Mesure d'audience ROI statistique webanalytics par litterature"WebAnalytics"

Avertir le modérateur

A découvrir : Serge ULESKI, ouvrages et entretiens - Page 5

  • Le fascisme et la France : Berstein contre Sternhell

     

     

                     A l'heure où  "Ni droite ni gauche. L’idéologie fasciste en France",  paru en 1983, est repris en collection de poche avec une nouvelle préface de l’auteur sur près de 150 pages, non contente d'être la fille aînée de l'Eglise, à en croire l'historien israélien Sternhell, la France serait aussi " la fille aînée du fascisme". Rien moins.

                    Plus de trente ans après la parution de l'ouvrage de Sternhell, qu'en est-il de cette France ?      

     41GVnwgXGZL.jpg

                   

     

     

     

    "La france et le fascisme" : cet opuscule d'une cinquantaine  de pages  se propose de répondre à cette question et d'en proposer d'autres à la réflexion du lecteur car, ce qui doit nous intéresser n’est pas tant de savoir si la France est ou n'est pas la « fille aînée du fascisme » mais  pourquoi certains historiens et politologues ont manifestement besoin de le penser à l’heure où aucune définition du fascisme ne semble possible, tout en tenant compte du fait que jamais en France il n’a existé un Etat fasciste, et qui plus est… librement consenti.

     

             Il semblerait que d’aucuns désignent encore le danger fasciste à l’extrême droite tout en apportant une définition totalement obsolète de ce fascisme - pour rappel : un marxisme dévoyé et une conception ethnoculturelle de la nation  -, comme pour mieux faire diversion et nous cacher un autre fascisme,  taillé sur mesure pour demain celui-là,  et dans le marbre, jour après jour,  nation après nation,  culture après culture... le fascisme d’une mondialisation contrôlée par les multinationales et la pègre ; un fascisme loi d’airain du fric et du pilonnage permanent des humbles et des relégués au nom d’une justice sociale emballée dans les cartons d’une science économique sans visage, sans morale et sans honneur ; loi qui ordonne la fin des toutes les controverses et de tous les débats.

     

     

                                              L'ouvrage est disponible ICI

     

    __________

     

    6127g85TuNL.jpg

                      En réponse au travail de Sternhell autour de la France et du fascisme, dans cet ouvrage, paru le 9 octobre, Berstein et Winock questionne le rôle de la France en tant que “laboratoire du fascisme” :

     

                     " C’est un livre qui a pour objet de combattre les thèses de Zeev Sternhell. Pour lui le fascisme est né en France dans les années 1880 autour de Maurice Barrès, Georges Sorel dont les thèses ont ensuite été reprises par Mussolini. Par conséquent, pour Sternhell, ces mouvements fondent le fascisme, ce qui est une opinion curieuse et qui ne correspond pas à ce que l’on sait du contexte de l’époque et à partir de là, pour lui, le fascisme est né.

    Il n’y a pas encore de fascisme à l’époque. Il naît à partir de 1920 en Italie et va connaître une expansion dans l’Europe de l’entre-deux guerres. Il est sans rapport, même s’il existe des éléments partiels chez les théoriciens que retient Sternhell. Rien ne dit que ça constitue un pré-fascisme ou un proto-fascisme. Pour qu’il y ait du fascisme, il faut la volonté de bouleverser complètement l’ordre établi, vouloir créer un homme nouveau. C’est l’idée fondamentale. Il faut pour cela employer des méthodes totalitaires qui plient l’individu à la volonté des dirigeants dudit régime – la “statolâtrie” en Italie, la race en Allemagne – et tout le monde doit y croire. Tout ce qui est en dehors doit être éliminé et par conséquent, il s’agit d’un régime directif, policier et répressif, constituant le fascisme. Il n’y a pas de fascisme sans totalitarisme, sans volonté d’expansion pour affirmer la primauté de la nation sur toutes les autres, par la force des armes.

    Le fascisme n’est pas le rêve des nationalistes français des années 1880 qui se réclament plutôt de la République, ni les conceptions de Sorel qui estime que la violence peut être l’accoucheuse d’un monde nouveau même si la violence est effectivement consubstantielle au fascisme. L’un des éléments ne suffit pas à caractériser l’ensemble. Notre livre critique chez Sternhell, le fait de ne pas jouer le jeu de la méthode historique. Dans son dernier livre, “Histoires et lumières” il se glorifie d’être en dehors des sentiers battus,de faire de l’histoire comme personne et de prétendre établir des vérités historiques à partir de la seule histoire des idées, ce que nul ne conteste mais ce qui ne suffit pas à remplacer la réalité vécue par les hommes, c’est à dire les faits historiques. Un historien qui ne tient pas compte des faits, c’est tout sauf un historien."

     

    _________________

     

    Pour prolonger, cliquez : La France et le fascisme : autant de questions sans réponses

     

     

     

    Lien permanent Catégories : A découvrir : Serge ULESKI, ouvrages et entretiens, politique, quinquennat Hollande et PS 0 commentaire
  • La France et le sionisme : domination et chantage

     

     

     

    uleski,littérature,livres,auteurs,blogs,édition,éditeurs,écrivains,actualité,culture

     

              A l’heure où, en voyage d’Etat en Israël en novembre 2013 , François Hollande, Président de la République française, adresse un chant d’amour éternel à Israël dans la résidence privée de Netanyahu, chef d’un gouvernement à la tête d’une coalition d’extrême droite…

    A l’heure du bannissement de Dieudonné - plus de dix ans de persécution -, à la suite d’un sketch qui dénonçait la politique d’un Etat qui n’a, aujourd’hui, plus rien à envier à l’Afrique du Sud du temps de l’Apartheid…

    Et alors que l'Etat israélien jouit, ici en France, d'un soutien quasi inconditionnel de la classe politique en général et du PS en particulier, et ce jusqu'au sommet de l'Etat français, soutien concomitant avec une adhésion pleine et entière à la politique de l’Otan et à un mondialisme qui n’est dans les faits qu’une remise en cause de tous nos acquis sociaux et démocratiques ainsi que de notre patrimoine culturel, le tout en violation de notre tradition diplomatique qui a fait notre rayonnement et notre force - une tradition qui avait pour objectif la recherche d'un équilibre face à des pays et des cultures hégémoniques, à la soif excessive de domination : USA, URSS (en son temps) et Israël (depuis 1967)...

                Cet ouvrage se propose d’exposer au grand jour, jour après jour, la démission de l’Etat, de la quasi-totalité de la classe politique, des intellectuels, du monde de la culture et des médias, tous terrorisés à l’idée de s’opposer à la préséance d’une idéologie seulement capable, d’organiser le malheur partout où elle est dominante : là-bas : bombardements civils, assassinats et expropriation ; ici : division, violence, chantage et bannissement.

     

    Pour prolonger, cliquez : Sionisme ? Vous avez dit "sionisme" ?

     

                                           L'ouvrage est disponible  ICI

     

    Lien permanent Catégories : A découvrir : Serge ULESKI, ouvrages et entretiens, Israël : judaïsme, sionisme et colonisation 0 commentaire
  • Mémoire et décombres

     

                Elle a raccroché. Au cours d'une brève conversation téléphonique avec l'un de ses trois enfants, Nathalie, sa fille aînée, la nouvelle est tombée : le décès d'un homme de 57 ans d'une crise cardiaque ; homme qu'elle a divorcé après vingt ans de mariage ; père de ses trois enfants.

     

    ***

     

               En une fraction de seconde, une quantité considérable d'images folles s'imposent à elle du seul poids de cette mort. Livrés pêle-mêle, toutes ces émotions qui touchent l'âme à vif et nous arrachent du confort des journées sans événements, tous ces paysages d'ombres et de lumière qui s'offrent à toutes les perspectives jusqu'au vertige, toutes ces portent qui s'ouvrent d'une seule poussée et qui se referment en claquant telles une menace.

    C'est toute sa conscience d'être au présent qui l'abandonne et qui s'évanouit. Elle redevient celle qu'elle a été pendant vingt ans.

    Une vue panoramique cette vision, dans laquelle l'imagination et la mémoire se rejoignent. Une vue qui balaie toutes les peurs, toutes les haines, toutes les détresses passées. Et puis soudain, le temps d'une image furtive, un point lumineux fige notre regard : hypnotisés nous sommes, face à ce serpent qu'est le passé ! Et plus longtemps ce passé demeure irrésolu, plus grande est notre fascination.

    Amertume, colère. On se ressaisit au plus vite. On ferme les yeux, on respire profondément et on se retire de peur de ne plus pouvoir distinguer le mensonge de la vérité. Quant à la réalité... cette satanée réalité ! Changeante à souhait, insaisissable cette réalité ! Si claire alors que le danger était encore une vraie menace ; si trouble, une fois qu'il s'est éloigné.

    Au sortir de tous les cauchemars, la réalité ne s'ouvre toujours pas à notre entendement. Des années après, en dernier recours, comme un dernier secours, seuls restent les faits qui viendront trancher d'un coup de lame décidée, sans discernement et sans ménagement, dans un brouillard épais, la chair d'un passé lacunaire ; des faits qui à notre grand désarroi n'éclaireront jamais la vérité car le miroir qu'ils nous tendent aura pour reflet une image tronquée, une image dont la partie manquante est une question qui reste le plus souvent, sinon à jamais, sans réponse : la question du pourquoi. Question qui appelle - quoi qu'on puisse en penser - une réponse à deux, bien que l'un se soit retiré et que l'autre demeure seul, privé de cette réponse qui aurait pu nous rapprocher de cette vérité tant convoitée : la vérité sur nous-mêmes confrontée à la vérité de l'autre sur lui-même pour tenter d'atteindre et de cerner une autre vérité, la dernière, la seule qui vaille dans une union à l'agonie : la vérité de l'un sur l'autre comme un dernier adieu, sans avoir à se retourner, en rupture de toutes les ruptures - s'il en est une plus décisive encore -, une fois que toutes ces vérités ont été hurlées à la face de l’un et de l’autre.

     

    ***

     

              Confronté à un tel remous, et pour échapper à la noyade, très vite, elle passe à gué ; et sa vision retourne dans le noir d'une coulée violente, d'une seule traite, aussi vite qu'elle était venue l'assaillir à la faveur d'une vie pénétrable à souhait : la sienne de vie, aujourd'hui sans projet pour la détourner et la protéger d'une telle intrusion. A temps, elle a chassé l'ombre et quitté un sol friable et poreux. Plus rien à craindre donc ! La lumière ne se fera pas. Amnésique et soulagée, elle a ramené cet instant douloureux qui se consumera sans laisser de cendres, à la hauteur de ce qu'elle est aujourd'hui, et là où elle est.

    L'annonce du décès de l'homme dans lequel elle se sera perdue durant vingt ans, c'est une lumière que la vie éteint derrière nous comme lorsqu'on quitte une pièce. C'est aussi une porte que l'on referme sur nous-mêmes et sur cette vie dans laquelle on ne peut décidément rien préserver, rien pérenniser, rien conforter et rien imposer à l'autre non plus : le succès d'une entreprise que l'on croyait digne d'être soutenue - celle d'une vie en couple. C'est aussi une poche d'obscurité qui se forme en nous : la vie a soufflé une nouvelle bougie, une de plus ; et la voici maintenant qui part en lambeaux, méticuleusement, pas à pas, année après année, décès après décès, perte après perte, échec après échec.

    La vie se termine lorsqu'il n'y a plus rien devant soi et que derrière, tout part à vau-l'eau, tout se détache, tout nous quitte. Et pour notre malheur, on ne peut plus envisager remplacer tout ce qui nous abandonne ; des pans entiers.

    Reste l'amnésie. Privé de mémoire, rien n'existe et par voie de conséquence, rien ne vieillit en nous. Intact notre être ! Vierges nous sommes !

    Faut-il alors cesser d'adresser nos décombres ?

    Mais, ces décombres sont nos vestiges, nos fondations aussi, notre assise car, nous sommes à jamais le fantôme de ceux que nous avons... et de ceux qui nous ont... aimés dans le meilleur comme dans l'injustice et la souffrance. Longtemps après, nous le demeurons malgré nos efforts d'oubli.

    Inutile de le nier : si personne ne peut nous extraire de nous-mêmes, on ne peut sans doute jamais se retirer de la vie des autres et les autres de la nôtre sans y laisser une partie de soi ; et cette partie qui nous hantera longtemps guidera nos pas et tous nos choix. Elle ne nous demandera pas notre avis. Elle se passera de notre consentement.

    Cette partie de l'autre chez nous qui n'est que la partie que l'autre aura laissé derrière lui au moment de la rupture et dont on n'aura pas su venir à bout et mettre un terme comme on coupe le cordon ombilical, cette partie qui vampirise à notre insu tous nos modes de décisions, on la subira : c'est elle qui nous contrôlera, nous qui croyons décider pour nous-mêmes. Incapables nous sommes de reconnaître sa présence en nous et d'évaluer sa force et son pouvoir inhibant.

    Et puis, arrive un jour où l'on se décide à lui annoncer que c'en est fini d'elle, le jour où nous décidons de la regarder en face cette partie de l'autre chez nous car ce jour-là, notre regard la dépossède : c'en est fini de tous ses pouvoirs, de ses prérogatives, de ses passe-droits, de ses agissements sournois ! Nous l'avons désarmée. Sa présence demeure mais... rendue inoffensive et inopérante, elle ne peut plus nous diriger car, on se les est toutes pardonné à soi-même nos erreurs. Oui ! Pardonné à soi-même nos errements, nos hésitations, notre manque de discernement et puis, et surtout, cette absence têtue de courage et de lucidité dissimulée derrière le paravent cache-misère de l'obstination qui a pour nom fidélité : on reste, on demeure aussi longtemps qu'il existe une chance de sauver ce qui peut encore l'être jusqu'au jour où...

    Cet autre chez nous, ce fantôme n'est donc pas quelque chose de plus bas ni de plus haut que l'humain ; ce fantôme, c'est ce qu'on a laissé derrière soi tout en l‘emportant avec nous, c'est la moelle épinière du Temps, notre temps, année après année, en témoin d'événements tantôt infernaux, tantôt célestes les rares fois où l'on nous a épargnés ou bien, le peu de fois où l'on aura su se mettre à l'abri en attendant des jours plus méritants, nous qui ne pouvons pas décemment penser mériter le sort injuste qui peut nous être fait.

    Oui ! Cet autre chez nous, ce fantôme, c'est le nôtre de temps ! Celui qui n'appartient qu'à notre histoire, celle de notre maigre vie, la seule disponible et de ce fait, immense cette existence qu'est la nôtre, seule face à toutes les autres qui tentent, tout comme nous, de se préserver dans l'espoir d'éviter le pire, à l'abri des prédateurs qui ruinent nos vies, occupés qu'ils sont à vouloir faire notre malheur malgré nous, un rien altruistes.

    Quant à la partie de nous chez l'autre - et pour peu qu'elle soit encore active -, à son sujet, on pensera : "A chacun sa peine, son labeur, son entreprise de reconstruction !" Car, offrir ce qui nous a cruellement manqué des années durant - lucidité et courage - est le don le plus difficile qui soit ; et s'il ne nous est pas rendu, c'est à nouveau notre existence que l'on mettra en danger. Et là, plus récurrente est l'erreur, plus grave est la faute et plus difficile le pardon à soi-même.

    N'en déplaise à toutes les bonnes âmes promptes au pardon : n'est pas miséricordieux qui veut et moins encore quand rien ne semble devoir nous y encourager.

    On ne peut aider personne et en dernier, ceux qui, au crépuscule de leur vie et parfois, toute leur vie durant, ont de bonnes raisons d'être ce qu'ils sont ; raisons qui ne nous seront jamais dévoilées même après vingt, trente ans de vie commune, en conjoint témoin et impuissant de leur malheur intérieur. Leur incapacité à se découvrir les condamne à terme à une solitude insondable et sans recours : un mur infranchissable, un obstacle incontournable ce secret inaccessible qu'ils portent en eux comme un esclave sa condition, et qu'ils traînent avec eux tel un pendu sa corde, au crépuscule d'une vie sans grâce, à la recherche d'une poutre, et sans qu'on les ait invités à le faire.

     

    ______________________

     

    Extrait du titre  : "La consolation"

     

    A propos de l'ouvrage... cliquez La consolation

    Lien permanent Catégories : A découvrir : Serge ULESKI, ouvrages et entretiens 0 commentaire
  • Comme l'absence est lente !

     

     

               Comme l'absence est lente. Elle s'écoule sans fin. Un fleuve à l'eau verdâtre et croupie, mauvaise à boire : un vrai poison, cette absence !

     

     

    ***

     

               Elle n'a pas oublié l'état de rêve dans lequel elle baignait, intimidée par ce malaise délicieux, à lui tout entière dans le tremblement indéfinissable de l'embarras de leur première rencontre. Elle n'a pas cherché à contenir ce désir affolé, cette flamme fébrile et claire surgie d'une braise brûlante de découverte, volutes de l'enchantement et de l'émoi. Elle n'a pas refusé cet instant suspendu, cette convulsion qui l'a cueillie au passage, un après-midi.


    Comme elle s'y est engouffrée avant de s'y enfermer, absorbée, avec une hâte juvénile et déterminée, dans ce désir effréné que tous deux assouvissaient dans la solitude !


    Le temps d'une vision crue et brutale qu'aucune retenue ne peut voiler, elle le voit tel quel... ce corps d'une clarté sans ombre. Et quelle nudité ! Une révélation, cette nudité qui prenait racine dans un sursaut d'étonnement tendre et joyeux ! Un enchantement, ce désir qui faisait que le corps de son amant, grand et robuste se détendait et qu'il devenait enfin possible de l'approcher, de l'apprivoiser, de le découvrir de fond en comble et de s'en troubler. Ce corps était capable de faire taire tous les scandales d'une bienséance supposée bafouée et jugée comme telle par ceux qui n'ont pour seule connaissance de leur propre corps et accessoirement de celui de leur partenaire, que la somme de leur incapacité à pouvoir l'appréhender, faute d'imagination et d'application.

    Le temps d'une buée fiévreuse dont elle a longtemps pleuré la privation, voilà que l'image réfléchie à l'infini de son immense et beau secret s'imprime et achève de la dissoudre. Aucun effort. Dans un long soupir, profond et lourd, elle ferme les yeux. Une envie sauvage arrache ce qui lui reste de raison. Tout se met en place au premier désir, à la première volonté : son regard à lui, son sourire, sa voix comme un espoir qui déroule le tapis rouge de son enchantement, sûr de lui, virtuose dans ses caresses et puis, la lumière et la pénombre une fois les rideaux tirés, elle, blottie sans pudeur, réfugiée contre lui, acceptée sans condition ou bien à la seule condition qu'il le soit aussi.

    Une main la guide sur le chemin à parcourir. Ses doigts à fleur de peau affinent le relief et les contours et assurent une cadence, un rythme soutenu vers une ascension certaine et puis, une autre main pour ne pas être en reste avec tout ce qui porte à rêver, tout ce qui ouvre, tout ce qui entre et se referme dans la confusion d'un monde reconstitué dans l'urgence ; membres ivres de consentement qui ne desserreront pas leur étau avant la combustion du désir qui emportera et aura raison de tout, une perle de sueur sur le front venue témoigner de l'effort consenti et de la chaleur ainsi provoquée comme une dernière preuve d'existence dont personne ne pourra souiller la raison d'être.


    Car elle s'enfonce maintenant dans ce qui lui reste d'intact et de vivant : cette partie d'elle-même inviolable, inatteignable, à l'abri de toutes les violences, de toutes les humiliations, de toutes les déceptions quand de la solitude étouffante on souhaite sortir à tout prix pour s'empresser de retrouver les mille et une caresses qui l'ont tant de fois menée là où pour rien au monde elle aurait souhaité céder sa place et à la sienne, ne pas l'y trouver pour l'avoir tant désiré comme on convoite le bien d'autrui, sans scrupules, jusqu'à tout immoler, avant de rejoindre une jouissance éprouvée et indéfinissable, étroitement mêlée à l'angoisse de ne plus pouvoir en renouveler l'expérience...

     

    ***

     

              Dieu ! Pourquoi cet étonnement soudain, ce retour haïssable vers tout ce qui nous blesse et nous rabaisse ? Mais... où était-elle partie ? D'où revient-elle ? Que lui est-il arrivé ?

    Rien. Presque rien. Quand on a pleuré une privation cruelle et douce et assouvi un désir qui n'aura sans doute rien résolu mais qui lui aura permis un court instant de ne pas désespérer de tout et d'elle-même, eh bien, dans ces moments-là, on sèche ses larmes avec la paume de ses mains, on sourit presque, car on se sent plus léger et la peine est moins étouffante, une fois la douleur atténuée.

     


    _______________________________

     

    Extrait du titre : " Cinq ans, cinq nuits"

     

               A propos de l'ouvrage... cliquez Cinq ans, cinq nuits

    Lien permanent Catégories : A découvrir : Serge ULESKI, ouvrages et entretiens 0 commentaire
  • Gabriel et la littérature pornographique

     

                     Gabriel qui n'en était pas à sa première découverte, finit par découvrir, sur le tard et longtemps après tout le monde, que le cul mène le monde à la baguette, les consommateurs à la ruine et les producteurs déjà pleins aux as, à la cotation en bourse entre deux trafics et une légion d'honneur pour service rendu au PIB d'une nation maintenant reconnaissante... libre et asservie, les fesses à l'air.

    De plus, le marché du cul, des cons et des pauvres bougres qui le soutiennent et l’engraissent comme on gave des oies déjà bien prospères, est un marché immense, pensait à juste titre Gabriel : pour une mise en érection au départ modeste, sans parler d'un taux de pénétration record avec ou sans vaseline, on peut attendre un retour sur investissement frisant les... les... mais... le chiffre est trop important, je me perds dans les zéros…

    Nul doute, Gabriel aurait pu amasser une montagne d’argent bien plus élevée que les monts Vénus et Ventoux réunis car, la mondialisation aidant tous ceux qui ont besoin d’être aidés, ce marché de dupes ne peut que croître et croître... et croître encore comme une bulle de savon en bandes dessinées organisées autour d’un jeu burlesque de farces et attrapes à mourir de rire si tant est que l’on puisse se permettre de mourir d’un tel rire sans perdre ses nerfs et sans endommager irrémédiablement les grandes artères coronairement bouchées de notre planète.

    .

    Son modèle - parce qu’il en faut toujours un -, son modèle... du... et... dans le genre précédemment cité, celui de la pornographie, son maître à tout faire, à tout rompre, à tout foutre, à tout bien peser et à penser... en un mot : le Maître de Gabriel ! eh bien, ce maître portait le nom de Zola, de son prénom : "Émile je t’enfile !" (blague que Gabriel affectionnait plus particulièrement, aussi je ne peux pas ne pas la partager avec vous).

    Oui ! Emile Zola ! Le pornographe de la classe ouvrière exploitée...

    Zut ! Un pléonasme !

    Je recommence : Zola, le pornographe ouvriérisant de la classe ouvrière bafouée et humiliée...

    Encore un pléonasme... Non, deux !

    Je reprends : Zola... l’ouvriériste du XIè siècle... de la condition ouvrière du XVIIè siècle... exploitée par une classe supérieurement obscène et pornographe mais... dirigeante... du XXIè siècle (c’est pas parfait mais c’est mieux).

     

    ***

     

     

                   Gabriel prit sa plume et un livre vit le jour : "Baise-moi ! Baise-moi ! Baise-moi vite !" Trois fois "Baise-moi ! " juste pour être sûr et puis, l’emphase n’était pas la dernière qualité littéraire de Gabriel ; son livre en avait bien d’autres.

    Gabriel prit soin d’utiliser tous les ingrédients nécessaires à la rédaction et à la fabrication d’un ouvrage pornographique. On y trouvait dans son livre : du sexe et de l’audace, en veux-tu ? Eh bien, en voilà !

    Des scènes folles... mais folles ! mettaient en scène des hommes et des femmes criblés de sexes parce que... fous de sexe... mais fous, comme il n’est plus permis aujourd’hui de l’être et même et surtout, lorsque l’on souhaite quitter très jeune et très tôt ses semblables tout aussi jeunes ou beaucoup moins jeunes, dans la précipitation d’un diagnostic qui ne vous laisse rien espérer de bon, sinon la quasi-certitude qu’il n’y a plus d’espoir.

    Du sexe, encore du sexe, du bon, du meilleur, dans ce récit qui ne semblait n’avoir qu’un seul but, qu’une seule vocation, louables au demeurant : recueillir tous les sexes de la planète jusqu’à ne plus savoir où, comment, à qui les redistribuer et à quel sexe se vouer, et puis, qui prendre pour sexe comme on prend une trajectoire et sa tangente pour cible.

    Le livre de Gabriel ? Un océan de sexes !

    Imaginez un instant tous ces sexes éperdus dans une quête pour le moins sexuelle, égarés dans un univers où seul le sexe contrôle et dirige les forces sexuellement transmissibles de cet univers obsédé par le sexe. Un univers tout feu tout sexe. Unique cet univers ! Du sexe à en perdre son sexe et plus particulièrement, au cours d’une scène d’ablation à caractère fortement sexuel qui a soulevé, dans les milieux littéraires, l‘indignation quasi générale.

    Du sexe, encore du sexe à en perdre la raison ; raison qui vous permet d’ordinaire d’identifier le sexe auquel vous appartenez et le sexe qui... vous… appartient. Mais, encore faut-il être capable de le retrouver ce sexe négligemment perdu parmi tous ces sexes ivres de sexe comme un chien court en rond après sa queue jusqu'à l'épuisement.

    Mais... comment peut-on décemment réunir au sein d’un même ouvrage autant de sexes ? Mais où diable Gabriel est-il allé chercher tous ces sexes ?

     

    ***

     

                     Les éditeurs jugèrent le titre "Baise-moi ! Baise-moi ! Baise-moi vite !" maladroit et d'une provocation attentatoire à tout ce qui ne saurait l’être et ce, sous aucun prétexte. Quant au livre, tout le monde d’un commun accord et dans une belle unanimité s’accordait et... d’une seule voix, pour penser qu’il était mauvais mais... vraiment mauvais.

    Étrange ce verdict tout de même ! Trop de sexe dans le livre de Gabriel ? Trop de sexe tuerait donc le sexe ? Les sexologues ont sans aucun doute une opinion sur cette question épineuse et éminemment sexuelle !

    Mais alors, que manquait-il à l'ouvrage de Gabriel ?

    A n’en point douter, il manquait un Je ne sais quoi de Dieu sait quoi dont on n’identifiera jamais le manque ni sa nature car personne n’a souhaité faire des recherches approfondies à ce sujet. Et pourtant ! Un critique averti aurait pu constater - si ce critique s’était penché sur l’ouvrage de Gabriel -, qu’il n’y avait dans l'ouvrage de Gabriel ni homme ni femme, ni début ni fin mais un seul et unique sexe, avant, pendant et après, longtemps après, une fois le sexe... pardon ! Une fois le livre refermé.

    Choqués et dégoûtés, les éditeurs ont poliment prié Gabriel de les oublier. Mais la rage au ventre, Gabriel s’est obstiné. Même au prix de l'échec car, Gabriel n’a pas voulu en démordre. Les éditeurs se sont franchement fâchés et plus particulièrement "Les Éditions de la Main Libre" dirigées par des féministes pourtant modérées, très propres sur elles, bon chic bon genre et responsables devant l’histoire féministe de tout ce dont il est important d’être responsable face à l’histoire qui ne vous permet plus de dormir debout... même mal accompagnée.

    Mais alors... sexiste l’ouvrage de Gabriel ? Difficile de se prononcer mais... sexuel, très certainement, le livre de Gabriel !

    .

    Gabriel connaissait mal le fonctionnement du milieu de l’édition ; les us et coutumes et les "Je te cite, tu me cites, on se cite" exécutés dans la connivence. Un monde où chacun est l’employeur et le serviteur de l’autre. Un clan qui fonctionne dans la complicité de quelques courtisans qui écrasent tout sur leur passage. Un vrai rouleau compresseur, ce clan ! Et puis, il manquait à Gabriel un micro. Il n’était pas une sommité médiatique. Un parfait inconnu dans le milieu de l’édition, Gabriel ! Pas de recrutement par cooptation car, c’est la position qu’on occupe dans ce milieu qui permet d’imposer sa camelote et celle de ses copains. Cette position déterminera aussi vos chances d’invitation car on parlera de vous si vous n’oubliez pas de parler de ceux qui parleront de vous.

    Le système étant verrouillé, personne ne célébrerait l‘oeuvre de Gabriel. Son ouvrage ne bénéficierait pas d’un conditionnement médiatique propice à tous les succès. Pas d’entourloupe pour provoquer un flot de critiques élogieuses et révérencieuses. Pas d’article complaisant et intéressé. D’ailleurs, comment Gabriel aurait-il pu renvoyer l’ascenseur puisqu’il ne disposait d’aucune courroie de transmission pour le faire ? Gabriel n’avait personne à flatter, à servir, à complimenter et personne non plus pour chanter les louanges d’un nouvel auteur dans l‘impossibilité de chanter les louanges de ceux qui auraient chanté les siennes. L’œuvre de Gabriel agoniserait donc dans l’indifférence et des médias et des lecteurs potentiels.

    Le livre de Gabriel ? Un non-événement.

    Gabriel pensait sincèrement que la réussite était à portée de la main et qu’il suffisait de se baisser pour rafler la mise comme tant d'autres ont su le faire, souvent... médiocres, sinon pires encore... ou bien, tout juste dans la moyenne.

    Alors, pourquoi pas lui ?

    .

    "Pardon ! Vous dites ? Pourquoi pas Gabriel ? Mais... attendez ! Pourquoi lui ? Personne ne l'avait invité à notre banquet. Personne ! Et sûrement pas nous. Alors, de quoi s'est-il mêlé ? Je vais vous le dire : votre Gabriel s'est mêlé de ce qui... à aucun moment, ne le concernait, à savoir : de notre réussite et de celle de ceux qu'on a fait et qu'on fera réussir demain, selon notre bon vouloir."

     

    ***

     

                       Vraiment ! Il y a une erreur à ne jamais commettre : c'est de penser que l'on est bon sous prétexte que l'on se sait bien meilleur que ceux qui réussissent. Car, pour certains d'entre eux, ce qu'il leur faut être, ce n'est pas... bons, mais... très, très, très, très, très, très..............

    Pouf ! Dans une autre vie, alors ? Parce que là, ils n'auront jamais le temps !

     

    _____________________

     

    Extrait du titre "Des apôtres, des anges et des démons"

     

    Pour prolonger : cliquez "Des apôtres, des anges et des démons"

     

     

    Lien permanent Catégories : A découvrir : Serge ULESKI, ouvrages et entretiens 0 commentaire
  • Pièce à conviction - entretien avec Serge ULESKI

         

                  Trois longues années à découvrir les cadavres de dix adolescentes. Trois ans d'enquête à interroger des dizaines de suspects et des centaines de témoins éventuels, jusqu'au jour où l'on découvre dans le baluchon d'un sans-abri mort de froid, huit carnets. Après la lecture de ces carnets, la police ne tardera pas à faire un rapprochement entre ce cadavre et les viols et meurtres des dix adolescentes. Ce sont les analyses scientifiques qui finiront par établir avec certitude la culpabilité de l'auteur de ce "Journal" désormais considéré comme... "Pièce à conviction".

     

    ______________________

     

    Entretien réalisé par Gilles Lescure

     

    G. L - Avec le titre « Pièce à conviction », ta préoccupation, ç'a été l'écriture, et pas simplement le désir de nous raconter une histoire. Une écriture qui viendrait de Sade et de Lautréamont... ce que tu appelles : "Revisiter le monde érotique et cruel du Marquis de Sade et chez Lautréamont, les forces obscures de l'irrationnel et de l'inconscient..."


    S. ULESKI - Des images de films aussi : "M. le maudit ", "La nuit du chasseur ", et plus récemment : "Le voyage de Félicia" d'Anton Egoyan et "Scènes de crime" de Frédéric Schoendorffer dans sa dernière partie, lorsqu’on fait « la connaissance » d'un tueur qui s'interroge sur la représentation de la douleur qu'il inflige à ses victimes.


    - Quant à Sade et à Lautréamont…


    - J'avais envie de cette écriture là, c'est vrai, mais... pour dire autre chose. Il s'agit d'une écriture qui viendrait de Sade mais sans le côté : "Plus ça fait mal, plus la victime hurle, et plus on prend du plaisir." Et puis aussi : "L'autre, quand il n'est pas de la chair à canon, n'est que de la chair à plaisir." Plaisir à sens unique, bien sûr. Il faut lui rendre justice sur ce point : Sade a l'honnêteté d'éviter de nous dire que la victime en redemande. Rien de plus normal puisque c'est lui, Sade, qui crée puis contrôle et l'offre et la demande.


    - Il y a chez Sade le désir d'une immense provocation poussée jusqu'au grotesque. Un humour aussi.

    - C'est vrai. Les victimes de Sade n'en finissent pas de souffrir. Dans le monde réel, elles seraient mortes depuis longtemps.

     

    - Provocation qui va jusqu'à une désocialisation totale et assumée. Une provocation qu'on ne retrouve pas dans ton texte.

     

    - Tu ne mentionnes pas Georges Bataille ?

    - Comme on vient de le voir, Sade était réellement en rupture avec sa classe et tous les régimes. Bataille est un bourgeois cravaté. Ses écrits "pornographiques" - écrits consensuels sans conséquence, fantasmes d’ados, de séminariste avorté aussi, de premier communiant qui aurait mal digéré l'Eucharistie, des histoires de curé, de confessionnal, chasubles et petites culottes, franchement il ne manquait plus que les infirmières… des écrits sans style, sans écriture véritable, sans travail sur la langue...  -, ces écrits-là ont été le plus souvent publiés sous pseudos, tellement le courage lui faisait défaut à ce Bataille. Vraiment, il n'y a qu'un Yann Moix pour penser que ces écrits de Bataille... c'est important pour la littérature.

    - Pour revenir à ton texte... en ce qui concerne le tueur, dans "Pièce à conviction" la désocialisation est là ; elle deviendra totale. Cela dit, dans le journal de ce tueur en série, la provocation n'était pas nécessaire ni souhaitable ; cela aurait été très peu cohérent avec sa personnalité.

     
    - Pas de provocation donc mais... de la compassion. Ton tueur est un tueur compassionnel aussi absurde que celui puisse paraître. Avec la compassion, tu retournes Sade comme on retourne un sablier.


    - Compassion intermittente, fugace, limitée dans le temps. Tôt ou tard, le sablier devra être à nouveau retourné.


    - En introduction à ce journal, une précision nous est apportée : il s'agit d'un courrier écrit par un policier qui a enquêté sur les meurtres du tueur en série. Il adresse ce courrier à un de ses amis pour lui annoncer qu’il a enfin mis la main sur le tueur et que l'affaire est terminée. Ce policier écrit : "Ce type a sombré dans une folie meurtrière le jour où sa fille a été violée puis assassinée. Il a commencé par se venger en tuant le violeur et puis après, ça se complique : il s'en est pris à des jeunes filles." Et il s'empresse d'ajouter : "Va pour le meurtre du violeur ! Mais les viols et les assassinats de ces dix adolescentes ?! Comment y comprendre quelque chose ?" Ce titre « Pièce à conviction » est très écrit : référence pas seulement au cinéma - le cantique que chante Robert Mitchum dans "La nuit du chasseur " de Charles Laughton : « Leaning, leaning, save and secure from all alarms... » -, mais aussi à Shakespeare, à Yeats. Ton tueur était lettré et cinéphile.


    - Ca doit bien exister des tueurs en série lettrés et cinéphiles.


    - Tu t'es documenté ?


    - J’ai lu tout ce qui avait été écrit sur l’affaire Guy Georges.


    - C'est de là qu'est venue la réflexion suivante : " Ce qui ne vous tue pas fait de vous un monstre " ?

    - Dans le cas de Guy Georges, c'est ce que j'ai pensé à lisant sa bio, les dix premières années de sa vie.

    - Tu t'intéresses aux faits divers ?


    - J'aimerais m'y intéresser davantage. C'est tellement riche. Il y a tant de choses à découvrir. Mais... sache que les tueurs en série ne m'intéressent pas plus que ça. D'ailleurs à leur sujet, personne n'est capable de nous dire quoi que ce soit. Il y a la parole psychiatrique et la parole psychanalytique : une parole bavarde en ce qui concerne la psychanalyse, plutôt laconique en ce qui concerne la psychiatrie. Quand un psychiatre dit : "C'est un pervers narcissique" ou bien, "c'est un schizophrène ", qu'est-ce qu'il nous a dit, finalement ? Rien. Tout reste à dire. Tout reste à inventer. C'est le travail de l'auteur : comment le tueur vit-il quotidiennement le diagnostic que les psys rendront sur lui, tôt ou tard ? Ce diagnostic, c'est aussi un concept. Et le tueur en série n'a pas accès à ce concept ; il n'y souscrit donc pas et pour cette raison, ce diagnostic ne nous est d'aucun secours. Comment ce tueur raisonne-t-il autour de ce que les psys nous présentent comme étant sa maladie ? Comment vit-il ce qu'il est ? Comment fait-il pour être ce qu'il est et pour le rester ? La morale n'est pas en cause : le tueur en série, demeure, bien évidemment, un être humain. Je mets en scène un tueur en série. Je ne mets pas en scène un narcissique pervers, ou bien, un schizophrène ; ces diagnostic-concepts ne peuvent pas nous restituer la réalité de ce tueur. Et ce tueur n'est pas qu'un tueur. N’oublions jamais qu’un tueur en série passe le plus clair de son temps à ne pas tuer.


    - En ce qui concerne la rédaction de ce journal, dans ton synopsis, tu précises que tu as opté pour une écriture subliminale et hallucinée ; une écriture elliptique aussi. Les scènes de viol et de meurtre sont peu explicites, du moins, au début de son journal même si, plus on avance, plus les détails abondent ; en fait, le tueur consacre plus de temps à se remémorer l’agonie de ses victimes que les actes qu’il commet sur elles.


    - C'est dans leur agonie que sa compassion trouve sa place. Leur agonie, c'est bien évidemment celle de sa fille. Et puis, j'ai voulu éviter tout voyeurisme. En restant évasif, là encore, on est plus près de la réalité de ce tueur, de sa manière de vivre les actes qu'il commet. Le choix d'une écriture subliminale et hallucinée est aussi responsable de ce voile qui entoure ses actes.


    - On peut lire ce journal de la première page à la dernière ou bien, le feuilleter dans le désordre : la chronologie importe peu, finalement.


    - Oui. C'est très fragmenté. Il s'agit d'une prose discontinue : fragments dispersés, forme en archipel, cassures multiples, fractures, chaque entrée restant néanmoins indissociable de l'ensemble, l'unité se faisant autour du thème de sa fille violée et tuée, et de ses propres viols et meurtres. Son ancienne vie s'est désintégrée ; ce tueur tente d'en construire une autre, tout en recollant les morceaux qui appartiennent au passé : lui aussi a besoin de donner un sens à ce qu’il fait. Pour la lecture de ce titre, je recommande de le feuilleter comme on feuillette un recueil de poésie ou de nouvelles. Je conseille tout de même de commencer par les premières pages du premier carnet tout en terminant par les dernières pages du dernier carnet. Entre ces premières et dernières pages, on peut se promener, picorer ici et là.


    - Dans ce titre, tu ne tentes aucune analyse psychologique.


    - Pas dans le sens où on l'entend généralement. Et puis, n'oublie pas une chose : le narrateur, c'est le tueur ; il est le rédacteur de ce journal. Alors…


    - Finalement, est-ce que son journal n'est pas tout simplement une confession ? Ce qu’il est, ce qu’il vit. On peut même aller plus loin encore : et si tout n'était que mensonge dans ce journal ? Le viol et le meurtre de sa fille servant de prétexte à ses propres viols et meurtres. En te lisant - du moins, en lisant le journal de ce tueur -, j'ai pensé à l'ouvrage de Simenon, "Les fantômes du chapelier" et à l’adaptation du réalisateur Claude Chabrol : un jour d’exaspération, un mari étrangle sa femme tétraplégique et dépressive pour soulager sa souffrance et la sienne : sa épouse lui est devenue insupportable. Bien évidemment, personne ne doit savoir qu’il l’a tuée. Or, chaque année, les amies de sa femme se rendent chez elle pour lui fêter son anniversaire. Le mari se trouve donc dans l’obligation de supprimer toutes celles qui doivent lui rendre visite prochainement. Aussi longtemps que c'est là sa seule raison d'étrangler toutes ces femmes, amies de son épouse, tout semble aller bien pour lui ; son entreprise fait sens et elle ne lui révèle rien sur lui-même. En revanche, lorsqu’il en a fini avec elles, c’est alors qu’il découvre qu’il doit, qu’il faut qu’il continue d’étrangler des femmes ; ce n’est pas seulement un besoin psychique mais aussi, un besoin physique : celui du geste de la strangulation.


    - Et donc... dans "Pièce à conviction", tu penses qu'il se pourrait bien que la mort de sa fille et son désir de se rapprocher d'elle en faisant revivre son calvaire à d'autres jeunes filles - les psys appellent ça "le syndrome du miroir" -, ne soient qu'un prétexte pour commettre des viols et des assassinats ? Tu oublies une chose : ce tueur en série n'éprouve aucun plaisir lorsqu'il viole et tue.


    - C'est le sentiment qu'il nous donne lorsqu'on lit son journal. Peut-il éprouver du plaisir sans le soupçonner ou bien, en le refoulant, ce plaisir ? Après tout, il s'agit de la parole d'un fou, et de sa parole, toutes les interprétations sont possibles. De sa femme, par exemple, on ne sait rien. On découvre à la lecture de son journal qu'elle se serait suicidée peu de temps après le viol et le meurtre de leur fille.

     
    - Oui. C'est ce que semble nous dire ce tueur. Tu penses qu'il pourrait avoir tué sa femme ?


    - Non. Pas nécessairement. Le meurtre de leur fille et les conditions de ce meurtre ont très bien pu anéantir le couple. Ils peuvent très bien avoir été incapables de vivre cette tragédie à deux. Quant à sa relation avec sa fille, il en parle sur le ton de l'inceste. Dans son journal, il y a cette phrase : "Paternité qui n'a pas su trouver sa place... ".


    - Je ne sais pas s'il s'agit d'un inceste consommé ou bien fantasmé. Je ne sais pas si cet inceste fantasmé l'a été avant ou après la mort de sa fille. Je ne sais pas non plus s'il s'agit réellement d'un désir d'inceste ou bien, d’un désir de se rapprocher de sa fille, maintenant qu'elle est morte ; même si dans son journal, des informations données du vivant de sa fille laissent entendre qu'il entretenait avec elle une relation très très particulière. J'allais dire : très rapprochée.


    - Fusionnelle, c'est certain.


    - En revanche, le doute concernant l'inceste peut expliquer ou bien, éclairer le suicide de sa femme. C'est peut-être un élément. Même en tant qu'auteur, je n'en sais pas plus que toi, honnêtement.


    - Dans ce journal, on trouve des extraits des articles de presse qu'il a découpés. Et ces articles n'ont rien d'une écriture hallucinée ou subliminale.


    - J'ai voulu opposer au discours du tueur les faits dans leur réalité brute, celle du journalisme : les corps de ses victimes, ce qu'ils ont subi, les parents, l'entourage, les médias. Soudain, on réalise que ce type est tout simplement fou à lier, alors qu’on serait tenté de l'oublier - et l'auteur aussi -, à force de côtoyer cette machine infernale que sont tous les mécanismes psychiques auxquels il fait appel pour vivre et survivre aux viols et aux meurtres qu'il commet. Il suffit, pour cela, de confronter sa parole aux faits qui sont, comme chacun sait, têtus.


    - Ce tueur nous cache des actes : des mutilations sur ses victimes, il n'en parle pas.

     

    - Bien sûr ! Les tueurs en série cachent des choses et mentent comme nous tous.

     

    - Ce sont les articles de presse qui nous les révèlent. Pourquoi a t-il inséré ces articles ? Il les commente aussi.


    - Ces articles de presse sont ses seuls contacts avec l’extérieur ; et ses commentaires à leur sujet sont un défi qu'il lance à la réalité des faits d'un monde qui lui est devenu inaccessible parce que... totalement étranger.

     

    - A la lecture de ce journal, on tombe sur cette phrase : "Jamais, je n'aurais imaginé le malheur aussi bavard ! Alors, de là à penser qu'il serait payé à la ligne..." Là, le tueur fait de l'auto-dérision ?


    - Va savoir.


    - Le scarabée d'or, c'est une référence à Poe ?


    - Un clin d'œil.


    - Tu m’as dit dernièrement que tu as travaillé trois ans sur ce titre...


    - Il n'y a rien de plus monotone que la vie d'un tueur en série. Il fallait que je trouve un moyen de maintenir l'attention du lecteur. C'a été finalement mon plus gros problème. Il a fallu que j’opte pour une écriture erratique ; une écriture censée conjurer la monstruosité de la monotonie de la vie de ce tueur.

     
    - Un tel sujet, on ne peut le traiter qu'une fois ?


    - Sans aucun doute, on est plutôt content d'en sortir ; et je n’ai vraiment pas envie d'y retourner. Du reste, il ne faut pas hésiter à changer d'écriture.


    - Qu'importe l'histoire pourvu qu'on ait l'ivresse de l'écriture ?


    - Le défi aussi : qu'a t-on écrit ? A quelle écriture est-on capable de se confronter ; et ce faisant, quelle écriture affronter...»

    _________________

     

     

    L'ouvrage est disponible ICI

     

     

     

    Lien permanent Catégories : A découvrir : Serge ULESKI, ouvrages et entretiens 0 commentaire
  • Cinq ans, cinq nuits - entretien avec l'auteur

     

    Cinq ans, cinq nuits - entretien avec l'auteur

     

     

                        Substituant à une vie conjugale en situation d'échec une voie large et resplendissante, une femme se propose d'intervenir dans son propre destin. Une rencontre, avec celui qui deviendra très vite son amant, et c'est l'ébranlement de tous les repères, l'abolition de tous les interdits.  

     

    Entretien réalisé par Gilles Lescure

     

     

    Gilles Lescure - Dans "Cinq ans, cinq nuits", de la relation amoureuse, tu ne traites que les aspects extase, volupté, culte de l'Autre, absence…

     

    Serge ULESKI - Les femmes rêvent toutes de volupté, d'extase, de sensualité, et si en plus, l'amour est là... Faut pas se tromper au sujet des femmes : elles ne rêvent pas que de pénis géants et de muscles saillants ! Dans ce texte, j'ai seulement traité ce que mes deux personnages ne vivaient pas dans leur couple respectif : tous deux sont mariés et n'ont jamais connu la sensualité.

     

    - La construction du titre est très elliptique. Ces cinq années sont très resserrées. Tu les parcours en deux cents pages.

     

    - Deux cent trente et une pages.

     

    - Sinon, ce récit, c'est un rêve, n'est-ce pas ?

     

    - On peut dire ça. Et comme pour le rêve, "le contenu manifeste est un raccourci du contenu latent". Dans "Cinq ans, cinq nuits", j'ai pris une histoire on ne peut plus banale : une femme et un homme mariés qui sont amants. Sur cette histoire-là, en revanche, j'ai greffé un univers langagier qu’on ne donne jamais, sinon rarement, à découvrir aux lecteurs, qui sont le plus souvent des lectrices…

     

    - Ce sont elles qui portent le roman.

     

    - Oui. Ce sont elles qui les lisent.

     

    - « Cinq ans, cinq nuits » c'est aussi un conte…

     

    - Sans aucun doute. Ces deux êtres n’auraient pas pu rester soudés et solidaires pendant cinq ans, dans les conditions d'existence qui étaient les leurs.

     

    - Et c'est aussi un pamphlet. Tu n’hésites pas à le mentionner dans sa présentation. Je te cite : « Dans ce texte, on trouvera une provocation en règle et un procès d'intention contre de tous les formes de dépréciation de soi et contre une organisation de l'existence qui a pour seule mécanique infernale : la soumission au moins-disant émotionnel qui engorge tous nos désirs». On ne peut pas être plus clair.

     

    - Je n’ai pas à dissimuler mes intentions.

     

    - Je te cite à nouveau : « Un monde radicalement tourné vers la production : hommes, femmes, enfants, bras, cerveaux, eux tous condamnés à produire sans relâche. Produire encore et toujours !»

     

    - De notre corps, qu'est-ce qu'on en fait ? Qu'est-ce que l'organisation de l'existence qui est la nôtre et qui nous est le plus souvent imposée, nous permet de faire de notre corps ? Celui du couple : ce corps à deux ; ces deux corps qui doivent ou ne doivent pas, qui peuvent encore ou qui ne peuvent pas se retrouver ; et quand ils se retrouvent, ça donne quoi ? Qu'en est-il de tout ce qui pouvait, à une époque, porter ces deux corps l'un vers l'autre ?

     

    - Le personnage féminin est au centre de l’histoire. Tu lui consacres près de 70% du texte.

     

    - L’histoire de cette femme n’est pas simplement la sienne mais celle de millions d’autres femmes mariées. Aussi, j’ai voulu rendre hommage à cette femme courageuse mais privée de moyens.

     

    - Tu écris des choses terribles sur le couple. Je te cite : « Tu ne vivras point ce qui ne t'est pas donné à vivre et que tu ne prendras pas non plus ! » Là tu parles de son couple à elle, de ce qu’elle y vit. Et puis encore : « Pour ne pas sombrer dans un questionnement effrayant, source d'instabilité et de conflits intérieurs insupportables, cadenassés que nous sommes, la peur du vertige qui nous tient au ventre et nous paralyse a tôt fait de nous dissuader de prendre notre essor et notre envol vers une nouvelle vie : celle qui exigera de nous, non pas... d'être, mais... de continuer d‘advenir. Négation de la vie même, cette soumission mortifère drapée de morgue et d'ennui, sans honneur et sans courage car, n'y a t-il rien qui vous rabaisse comme la résignation puisque pour elle, rien n'est plus mort que ce qui n'existe pas encore et qu'on ne fera jamais advenir. »

     

    - Plaidoyer contre la résignation. Rien de plus.

     

    - Je continue : « … cette insouciance fiévreuse qu'une organisation de l'existence ne manquera pas de tuer au quotidien ; extase avortée, hachée menue sous le poids de milles exigences tyranniques qui font de nous des nains de l'existence, des lilliputiens d'une liberté que l'on sait par avance inassimilable, des infinitésimaux de l'émotion, capricieux et sans volonté, exténués d'adaptation après mille tentatives de rébellion mort-nées, face aux usuriers sordides de la soumission. Car, le premier qui ose faire un pas vers ce qu'il est, en Don Quichotte de l'affirmation de soi... quiconque ose relever la tête de ses désirs avant de les empoigner par la tignasse, celui-là se verra gratifié d'une souffrance sans échappatoire et sans rédemption si par malheur, cette libération ne rencontre pas l'assentiment du plus petit commun dénominateur de la non-existence ; eux tous enterrés à ciel ouvert, les poumons gonflés de retenue, le sang empoisonné par le microbe de l'inhibition, les artères obstruées, le cerveau gélatineux et bouffi d'impuissance sous un épiderme aux mille peurs, aux milles cauchemars induits. »

     

     

    - Que l'on me prouve le contraire alors ! Avant d'écrire "Cinq ans, cinq nuits", j'ai beaucoup parlé à des hommes et des femmes qui vivent en couple, mariés ou pas. Je n'ai pas eu à inventer. Je te rassure.

     

    - Et encore : « Ah ! Notre pauvre corps mutilé ! Et nos membres ! Et cette main qui ne donne et ne se donne plus rien, n'en reçoit pas davantage et qui tend vers une amputation de fait comme on hurle, suppliant, à l'automutilation ! Et ces doigts qui n'ont plus la sensibilité du toucher ! Et nos yeux pour nous y mirer dans ceux de l'autre, la tête posée sur l'oreiller d'une enfance indemne qui livre en secret mille confessions, mille exploits chuchotés ! Nos lèvres pour goûter et s'abreuver à toutes les sources d'un désir lancinant et puis... nos vies ! Énergie fossilisée, nos vies à tous ! » C’est une attaque en règle contre le couple, la monogamie, le mariage, le concubinage, la vie à deux, non ?

     

    - Pas simplement. Quand je parle du couple, je m’adresse à cette vie de couple telle qu’aujourd’hui, on nous propose de la vivre.

     

    - Et la différence ?

     

    - Il n’est pas sûr que le couple soit a priori condamné à cette atrophie ; et la rupture n'est pas une fatalité non plus. J’ai rencontré des couples qui vivent, disons… en dehors de cette organisation purement marchande de l’existence ; des couples qui ont su profiter de tous les avantages de la libération de la relation homme-femme dans les années soixante-dix, sans les inconvénients de l'héritage de la société de consommation des années soixante ; société qui nous a menés, qu'on le veuille ou non, vers plus de stress, plus d'angoisse : envie, compétition, convoitise, rivalité, attentes irréalistes ; et puis, très vite... frustration et ressentiment ; des jugements lapidaires et hâtifs sont portés sur le ou la partenaire qu'on finit par repousser violemment. En revanche, chez ces couples qui ont su déjouer tous ces pièges, je peux t'affirmer que leur relation est totalement différence. La manière qu’a la vie de ces couples de se déployer dans le temps - sur 20 ans et plus -, est surprenante d'invention : on y communique dans ces couples. Le couple vieillit différemment. D'ailleurs, il ne vieillit pas : il se construit un passé et un futur dont la vision repose sur des fondations solides : tout ce qui a été humainement acquis par le couple, au fil des ans - humainement et pas seulement, matériellement acquis. Je te parle de couples avec enfants ; et je ne te parle pas de couples marginaux, non plus.

     

    - Dans le synopsis, en ce qui concerne ton écriture, tu parles de "préciosité et emphase jusqu'à l'exubérance et parfois même, l'extravagance."

     

    - Et j’ajoute : "à dessein". La provocation est là : dans le style que je choisis. J’ai voulu aussi m’essayer à une écriture qui transcende tout ce dont elle parle, tout ce qu'elle aborde concernant ces deux êtres.

     

    - Une écriture hallucinée ?

     

    - Il y a de ça aussi. Une écriture qui magnifie une histoire ordinaire, deux vies ordinaires, conduites par deux êtres ordinaires. C'est d'ailleurs cette écriture-là qui m'a fait me mettre au travail.

     

    - Et par moments, une écriture franchement érotique et sensuelle…

     

    - Une écriture de tous les jours aussi, une écriture du quotidien : dialogue entre deux amants qui ne font pas de dissertations sur l’amour quand ils sont au téléphone ou bien, dans une chambre d'hôtel, après des semaines tenus éloignés l’un de l’autre.

     

    - Une écriture acerbe, une écriture édifiante, violente parfois, sur le couple et le sort qu’il lui est fait.

     

    - Il le fallait. Mais rassure-toi ! Je ne pense pas que le couple soit condamné. Il correspond à un besoin chez l'être humain : stabilité, sécurité, reconnaissance et soutien ; ne pas être livré en pâture aux vicissitudes de la vie ou bien, à une forme narcissique de désir effréné de conquérir physiquement l'autre et tout ce qui se trouve à sa portée, en "prédateur" sans scrupules car, pour ceux-là, homme et femme confondus, c'est l'impasse assurée

     

    - Comme pour le couple alors, si j'en crois l'analyse que tu en fais ?

     

    - Sans doute. Mais... en ce qui concerne ces "prédateurs", avec au bout de cette impasse, la solitude en plus. Et cette solitude-là ne laisse, ne laissera et n'aura rien laissé derrière elle ; et sûrement pas de quoi se retourner. Ces hommes, ces femmes ne peuvent qu'aller vers toujours plus de solitude.»

     


    L'ouvrage est disponible ICI

    ____________________

     

     

                Pour prolonger, cliquez : Serge ULESKI ouvrages et entretiens

    Lien permanent Catégories : A découvrir : Serge ULESKI, ouvrages et entretiens 0 commentaire
  • La dernière vague

     

     

    "Alors !? On est de sortie à c’que j’vois !

    - ................


    - Mais… qu’est-ce que vous faites là sur la plage par un temps pareil, assis au bord de l’eau, un jour de Noël en plus ?

     

    - J’attends la dernière vague.

     

    - La dernière... quoi ?


    - La dernière vague, la toute dernière vague, la der des ders, celle qui immobilisera cette masse d’eau pour toujours et qui fera de cette mer... un lac.


    - Un lac ?

    - Oui, un lac. J’ai bon espoir. Je sais qu’elle viendra et je ne veux pas rater ça. Je veux être le premier à la voir, mourir, là, devant moi, sur le sable, là, tout au bord, à mes pieds, cette dernière vague.



    - C’est pas pour dire mais... ça risque d’être long. Vous pensez, la dernière vague ! Et puis, il n’est pas sûr qu’elle existe, cette dernière vague. Et c’est pas sûr non plus qu’elle vienne mourir là sur le sable, cette toute dernière vague.

     

    - Je ne suis pas dupe. Je sais ! Derrière, ça pousse ! Et ça va bon train aussi ! Derrière, il y a des milliers et des millions de vagues qui attendent leur tour et qui poussent ; il faudrait pouvoir intervenir très loin, en amont, loin derrière, pour identifier non pas la dernière mais la première vague, la toute première vague, et la neutraliser pour que ce mouvement cesse enfin.



    - Si j’étais vous, je ne compterais pas trop dessus, même un jour de Noël.



    - Elle viendra. Je vous le dis. Il faudra bien que ce mouvement cesse un jour. C’est pas Dieu possible ! Vous avez vu toutes ces vagues, là au bord ! Car... c’est tout au bord qu’il faut regarder. Là, à nos pieds. C’est là qu’il faut les observer car c’est là que la dernière vague viendra mourir. C’est là qu’elle viendra s’échouer.


    - S’échouer ? Dites, une vague, c’est pas une baleine !


    - Je vous dis qu’elle viendra cette dernière vague s’échouer... là ! Oui ! Là, à mes pieds. Tout a une fin. Tous les mouvements, quels qu’ils soient, cessent un jour leur mouvement. Regardez, les pendules, par exemple ! Il n‘y a pas de raison qu‘il en soit autrement avec les vagues. Je vous dis qu’une vague peut s’échouer tout comme une baleine ou une pendule. Alors, elle s’échouera, cette vague et en s’échouant, cette vague sera la dernière vague et... cette toute dernière vague fera de cette mer un lac.


    - Bien ! Bien ! Mais pourquoi est-ce si important pour vous ?

     

    - S’il existe une chance sur un milliard pour que je sois le témoin d’un tel évènement, eh bien, je veux être là le jour où ça arrivera. Voilà tout."



    _____________________


     

    Extrait du titre : "Confessions d'un ventriloque" - chapitre 4

     

    A propos de l'ouvrage : cliquez Confessions

    Lien permanent Catégories : A découvrir : Serge ULESKI, ouvrages et entretiens 0 commentaire
  • Des apôtres, des anges et des démons : Serge ULESKI en littérature

                                 

    des apôtres, des anges et des démons serge uleski amazon


          

                « Le monde moderne regorge de disgraciés obscurs, de déclassés sans nombre, d'otages en sursis dans l'attente de la sentence que ne manquera pas de prononcer une organisation de l'existence qui a pour seul moteur : la haine de l'échec. Alors... aujourd'hui, sans honte et en toute impunité, et sans risquer d'être contredit, on peut crier à l'endroit de tous les Bouvard et Pécuchet et Don Quichotte de la réussite : Malheur aux ratés ! »

                Ce récit réunit dans le fond et dans la forme, les caractéristiques du roman, du conte, de l'essai et du pamphlet jusqu'aux confins de l'ironie et de la satire.

    Les trois premiers chapitres nous présentent un à un, Matthieu, Gabriel et Luc ; le lecteur aura tout le loisir de définir ce à quoi ces trois figures se rapportent, même si l'on peut d'ores et déjà parler d'abandon, d'échec et de folie, tantôt douce tantôt amère.

    Le quatrième chapitre introduit une dernière figure - Paul - et réunit, pour la première fois, les quatre personnages dans un même lieu, au cours d'une soirée d'une brutalité insoupçonnable.

    Le cinquième et avant-dernier chapitre abandonne Matthieu, Gabriel, Luc et Paul. Maintenant seul, comme coupé de ses personnages, un destin funeste viendra percuter de plein fouet notre narrateur.

    Dans le sixième et dernier chapitre qui n'occupe qu'une trentaine de lignes, une nouvelle voix se fait entendre en nous livrant une des nombreuses clés possibles de cette épopée.



    Thèmes abordés : le journalisme, la médecine, les femmes, la traite négrière, le show-business, l'art contemporain, la publicité, le marketing, le milieu de l'édition, le couple, la vie urbaine, l'évolution de notre espèce, la guerre, le ressentiment et la revanche de "classe", l'ingénierie sociale, l'anthropologie politique et la génétique.



              Texte libertin, assurément ! Dans la tradition du 18è siècle (Diderot ?) : libertinage de libre penseur dans l'exercice d'une prospective qui ouvre la porte à toutes les fictions sociales et politiques.

     

               A propos "Des apôtres..." cliquez entretien avec l'auteur

     

                       Extrait proposé - cliquez   Des apôtres extrait.pdf

                      (Ne pas fermer le PDF après lecture : faites "page précédente")

     

     

    Extrait audio

     

        Commandez l'ouvrage  ICI

     

     

    Lien permanent Catégories : A découvrir : Serge ULESKI, ouvrages et entretiens 0 commentaire
  • Internet, écriture et édition : bilan et perspectives

     

     

                 Entretien avec Jan Kapriski... un temps rédacteur en chef de la revue (éphémère) : Littérature et écriture.

     

     

     

     

    ***



    Jan - « L’heure du bilan a sonné !» m’as-tu annoncé Serge. Tu es venu me voir et tu m’as demandé de conduire cet entretien. Il sera donc question de ta présence sur le Web depuis trois ans, et de ce que tu souhaites nous dire à ce sujet ; ça peut être utile auprès des auteurs qui se posent la question suivante : « Qu’est-ce qu’Internet peut bien m’apporter ? ». On commence par l’audience de ton blog, ou plus généralement, ton audience sur le web...

     

    Serge ULESKI - Difficile d’évaluer mon lectorat mais… je le situe entre 8000 et 10000 par mois, parfois plus - ce qu’on appelle les « visiteurs uniques » -, en audience cumulée sur les trois sites suivants : Nouvelobs, Agoravox et Le monde.fr.

     

    - Sur le Nouvelobs, tu gères 2 blogs.

     

    - Oui. Un qui a pour sujet "l'écriture et l'Art"... un autre sur l'actualité politique.

     

    - Depuis huit ans, tu es très présent sur les réseaux-sociaux et pas simplement sur ces plateformes d'info.

     

    - C’est ma manière à moi de me démultiplier ; notion très importante avec Internet : si vous voulez qu’on vienne chez vous, il faut aller chez tous les autres. Aussi, je suis partout où il y a de la lumière... même celle d’une bougie. Chaque billet publié sur ce qu'on pourrait appeler mon blog-maître, celui du Nouvelobs, fait l'objet d'une publication sur de nombreux autres sites.

     

    - D’où ton Pagerank de 5.   

     

    - C’a demandé pas mal de travail ; un travail à plein temps : il faut pouvoir intervenir sur l'actualité, avoir un avis sur tout ou presque... Même si je cible en priorité les sites à forte audience.

    - Et les sites qui traitent de littérature ?

    - La plupart de ces sites n’acceptent pas de contributions extérieures. Ces sites sont fermés ; ils fonctionnent en vase clos ; de plus, ce sont des sites très confidentiels, à faible, voire très faible audience. Sinon,j'interviens régulièrement sur Exigence littérature.

     

    - Pour reprendre cette idée de « démultiplication »… tu interviens sur les sites tantôt en tant que contributeur, ou bien alors, tu utilises la fonction « commentaire »…



    - Avec cette fonction propre à Internet, j’interviens sur les journaux en ligne tels que Libé, Le Point, Marianne, Médiapart à partir de leur publication sur Facebook...

     

    - Tes interventions vont bien au-delà du simple commentaire. Il est plutôt question de rebond ou de prolongement…

    - On répond à un texte par un texte. C’est ma position en ce qui concerne le "commentaire" ; commentaire qui peut occuper une place qui ne lui est pas destinée, et ce faisant devenir le centre d'une parution dont le contenu initial se trouve renvoyé à la périphérie.

    - Le commentaire peut alors devenir le nouveau centre d’attention ?

     

    - C'est ça. Une seule règle néanmoins : il faut respecter le sujet traité par le billet.


    - Ta démarche peut être à l’origine de quelques tensions...

     

    - C’est le risque. Tensions du côté de l’auteur du billet original ou bien, des internautes qui interviennent, eux, sous la forme concise du commentaire. Faut bien dire qu’il y a sur Internet et les sites généralistes à forte audience, un refus de tout ce qui est disons écrit ou étoffé ; sur Internet, on aime la concision, et donc  les commentaires courts. C'est sans doute la BD qui est responsable de cette situation ; la BD et ses effets sur deux générations ainsi que les méthodes d'enseignement du français ; les nouveaux outils de communication sont aussi en cause ; pour faire court : l'hégémonie irréversible de l'image et du son, et par voie de conséquence... les problèmes que rencontrent les internautes quand il faut passer à l'écrit.


    - Avec Internet, le niveau est toujours un problème, non ?

    - C'est vrai : on y trouve pas que des as de l'écrit ou du raisonnement. Mais... il faut le dire : Internet permet à nombre d’auteurs, d'artistes et de créateurs à la marge des milieux culturel, artistique et médiatique de s’exprimer ou de présenter leur travail ; et ces internautes-là représentent de surcroît près de 99% de ceux qui créent ; et j'en fais partie. Internet est aussi là pour pallier la disparition de ce qui s’est longtemps appelé « Le café du commerce » : lieux où l’on pouvait dire ce qu’on pense, donner son opinion quelle qu’elle soit ; ces lieux ont pratiquement disparu. Internet a pris le relais ; une différence de taille quand même : avec Internet, la parole libérée est souvent une parole anonyme, sans nom ni visage...

     

    - D'où les excès.

     

    - Et qui plus est : une parole formulée dans l'instant, dans l'humeur ; une parole sans recul qui se propage à une vitesse vertigineuse auprès d’une audience potentiellement illimitée.

     

    - Toi-même, comment gères-tu les commentaires des internautes ?

     

     

    -  Sur le Monde.fr et sur Agoravox, je peux gérer les commentaires. Sur le Nouvelobs, je n'ai pas la main. C'est le Nouvelobs qui valident ou pas les commentaires qui sont déposés. En règle générale, je valide tous les commentaires – quelle que soit leur longueur -, sauf les insultes et les commentaires incompétents ou de mauvaise foi. Dans l’ensemble, les commentaires que l’on me soumet sont plutôt constructifs, même sur DSK ou sur Alain Soral et alors que cet auteur fait l’objet d’une haine inextinguible ; ainsi que Dieudonné qui garantira des records d’audience à quiconque poste un billet à son sujet. Sur Godard, Eastwood, Marc-Edouard Nabe et Bayrou, j'ai essuyé quelques insultes. Comme quoi, il y a encore des gens intouchables !

     

    -  Quelle est la fréquence de tous ces commentaires ?



    - Toutes les études le montrent : moins de 10 pour cent des lecteurs-internautes laisse un commentaire. Ce pourcentage semble invariable.



    - Beaucoup se plaignent d'Internet. A son sujet, ils n’hésitent pas à parler de "poubelle".

    - Les critiques les plus virulentes ont pour origines ceux dont la notoriété est antérieure à Internet ; notoriété qui repose sur la télé, la radio et la presse écrite. Et puis, il faut bien aussi mentionner cette caste médiatique qui, depuis toujours, prétend au monopole de l'analyse et du commentaire ; et cette caste médiatique découvre avec Internet qu’elle est loin de faire l'unanimité auprès d'un public spectateur-lecteur-auditeur-critique avec lequel elle n'avait, jusqu'à présent, aucun contact direct ; protégée qu'elle était, aujourd'hui cette caste accepte mal la liberté d'opinion. C’est la raison pour laquelle elle a recours au rejet et au mépris.

     

    - Quels sont tes billets qui ont rencontré le plus de lecteurs ?

     

    - Un billet sur Dieudonné, un Billet sur le PS et puis un autre, sur l’affaire Fofana.

     

    - Et la censure ? As-tu eu à t’en plaindre ?

     

    - Sur Internet, c'est une constante : plus un site touche un large public, plus il est liberticide ; le niveau de tolérance est vite atteint. Sur le Net, il s'agit surtout de censure préventive : dans le doute, on préfère bâillonner le blogueur. Pour exercer cette censure, la grande majorité des hébergeurs qui n'a pas les moyens de contrôler tous les contenus se repose sur la délation par l'intermédiaire de la fonction Alerter (ou avertir - bel euphémisme pour dénoncer) ; en un clic on alerte, celui qui dénonce restant anonyme : pas de visage ni de nom ; juste une adresse IP.

     

    - J'imagine... ils doivent tous s'en donner à coeur joie !

     

    - On peut dire ça, oui. Cela dit, l'ironie est la suivante : je me suis fait "jeter" à deux reprises : de la plateforme "RFI - atelier des médias" et de Médiapart... et détrompe-toi, non pas pour mon soutien à la dissidence (Soral, Dieudonné et d'autres) mais pour avoir critiqué ces deux médias : RFI à propos de la France-Afrique, et Médiapart à propos de l'incompétence de sa rédaction en politique internationale et plus particulièrement, en géopolitique. RFI à supprimer toutes mes contributions qui représentaient plusieurs années de collaboration. Médiapart les a toutefois maintenues.

     

    - On a évoqué ton audience sur Internet. Qu'en est-il de tes ouvrages ?

     

    - Depuis la mise en ligne progressive de mes titres sur Amazon, j'en suis à un moyenne de 600 exemplaires par titre.

     

    - C'est plutôt encourageant non ?

     

    - Comme on a pu le voir avec les commentaires, les ventes représentent grosso-modo un peu moins de 10% de l'audience. Aussi, si 10% des lecteurs laisse un commentaire, il semblerait qu'il y ait le même pourcentage qui achète mes ouvrages.

    - Seule solution pour augmenter les ventes : augmenter l'audience.

    - En effet.

     

    - Cela dit, pourquoi ce faible taux de retour sur ton "investissement", si j'ose dire : investissement  dans la toile en général et dans ton blog en particulier ?

     

    - Plusieurs raisons ; j'en retiendrai deux : parmi les lecteurs de mon blog, les plus nombreux viennent simplement pour y lire ce que j'ai à dire sur tel ou tel sujet plus ou moins d'actualité ; tous ne viennent pour y découvrir de la littérature, la mienne en l'occurrence ; Et puis, tous n'en lisent pas. Quant aux autres, laisse-moi éclairer un aspect parfois négligé, pourtant primordial de la lecture ou de la non-lecture d’une œuvre à l’égard de laquelle tout lecteur serait tenté de se détourner d’instinct, avec à l’esprit cette considération imparable et fatale à tout auteur non estampillé écrivain : à quoi bon la lecture d’un texte dont on n’est pas assuré de la légitimité

    - Un peu comme la signature sur un tableau ?

    - Oui.

    - Et cette légitimité, où le lecteur ira-t-il la chercher ?

    - Le lecteur ira la chercher dans un premier temps, auprès des éditeurs (un ouvrage estampillé Gallimard jouira d’une légitimité et d’un prestige incomparables), et dans un second temps : auprès des critiques, des éditorialistes, des commères en tous genres, magazines, radios, télés, bien évidemment. Et si par malchance l’auteur et son texte n’ont pas été validés par une bonne partie de tout ce beau petit monde, le lecteur aura très vite le sentiment de perdre son temps en s’adonnant à une lecture pour rien ou pour si peu ; une lecture et un livre pour personne sinon les proches de l’auteur. Quant à la critique... elle n'achète pas les livres qu'elle couvre, aussi, ceux qui sont auto-édités passent automatiquement à la trappe. La critique se repose uniquement sur le service de presse des éditeurs ; ce sont eux qui décident de ce que la critique lira ou ne lira pas.

     

    - Ce regard des lecteurs et de la critique sur les auteurs auto-édités peut-il changer un jour ?

     

    - Ca prendra du temps.

     

    - Que penses-tu de l’expérience de Marc-Edouard Nabe et son anti-édition dont on nous a rebattu les oreilles ?

     

    - Rien à dire de particulier. Ce que Nabe appelle l’anti-édition est une formule pompeuse et creuse que tous les imbéciles autour de lui – et on me dit qu’ils sont nombreux -, ont reprise. Si Nabe fait de l’anti-édition, il s’agit tout bêtement d’édition anti-éditeurs et anti-libraires : anti-FNAC disons. No big deal ! La véritable anti-édition signerait l’arrêt de mort du livre et de l’écrit au bénéfice d’une littérature orale ; une littérature de l’ouïe, une littérature du bouche à oreille qui se déclamerait sous (ou derrière) le « masque ». La seule originalité de la démarche de NABE c’est son passage de l’édition à compte d’éditeur à l’édition à compte d’auteur, même si les éditeurs l'ont un peu aidé puisqu'il n'en trouvait plus. Nabe fait simplement de l’auto-édition mais… avec un siècle de retard : l’auto-édition de Nabe date d’une époque où les auteurs devaient payer leurs exemplaires avant de les écouler auprès de leurs lecteurs. Nabe n’a manifestement jamais entendu parler de l’impression papier à la commande qui se pratique sur le Net depuis quelques années maintenant ; système d’impression dans lequel l’auteur n’a rien à débourser, excepté le lecteur lorsqu’il commande un ouvrage.



    - Tu as recours à Amazon

     

    Amazon gère toute la chaîne de l’édition : de l’impression à la facturation et l’envoi du manuscrit commandé par le lecteur. En ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage - mise en page et mise en forme -, l'auteur contrôle tout à la virgule près. On peut aussi à tout moment effectuer des corrections, des modifications... le livre que reçoit le lecteur étant la dernière version chargée par l'auteur sur l'interface de l'imprimeur.

    - Tu veux dire qu'aujourd'hui, il peut circuler des versions différentes de chacun de tes titres ?

    - Je parlerais de corrections ou de modifications mineures en ce qui me concerne, même si des changements majeurs sont possibles. C'est bien de savoir que l'on peut toujours intervenir sur ses textes. Rien n'est figé, jamais, avec Internet et ce système d'impression papier à la demande ! Ensuite, je n’ai qu’à toucher la part qui me revient sur le prix de vente. Avec ce système de publication, l'auteur est vraiment rémunéré ; et le prix de son livre n'en est pas plus élevé pour autant.

     

    - Rien à voir avec les 8% d'un éditeur donc !

     

    - Et plus encore quand il s'agit d’un éditeur qui n’a pas les moyens de faire connaître les ouvrages qu’il publie. Franchement, je ne vois pas comment des auteurs peuvent encore aujourd’hui accepter les conditions qui leur sont faites  ; et notamment la cession à vie et au-delà, des droits sur leur propre travail, sur leur sueur et leur sang ?! Et en échange de quoi, franchement ? Disons les choses : des pans entiers de l’édition ont longtemps eu pour occupation principale la chasse aux subventions ; notamment les petits-éditeurs-sangsues de la province, gérants-salariés de leur propre maison, installés dans des communes aux codes postaux du type 64258 ou 34878 ou bien encore 12145 (ne cherche pas : ces codes sont fictifs), bien au vert dans des hameaux, des villages et autres lieux-dits, un salaire confortable en fin de mois, le tout sur le dos des auteurs qu’ils éditent et qui ne verront jamais leurs livres dans les bacs des points de vente qui comptent. Nul besoin de le déplorer, personne n’aurait pu soupçonner qu’ils y étaient… puisque ces éditeurs n’ont pas les moyens de faire connaître les ouvrages qu’ils éditent. Sans oublier le fait suivant : compte d’éditeur ou d’auteur, n’est-ce pas toujours l’auteur qui paie la fabrication et la diffusion de son livre ?! Pourquoi crois-tu qu’un éditeur donne 8% à son auteur ? 8% du fruit de son travail ? Où donc sont passés les 92% restant ?

    - On parle depuis quelques années maintenant d'une crise du livre…

    - Est-ce vraiment le livre qui se porte mal ou bien les éditeurs ? Et plus particulièrement ceux qui n’ont pas les moyens de faire connaître les livres et/ou les auteurs qu’ils éditent ? A l’avenir, je crois que les éditeurs qui ne seront pas capables de “rapporter” des lecteurs à leurs auteurs auront du souci à se faire. Avec Internet et l'impression numérique à la commande, l'auteur pourra voler de ses propres ailes.

    - Tu veux dire qu'Internet lui fournira des lecteurs ?

    - Oui. Même si cela demandera de la part de l'auteur, un travail quotidien pour développer sa notoriété et sa crédibilité : sites, plateformes communautaires, forums...

     

    - Tu penses que d’ici peu, le seul intermédiaire “toléré” par les auteurs entre un livre et son lecteur sera l’imprimeur, et seulement l’imprimeur ?

    - C'est fort possible à moyen terme pour les auteurs dont les livres sont appelés à occuper un petit segment du marché ; et plus ce segment est limité, plus l'auteur a besoin d'un pourcentage de rémunération élevé : seule l'auto-édition est capable de le lui garantir.

     

    - Sujet à suivre donc…

     

    - Même si la course s’annonce bien plus courte qu’elle n’en a l’air ! D’ici dix ans, ce sera plié.

     

    - Sinon, tu comptes sortir combien de titres ?

     

    - 18 au total. Une quinzaine d'entre eux est en ligne et peut être commandée sur Amazon dès maintenant.



    - Alors, ce bilan ?

    - Positif ; encourageant. On ne lâche rien. On continue : de l'audience, encore de l'audience, toujours plus d'audience ! Et je salue ceux qui me lisent, et doublement ceux qui me soutiennent :  et je les salue tous fraternellement et même... confraternellement."

     

    _____________________

     

     

    Pour prolonger, cliquez : Les ouvrages de Serge ULESKI

     

     

    Lien permanent Catégories : A découvrir : Serge ULESKI, ouvrages et entretiens 0 commentaire
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu