide face à des résistances d’une force et d’une détermination sans faille - celle de tout un personnel politique qui ne lâchera rien et certainement pas des plans de carrière tout tracés.

    Autre bonne nouvelle : paradoxalement, le mouvement des Gilets Jaunes et tous les mouvements qui l’ont précédé (Bonnets rouges, Notre dame des Landes) ont prouvé que l’on devait, que l’on pouvait enfin se passer du soutien des élus, des médias et des syndicats pour arracher ce qui doit être obtenu, car RIC ou pas, comme expliqué précédemment, seule importe une mobilisation locale et/ou nationale, en fonction des situations et des injustices à combattre ; injustices ou dis-fonctionnements préjudiciables à la qualité de vie et à la notion d’égalité des droits. 

    Car enfin…  à l’heure de la mondialisation, qu’est-ce qu’il est raisonnable d’espérer ? La réponse : rien dans et par les urnes mais tout sur le terrain. Aussi, laissons le personnel politique d'une pseudo-représentation en forme de théâtre d’ombres là où il n’est pas et là où il ne sera jamais ! Un personnel qui représente moins de 25% de l’électorat et dont tous les membres sont élus par défaut ou bien à la majorité d’une minorité de votes exprimés ; la véritable majorité étant l’abstention.

    En revanche, tout est possible ou presque, dans l’action en temps réel : ce que confirme les actions du mouvement des Gilets Jaunes et de tous ceux qui les ont précédés durant ces 30 dernières années.

    ll faut donc tendre vers l’identification et la résolution des problèmes à un échelon local, même face à des décisionnaires situés hors de ce périmètre. N’est-ce pas ce qu’ont compris les Bonnets rouges - la Bretagne ; décisionnaire parisien : ministère de l’environnement -, le mouvement Notre des Landes - Nantes : projet porté par un premier ministre à Paris ?

    Si les super-structures (la commission européenne) et les hyper-structures (marchés financiers, banques, institutions internationales et acteurs du projet mondialiste) sont hors d’atteinte, en revanche, leurs politiques ont des répercutions locales, fatalement ; et c’est à cette échelle-là qu’il faut les combattre en prenant pour cible la représentation politique et tout l’appareil d’Etat : maires, conseillers, président de département, de région, préfecture (les agriculteurs savent faire ça !), direction départementale de l’équipement.... conseil général, conseil régional....

    Car, si l’on n’échappera pas au mondialisme, en revanche on peut agir localement et nationalement contre les décisions d'une classe politique dont la carrière (et celle des médiacrates) dépend de la bonne marche des affaires générées par ce mondialisme.

     

                      Les Gilets jaunes, les Bonnets rouges, les activistes de Notre dame des Landes ont apporté la preuve que le lieu de l'expression d’un rapport de force en faveur de la justice sociale, de l’égalité des chances, de l'écologie et d'une vie décente n'est plus à l'Assemblée, et le pouvoir (pouvoir de décider et non le « devoir d’obéir ») ni à Matignon ni à l’Elysée. Et c’est la meilleure des nouvelles, une grande nouvelle : aussi, en ces temps de fêtes et d’allégresse… faisons résonner un Alléluia franc et massif ! 

    Reste à espérer que les Gilets Jaunes dans leur ensemble sauront évaluer à sa juste valeur mais sans complaisance ni relâchement l’importance de cette révélation car, ce qui ne doit pas pour autant être remis en cause ce sont  la nécessité et l'exigence suivantes : que les Gilets jaunes n’oublient surtout pas leur colère à toutes les élections qui vont se succéder : que ceux qui n'ont jamais voté, votent ! Que ceux qui ne votaient plus, reviennent vers les urnes ! Car, seule la peur chez les élus LREM les forcera à faire pression sur Matignon et l'Elysée : peur de la sanction électorale, des centaines de mandats en danger... locaux, nationaux et européens … 

    Il faut donc voter à toutes les élections et sanctionner LREM !

                      Précisons ceci au passage : tous les partis sont permis  car qui veut les fins veut les moyens !

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  • Macron... l'UMPS à l'Elysée : mais alors, quelle alternative pour demain ?

    macron dégage

     

                  Autour de Macron c’est bien le constat d’un vide politique qui s’impose après des années de fausse « opposition », de fausse alternance ; en effet, aucune force n’est présente pour concurrencer la majorité LREM qui repose soit dit en passant sur un taux d’abstention record et le vol d’une élection dont le deuxième tour était sans alternative ; ce qui fait de Macron le président le plus mal élu de la 5è République.

    Tous sont d’avis que le PS ne peut plus servir de leurre ni jouer le rôle de « parti de l’alternance » ni le parti LR puisque Macron, c’est l’UMPS incarné ; en d’autres termes, et dans le contexte d’un Macron au plus bas dans les sondages pour les trois années à venir (car il n’y aura pas plus de justice sociale, pas plus de pouvoir d’achat ni de baisse du chômage - baisse qui ne peut avoir lieu sans une augmentation conséquente de la pauvreté), il n’y manifestement pas de plan B de prévu chez ceux qui ont accompagné Macron jusqu’aux portes de l’Élysée : il semblerait donc que le système se soit piégé lui-même au terme d’une trentaine d’années de manipulation, d’instrumentalisation et de diabolisation au gré des impératifs économiques et idéologiques : l’U.E sous domination allemande, une Commission intrusive capable de remettre en cause le résultat d’élections « démocratiques » de ses pays membres (l’Italie tout dernièrement) et un mondialisme dévastateur des modèles sociaux et des identités nationales ; pour cette raison, Macron devra être reconduit dans trois ans puisque ni le FN ( ou la vraie droite LR-FN) ni les Insoumis ( la vraie gauche) ne sauraient être, pour l’heure, une option : une crise majeure politique et morale que l’entrée de MLP à l’Élysée provoquerait n’est pas de mise car cette crise annoncerait la chute de l’U.E ; ce qui ne fait certainement pas partie de l’agenda de ceux qui, depuis 20 ans, font en sorte qu’aucun candidat ne puisse être élu s’il n’a pas le FN dans les pattes au second tour de l’élection présidentielle ; ce qui revient à supprimer de facto le « second tour » de cette élection.

                      macron dégage gilets jaunes

     

                        La question suivante nous brûle les lèvres : comment ceux qui sont allés chercher Macron ("ce plan marketing qui a mal tourné !"), ceux qui ne se trompent pourtant que rarement dans le choix de celle ou de celui qui sera appelé à les servir et qui ont eu la bêtise et la faiblesse de penser qu'ils pourraient faire de cet enfant roi, un Président avec la majuscule de rigueur alors qu'ils ont fait de cet enfant capricieux et arrogant, le gardien grossier de leurs intérêts à ciel ouvert car tous ne s’en cachent ni ne s’en défendent même plus - Macron le premier ! - comment donc ont-ils pu tous se tromper à ce point ?  

    Rappelons aussi ceci : lourde est la responsabilité des médias !  Leurs têtes d’affiche ont soutenu la candidature de Macron dans lequel très vite, tous se sont reconnus car, pour les plus jeunes d’entre eux, Macron c’était eux : leurs rêves de grandeur et ambitions illimitées vécus par procuration ; quant aux installés quinquas et sexagénaires, tous ont bien dû penser ce qui suit : « Lui, Macron, il saura enfumer les électeurs et protéger nos places ! »

    Lourde responsabilité aussi de ceux qui ont fait le choix de cet enfant pourri-gâté, le pire des hommes à la tête d’un Etat dans le contexte qui est le nôtre aujourd’hui, mettant tout en oeuvre pour qu’il soit assuré d’être élu. Ces médias et ces hommes-là issus de la banque, de l'assurance, accessoirement de la politique, magnats des médias et autres milliardaires, ont mis la France en danger pour le seul bénéfice de leurs intérêts : BNP, AXA, LVMH, Jacques Attali (entremetteur professionnel à la tête d'une agence de cover-girls et de cover-boys de la politique qui ont pour clients l'Hyperclasse), Michel Collomb, Pierre Bergé, Niel et Pigasse, Patrick Drahi (via BFM-TV) … liste "complète" ICI (quotidien régional Sud-Ouest).

     

                       macron dégage gilets jaunes

     

                    Face à la violence légitime du rejet de Macron, les voilà manifestement tout nus, sans recours car sans plan B ! Mais alors…. après l’UMPS, que peuvent-ils bien inventer d’autre (1) ? A partir de l’U.E, un gouvernement européen restreint autour de l’axe franco-allemand ? Vaine ruse étant donné la popularité désastreuse du projet européen. Ou bien, reprendre les veilles recettes de la division de notre pays sur la question de « l’identité française » ?

    Car enfin, il faudra bien adresser la réalité suivante étant donné que 50 à 60% de l’électorat se déplace encore pour voter : les GJ n’ont pas aboli les élections présidentielles ni les législatives qu’il va falloir, qu’on le veuille ou non, affronter et dans lesquelles les médias, la classe politique, les classes moyennes et supérieures comptent bien s’investir ; à ces dernières, qu’est-ce qui leur sera proposé par le « Système » ? La réponse à cette question aura une incidence indéniable sur le mouvement des Gilets Jaunes et l’espoir d’un « Rien ne sera plus comme avant ! » que ce mouvement a suscité ; en sera-t-il question ou bien, la déception sera-t-elle une nouvelle fois au rendez-vous et avec quelles conséquences ? 

    Avec un électorat qui semble condamné à reconduire Macron dans trois ans, on peut prédire que la question de l’immigration sera à l’ordre du jour, insufflée par l’Élysée, pilotée par Matignon, actée par les ministres concernés avec, encore une fois, l’appui des médias de nos milliardaires. Le RN doit donc revenir dans la course ; le RN doit être présent au second tour de la prochaine élection présidentielle pour assurer à Macron, cet enfant roi capricieux, orgueilleux et défiant, un second quinquennat. 

    Retour de la question identitaire donc ? Macron qui a rencontré Sarkozy au plus fort de la « crise GJ » l’aurait laissé entendre lors de sa dernière intervention ; celle qui avait pour objet de présenter les réponses que son gouvernement comptait apporter aux revendications des GJ : « l’identité française » ! La formule choc a été lâchée avec discrétion sans pour autant tomber dans l’oreille de tous les sourds à l’écoute ce soir-là même si les médias se sont bien gardés de le souligner. Tête en l’air ces médias ? Ou bien : « Chaque chose en son temps ; d’abord les GJ ! Ensuite on s’occupera de relancer MLP et son mouvement ; de le remettre sur les rails ! »

     

    1 - D'aucuns évoquent l'option italienne comme alternative à Macron : alliance de tous ceux qui souhaitent débarquer la classe politique qui a soutenu le projet mondialiste de la Commission européenne  et d’une U.E sous domination allemande.

    Option politique d’une Italie qui n’est pas la France : en effet, Mussolini y est encore très largement respecté des universitaires, des classes moyennes et populaires (c‘est leur Napoléon), alors qu’en France, c’est la figure de Charles de Gaulle qui trône et réconcilie une très grande majorité de Français contre celle de Pétain, de la guerre d’Algérie, et plus tard... du statut social des Français issus du passé colonial de la France et du traitement de la question musulmane ; traduit en terme électoral, c’est donc à une véritable incompatibilité historique, politique et morale auquelle ceux qui souhaitent offrir une alternative à Macron se trouve confrontée  : celle d’une droite identitaire alliée aux Insoumis de Mélenchon.

     

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    macron dégage gilets jaunes

                 "Tant va la cruche à l’eau, qu’à la fin, elle se casse" ; le mouvement des Gilets Jaunes est la première fissure. Cette fissure le restera -t-elle trois années durant ou bien, s’avéra-t-elle d’une gravité sans précédent, cause  d’un basculement et d'un effondrement irréversibles de notre système électoral ?

    Les années à venir appartiennent à ceux qui, avec sang-froid, sauront faire face ; or, personne ne semble en avoir la carrure ni la légitimité pourtant nécessaires durant les périodes de transition systémique nous impliquant tous en tant que « Peuple constitué » contre la tentation de l’accélération de notre atomisation en millions d’âmes, millions de solitudes à l’égoïsme individualiste mortifère.

     

                 En attendant : que les Gilets jaunes n’oublient surtout pas leur colère à toutes les élections qui vont se succéder : que ceux qui n'ont jamais voté, votent ! Que ceux qui ne votaient plus, reviennent vers les urnes ! Car, seule la peur chez les élus LREM les forcera à faire pression sur Matignon et l'Elysée : peur de la sanction électorale ; des centaines de mandats en danger... locaux, nationaux et européens … 

    II n'est bien évidemment pas question de chercher à former et à soutenir une majorité-anti-Macron quelconque dont n'a rien à faire à l'aune du mouvement des Gilets Jaunes et de leur mobilisation ; il s'agit de faire en sorte que jamais plus les élus ne se sentent en sécurité. 

    Voter à toutes les élections et sanctionner LREM demeurent alors une priorité !

                       Précisons au passage ceci : tous les partis sont permis car qui veut la fin veut les moyens. 

     

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  • "L’obsolescence de l’homme" de Günter Anders par Paul Ariès

     

                 "La lecture des travaux de Günter Anders est indispensable pour ne pas limiter notre combat à la surface des choses tout en dénonçant la publicité et ces objets qui ont  en effet une âme (capitaliste) comme ils peuvent avoir un sexe. La gauche antiproductiviste a perdu une bataille, faute d’être capable de mener le combat contre les objets qui nous environnent , faute d’avoir la capacité de penser la défense de l’authenticité contre l’artificialité.

    « L’obsolescence de l’homme » a été écrit en 1956 mais n’est paru en France qu’en 2002. De ce livre qui réunit quatre textes, nous retiendrons ici, le second intitulé « Sur la honte prométhéenne », thème aujourd’hui largement oublié bien que d’une totale actualité au regard de l’artificialité.

    Anders n’entretient aucune illusion sur le caractère prétendument émancipateur de la technique. Il ne croit pas qu’il soit possible d’humaniser la technoscience. Précisons qu’il ne s’agit pas d’un précurseur proposant une critique inachevée qu’il resterait à enrichir, car son propos n’est de tenir un plaidoyer pour « un monde plus humain », mais de permettre d’imaginer ce qui serait indispensable pour que ce monde puisse « tout simplement continuer d’exister ». Lire Anders aujourd’hui, plus d’un demi siècle après ce qu’il a écrit, c’est se précipiter dans le futur et prendre conscience que la décroissance n’est pas née de rien. Contrairement à l’human-engineer, cet homme autoconstruit, nous devons assumer notre héritage. On peut résumer l’œuvre d’Anders à travers trois thèses :

    1- Nous ne sommes pas de taille à nous mesurer à la perfection de nos produits.

    2 - Ce que nous produisons excède notre capacité de représentation et notre responsabilité.

    3 – Nous ne croyons pas ce que nous savons car nous avons été rendus incapables de voir l’apocalypse qui vient.

     

                 La « honte prométhéenne » est ce sentiment  qui s’empare de l’homme devant l’humiliante perfection des choses qu’il a lui-même fabriquées. Elle prendrait plusieurs formes dont celle d’être né plutôt que d’être fabriqué ; ainsi, de par son origine, l’homme serait déjà nativement inférieur aux objets. Ce déshonneur tiendrait au fait qu’il s’agit d’une naissance hasardeuse et non d’une production planifiée et rationnelle. Cette honte d’être devenu plutôt que d’être fabriqué nourrirait  les stratégies dont parle Jacques Testard dans « Le Magasin des enfants » mais aussi les fantasmes sur les utérus machiniques ou sur des « humains génétiquement modifiés ». Cette honte due au caractère obsolète de notre origine déboucherait sur la honte du résultat. L’humain se saurait trop imparfait : ses faiblesses lui deviendraient littéralement insupportables. Il voudrait devenir un transhumain, un posthumain.

    Cette notion de honte prométhéenne n’est en rien une métaphore ; l’humain que nous sommes a véritablement honte de sa condition humaine et développe donc des stratégies de refoulement, de contournement, voire de « désespècement ». Cette honte se cacherait par exemple sous la figure du self-made man, c’est-à-dire d’un être devenu produit  puisque capable  de se fabriquer lui-même. Cet être autoconstruit, qui ne supporterait plus le fait de ne pas avoir été fabriqué, ne tolérerait pas davantage que la nature échappe à cette fabrication artificielle. Cette honte prométhéenne va donc bien au-delà de la critique habituelle de la réification ; ce que l’homme moderne considère comme un déshonneur ce n’est plus d’être chosifié mais de ne pas l’être ; ce n’est plus la honte d’être un instrument, c’est celle de ne pas l’être. Cette honte tiendrait aussi au sentiment  d’une véritable dépossession par rapport à nos productions. Car ce n’est pas nous, pris individuellement, qui avons fabriqué ces objets dont nous sommes si fiers, nous n’en sommes pas les créateurs puisque nous ne comprenons même plus comment ils fonctionnent, nous sommes même devenus incapables individuellement de les reproduire ou de les réparer. Alors que nous ne comprenons même plus l’origine et les traitements que subit l’eau qui coule de nos robinets tous les jours, comment pourrions-nous espérer comprendre les nanotechnologies ou les sciences cognitives ?

    Cette complexité fait de nous des enfants perdus dans un monde adulte.

     

                 Cette dépossession a commencé avec une division du travail qui aboutit à ce que la fabrication soit décomposée en actes isolés. Ce travail en miettes n’est pas seulement condamnable dans une société capitaliste mais il l’est en lui-même car il interdit de singulariser les produits et parce que le produit ne laisse plus voir le travail et les aptitudes des ouvriers. L’homme moderne accepte sa propre réification mais finit même par passer dans le camp des instruments, c’est-à-dire par trahir sa cause ; il accepte la supériorité de la technoscience et de ses objets ; il accepte d’être mis au pas. Il accepte non seulement sa chosification mais considère l’inverse comme un défaut.

    L’homme peut être convaincu de son infériorité aux machines au regard de ses possibilités mais aussi en raison de son caractère périssable. L’humanité reste exclue de la « réincarnation industrielle » puisque chaque humain se considère encore comme un singulier dans un monde industriel et économique où l’interchangeabilité devient la norme. La bonne société fait tout son possible pour casser cette fierté humaine en développant le mépris, en privant les individus de reconnaissance, en ne cessant de leur rappeler professionnellement  que personne n’est irremplaçable ; en généralisant les fiches de postes qui taylorisent toute activité humaine, y compris le travail intellectuel,  y compris le sourire. L’homme moderne regrette déjà de ne pas être produit en série.

    Ce qui n’était au départ qu’un jugement ponctuel et raisonné face à la perfection des objets, face aussi à des machines dotées de capacités surhumaines, devient très vite un sentiment collectif et spontané qui se trouve naturalisé et donc légitimé. L’homme moderne est intimidé par la toute-puissance de la machine.

    L’homme va alors déserter son camp en adoptant le point de vue et les critères des objets. Il se méprise maintenant comme les choses elles-mêmes le mépriseraient si elles le pouvaient. Anders insiste beaucoup sur la souffrance ontologique qui en résulte pour le pauvre humain. Cet individu finit par s’humilier devant ses propres créations en cherchant à gagner face à l’ordinateur programmé pour « jouer » aux échecs ou en rivalisant avec des objets grâce à des appareillages qui le rendent plus fort ou en utilisant  des drogues… Cette honte prométhéenne serait donc ce qui pousse tant d’humains à pratiquer des sports extrêmes, ou à se livrer à des conditions extrêmes de survie… autant de signes  qui montrent une humanité incapable de se résigner à son infériorité, incapable d’accepter le caractère borné de son corps.

     

                Pour Anders, l’étape suivante sera la production des human-engineering, seule posture qui rende l’humanité capable d’échapper à sa position de saboteur de ses propres instruments. Cet human-engineering sera à la fois « présomptueux et modeste », « porté à l’hybris et soumis ». Anders parle d’une « présomptueuse autohumiliation » et d’une « soumission animée par une volonté d’hybris », rapport contradictoire qui est bien le nôtre. Nous en avons mille indices chaque fois que nous entendons dire que nos machines nous dépassent , chaque fois que nous redoutons que l’homme utilise mal ses propres créations, chaque fois qu’il est décidé de remplacer la décision humaine par celle d’une machine.

    Cet human-engineer nous y sommes déjà avec la culture des cyborgs ou l’homme pharmaceutique. Le corps humain doit être travesti. Même un corps nu ne doit plus être simplement un corps dénudé. Il doit être « fashionable », « chirurgicable ». Il ne s’agit plus simplement  de la traditionnelle parure mais de donner au corps la beauté des choses fabriquées avec, en arrière-plan, le besoin de rappeler que l’homme s erait une construction défectueuse puisqu’il serait inférieur à la machine en ce qui concerne la force, la vitesse, la précision, la résistance, la souplesse. Notre corps est le même que celui de nos parents et, plus généralement, de nos ancêtres. Celui du constructeur de fusée se distingue peu ou pas de celui de l’homme des cavernes. Du point du vue du monde des objets, l’humanité est inférieure. L’homme devient une menace pour ses projets. Il n’est pas à la hauteur, il est le saboteur de ses propres réussites. Il doit donc céder la place aux human-engineers, aux transhumains, aux posthumains.

     

                     Le combat ne serait-il pas déjà de (re)-développer un point de vue humain sur l’humanité ?"

     

                 Extrait du titre "La simplicité volontaire contre le mythe de l'abondance" de Paul Ariès

     

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  • La quenelle : instrumentalisation, manipulation et détournement

     

    dieudonné la quenelle

                 Ne sont-ils pas exemplaires et admirables tous ces médias dans leur condamnation unanime de "la quenelle" ? Au moins savent-ils ce qu'il faut craindre aujourd'hui. Or, l'idée de la quenelle, c'est précisément… de ne plus craindre quoi que ce soit ni qui que ce soit. 

    "La quenelle", geste antisystème (bras droit tendu vers le bas, la main gauche touchant l’épaule droite) créée en 2005 et popularisée par l'humoriste-satiriste-activiste Dieudonné, fut délibérément détourné avec obscénité par le président de la LICRA, Alain Jakubowics, en "sodomisation des victimes de la shoah" et "salut nazi inversé" afin de discréditer un humoriste très critique à propos de l'influence nocive du Crif et d'Israël sur la société française ; Dieudonné n'hésitera pas à attaquer la LICRA en diffamation. 

     

     

                 Pour rappel : la quenelle est un geste subversif que l’on peut assimiler au doigt ou bras d’honneur contre l’ordre établi et une pensée unique qui se déploie autour d’un projet mondial qui ne souffrira aucune contestation : ici… la menace du chômage (d'où l'unanimité de médias et de leurs salariés précaires ou richissimes contre cette quenelle), ailleurs… celle des bombes contre quiconque s’y oppose : individus, peuples et Etats...

     

    - Dévastation des nations, des cultures, des coutumes, des usages et du contrat social et autres compromis au nom d'un mondialisme pour laquelle les êtres humains ne sont que des ventres à remplir (ou des Peuples à affamer, c’est selon... leur niveau de soumission ou de résistance !), et du temps de cerveau disponible à distraire jusqu'à l'abrutissement...

    - Diabolisation de tout individu qui refuse d'adhérer à l’univers conceptuel de ce mondialisme ; individu dissident qui se verra alors qualifier, au choix, de... fasciste, raciste, antisémite, complotiste paranoïaque, nationaliste, populiste, homophobe, démagogue anti-européen et anti-américain...

    - Instrumentalisation de la culture arabo-musulmane en générale et de l'Islam en particulier (foulard et pratiques religieuses) aux fins de condamner des quartiers entiers à une marginalisation irréversible, ici en France et en Europe.

    - Hégémonie d’une alliance américano-israélo-saoudienne (La Grande Bretagne et la France comme supplétifs) qui a pour seul programme : la captation et le pillage des ressources ainsi que le vol de la terre, sans oublier "la casse" des pays récalcitrants et les bombes contre les gouvernements et les Peuples qui s'y opposent...

    - Tentative de marginalisation de la Russie ; politique qui consiste à faire le choix de soutenir le dissident milliardaire Khodorkovski aujourd'hui résident en Suisse contre le lanceur d'alerte (héros ?) Edward Snowden résident provisoirement sur le sol russe, aujourd'hui "apatride" et sans un sou, auquel toute l'Europe a refusé l'asile politique...

    - Chantage à l’antisémitisme et bannissement contre quiconque critique publiquement la politique d’Israël ; un Etat qui n'a rien à offrir au monde et qui n'a aujourd'hui plus rien à envier à l'Afrique du Sud du temps de l'Apartheid et dont la politique jouit ici en France du soutien et de la complicité de l’Etat français au plus haut niveau - une alliance qui nous salit davantage chaque jour -, avec en prime l’exploitation du génocide juif à des fins économique, politique et géostratégique...

    - Conditionnement des esprits à une nouvelle guerre froide dans un face à face USA-Chine pour le plus grand profit du complexe militaro-industriel occidental...

    - Construction d’une Europe-instrument d’un mondialisme sans honneur ni justice qui n’est dans les faits qu’une guerre contre l'Etat providence, les Etats nations, les salariés et les acquis sociaux...

    - Mise en concurrence de tous les salariés à une échelle tant locale qu’européenne et mondiale...

    - Mise à mort subreptice, ici en Europe, de la liberté d’expression et de la démocratie, à grand renfort d’instances tutélaires sans légitimité démocratique (fonds, banques, commissions, organisations) ainsi que de technologies de la surveillance et du contrôle de millions de citoyens.

    - Neutralisation de tout esprit critique en faisant peser sur ceux qui n'ont pas renoncé, le discrédit du ressentiment, de la jalousie, et pire encore : de l'envie.

    - Passivité de tous les médias dominants, et ce sans exception : de France Culture à RTL, de Charlie Hebdo au Figaro... de TF1 à Arte au sein desquels s’exerce sans vergogne un chantage au chômage contre quiconque s’opposerait à une telle soumission ; médias qui ne se font plus que l’écho d’une idéologie au service d'un monde unique, un monde sans altérité aucune.

     

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  • Gilets jaunes et résistance à une vie de galère...

                     "Ouvriers, retraités, intérimaires, artisans, jeunes et vieux disent tous la même chose : une vie de galère avec des revenus de misère et des injustices qu’ils ne veulent plus supporter." 

                        les gilets jaunes près de l'elysée

     

                      Se mobilier ! N’avoir qu’une idée : sortir dans la rue et occuper cette rue ainsi que les lieux symboliques de ce qui est aujourd'hui le "non pouvoir" ! 

                      Qu'il soit permis ici de rappeler que chaque rassemblement, chaque mobilisation fait reculer l'oppression et ce sentiment funeste d'impuissance ; car dans chaque rassemblement, le dominé retrouve son humanité, sa souveraineté, gage de son honneur.

    Mobilisation, blocage, toute action contre ce corps étranger qu’est "le politique au service des dominants" - force et classe occupantes -, devient alors juste, belle et noble parce que juste.

                     

     

                 Nombreux sont ceux qui trépignent d'impatience face à ce nouveau sursaut ; sans oublier la ferveur d'être ensemble : la résistance est bel et bien un romantisme ! Le dernier. Car si les plus beaux chants sont des chants de revendications, les plus beaux rassemblements sont les rassemblements contre l'oppression ; lorsque les dominés se lèvent et font entendre leurs voix ; et c'est alors que tous retrouvent, et nous avec eux, leur dignité et un peu de pouvoir sur leur existence. Et ça, c'est beau. Très beau. 

     les gilets jaunes près de l'elyséeLa résignation est bien le pire des choix !

    Aussi, tous peuvent être fiers de leur action, fiers d'eux-mêmes car nous sommes fiers d'eux démesurément ! 

    Qu'ils sachent qu'on les aime ! Qu'on les aime même et surtout avec leurs défauts et leur faiblesse.

     

    ***

     

    Ce qui n’est pas acceptable c’est que l’on mette en danger des millions de foyers modestes à coups d’augmentation du prix de l’énergie fossile (énergies non renouvelables) au nom d’un transition énergétique mensongère ; des foyers pour lesquels aucune alternative s’offre à eux : privés d’auto faute de pouvoir remplir leur réservoir, c’est toute leur vie qui bascule….

    Nous ne sommes pas dupes pour autant : foyers populaires… cible dans laquelle l’abstention fait des ravages, d’où l’indifférence du gouvernement et de la « présidence » à l’égard de leurs colère et désespoir.

    Ce qui n’est pas acceptable non plus c’est que les médias se fassent les porte-parole de ce que l’on pourrait nommer « un mensonge d’Etat » car les raisons de la sur-taxation des carburants est à trouver non pas auprès des différents rapports du GIEC mais bien plutôt auprès de cette usine à gaz, véritable Etat dans l’Etat, à la tête duquel siège une caste totalement dédiée depuis 20 ans à la bonne exécution des directives et des traités signés par des chefs de gouvernement et des chefs d’Etat jean-foutre, d’une Commission européenne qui n’en finit pas de travailler à la destruction de l’U.E : j’ai nommé : Bercy ;  fange arrogante, autoritaire et anti-démocratique, créature d’un fascisme monétariste (1) .

    Un Bercy aux ordres d’une Commission dédiée à la paupérisation des Etats, dictature du remboursement d’un endettement pourtant imposé dans les années 70 : véritable coup d’Etat politique.

    Que l’on ne se fasse aucune illusion : il semblerait que la prétendue  « conversion écologique » soit d’une part le cache-sexe d’un racket organisé des foyers français et d’autre part, que celle-ci… tout comme la liquidation de notre industrie dans les années 80, se fasse sur le dos des classes populaires et petites classes moyennes, une nouvelle fois, sacrifiées pour le bien-être à venir des chérubins de l’hyper-classe et des classes supérieures et moyennes supérieures de nos centres-villes.

     

    ***

     

     
             Les yeux rivés sur les sondages quant à la popularité des Gilets jaunes, déjà à l'affût, bientôt la machine étatique et médiatique se mettra en marche ; un seul objectif : discrédités ces hommes et ces femmes au gilet jaune - atteinte à la sécurité de l'Etat, poujadisme, populisme, racisme, antisémitisme, fascisme et nazisme, la boucle bouclée … ils seront alors responsables de tous les maux.

    Abandonnés par des syndicats du public et du privé lâches et veules, à la tête desquels la bourgeoisie, des carriéristes, des planqués ( Comment échapper au travail !), des mous du genoux ont su se positionner au fil des ans, compromis après compromis avec le patronat… un seul espoir à l’horizon : que les Gilets jaunes n’oublient pas leur colère à toutes les élections qui vont se succéder : que ceux qui n'ont jamais voté, votent ! Que ceux qui ne votaient plus, reviennent vers les urnes !

     

     

    1 - Se reporter à l'enquête de Que Choisir : ICI

     

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  • Antonin Artaud par Colette Magny : confessions

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    .                  Mort au monde... Antonin Artaud nous revient plus vivant que jamais avec ce texte lu par Colette Magny *

     

    Artaud, la voix de l'anti-psychiatrie ?

     

                  "... Je dis ce que j'ai vu et ce que je crois ; et qui dira que je n'ai pas vu ce que j'ai vu, je lui déchire maintenant la tête. Car je suis une irrémissible Brute, et il en sera ainsi jusqu'à ce que le Temps ne soit plus le Temps.

    Ni le Ciel ni l'Enfer, s'ils existent, ne peuvent rien contre cette brutalité qu'ils m'ont imposée, peut-être pour que je les serve… Qui sait ? En tout cas, pour m'en déchirer.

    Ce qui est, je le vois avec certitude. Ce qui n'est pas, je le ferai, si je le dois. Voilà longtemps que j'ai senti le Vide, mais que j'ai refusé de me jeter dans le Vide. J'ai été lâche comme tout ce que je vois. Quand j'ai cru que je refusais ce monde, je sais maintenant que je refusais le Vide. Car je sais que ce monde n'est pas et je sais comment il n'est pas. Ce dont j'ai souffert jusqu'ici, c'est d'avoir refusé le Vide. Le Vide qui était déjà en moi.

    Je sais qu'on a voulu m'éclairer par le Vide et que j'ai refusé de me laisser éclairer. Si l'on a fait de moi un bûcher, c'était pour me guérir d'être au monde. Et le monde m'a tout enlevé. J'ai lutté pour essayer d'exister, pour essayer de consentir aux formes (à toutes les formes) dont la délirante illusion d'être au monde a revêtu la réalité.

    Je ne veux plus être un Illusionné. Mort au monde ; à ce qui fait pour tous les autres le monde, tombé enfin, tombé, monté dans ce vide que je refusais, j'ai un corps qui subit le monde, et dégorge la réalité. J'ai assez de ce mouvement de lune qui me fait appeler ce que je refuse et refuser ce que j'ai appelé.

    Il faut finir. Il faut enfin trancher avec ce monde qu'un Être en moi, cet Être que je ne peux plus appeler, puisque s'il vient je tombe dans le Vide, cet Être a toujours refusé. C'est fait. Je suis vraiment tombé dans le Vide depuis que tout, - de ce qui fait ce monde, - vient d'achever de me désespérer. Car on ne sait que l'on n'est plus au monde que quand on voit qu'il vous a bien quitté.

    Morts, les autres ne sont pas séparés : ils tournent encore autour de leurs cadavres, et je sais comment les morts tournent autour de leurs cadavres depuis exactement trente-trois Siècles que mon Double n'a cessé de tourner.

    Or, n'étant plus je vois ce qui est. Je me suis vraiment identifié avec cet Être, cet Être qui a cessé d'exister. Et cet Être m'a tout révélé. Je le savais, mais je ne pouvais pas le dire, et si je peux commencer à le dire, c'est que j'ai quitté la réalité..."            

      

           Une pensée pour tous ceux qui se savent séparés d'eux-mêmes dans leur relation avec le monde ; monde que l'on ne peut décidément pas refuser d'habiter, volontairement ou bien comme contraint par un envoûtement aujourd'hui encore mystérieux (et la schizophrénie est un tel envoûtement, une telle maladie)... qu'au prix d'un énorme préjudice à soi-même.

             A leur famille aussi.

     

     


    * Une Collette Magny qui a pu, à un moment de sa vie, se sentir, elle aussi, comme... séparée.

     

     

    Spleen - Charles Baudelaire (1821 - 1867)


                          A Pierre.

     

     

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  • Beethoven : un compositeur en crue

                       Qu'il soit dit en passant ce qui suit :

                      Science et Art, la musique dite classique (musique écrite, lu et interprétée), c'est de la dialectique... dialectique et rhétorique musicales s'entend.

                      Musique-argument, musique-raisonnement, musique dite savante dont il faut pouvoir suivre le cheminement, le développement jusqu'à sa conclusion définitive ou provisoire, la science de cette musique est dans sa dialectique et son Art dans sa rhétorique ; elle est donc là, bien là, l'exigence de cette musique, de Bach à Debussy, de Wagner à Pierre Boulez ; cette exigence, c'est sans aucun doute ce qui la distingue de la musique dite "populaire" (musique de variété, music pop, rock et autres) ; d'où sa marginalité et son isolement.
     
                      Qu'à cela ne tienne !

     

    Claudio Arrau - Beethoven - Piano Sonata No 30 in E major, Op 109

     

                 Dans le troisième mouvement de cette sonate (vidéo à 6.54) composée en 1820, on trouvera tous "les pianos" à venir ; celui de Schubert, de Chopin, de Scriabine, de Debussy, de Rachmaninov - un piano symphonique, orchestral dans le finale de la sonate juste avant le retour du thème ; et puis... Ravel qui s'en fera l'écho avec sa "Pavane pour une infante défunte"  un siècle plus tard. Un mouvement qui, certes, annonce l'avenir mais qui n'oublie pas de saluer aussi le passé ; celui d'un J.S Bach presque totalement oublié du vivant de Beethoven.

    Un 3è mouvement en "forme variation" même si Beethoven semble ne plus y croire après trente années de pratique ; aussi on parlera bien plutôt de développement-variation ; développement en spirale comme dans un tourbillon en cercle concentrique qui s'enroule et se déroule.

    Un mouvement lent, cantabile, placé contre toute attente, à la fin de la sonate ; un 3e mouvement qui "avale" les deux précédents avec une fausse berceuse qui ne trouvera jamais un vrai repos ; Est-ce Beethoven en lutte avec ses insomnies, insomniaque et seul face à la nuit ?

    Six minutes pour les deux premiers  ; quatorze pour le 3è : une sonate en déséquilibre donc qui annonce la 9e symphonie (1822) avec dans les choeurs, ses aigus inattendus, voire... invraisemblables, décriés, hurlés... et sa forme éclatée... car pour Beethoven, tout était trop étroit, trop étriqué, toujours !


                                                 

                                                      (Grande Fugue  - opus 133 - année 1826)

     

                     Beethoven ne pouvait penser la musique qu'en crue, débordante... une musique réfractaire à toutes les camisoles stylistiques et formelles : c'est la "forme sonate" qui s'efface alors avant d'être proprement balayée tout comme la symphonie.

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  • Kémi Seba invité chez Thinkerview


                               

     

                      Le mouvement Rastafari, ciment du panafricanisme, et la tradition vaudou, primordiale, et les tradipracticiens, gardiens de la tradition africaine.

     

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    Un esprit clair, une démarche positive... une lucidité exigeante... bien que né en France, Kemi Seba a élu domicile en Afrique depuis dix ans.

    Trois axes guident aujourd'hui la pensée panafricaine de Kémi Seba : l'autodétermination (à l'opposé de tout afrocentrisme), l'antivictimisation et le courage héroïque (ce qu'il nomme "la virilité des Peuples").

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  • En finir avec l'utopie d'un "Référendum d'Initiative Populaire et Citoyen" à l'heure du mondialisme et des Gilets jaunes ?


     

                 RIC cul-de-sac ! RIC dont tous les médias se sont emparés car pour eux tous, cette revendication représente une diversion inespérée permettant à terme, de tuer dans l'oeuf le mouvement des Gilets Jaunes en remportant tout espoir d'avancée "constituante" et " constitutionnelle" à l'an 10 000. 

     

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                 Quelle que soit l’issue de ce soulèvement, rappelons que les Gilets jaunes - cette France abstentionniste (1) qui a compris qu’elle n’avait plus rien à attendre des médias, de la classe politique et des syndicats en ce qui concerne leurs luttes pour une vie décente car tout ce beau petit monde ne rechignerait pas à les laisser mourir ou bien plutôt crever, à petit feu, en silence et dans l’indifférence la plus absolue ( comme pour ces agriculteurs, faillite après faillite, suicide après suicide sous le regard indifférent de la FNSEA et d'une Confédération paysanne étrangement muette), assurés que les naufragés du continent africain seront à terme appelés alors à occuper leurs emplois mais à 60% du SMIC pour un plein temps, cela va sans dire ! Car, dans le cas contraire, à quoi bon !.....

    Force est de reconnaître que cette France Gilets Jaunes - alliance inédite du prolétariat, des classes populaires et des couches moyennes, des retraités, des chômeurs et de la petite bourgeoisie (commerçants et artisans) -, a bel et bien créé un précédent : elle a prouvé au plus grand nombre qu’il n’était plus nécessaire d’attendre quoi que ce soit de tous ces acteurs alliés et complices ( pour rappel : les médias, la classe politique et les syndicats) : alliés dans l’intérêt ; complice dans le crime pour non-assistance à foyers en danger ; même si à propos d'une de leurs revendications - "référendum d'initiative populaire et citoyen" - ce mouvement semble bien naïf.  

                      
                       

     

    Etienne Chouard qui réfléchit depuis des années sur l'état de notre démocratie - star d'internet, il défend le tirage au sort et le référendum d’initiative populaire (RIP) depuis 13 ans - obsédé par les lieux dits de "pouvoir" (l'Assemblée nationale en priorité) - a, pour son malheur, 50 ans de retard dans ses préconisations même si ses analyses et son diagnostic demeurent pertinents car ce professeur d'économie et de droit semble refuser de comprendre que le "pouvoir" n’est plus à l’Assemblée, et moins encore à Matignon, à l’Elysée ou au Sénat. Quant au conseil constitutionnel... et conseil d'Etat...

    On peut aussi soupçonner chez lui, qui ne vote pas, sa méconnaissance du corps électoral, sa psychologie faute de se tenir près des urnes et de l'analyse de leurs résultats à chaque élection, enfermé qu'il est dans la cage d'orée d'un RIC fétichiste et chimérique. 

    N'empêche.... référendum d’initiative populaire en-veux-tu-en-voilà ! d'aucuns mentionnent la Suisse (2), pays longtemps considéré comme propre à l'extérieur (mais sale au-dedans) ; car, si comparaison n'est pas raison, rappelons ceci à propos des restrictions qui encadrent ce fameux référendum : toute initiative comme la « révision de la constitution » doit être validée, en dernier ressort,  par l’Assemblée fédérale composée d’élus au suffrage universel : l’équivalent de notre Congrès.

    En revanche, il est vrai que les Suisses peuvent proposer en toute liberté de voter à propos... par exemple... de l'interdiction ou non des minarets ou bien en faveur de "Six voies pour l'autoroute A1 entre Zurich et Berne". Pour le reste… des restrictions insurmontables protègent les leviers du pouvoir économique et financier. Pas folle la guêpe ! Pour preuve : aucun Suisse n’avait voté pour le "secret bancaire" qui a si longtemps permis aux  « plus riches » du monde entier de spolier le budget des Etats à la hauteur de centaines de milliards et plus des années durant... en échappant à l’impôt.

     

                Mais enfin, et pour revenir au débat français autour de ce référendum, tous les partisans de cette initiative n’auraient-ils alors jamais entendu parler du "mondialisme" (ou de la mondialisation) sous la contrainte duquel tous les gouvernements européens sont placés ? 

    Et puis aussi ceci : qui peut bien avoir besoin d’espérer que ceux qui ont pensé "cette mondialisation et ce mondialisme" que ces derniers n’ont qu’un désir : satisfaire nos désirs : plus de salaire, plus de qualité de vie, plus d’air pur, plus d’argent pour la santé, plus de justice et plus de fraternité, plus, plus, plus ! Alors que ce projet mondialiste sans honneur ni justice a pour coeur de cible l'Europe, là où les protections sociales sont les plus élevées avec la Commission européenne ( sans oublier la dictature de l'Euro) relais de ce mondialisme qui met en concurrence le travailleur de Clermont-Ferrand avec le travailleur roumain ; le travailleur roumain avec le travailleur chinois ; sans oublier l'Euro qui met toutes les économies européennes en concurrence avec celle de l'Allemagne et son mode production ainsi que son modèle social d'une nature masochiste et sacrificielle. 

    D'autant plus que si Macron est bien l'homme de ceux qui sont allés le chercher et qui lui ont permis d'être candidat (la banque (BNP), les assurances (AXA), les dix milliardaires qui possèdent les médias français : information ICI ; Macron est aussi l’homme de Bercy ; un Bercy sous l’œil scrutateur de la Commission européenne (la super-structure)…  une commission sous  contrôle des Marchés financiers (l’hyper-structure)… instrument qui fracasse les pactes sociaux européens en mettant en concurrence l’ouvrier de Clermont-Ferrand avec l’ouvrier roumain ; ce dernier avec celui de Shanghai.

    Et encore : qui donc a pu oublier que toutes les politiques menées depuis trente ans ne recueillent l’adhésion d’aucune majorité ? La seule majorité constatée est la suivante : abstention record, vote RN (FN) et extrême gauche - majorité divisée à jamais ; majorité stérile, le tout savamment orchestré et entretenu par tous les gouvernements. Et pour cause : il n’est question que de baisses des salaires, baisses des retraites, baisse du financement de tous les services publics, mise en danger de notre protection sociale et de notre liberté d’expression.

    De plus, ne nous faisons aucune illusion : dans les décennies à venir, les acteurs du mondialisme sauront gérer la fin de la croissance, le renoncement de l’utilisation des énergies fossiles faute de pouvoir les rendre inoffensives et un mode de production et de consommation tout autre pour le plus grand bénéfice d’une partie de l’humanité contre une autre ; aussi on peut prédire ceci  : ceux qui aujourd’hui vivent mal, vivront plus mal encore ; et ceux qui vivent relativement bien iront rejoindre les rangs de ceux qui, aujourd’hui, ne cessent de sombrer.

     

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                RIP ou RIC : RIC cul-de-sac ! RIC dont tous les médias se sont emparés car pour eux tous, cette revendication représente une diversion inespérée permettant à terme, de tuer dans l'oeuf la dynamique du mouvement des Gilets Jaunes qui lâche la proie de la mobilisation et de l'occupation pour l'ombre d'une avancée "constituante" aussi irréaliste que vaine.le logos de la radicalité face à la jaccasserie constitutionnelle.

     

                 Dans le cas où ce type de référendum permettrait de reprendre le dessus sur notre Constitution et une représentation nationale qui ne représente plus qu'elle même, si possible sur des questions vitales et non périphériques, voire anecdotiques...

    - Aucune possibilité d'y parvenir sans une sortie de l'U.E et de l'Euro ainsi que le rétablissement de nos frontières douanières dans les domaines de notre économie marchande et de la finance. 

    - Aucune possibilité d'y parvenir sans un soutien et un vote massif des classes moyennes en faveur de ce retrait  ; or, ces classes ne risqueront rien et certainement pas ce grand saut dans l'inconnu. Quant aux actions qui pourraient être mises en place pour obtenir gain de cause (blocage  et autres) , ces mêmes classes auront tôt fait de demander que l'Etat et l'ordre reprennent toute sa place.

    - Commission européenne, marchés financiers et tous les acteurs du mondialisme (en sous-main)... tous feront la guerre à cette France sécessionniste ; une guerre sans merci que les classes moyennes refuseront de mener jusqu'à son terme : la défaite.

                 Est-il nécessaire de préciser qu'au Loto, nous aurions tous plus de chances de gagner le gros lot ?  

                 Mais alors, pourquoi faire très "compliqué" quand on peut faire plus "simple", plus réaliste et plus efficace ? Il faut cesser de se raconter des histoires, et de perdre du temps, un temps précieux qui concerne des vies gâchées, des vies sans horizon ni perspectives !

    Aussi, empressons-nous d'affirmer ceci : il n’y a qu’un modèle d'action pour ceux qui refusent la soumission : les « Gilets jaunes » - ce petit peuple de Coluche insaisissable, impalpable mais très cohérent et conséquent - et bien évidemment «  Notre dame des Landes » (3) et les "bonnets rouges" ; du local (fermeture école, hôpitaux, entreprises, alerte environnementale) au national… car il semblerait que la rue soit le nouveau et le dernier lieu de l’expression démocratique et de la manifestation de cette expression dans le cadre des revendications de demain car, force est de constater, dans le contexte d'un monde globalisé, que tous les partisans du "référendum d'initiative populaire" ratent dramatiquement leur cible avant de tomber de haut et de se fracasser sur un réel qui ne pardonne rien, en passant à côté de l'établissement d'un rapport de force sans lequel aucune bataille ne peut être gagnée ; une bataille qui n'a qu'un seul objectif : "une vie décente pour des hommes et des femmes qui se donnent les moyens de se tenir debout", ici et maintenant et certainement pas dans dix mille ans,  face à la tentation toujours renouvelée, qui jamais ne baisse les bras, d'une injustice sociale aveugle qui ne connaît ni ne reconnaît ses millions de victimes. 

                 Président(s), gouvernements, députés, sénateurs, maires, conseillers municipaux, départementaux, régionaux, syndicats et médias... encore une fois, rappelons ceci : les Gilets Jaunes ont révélé au plus grand nombre qu’il n’était plus nécessaire d’attendre quoi que ce soit de tous ces acteurs ;  dans les années à venir, les plus précaires des classes populaires et bientôt d'une grande partie des classes moyennes, devront tous s’organiser sans eux dans chacune de leur lutte tout en comptant sur notre soutien.

     

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                A vos "fichier S" (4) pour atteinte à la sécurité de l'Etat !  - (comprenez : "... pour atteinte aux intérêts de l'oligarchie mondiale des Etats mondialisés".

                Pauvre police.

     

     

     

    1 - C'est cette France abstentionniste ( cette abstention que nous avions pris l’habitude de déplorer) qui a trouvé la solution, la seule qui vaille ; et l’ironie c’est qu’elle est venue de cette France-là cette solution et non de nous tous, hyper-politisés, mobilisés à chaque élection. 

    Sans doute est-ce dans l’ordre des choses ; des électeurs démissionnaires étaient tout désignés pour continuer d'exister en tant que citoyens en inventant d’autres gestes politiques contre un rituel électoral vide de sens.

     

    2 - La Suisse est vraiment le dernier exemple à prendre en considération ; en aucun ce pays  grand comme un mouchoir de poche ne peut servir d'étalon-démocratique pour les raisons suivantes : c’est un pays confidentiel sans rayonnement international ; il n’a aucun poids culturel, politique, économique, diplomatique et militaire  ; ce n’est pas une puissance nucléaire ; il n’a aucun passé historique de dimension mondiale ; il n’est le concurrent de personne et pour cette raison, il ne dérange personne, plus particulièrement depuis qu’il a été mis au pas au sujet du « secret bancaire », partiellement du moins  : il ne dérange les ambitions d’aucune puissance puisqu'il est sans ressources naturelles ; pour toutes ces raisons, et contrairement à la France, c’est un pays qui bénéficie donc d’une indépendance non négligeable dans l’organisation démocratique de ses institutions avec néanmoins des taux d'abstention proche de 60% lors des consultations référendaires ; aussi, se référer à la Suisse face à la France, c’est encore une fois passé totalement à côté de l'importance de la prise en compte de la réalité écrasante des rapports de force et de la réalité tout court : là on retrouve chez les partisans de ce fameux référendum d’initiative.... le déni au profit d’une utopie qui jamais ne doit connaître d’accomplissement : une utopie condamnée à l’errance ; aucun lieu où se poser, construire, bâtir : finalement, c’est un peu comme une religion cet engagement à caractère quasi-millénariste.

    La Suisse "pays sale à l’intérieur "... car sa prospérité a longtemps reposé sur le "secret bancaire" et sur l’accueil complaisant des milliards de la fraude fiscale qui ruine les budgets des Etats, ainsi que... le blanchiment des années durant de l’argent de toutes les mafias  : drogue et traite humaine.

    Soit dit en passant, on pourra s’interroger sur le fait qu’aucune initiative du type (RIC ou RIP) ne se soit attaquée à ce « secret bancaire » et ses conséquences à la fois immorales et anti-citoyennes  : le blanchiment de l’argent sale et le statut de la Suisse comme « pays refuge » du refus du consentement à l’impôt des élites financières étrangères.

    Pas folle non plus la guêpe citoyenne ?

     

    3 - A noter ceci : "Référendum pour Notre-Dame-des-Landes : le oui l’emporte à 55,17 %. Les électeurs de Loire-Atlantique se prononçaient, dimanche, sur le projet de transfert de l’aéroport de Nantes Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes : ICI.

    Le gouvernement passera outre : il n'y aura pas de transfert de l'aéroport. Qui s'en est ému ? Pas les partisans du RIC ou RIP (référendum d'initiative citoyen et populaire) qui était contre ce projet.

    Qu'est-ce à dire ? On est pour le RIC lorsqu'il vous donne raison. Dans le cas contraire, on préfère oublier la consultation qui a eu lieu ? 

     

    - Pour info, sachez que les zadistes sont fichés "fichier S" : info ICI

     

     

     

     

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