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Art et culture - Page 3

  • Retour sur le cinéma de Claude Sautet

     

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    Aujourd'hui, sommes-nous seulement encore à même de comprendre à quel point les films de Sautet nous rappellent que les années 70 ont reposé sur très peu de choses, trois fois rien qui aura néanmoins permis d'occuper, de combler, de remplir (de colmater ?) une vie, toute une vie d’hommes et de femmes : une bande de copains, un repas au restaurant, des maîtresses, quelques amants, des amours sages de cadres moyens et supérieurs aux carrières professionnelles ascendantes, aux métiers prestigieux ou plus simplement... métiers bien rémunérés qui permettent de changer de voiture tous les ans... 

    Films à l'image de leur époque ; la réussite de chacun se mesurera à l'aune de la réussite matérielle seule : pouvoir d'achat et pouvoir tout court.

    Aussi, est-ce réellement surprenant aujourd'hui le fait que tout soit remis en question et démantelé sans rencontrer une défiance farouche et déterminée : contrat de travail, rémunérations, protection sociale... santé et retraite, rapports sociaux (homme/femme inclus) et rapports de force ?

    Certes, on savait que les capacités d’adaptation des hommes sont nettement supérieures à leurs capacités de révolte ! Aussi, sur la durée, c’est bien dans l’indifférence quasi générale - à l'exception d'une infime minorité mobilisée, que le démantèlement de ces années-là s’impose à tous ; derrière cette indifférence, la résignation ; et derrière cette résignation n’y trouve-t-on pas le sentiment que tout ce qui a été acquis dans les années 60 et 70 jusqu’aux années 80, l’a été non seulement à crédit mais bien plus important encore… sur le dos de la vie, la vraie, dans un climat d’amnésie générale quant au passé, là d’où l’on vient, toute une génération étant portée par un confort à la fois matériel et moral sans précédent ?

                Et c'est alors qu'une culpabilité à caractère à peine refoulée, une culpabilité comme errant là, au bord, tout au bord de notre conscience d'être au monde - mais pour y faire quoi déjà ? -, une culpabilité qui peut emprunter des itinéraires surprenants, vous laisse sans réaction et sans voix au moment où il est question de tout reprendre de ce confort d'un matérialisme naïf et sans responsabilité : bien mal acquis - dans le sens de "bêtement" -, ne profite donc qu'un temps ?

             Chez Sautet, les épouses sont  le plus souvent comme... suspendues aux désirs de leur mari ou de leur amant, dans l'attente... à attendre...  très dépendantes sur un plan émotionnel ; les maîtresses, elles, sont souvent inconstantes.

    Alors que les hommes ne savent que faire des enfants dont ils sont pourtant les pères - il est vrai que les mères veillent - on ne manquera pas de remarquer la place qu'occupent ces enfants chez Sautet ; ces derniers étant cantonnés aux rôles de figurants, comme des biens meubles qui viennent compléter un cadre réservé en priorité aux adultes et à leurs histoires : métiers, carrières, coucheries, argent et loisirs.

    Autre symptôme d’une amnésie et d'un oubli dommageables : l’absence d’une France pourtant tout aussi présente qu’aujourd’hui : la France des Français issus de l’immigration - pas sûr que ce ne  soit qu'un détail ;  invisibles ils sont dans leurs conditions de vie reléguée.

     

             La bourgeoisie qui a longtemps voté PS et qui n’a pas fait d'enfants et n'en fait toujours pas - Télérama et les animateurs-journalistes de télés de cette époque - voue un véritable culte aux films de Claude Sautet. Faut dire que les films de ce réalisateur s'apparentent à des contes pour adultes car la trame du cours de l'histoire des années 70 relève du conte de Noël… et d'une négation : la négation d'une réalité qui engage l’avenir face et contre une autre réalité reflet d'un état en mouvement mais figé, un état propre à toutes les périodes agitées mais « stériles » (Jacques Tati a eu des choses à dire à ce sujet) qui ont la folle prétention d’arrêter le cours de l’Histoire qui, elle, finit toujours par trouver le temps long ; il faut alors qu'elle bouge : « Tout leur est donné, vous dites ?! Et si on leur reprenait tout ? »

             Les années 2000, et nous n'en sommes qu'au début, verront la décomposition des années 70 ; et c’est alors que les films de Sautet n’en prendront que plus d’importance : un véritable bain de jouvence hyper-matérialiste accompagné d’un confort moral de carton-pâte mais encore résistant et étanche, les films de Sautet !  

    Et c’est sans doute la raison pour laquelle ces films prennent toute leur saveur trente ans après, non pas comme peut le faire un bon vin, mais bien plutôt comme peut opérer le charme discret et pernicieux mais irrésistible de la nostalgie ; une nostalgie... dernier refuge contre le devoir d’affronter une nouvelle réalité qui semble vouloir, d’une main, rependre tout ce qu’elle a plus souvent accordé que cédé, de l’autre : "Avant, on n’avait pas à penser à l’avenir et moins encore à ce qui était important, à savoir : que deviendrions-nous si nous perdions tout ?"

    Perdre tout ? Un confort matériel, et seulement matériel, qui nous permet seul de tenir debout ?

     

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             Hyper-matérialisme, cinéma sans dépassement, cinéma refermé sur lui-même et sur la sociologie de ses personnages...

                     et Dieu dans tout cela (1) ?

     

             Il semblerait que d’autres, en revanche, aient déjà anticipé cette question ; faut dire qu’ils ont eu tout le temps d’y penser, laissés sur le bord de la route comme ils l'ont été durant toutes ces années "à la Claude Sautet" au rythme du tic-tac d’une bombe à retardement, nous tous aujourd'hui sonnés et maintenant K.O.

     

     

    1 - Dieu ou la métaphysique... Dieu ou la transcendance ; quelque chose au-dessus de nous disons ; quelque chose qui serait plus grand que nous... qui nous dépasserait d’une tête, voire deux, et vers lequel lever les yeux.

                                 à ce sujet, merci de vous reporter au texte : Sonate d'automne

     

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  • Karl Lagerfeld à tout jamais

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                     Un génie à l'état pur... sans trucage, sans perfidie, sans "foutage de gueule" ; un Lagerfeld qui nous console d'un art contemporain truffé de tricheurs même si la Maison de couture qui l'employait - Chanel - a pour clients les pires de la société (Chanel et toute la haute couture en particulier) quand on sait que l'argent c'est le sang des pauvres aux conditions d'existence désastreuses, victimes des plus grandes injustices qui soient.

                     Mais n'est-ce pas le lot de tous les artistes célèbres et célébrés, et ce de tout temps : créer pour une classe supérieure, aujourd'hui hyper-classes mondialisées dont il n'y a plus rien à sauver ?

    Hélas oui.

     

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  • Melman et Stiegler à l'ombre de Marx, Nietzsche, Freud et Lacan : un égarement sans limites...


                             

                  Bernard Stiegler ici et là, partout et ailleurs encore : Stiegler chez l' ALI:  Association Lacanienne Internationale

     

                          Nous sommes nombreux, depuis longtemps, à penser que la psychanalyse est de droite et les psychanalystes, tellement sociables, solidaires et soucieux du bien-commun, des Bourgeois de premier ordre.

     

    ***

     

                        Melman ? Vous avez dit Melman ? Autre psychanalyste...

                          Qu’il soit permis d'éclairer ce dernier, et ce afin qu'il ne meure pas idiot d'autant plus qu'il doit bien se trouver loin, très loin de penser qu'une telle calamité puisse lui arriver :

     

                          « Monsieur Melman, le fascisme ce n’est pas les Gilets Jaunes ni les réseaux sociaux avec ou sans smartphone ; le fascisme vous le trouverez dans ce « Il n’y a pas d’alternative » qui a vu le jour à la fin des années 70, incarné aujourd’hui par une Commission européenne au service d’un projet mondialiste sans honneur ni justice, destructeur des nations, des cultures et des Etats les plus socialement évolués, ceux de l’Europe, en termes de protection sociale et de liberté individuelle."

     

    Certes, le fait que ce psy manifestement non-défroqué (les pires de la profession ? ) soit sur un plan matériel à l'abri de ce fléau qu'est le mondialisme et ses conséquences (culturelles et psychiques pour commencer), n'est sûrement pas une raison pour lâcher la proie pour l'ombre.

    Aussi, forte est la tentation de demander à ce psy de s'occuper exclusivement de ce qui semble le concerner , à savoir... l'inconscient de ses patients, pour peu que ces derniers soient assez désorientés pour lui en reconnaître l'autorité à la fois morale et intellectuelle.

    Il est vrai que .... si la vieillesse est un naufrage, elle est aussi une noyade et plus encore un enterrement. Alors, empressons-nous de souhaiter de belles obsèques à Monsieur Melman.

     

                    Quant à Bernard Stiegler qu'on ne présente plus (énorme et affligeante cette "histoire" à propos d'une réunion à Saint-Denis autour de "la relation de la mère et de son bébé avec les smartphones" auprès d'une population vivant dans un des quartiers les plus pauvres de cette commune !), toujours en vadrouille, rappelons-lui ceci : il y a certainement plus urgent, plus utile et plus courageux que de sermonner les pauvres et les miséreux sur l’utilisation des portables par leurs enfants ; pour ne rien dire de la honte que, dans ce contexte, les donneurs de leçons nous inspire : la honte pour ces sermonneurs dévoyés et définitivement perdus pour la collectivité.

    Force est de constater que la pire chose qui puisse arriver à un être humain instruit, c’est de penser qu’il en sait plus sur la misère des miséreux que ces derniers sur leur propre misère et sur celui qui vient la leur expliquer.

    A ce sujet Monsieur Stiegler, savez-vous vraiment qui vous êtes pour vous permettre d’expliquer aux indigents qui ils sont ?

     

                   A propos du soi-disant nihilisme et fascisme des réseaux sociaux, des smartphones et de la "fourmilière" de leurs utilisateurs (puisque tel est grosso modo le sujet de cette rencontre), Stiegler qui connaît les classiques de ceux dont il souhaite recevoir l'onction, le milieu universitaire (lui l'autodidacte - orphelin ? -, un temps mauvais garçon-casseur- de-banque... à la recherche non pas d'un père mais de pairs), Stiegler mentionnera après Marx et Freud, Nietzsche comme penseurs majeurs du 20è siècle ; or, dans les écrits de Nietzsche, trois termes reviennent le plus souvent : décadence, nihilisme et dégénérescence ; et ce penseur y associe quatre maux... devinez lesquels ? Le féminisme, le Christianisme, le Socialisme et le Romantisme.

                   Mais alors, fascistes les réseaux sociaux ? Vous avez dit fascistes ? Vraiment ?

                   Voilà encore une histoire de paille, de poutre et d'aveuglement. 

     

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                       "La psychanalyse ne fait pas la charité. Sa fonction c'est de "dé-chariter".

                        La psychanalyse a donc les mains fermement enfoncées dans les poches, tout au fond - poches non trouées cela va sans dire-, même si elle sait tendre la main non pas pour donner mais pour tantôt recevoir, tantôt prendre. 

                        "La psychanalyse permet à l'analysant  de prendre toute la mesure de ce qu'il a à payer pour "se connaître".

                         Payer ! Encore payer ! Expiation et contrition.Tous coupables et sans excuses. 

                         Si l'avenir du genre humain dépendait de la psychanalyse, sans doute sa seule chance d'émancipation par la dés-aliénation et sa dé-chosification passerait-elle par le fait de ne jamais oublier de demander l'addition et de l'acquitter jour après jour.

                         Mais alors, seule la caste solvable aura droit à cette émancipation ?

                         Décidément, rien de nouveau sous le soleil avec la psychanalyse.

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  • Michel Legrand s'est tu mais pas son génie mélodique

    Michel Legrand s'est tu mais pas son génie mélodique

     

                     Saluons le génie de Michel Legrand dans sa maîtrise de l'association mélodie, voix et texte ; en particulier le "chanté-parlé" (1) des "Parapluies de Cherbourg" (1964) de Jacques Demy d'une audace sans précédent ;  Demy et Legrand prenant alors tous les risques ; risques  financier et artistique que peu de réalisateurs et de producteurs ont osés avant et après eux. Sans Michel Legrand, l'oeuvre géniale de Demy n'aurait jamais été ce qu'elle est aujourd'hui face à la postérité (2).

                    

     

     

    1 - Legrand et Demy connaissaient-ils "Le Sprechgesang" ?

    "....Un style de récitation à mi-chemin entre la déclamation parlée et le chant, créé par Engelbert Humperdinck, utilisé pleinement par Schönberg dans le Pierrot lunaire (1912) qui reste considéré comme la première œuvre "100% sprechgesang".  - Wikipédia

     

    2 -  Précisons tout de même, qu'en tant qu'orchestrateur, Michel Legrand n'avait pas la maîtrise de ceux qui ont orchestré les mélodies des compositeurs des comédies musicales "Un Américain à Paris", "Bang wagon" et "Chantons sous la pluie" en autres ; orchestrateurs aux noms méconnus injustement car ce sont eux qui ont porté les mélodies de ces comédies musicales à un niveau d'excellence inégalé.

     

     

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  • "Le locataire" de Roman Polanski et la France des années 70...

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                 "Le Locataire chimérique" est un roman de Roland Topor, publié en 1964. 

                 "Le locataire" dans son adaptation cinématographique met en scène un jeune homme trentenaire, d'origine étrangère, qui emménage dans un petit deux-pièces parisien dont la locataire (Simone Choule) qui l'a précédé s'est suicidée ; il suscitera d'emblée l'hostilité du propriétaire et de ses voisins

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                  Univers sournois, hostile, étouffant, à la fois sordide et morbide... délire de persécution, délire paranoïaque... c'est sûr, avec ce long métrage du réalisateur Roman Polanski, l'oeuvre de Kafka n'est pas loin.

    Laideur des lieux, laideur des visages (un casting sur mesure nous est présenté), laideur des comportements... seul le personnage confié à Isabelle Adjani - Stella - trouvera grâce aux yeux du réalisateur  ; un personnage attentionné, modeste et sans prétention aucune. 

                   Logé dans un immeuble de pétitionnaires et de délateurs (on pétitionne contre les plus faibles : une mère et sa fille paralysée âgée de 12 ans)...  dan sun appartement occupé par une Simone Choule qui l'on dit " ...ne pas aimer les hommes" (une Simone Choule très certainement lesbienne donc - et ça peut avoir son importance dans le contexte de cet immeuble hostile et les années 70), Le locataire  - le rôle titre est tenu par le réalisateur lui-même ;  ce qui n'est certainement pas anodin -, petit bonhomme au corps chétif, à la voix fluette et à l'accent étranger (le seul accent étranger du film même si le casting fait appel en partie à des acteurs anglophones dont les voix sont doublées), naturalisé français - il y tient ! -, ce locataire nommé Trelkovsky n'a de cesse de compenser en se montrant en toute occasion accommodant et serviable auprès d'un entourage composé principalement de ce qu'il faut bien nommer des "porcs" ( le personnage de Bernard Fresson et sa bande - collègues de bureau du Locataire)  et des "salauds" (les locataires et le propriétaire de l'immeuble).

    Laideur, encore la laideur ! 

    Force est de constater qu'il ne peut s'agir d'une simple coïncidence un tel parti pris à la fois sociologique,  esthétique et psychologique ! Ce choix délibéré a bel et bien sa raison d'être. Aussi, grande est la tentation de voir dans "Le locataire" l'expérience personnelle de Roman Polanski  à son arrivée ( et retour) dans l'hexagone ainsi qu' un portrait sans concession de la société française dressé par un "étranger" qui n'a pas oublié, dans les années 60 et 70 ( et l'auteur Roland Topor dans d'autres circonstances), cette expérience décevante et humiliante avec la France bien qu'il y soit pourtant né dans les années 20 avant de rejoindre la Pologne à l'âge de trois ans.

                  Portrait de la société française  "Le locataire" ? La France des années 70 et cet étranger qui n'a qu'à bien se tenir ?  Avec "Le locataire"... manifestement Polanski a gardé en mémoire  les années de "vaches maigres", l'ostracisme et le dédain de notre industrie du cinéma à son égard ; personne n'étant désireux de lui faire une place.

    Rappelons ceci : n'arrivant à rien, Polanski quittera la France pour Londres.

     

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                    Certes, de "Polanski, le sur-doué", nos réalisateurs - en particulier ceux de "La nouvelle vague" aux grosses lacunes techniques et scénaristiques  -, avaient tout à craindre car leur cinéma à eux tous restera longtemps très très en deçà de tout ce que Polanski aura déjà produit ; formé en Pologne dans la célèbre Ecole de cinéma de Lotz à la sortie en salle du "Locataire" en 1976, Roman Polanski a plus de quinze années de cinéma derrière lui ; cinéma primé aux USA, à Berlin, à Venise et à Londres ;  lui si jeune encore : il a à peine 40 ans.

     

    *** 

     

                   Poli, faible, soumis, mal installé dans le monde, humilié et manipulé, dans cette parabole allégorique, la révolte du Locataire sera sa soumission à cette injonction qu'il a cru devoir faire sienne :  "Soyez Simone Choule" - comprenez : "Revivez le suicide de la locataire qui vous a précédé !" 

    Une révolte dans la soumission donc comme tant d'autres avant lui, qui ont choisi de dire "Non !" en hurlant "Oui !", se conformant, la rage au coeur, à la volonté d'un entourage sans vergogne jusqu'à surpasser ses attentes. La seule révolte que les êtes sans défense puissent s'offrir.

                    Conte macabre -  au cours d'une scène brève, dans le cadrage, et encore une fois, avec le choix de l'acteur dans le rôle d'un commissaire de police, c'est Vichy qui est là, présent, encore, comme à l'affût -, nous sommes en 1976, sous la présidence de Giscard d'Estaing,  et pourtant la période de la collaboration n'est pas loin ; on la sent tout près. C'est Polanski qui nous met la tête sous l'eau à propos d'un épisode de notre histoire pas encore contée ni élucidée dans ces années-là.

    Satire de la bêtise humaine et de sa cruauté, exploration de la folie et de son cheminement - trouble de la personnalité en particulier : thème récurrent chez le réalisateur -, la dernière réplique du locataire Trelkovsky  "Vous êtes tous des assassins !" n'est sûrement pas à mettre sur le compte de cette folie seule. Cette accusation sonne comme un verdict ; un verdict dans l 'excès, une sentence disproportionnée qui s'appuie sur l'émotion plus que sur la raison... - raison des faits historiques en particulier -, cependant,  il y a dans ce dernier cri comme une vérité après plus de deux heures passées au côté de ce Trelkovski sans histoire mais dont l'Histoire de toute sa vie,  brève et immense puisqu'il n'en aura pas d'autre, aura pour sortie, très théâtrale au demeurant, un saut dans le vide d'une existence devenue non-négociable et par voie de conséquence : inassimilable. 

                     Il faut bien dire, à la décharge de tous, que l'être  humain est sans rival lorsqu'il s'agit d'enfermer et de s'enfermer à double tour. Le personnage  de Polanski ne se sera, semble-t-il, accordé aucune chance d'éviter cette tentation qui lui ressemblait trop sans doute.

     

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     Post-scriptum de janvier 2017

     

    A l'aune des accusations de viol portées contre le réalisateur - accusations le plus souvent avérées -, que l'on rappelle ici que tous les films de Polanski, les meilleurs de ses films, ne parlent que de ça : trouble de la personnalité, ligne rouge franchie sous l’emprise de pulsions irrépressibles ; pensez à Chinatown et la confession du personnage joué par John Huston  qui, soit dit en passant, vole la vedette à tous les acteurs masculins de la distribution ; confession comme suit : « Peu d’hommes savent qu’au cours d’une vie, dans certaines circonstances, n’importe qui peut commettre le pire » - référence à l’inceste et au viol en ce qui concerne Chinatown. Voyez  "Répulsion", "Tess" (encore le viol) ; La Jeune Fille et la Mort (confession d'un  tortionnaire-violeur sous le régime de Pinochet : « J’ai aimé le faire à ces femmes aux yeux bandés et terrorisées »......

    Hors de la fiction, dans la vie, la vraie, témoignage après témoignage, il semblerait bien que l’on s'oriente définitivement vers cette évidence : avec Polanski, il est manifestement question d'un pervers sexuel et violeur multirécidivistes d’adolescentes et de femmes très jeunes. 

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  • Beethoven : un compositeur en crue

                       Qu'il soit dit en passant ce qui suit :

                      Science et Art, la musique dite classique (musique écrite, lu et interprétée), c'est de la dialectique... dialectique et rhétorique musicales s'entend.

                      Musique-argument, musique-raisonnement, musique dite savante dont il faut pouvoir suivre le cheminement, le développement jusqu'à sa conclusion définitive ou provisoire, la science de cette musique est dans sa dialectique et son Art dans sa rhétorique ; elle est donc là, bien là, l'exigence de cette musique, de Bach à Debussy, de Wagner à Pierre Boulez ; cette exigence, c'est sans aucun doute ce qui la distingue de la musique dite "populaire" (musique de variété, music pop, rock et autres) ; d'où sa marginalité et son isolement.
     
                      Qu'à cela ne tienne !

     

    Claudio Arrau - Beethoven - Piano Sonata No 30 in E major, Op 109

     

                 Dans le troisième mouvement de cette sonate (vidéo à 6.54) composée en 1820, on trouvera tous "les pianos" à venir ; celui de Schubert, de Chopin, de Scriabine, de Debussy, de Rachmaninov - un piano symphonique, orchestral dans le finale de la sonate juste avant le retour du thème ; et puis... Ravel qui s'en fera l'écho avec sa "Pavane pour une infante défunte"  un siècle plus tard. Un mouvement qui, certes, annonce l'avenir mais qui n'oublie pas de saluer aussi le passé ; celui d'un J.S Bach presque totalement oublié du vivant de Beethoven.

    Un 3è mouvement en "forme variation" même si Beethoven semble ne plus y croire après trente années de pratique ; aussi on parlera bien plutôt de développement-variation ; développement en spirale comme dans un tourbillon en cercle concentrique qui s'enroule et se déroule.

    Un mouvement lent, cantabile, placé contre toute attente, à la fin de la sonate ; un 3e mouvement qui "avale" les deux précédents avec une fausse berceuse qui ne trouvera jamais un vrai repos ; Est-ce Beethoven en lutte avec ses insomnies, insomniaque et seul face à la nuit ?

    Six minutes pour les deux premiers  ; quatorze pour le 3è : une sonate en déséquilibre donc qui annonce la 9e symphonie (1822) avec dans les choeurs, ses aigus inattendus, voire... invraisemblables, décriés, hurlés... et sa forme éclatée... car pour Beethoven, tout était trop étroit, trop étriqué, toujours !


                                                 

                                                      (Grande Fugue  - opus 133 - année 1826)

     

                     Beethoven ne pouvait penser la musique qu'en crue, débordante... une musique réfractaire à toutes les camisoles stylistiques et formelles : c'est la "forme sonate" qui s'efface alors avant d'être proprement balayée tout comme la symphonie.

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  • Winterreise : le voyage musical de tous les voyages musicaux en toutes saisons


                                          
                                  

    Franz Shubert 

    Dietrich Fischer Dieskau - voix

    Alfred Brendel - piano

    Janvier 1979

     

    ***

                   Une technique exceptionnelle (sans doute encore inégalée à ce jour) mise au service d'une interprétation d'une intelligence supérieure - Fischer Dieskau à la voix, Alfred Brendel - guest star -, au piano qui a délaissé un moment le répertoire de Beethoven pour partager un moment musical d'une grande intensité avec la plus grande voix de sa génération.

                   Winterreise (Voyage d'hiver) de Franz Schubert, écrit un an avant sa mort (1827), se compose de 24 lieder sur des poèmes de Wilhelm Müller ; "Le Voyage d'hiver" est l'œuvre la plus désespérée du compositeur ; très peu connu, mis à l'écart par le succès de son modèle Beethoven, Schubert vit à Vienne dans la maladie et la solitude.

    Pour prolonger, cliquez : Le voyage d'hiver

     

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  • Leonard Cohen : parce que telle était sa volonté

    "Draw us near

    Bind us tight

    And end this night"

    if it be your will, I'm your man, antony, leonard cohen,canada, suzanne

                      Une oeuvre en forme de prière pour que la nuit se retire et que la beauté triomphe en pleine lumière ; des chansons en forme de cantiques adressés autant à Dieu qu'aux hommes ; prêtre et moine,  toujours Zen de surcroît, Jésus et Suzanne réunis, parce que telle était sa volonté - his will ! -, le public de Leonard Cohen se rendait aux concerts de ce poète très tôt monté en chaire  pour psalmodier avec lui comme on communie :
     
     

    If it be your will
    That I speak no more
    And my voice be still
    As it was before
    I will speak no more
    I shall abide until
    I am spoken for
    If it be your will

    If it be your will
    That a voice be true
    From this broken hill
    I will sing to you
    From this broken hill
    All your praises they shall ring
    If it be your will
    To let me sing
    From this broken hill
    All your praises they shall ring
    If it be your will
    To let me sing

                                       (cantique des cantiques dans l'oeuvre de Leonard Cohen, "If it be your will" dans une version très inspirée de l'artiste Antony)

     

    If it be your will
    If there is a choice
    Let the rivers fill
    Let the hills rejoice
    Let your mercy spill
    On all these burning hearts in hell
    If it be your will
    To make us well

    And draw us near
    And bind us tight
    All your children here
    In their rags of light
    In our rags of light
    All dressed to kill
    And end this night
    If it be your will

    If it be your will.

     

    Deux traductions sont disponibles sur le site de l'artiste ICI

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  • Charles Boyer : l'acteur aux cent films et aux trois Oscars !

     

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              De 1920 à 1976, Charles Boyer a tourné avec les plus grands, en France comme aux USA - Lubitsch, Preminger, Cukor,...

    Bien qu'élève du conservatoire, chez lui, tout était inné ; dans son jeu, il ne montrait rien, il se contentait d'être ; une diction parfaite, un style unique, inimitable, un physique qui n'avait rien à envier à qui que ce soit... il parlait autant avec sa voix qu'avec son regard... un regard mélancolique et compassionnelle.

     

                                         

                    Né à Figeac (Lot), décédé à Phoenix (Arizona-USA), aujourd'hui oublié, Charles Boyer est sans doute notre plus grand acteur des années 30 aux années 50, et le seul Français élevé au rang de star avec une quarantaine de films de metteurs en scène étasuniens tous plus prestigieux les uns que les autres.

     

                    Une pensée pour lui et pour les fées qui ont longtemps veillé à son chevet car rares sont les acteurs que la nature a autant gâtés !

     

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  • "Le bonheur" de Marcel l’Herbier : une étude de la Star et de son statut

    Marcel l’Herbier le bonheur gaby morlay, charles boyer, cinéma français des années 30, les réalisateurs de cinéma du front populaire

             " La Star, ce symbole de l'aliénation de notre société décadente ?" (René Prédal) 

     

     

                        Jamais assez choyée, jamais assez admirée, jamais assez aimée, jamais assez fêtée...

                        Le film « Le Bonheur » réalisé par Marcel l’Herbier en 1935 avec Gaby Morlay dans le rôle de Clara Stuart… peut être vu comme une étude de caractère qui prend pour sujet "la Star" ainsi que ses acteurs centraux et périphériques : producteurs, agents et autres intervenants et parasites.

                       Puits sans fond affectif, tonneau des Danaïdes, gouffre de désir aussi absolu que nocif... insatiable dans cette quête, sur la brèche, toujours ! Le plein de la vie est dans ce manque, ce vide qui ne cesse de se remplir pour mieux se vider…

    Aussi, malheur alors à celui qui tombera amoureux de ce manque ; la tentative de le combler fera son malheur ; car la Star choisira toujours la promesse de plus d’amour, l’amour de la multitude, un public anonyme, à la fois si proche et si lointain, un amour sans visage, sans corps, sans bras, son main, un amour unisexe, un amour dans lequel la star demeure seul face à son miroir qu’est son public, le corps inaccessible, le corps intacte car impénétrable… oui ! a Star choisira toujours cette promesse-là contre l’amour d’un seul.

                     La star est à la fois un mensonge qui dit toujours la vérité, et une vérité qui a pour source le mensonge :  tout comme le cinéma ; et la moindre tentative de rompre ce cercle vicieux - le refus d’en aimer un seul et d'en être aimée -, échouera car sa suivie en tant que Star dépend de l'amour de cette multitude.

    Le bonheur n’a pas de place dans cette vie-là car le bonheur ne trouve une place que dans l'authenticité  ; est heureux celui qui est authentique, d'un seul tenant, d'un seul bloc pour ainsi dire ; le bonheur ne se fera donc aucune place auprès de la Star, et cette Star auprès de lui, dans sa vie, trop grande vie, cette vie qui ne s’appartient pas, et qui ne lui appartient pas non plus ;  le jour où le public se retirera, ce public qui lui aura tout donné alors qu’il croyait naïvement avoir tout reçu d’elle…. l'étoile s'éteindra. 

     

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                    Où est la vérité chez la star, la vérité de la star, alors que tout n’est que mensonge ou bien plutôt tromperie de par et d’autre.

    La vie d'une Star n'est pas un roman mais un conte d’une trentaine de pages imprimé à des millions d’exemplaires, d’édition en ré-édition ; conte récurrent comme une ritournelle…  à l’image de cette addiction à l’affect…

    Le mérite de Marcel l'Herbier dans "Le bonheur" c'est bien d'avoir mis à nu la vérité humaine de cette quête ; une mise à nu avec empathie mais sans faux-semblant. 

     

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