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  • Jean de La Fontaine ou le clair-obscur de la raison politique et humaniste dans la fable

     

     

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    Le chat, la belette et le petit lapin*


    Jean de la Fontaine
    (-- Livre septième – Fable XV 
    "Le chat, la belette et le petit lapin" a pour source une fable de Pilpay - Brahmane hindou (3es. ?) « D’un chat et d’une perdrix » tirée du livre des Lumières (1).
     
     
    ***



    Du palais d'un jeune Lapin
    Dame Belette un beau matin
    S'empara ; c'est une rusée.
    Le Maître étant absent, ce lui fut chose aisée.
    Elle porta chez lui ses pénates un jour
    Qu'il était allé faire à l'Aurore sa cour,
    Parmi le thym et la rosée.


    Après qu'il eut brouté, trotté, fait tous ses tours,
    Janot Lapin retourne aux souterrains séjours.
    La Belette avait mis le nez à la fenêtre.
    O Dieux hospitaliers, que vois-je ici paraître ?
    Dit l'animal chassé du paternel logis :
    O là, Madame la Belette,
    Que l'on déloge sans trompette,
    Ou je vais avertir tous les rats du pays.


    La Dame au nez pointu répondit que la terre
    Etait au premier occupant.
    C'était un beau sujet de guerre
    Qu'un logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant.


    Et quand ce serait un Royaume
    Je voudrais bien savoir, dit-elle, quelle loi
    En a pour toujours fait l'octroi
    A Jean fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume,
    Plutôt qu'à Paul, plutôt qu'à moi.


    Jean Lapin allégua la coutume et l'usage.
    Ce sont, dit-il, leurs lois qui m'ont de ce logis
    Rendu maître et seigneur, et qui de père en fils,
    L'ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis.
    Le premier occupant est-ce une loi plus sage ?
    - Or bien sans crier davantage,
    Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis.
    C'était un chat vivant comme un dévot ermite,
    Un chat faisant la chattemite,
    Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
    Arbitre expert sur tous les cas.


    Jean Lapin pour juge l'agrée.
    Les voilà tous deux arrivés
    Devant sa majesté fourrée.
    Grippeminaud leur dit : Mes enfants, approchez,
    Approchez, je suis sourd, les ans en sont la cause.
    L'un et l'autre approcha ne craignant nulle chose.
    Aussitôt qu'à portée il vit les contestants,
    Grippeminaud le bon apôtre
    Jetant des deux côtés la griffe en même temps,
    Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre.
    Ceci ressemble fort aux débats qu'ont parfois
    Les petits souverains se rapportant aux Rois.

     

     

     * La Fontaine aurait-il été proudhonien avant l'heure :"La propriété, c'est le vol" ? Ou bien encore, La Fontaine aurait-il été un apologiste de la rapine, à la fois révolutionnaire et gangster pour finalement botter en touche : ni la rapine ni le droit qui aurait pour fondement l'usage et la coutume, loin de la justice, mais bien plutôt...  la soumission à l'arbitrage du plus fort ? Ou alors, la dénonciation de cet arbitrage et du risque encouru par tous ceux qui seraient tenter d'y recourir ?

     

    _____________________

     

     

                      " Loin de ces rapports de force très crus entre maître et esclave qui faisaient, selon la légende, de chaque intervention d'Esope, une stratégie d'esquive et de survie face à la violence du monde... d'un redoutable potentiel critique, si La Fontaine adopte au seuil du premier recueil de ses fables la posture humble de simple "traducteur" d'Esope, il ne manque pas, dans sa préface, de faire état des libertés qu'il s'est données vis à vis de ses modèles.

    Si l'on en croit toute une tradition critique, La Fontaine aurait donc réalisé ce petit miracle : en devenant en quelque manière "notre Homère", il aurait pour longtemps "reterritorialisé" le genre le plus nomade, exportable, atopique qui soit : la fable. Mais cet encrage profond dans une situation précise (la France du règne personnel de Louis XIV), n'est en rien un enfermement : ces fables (apologues), en s'enracinant plus fortement que leurs devanciers (1) dans un terreau socio-politique spécifique, n'en auront acquis que plus de "pouvoir" encore ultérieurement.

    Qui ne pourrait témoigner de l'aptitude sans précédent des Fables de La Fontaine à s'émanciper de leur contexte immédiat, à éclairer d'autres types d'actualité, à venir hanter d'autres états de l'imaginaire collectif et de la langue ?

    (...) C'est que la fable selon La Fontaine, cet objet ténu, d'apparence aussi humble que celle du roseau, a résisté là où bien des chênes d'allure plus impérieuse ont basculé dans le néant de l'oubli. Cette souplesse extrême, elle le doit d'abord, à sa puissance intégrative sans égale : du premier recueil (1668) au second (1678-79), on assiste à une prodigieuse extension du domaine de la fable et les commentateurs ont souvent comparé, à juste titre, l'apologue lafontainien à un "creuset" où tant de traditions viennent se mélanger, et où les éléments d'autres genres -épopée, poésie lyrique, tragédie, contes et nouvelles, comédie surtout... - se fondent en d'improbables métissages, sans que pour autant ces rencontres surprenantes de tonalités, de registres et de styles virent immanquablement au burlesque, école de liberté elle aussi présente dans les Fables, mais le plus souvent étrangère au "tempérament" recherché par La Fontaine.

    Par la grâce de cette souplesse savante et rusée, la fable pourra plier à tous les vents que feront souffler sur elle les vicissitudes de l'histoire. Or, cette souplesse ne tient pas seulement à cette aptitude exceptionnelle à parasiter les autres genres et à les faire communiquer par des voies imprévues, elle doit beaucoup également à la mise en échec de toute parole excessivement dogmatique. Dans le grand voyage des Fables, les dogmatismes locaux semblent systématiquement voués au ridicule et au malheur. Par ailleurs, une expérience de plus de trois siècles a amplement démontré que les interprétations univoques de telle ou telle fable n'ont pas résisté bien longtemps. C'est que, semblable en cela à l'essai montaignien, la fable ainsi conçue se prête mieux sans doute que tout autre genre, à une pensée de la situation, de l'occasion, de la contingence. Elle se dérobe à toute signification allégorique définitive et stricte ; et la recherche des influences et des sources qui l'irriguent, si elle peut fasciner en soulignant la virtuosité des transpositions, ne restreint généralement  en rien la gamme des interprétations possibles - bien au contraire."

                                                          Jean-Charles Darmon - 2002

     

     

     

    1 –  d'autres sources encore à propos de l'oeuvre de l'auteur : Esope, Phèdre, Epicure, Horace, Erasme…

     

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  • Le Rap au secours de la langue française

     

    Quartet sans tête ?

     

                 Delerm, Biolay, Katerine, Bénabar... ou quand la chanson française prise en otage par des recalés de la rime et de la mélodie sombre, langue et musique dans une mélasse aussi indigeste qu’indigente… corps et biens...

    Naufrage à la racine de laquelle on trouvera des pousseurs de chansonnette qui ont, semble-t-il, la faiblesse de penser que c’est la rime qui fait la poésie,  deux accords de guitare (ou de piano) pour faire une chanson, et un vocabulaire du niveau du Brevet des collèges… en guise de texte...

    Texte et musique de pré-pubères qui n’auraient jamais dû quitter les chambres à coucher avec leurs posters qui les ont vus naître.

                 Sans vouloir écraser ces faiseurs sous un mastodonte tel que Ferré ou sous les auteurs et les compositeurs de Piaf, Damia et Fréhel, et plus près de nous, des artistes tels que Lavilliers (années 70 et 80), Souchon, Jonasz…

    Longtemps on pourra s’interroger sur le comment et le pourquoi d’une telle rupture de transmission d’héritage, son origine et ses causes.

    Michel Fugain en 2008 - à propos de la chanson française 

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    Et c’est alors que…

    Après une traversée mouvementée de l’Atlantique… le Rap français voit le jour.


     (Extrait de l'album " Reel " de Kery James)

     

    Le Rap ! Bitume et béton en miroir d’une France de toutes les discriminations et de toutes les souffrances d'une naissance... pour rien ou pour si peu...

    Oui ! Le Rap ! Un Rap boomerang... vitrine des ghettos d’un environnement urbanisé mais... ras la gueule

    Le Rap ! Qu'il soit underground ou commercial… avec sa dénonciation stéréotypée et automatique de la police et du racisme dans le contexte de "quartiers déshérités"… dénonciation sans laquelle un rappeur n'est pas un rappeur...                                                                       

    Le Rap ! diffamatoire et boycotté… mais salle comble avec... ce que d’aucuns se plaisent à qualifier… "sa gestuelle de primates et facéties de clowns… ", les bras ballants, inutiles, privés de musique …

    Le Rap dit authentique... celui de "la condition noire", véritable blues-urbain - béton et taudis -,... après celui des champs de coton...

    Le Rap bling-bling... même décadent dans sa version gangsta rap pour lequel la réussite porte les noms de : voitures, bijoux et putes de luxe ! Et la  transgression : racket, trafic, agression, viol et meurtre !

    Le Rap-game patronné par Skyrock et les Inrocks...

    Le Rap, cette vérité d'une réalité en pleine face... 

             Et même si la musique n’en sera pas plus avancée pour autant…

    Le Rap avec ou sans un Joey Starr à la production inaudible,  et un Akhenaton vieillissant en éducateur de centre aéré...

    Le Rap et La Rumeur pour nous rappeler au bon souvenir... et nous cracher au visage le Vel d'Iv, Charonne, la guerre d'Algérie, les noyés de la Seine, les pendus de la forêt de Fontainebleau, Sétif et Guelma…

    Le Rap de ceux qui pouvaient aussi avoir toutes les raisons au monde de détester notre langue, et qui, contre toute attente, la sauveront du naufrage d’une production musicale aux protagonistes sans histoire… week-end et vacances à Deauville, les planches, le sable avec pour seule ligne d'horizon... leur nombril.

               Alors oui !  Le Rap... cette grande gifle des années 90 !


    Kery James et feat béné :"L'impasse"  
     
     

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  • Alexandre Langlois, du syndicat de police VIGI : le policier qu'il vous faut !

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                  Et accessoirement, le gendre idéal aussi !

     

    Chouchou des médias favorables aux Gilets jaunes (saluons ces médias trop rares !), comment ce syndicaliste d'un syndicat VIGI ultra-minoritaire qui compte 4 encartés et qui recueille 3 votes aux élections professionnelles ( le 4è vote aura été oublié par l'encarté, tête en l'air qu'il est !)... comment donc a-t-il pu à ce point duper les Gilets Jaunes ?

    Car enfin...

    Jamais ce syndicaliste à la tête d'un syndicat privé d'adhérent ne condamne les violences policières  ou bien, pour mieux s'empresser de les excuser !

    Jamais non plus, ce syndicaliste-policier sympa ne mentionne les 400 ouvertures d'enquêtes de l' IGPN restées sans suite car à ce jour, aucune sanction n'a été prise contre quelque policier que ce soit !

     

                          


     

                 Certes, Alexandre Langlois prend soin de préciser qu'il soutien une police  dédiée à la défense de la veuve et de l'orphelin. Il ne manque pas de fustiger l'Etat Macron. Mais alors, sans doute ignore-t-il l'histoire de sa police, de cette police, de "notre" police, et particulièrement son casier historico-judicaire : la répression sanglante des grèves ouvrières du 19è et du début du 20è siècle, celle des insurrections de 1848 et de la Commune de Paris de 1871; de la période de l'Occupation à la torture en Algérie, sans oublier les morts au Métro Charonne et les massacres du 17 octobre 1962... ici en France...

                  Méprisé par ses collègues qui eux assument aujourd'hui leur métier qui consiste aussi et surtout, après avoir servi la veuve et l'orphelin, à participer au racket des automobilistes, aux contrôles incessants de tout ce qui ressemble de près ou de loin à un Arabe, un Musulman, un Africain, et au tabassage de centaines de Gilets jaunes sans protection, hommes ou femmes confondus, dans une impunité totale...

                          Alexandre Langlois, tout policier qu'il n'est pas et n'a sans doute jamais été, ignore finalement - et les médias avec lui -, qu'il n'y a jamais eu, qu'il n'y aura jamais de police a priori républicaine ; il n'y a que des Etats, des gouvernements et une chaîne de commandement en ce qui concerne le maintien de l'ordre... républicains ou non.

     

                    Le vrai métier d'un policier, c'est d'obéir. Et l'on peut dire que tous s'en donnent à coeur joie depuis des mois face au mouvement des Gilets jaunes même si l'on peut douter que la chaîne de commandement  mentionnée plus haut leur ait donné explicitement l'ordre de tabasser à 6 contre une, après l'avoir tirée par les cheveux à l'écart et à l'abri des regards indiscrets, une femme qui hurle au supplice (ICI).

    Néanmoins, nous ne sommes pas dupes : c'est bel et bien un service d'ordre sur un "mode terreur" qui a été mis délibérément en place par l'équipe de Macron dès les premières semaines du mouvement ; terreur d'une efficacité redoutable puisqu'une grande partie des manifestants présents là partir du 17 novembre et les semaines suivantes, traumatisés par la brutalité de la répression - les retraites en particuliers - ont depuis, désertés les rues. 

    Précisons que tous les syndicats de policiers et leurs membres se sont ralliés à ce choix d'un service d'ordre sur le "mode de la terreur" sans broncher et avec zèle. Des centaines de vidéos sont là pour en témoigner. 

    Là encore, notre policier modèle s'est bien gardé d'en faire état.

     

                    Esprit confus, force est de constater qu'Alexandre Langlois s'est trompé d'emploi stable : il n'a rien à faire dans la police .... à moins qu'il nourrisse en secret le projet de nous vendre l'idée que toutes nos conquêtes sociales nous les devons à cette police et à leur défense incessante de la veuve et de l'orphelin, ... à cette police protectrice des plus faibles : " Mais oui ! mais c'est bien sûr ! les CP, c'est la police ! La Sécurité sociale, c'est la police ! La liberté d'expression, c'est la police !".

                   Salaires indignes, des milliers d'heures supplémentaires impayées, commissariats infestés de rats et de punaises, suppression de milliers d'emplois par un Président Karcher plébiscité par des policiers crédules, des véhicules vétustes, des policiers dans l'obligation de financer leur matériel et leurs vêtements de protection...

    C'est tellement évident : n'attendez jamais le respect de vos droits et de votre intégrité physique d'une police capable d'accepter des années durant de telles conditions de travail ; pour ne rien dire de l'échec aussi calamiteux que scandaleux de leurs syndicats que tous soutiennent bec et ongles.

    Comme un fait exprès, de l'aveu d'un certain nombre de policiers, une grande partie des ordres reçus était illégale. 

    Aussi, rien de surprenant que l'Etat soit dans l'obligation de couvrir 99% de leurs bavures à tous ( une réflexion à ce sujet ICI), ne serait-ce que pour leur faire oublier le mépris avec lequel cet Etat, leur employeur, les considère car enfin, lorsque le faible (le policier) est sans courage face au fort (l'Etat) qui l'humilie, c'est alors qu'il prend pour cible un plus faible que lui ( un gilet jaune).

    Quant à notre policier modèle, Alexandre Langlois, si la veuve et l'orphelin l'intéressent tant, et pas simplement la sécurité de l'emploi - la motivation première inavouée et inavouable de toute candidature dans ce corps de métier  pas très regardant sur le niveau d'instruction des candidats - , on pourra sans difficulté lui indiquer la voie à suivre ; celle qu'ont emprunté de tout temps, ceux à qui on doit nos protections sociales et démocratiques.

                  Et devinez quoi ! Aucun d 'entre eux n'était membre de notre police tellement républicaine et droit-de-l'hommiste... et tout et tout et tout !

     

     

     

    * billet de blog censuré par Sud Radio au cours de l'émission "Jeudi Chouard: L'heure des citoyens constituants #7" qui recevait Alexandre Langlois. 

     

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  • L’immense défaite morale du régime de Macron *

     

     

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                   Si les violences  des black-blocs sont âprement dénoncées, c’est au prix du silence dont les abus de pouvoir et les violences de la police de Castaner demeurent couverts ; dénonciation qui se garde bien de faire la distinction entre le policier sur lequel un pavé est lancé et des gilets jaunes, femmes ou hommes, tabassés à 6 contre 1, par centaines depuis le 17 novembre, pour ne rien dire ceux qui ont perdu qui un œil, qui une main, et tous les autres, victimes de blessures aux séquelles à vie… dans la juste représentation des cellules des milliers de gardes à vue préventives d’une complaisante inouïe et dont des procureurs sans honneur se font les complices - gardes à vue destinées à empêcher des manifestants de rejoindre leurs cortèges -, des maltraitances et des privations des droits sans nombre - refus d’appeler un avocat, confiscation et destruction des portables -, des centaines d’ordres illégaux de l’aveu même de quelques policiers, trop rares comparés au silence de leurs syndicats à ce sujet, aux martyrs de ce mouvement, primo-manifestants retraités et jeunes adultes tout juste sortis de l’adolescences, traumatisés dès les tout premiers jours.

                    Qu’en pensez-vous, ô familles de tous ces héros involontaires ?

     

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                   Ne perdons pas de temps ici à démontrer toutes les manœuvres d’une communication élyséenne en soutien à la place Beauvau et au ministre de l’intérieur, fidèle d’entre les fidèles du locataire de l'Elysée, nommé Castaner, un bluffeur qui n’a manifestement pas oublié ses années de joueur de poker sur la place marseillaise, attablé avec des truands ; ni non plus à demander à son premier ministre, comment, à son gré, le régime d’une 5è République à bout de souffle, à court d’arguments – d’où sa violence -,  peut encore se maintenir sans une répression qui n’a rien à envier au régime de Vichy dans sa nature et la personnalité des hommes et des femmes qui l'ont servi hier  - opportunisme de la pire espèce ; médiocrité morale et intellectuelle ; répression qui se déploie à grand renfort de mercenaires, de voyous du maintien de l’ordre, de miliciens aux comportements crapuleux et sadiques… tout un dispositif répressif dont l’âme boueuse cache difficilement un parti pris assumé pour un maintien de l’ordre sur le mode de la  terreur dans une défaite morale accomplie que "le régime de Macron" devra boire jusqu'à la lie.

    Ne les entendez-vous donc pas tous, entre deux tirs de flash-ball et deux lancés de grenades dites de désencerclement, se réjouir en ces termes : « Ces chiens et ces chiennes ne sont pas près de revenir nous emmerder samedi prochain ! »

     

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                          (Didier Lallement, préfet de police de Paris depuis mars 2019)

     

                     Si la mansuétude est facile à un Président populaire et respecté, en revanche, dans le contexte d’une Présidence qui ne recueille au mieux qu’un petit tiers de soutien, face à une contestation qui ne faiblit pas, sur quoi cette présidence pourrait-elle bien s’appuyer si ce n’est sur l’intimidation, la peur et finalement, la terreur. Certes, ce même président, ses ministres, ses députés et des médias tout acquis à sa cause, auront beau jeu de rétorquer : « Macron n’a-t-il pas été démocratiquement élu ? N’avez-vous donc pas reconnu votre défaite à tous (la majorité !) ? »

    Elu démocratiquement ? Sans doute. Mais tellement mal élu… car ce président est bel et bien condamné à occuper l’Elysée avec son score du premier tour : 18% des inscrits. N’en déplaise à tous les chroniqueurs des médias dominants.

     

    ***

     

                    Qu'à cela ne tienne !

                    Tournons-nous maintenant vers demain car il est déjà grand temps.

                    De quelle indulgence devrons-nous faire preuve pour tous les coupables, pour toutes ces petites mains de la répression et tous les donneurs d’ordres ? Quel procès, quelle sentence - Elysée, Matignon, députés LREM, police, Médias… - quand tous auront été précipités du pinacle ? Ou bien alors, fatigués, nous laisserons-nous glisser, volontiers, aux solutions de facilité : le pardon, l’oubli ? Ce serait pour eux tous, à n’en point douter, la meilleure garantie de pouvoir se retourner. Ne les entendons-nous pas déjà nous murmurer : « Ne savez-vous pas que nous sommes tous réconciliés ? »

    Cette inclinaison au pardon sera-t-elle l’expression d’une âme charitable car un fait est certain : pour s’indigner et punir, encore faut-il croire sans vergogne excessive ni fanatisme, à tous nos aïeux de 1793, de 1848, de 1871, de 1936 et de 1968 côté ouvriers.

    Que l’on ne s’y trompe pas : si l’on peut légitimement craindre que les conséquences de cette répression qui nous confirme une fois de plus qu’il n’y  pas a priori de police républicaine ni de médias honnêtes ni de ministres  ni de députés responsables et indépendants moralement de toute fidélité dégradante mais seulement des hommes soucieux de la justice et du droit, et d’autres… de la déontologie d’une profession, ou bien l’absence de ces hommes-là,  et si l’on doit fortement douter que de « ces mois de matraque » (avant des années de plomb encore à venir ?) et de privation des droits les plus élémentaires de la personne, ces mêmes conséquences ne soient nulle part explicitement tirées...  

    De cette crise sociale qui a pour origine non pas une crise du dialogue tant évoquée par les cancres d’une sociologie de piliers des cantines et des plateaux télévisés (car enfin, dans le cadre d’un « il n’y a pas d’alternative »  qui est celui de ces trente dernières années, quel dialogue est-il possible et à propos de quoi ?) mais bien plutôt d’une crise de la non-représentation de nos institutions, véritable crise de régime… on peut aussi être assurés qu’il y a encore une poignée d’hommes assez intelligents pour savoir, dès maintenant, la défaite assurée pour tous ceux qui auront trempés dans cette farce macabre que sont la candidature et l’élection d’un Macron qui n’avait pour lui que l’effet de surprise et une jeunesse aussi trompeuse que pompeuse sous l’ombre d’une pyramide en verre.

    Si pour d’aucuns la vieillesse est un naufrage, il semblerait que la jeunesse soit devenue non seulement un naufrage mais une noyade et un enterrement. Aussi, empressons-nous de souhaiter à ce mal-président de belles obsèques politiques dans l’intimité de sa pseudo-famille électorale qui n’était qu’une bulle spéculative idiote même si, on n’en point douter, une belle carrière professionnelle à l’international attend notre candidat à l’échec cuisant et déshonorant : servir, encore et toujours servir, larbin né !

    Car, force est de constater, que tout ce beau monde à la vue courte et basse, respire la défaite malgré quelques succès que leur complexe de supériorité est incapable de juger aussi éphémères que cosmétiques : un Edouard Philippe au regard de chien battu, ses ministres, un Castaner protégé, au regard vide, à la voix sans coffre au ton sournois, des députés LREM sans conscience ; et Macron, l’homme qui se suffit à lui-même et qui n’attend rien de personne, ni de sa fonction ni de cette grande nation qu’est la France ; un homme qui n’a besoin de rien sinon de lui-même, encore et toujours.

    Une gageure sans précédent pour un Président de la République ; en cela, une erreur gigantesque.

     

                     Limiter les dégâts et la casse sera sans doute la seule ambition de ceux qui comptent bien, en coulisse, succéder aux responsables de ce désastre ; épargner les uns, ménager les autres - police, médias, ministres, députés - demandera de rendre acceptable a posteriori une présidence qui aura pourtant fait appel aux mêmes ressorts que ceux du régime de Vichy, - mensonges (fake-news, intimidation, médias de propagande, barbouzes en tous genres, culpabilisation et diabolisation des réfractaires, violences et terreur -, contre l’avis de tous ceux qui souhaiteront très tôt se joindre à la demande massive qui ne manquera pas de se faire entendre, d'une enquête au sujet de la gestion de la crise sociale - gestion dans son ensemble - qui aura percuté de plein fouet et qui divisera pour longtemps notre pays.

    Certes, une présidence, un gouvernement et un groupe de députés vindicatifs et en dessous de tout, repoussent toute sympathie ; en revanche, un régime dit bénin dans ses excès, ne constituerait-il pas pour la paix sociale un intermédiaire rêvé ? Une paie toute de mollesse, sans vainqueurs ni vaincus ; une paix blanche ; celle que les troupes de Macron appelleront très prochainement de leurs vœux et celle dont Macron espère lui-même être le greffier.

    Précisons ceci : vis-à -vis de ce programme de réconciliation, la seule position honorable est la suivante : « Capitulation sans condition ».

                      A l’idée de la fausse paix intérieure, une seule mise en accusation : Macron, Castaner, une garde des Sceaux qu'il n'est même pas nécessaire de nommer, les médias et les  principaux acteurs de la chaîne de commandement des forces de l’ordre. Quant aux députés LREM, les élections, toutes les élections à venir, se chargeront de leur infliger la plus grande des sanctions : sanctions qui ruinent tout espoir de faire carrière en politique.

    Le jugement des responsables de ce régime de terreur qui bafoue le droit, tous les droits, ne répond pas seulement à un profond et légitime besoin de la conscience populaire, celle des Gilets Jaunes en priorité qui auront payé le plus lourd tribut ; Gilets Jaunes qui ne sont pas aussi minoritaires que les médias le laissent entendre : la résistance dans laquelle les Gilets Jaunes ont très tôt communié, a attisé chez nous tous un esprit de solidarité, un esprit d’amour sans doute aussi ; à ne pas confondre avec de la faiblesse.

    Non, cette exigence, on la doit aussi aux familles meurtries, celles des lycéens, celles des hommes et des femmes, tous livrés à une violence qu’aucun préfet n’aura condamnée ; en particulier, tous ces tirs sur des visages pris pour cibles et le tabassage de femmes et d'hommes jetés à terre, un gilet jaune pour seule protection.

    Ce jugement sera le seul moyen de venger notre honneur, celui de nos compatriotes et celui de notre République que des voyous ont pris en otage. Avec mesure et équité, ces jugements devront tomber ; et ils tomberont. Ces jugements nous laveront de la tentation de l’oubli et du pardon, de la tentation d’une complaisance envers des manquements d’une gravité sans précédent depuis les années 60, perpétrés par des misérables qui ont osé présenter devant les plus faibles de nos compatriotes, les plus précaires, les plus exposés à des politiques injustes et cruelles, l’image d’une présidence, d'un gouvernement et d'une "République dite en marche", agenouillés devant une exigence de sécurité instrumentalisée basée sur le recours à la terreur.

     

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    l'étrange défaite de macron,castaner,lallement préfet de paris

                    Au mois de mai... nous ne sommes aujourd’hui qu’au début du printemps. La vraie saison, celle qui demandera que les comptes soient rendus à la Nation, viendra demain ; et ce sera celle des jugements aussi justes que sévères.  

     

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    l'étrange défaite de macron,castaner,lallement préfet de paris

     

     

     

    * Titre et billet largement inspirés par l’ouvrage de Marc Bloch : « l’Etrange défaite » écrit en 1940, qui, elle, n'était pas souhaitable  - face au régime Nazi contrairement à celle de Macron face à la morale - ainsi que  « La vraie saison des juges » : "Les cahiers politiques", novembre 1943 ; un Marc Bloch historien, fondateur avec Lucien Febvre de l’Ecole des Annales ; après avoir été torturé par la Gestapo, il sera condamné à mort et fusillé le 16 juin 1944, pour faits de résistance

     

     

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  • Les annonces de Macron ou l'injonction à la résignation et à la mort pour les classes populaires frappées par la pauvreté

    gustave doré les annonces de macron la pauvreté bafouée

    (Gargantua - illustration de Gustave Doré)

     

     

     

    Ce qu'il faut retenir des annonces d'Emmanuel Macron :

     
     
    - Rien pour le salarié à plein temps, quand il a la chance d'un contrat à plein temps, à 1150 euros par mois dont le frigo est vide (ce salarié ne paie pas d'impôt sur le revenu - aussi toute réforme fiscale n'aura aucun effet) : seul un découvert bancaire permet de le remplir en partie…
     
    - Rien pour le retraité qui, dès le 15 du mois, doit partager la nourriture de son chien ou de son chat ( l'indexation des petites retraites à partir d’ une inflation à 1.5%, c'est entre 10 et 15 euros par mois de revenus supplémentaires).
     
                    Quant aux mesures de recouvrement des pensions alimentaires, c'est vraiment méconnaître le comment et le pourquoi d'une femme qui élève seule un ou deux enfants dans la pauvreté quand on sait que la plupart des conjoints sont insolvables ou bien introuvables... pour ne rien dire des cas où aucune demande n’a été déposée par la mère.
     
                     Rien pour et contre la lutte contre la pauvreté donc, rien pour près de 15 voire 20 millions de nos compatriotes.
     
                     Une information qui ne trompe personne : le MEDEF est satisfait des mesures annoncées ; il s’est senti soulagé : plus de peur que de mal.
     
     
                     Faut dire que Macron, ses troupes,  et le "système" connaissent le taux d’abstention chez les classes populaires ; et cette abstention massive, eux tous la plébiscite ! 
     
    Les pauvres cessaient alors de voter ? Le rêve pour tout ce beau petit monde !
     
    Jugez plutôt : MLP au second tour, une abstention de 35%... et voilà Macron (ou tout autre locataire de l'Elysée) ré-élu en 2022 avec 18% des inscrits au premier tour comme en 2017 ! Soit un vote en faveur de ce locataire qui se situe entre 35 et 40% des inscrits : ce que l‘on peut appeler "l'électorat garant du système" composé d’une majorité des classes moyennes et de la totalité des classes supérieures ; classes qui ont fait sécession face à la pauvreté de millions de nos compatriotes :
     
                         " Comment ça ? Des retraités indigents qui ne servent à rien ! Un salariat sans instruction employé dans des métiers destinés à terme aux excédents humains du continent africain ! Que tous se taisent donc !"
     
    Toute une population au rebut alors (1) ?
     
     

                                           
     
           
                    Aussi, que ceux qui vivent dans la pauvreté, les Gilets Jaunes et ceux qui les soutiennent, sachent que l'on partage déjà leur déception, et encore et toujours, et plus que jamais leur colère aussi dans leur refus d'accepter de sombrer socialement et de disparaître physiquement en silence, dans l’indifférence ou bien l’ignorance car ce qu’on ne voit pas n’existe pas.
     
     
     
     
    1A ce sujet .... une réflexion vous est proposée ICI 
     

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  • "Livre d'image" : le retour de Jean-Luc Godard - c'était en 2016

    livre d'image  de godard

     

               La critique a été d'une telle complaisance à l'égard de Jean-Luc Godard et de son "cinéma" depuis un bon demi-siècle que notre réalisateur a fini par croire qu'il avait vraiment quelque chose à dire et qu'il le disait bien, voire... mieux que quiconque. 

    Pauvre de nous alors... nous, spectateurs.

               Si le cigare est toujours là - on n'est pas fils de banquier suisse pour rien - sachez que Godard donne dans la conjugaison au passé antérieur... et ça c'est plutôt nouveau. A quand le subjonctif imparfait ?

    Précisons aussi qu'il n'y a pas une seule image "propre" dans ce livre, - saturées qu'elles sont du côté de la couleur ! - sans doute parce "ça fait style...". Mais ça, ça l'est moins... nouveau. C'était déjà dans le cas dans "Film socialisme" de 2010. Quant au son...

    En ce qui concerne la musique, il aurait vraiment fallu  - mais il est sans doute trop tard aujourd'hui -, que quelqu'un s'occupe de l'éducation de notre réalisateur dans ce domaine. Tous ces pastiches récurrents de musique romantico-pantoufle ou bien celle d'un répertoire classique écuré dans les hypermarchés, dénotent un manque de culture musicale qui ne date pas d'hier : dans "Le mépris" (1963) - film putassier, prétentieux et bête, film-esbroufe -, 90 minutes durant sous la dictée du "compositeur" Georges Delerue, on pouvait déplorer l'absence d'un choix musical qui soit à la hauteur des ambitions affichées.

    Nouvelle vague, nouvelle vague... plus ça change plus...

               J.L Godard confirme : assurément contemporain, de son temps donc, un peu escroc  - contrairement à ce qu'il aimerait nous faire croire, Godard ne travaille pas, ni les textes  ni ce qui devrait être son art, le 7è du nom -, en cela on peut craindre que la postérité soit sans pitié à son égard, JLG  demeure sans aucun doute le réalisateur français le plus sur-évalué qui soit car avec cette nouvelle production, certes, on réalise à quel point Godard aime les images (de cinéma ou pas ) mais bien davantage encore et surtout, à quel point les autres réalisateurs ont été et sont bien plus doués que lui quand il s'agit d'en fabriquer, d'en produire et d'en diffuser... de ces images que Godard aime tant.  

               Tenez, une dernière chose, trois fois rien mais n'empêche : plus une image sur la Palestine, plus une... mais un seul mot, chuchoté, presque honteux... ou bien craintif ?  Alors que notre réalisateur avait toujours quelques images et quelques mots en faveur de ce petit peuple sans défense, humilié, volé et tué à petit feu.  

    Godard a donc été mis au pas. Dont acte. A moins qu'il ne s'y soit mis tout seul comme un grand qu'il n'est pas car il a du flair notre réalisateur.

                "Livre d'image" libre dans la contrainte et la soumission alors ? 

     

                Le "livre" se termine sur l'Arabie telle qu'elle se nommait dans les années 20 du 20è siècle ; un long charabia sans direction ; un radotage qui achève de nous assommer d'ennui.

                Aussi, si la vieillesse est un naufrage, pour d'autres elle est aussi une noyade et d'autres encore, un enterrement. Souhaitons alors à JLG de très belles obsèques. 

     

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  • Marxistes, Léninistes, Communistes, l'URSS et les historiens

                 

                  Pourquoi  finalement ont-ils tous besoin de "vivre dans le crime"  - ce crime qui les habite et les habille tous ! - en couvrant ceux des uns contre et avec ceux de tous les autres même et surtout des décennies après leur accomplissement ?

     

               marxistes,léninistes,communistes,urss et historiens

                             ***

     

                C'est l'historienne marxiste-léniniste Annie Lacroix-Riz qui, à la lecture de ses nombreuses conférences diffusées sur internet, a réveillé chez quelques uns d'entre nous l'interrogation suivante ; interrogation qui a pourtant longtemps semblé sans objet depuis disons les années 70 (pour les plus tardifs d'entre nous), à savoir : quel bilan et quels enseignements doit-on tirer de l'expérience soviétique ? Bien qu'il nous ait toujours paru surprenant que les partis dits "communistes" d'Europe de l'Ouest, français en particulier, se soient si longtemps cru dans l'obligation de soutenir cette URSS alors que son fiasco ne faisait déjà plus débat depuis des lustres : fiasco  économique, fiasco politique (crimes de masse, assassinats politiques sans nombre), fiasco culturel et artistique (musiciens, écrivains, peintres, cinéastes, danseurs condamnés à l'exil, à l'assignation à résidence, à l'internement  psychiatrique, au Goulag... c'est au choix !), et puis, fatalement... fiasco humain encadré par une police politique infâme qui n'offrira à des populations écrasées, Russes ou non, une seule et unique échappatoire : le refuge dans un alcoolisme endémique.

    Car, si les Chinois avaient le petit livre Rouge pour apprendre à penser, les populations de l'URSS avait la vodka pour ne plus penser du tout. 

                     Vraiment surprenant de la part d' Annie Lacroix-riz, grande pourfendeuse de ses confrères historiens pleutres et carriéristes, indécrottables adeptes des falsifications de l'histoire et du mensonge par omission, une Annie Lacroix-riz pourtant intraitable à juste titre, avec une classe politique européenne de tout temps aux ordres de la Banque et des Multinationales... surprenant donc qu'elle n'ait pas su à son tour faire preuve de la même exigence à la fois professionnelle et morale à l'endroit de cette grande catastrophe humaine qu'a été l'expérience soviétique (1).

                   Vraiment curieux cette fidélité envers cette expérience de la part d'individus pourtant éduqués ( majoritairement universitaires), avisés et informés ! D'autant plus qu' il s'est agi d'un régime que l'on peut sans difficulté associer à cette autre catégorie politique qu'est le fascisme ;  plus près donc du fascisme que de toute idée de  communisme quelle qu'elle soit... cette URSS !

    Jugez donc : culte de la personnalité (en la personne de Staline), culte du parti, culte de l'armée, et de la défense de la patrie, Etat paranoïaque ("complotiste" on dirait aujourd'hui) ; Etat qui aura érigé la délation, celle de son prochain souvent voisin - délation sous la forme de dénonciations calomnieuses - en vertu cardinale de toute société bien organisée. 

    Tel était fasciste (de gauche) celle ou celui qui se croyait communiste ? 

                    Mais alors, cela ferait donc chic de soutenir contre vents et marées et contre tous, que l'expérience soviétique a été globalement positive ?

    Pauvre Marx... on lui aura vraiment tout fait (2) !

     

                    Inutiles de s'inquiéter néanmoins. Soyons bien tranquilles car trois faits peuvent nous conforter ; trois faits qui rendent  futile  tout débat autour du bilan de l'expérience soviétique ainsi que toute tentative de le ranimer  ; tentative que l'on jugera ubuesque, voire excentrique, mâtinée d'un snobisme un rien transgressif cultivé par des dandy de la politique et de l'histoire.

    Aussi, continuons de dormir sur nos deux oreilles car enfin... 

    - de l'avis de tous les marxistes qui ont lu et compris Marx, en particulier dans son association avec Engels - son mécène (avec l'argent du père de ce dernier) -,  et le Manifeste communiste de 1848, l'URSS n'avait, n'a jamais et n'aura jamais quoi que ce soit à voir avec le Communisme... 

    - aucun des peuples qui a vécu sous la botte de l'URSS, celle de Staline en particulier, ne regrette la chute de cette (vieille garce que l'on disait increvable) d'URSS...

    - seuls celles et ceux qui n'ont jamais vécu sous cette botte ont soutenu ce régime,  confortablement installés à l'Ouest... un peu comme si "l'URSS, c'est pour les autres, toujours !"

              Cela étant établi, personne ne contestera le fait suivant :  l'URSS a représenté, c'est sûr, pour quiconque avait la faiblesse de se penser "communiste" et l'URSS avec lui,  une véritable opportunité, une sorte de coin de paradis, car pour ce qui s'est très vite avéré être une nomenklatura encartée dans un régime d'une nature oligarchique, pour tous ces "princes rouges" d'un capitalisme d'Etat, c'était...  datcha au bord de la mer Noire, grosse berline, grosse et puissance et caviar de Bakou dans l'assiette !

               Une nouvelle fois, la question se pose : pourquoi cette fidélité à ce fiasco et cette escroquerie criminelle ? Pourquoi  finalement ont-ils tous besoin de "vivre dans le crime" en couvrant ceux des uns contre ceux de tous les autres ? 

    Tant d'années après la fin du cauchemar, là, nous sommes encore dans l'obligation de nous interroger et forcés aussi, faute d'alternative, d'appeler à la rescousse la psychologie, voire la psychanalyse ;  et puis aussi, pour les cas les plus ardus : la psychiatrie. 

     

                    Décidément, cette fidélité quasi religieuse  - la religion soviétique qui avait pour centre officiel l'URSS comme le Christianisme le Vatican -,  d'une classe bourgeoise athée en manque de Dieu ou d'un petit père des peuples (contraints - la servitude ou la mort), aujourd'hui encore en la personne de Madame Annie Lacroix-Riz, cette complaisance inouïe envers la corruption généralisée du régime, gangrène de l'âme et de l'esprit civique, ses manquements, ses violences et ses crimes de masse, n'a définitivement rien à partager avec une quelconque fidélité à cet idéal Communisme, ce désir d'une grande fraternité soucieuse du bien commun dans la plénitude de tout notre potentiel en tant qu'être humain. 

     

     

    PS : Ce qui devrait retenir particulièrement notre attention c’est ce besoin de « vivre dans le crime » (Traite négrière, colonialisme, Hitler, Hiroshima, Staline, Mao, les crimes des USA durant la Guerre froide et après, le sionisme) d'un certain nombre d'intellectuels car refuser de le reconnaître pour ce qu’il est - un crime -, c’est le cautionner ; le cautionner c’est vivre dans le crime... c’est en reconnaître l’absolue nécessité : il faut soumettre, voler et tuer le plus souvent et le plus possible ! certes, par procuration quand il s’agit d’événements passés mais n’empêche...

     
    Ce qui peut en surprendre plus d'un à propos de l'historienne Lacroix-Riz, c’est qu’en définitive, elle ne dénonce pas les crimes parce que le crime est condamnable en soi mais bien parce qu’il s’agit des crimes de ses ennemis politiques ; et c’est alors qu’on réalise qu’elle aussi a manifestement besoin de vivre dans le crime en couvrant ceux de « son camp » qu’elle dit être celui du Communisme alors que... comme expliqué, la reconnaissance de la catastrophe humaine qu’à été l’URSS ne remet absolument pas en cause l’idéal communiste.
     
    Mais alors, la question suivante s'impose : combien peut-il y avoir de lecture du "Manifeste communiste de Marx et d’Engels de 1848" ? Mille ? Autant de lectures qu’il y aurait de partisans de la négation des crimes politiques de massent ( qui cachent des crimes aux motivations le plus souvent économiques à l'Ouest - ou chez les pays dits du Nord), et pire encore, de leur justification ?
     
    D’autant plus que l’idéal communiste, ce n’est pas qu'un parti, pauvre parti, ce n'est pas un label, ce n’est pas non plus du marketing... l'idéal Communisme, sa nécessité, c’est une chronologie, tout un déroulé historique d’événements et de penseurs qui nous y mènent ; ce sont des textes fondateurs, des faits...
     
    Quel lien alors avec l’URSS et sa catastrophe humaine longtemps défendue bec et ongles, aujourd'hui encore, par ceux qui se disent communistes ?
     
     

     

     

    1 - Au sujet de la complaisance dont fait preuve Lacroix-Riz à propos de l’URSS merci de vous reporter aux vidéos suivantes :

    https://www.youtube.com/watch?v=wlPNOq5gkp4 : dans les 15 dernières minutes au moment où son audience tente de s’interposer.... on réalise alors que Lacroix-Riz est incapable de la moindre analyse ou commentaire critique vis à vis du PCF et de l’URSS... 

    https://www.youtube.com/watch?v=eBAx91qMQzQ : comment Annie Lacroix-Riz et son entourage noient le poisson (ou le poison) - la catastrophe humaine qu'a été l'URSS - dans la dénonciation d’un anti-communisme primaire. Diversion scélérate... avec l'appui d'un ouvrage "le livre noir de l'anti-communisme" censé répondre à cet autre ouvrage dévastateur paru chez Laffond en 2000 : "Le livre noir du communisme". 

     

     

    - Au sujet des marxistes qui  fricotent avec une droite pétainiste, maurrassienne et mussolinienne  (si, si ! ça existe !), on pourra se reporter au philo-analyste Francis Cousin : ICI

                   

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  • Charles de Gaulle : amnésie et complaisance

                       La Cinquième République a 60 ans et plus : osons un regard en biais sur son premier, seul et dernier chef d'Etat : Charles de Gaulle, selon le principe qui veut que rien n'éclaire autant la vérité que le dévoilement du mensonge même et surtout par omission.

    de gaulle,algérie,mai 68

                      De Gaulle par-ci, de Gaulle par-là... à l'heure où les souverainetés nationales sont malmenées par une construction européenne tentaculaire, profondément autoritaire et méprisante, ci-après, quelques rappels de faits historiques indissociables d'un personnage que d'aucuns voudraient univoque et qui, semble-t-il, force l'admiration avec une complaisance surprenante et parfois même, un enthousiasme déplacée ; enthousiasme symptomatique d'une mémoire défaillante ou bien, sélective à dessein ?

     

     

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    Le 9 septembre 1944, un gouvernement d'unanimité nationale est constitué sous la présidence de Gaulle jusqu’en janvier 1946.

     

    1945 - Massacres de Sétif, Guelma et Kherrata : répressions sanglantes d'émeutes nationalistes dans le département de Constantine, en Algérie française.

    8 mai 1945 : fin des hostilités et la victoire des Alliés, un défilé est organisé. Les partis nationalistes algériens, profitant de l'audience particulière donnée à cette journée, décident par des manifestations d'abord pacifiques de rappeler leurs revendications patriotiques. Un policier tire sur un jeune Algérien tenant un drapeau de l'Algérie et le tue, ce qui déclenche des émeutes entre Algériens et Européens, avant que l'armée n'intervienne.

    Il y aura parmi les Européens plus d'une centaine de morts et autant de blessés.

    Après l’intervention de l’armée, en représailles, le nombre des victimes autochtones (algériennes), est difficile à établir aujourd’hui encore ; les autorités françaises de l'époque fixèrent le nombre de tués à 1 165 ; pour les historiens, le nombre varie de 8 000 à 15 000 victimes.

     

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    Le 29 mai 1958, René Coty fait appel à Charles de Gaulle qui deviendra ainsi le premier Président de la Vè République.

     

    Guerre d'Algérie : dès 1959, de Gaulle en revient à une solution classique de répression militaire ; jusqu'à l'hiver 1961/62, il choisira de poursuivre la guerre, au prix d'un accroissement de l'usage de la torture. Jusqu'à la fin de 1961, la lutte contre le FLN est menée avec autant de vigueur, et même davantage, qu'auparavant : selon Constantin Melnik, conseiller spécial de Michel Debré chargé de coordonner les services secrets, il y eut environ 500 assassinats politiques entre 1958 et 1961.

     

    Dans la nuit du 17 au 18 octobre 1961 à Paris, au lendemain de l'assassinat de policiers par des militants du FLN, une manifestation, interdite par les autorités françaises, fut organisée : les manifestants algériens protestaient contre le couvre-feu imposé en métropole aux ressortissants d'Afrique du Nord. Cette manifestation fut férocement réprimée. Selon l'historien Alain-Gérard Slama, le chiffre total est de l'ordre d'une centaine de victimes. Le préfet de police Maurice Papon couvrira ses policiers et le gouvernement l'ensemble de ses fonctionnaires.

    Quelques mois plus tard, le 8 février 1962, toujours à Paris, lors d'une manifestation interdite, huit manifestants « français » contre la guerre d’Algérie sont tués par les forces de police au métro Charonne et un autre mourra à l'hôpital ; on retrouvera le même duo : de Gaulle et le préfet de police Maurice Papon.

     

     

    ***

     

     

    26 mai 1967 : grève et massacre en Guadeloupe : des ouvriers du bâtiment réclament 2% d’augmentation et la parité en matière de droits sociaux.

    Alors que des négociations sont en cours, des CRS prennent position. Très vite, la tension monte. Les CRS lancent des grenades lacrymogènes pour disperser la foule et chargent à coup de matraques, à coups de crosses... et à coups de pieds. Le massacre qui s’ensuit fera 87 victimes civils guadeloupéennes (Papon auait-il été muté aux Antilles ?!) tués par des gendarmes et parachutistes français.

     

                   Décidément...

                   A la lumière des tous ces faits tragiques, force est de constater que… tout comme Racine et Shakespeare - mais sans le génie de ces derniers... de GAULLE TUE BEAUCOUP !

     

    ***

     

                    En Mai 68, au cours de la plus grande grève dans l'histoire du mouvement ouvrier français, on retiendra que l'on ne doit l'absence de bain de sang qu'à un Préfet de Police nommé Maurice Grimaud qui a succédé à Maurice Papon et à un Georges Pompidou, (sans oublier, côté étudiants, le fait que les parents des fils et filles de Mai étaient gaullistes), alors que le Général de Gaulle avait clairement fait savoir (on ne se refait pas, manifestement !) que la police ne devait pas hésiter à tirer sur les manifestants-grévistes pour rétablir l’ordre (se reporter aux mémoires du préfet Grimaud : En mai, fais ce qu'il te plaît).

    Avec ces derniers événements…

    Entre panique, incompétence et ignorance de cette France avec laquelle il n’hésitait pourtant pas à rebattre les oreilles du monde entier, ironie de l'Histoire,  et même si comparaison n'est pas raison, on ne pourra s'empêcher de penser au Pétain des années 40. En effet, de Gaulle a près de 80 ans au moment des événements de Mai : en juin, un vote de soutien tout relatif, lié au désir de l'électorat de retrouver un Etat fort, le maintiendra dans ses fonctions avant une démission précipitée dix mois plus tard ; démission sans gloire, dans une indifférence quasi ... générale ; de Gaulle n'étant déjà plus une solution d'avenir pour la société française.

     

     

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                     Haut en couleurs (celles de notre drapeau avec le rouge comme couleur dominante… celle du sang ?!) ce personnage « culte » semble forcer autant l'amnésie que l’admiration ou le dédain chez ses détracteurs ; ceux d'une gauche modérée ou à l'extrême d'une droite qui aujourd’hui encore n’est pas loin de lui reprocher de ne pas avoir tué assez.

    Aussi...

    Il serait temps que l'Histoire reconnaisse les milliers de cadavres qui jonchent le parcours de cet homme équivoque à l’autoritarisme finalement bien moins éclairé qu’il n’y paraît. Et si au royaume des imbéciles et des aveugles, les borgnes et les admirateurs sont rois, nul ne saurait nous empêcher de renvoyer dos à dos les uns et les autres pour mieux nous empresser d’emprunter d’un pas léger et confiant le chemin qui mène à un belvédère à la vue imprenable : celle des faits.

    Et pour peu qu’un kiosque à musique, non loin, nous propose une nouvelle interprétation d’un Chant des partisans qui, nul doute, au sortir de la Deuxième guerre mondiale, méritait une autre postérité et d’autres hommes avec lesquels partager cet héritage ( ces mêmes hommes qui refuseront aux peuples indochinois et algérien ce pour quoi ils s'étaient tous mobilisés contre l'ennemi nazi envahisseur)… on pourra, une fois encore, constater à quel point les héros d’hier voyagent mal dans le temps lorsqu’ils s’obstinent à vouloir encore, et contre toute raison, influencer son cours.

     

     

    PS - Dans ce billet, j’ai souhaité en priorité évoquer des événements à caractère politique : contestations, revendications, exercice d'une liberté de parole et d'action ; événements qui seuls permettent d’évaluer le "niveau" de liberté toléré par un régime ; en l’occurrence celui d’un de Gaulle.

    Au sujet de Mai 68, si ses fils et filles avaient été algériens, africains ou antillais, et si le passé nous est d’un enseignement quelconque, on doit malheureusement pouvoir légitimement penser que Pompidou aurait un peu moins insisté auprès de Gaulle pour qu’il n’y ait aucun bain de sang. Et si, sur un plan politique, de Gaulle a su se rendre indispensable tant en France qu'à l'étranger, et si ce Général a aimé la France, Pinochet a très certainement lui aussi aimé le Chili, et Staline l’URSS ; et tous deux ont su se rendre tout aussi indispensables.

    Quant à la politique de non-alignement vis à vis des Etats-Unis, celle-ci n’était pas plus louable et courageuse que celle d’un Tito vis à vis de l’URSS.

    Encore une fois, on doit pouvoir questionner ce personnage équivoque à l’autoritarisme finalement bien moins éclairé qu’il n’y paraît. En d’autres termes, plutôt euphémistiques, il faut bien reconnaître que de Gaulle, qui était un militaire et qui l'est resté, a eu beaucoup de mal avec la liberté en général (surtout quand il s'est agi de celle des autres) - la liberté d'expression en particulier -, la démocratie et la justice sociale : sous son régime, pas de redistribution des fruits d'une croissance pourtant record ; pour s'en convaincre, il suffit de se pencher sur la condition ouvrière avant Grenelle : salaires, droits des travailleurs et syndicaux. Et s’il lui est arrivé d’avoir une très haute idée de la France - une France sans Peuple ? -, c’était très certainement parce qu’il avait une très, très haute idée de lui-même et de la classe dont il était issu : une classe née pour guider, diriger...

    Devinez qui ou quoi ?!

    Des oies, ou bien plutôt... pour rendre à de Gaulle les propos qui lui appartiennent : des veaux.

     

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  • Après les médias, les partis de gouvernement, la police, voici le temps de la sécession des classes moyennes contre les Gilets Jaunes

     

     

    rosa luxembourg, gilets jaunes

     

    Rosa Luxembourg : " Mon oeuvre est dans la rue et dans les luttes"

     

     

                        « La Révolte des élites et la trahison de la démocratie » est un ouvrage du sociologue Christopher Lasch, publié en 1995 qui pose l'hypothèse que ce qui menace désormais la vie démocratique, c’est la coupure de plus en plus prononcée entre le peuple et les «élites» ; une coupure économique, matérielle, éducative (d’aucuns s’aventurent à mentionner une coupure intellectuelle ; cela reste à voir étant donné l’effondrement du niveau de réflexion des dits intellectuels médiatisés en particulier et de l’université française en générale) ; avec pour conséquence un repli des privilégiés sur eux-mêmes.

    Elites par-ci, élites par-là… encore faut-il définir ce qu’on entend par « élite » en 2019 car cette sécession est loin de ne concerner que les 1% les plus « on ne sait trop quoi » : les plus riches ? Les plus éduqués ? Les « plus, plus, plus ? »

    Un fait est certain : il ne saurait être question d’élites morales et intellectuelles ; une classe qui serait donc la moins cynique et la plus futée. Dans les faits, il s’agit d’une élite essentiellement économique, non entrepreneuriale pour autant car pas assez de talent pour ça ni de courage ! mais élite économique tout de même ; une élite qui, pour sûr,  n’a aucun problème de début et de fin de mois : meilleurs salaires et conditions de travail ainsi que de carrières ; propriétaires de leur logement situés dans les régions à fort potentielle, dans les meilleures villes et dans les meilleurs quartiers ; la classe « Maastricht » et « Constitution européenne - traité de Lisbonne » - et « Euro » si l’on veut bien se donner la peine de dire les choses. Chez tout ce beau petit monde, tellement propre sur lui, on trouvera des taux de participation aux élections de l’ordre de 90% : pas bêtes ils sont ! Car « Le Grand soir » pour tous ces gens c’est maintenant, et tous les jours de la semaine ; et pas dans dix mille ans dans la perspective d'un RIC révocatoire, par exemple.

    Notons au passage que cette crainte ou bien plutôt, cette peur qui la leur, cette peur est vieille de mille ans ; c’est la peur de la bourgeoisie,  petite ou grande, quand, en bas, ça bouge ; une peur propre à ceux qui voient leur confort moral et leur confort matériel menacés ; car tout au fond de lui, le Bourgeois sait qu’il est un salaud ; il sollicitera la violence des armes et des véhicules blindés si son statut et ses privilèges sont contestés.

                    Sécession des classes supérieures voilà trente ans ; sécession des médias à la même période, avec, en particulier, aujourd'hui, leur absence délibérée d’honnêteté face au mouvement Gilets Jaunes ; sécession d’une grande partie de la classe politique (du PS aux LR) : tous contre les classes populaires ! Sécession de la police dans son hyper-violence qui nous a permis de rafraîchir notre mémoire historique (répression dans le sang des soulèvements ouvriers ; occupation allemande et guerre d'Algérie) : en effet,  il n'y a pas de police républicaine ; il n'y a qu'un Etat républicain ou non, et par voie de conséquence : une chaîne de commandement et des ordres républicains ou bien anti-républicains.

                    Ne nous y trompons pas  ; cette tentative de description de ceux qui ont fait « sécession » ne devrait certainement pas concerner que les classes supérieures et l’hyperclasse (loin s’en faut !)  mais aussi et bien plutôt, une partie des classes moyennes « tout court » et la quasi-totalité des classes moyennes supérieures, y compris les retraités aux revenus confortables sans être pour autant très aisés ; en termes électoraux, on peut alors sans difficulté estimer cette sécession non plus des élites seules mais des classes et catégories nommées précédemment, électorat du Système, entre 30 et 35% ( avec MLP au second tour et un taux d'abstention élevé, cet électorat est assuré d'avoir "le candidat dont ils ont besoin" à chaque élection) ; comprenez bien : jamais cet électorat ne prendra le moindre risque avec une réforme de nos institutions, la monnaie Euro et notre assujettissement à une U.E sous domination allemande ; une U.E relais d’un mondialisme sans honneur ni justice.

    Vous pourrez mentionner la misère, la pauvreté, l’injustice des conditions d’existence de millions de nos compatriotes, notre démocratie croupion qui ne satisfait que ceux qui n’en ont pas besoin car tout leur va bien finalement : tous n’en démordront pas car c’est à volonté et en coeur qu’ils vous rétorqueront : « Si c’était différent, ce serait pire encore pour eux tous ! »

    Il n’est que de se rappeler la première qui fut aussi la dernière manifestation des « Foulards Rouges » en opposition aux Gilets Jaunes ; leurs témoignages à tous ne manquent pas de nous faire comprendre que cette France des classes moyennes retraitées ou actives, n'a manifestement qu'un seul besoin : un besoin d'ordre, toujours plus d'ordre et de silence de la part de ceux qui refusent de se taire plus longtemps, une fois la honte vaincue, à propos de leurs difficultés quotidiennes ; une France sécessionniste face à tous ceux qui ont besoin de tout ; leurs témoignages à tous ces hommes et ces femmes sans problèmes de milieu ni de fin de mois, ne représentent-ils pas ce que l'on pourrait appeler "le fond du panier d'une conscience sociale et politique" d'une France profondément anti-sociale, à la limite de la "socio-pathie", dans leur absence, tout aussi irréductible, de compassion pour la colère de ceux qui refusent de survivre avec des revenus humiliants ? 

    Et tous se refusent à entendre parler de la pauvreté de leurs concitoyens ; tous se refusent à envisager qu’ils puissent se donner les moyens d’obtenir « justice ».

    L’acteur François Berléand, du cinéma et d’un théâtre pourtant subventionnés, les incarnera tous à merveille : « Depuis le début, ils nous font chier ces Gilets Jaunes ! ».

    A les entendre… on jurerait vraiment que leur prospérité à tous a toujours dépendu de la pauvreté des autres : des retraités à 900 euros par mois et des salariés au SMIC horaire.

    Et bien…  savez-vous ? Il se pourrait que ce soit le cas.

    Et si comparaison n’est pas raison, toute abjection gardée dans sa proportion, à propos de l’ultra-violence policière et de ses victimes,  de l’indifférence qui l'a comme "couverte" et "absoute", on pensera au Chili, au régime Pinochet et à la répression criminelle contre l’électorat de son président Allende après son exécution, avec le soutien des classes moyennes et de la bourgeoisie chiliennes…

    A les écouter, à les regarder, tout comme leur mentor et idole Macron - Robin des bois des riches, enfant-roi, arrogant, orgueilleux et vaniteux - d’une hostilité envers les Gilets Jaunes que même des journalistes pourtant sans gêne et dévoyés ne peuvent se permettre ( bien qu’une grande partie d’entre eux peine à se retenir), force est d'observer que tout ce petit monde est à l’humanité ce que sont, dans la chaîne alimentaire du monde animal en général et de la savane en particulier, le lion, la hyène et le vautour tout à la fois, ou bien plutôt « en même temps » : avec eux, rien ne se perd car il ne doit rien rester ou si peu…

    Mais alors, comment en sont-ils arrivés là eux tous qui refuseront de mettre la main à la poche pour que des retraités sans le sou et leur animal de compagnie cessent de partager  la même nourriture dès le 15 du moins ? 

    De ces classes qui ont fait sécession face à la pauvreté de millions de leurs compatriotes (des retraités indigents qui ne servent à rien ? Un salariat sans instruction employé dans des métiers destinés à terme aux excédents humains d'Afrique ? Toute une population destinée au rebut ? ), on n'oubliera pas d'inclure leur "incarnation politique" : ces gringalets primo-élus de LREM (on pourra aussi se reporter à "l'étude comportementale" de ces derniers : ICI), hommes et femmes en nombre, spécialistes d’une rationalité idiote qui n’est que la marque de leur ignorance ; et pas n’importe laquelle d’ignorance ; celle qui a pour origine l’assurance du débutant qui a cessé d’apprendre à compter du jour où il était pourtant d’une importance vitale de connaître et de comprendre.

     

    ***

     

                                 

     

                    Rappelons-le : la grande richesse de ce mouvement des Gilets jaunes né hors des usines, ces funambules de la subversion, c’est son caractère épiphanique : la révélation au grand jour du fait que l'organisation de notre société repose sur un seul et unique mensonge, «  le Grand mensonge » : la soi-disant recherche de la concorde et de la justice des conditions d'existence pour tous comme ultime projet commun au sein de l’espace France et de l’U.E ; projet qui se serait voulu d'essence humaniste qui plus est. Et ce mensonge est arrivé en fin de vie.

                       Aussi, quel que soit le destin de ce mouvement in-colonisable, mouvement Gilets Jaunes, ce Peuple du travail sans lequel la France ne pourrait tout simplement pas fonctionner, faut-il le rappeler, peuple longtemps invisible qui aura vaincu la peur - peur du mépris et du ridicule, peur des coups, peur de ne recueillir le soutien que d’une infime minorité de nos compatriotes -, qu’il soit dit ici avec la plus grande solennité que tous demeurent aujourd’hui les seuls que l’on puisse accueillir à notre table sans état d’âme, sans doute aucun quant à leur respectabilité, leur légitimité et leur autorité…

    Car cette France n'aura jamais besoin du déclassement et de la paupérisation de son voisin pour continuer de prospérer ou de se maintenir à flot ou bien encore, pour ne pas déchoir ; une France pour laquelle la vitrine fracassée d'une boutique des Champs Elysée ou celle d'une banque, ne décidera jamais du chemin que prendra son bulletin de vote ni son opinion en réponse à un sondage… 

                  Alors, oui ! Cette France-là, cette grande aspiration à une communauté humaine, à sa communion, est bien la seule France fréquentable aujourd’hui ; et pour longtemps !

     

    ______________ 

     

    A propos des Gilets Jaunes, merci de vous reporter à Jacques RancièreICI  ; à Raphaël Challier  LA ; à l'Assemblée des assemblées des Gilets Jaunes LA encore.

     

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  • Le cinéma de Joël Séria

                       

                   Jean-Pierre Marielle vient de nous quitter.

                   Peut-on dire qu'il est né avec le cinéma de Joël Séria ?

                  Grande est la tentation. 

     

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              «  Ne nous délivrez pas du mal », « Charlie et ses deux nénettes », « Les Galettes de Pont-Aven », « Les deux crocodiles »,  « Comme la lune »...

    Le cinéma de Joël Séria, cinéma des années 70 et 80, c’est tout ce que l'on ne peut plus aujourd'hui faire, dire et montrer sans passer pour un affreux jojo machiste, misogyne, franchouillard et beauf...

    Ce qu’on pourra vivement regretter.

     

                Absent des rediffusions télévisées, mais alors, ce cinéma de Joël Séria a-t-il été oublié ?

                Cinéma truculent, cinéma de la vie que l'on prend comme elle vient ... cinéma les deux pieds sur terre et la tête dans les nuages, cinéma de l'absolu, extravagant, proche d'un Bertrand Blier ou d'un Mocky mais tellement plus riche, plus "documenté", plus ambitieux aussi... Joël Séria a tout inventé, ou presque, de son cinéma.

     

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                 Né en 1936, élevé en Anjou, le cinéma de Joël Séria c’est un portrait de notre province française, et parfois... d'une France profonde, dont il ne reste plus dans son évocation et dans sa représentation que l’image qu’en donneront la troupe de théâtre Les Deschiens dans les années 90.


    Cette province, Joël Séria la parcourt avec tendresse, amour et passion car, le cinéma de Joël Séria, c’est la célébration de cette province héroïque qui n’a pas vraiment connu le Mai 68-estudiantin ; une province qui s’est « libérée toute seule » ; province des cours de fermes et des maisons villageoises qui donnent sur la rue… une province que Paris ne parviendra jamais à appréhender car jamais cette province-là ne se laissera mettre en bouteille.


                  Cinéma anti-Claude-Sautet, cinéma anti-Truffaut dont le cinéma "costume cravate" de petits bourgeois de centre-ville peine aujourd’hui à nous enthousiasmer, à l’exception peut-être de « Les quatre-cents coups » et « l’Enfance sauvage » en ce qui concerne Truffaut... l'oeuvre de Joël Séria, auteur, réalisateur, dialoguiste, ne doit rien à la littérature ou aux faits divers ; un vrai tour de force en soi.

    VRP, dépanneurs en électroménager, commerçants itinérants, bistrotiers, si la politique est absente des films de Joël Séria, pour Joël Séria en Bergman rabelaisien, les troubles de la société ne sont qu’une grande et vaste scène de ménage ; scène de la vie conjugale ; on se rabiboche, on pardonne ; on se sépare ; on revient  : le plus heureux n’est pas toujours le plus avisé mais bien plutôt celui ou celle qui accepte de ne pas tout savoir, de ne pas tout comprendre, de ne pas tout dominer, comme pour mieux se laisser porter et guider, quitte à se faire "rouler dans la farine" car, on a confiance a priori ; même si a posteriori, on se voit dans l'obligation de réviser son jugement tout en continuant néanmoins d’espérer car la déception et la trahison font partie de ce voyage qu’est la vie, de vie à trépas ; et si on ne meurt jamais dans le cinéma de Joël Séria, jamais vraiment, c’est sans doute l’amour du réalisateur pour ses personnages et ses acteurs qui leur garantit cette immortalité.

     

                  Certes, chez  Joël Séria, entre les hommes et les femmes, la bataille est rude ; ils ne se font pas de cadeaux même si jamais la rupture n’est consommée : c’est la comédie de la vie, comédie à l’italienne aussi ; et si les cons sont flamboyants, grandes gueules, sûrs d’eux-mêmes, ils restent modestes finalement…car ils ne prétendent qu’à un peu d’attention ; loin d’eux l’idée de dominer le monde  car enfin, nul n'ignore que l'on ne doit et qu'on ne peut compter que sur soi et sur ses proches, tout proches car seule la proximité vous sauve.

    Belle leçon pour notre époque.

    Mais cons, le sont-ils vraiment  tous ces personnages attachants, le plus souvent masculins ? Ne sont-ils pas plus simplement occupés à continuer de prendre leurs rêves pour la réalité car il faut le savoir : les personnages de Joël Séria, hommes et femmes, rêvent encore, rêvent toujours ; c’est comme une seconde nature chez eux.

                  Il est dit que, jeune adulte, Joël Séria était monté à Paris pour devenir poète ; sans doute ne savait-il pas qu’il l’était déjà et qu’il n’avait donc pas à le devenir car on ne devient pas poète, on l’est et on le demeure jusqu’à sa dernière illusion, illusionniste de son état.

    Qu’à cela ne tienne : Joël Séria n’aura rien perdu puisque…  film après film, notre réalisateur aura fait de son acteur fétiche, Jean-Pierre Marielle (ainsi que Bernard Fresson venu en soutien), son alter égo, un poète généreux et habité ; et de Jeanne Goupil : sa compagne pour la vie.

     

    ***

     

                Cinéma pas si populaire que ça finalement que l’œuvre de ce réalisateur ! puisqu’il faut bien le reconnaître : le cinéma de Joël Séria semble destiné en priorité à ceux qui souffrent d’une indigestion de cinéma guindé de cadres moyens et supérieurs : celui des années 70.

    Avec des personnages hauts en couleurs, Joël Séria souhaitait échapper au réel, s’évader ; ironie du sort, socialement et géographiquement bien ancrés, tous ses films nous y plongent et nous y re-plongent sans fin dans ce réel comme tout bon surréaliste qui se respecte.

    La bouffe, le cul et l’argent vite dépensé parce que c’est fait pour ça l’argent ! Si au lit, la vie de couple est fatalement un échec après un temps - et c'est dans l'ordre des choses, aussi pourquoi s'en désoler ! -, cet échec offre néanmoins pour l'homme comme pour la femme, tous deux parfois égaux, plus souvent complémentaires, de nouvelles voies insoupçonnées et des passages secrets libérateurs.

    Tendresse, amour et sexe... d’une énergie rare puisée au fin fond d’une libido, d’une pulsion de vie qui emporte tout sur son passage, le cinéma de Joël Séria ne connaît pas l’instinct de mort avec sa pulsion destructrice d’un pessimisme noir et complaisant.

    L’accordéon est toujours de la fête, le tango ainsi que la musique brésilienne et cubaine. Joël Séria qui connaît bien la sociologie de ses personnages, n’hésite pas à donner dans le mauvais goût ; les intérieurs sont saturés de tout, de rien, de tout ce dont on a pu faire l’acquisition dans les années 60 et 70, « Les trente glorieuses » oblige ! Reste que les tenues vestimentaires de ses « nénettes » sont colorées et aguichantes ; Jean- Pierre Marielle, lui, est vêtu comme un prince du haut de ses 1m95.

     

                   Le cynisme est absent chez Joël Séria ; seules l’ironie et la dérision ont voix au chapitre, et celui qui a le dessus n’est pas le plus malin mais celui qui a raison ; et le plus talentueux aussi. Moraliste Séria ? C’est sans doute là son côté « Billy Wilder » !

    Dialogues puissants, au ras des sentiments, du réel et des étoiles, la langue de notre cinéaste est d’une invention de chaque instant, à chaque mot, à chaque phrase, après chaque virgule… une écriture digne des meilleurs dialogues du cinéma français des années 30 avec Prévert et d’autres, plus tard avec Jeanson ;  cette langue qui est la sienne a très tôt compris la nécessité de sauver cette tradition avant qu’elle ne sombre totalement.

     

                  Dix ans d’éducation religieuse, d’école en école - messe le matin, confession tous les 15 jours -, ont bien failli avoir raison de notre cinéaste qui n’était pas encore Joël Séria mais Joël Lichtlé – nom d’origine alsacienne.

    Après dix ans de cet étouffement carcéral, le cinéma offrira à notre réalisateur la possibilité de respirer la vie à plein poumons ; il ne s’en privera pas, et ce… dès son premier long métrage, tout entier du côté du vécu.

                  Joël Séria ne connaît ni la caricature ni le pastiche, et moins encore la parodie ; il a beaucoup trop d’imagination pour ça ! Et puis… ne sait-il pas de quoi il parle lorsqu’il nous en parle ?

    Un temps imité mais jamais égalé car le succès attire les plagiaires et ceux pour lesquels le cinéma est une affaire de recette de cuisine, chez Séria, les femmes ont tous les âges : généreuses et naïves, les plus jeunes n’ont de cesse de vouloir croquer la vie, tandis que les moins jeunes s’accrochent et les hommes aussi.

    Quant aux féministes d'aujourd'hui, en particulier celles qui n'ont rien compris aux femmes qui ne le sont pas "féministes" (si l'on met de côté la question de l'égalité des salaires homme-femme dans laquelle toutes les femmes peuvent se reconnaître, et pour peu qu'il s'agisse là d'un combat que l'on peut qualifier de "féministe" !), sans doute s'arracheront-elles les cheveux car le cinéma de Joël Séria c’est l’homme et la femme non pas réconciliés puisque chez notre réalisateur, il n'y a jamais eu divorce, mais bien plutôt l'homme et la femme qui se regardent dans les yeux, se parlent au plus près de l’oreille, s'effleurent et puis finalement et fatalement, se mélangent et s'unissent dans un élan irrésistible, d’une nécessité absolue ; sel de la vie là où nichent les expériences émotionnelles et esthétiques les plus fortes ; et si la jalousie et le ressentiment peuvent quelquefois prévaloir, jamais la haine ni l’envie prennent le dessus car les personnages de Joël Séria ne sont pas résignés mais bien plutôt sages… sages d’une sagesse d’autant plus sage qu’elle a épuisé tous les excès possibles et toutes les expériences.

     

    ***

     

              Trente ans plus tard, ne comptez plus sur un nouveau Joël Séria car il faudrait pour ça que le cinéma français d’aujourd’hui ait quelque chose à nous dire, à nous montrer, autre que le nombril de ses réalisateurs (archétype de ce cinéma pour rien ou pour si peu, celui de la famille Garrel) et celui de leurs petites amies actrices - un cul chassant l’autre -, eux qui n’ont rien vécu, ou bien si peu, et qui n’ont rien cherché, rien vu et rien trouvé. La littérature et les faits divers n’y changeront rien car, in fine, le cinéma doit pouvoir reposer sur son propre imaginaire loin de ces deux béquilles ; ce que le cinéma de Joël Séria a largement prouvé, film après film ; l’admiration que voue Joël Séria à Fellini n’y est sans doute pas pour rien non plus.

     

                    Dans une interview en 2011, Joël Séria regrette de ne pas avoir pu tourner plus de films (une dizaine au total), à l’heure où, en France, chaque année, des centaines de millions d’euros sont dépensés dans des productions médiocres, voire affligeantes.

    Et là, il faudra bien le dire : ce qui condamne aussi notre époque, c’est le fait que ce cinéma de Joël Séria ne soit même plus envisageable pas seulement parce qu'il ne correspondrait plus à une réalité sociale mais bien plutôt parce que la bien-pensance l’interdirait : personne ne misera donc un Kopeck dessus.

    En revanche, les comédies fleurissent comme autant de mensonges qui se prennent pour la vérité (La famille Bélier, Les intouchables, Les Ch'tis, Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu) ; dans les faits, un cinéma non pas populaire (il suffit de penser au cinéma de Christian Jaque en comparaison) mais un cinéma du pauvre, très pauvre, sans saveur ni vérité aucune. Ersatz d’une réalité insaisissable, tellement le talent lui fait défaut, avec l'ultime recours à la caricature et à la parodie, tout y est faussement vrai dans ce cinéma-là à un niveau sans doute jamais égalé dans la longue histoire du Mensonge qui se prend pour la vérité.

                     Aussi, pour cette raison, ne cessons jamais de défendre l’œuvre de Joël Séria contre tous les pourfendeurs de la vie car cette oeuvre-là en déborde, incontrôlable et imprévisible.

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    Pour prolonger, cliquez : Joël Séria en entretien

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