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  • 11 septembre 2001 : 18ème édition

              

                18 ans après les faits, la version officielle des attentats du 11 septembre tient bon dans les médias dominants seulement car, partout ailleurs, cette version n'a pas cessé de vaciller.

                Finira-t-elle par s'effondrer ? Et quand ?

     

     

                     A travers une série de débats, réunissant des intellectuels et experts français, Carrefour des Consciences l'évènement du 11 septembre 2001. Ce premier débat réunit trois experts, trois professionnels français de l'aviation, qui vont ensemble analyser, et nous faire de leur expertise et de leurs convictions dans leur domaine de compétence : les avions du 11 septembre 2001.

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               « … événement monstre inaugural du XXIe siècle……. abîmes qui s'ouvrent sous nos pas……événement qui relève du mythe.»  

     

    Poncif après poncif, cliché après cliché… c’est avec de tels automatismes d’une pensée qui s’est très certainement construite à partir d’images et de commentaires télés et journaux  que l’on passe à côté de l’essentiel :

    Certes, le 11 septembre n'a pas changé le monde ! En revanche, il a permis un backlash des musulmans et des pays du même nom, Guantanamo et le USA Patriot Act... (1) pour le plus grand malheur des familles endeuillées de quelque côté qu'on se tourne, et le grand bonheur des sous-traitants du Pentagone, des acteurs économiques US dans leur ensemble, sans oublier l’Arabie Saoudite : 1er agent de propagation du bacille de la peste religieuse intégriste dans nos banlieues.

     

    ***

     



                    France3 (le 11 septembre 2012) brise l'omerta sur le 11-Septembre

     

              Qui peut sérieusement penser que tout a été dit (2) au sujet des événements du 11 septembre ?

    L’attitude des médias envers ceux qui questionnent la version officielle des événements du 11/09 ressemble plus à un réflexe-panique qu’à une décision réfléchie. Inutile de préciser que cette panique contribue à alimenter un climat de suspicion autour d’une possible omerta sur les événements 11 septembre.

    Et cette suspicion autour des circonstances et des auteurs de cet événement a pour origine le fait qu'il semblerait que ce soit la victime, en tant qu’Etat, qui ait profité de ces attentats, sur le dos des victimes civiles, puisqu’ils auront permis aux USA de mettre à genoux, dans le feu et le sang une région qui s'étend de la Libye à l'Afghanistan dans laquelle ils n'avaient pas que des amis.

    Elle est bien là la spécificité des attentats du 11 septembre 2001; là, et nulle part ailleurs.

     

              Manifestement, il existe une demande pour plus d’informations autour des événements du 11 septembre : qu’est-ce qui dans la version officielle peut être raisonnablement remis en cause ? Qu'est-ce qui, en revanche, demeure irréfutable ?

    Aussi... affirmer que tout nous a été dit sur les événements du 11 septembre, c’est faire preuve de la même arrogance niaise que de penser que tout dans la version officielle n'est que mensonge.

    A l'endroit de ceux qui contestent la version officielle, un verdict sans appel (parlons aussi de diagnostic) a été rendu : anti-américanisme, paranoïa et négationnisme. Intéressante serait la démarche qui consisterait à analyser les raisons pour lesquelles tant d'hommes et de femmes, patrons de presse et classe politique inclus, ont absolument et impérativement besoin de penser - jusqu'à s'interdire tout questionnement -, que la version officielle ne nous cache rien : quel verdict à leur sujet ?

     



    Epouvantails, autruches et perroquets

     

          Une enquête passionnante et édifiante du journaliste Olivier Taymans sur le naufrage médiatique du 11-Septembre. Le documentaire analyse la façon dont les grands médias ont occulté les zones d’ombre et les remises en question sérieuses de la version officielle des attentats, tout en ne manquant pas de stigmatiser ceux qui osent encore douter de cette version.

     
    "LOOSE CHANGE FINAL CUT"

     

    1 - Qu'il soit pour autant permis de rappeler ceci : personne ne nous forcera à choisir... entre une puissance, les Etats-Unis (et Israël... tantôt poisson-pilote des USA, tantôt électron-libre), empire orphelin privé de civilisation (dans le sens de... "entente spirituelle unanime entre les hommes" - Elie Faure), gigantesque outil de destruction seulement capable aujourd'hui d'exporter le chaos : chaos financier en Europe ; chaos guerrier partout ailleurs...

    Et une Europe absente de la scène internationale, sans volonté, sans force et sans projet autre que... servir les intérêts d'un nouvel axe : USA, Israël, Qatar et Arabie Saoudite.

     

    2 - Se reporter aux ouvrages de David Ray Griffin et au site ReOpen911

     

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    Pour prolonger, cliquez : ReOpen911

     

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  • Nietzsche : une histoire sans fin...

     France Culture consacre toute cette semaine à Nietzsche : c'est ICI

     

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                  Nietzsche est le penseur le plus mal lu et le plus mal compris par ceux qui se réclament de la gauche et par quelques esprits sommaires et confus (Michel Onfray entre autres). La droite, elle, l'a très bien compris ; c'est la raison pour laquelle ses intellectuels n'en parlent que rarement - et puis... culpabilité oblige, la récupération de Nietzsche par nombre de régimes concentrationnaires situés plutôt à droite du spectre politique de l'horreur, force le silence -, car la droite libérale sur un plan économique, voire ultra-libérale et mondialiste, répressive sur un plan sociétal, ne commente pas Nietzsche ; elle le vit.

                   Cependant, à défaut de réconcilier tout le monde, la pensée de Nietzsche semble convenir au plus grand nombre car tous y trouvent leur compte  : en effet, Nietzsche n'est-il pas le paillasson sur lequel tous peuvent allègrement s'essuyer les pieds, voire...  déposer sa petite crotte idéologique ?

                   Le romantisme infantile des "penseurs" des années 70 (avant les "French doctors" et les "French studies !") d'une complaisance inouïe envers la délinquance et la folie - n'en déplaise à Michel Foucault -, ont mis au goût du jour un Nietzsche diagnostiqué "psychotique" selon le principe qui veut qu'après le vin, c'est la folie qui conduit à la vérité, aveuglés qu'ils étaient par la moustache foisonnante du maître , car, au nom de "l'anti-psychiatrie" très vite érigée en dogme, tous ont ignoré le fait suivant  : à chaque fois qu'il est question des affaires humaines, les "fous" ne rêvent que de contrôle, de domination et de tordre le cou à tout ce qui résiste - humain et matière ; ceux qui connaissent "la parole des fous" savent que leur folie n'a rien de noble ; plus intolérante et plus autoritaire que la folie, vous ne trouverez pas ! Le fou est définitivement du côté de l'autoritarisme et de l'oppression ; il est le meilleur soutien d'un ordre social dans lequel les uns sont destinés à commander et les autres à obéir.

    Nietzsche n'est certainement pas l'exception qui confirmerait cette règle.

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    nietzsche,philosophie,politique

     

                  ... en continu, éternel retour de l’être cyclique face à lui-même, ressassement après ressassement compensatoires qui ne le sauveront pourtant pas.

     

     ***

     

                  Si une bonne partie de l’œuvre de Nietzsche annonce l’homme sans Dieu  - l'homme privé de foi, sans croyances, sans transcendance ni descendance - ainsi que les régimes policiers, totalitaires et génocidaires du 20è siècle - crimes de guerre, crimes contre l’humanité, holocaustes, en veux-tu en-voilà ! -, sa  pensée annonce une nouvelle ère : celle des grands malades mentaux à la tête des Etats.

    De dieu, Nietzsche, cependant, s'en donnera un : Dionysos, dieu et maître ; comme quoi, même pour un penseur comme Nietzsche, il est difficile de faire sans, manifestement !

    Dionysos donc ; dieu grec de l'ivresse et de la transe, à la fois dément et doux, grand trucideur sans merci, lubrique et anthropophage (vaste programme !) ; Dionysos le seul que Nietzsche considère à la hauteur, à sa hauteur ! Son seul semblable, l'unique... Nietzsche en sera comme "possédé" .... de ce Dionysos aussi décoiffant qu'effrayant. 

                 Homme masqué (Dionysos encore !), adepte du marteau et de l'enclume (Dionysos pour mieux taper sur le christianisme) agressif et violent dans ses écrits, tendre avec son entourage, misogyne dans ses textes, très prévenants  avec les femmes qu'il côtoyait, diagnostiqué maniaco- dépressif (maladie héritée de sa famille maternelle - merci Maman !), puis psychotique  - ce qui signera sa première mort, intellectuelle s'entend, en 1889 -, faute d’attention et de soins appropriés - si tant est que la médecine et la pharmacopée de son époque aient été capables de lui venir en aide (1) - jamais la maladie n'aura autant contrôlé et dirigé l'oeuvre d'un créateur. Et si Nietzsche est si populaire auprès des pensionnaires des hôpitaux psychiatriques qui sont, ne l’oublions pas, non seulement occupés par de pauvres bougres disgraciés mais aussi par des apprentis dictateurs et psychopathes car, on se soigne comme on peut - soit à l’hôpital, soit à la tête d’un Etat - c’est que les fous n’aiment rien tant que l’ordre et la force.

    Vous en doutez ? Ecoutez-les donc s’exprimer lorsqu’ils se mêlent de ce qui ne les regarde plus vraiment, à savoir de politique ; leurs propos vous donneront la chair de poule même si l’on sera toujours tentés de se dire : « Bah ! Les pauvres, ils ne savent pas ce qu'ils disent : ils n'ont pas idée ! »

                   Né posthume, déclaré poète pour nombre de nos poètes du XXe siècle à partir des années trente (René Char en tête), une fois sorti de l'oubli, poète de l'extase et de la "fuite des idées" - fuite torrentielle... rapport à sa maladie -, plus mystique  (il "voyait et entendait" ses livres avant de les écrire) que philosophe - Nietzsche était trop imprévisible, auto-centré et instable et bien trop dépendants  de circonstances sur lesquelles sa volonté et ses choix avaient peu d'influence (sa maladie dans toutes ses conséquences), pour que l'on puisse le considérer comme tel -, si l'oeuvre de Nietzsche, en partie hallucinatoire ( avec cet auteur, "Je" est vraiment un autre ; en cela il rejoint Rimbaud),  devra tout à sa maladie, entre deux crises de mélancolie aiguë précédées de migraines d'une intensité paralysante... force est de constater ce qui suit : quand notre penseur se pique de politique… la catastrophe n’est jamais bien loin car, si Nietzsche était né 50 ans plus tard, nul doute qu'il nous aurait quittés cinq et six ans plus tôt (faites le calcul, et vous comprendrez d'autant mieux pourquoi) ; et nombre de nos contemporains se garderaient bien aujourd’hui de nous le servir à tout bout de champ et à toutes les sauces car… il n’est pas difficile de deviner sous quelle bannière notre poète-philologue -philosophe (3 en 1) se serait rangé… même si… maigre des épaules et la poitrine creuse, Nietzsche serait sans aucun doute passé à la trappe le premier. 

    Pour une fois, les conseilleurs auraient subi le sort des payeurs... Qui donc s’en serait plaint ? 

    *** 

                "Volupté éternelle" accouplée à une "Volupté  d'anéantir" par-delà Bien et Mal, partisan de la table rase ( tout détruire pour mieux reconstruire), Si «  ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort » comme pouvait l'affirmer Nietzsche… on pourra tout autant affirmer que ce qui ne vous tue pas fait de vous un salaud ou un monstre, et parfois les deux ; il suffit de penser à la facilité avec laquelle une victime peut être tentée de passer du côté du bourreau ainsi qu’à l’enfance de tous nos tueurs en série, pour s’en convaincre.

    Nietzsche et le Surhomme, Nietzsche et la volonté de puissance... Nietzsche et la tentation de l'eugénisme : glorification du corps humain et masculin, ce corps athlète et guerrier, ce corps conquérant et triomphant...

    Décidément, compensation, tout n’est que compensation ! pour un Nietzsche qui tenait à peine debout, d’une santé précaire à la fois physique et mentale !

    Vampirisé par une culpabilité et un sentiment d'indignité (sentiment très lié à l'enseignement de la morale chrétienne), fils de pasteur, Nietzsche pensait que le Christianisme était la plus grande calamité au monde. A ce point vent debout contre le Christianisme que l'on ne lui connaît aucune relation sentimentale consommée avec une femme ; ses écrits confirment son dégoût envers toute relation charnelle (on ne ricane pas, svp).

    Autre détail biographique et historique : à l'occasion de son séjour dans la ville de Turin, face au spectacle d‘un cheval maltraité par son cocher, Nietzsche succombera à cette autre sensibilité qu’il jugeait pourtant décadente – la sensiblerie ; le déséquilibre entre l’extension indéfinie de notre empathie et une certaine capacité limitée à souffrir de la souffrance de tout ce(ux) qui souffre(nt) ayant atteint là son point de rupture. Nietzsche ne s'en remettra pas, à jamais silencieux. Avait-il aussi décidé de se ficher la paix une bonne fois pour toutes ? 

    Quant à l'éternel retour (concept grec qu'affectionnait notre philosophe que l'on peut aussi traduire par "genèse à nouveau"), là encore, ironie de l'existence, sa maladie le conduira sur une voie sans retour possible ; une ligne droite et un cul de sac  : le mur de la maladie à son stade terminal.

    Avec cette condamnation sans nuance du Christianisme, Nietzsche peut se vanter d'avoir "tué le père" ; le sien en l'occurrence ; et sa mère aussi, femme dévote (déicide, parricide et matricide, décidément, Nietzsche ne faisait rien à moitié ; toujours dans l'excès !), tout en étant, dans les faits, bien plus proche de la catéchèse pastorale que la plupart de ses contemporains : comme quoi, plus on tente de nier et de renier... plus, dans les faits, on lutte pour ne pas ou ne plus adhérer, acquiescer et se soumettre, un genou à terre, puis deux car plus on pense avancer plus on recule, plus on pense se libérer plus l'on s'enchaîne.

    Quant à l'inversion des valeurs (chrétiennes en autres), chère à notre philologue... révolution après révolution et révulsion, il semblerait qu'elle l'ait conduit à la case départ : le protestantisme  puritain de ses géniteurs. Et là, on est à des années lumières de Dionysos, c'est sûr !

     

                 Principes, valeurs, arguments, détestations... jamais l'oeuvre d'un penseur n'aura été autant la manifestation par excellence de son histoire, de son caractère, de sa personnalité et de sa maladie chronique ; jamais les affects n'auront autant déterminé son parcours philosophique - donnant raison à la théorie suivante : sans affect, aucune pensée n'est possible car ce ne sont pas les idées qui mènent le monde mais bien plutôt l'histoire : la petite et la grande, individuelle et collective.

    Pas d'idée puissante qui ne nous touche de plein fouet donc (2).

                  

                 Mégalomane discret, soupçonné par ses proches de posséder un orgueil démesuré, un orgueil dissimulé derrière un masque - celui de l'humilité, de la bienfaisance et de la conversation courtoise et aimable -, Nietzsche méprisait ses semblables qui étaient à ses yeux loin, très loin de lui ressembler ; il plaçait tous ceux qu'il fréquentait en dessous, très en-dessous de lui : là encore, seul Dionysos était à sa hauteur ; autant dire : haut, très haut perché. 

    Si la volonté d'affirmation était très forte chez notre penseur, nombreux sont ceux  qui oublient que dans "Nietzsche" il y a "niet" : le refus... refus, entre autres, de l'égalité en droit entre les hommes en général et en particulier, entre les hommes et les femmes car, grand pourfendeur des Lumières, Nietzsche préférait Joseph de Maistre et Voltaire (millionnaire de salon qui a fait fortune dans le commerce "triangulaire", aussi malin que bavard, à l'égo démesuré, grand défenseur de sa propre cause et pourfendeur du peuple et des gueux !) que Robespierre ; faut dire que notre aristocrate allemand haïssait le rêve des pauvres : l'être un peu moins... pauvres, tout simplement... ou même... plus du tout. Sa préférence allait vers ceux qui n'avaient besoin de rien parce qu'ils possédaient déjà tout. Quant à la dite "Inversion des valeurs" (ici morales et politiques).... aujourd'hui Nietzsche serait comblé : "1984", la prédiction orwellienne, a triomphé et la finance aussi dans sa quête insatiable d'optimisation de la ressource humaine : sa chair, ses muscles, son cerveau, sa sueur et son sang.

    Aussi, force est de constater que la dénonciation du caractère nihiliste de la religion chrétienne et sa profession de foi en faveur de l'inversion des valeurs, de toutes les valeurs, par notre pourfendeur azimuté tous-azimuts semblent s'être retournées contre son auteur. Tenez ! Aujourd'hui, il paraît même qu'il est plus grave de partir en quête de la vérité (ceux que les médias dénoncent comme "complotistes") que d'exhiber sa pédophilie passée, présentes et à venir, dans des médias complaisants et totalement corrompus.  

                Individualiste forcené  car sa maladie était la sienne et celle de personne d'autre - une maladie qu'on ne peut ni échanger ni partager -, doué d'un génie instinctif d'une intuition d'une amplitude exceptionnelle aux dérèglements géniaux, Nietzsche avait du nez, c'est sûr  ! Et de la moustache aussi .... sa célèbre moustache ! Et si d'aucuns prétendent qu'il y a un Nietzsche de gauche et un Nietzsche de droite (macroniste avant Macron notre penseur... voire centriste, genre "en même temps" ?) grand philologue... mais piètre penseur politique, si par penser on entend être un tant soit peu capable de proposer des solutions (3) quant à l’organisation pacifique de notre existence à tous au sein de l’imbroglio politique, économique, religieux et psychique propre aux sociétés humaines... des solutions autres que les camps de la mort, la loi de la jungle et l’extermination de tous ceux qui traîneraient la patte - cela va sans dire ; mais tellement mieux en le précisant -, Nietzsche était un grand marcheur, toujours en vadrouille ; on dit qu'il a passé la moitié de sa vie sur les routes et l'autre moitié allongé sur son lit, prostré par une migraine sans merci ; grand randonneur donc, aussi notre philologue pensait-il avec ses pieds et marchait-il le plus souvent sur la tête ; ce qui n’arrange rien, on en conviendra tous.

                    Pour finir, penchons-nous un instant sur tout ce que Nietzsche a pu écrire à propos de l'Allemagne ; bien des contre-vérités subsistent car le reproche majeur qu'il lui adressera c'est de ne pas avoir su le célébrer, lui et son oeuvre, de les avoir ignorés, marginalisés et méprisés car pour ses pairs, Nietzsche était un désaxé dont il fallait fuir la compagnie à tout prix et étouffer l'oeuvre.

    A propos de Richard Wagner, deux reproches principaux sont à souligner : avoir choisi les dieux et chevaliers teutoniques contre l'héritage grec (Dionysos en particulier ; et ça, c'est impardonnable !) et puis ceci : avoir répandu la rumeur d'un Nietzsche homosexuel-refoulé qui n'avait pour seule activité sexuelle que l'onanisme - une pratique moralement condamnée au siècle de notre penseur ; pratiquement "un crime" à leurs à tous ; et pour Wagner, une gageure.

                      Nietzsche sur les femmes, précisons ceci : de femmes, Nietzsche n’a connues - hormis sa mère et  une sœur hyper-possessive à son égard -, et n'en a approchées de près qu'une seule dans le cadre d'une relation platonique (cela va sans dire) : une dénommée Lou Andreas-Salomé, femme intelligente et cultivée, ce qui ne l’a pas empêché de disserter sans fin, fort de cet échantillon ô combien représentatif ( un panel de trois sondées), sur l’éternel féminin et sa place dans le monde, ou bien plutôt dans la cuisine avec pour seul horizon… les fourneaux, sans oublier les couches culottes de marmots pleurnichards.

    Mais… tout compte fait et en comptant bien, ne parle-t-on pas toujours mieux de ce que l’on ne connaît pas ? En effet, tout devient alors possible ! L’imagination peut s’ébattre sans entrave, libérée de la contrainte que sont des faits têtus et inhibiteurs. Nul doute, l’ignorance a bien pour royaume la fiction car, une fois que l'on sait, on n’a qu’une tentation : baisser la tête et se taire, couvert de honte.

     

    ***

     

                   Dans l'oeuvre de Nietzsche, trois termes reviennent le plus souvent : décadence, nihilisme et dégénérescence ; et ce penseur y associe quatre maux : le féminisme, le Christianisme, le Socialisme et le Romantisme. C'est là tout le procès de la compassion, de l'égalitarisme, de la métaphysique et de l'humanisme qui est fait.

    Suivez maintenant notre regard : celui que l'on posera sur les années 30 et une partie des années 40.

                  Combien sont-ils aujourd'hui à se proclamer "nietzschéens", parmi nos intellectuels ? Une majorité ; alors qu'il est permis d'affirmer que l'oeuvre de Nietzsche est bien trop personnelle pour que l'on puisse prendre, siècle après siècle, son train en marche. En revanche, il est tout à fait légitime d'étudier dans le texte de notre auteur, ses formes et sa langue parlée-écrite ; en cela, son oeuvre est bien plus proche de Homère et de son Odyssée que de nos philosophes canonisés tels que Descartes ou Kant.

    Aussi, le meilleur service que l'on puisse rendre à cet auteur en tant que lecteur, c'est de travailler à sa propre "Odyssée" sans maître ni gourou. Pour cette raison, que Nietzsche soit "très tendance" - un Nietzsche vintage ! - depuis une cinquantaine d’années  auprès d'intellectuels médiatico-économico-libertaires courageux à souhait depuis qu’ils savent que l’on n’attend plus d’eux qu’ils soient téméraires ; intelligentsia un rien blasée et complaisante qui aime s’encanailler, se faire peur et se salir un peu, bave et boue, aux universitaires béats face à l'oeuvre... tout cela ne change rien à l'affaire car, quand on sait lire, il n’est pas nécessaire d’être doté d’une intelligence supérieure pour voir dans l’ouvrage Antéchrist (4) (l'avant dernier ouvrage de notre penseur avant la chute de sa conscience et son effondrement psychique) pas seulement une imprécation contre le christianisme - à qui, soit dit en passant, on doit la compassion et le pardon - mais bien le manifeste de tous les systèmes totalitaires à venir. 

    Il est vrai que Dionysos - son maître -"en proie en la mania, fou de jouissance et d'ivresse, peut se muer en Dieu meurtrier et mangeur de chair crue".  Comme quoi… quand on ne veut pas voir… on reste aveugle et content de l’être. 

    Que ses lecteurs-dévoreurs et béats se rassurent : Nietzsche aurait été déclaré irresponsable.

     

                     Mais alors, pourquoi une telle complaisance pour l'oeuvre de Nietzsche ? Pourquoi cette amnésie livresque - refuser de lire ce qui est écrit en toute lettre ? Pourquoi cet aveuglement ?  Et bien, il semblerait que l'on pardonne tout à Nietzsche car il était, contrairement à nombre d'auteurs des deux siècles qui l'ont précédé, philosémite. Dans le cas contraire - si l'on avait pu trouver la moindre trace d'antisémitisme chez lui - soyez assurés de ceci : comme par magie, cette amnésie, cette complaisance et cet aveuglement honteux et condamnables se seraient évanouis en moins de temps qu'il faut l'écrire et le dire ; et c'est alors que plus rien de l'oeuvre de Nietzsche ne leur aurait échappé. 

                    Précisons aussi ceci : Nietzsche et son oeuvre n'auront rien de tragique puisque Nietzsche a tout prémédité et tout assumé avec autant de conscience que d'inconscience, de son propre fait autant que dans l'absence d'un libre arbitre imposée par sa maladie. Nietzsche était Nietzsche autant par choix que par nécessité. Et s'il s'est souvent plaint de la douleur et de l'épuisement nerveux qui ont pour cause des migraines dévastatrices, jamais il n'a insulté ou méprisé sa maladie sans laquelle aucune oeuvre n'aurait trouvé son chemin et sa voix.

     

    ***

     

                              "Nous avons besoin d'une doctrine assez forte pour exercer une action sélective ; fortifiant les forts, paralysant et brisant ceux qui sont las de la vie ; Ma philosophie apporte la pensée triomphante qui détruira finalement toute autre façon de voir ; les races qui ne la supporteront pas sont condamnées" ( Nietzsche -  La volonté de puissance 225 ; 229 - Tome 2)

     

                    A titre de conclusion provisoire, on pourra faire le constat suivant : la dévotion est traître ; si l'on n'y prend garde, elle rend bête, même et surtout séculière et tout auréolée d’une pseudo-liberté de pensée qui a souvent la fâcheuse habitude d’oublier de se débarrasser de ses œillères. Et nombre de lecteurs de Nietzsche partagent cette regrettable habitude.

                    Les penseurs, les philosophes doivent être critiqués ; et parmi leurs lecteurs, leurs "disciples" en premier chef, car le devoir de tout lecteur c'est bien de se garder d'une lecture passive, non-critique des oeuvres. Dans le cas contraire, ces lecteurs courent le risque de n'être que des groupies serviles en quête de gourous ; la pire des lectures. 

                   Quant à se dire « nietzschéen »... le revendiquer,  c'est croire encore aux fantômes car Nietzsche est mort avec Nietzsche (contrairement à Dieu, Allah,Yahweh qui ne se sont jamais aussi bien portés : toujours autant de raisons de trucider l'autre), d'autant plus que l’absurdité ou la naïveté de cette revendication est par trop flagrante car pour « être nietzschéen » il faudrait avoir partagé non seulement  l'histoire familiale et personnelle de Nietzsche, Nietzsche et son siècle, mais plus important encore : Nietzsche et son combat contre sa maladie, l’épuisement physique et mental face à la douleur ainsi que le travail colossal de compensation — oeuvre géniale de toute une vie, courte au demeurant et misérable -, que cette maladie a exigé de Nietzsche pour qu'il ne renonce pas tout à fait en mettant fin à son... calvaire. 

                  Mais alors, une oeuvre Golgotha-esque finalement que celle de Nietzsche ?........................................

                 Ironie de l’histoire, tout n’est qu’ironie ! Né dans le Christianisme avant de s'en départir à cor et à cri toute sa vie durant tout en s'y soumettant (comme on a pu le voir), l'Antéchrist a bel et bien fini sur la croix sans pour autant sauver qui que ce soit. 

                 Sacrifice en pure perte pour lui et l'humanité ? Pas exactement puisqu'il nous reste l'oeuvre, son oeuvre, autre Evangile. 

     

     

    1 - Hypomaniaque dans un premier stade - merci de vous reporter au billet de Philippe Cadiou - "Nietzsche et la mélancolie " qui met en parallèle et analyse la progression et les symptômes de la maladie de Nietzsche et ses écrits tout au long de la construction de son oeuvre indissociable semble-t-il de son état de santé, de la mélancolie à la mégalomanie jusqu'à sa psychose achevée. Des extraits en ligne sont disponibles ICI - à lire impérativement !

    A l'origine de cette publication de Philippe Cadiou on trouvera un ouvrage oublié mais remarquable d'expertise et d'implication - ceci explique sûrement cela ! - de Jacques Rogé aux éditions Odile Jacob - 1999 : "Le syndrôme de Nietzsche" ICI ou ailleurs sans doute, bien qu'épuisé. 

    2 - A ce sujet, on pourra se reporter à l'ouvrage de Frédéric Lordon ICI

    3 - Si on n’a pas la compassion, on aura les camps : et on les a eus et les avons aujourd'hui encore : Palestine... et tous les camps des réfugiés du monde entier.

    4 - Faites le test : relisez Antéchrist tout en gardant à l’esprit ce qu’a été, par exemple, le régime nazi... et vous verrez : à tous les coups, ça marche ! De même avec « Les confessions de saint Augustin » et les Talibans : mais ça, c’est une autre histoire.

           

             "Nietzsche consacre la permanence d'un monde hiérarchisé, où la volonté de vivre se condamne à n'être jamais que volonté de puissance. La formule "Dionysos le Crucifié" dont il signe ses derniers écrits, trahit bien l'humilité de celui qui n'a fait que chercher un maître à son exubérance mutilée. On n'approche pas impunément le sorcier de Bethléem. Le nazisme est la logique nietzschéenne rappelée à l'ordre par l'histoire. La question était : que peut devenir le dernier des maîtres dans une société où les vrais maîtres ont disparu ? La réponse fut : un super valet. Même l'idée de surhomme, si pauvre soit-elle chez Nietzsche, jure violemment avec ce que nous savons des larbins qui dirigèrent le IIIe Reich. Pour le fascisme, un seul surhomme : l'Etat." Raoul Vaneighem : Traité de savoir-vivre - 1967

     

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  • Nietzsche et la mélancolie, par Philippe Cadiou : une psychanalyse de l'oeuvre et de son auteur ?

     

     

    "Un livre sur la question de la folie du philosophe Nietzsche [1] a fait une étude rigoureuse de la sémiologie clinique des symptômes de sa maladie. Il conclut que l’effondrement de 1889 – qui aboutit à la mort intellectuelle du philosophe – est l’aboutissement d’une psychose maniaco-dépressive qui remonte aux sources de l’adolescence et qui a accompagné toute sa vie l’œuvre et la pensée de Nietzsche. Jusqu’alors le diagnostic de syphilis cérébrale permettait de considérer que la « folie » n’avait jamais « contaminé » son œuvre jusqu’au fameux épisode de Turin où le philosophe se pend au cou d’un cheval battu et se retire définitivement dans le monde opaque du mutisme. Cette fois l’hypothèse de la Syphilis, est presque définitivement invalidée, sinon sérieusement ébranlée. L’auteur montre qu’elle ne saurait nous faire oublier de toute évidence les périodes d’alternance des phases maniaques et des phases dépressives qui ont rythmé de leur périodicité la vie et l’activité créatrice du penseur. Il faut à présent compter avec l’idée que Nietzsche a eu à faire face toute son existence au phénomène de sa propre psychose – une maladie bipolaire de l’humeur. Ce qui n’invalide pas le contenu de ses découvertes philosophiques mais nous rapproche plus que jamais de la sensibilité aiguë et énigmatique de son génie. Jusqu’à présent les biographies de Nietzsche étaient incapables de comprendre ses bizarreries. Elles les écartaient souvent au nom du sérieux de la pensée. La folie de Nietzsche reste toujours dans les cercles qui s’autorisent de son nom - un tabou. On y trouve toutes sortes de théories du « pathos sacré » qui entretiennent une mystique romantique du génie et dénigrent les avancées dans ce domaine [2].

    "L’effondrement dépressif de 1889 fait suite en réalité à une très longue histoire. Nietzsche a lui-même longuement étudié sa souffrance avec une lucidité très précise au cours de ce qu’il a appelé sa « longue maladie ». La vie de Nietzsche est un combat permanent contre la maladie mais aussi avec la maladie qui alternait à la fois « Humeur noire » et « agitation véhémente ». La maladie de Nietzsche, s’il faut lui donner un nom, s’apparente aux signes de la mélancolie. Elle est à la fois la source de la créativité de son œuvre et source de sa destruction.


    Les échecs professionnels, les hallucinations visuelles dont le philosophe était coutumier, les excitations maniaques (que Nietzsche appellera « dionysiaques ») qui provoquaient chez lui une fuite des idées et des phénomènes de dépersonnalisation en rendant incontrôlables les émotions, la rapidité et la violence des modifications de l’humeur, la vie errante du philosophe et sa solitude forcenée (qui est celle de son personnage central Zarathoustra), nous permettent de déceler chez ce sujet une forme de psychose. Il s’agirait d’une forme d’hypomanie relativement modérée qui laissera intacte la conscience du philosophe ainsi que son activité critique jusqu’à leur aggravation dans la détérioration de 1889. Priorité doit être donnée à la pensée de l’auteur sur sa vie. Deleuze affirme que la maladie n’a jamais été un thème d’inspiration chez Nietzsche. Cependant c’est à partir de sa position dans la maladie qu’il affronte toutes les grandes questions théoriques de son œuvre[3]. On peut donc montrer comment les concepts centraux de la philosophie nietzschéenne (la volonté de puissance et l’éternel retour par exemple) se construisent contre sa propre mélancolie, le nihilisme, mais sur le mode de la mélancolie. Si la maladie n’est pas source d’inspiration, elle est le noyau central autour duquel gravite l’intelligence de Nietzsche et les solutions que sa pensée élabore trouvent en elle ses racines. Notre hypothèse est la suivante : Nietzsche va construire Dionysos sur le mode d’une métaphore délirante comme substitution à la métaphore paternelle manquante. La structure bipolaire de l’humeur maniaco-dépressive va imprimer sa marque sur l’ensemble des créations du philosophe. L’inconscient va poser sa marque sur la logique des concepts et nous pouvons voir y apparaître en transparence la structure de la psychose."



    Sur le diagnostic de la Syphilis

    "Les symptômes de l’effondrement mental de Nietzsche coïncident mal avec le tableau clinique de la syphilis. La psychose maniaco-dépressive ne sera « inventée » qu’en 1899 par le psychiatre Kraepelin. Avant cette date il semble que l’on ait beaucoup fait appel au diagnostic de la syphilis pour penser la détérioration mentale. Le psychiatre Binswanger qui a examiné Nietzsche à Iéna en 1889 n’était lui-même pas sûr de son état. Lorsque, par exemple, survient le troisième stade de la syphilis, la paralysie générale devient très rapide. Pour Nietzsche cette paralysie n’a pas été très brutale puisque dans les premières années de son quasimutisme, le philosophe continue de jouer du piano, par exemple les sonates de Beethoven, avec une dextérité assez remarquable d’après les témoins. Un autre argument va à l’encontre de la thèse de la syphilis : Nietzsche affirme à Iéna qu’il a contracté deux fois le chancre syphilitique (alors qu’on ne peut le contracter qu’une seule fois)." Cet élément serait la preuve que Nietzsche n’était pas atteint de la syphilis pour Jacques Rogé.

    Le philosophe Alain de Bottom dans son ouvrage Les consolations de la philosophie reprend la célèbre théorie à son compte : « Il souffrait depuis sa jeunesse de toutes sortes de maux – migraines, indigestions, vomissements, vertiges, quasi-cécité, insomnie – dont certains devaient être les symptômes de la syphilis qu’il avait contractée certainement dans un bordel de Cologne en février 1865 (bien qu’il prétendit n’y avoir rien touché d’autre qu’un piano).[4]» De Bottom sous-estime de loin les difficultés de Nietzsche dans sa rencontre de la métaphore phallique. Paul Deussen[5], en effet, mentionne cet épisode en citant la version du philosophe lui-même : « Un jour, en février 1865, Nietzsche était allé seul à Cologne ; là, il s’était fait montrer par un domestique les curiosités de la ville, et à la fin il demanda à cet homme de le conduire dans un restaurant. Le serviteur l’amena dans une maison close. « Je me suis vu soudain, me raconta Nietzsche le lendemain, entouré d’une demi-douzaine d’apparitions en paillettes et gaze, qui me regardaient pleines d’attentes. Je restai là un moment muet. Puis j’allai instinctivement au piano comme vers le seul être doué d’une âme dans cette société, et je plaquai quelques accords. Ils secouèrent ma stupeur et je regagnai l’air libre. »

    Cet épisode est peut-être le fait d’une simple timidité sexuelle de Nietzsche mais il nous semble paradigmatique d’une impossibilité plus profonde liée au vide de la métaphore phallique. La musique joue ici le rôle de supplétif à la terreur engendrée par l’incapacité à répondre à la situation. Nous aurons à revenir sur la signification de la musique associée à l’image du père forclos et au côté dionysiaque de la jouissance extatique qu’elle engendre dans le corps du philosophe.

    Les bizarreries du philosophe

    Plus fondamentalement il semble important de reprendre à notre compte un certain nombre « d’excentricités » dans la vie du philosophe pour repérer la structure de la psychose si l’on veut avancer une hypothèse cohérente sur sa maladie.
    Les excentricités et les bouffonneries de Nietzsche sont très nombreuses. Elles sont connues de ses biographes et de ses amis. Ces bizarreries sont liées aux états hypomaniaques qui lui procuraient un ravissement extatique et qui l’ont mis sur la voie de ses plus belles créations poétiques : celles de Zarathoustra et de Dionysos. En voici par exemple quelques unes : En 1880, dans sa correspondance, le philosophe raconte qu’il est surpris dans la forêt par un promeneur qui le dévisage longuement. Nietzsche se rend compte alors qu’il avait sur son visage un rictus du bonheur qui l’accompagnait depuis longtemps dans sa promenade. Paul Lansky raconte qu’on pouvait observer Nietzsche en 1886 sur la Promenade des Anglais marcher d’un pas singulier qui avait l’allure d’une danse. Nietzsche bondissait, gambadait, il interrompait ses petits sauts en prenant des notes sur un carnet[6]. Le philosophe en sait quelque chose : « Je me livre à tant de stupides facéties envers moi-même, et j’ai tant d’idées dignes d’un pitre sans public qu’il m’arrive en pleine rue de ricaner comme un idiot pendant une demi-heure, je ne trouve pas d’autres mots… » Il revendique ses propres bizarreries comme une marque de supériorité de son génie. C'est courant à cette époque, en France, les génies de la littérature, les "poètes maudits" finissent ainsi, en marge de la société : Baudelaire se drogue au haschisch et contracte la syphilis, Verlaine se noie dans l'alcool, Gérard de Nerval finit, malade, par se pendre, Rimbaud va se perdre dans les colonies et meurt amputé de la jambe à 37 ans... Les périodes hypomaniaques sont fertiles en inspiration. Elles s’accompagnent d’une fuite des idées contrôlée. Durant ses « excentricités » Nietzsche est son propre observateur : il s’observe luimême en pleine exubérance créatrice laquelle se déroule dans une sorte de « rêverie parlée et minée ». Nietzsche affirme « avoir la tête pleine de poésie la plus effrénée qui soit jamais venue à l’esprit d’un poète. » Son rapport au langage se place alors sur le versant de l’automatisme. La manie contrôlée n’est-elle pas l’essence de l’inspiration ? Est-ce là le secret de Nietzsche qui lui permet de placer sa prose au-dessus de celle de Goethe ? Les phénomènes de fuite des idées étaient liés à des phénomènes d’hallucinations visuelles. En 1884 Nietzsche se plaint d’une hallucination qui l’assaillait sitôt qu’il fermait les yeux. Il voyait une profusion de fleurs fantastiques qui se nouaient et s’entrelaçaient en un perpétuel jaillissement. Plus célèbre peut-être est l’hallucination de Rapallo où Nietzsche au cours d’une promenade vers midi voit clairement Zarathoustra le dépasser et se poser devant lui. Rüdiger Safranski dans sa biographie mentionne cette hallucination du 31 décembre 1864 sans mettre le doigt dessus. Nietzsche est seul dans sa chambre d’étudiant à Bonn. Il s’assoupit dans une profonde rêverie après avoir joué le Requiem de Manfred de Schumann au Piano. En ouvrant distinctement les yeux : « Là sur le lit, il croit voir quelqu’un couché, gémissant doucement, râlant. Un  mourant ! il se sent entouré d’ombres. Elles chuchotent et murmurent quelque chose au mourant. Et là tout à coup, il le sait, c’est la vieille année qui meurt là. Quelques instants plus tard, le lit est vide.[7] »

    La solitude, la musique, le requiem, l’hallucination du père mort aussitôt non reconnu ne nous apparaissent pas comme des « détails biographiques » comme les autres. Il faut considérer la biographie comme un texte, signé du philosophe, non lu à défaut d’avoir été écrit de son existence mais prenant part à l’œuvre qui n’est jamais qu’un des textes possibles de « l’auteur ». L’auteur étant joué lui-même par le langage qui traverse son existence et dont il constate l’impossibilité d’en être le sujet imaginaire sinon le réceptacle. Nietzsche ne cessera de le théoriser, tant il était dépossédé de lui-même par des phases de dépersonnalisation. Les hallucinations et les phases extatiques entourent la création littéraire et constituent « le monde ambiant » du philosophe mais pas seulement. Ces phases alternent avec de très violentes tempêtes dépressives dans lesquelles la maladie cloue Nietzsche dans le fond d’un gouffre et constituent l’autre extrême des phases spectaculaires extatiques. Le philosophe ne peut plus écrire. Il se sent oppressé dans son corps, écrasé dans le fond de l’être par la douleur. L’alternance de ces phases avec leur incessant caprice et leur permanente dépossession de soi l’ont mis sur la voie de l’intuition de « l’éternel retour » et de « la volonté de puissance ».

    L’automne Merveilleux

    Nous pouvons repartir pour le lecteur de la crise de 1888 qui précède l’effondrement de Turin pour nous introduire dans le climat de la psychose du philosophe. Le 3 janvier 1889 à Turin Nietzsche éclata en sanglots sur la Piazza Carlo Alberto et se jeta au cou d’un cheval battu [8]. Une fois ramené à sa pension, il projeta d’abattre le Kaiser et de faire la guerre aux antisémites. Il était persuadé qu’il était Dionysos. Sa correspondance atteste qu’il signait ses dernières lettres Le Crucifié, Dieu, Le roi D’Italie, le Bouddha, Alexandre le Grand, Richard Wagner… Dans une lettre du 6 janvier 1889 Nietzsche écrit à son ami Jacob Burckhardt : « Finalement je préférais de beaucoup être professeur à Bâle qu’être Dieu ; mais je n’ai pas osé pousser si loin mon égoïsme personnel pour ne plus m’occuper de la création du monde. » Après avoir reçu cette lettre, Burckhardt, alerte un ami de Nietzsche et le prie de le prendre sous sa garde. Overbeck part aussitôt pour Turin et voici ce qu’il raconte : « J’aperçois Nietzsche au coin d’un canapé, accroupi et lisant. Le maître incomparable de la langue était hors d’état de rendre luimême les ravissements de son allégresse autrement que par des expressions les plus vulgaires ou par des danses et des bonds grotesques. »

    D’octobre à décembre 1888, Nietzsche était entré dans ce qu’il nomme lui-même « l’automne merveilleux ». Dans une lettre à son éditeur il vante son excellente santé physique. « Pas une seule mauvaise journée jusqu’à présent », cela signifie aucun état migraineux et dépressif, états qui le persécutent depuis l’adolescence. Nietzsche admire son portrait dans une glace : il paraît avoir 10 ans de moins. Il raconte cependant ce qu’il nomme : « la complète fascination sur les turinois » : « Quand j’entre dans un magasin, écrit-il à Peter Gast, tous les visages changent ; dans la rue les femmes me regardent ; ma vieille marchande des quatre saisons me réserve les grappes les plus mûres et a baissé ses prix pour moi ». « Je mange dans l’une des premières trattoria où l’on me donne les mets les plus choisis. » « Je jouis des services d’un excellent tailleur » « tout me devient facile, tout me réussit » « Personne ne m’a encore pris pour un Allemand ». Il ne s’agit pas simplement d’humour ou de bouffonnerie. Nietzsche est sous l’influence une phase hypomaniaque qui s’empare de lui sous la forme d’un délire continu : erreurs d’interprétation, hallucinations, climat d’euphorie et d’optimisme délirant. Pourtant ce climat est propice à la création littéraire. C’est dans cette période qu’il écrit l’un de ses livres les plus incroyables : Ecce Homo [10]. Ouvrage que l’on peut identifier d’une certaine façon au Horla de Maupassant où l’écrivain est à la fois sous l’influence et dans le témoignage de sa propre « folie ».

    Manie et mégalomanie

    Tantôt le délire envahit sa pensée sur le mode hypomaniaque, où le sujet conserve une activité critique très cohérente. Tantôt le délire devient véritablement maniaque avec disparition de la conscience critique, toute puissance des idées et extravagance. La limite entre les deux états est difficile dans cette période à discerner comme en témoignent les dernières lettres du Philosophe. La pensée reste cohérente avec la philosophie de Nietzsche. Simplement les thèmes principaux sont le délire mégalomane avec des idées de grandeurs et de surestimation de soi et des relations privilégiées du sujet avec Dieu et des personnages illustres de l’histoire (thèmes essentiellement maniaques). Nietzsche proclame qu’il est un destin historique. Le philosophe qui a entendu l’événement de la mort de Dieu, celui qui a dévoilé la venue d’un monde sans Dieu, celui-là même se prend pour Dieu dans une identification mégalomaniaque ultime. A cet instant il ne s’agit plus d’une simple élaboration littéraire. A ce titre le texte qu’il écrit dans Le Gai Savoir quelques années auparavant et qui se nomme L’insensé est un texte prophétique du destin de Nietzsche. La mort de Dieu est alors liée à l’apparition de la folie. Seul « l’insensé » saisit la mort de Dieu comme événement apparu dans le réel et encore ignoré de la compréhension générale, il proclame l’existence d’un crime en commun et doit payer de sa raison cette découverte. Les « outrances » de Nietzsche (« Pourquoi je suis si sage », « Pourquoi je suis si malin », « Pourquoi j’écris de si bons livres » « Pourquoi je suis un destin »[11]) ne sont pas simplement des provocations volontaires ou des tours de bouffonnerie. Nietzsche est mégalomane depuis très longtemps. Dès 1880 il s’estime au-dessus de Goethe, Schopenhauer, de Wagner. Dans Ecce Homo il se pose comme un grand maître de l’humanité, le premier esprit de tous les millénaires, sa « mission » est universelle et fera éclater l’humanité en deux : l’humanité avant lui et l’humanité après lui. Il brandit le spectre de la forclusion. Il ne s’agit plus vraiment d’humour. Il s’agit d’un symptôme caricatural mégalomaniaque de la psychose maniacodépressive qui coexiste avec des constructions philosophiques plus rationnelles. Cela donne parfois un discours mixte à la limite entre le délire paranoïaque et la pensée rationnelle dans une sorte de mélange des deux où le statut de maître du monde est parfaitement naturel. Le philosophe prend pour réelles les pensées nées de ses accès maniaques. Si la manie est une défense contre la mélancolie il faut comprendre « l’automne merveilleux » de Nietzsche comme un état de très profonde souffrance (où la douleur d’exister est en réalité à son
    comble) mais dans lequel le sujet parvient par une défense délirante à fuir sa propre détérioration dans le réel.

    Les thèmes de la psychose

    Durant la crise de janvier 1889, la révolte de Nietzsche explose à ciel ouvert. Les thèmes de cette insurrection sont très instructifs. Deux sujets au moins la dominent.

    1) La haine de l’Allemagne est l’un des thèmes qui prédominent la dernière période du philosophe. Il veut cesser de parler et d’écrire Allemand. Ce rejet a quelque chose de la forclusion. « De tout mon instinct j’ai déclaré la guerre à l’Allemagne » Il veut créer une ligue contre l’Allemagne, la rend responsable de « tous les crimes commis contre la culture depuis 4 siècles[12] ». Il veut faire fusiller le jeune Kaiser[13].

    2) La haine du christianisme : autre thème de la forclusion. Contre le crucifié, le pape, le christianisme. Dieu est aboli par Nietzsche et le philosophe est prêt à gouverner l’univers. Il jette le pape en Prison. Déclare qu’il est déshonorant et malpropre d’être chrétien. Voilà comment Nietzsche voit dans sa correspondance son dernier livre : « Ecce Homo est un attentat sans aucun ménagement contre le crucifié ; il finit dans un fracas de tonnerre et de fulmination contre tout ce qui est chrétien ou infecté de christianisme[14]. »

    Le philosophe se prend alors pour un fondateur de religion – acte sans précédent dans l’histoire de la pensée occidentale. De quel Dieu s’agit-il dès lors si ce n’est pas le Dieu chrétien ? Il s’agit de Dionysos. Nietzsche est alors le siège d’une double identification et il lutte pour la domination de l’une d’entre elle. D’un côté le Dieu chrétien qu’il nomme « le crucifié » auquel il fait jouer le rôle du persécuteur et de l’autre le dieu païen Dionysos, le dieu libérateur.

    « M’a-t-on compris ? - demande Nietzsche à la fin D’Ecce Homo – Dionysos face au Crucifié[15] »

    Cette identification bipolaire Dionysos/Crucifié est d’un côté une création philosophique radicalement originale dans l’histoire de la pensée (qui marque un retour au paganisme) de l’autre une élaboration paradigmatique de sa maladie. Le « Crucifié » représente le procès que Nietzsche intente à toute la tradition onto-théologique la philosophie. Cette identification renvoie d’autre part aux périodes de mélancolie dominées par le délire de culpabilité ; d’angoisse et d’indignité morale voire par les idées de suicide. Elle circonscrit la pulsion de mort. Ces périodes dépressives (dominées par le surmoi) sont des périodes de dégoût de la vie. Elles sont la proie d’une très violente hypocondrie (migraines, myopie et vomissements qui nécessitent plusieurs fois par mois l’alitement et l’abandon de toute activité). Par opposition Dionysos représente les phases maniaques (dominée par le ça) de la personnalité de Nietzsche, le renversement de la maladie par l’ivresse, le surmontement de la négativité, mais aussi la domination extatique, la violence d’une jouissance énigmatique diffuse dans corps, que lui procure l’excitation marquée par le sentiment de puissance retrouvée. Chacune de ces identifications marque l’un des pôles de la maladie de l’humeur. Ils constituent une dualité (celle du surmoi et du ça par exemple) au cœur même de la personnalité de Nietzsche dont ils sont indissociables. Toute la philosophie de Nietzsche est liée à la lutte des contraires dans une dimension héraclitéenne. C’est contre lui-même qu’il s’explique, contre sa propre dissociation, contre son penchant à la mélancolie dont il impute la cause au pathos du christianisme. Nietzsche transforme sa maladie en problème de civilisation dont la solution consiste alors à surmonter les valeurs du christianisme considérées comme décadentes en soi.

    Quelque chose de pourri au royaume de Dieu

    La mort de Dieu est donc le point de départ de la philosophie de Nietzsche. La question du deuil de Dieu est la question centrale de sa philosophie : penser une philosophie de l’après-Dieu qui surmonte deux mille ans d’histoire en Occident. Le projet d’une « transvaluation » ou d’une « inversion » de toutes les valeurs est alors le but de la philosophie. Ce que Nietzsche appelle « inversion des valeurs » est la trace du nihilisme contemporain. Il s’agit d’un projet d’un radicalisme jamais exercé que seul un « esprit libre » pouvait accomplir. Il ne s’agit pas simplement d’interroger et de réexaminer un certain nombre de croyances et de constructions de la pensée de la tradition chrétienne mais de renverser et détruire toutes les anciennes idoles (comme cela de la loi morale) devenues une simple fable. Il faut reconstruire ex-nihilo les nouvelles tables de la loi ainsi qu’une nouvelle humanité (l’humanité du surhomme). On n’est pas exactement dans une logique sceptique mais plutôt dans une logique affirmative. Il n’y a pas non plus de place pour une dialectique des éléments. On est dans une logique à deux valeurs. Le christianisme est l’essence de la décadence : il doit être détruit définitivement pour laisser place à Dionysos. Si Dieu est mort. Alors tout est faux. Il n’y a pas d’arrières mondes, ni de valeurs absolues idéales et éternelles qui puissent servir de refuge, de consolation, de justificatif. La figure de l’humanité chrétienne elle-même est morte parce qu’elle n’a plus de raison d’être. Toute la trajectoire de la pensée nietzschéenne sera donc de liquider le christianisme et de préparer le dépassement de la métaphysique. Or à mesure que la philosophie de Nietzsche va solder la mort de Dieu, il semble que le philosophe ne pourra pas empêcher son suicide. Tout se passe comme si Nietzsche s’attaquait à une identification dont le centre est en lui et il dont il n’arrive précisément pas à se dessaisir. Il est intéressant comme nous l’avons déjà fait remarquer de voir que l’homme qui proclame la mort de Dieu se prend lui-même pour Dieu au moment de son « débranchement »[16]. C’est ici que nous devons compléter notre hypothèse concernant la mélancolie de Nietzsche. Nous supposons que la mort de Dieu renvoie à un thème plus intime de la vie de Nietzsche : la perte de son propre père. Nietzsche perd son père, le pasteur de Röcken, à l’âge de 5 ans et ne réussira jamais à en faire le deuil. Le père mort est forclos. Le christianisme représente avant tout la filiation de Nietzsche et l’identification au père mort, identification mortifère contre laquelle il ne cesse d’essayer de se déprendre et qui finit par le rejoindre, montrant en quoi le délire de culpabilité, hors de tout langage, précipite le destin intellectuel de Nietzsche dans la démence.

    La domination du père mort

    Plusieurs indices nous montrent la domination du père mort dans les symptômes de la psychose du philosophe :

    1) Les symptômes de l’hypocondrie de Nietzsche : migraines et myopie sont des syndromes hérités du père. Karl Ludwig Nietzsche est mort d’une tumeur au cerveau. Cette affection se manifesta par de violents maux de tête, des vomissements, des troubles visuels et des manifestations aphasiques. Ces symptômes ressemblent à la maladie que Nietzsche traversera toute sa vie dans les phases dépressives. Qu’il s’agisse d’hérédité physiologique ou non, on ne peut évacuer l’idée d’une répétition de la mort du père au cœur même des troubles de la maladie du fils. Commémoration d’un réel, répétition, similarité de destin. L’ombre du père plane sur la santé permanente du philosophe. Le père comme « au-delà » menace le présent dont il ne fait plus qu’une ombre. Nous ne cesserons d’en retrouver la confirmation dans les moments cruciaux de la vie du philosophe.

    2) « L’échec professionnel » de la période de Bâle où Nietzsche fait le choix définitif de la philosophie est lié à la progression endogène de la pulsion de mort. Nietzsche va nous en fournir lui-même l’explication dans Ecce Homo dès les premières lignes de son livre à partir de cette phrase : « Je suis pour m’exprimer sous une forme énigmatique, déjà mort en tant que je suis mon propre père ; ce que je tiens de ma mère vit encore et vieillit en moi. » [17] Cette énigme tend à confirmer que Nietzsche se vivait déjà mort par identification au père. Quelques lignes plus bas nous le confirment : « Mon père est mort à l’âge de 36 ans (en français dans le texte). Il était délicat, bienveillant et morbide, tel un être qui n’est prédestiné qu’à passer – évoquant plutôt l’image d’un bienveillant souvenir de la vie que la vie ellemême. Son existence déclina au même âge que la mienne : à trentesix ans je parvins au point inférieur de ma vitalité. Je vivais encore mais sans être capable de voir à trois pas devant moi. A cette époque – c’était en 1879 – j’abandonnais mon poste de professeur à Bâle, je vécus comme une ombre…[18] »

    Le fait que le père de Nietzsche soit mort jeune a fait planer sur la vie de Nietzsche une menace constante[19]. L’imminence de la mort et la prédestination à une fin prématurée sont donc à l’origine du moment crucial du choix de son existence chez Nietzsche et c’est donc à la progression de la psychose que l’on doit cette réorientation. La nouvelle existence de Nietzsche, entièrement disponible à la création de son œuvre s’accompagne d’une errance européenne que le philosophe transforme en quête spirituelle. Dans cette errance le philosophe sort d’Allemagne et gagne progressivement la méditerranée et l’Italie (vers la Grèce, berceau de Dionysos ?).Cette errance est liée à la forclusion du nom du père, un exil du père en quelque sorte, autant sur le plan géographique que sur le plan intellectuel[20], à la recherche du dépassement de l’Allemagne et du christianisme – les signifiants
    attachés à la transmission familiale dont Nietzsche rêve la destruction et pas simplement le surmontement.

    3) La forclusion du nom du père produit dans Ecce Homo un délire de filiation : Nietzsche refuse le signifiant Allemand. Il s’invente une filiation polonaise[21]. Ce rejet de sa filiation, s’il a quelque de drôle dans sa littérature parce qu’il se donne des alibis philosophiques, est en même temps délirant. D’après une étude rigoureuse de sa généalogie effectuée par Charles Andler, la famille Nietzsche est entièrement allemande. Ces éléments nous mettent en présence d’une pensée de l’abjection du nom propre.

    4) Nous émettons l’hypothèse que la solitude de Nietzsche est liée à l’absence de l’opérateur phallique[22] et que la musique étayait chez lui le vide de la métaphore phallique. La musique nous mène directement sur la trace du père. Nietzsche place l’improvisation musicale au-dessus du plaisir sexuel. L’improvisation était aussi pour le père de Nietzsche ce qu’il prisait le plus. Il est à noter que Wagner (qui incarne incontestablement une figure du père) trouvait ridicules les improvisations du philosophe et que la seule tentative de publication d’une partition musicale se solde par un échec cuisant dans lequel l’éditeur trouve monstrueuse et entièrement discordante sa musique. Cette discordance échappait à Nietzsche qui se prenait pour un grand improvisateur. Ce « malentendu » nous semble intéressant parce qu’il dénote la discordance bien plus profonde de l’introjection de l’image du père qui nous mène sur la voix de la mégalomanie. Ce ratage central de l’introjection du père amène le sujet à une suite d’identifications mégalomaniaques destinées à combler le vide dépressif du moi et le vide de la métaphore paternelle.

    La volonté de puissance comme passage en force sur la psychose

    Le concept de volonté de puissance est pour nous le « cataplasme » que Nietzsche pose sur le vide de la forclusion et le moyen par lequel il essaie de dépasser l’anéantissement qui ne cesse jamais de le menacer. C’est le concept par lequel le philosophe trouve un moyen de passer en force sur sa propre « impuissance » dépressive. « Volonté de puissance » signifie pour Nietzsche : recherche désespérée de la domination de la mélancolie.


    La volonté de puissance est un « instinct » de domination de la vie, ce par quoi la vie est ce qui doit toujours se surmonter soi-même. Se surmonter soi-même signifie essentiellement « surmonter la tyrannie de la douleur » et dans la vie personnelle de Nietzsche il s’agit de surmonter la douleur morale des états dépressifs. L’existence est donc une longue chaîne de dépassements de soi-même. Le sentiment de « puissance » le penseur ne l’atteignait que dans les états hypomaniaques qui lui donnent une surabondance de force, une exubérance de vie débordant la pensée, un sentiment de toute puissance et d’excitation intellectuelle qui débouche sur une ivresse créatrice extrême : c’est là avons-nous vu le point de rendez-vous avec la manie. Cette volonté de puissance, ne nous y trompons pas, est dépersonnalisée et Nietzsche la décrit comme un essor de l’être indépendant de la conscience. Et pour cause, il subissait des cycles indépendants de sa volonté dans lesquels sa force vitale était inhibée par les entraves de la douleur des cycles de libération jubilatoire qui tout à coup le déchaînait de l’impuissance de la dépression et de l’hypocondrie. Il est à noter que dans la deuxième partie du Zarathoustra Nietzsche associe la volonté de puissance à l’image de la résurrection des tombeaux : « Oui, tu demeures pour moi la destructrice de tous les tombeaux : salut à toi ma volonté ! et ce n’est que là où il y a des tombeaux qu’il y a des résurrections ». Cette symbolique du tombeau marque une fois de plus l’entreprise de la volonté devant la question de la perte et du deuil, image récurrente.

    Le dualisme de la volonté de puissance et son échec dans le réel

    Ce concept aura donc la marque de la structure bipolaire de la maladie et de la forclusion. Il existe une volonté de puissance négative. La volonté réactive consiste à dénigrer la vie, la rabaisser, la refuser à travers l’illusion, faire privilégier la négation sur l’affirmation, la réaction sur l’action, la volonté de nier sur la volonté de créer. Sa meilleure image est celle du christianisme qui a besoin de l’illusion religieuse pour affronter la vie. On voit bien que ce que Nietzsche appelle le nihilisme touche l’essence de la dépréciation négative de la mélancolie. La croyance religieuse serait issue elle-même de l’occultation de la mélancolie dans la métaphysique. Nul doute alors que le christianisme est alors porté par le dégoût du monde. Il s’est détourné du réel pour pouvoir masquer son origine et construire l’illusion d’un réel meilleur mais nécessairement vide d’existence.

    Mais la volonté pour Nietzsche peut se renverser en volonté de puissance affirmative. Son intention est d’être créatrice, elle détruit les anciennes valeurs pour en établir de nouvelles. Elle consiste à créer, vouloir le réel tel qu’il est et non le réel fabriqué à partir de l’illusion religieuse. Sa meilleure image est celle de Dionysos. La vraie volonté de puissance est donc liée à la manie. Elle est avant tout cette force impersonnelle de la psychose qui traverse Nietzsche et qui décide des modifications substantielles dans l’humeur et dans le corps du penseur. Il faut noter que La Volonté de puissance [23] est le titre du plus grand ouvrage que Nietzsche envisage d’écrire à partir de 1886. Or l’envahissement progressif de la pulsion de mort et l’effondrement mental vont empêcher une construction synthétique de l’œuvre. Dans le réel cela signifie un échec du concept de la volonté de puissance et de son désir de transvaluation de la mélancolie. Le concept de volonté de puissance est d’emblée lié à une mésinterprétation de la question du désir, ce ratage en soi résume d’ores et déjà toute l’essence de sa psychose. Cette affirmation de la volonté de puissance est à mettre en rapport avec l'aggravation de la désolation dans la vie de Nietzsche. Dans les Dithyrambes de Dionysos, la dernière œuvre écrite, le philosophe affirme : « Le désert croît : malheur à celui qui protège les déserts ». Cette formule de 1888 est la trace d’une brûlure de plus en plus violente qui aspirait progressivement Nietzsche vers la régression. Ce cri poussé au cœur du désert n’empêche nullement son extension et dit la vérité de la volonté de puissance (le désert est l’ombre de la volonté) : elle ne peut rien contre la cassure extrême du vide de la forclusion hors duquel le sujet s’est lui-même rejeté. Le vide qu’éprouve Nietzsche n’est pas le vide dépressif lié à l’objet absent ou lié au manque dans l’autre. Le désert de Nietzsche est une béance réelle, un trou qui n’est pas transposable dans le langage ni modifiable par lui. Le philosophe espère par exemple à chaque ouvrage avoir livré une bataille spirituelle et gagné une victoire décisive sur sa maladie mais la désillusion est permanente. Le dépassement est impossible. Les périodes dépressives ne lâchent pas prise et deviennent de plus en plus oppressives dans le temps. En 1887, le philosophe compte sur la force de « dépersonnalisation » que lui procure sa maladie [24] pour avancer le plus loin possible dans sa propre « mission » c’est à dire sa propre destruction comme si le rêve du penseur était alors de s’annuler et de disparaître des noms du langage. On peut dire alors que sa mission s’accomplit en janvier 1889.

    Conclusion

    Cet appel à la volonté pour forcer la mélancolie, combler le vide de la forclusion, lié à la mésinterprétation de la question du désir, fait écho aux constructions des grandes idéologies totalitaires du vingtième siècle. La mort de Dieu [25], la régression au réel par la destruction de l’illusion de la loi, le forçage de la loi dans un par-delà le bien et le mal, la transvaluation des valeurs comme procès de la forclusion, la promotion de la volonté comme ivresse maniaco-dépressive et comme souci de construire un homme nouveau sur la destruction du « dernier homme »… ces thèmes croisent les grandes constructions de la pensée idéologique dans le vingtième siècle et ne sont pas non plus étrangers au rationalisme scientifique. Nous devons à Nietzsche, véritable oscillomètre sur le terrain de l’âme, de les avoir « expérimentés » à partir de la psychose et d’avoir pressenti leur déchaînement historique à venir." 

    Auteur du texte : Philippe Cadiou - son site autour de Nietzsche




    Notes :

    [1] Le Syndrome de Nietzsche, Jacques Rogé. Edition Odile Jacob (1999) C’est à ce livre que nous empruntons toute la première partie de nos recherches.

    [2] Par exemple, préfaçant les aphorismes des « Notes sur la maladie », Johan Gok considère que Nietzsche aurait lui-même simulé sa folie par lassitude. Cette hypothèse nous apparaît impossible. Mort parce que bête, Editions Parc, 1998.

    [3] « J’ai toujours écrit mes œuvres avec tout mon corps et ma vie. ».

    [4] Alain de Bottom, Les Consolations de la philosophie, Page 252, §21 Edition Mercure de France, 2001, pour la traduction française, traduit de l’anglais par Jean-Pierre Aoustin.

    [5] Janz, Friedrich Nietzsche. Biographie, 1, p.136.

    [6] « On voit à la démarche de quelqu’un s’il a trouvé sa route, car l’homme qui approche du but ne marche pas, il danse. ».

    [7] Rüdiger Safransky, Nietzsche - Biographie d’une pensée, page 33, traduit de l’allemand par Nicole Casanova, Acte Sud 2000 pour la traduction française.

    [8] Cet épisode n’est cependant attesté par aucun témoignage à notre connaissance.

    [9] Friedrich Nietzsche, Dernières Lettres, lettre du 6 janvier 1889, éditions Rivage/ Petite bibliothèque traduit de l’allemand par Catherine Perret, P 150, Paris 1989.

    [10] Ecce Homo ; Comment on devient ce que l’on est (1888) écrit dans la foulée de L’Antéchrist, nous tenons cet ouvrage comme l’un des plus beaux témoignages de la tradition philosophique dans son ensemble.

    [11] Ce sont quelques unes des têtes de chapitre de Ecce Homo.

    [12] Lettre du 26 novembre 1888 à Georg Brandes, Dernières Lettres, page 97.

    [13] On voit bien que la récupération de Nietzsche par l’Allemagne conservatrice de l’entre-deux guerres est illusoire.

    [14] Lettre du 26 novembre 1888 à Georg Brandes.

    [15] Friedrich Nietzsche, Ecce Homo, Œuvres coll. BOUQUIN, t2, page 1198.

    [16] La psychose ordinaire -La convention d’Antibes, Le Paon, collection publiée par Jacques-Alain Miller. Agalma éditeur diffusion le seuil, 1999.

    [17] Ecce Homo, Pourquoi je suis si malin, Friedrich Nietzsche, coll. Bouquins, Robert Laffont, p 1117, Paris 1993, traduction Henri Albert.

    [18] Idem.

    [19] De ce fait, Nietzsche considère qu’il a toujours eu « un pied hors de la vie », et c’est un héritage de son père toujours décrit comme un être innocent (un ange !) et exceptionnel auquel il manquait « l’affirmation de la vie », c’est à dire encore Dionysos, la grande élaboration du philosophe.

    [20] « Ma pratique de l’Allemand est ce qui, à la fin, m’exile.» Dans le franchissement des frontières géographiques se joue aussi pour le philosophe le franchissement des frontières de la langue allemande vers la langue française.

    [21] Ecce Homo, Pourquoi je suis si sage, 3.

    [22] Nietzsche a désiré plusieurs fois le mariage mais de façon très formelle et conformiste. Il était capable de faire une demande en mariage quelques heures après une rencontre.

    [23] La volonté de puissance. Essai d’une inversion de toutes les valeurs.

    [24] Friedrich Nietzsche, Dernières Lettres, éditions Rivage, page 44.

    [25] « Déchirer Dieu dans l’homme » dit Nietzsche dans les Dithyrambes de Dionysos, le poème d’introduction.

     

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  • Yann Moix : passé, présent - et avenir

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    Billet de blog publié en 2015      

                      

                    Contrairement à ceux dont le passé ne passe pas, celui de Yann Moix, récent, impétueux et à haut risque, est passé comme une lettre à la poste ; il a filé ce passé à une vitesse supersonique... et tout le monde a tout oublié ; du moins ceux qui, aujourd’hui, le soutiennent, le couvent et le récompensent.

    Il nous faudra donc nous y arrêter sur ce passé, ne serait-ce que pour comprendre le présent et peut-être aussi, l'avenir d'un Yann Moix.

    Mais... dans un instant car il nous faut, d'abord, parler de ce présent.

     

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                  Entre deux films et un roman, Yann Moix a  trouvé à s’occuper : il s’est assis depuis la rentrée de septembre aux côtés de Léa Salamé dans "On n'est pas couché", le talk-show présenté par Laurent Ruquier tous les samedis en deuxième partie de soirée sur France 2.

    Ce qui nous promet, soit dit en passant, de beaux et de grands conflits d'intérêts : pensez au jour où Moix devra  faire la recension d'un livre d'un auteur de sa propre maison d'édition Grasset !

    Pour remplacer Aymeric Caron, il est dit que Laurent Ruquier a pioché parmi ses fidèles même si on oublie un peu trop facilement que Ruquier n’a pas la réputation de décider quoi que ce soit pour qui que ce soit, et moins encore pour lui-même ; comme tous les animateurs du PAF, il se doit d’être aux ordres ; ce qui se solde par une émission qui reçoit ceux que tout le monde reçoit tout en bannissant tous ceux que ces mêmes médias bannissent ici, là, et partout ailleurs.

    Faut dire que Yann Moix colle aux baskets d'un Ruquier qui s'est fait une spécialité d'être omniprésent dans les médias du décervelage : Moix a donc fait aussi partie des pensionnaires des "Grosses têtes", l'émission que Laurent Ruquier présente tous les après-midis sur RTL. Avec l'animateur, il a également participé à "On va s'gêner" sur Europe 1 et à "L'Émission pour tous" sur France 2.

    C'est à se demander comment Yann Moix arrive encore à poser ses fesses sur un siège quel qu'il soit... même rembourré.

    Mystère.

     

                 Longtemps les auteurs dignes de ce nom ont pu vérifier que la littérature ne nourrissait pas son homme et que, par voie de conséquence, peu d’auteurs étaient disposés à se montrer à la hauteur du sacrifice que demande cette littérature décidément ingrate et qui se moque pas mal des conditions de vie de ceux qui la servent des années durant.

    Moix est-il la preuve vivante de cette vérité amère, car, avec cet engagement tous azimuts dans les médias, ce n’est plus de sacrifice qu’il s’agit mais d’un véritable acte d’héroïsme car enfin… toute cette activité, tout cet abaissement, c’est pas rien pour un auteur qui a très tôt juré une fidélité éternelle à une littérature à la fois exigeante et courageuse !

    Certes, on peut aussi porter un autre regard sur ce Moix omniprésent dans les médias car on peut toujours affirmer a contrario : la littérature n’affame pas, elle gave les auteurs ; et en ce qui concerne Moix, un Moix pourtant privé de lecteurs, cette littérature le gave comme personne d’autre avant lui ! Oui ! Elle le gave notre Moix ! Elle le... à moins que...

    A moins qu’il ne s’agisse non pas de littérature mais plus simplement d’être capable de s’entourer d’appuis qui comptent car la rumeur va bon train : comment Moix a-t-il obtenu le job de Caron, son prédécesseur chez Ruquier ? Est-ce BHL dont Moix est très très proche (1) et à qui les médias ne peuvent rien refuser, qui l'aurait imposé ? La question est posée.

    Rappelons à toutes fins utiles que Yann Moix qui a quitté sa province - Orléans pour Paris -,  sur ses grands chevaux, bien décidé à empoigner la littérature, est l’auteur d’une dizaine de romans."Naissance", son dernier ouvrage en date, a remporté le Prix Renaudot en 2013. Il a réalisé deux long-métrages, "Podium", avec Benoît Poelvoorde et "Cinéman" avec Franck Dubosc.

    Porté à bout de bras par Bernard Henri Levy, Yann Moix - la call-girl de BHL ! -, avec Caroline Fourest, mène la grande vie au prix de tous les abaissements et de tous les partis pris auxquels il est possible de se rallier, de se plier et de se conformer car BHL ne connaît pas les demi-soumissions ; avec BHL, il faut avaler, tout avaler, couleuvres et le reste ; il faut aussi accepter de se ranger à droite de l'échiquier politique, du côté de ceux qui cognent... sur les plus fragiles qui plus est, même si contrairement à Fourest qui ne sait rien faire, Moix n’est pas dépourvu de talent et toute personne de bonne foi ne saurait douter de l’authenticité de son engagement auprès de la Littérature et des auteurs, même si…

                  Tenez : deux avis opposés sur le talent de Moix en tant qu’auteur  vous sont proposés : ICI et puis LA.

    Arrangez-vous avec ces deux-là…moi, je n’ai pas d’avis sur la question. Je n’ai pas encore trouvé le temps de lire un ouvrage de Moix même si j’ai pu apprécier « Podium » qui, sans être un film important, a su nous surprendre : l'acteur Poelvoorde n'y est sans doute pas pour rien non plus. 

     

     

    1 - Moix anime un blog dans la revue en ligne créée et dirigée par Bernard-Henri-Lévy : La règle du jeu.

     

     ***

     

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     Docteur Yann et Mister Moix ?

     

     

                   Revenons maintenant au sujet de ce billet : le passé somme toute récent de Yann Moix.

    C’est un dénommé Paul-Éric Blanrue qui s’est chargé de nous le rappeler : ICI dans son intégralité.

    Paul-Eric Blanrue est un historien comme on les aime : un historien mal assis, en rupture de ban(c) ; un historien maudit et banni (Alain Decaux n'a qu'à bien se tenir !) Jamais vous ne le verrez à la Télé ou ne l’entendrez à la Radio même par mégarde ou par accident. C'est simple : quiconque l’invite... meurt… professionnellement s’entend. 

                 On apprend alors que Moix formait au début des années 2000 avec Blanrue et Marc-Edouard Nabe, un trio inséparable. Pour Paul-Eric, Yann Moix qui était employé à l’hebdomadaire Marianne classé très à gauche dans ces années-là, c'était « Mon Yannou ».

    Blanrue nous rappelle que pour Moix, Marc-Edouard Nabe, l’auteur de Au régal des vermines publié en 1985, un texte bien écrit mais plein de haine pour le genre humain (à noter que les Juifs n’étaient pas épargnés non plus ; et c'est important ; on verra pourquoi dans un instant) était un demi-dieu, un classique vivant de la littérature française.

    Rastignac orléanais (comprenez : arriviste venu tout droit d’Orléans) Moix fera sien un briquet à l’effigie du Duce (Mussolini), le dérobant à Blanrue. Faut dire que Moix n’était déjà pas un vitupérant gauchiste puisque Le Pen ne le déplaisait pas.

    Blanrue, ami personnel du professeur Robert Faurisson, précise que cette acquaintance n’était pas un secret pour Yann Moix qui connaissait depuis les années 90 les travaux de cet autre historien maudit et banni : "Rencontrant régulièrement le professeur à Vichy ou lors de ses venues dans la capitale, correspondant avec lui au quotidien par e-mail, la proximité que j’entretenais avec cette sulfureuse personnalité qui avait, d’ailleurs, peu de secrets pour toi, non seulement tu me le demandais, mais tu en redemandais, mon Yannou, et combien goulûment : qui en était ? Qui n’en était pas ? Ça te passionnait ! "

    Au sujet du professeur Faurisson, rappelons, en passant, qu'après un jugement favorable à son endroit - jugement qui renverra tous les historiens à leurs chères études -, une loi verra le jour :  la loi Gayssot : une loi qui est certes capable de plaisanter avec l'Histoire mais certainement pas avec le génocide des Juifs d’Europe par les Nazis (2).

    Et puis, voilà que Moix qui ne se sentait plus exister sans doute, accepte d’être le préfacier de l’ouvrage «  Le Monde contre soi – Anthologie des propos contre les juifs, le judaïsme et le sionisme » de son ami Paul-Eric Blanrue paru en 2007 ; ouvrage aujourd’hui interdit à la vente suite à un recours déposé par la LICRA en 2012.

    Chaud devant !

     

     

                A la fin des années 2000, Moix a longtemps prétendu s'être « rangé des voitures » rompant tout contact avec Paul-Eric Blanrue. Là encore, rien n’est plus faux, comme P.E.Blanrue le prouvera,documents à l'appui en bon historien qui travaille les archives, les siennes en l'occurrence :  ICI

    Blanrue continue : « Moix a ri aux éclats en assistant au spectacle “Mahmoud ». Moix avait fait le déplacement au théâtre de l’humoriste-activiste Dieudonné...

    Avant de conclure : "En quelque sorte, j’étais devenu ta bonne conscience : tout ce qui t’était interdit de dire en public, tu me le lâchais en privé ou me le faisais assumer en riant à gorge déployée à mes tirades transgressives. Docteur Yann et Mister Moix ! Je t’offrais la possibilité de vivre quelques heures par jour la vie que tu aurais voulue mener et d’exprimer en cachette les propos que tu aurais aimé tenir si tu n’avais pas choisi la voie du succès contre le monde du silence."

     

    La synthèse sur Yann Moix avec Alain Soral

     

    2 - Notez que je mets une majuscule à Nazi non pas parce que j’en suis un mais parce que le correcteur d’orthographe de Microsoft m’y invite très fortement ; aussi, pour toutes réclamations, adressez-vous aux développeurs de ce logiciel de traitement de texte.

     

    ***

     

                    Marc-Edouard Nabe, Paul-Eric Blanrue et Faurisson, Dieudonné...

    Aujourd’hui, Moix  s'est définitivement rangé ; il a choisi BHL et la télévision ; grand bien lui fasse : il a donc choisi de disparaître, comme des milliers d'autres avant lui, une fois que les feux de la rampe se seront éteints ; et comme les voyages forment la jeunesse, en prime, cerise sur le gâteau d'une allégeance inconditionnelle et maintenant sans nuages, Moix est devenu israélophile et judéophile comme il n’est pas permis de l’être quand on est ni juif ni israélien ; et c’est bel et bien sur cette déférence que se sont portés mes soupçons, voilà quelques mois, car, comme chacun sait, il ne faut pas me tenter.

    Aussi, que cache-t-elle cette déférence ? Qu’est-ce que Moix, le petit orléanais monté à Paris a donc à se faire pardonner ? Que cherche-t-il à nous faire oublier ? Quand on sait que le meilleur ami des Juifs c’est le non-Juif critique à propos de la soumission inconditionnelle au Judaïsme et/ou à Israël d’une communauté française sous l'influence d'une idéologie mortifère qui représente un réel danger de mort pour cette communauté, le sionisme, tellement l'injustice et la cruauté de cette idéologie poussent à la colère et à la révolte, celle des plus faibles - le terrorisme -, on peut légitimement être soupçonneux.

                    Les réponses à mes questions, j’ai pu les trouver chez cet historien banni des médias : Paul-Eric Blanrue.

                    Qu’il en soit ici remercié. 

     

    ____________

     

    Pour prolonger, cliquez : Moix, le poète d'un crime crapuleux

     

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais, Medias, désinformation et ré-information 0 commentaire
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