Mesure d'audience ROI statistique webanalytics par litterature"WebAnalytics"

Avertir le modérateur

Cinéma de film en film - Page 5

  • Katyn - Enfin Wajda !

     

                     Trois ans d'attente, dont deux années de retard, Katyn*, le film d'Andrzej Wajda, arrive en France dans sa version DVD après sa sortie en 2007 dans une seule salle parisienne.

    politique,actualité,katyn,pologne,wajda,russie,urss,staline,nkvd,allemagne

    .                  Katyn : près de Smolensk, forêt située à environ 50 kilomètres de la frontière biélorusse.
    . 
    ________________
     
     
    Crime, mensonge et oubli
     
     
    En avril 1940, 21957 prisonniers de guerre polonais seront exécutés par les services spéciaux du NKVD (police politique secrète du parti communiste de l'URSS) dont plus de 4000 dans la forêt de Katyn ; tous officiers, en majorité réservistes, tous appartiennent à l'intelligentsia polonaise - élites politique, économique et culturelle ; décision prise par le Politburo qui avait alors pour membres : Staline, Molotov, Beria,  Kaganovitch,Vorochilov, Kalinine et Mikoïan après le partage de la Pologne entre la Russie et l'Allemagne en 1939.
    .
    Tous les membres de leur famille  seront déportés dans le Kazakhstan pour 10 ans (adultes et enfants) à l'initiative de Khrouchtchev (1).
     
    Le seul crime de tous ces officiers : être des patriotes polonais soupçonnés, une fois libérés, de vouloir prendre une part active à la lutte contre la prise de contrôle de la Pologne par l'URSS et sa politique impérialiste et pour la renaissance d'une Pologne indépendante ; ce même patriotisme qui infligea une défaite humiliante à l'armée communiste en 1920 lors de la première tentative d'annexion de la Pologne par la nouvelle URSS.
     
    ..
     
    ***
     
    .
                   Terreur et idéologie : fin du droit, de la responsabilité et de la culpabilité individuelles. Nettoyage ethnique chez Hitler contre nettoyage de classe chez Staline.
     
    Pendant plus de quarante ans les Soviétiques réussiront à camoufler ce crime à leur population et à celle de l'Europe de l'Est et à en accuser les nazis. Il faudra attendre les années 80 pour que l'URSS reconnaissance son entière responsabilité (2).
     
     
     
     
    1 - On estime à plus de 400 000 le nombre des victimes (déportation, emprisonnement ou assassinat) de l'occupation russe de la Pologne durant la seule période de la seconde guerre mondiale : 400 000 sur une population de 12 millions. 
     
    2 - Responsabilité : inutile de préciser que la Grande Bretagne et les Etats-Unis connaissaient la culpabilité de l'URSS depuis 1942 et nous tous aussi, en Europe de lOuest.  
     
     
    Lien permanent Catégories : Actu internationale, Cinéma de film en film 0 commentaire
  • Moderato cantabile

     

    moderato-HP.jpg

     

     

                  Peter Brook aidé de Marguerite Duras délaissera un temps le théâtre pour nous offrir et nous servir sur un plateau en argent massif, un Jean-Paul Belmondo rare et placide, un peu à la manière d’un feu sous la cendre, et une Jeanne Moreau pour souffler sur les braises.

           

     

                   Automne, hiver - saisons de tout ce qui meurt -, arbres rachitiques sur fond d’estuaire, celui de la Gironde, tout à l’image de la vie que l’on y mène....    

     

                 Le cri final de Jeanne Moreau pareil à celui d’un condamné à mort à la lecture de sa sentence, restera à jamais le cri d’une bête mortellement touchée, au moment où son maître ( son époux grand bourgeois) lui re-passe son collier autour du cou, et alors qu’elle avait bien cru pouvoir s'en défaire.

     

    ____________________

     

                 Pour prolonger ... cliquez Cinéma, de film en film

    Lien permanent Catégories : Actu internationale, Cinéma de film en film 0 commentaire
  • L'homme de Londres : Simenon, Decoin et Béla Tarr

    ..

                 "Toute la vie durant, on ne fait qu'attendre ; attendre quelque chose qui va changer nos vies ; quelque chose qui nous rende meilleur aussi- Béla Tarr

    .

    lhomme-londres-simenon-decoin-bela-tarr-L-nE_6AI.jpeg

                       L'homme de Londres de Georges Simenon - adaptation pour le cinéma d'Henri Decoin - 1943

      

                   Maloin, homme marié, père de deux enfants, mène une vie simple, stable et monotone ; une vie sans but. Lorsqu'il devient témoin d'un meurtre et met la main sur une grosse somme d'argent, sa vie bascule : Maloin incarnera alors l'indestructible désir des êtres pour la vie, la dignité, la liberté et le bonheur. 

     

    ***

     

                  Là où Henri Decoin a besoin de raconter une histoire pour faire son cinéma dans son adaptation du roman de Simenon en 1943, Béla Tarr, avec le même roman, n'aura besoin que de représenter un homme car, pour Bélar Tarr, faire un film ce n'est pas raconter une histoire mais... représenter quelque chose :

     

                 "Je déteste les histoires" précise-t-il. Quant à la réalité : "La réalité est difficilement saisissable (1) et donc... représentable ; je préfère l'imaginaire."

                 Bélar Tarr n'a pas besoin d'acteurs non plus... mais de personnalités : " Je choisis des personnalités et des situations proches de leur vécu". 

     

                                                   

               L'homme de Londres  - représentation de Béla Tarr pour le cinéma - 2007

    .

    ***

     

                A ceux qui ignorent encore tout ce qui sépare un réalisateur d'un cinéaste-auteur, et qui plus est... cinéaste-artiste... il leur suffira, après lecture du roman de Simenon, et pour lever ce doute, de visualiser son adaptation par Decoin et sa représentation lancinante par Bélar Tarr.                 

                  L'homme de Londres : un roman, deux films, deux maîtres d'oeuvre donc : l'un réalisateur, l'autre... cinéaste-artiste ; deux protagonistes qui, une fois encore, entre adaptation et représentation, posent la question du lien entre la littérature et le cinéma et de son traitement (2); et au-delà : la place de l'artiste.           

     

    media.jpg

     

     

     

     

     

     

    Béla Tarr apporte une réponse : le cinéma face au roman n'a qu'un rôle à jouer : sublimer ce roman qui viendra à son tour métamorphoser sa représentation cinématographique comme un effet boomerang - transcendance et transfiguration -, jusqu'à ce qu'il ne soit plus possible de ne pas (re)penser la lecture de l'un suite à la visualisation de l'autre ; et vice versa

     

    1 - Les frères Dardenne sont sans doute les seuls à y parvenir depuis 20 ans.

    2 - La quasi totalité de la production cinématographique - même la meilleure -, a pour origine un texte - romans, nouvelles, théâtre, essais, BD... sans oublier le fait-divers ; ce qui pose la question de l'autonomie du 7è Art et de sa qualification en tant que discipline auto-génératrice d'un univers créatif artistique de premier plan. Et là encore, Béla Tarr apporte une réponse on ne peut plus convaincante.

     ___________________

    Pour prolonger et rebondir cliquez Cinéma, de film en film

    Lien permanent Catégories : Art et culture, Cinéma de film en film 0 commentaire
  • « Merci patron » de François Ruffin : tel est pris qui croyait prendre

     

     

                       « Merci Patron » de François Ruffin (1), ce documentaire distribué par la SDI (société des distributeurs indépendants)… sorti le 24 février 2016, qualifié par "Le Monde diplomatique" de "film d'action directe", et par son auteur de "comédie documentaire" ou "thriller social" a pour trame ce qui suit : « Pour Jocelyne et Serge Klur, rien ne va plus : leur usine du Nord, qui fabriquait des costumes Kenzo (groupe LVMH) a été délocalisée en Pologne. C'est alors que François Ruffin, fondateur et rédacteur en chef du journal ironique et satirique "Fakir", frappe à leur porte. Il est confiant : il va les sauver. Entouré d'un inspecteur des impôts belge, d'une bonne soeur rouge, de la déléguée CGT, et d'ex-vendeurs à la Samaritaine, il ira porter le cas Klur à l'assemblée générale de LVMH, bien décidé à toucher le coeur de son PDG, le milliardaire Bernard Arnault. »

                       Dans la salle, ce vendredi-là, en fin d’après-midi, il était 18H, tous avaient plus de 60 ans ; et les femmes étaient majoritaires. Allez savoir pourquoi ! Sans doute est-ce parce que dans l’industrie de la confection, les femmes et leurs petites mains ont longtemps été les favorites des employeurs ?

    Manifestement, ce jour-là, ce sont les retraités qui ont choisi d’aller cauchemarder sur une réalité à rebours d’une vie qui n’est plus la leur : travail, cadences, menace du chômage, licenciement… Il est vrai que le danger d’hier à la fâcheuse habitude d’être vécu aujourd’hui avec une pointe de nostalgie car, une fois le malheur hors d’atteinte, bien des années plus tard, grande est la tentation de se dire : « Si avant c’était pas mieux, c’était quand même moins pire que ça en avait l’air ! »

     

                      Dans « Merci patron », Bernard Arnault sera sa tête de turc de Ruffin, une heure vingt durant. Pourquoi ce milliardaire, falot, sans charisme, physiquement « insignifiant », haut comme trois pommes, plutôt qu’un autre ?

    Mystère.

    merci patron, françois ruffin, lvmh,jocelyne et serge klur,bernard arnault,capitalisme, mondialisme, mondialisation,les deschiens,délocalisation,

                      Avec «Merci Patron », Ruffin tente de faire du "Michael Moore" avec deux bouts de ficelle. Contrairement à ce dernier, Ruffin n’a pas un physique – et parce que tout est important à l’écran ! -, qui lui permet de gagner notre sympathie dès les premières images et moins encore, de remporter notre adhésion sur la forme, et le fond… qui reste discutable comme on le verra. Car, chez Ruffin, tout est dans la dégaine ; une dégaine qui illustre une pensée bancale qui marche sur une jambe. En effet, Ruffin a la démarche de celui qui se croit debout alors qu’il est intellectuellement accroupi.  Pour cette raison, avec « Merci Patron », le Système peut dormir tranquille et l’Oligarchie mondiale n’a pas à craindre de croiser sa route… elle ne le remarquera même pas ; et si par malheur ce même Ruffin prend la parole… cette même Oligarchie aura sans aucun doute du mal à étouffer un fou rire irrépressible.

    merci patron, françois ruffin, lvmh,jocelyne et serge klur,bernard arnault,capitalisme, mondialisme, mondialisation,les deschiens,délocalisation,

                    Dès les premières images de « Merci patron », images sans relief à l'éclairage incertain, lumière blafarde… c’est le malaise : misérabilisme et ringardise suintent comme jamais… ils transpirent par tous les pores de la pellicule… on pense alors à Canal + et à Groland, et c’est le désespoir.

    Misérabilisme quand la misère fait la manche : Ruffin met en scène le couple Jocelyne et Serge Klur licenciés quelques mois plus tôt par LVMH, face caméra, suppliant Bernard Arnault de leur rendre leur travail : « Monsieur Arnault, reprenez-nous s’il vous plaît ! »; cette misère-là, c’est la misère d’un cinéma avec une écuelle posée par terre, auge à cochons : « A votre bon cœur Messieurs-dames ! » hurle le mendiant, entre deux numéros pathétiques d’acrobate sans métier ni talent.

    Avec ce couple "Jocelyne et Serge Klur" on pensera aux Deschiens bien évidemment mais sans le paradoxe de l’acteur de Diderot : cet acteur qui n’est pas ce qu’il donne à entendre ; pas plus qu’il n’est ce qu’il donne à ressentir ; alors que les Klur sont bel et bien ce qu’ils laissent paraître : pas de quoi sourire ou ricaner face à l'exposition de ce couple dans une mise en scène qui fait que très vite on sera tentés de se demander avec mauvaise conscience comment un groupe comme LVMH a pu un jour les employer …

    Après Groland, sans doute est-ce l’influence d'une Belgique proche - magazine télévisé Strip-tease oblige ! - sur un Ruffin originaire du Nord qui se fait sentir car ce dernier oublie un peu vite que la troupe des Deschiens c’est d'abord une écriture et une mise en scène au millimètre près ainsi qu'une immense capacité à produire de l’Art : l’art de l’incarnation et de la représentation – un mensonge qui dit trop souvent la vérité.

    Et puis ceci : combien de temps encore va-t-on accepter une représentation dégradante et humiliante des populations du Nord de la France ? Et le fait que des gens comme Ruffin ou Dany Boon soient originaires de cette région ne change à l’affaire : il l’aggrave tout au contraire.

     

                       A l’heure d’internet, canal de diffusion et de création sans précédent, le "machin" de Ruffin que d’aucuns osent appeler un film… est une véritable gifle adressée à tous ceux qui, depuis des années maintenant, ont soif de revanche sur un monde qui étouffe la moindre diffusion d'une information honnête car ce documentaire « zombie » à caractère néandertalien n’a ni l’art ni la manière de montrer et de démontrer quoi que ce soit sinon qu’il vaut mieux n’avoir rien à gagner pour n’avoir jamais rien à perdre : merci pour ce rappel !

    De plus… nonobstant ce qu’Internet est capable aujourd’hui de nous donner à entendre et à voir, ce cinéma-là, cinéma dit « militant », arrive difficilement à la hauteur – par exemple -, d’un documentaire des années 70 à propos de l’entreprise « Wonder » dans son authenticité et sa pertinence ; et moins encore à ce que le groupe Medvedkine et Chris Marker ont pu filmer du monde ouvrier à Sochaux et à Besançon, là encore dans les années 70.

     

                       Nous tous qui nous disons de gauche aurions mieux fait de nous méfier ; en effet, Ruffin a fait la une du New York Times ; son « film » est encensé par Télérama, les Inrocks, Marianne, France Inter, le Figaro, le Nouvelobs, radios et télés…

    Mais alors, depuis quand est-ce que la gauche fait l’unanimité dans les médias dominants, ceux de la « fausse gauche » y compris ?

    La réponse...

    Mais depuis que cette gauche traite les effets et non les causes, tiens pardi ! Et puis aussi : depuis que cette « gauche » se garde bien de nommer tous ceux qui, depuis, trente ans, ont précipité des millions de travailleurs européens dans un mondialisme qui n’est qu’une guerre contre les Etats-nations, l’Etat providence, le droit des  salariés, la liberté d’expression et la démocratie.

     

                       En prenant pour cibles Bernard Arnault et le groupe LVMH, force est de constater que le documentaire de Ruffin se condamne à ne traiter que les effets tout en passant à côté des causes car enfin :

    Qui a pensé le mondialisme ?

    Qui l'a rendu opérationnel ?

    Qui a permis cette mise en concurrence de tous contre tous tant à un niveau national qu'européen que mondial ?

    Qui sont ceux qui aujourd’hui soutiennent ce mondialisme ?

    Quel avenir politique possible pour ceux qui refusent de s’y soumettre ?

                        A toutes ces questions, aucune réponse ne nous mènera vers Bernard Arnault qui s'est simplement contenté d'aller là où l'argent ne coûte pas cher et là où il rapporte gros : "Bernard Arnault, vous avez dit Monsieur Ruffin ! Allez donc ! A aucun moment ce petit homme falot et malingre aurait pu penser le mondialisme !"

                        Mentionnons aussi le fait suivant : Ruffin c’est aussi  « Nuit debout » ; un mouvement à dormir debout ? Mouvement qui n'obtiendra très certainement rien comme d'autres ailleurs en Europe (et à Wall Street, pas davantage ! Un Wall Street un temps occupé et vite libéré) ; mouvement d'une génération dont une partie affiche un poing-levé d’une main, i-phone « made in China ! de l'autre » car, s’il n’y a pas de petits profits pour Bernard Arnault, toute économie est bonne à faire du côté des consommateurs ; et c'est alors que des pauvres équipent sous d'autres latitudes d’autres pauvres un peu moins pauvres qu'eux.

                        I-phone et LVMH-confection… la boucle est donc bouclée.

     

                        Pas de quenelle chez Ruffin… c’est sûr ! Pas d’attaque frontale non plus ; d’où l’unanimité des médias à l’encontre de "Merci patron" qui nous fera regretter sans l'ombre d'une hésitation, les films de Jean Yanne, ceux des années 70 : pensez seulement à "Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" encore plus pertinent aujourd'hui qu'hier.

                        Et puis tenez : auprès de qui Emmanuel Macron est le plus populaire aujourd'hui ? Comme un fait exprès, il l'est auprès de ceux qui précipiteront en 2017, au deuxième tour d'une élection sans objet, la nomination du prochain Président d’une République européenne et mondiale, en attendant sa délocalisation sur la planète Mars ;  précisément les petits actionnaires de LVMH, ersatz de capitalistes,  figures archétypales dignes d’un électorat collaborationniste, jamais satisfait, hyènes aussi voraces que leur maître Arnault-LVMH, à leur échelle, certes, à leur petite échelle de mange-merde de l'actionnariat, et dont Ruffin prendra pourtant la défense en dénonçant le mépris de LVMH à leur égard à l’occasion d’une Assemblée générale.

     

                      La boucle bouclée... Tel est pris qui croyait prendre !

     

     

    1 - François Ruffin (né 1975) est un journaliste fondateur et rédacteur en chef du journal dit d’extrême gauche Fakir ; il écrit aussi dans Le Monde diplomatique. Sept années durant, il a participé à l'émission de France Inter Là-bas si j'y suis de Daniel Mermet, producteur de l'émission.

    2 - Bernard Arnault, né 1949, est propriétaire du groupe de luxe LVMH et du holding Christian Dior. Il est la 10e fortune mondiale en 2013 avec un patrimoine estimé à 29 milliards de dollars.

     

     

    Lien permanent Catégories : Cinéma de film en film, Politique et actualité 0 commentaire
  • Nouvelle vague

                       

    843932.jpg

                         Godard, Truffaut and Co… ou quand les rebelles ne sont jamais que des domestiques en mal de nouveaux maîtres à servir ! 

     

    ***

    Godard découvre Eastwood ; Truffaut Hitchcock.

    Conspuer le cinéma des années 30,40 et 50, cinéma dit de « papa » comme a pu le faire la « nouvelle vague » pour mieux s’empresser quelques années plus tard de célébrer Hitchcock et Eastwood…

    Comble du ridicule, sinon de bêtise, c’est Godard, fan inconditionnel qui, en 1998, tête baissée, plein d'humilité, remettra intimidé un César d'honneur à son idole : un Eastwood condescendant comme ce n'est pas permis puisque ce dernier se croira obligé de nous expliquer combien les inventions de Godard ont influencé le cinéma mondial... le sien excepté.

    Imperméable le cinéma d’Eastwood !

    Pas touche donc !

     

    ***  

     

            Avec un film tel que "Le mépris", Godard nous montrera avec brio à quel point sa génération n’a pas les outils intellectuels ni culturels pour penser un auteur grec de la stature de Homère, indépendamment de cet autre auteur qu’est Moravia, Godard réduisant l'Odyssée à une histoire de crise du couple ; et la présence de Fritz Lang ne sauvera rien, et pas davantage le pastiche musical de Delerue venu tout droit de chez Mahler !...

    Autant pour cette soi-disant avant-garde cinématographique qui s'appuie sur le top 50 de la musique romantique pour faire « son cinéma » ! Et alors qu’un réalisateur comme Kubrick, qui n’a jamais eu à cracher sur la tombe de quiconque pour exister, tout occupé qu’il était à servir et à parfaire, film après film, son métier et son Art, sera bien plus avisé : en 1969, il ne se contentera pas seulement des Strauss - Richard et Johann ; il nous présentera dans 2001, l’Odyssée de l’espace, un compositeur contemporain majeur : György Ligeti, roumain/hongrois naturalisé autrichien, né en1923 et mort en 2006.

     

                   Après Godard et Eastwood, c’est au tour de Truffaut ; un Truffaut qui découvre Hitchcock et son cinéma cocktail Martini–dry avec cerise et nœud pap, ce qui convenait très bien à la tenue vestimentaire de ce même Truffaut - costume, chemise, cravate en cadre moyen d'une entreprise très moyenne ; un Truffaut qui aura le mauvais goût de nous proposer une Nuit américaine dans un terrain vague situé à la périphérie de la ville de Nice...

    Nuit américaine façon « friches industrielles » ?

    D’une laideur photographique et scénique sans nom ce film, et plus encore lorsque l'on ose penser à ce que l’association « nuit et Amérique » est capable de faire surgir dans l’imaginaire de tout cinéphile qui se respecte...

    Cette bourde, sinon cette bavure artistique, résume à merveille tout le cinéma de la vaguelette qu’aura été ce mouvement, son amateurisme, son absence de maîtrise technique, son cinéma sans souffle qui ne dira jamais rien d'autre que ce qu'il nous donnera à voir et à entendre ; cinéma « … que c’est pas la peine » comme disait Piala…

     

              Une nouvelle vague au vague à l'âme approximatif et au cinéma de terrain du même nom : terrain vague donc ; nouvelle vague dont les films, à de très rares exceptions près, n'arriveront jamais à la cheville du meilleur du cinéma français des années 30, 40 et 50, sinon chez Cassavetes mais… à dix mille kilomètres de là ; ou bien, longtemps, longtemps après : pensez donc ! Il nous faudra attendre 20 ans "Les fantômes du chapelier " et "La cérémonie" de Chabrol.

     

    Pour prolonger, cliquez : Cinéma, de salle en salle, de film en film

     

    Lien permanent Catégories : Art et culture, Cinéma de film en film 0 commentaire
  • La désintégration...

     

                    Ce dernier long-métrage de Philippe Faucon, sorti en février 2012, se propose de filmer le délitement relationnel, sociétal, familial et individuel.

    Sans vision manichéenne, ni schématique, avec un réalisme épuré (proche des Frères Dardenne), loin de toute caricature stigmatisante ou d’une complaisance angélique, sans slogan réducteur et caricatural, par le seul moyen du cinéma, le film de Faucon suit étape par étape le parcours de trois jeunes lillois qui basculent dans le terrorisme, embrigadés dans une cellule islamiste radicale, jusqu’à la perpétration d’un attentat au siège de l’OTAN à Bruxelles.

     

     


                      

                  « C'est pas le film qui craint, c'est la France »

     

                      

                     Trois jeunes lillois donc : Nasser fuit la police à la suite d’une agression. Nico-Hamza est un petit Blanc en perdition. Quant à Ali, titulaire d'un Bac pro en mécanique, issu d’une famille ouvrière traditionaliste, intégrée et aimante, aux parents épuisés par le travail,  il se voit systématiquement refuser toutes ses demandes de stage.

    Figure charismatique engouffrée dans la brèche de l’échec d’une République discriminatoire, arrive alors Djamel, un recruteur de la cause djihadiste à l'affût de tous ceux qui semblent n’avoir plus rien à perdre. L'aura indéniable des endoctrineurs, leur rhétorique d’une efficacité redoutable rappellent sans aucun doute celle des sectes ; magnétisme de la voix... ils ont souvent une diction très calme, voire très douce, une diction destinée à masquer une finalité violente, cruelle et sans pitié.

                    Style frontal et sobre, limpide et franc, précis et sec, admirateur de Bresson et de Pialat, Faucon raconte avec clarté et simplicité la désespérance qui se mue en colère : société, destin individuel et famille, le titre du film désigne la désintégration d’une partie des classes populaires issue de l’immigration arabo-musulmane : violences sociales, désœuvrement, foi religieuse exacerbée et compensatrice, faiblesse morale, pessimisme…

    Dépouillé et concis, le film va à l’essentiel en 80 minutes et au bout de son propos : poser les questions qui importent : pourquoi un tel regain de l'Islam sur le sol républicain ? Pourquoi, en son sein, cette montée en puissance du fondamentalisme qui l'instrumentalise à des fins politiques ? Pourquoi, enfin, de jeunes gens issus des banlieues, de nationalité française, répondent à l'appel de ses sirènes ?

    On connaît la part prépondérante de l'engrenage qui encourage le repli identitaire et fait le lit de tous les extrémismes : chômage, pauvreté, humiliation, discrimination sociale et ethnique, trahison des idéaux républicains et démocratiques.

     

     

                     Il est vrai que l'on pourra toujours se consoler avec ce constat : l’intégrisme virulent n’est certes pas une fatalité chez les populations arabo-musulmanes même en comptant avec l’ambivalence chez tout citoyen français issu de la colonisation et/ou de l’immigration de ses sentiments à l’égard de son pays d’adoption ainsi que cette autre identité dont il lui faut assumer bon an mal an l’héritage ;  difficulté à la racine de laquelle on trouvera un pays des origines dont les mœurs, us et coutumes peuvent lui sembler étrangers, et parfois même, pays de la honte, corruptions, injustices sans nombre, pauvreté et parfois misère que des médias impitoyables, sans retenue ni nuances ne manqueront pas de relayer jour après jour…

    Et alors que ce Français du Maghreb ou d’Afrique noire aura pour principal référant la figure tutélaire d’un homme blanc au passé colonial couvert d’opprobre -  telle est du moins la représentation qui lui sera proposée de ce passé détestable -, tout en restant confronté, encore et toujours, à cette identité des origines, qui peut nier le fait suivant : derrière chaque adoption il y a toujours un abandon, et plus encore lorsque l’histoire et la culture de cette famille des origines sont jugées par toute la société - et parfois par l'intéressé même -, infréquentables ; car, si l'on n'a qu'une seule famille -  celle qui aurait dû être la sienne -, pareillement, on n'a qu'un seul pays : celui qui aurait dû être le sien.

                       Aussi... est-il important de reconnaître en toute bonne foi et en toute lucidité…  qu’il est très certainement plus facile aujourd'hui de se lever le matin quand on est un Européen avec pour références la sagesse de la Grèce, la grandeur de Rome et la splendeur des cathédrales et de la Renaissance.

     

    ***

     

                   Dense et tranchante, La désintégration à la Philippe Faucon ne traite pas tant du terrorisme ou de l’islamisme que d’un modèle républicain au coeur de pierre, gravé dans le marbre, plus idéologique que pragmatique, avec ses prêcheurs décidément toujours pas payeurs qui ne se reconnaissent le plus souvent aucune obligation de résultats ; modèle obstiné et têtu dont le credo aussi hypocrite que rigide n’a semble-t-il qu’un seul projet depuis quarante ans : le rejet de millions de Français à l'heure où des politiques économiques plongent des classes populaires aux classes moyennes, toutes les sociétés occidentales dans une remise en cause intraitable des protections, et autres acquis sociaux, et des chances de progrès pour le plus grand nombre : concomitances historiques létales sans précédent au cocktail détonnant.

     

    Lien permanent Catégories : Actu internationale, Art et culture, Cinéma de film en film 0 commentaire
  • American Sniper : rebond Agoravox

     


                Publication, ici, de mes réponses aux commentaires qui m'ont été adressés suite à la parution sur Agoravox de mon billet critique du film de Clint Eastwood  "American Sniper" : j'ai répondu en priorité aux commentaires postés par ceux qui soutiennent les films du réalisateur Clint Eastwood.


    En voici un condensé :

     

                   Comment ne pas voir dans le cinéma de ce réalisateur Eastwood qui n’oublie jamais de s’attribuer le beau rôle en tant qu'acteur, un cinéma manichéen, un cinéma box office, cinéma kleenex aux ressorts et aux enjeux mille fois assénés, aux scénarii éculés – en effet : pas un seul personnage, pas une seule situation qui ne nous aient pas déjà été présentés et servis par Hollywood depuis 1945…

    Un Eastwood qui est passé complètement à côté de son époque même si cela ne l’empêche pas de traiter « l’actualité » en ratant l’essentiel, toujours !  A savoir... la vérité aussi complexe soit-elle.


                   Le cinéma d’Eastwood n’offre aucune perception critique de notre époque et aucune analyse prospective ; il n’élève aucune conscience et ne permet pas de rebondir plus loin, plus haut vers d’autres réalisateurs : Fellini, Bergman, Casavettes...

    Certes, Eastwood aurait vraiment tort de se gêner ! C’est sûr ! Aussi, ce qui est en cause, c’est le fait que la critique cinématographique française accepte sans honte, film après film, de se faire rouler dans la farine ; soumission à l'origine de laquelle on trouvera un refus catégorique de dénoncer chez ce réalisateur ce qui pourtant crève les yeux. Mais ce refus est-il si surprenant finalement ? Voyez qui sont les propriétaires des Cahiers, de Télérama, de Positif et des Inrocks !

    Suivre l’argent… contentons-nous de suivre l’argent , et tout devient clair !

    Alors, cette critique aurait-elle vraiment les moyens de cette dénonciation ? Avec quelles conséquences pour leur avenir professionnel à tous ?

    Devinez.


                  Les ressorts narratifs du cinéma d’Eastwood sont d’un tel conformisme, et plus grave encore, d’une telle putasserie une fois de plus, une fois de trop avec "American sniper", que la coupe est maintenant pleine. Et si, à de rares exceptions près, les procédés du réalisateur sont ceux d’Hollywood depuis toujours, ils n’en demeurent pas moins insupportables ; et le fait que le cinéma d’Eastwood n’oublie jamais de lorgner du côté du tiroir-caisse, tout autant ! Car, chez Eastwood, tout est pensé afin de ne pas perdre un client, un seul ; rien à voir donc avec un soi-disant souci d’exposer aux spectateurs tous les points de vue. Dans le cas contraire, tout le monde y trouverait son compte. Or, ce n’est pas le cas.

    Loin s’en faut.

     

    Cette scène au cours de laquelle l'épouse du sniper lui annonce par téléphone (entre autres scènes aussi téléphoniques que téléphonées)qu’elle mettra au monde un garçon... quelques secondes avant que son mari ne se trouve confronté à une attaque lancée par d’affreux Irakiens - et son épouse de la "vivre" en "live" cette attaque à dix mille kilomètres de distance ! -, est impardonnable en tant que putasserie émotionnelle : ce n’est plus simplement la recherche du plus grand commun dénominateur émotionnel auprès des spectateurs, ou le plus petit  - "petit" dans le sens de "bassesse" -, mais bien plutôt, une prise d’otage, un chantage et un viol des consciences : nous sommes non pas invités mais sommés de nous émouvoir ; et c’est aussi et surtout... Eastwood qui sombre définitivement, sans doute comme jamais dans aucun autre de ses films.

    Quant aux dix dernières minutes du film qui mettent en scène "le retour du sniper dans la vraie vie" - sa femme, ses enfants, ses amis, party, jeux et barbecue, puis tout à coup la violence refoulée en réponse au jeu du chien avec l’enfant -, cet épilogue ne semble n'avoir qu'un seul but : nous expliquer à quel point le personnage est capable de discernement ; jugement et retenue : un chien n'est pas un terroriste ! Merci de nous le rappeler qu'un Irakien est en dessous du chien ! Car cette scène assoit définitivement le héros-sniper à la table de la civilisation contre la barbarie musulmane, arabe, irakienne... dont il n’y aurait rien à sauver qui ne le soit par la Pax Americana seule : Pax responsable, soit dit en passant, du chaos irakien (Eastwood, si tu veux nous en parler, c’est quand tu veux !). Les dix dernières minutes du film consacrent et sacrent le personnage ; elles ne seront pas destinées, ces minutes, qui sait, à corriger l’image que le film n’a pas cessé de véhiculer à propos de tout ce qui de près ou de loin ressemble à un Arabe, un Irakien et/ou un Musulman. Eastwood persiste et signe donc.

    Quant aux opinions du réalisateur sur le monde, la terre, la lune et l’univers – sa vie, son œuvre ! -, force est de constater que le cinéma d’Eastwood est destinée en priorité au peuple américain. Aussi, qu’un européen puisse penser que ce cinéma-là le concerne... quand on sait quelles analyses de notre monde contemporain notre cinéma, ici en Europe, a été et reste encore en partie capable de nous proposer ... cet engouement autour du cinéma d’Eastwood demeure, pour un bon nombre d’entre nous, une énigme.

    A moins qu’il ne s’agisse tout simplement d’une prise de contrôle des esprits, une sorte de rapt culturel : les Européens, tout comme les Américains, refuseraient donc, eux aussi, de s’informer pour mieux ne pas penser ?

    Il est vrai qu’ici, en Europe, notre maison commune, tous les enfants et ados poussent en moyenne une fois par semaine  la porte d’un MacDo ; 80% des séries télévisées à succès sont américaines ; et quand un bombe tombée du ciel fracasse une existence, une famille, une habitation, quelque part dans le monde, neuf fois sur dix, elle est américaine.
     

    ***

     

                                  « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels » - Anatole France

     

                    De cette vérité là, vraiment basique, Eastwood en est incapable. Aussi, avec « American Sniper » de quoi le réalisateur nous parle-t-il ?

     

                    Pour conclure : quand Eastwood fait un film censé traiter un sujet d'actualité, ce n'est jamais le film qu'il fallait faire et que les autres feront à sa place ; American sniper ne fera pas exception ; pour cette raison, il n’y a pas un film d’Eastwood qui arrive à la cheville d’un "Apocalyspe Now" de Coppola (2) ni de dizaines d’autres réalisateurs ; c’est la raison pour laquelle, en compétition, Eastwood reste absent de la remise des prix.

    Et ce n'est que justice.

     


    1 - A ce propos, ceux qui sont revenus blessés physiquement de la guerre d’Irak... n'ont pu que constater que rien n’avait été prévu pour eux ; pas de lieux d’accueil ; aucuns moyens supplémentaires dans les hôpitaux, dans les centres de ré-éducation. Trop, beaucoup de blessés... les autorités prévoyaient plus de morts : il est vrai qu'ils ne coûtent rien ; c’est la raison pour laquelle rien n’avait été mis en place pour faire face à un nombre aussi élevé qu'inattendu de blessés.

    Rien non plus à ce sujet dans le film d’Eastwood qui a maintenant tous les attributs d'un film de commande, le Pentagone en maître d’ouvrage, bien évidemment !

     

    2 - Le cinéma de Coppola n’est pas, dans l'esprit, et contrairement à ce que son passeport pourrait nous faire croire, un réalisateur américain ou américanophile ; il reste un immigré italien ; de plus, Chris Kyle (le sniper dont le film d'Eastwood s'est inspiré et qui a publié un ouvrage sur son engagement en Irak) n’est pas Joseph Conrad ; on ne fait donc pas le même cinéma avec l’un et l’autre. Et puis, à chacun ses auteurs !

     

    _______________

     

     Pour prolonger : cliquez Clint Eastwood : quand la critique baisse sa garde

    Lien permanent Catégories : Art et culture, Cinéma de film en film 0 commentaire
  • Homeland... quand la CIA fait son cinéma

     

                 Homeland, une série télévisée américaine créée par Howard Gordon et Alex Gansa en 2011, attaque sa 4e saison. Bien que cette série, y compris ses derniers épisodes, soient téléchargeables sur Internet sans difficulté (en VF et en VOST), c’est Canal+ qui a l'exclusivité de sa diffusion.

     

                  Mais alors… qu’est-ce que c’est que cette série Homeland ? Que peut-on écrire à propos de cet objet si facile à identifier !

    La question mérite d’être posée.

     

                  Homeland, c’est d’abord et avant tout, une histoire américaine d’agents américains de la CIA qui, du Pakistan à l’Afghanistan en passant par l’Irak, passent le plus clair de leur temps à jouer aux gendarmes et aux voleurs, flingue d’une main (ou aux commandes d’un drone), et l'Ancien testament de l’autre ; en effet, une seule loi dicte leur conduite : la loi du talion.

    La spécificité de Homeland en tant que « chroniques d’une cour d’école de niveau primaire à l'heure de la récré», est la suivante : tout ce beau petit monde agents de la CIA joue le plus souvent seul ; par conséquent, ils sont à la fois les gendarmes et les voleurs, policiers et voyous, sauvages et barbares.

     

               Sans projet, ni stratégie (comment du reste pourraient-ils en avoir !), et bien que les cibles à abattre par ces pompiers-pyromanes professionnels - cibles qualifiées d’enfoirés et de salopards ou d’encul.., c’est au choix, à longueur d’épisodes -  soient remplacées dans l’heure qui suit leur exécution punitive, avec Homeland, c’est l’Amérique qui rend une justice quasi divine… transcendantale, assurément ! Pour preuve : cette justice vient d’en haut, toujours ! Du haut d’un drone ou d’un F16 !

    Malhonnête sur le fond, hystérique dans la forme, Homeland serait une série « commandée et financée » par la CIA, qu’elle ne s’y prendrait pas autrement pour nous expliquer à quel point nous devons tous notre sécurité (entre deux attentats bien sentis quand même, et quelques otages exécutés !), nous les Occidentaux et les autres aussi, les quelques sept milliards d’être humains que compte notre planète, à cette Agence car Homeland est un véritable hymne à la CIA, à son personnel, leur sacrifice et leur engagement sans faille.

    Oui la CIA, cette Agence qui depuis les années 50 a violé toutes les lois internationales qu’il est possible de violer ainsi que toutes les constitutions et toutes les règles les plus élémentaires de la démocratie… comme respecter le résultat des élections dans un pays tiers ; responsable aussi cette agence d’un nombre incalculable d’atteintes aux droits de l’homme - assassinats, torture d’opposants - et autres crimes de guerre.

     

                 Al-Qaïda, Talibans, services secrets pakistanais... tout le monde est là : il ne manque personne ! Homeland est un thriller d'un nouveau genre - genre "géo-politique" -, qui vous explique le plus sérieusement du monde, avec des acteurs bien décidés à vous en convaincre, que les USA sont allées en Afghanistan pour sauver la veuve et l’orphelin ; défendre le droit des petites filles d’aller à l’école et plus globalement et généralement, dans le but de venir en aide à une population (qui n’avait pourtant rien demandé) dirigée à coup de fouet d’un bras ferme et d’une main qui jamais ne tremble : le fouet de la Charia.

    Homeland vous invitera avec insistance (des fois que …) à comprendre ceci : la sécurité des USA repose sur ses capacités à assassiner ici et là, des opposants férocement hostiles à l’occupation de leur pays, et plus encore lorsque les occupants sont des occidentaux.

    Quant aux acteurs qui sévissent dans Homeland, et deux d’entre eux en particulier, deux farfadets sortis tout droit d’un lavage de cerveau dans un centre de formation de la CIA :

    27ce6694b6e00cd0afd5047d6d9b56c253dcc4b4ebbfd.jpg

               Mandy Patinkin alias Saul Berenson (à gauche) : transfuge de la série « Esprits criminels », Berenson c’est la main qui tue et qui ferme les yeux de celui qu’elle vient de tuer, et qui, avec un regard de chien battu sorti de sa niche pour prendre un peu l’air, prépare déjà son prochain forfait…

              Claire Danes alias Carrie Mathison (seconde à partir de la gauche) : bi-polaire, langage châtié, ne doutant de rien, jamais ! Il lui arrive de tomber amoureuse même si elle offre volontiers son cul pourvu que la cause en vaille la peine, hésitant toutefois à noyer son chérubin âgé de quelques mois dans une baignoire au moment du bain…

    Face à ces deux protagonistes piliers sans lesquels tout l’édifice de la CIA s’effondrerait à en juger par ce qui leur est demandé comme implication et ce que ces deux acteurs acceptent de nous donner à voir et à entendre, force est de conclure ceci : seuls les acteurs américains sont capables d’un tel investissement, d’une telle empathie avec un sujet qui impliquerait ce que tous croient relever sérieusement de la sécurité des Etats-Unis d’Amérique (The United States of America – il faudrait pouvoir l’écrire avec l’accent américain !) 

    Voyez Clint Eastwood, Morton Friedman, Mel Gibson, Denzel Washington ! Et puis Harrison Ford, sans doute le pire de tous quand il s'agit de porter le monde sur ses épaules alors que ce monde ne lui avait rien demandé. Car, plus patriotique qu’un acteur américain, vous ne trouverez pas ! Et quand on sait qu’il n’y a pas de sécurité possible aujourd’hui pour les « salauds d’Etat » au nom de la raison du même nom, qui a dit qu’après les journalistes, les plus c… et les plus veules sont les acteurs de cinéma et de télé, américains de préférence (1)?

     

               Dans Homeland, chaque action meurtrière (assassinats, enlèvements, manipulations) de nos héros agents de la CIA que la morale et une tête bien faite réprouveraient sans hésiter, est contrebalancée par un acte commis par « le camp d’en face » jugé très certainement plus répréhensible encore par un téléspectateur moyen, très moyen, quidam de l’audiovisuel. Chaque acte « hors la loi » trouve, côté CIA,  sa justification dans l’argument du moindre mal ou encore « d’un mal pour un bien » (2). C’est à la fois le procédé utilisé par tous les criminels acculés car démasqués (dans la vraie vie : souvenons-nous des arguments d’un Papon ou d’un général Aussaresses, combattant de la guerre d’Algérie… et d’autres encore), et c’est aussi (dans les fictions) un procédé perfide qui permet de s’acheter une bonne conscience et de l’afficher auprès d’un public constitué de pauvres bougres (3) qui n’ont pas idée, européens de préférence, si on oublie le premier public de cette série : une audience américaine.

     

                 Si le triomphe public et critique "at home" de Homeland (cinq Emmy awards, 2 Golden globes) ne surprendra personne, en revanche, ici en France, l'enthousiasme (même relatif) qui accompagne la diffusion de la série sur Canal+ et sa rediffusion sur la TNT, montre le niveau d’ignorance auquel l’immense majorité des clients des chaînes privées (et publiques) est parvenue ; désinformée, dépolitisée, dé-conscientisée, cette population en revanche people-isée comme jamais, incarne toutes les raisons au monde de désespérer de l’avènement d’une quelconque prise de conscience à la fois humaniste et politique - géo-politique, devrions-nous dire ! - qui verrait les responsables des politiques de l’Otan sous commandement américain des 20 dernières années dans cette région (bientôt l’Europe avec l’Ukraine ?) traînées devant une cour pénale internationale pour crime de guerre, voire… crime contre l’humanité.

     

                    Homeland peut s’apprécier à l’aune de deux ou trois critères ; ou pour le dire autrement : « Dites-moi qui vous êtes et je vous dirai quelle idée vous vous faites de Homeland ! ».

    Quel est votre niveau de conscience ? Etes-vous informé ? Beaucoup, un peu ou pas du tout ? Etes-vous capable d’établir un lien de cause à effet ? Avez-vous une bonne mémoire ?

    Selon les réponses, pour un Américain, un sioniste, un Juif, un Israélien et/ou un imbécile, c’est à l’ombre de la bannière étoilée ou du drapeau israélien planté au beau milieu de son salon, qu’il regardera, exalté, cette série Homeland aux cris de « Israël vaincra ! » et  « God bless America ! », un pack de bière à ses pieds.

    En revanche, un Musulman, un Arabe, un téléspectateur affectivement et culturellement proche d'une région qui s’étend disons de la Libye à l’Afghanistan… prendra très vite la décision de jeter son téléviseur par la fenêtre aux cris vengeurs de : « Bande d’encul.., allez donc tous vous faire foutre ! » avant de lancer à la cantonade : « Allahou akbar ! »

    Et les autres, ni Arabe, ni Juif, ni Musulman, ni Américain, ni rien, c’est-à-dire tout, entre deux éclats de rire et une grimace, n'hésiteront pas à adresser un doigt d’honneur ou une quenelle à cette série, et ce dès les premiers épisodes, avant d’aller se ressourcer auprès d’un Kubrick ou d’un Coppola ; deux réalisateurs qui ont toujours su que le patriotisme d’Etat est le refuge des crapules, et plus encore, lorsque ce patriotisme vit et prospère sur le dos de la justice et du droit des Peuples à disposer d’eux-mêmes.

     

    ***

     

                    Un détail, un dernier. Oh, trois fois rien !

                    Homeland est inspirée d’une série… israélienne : Hatufim (en hébreu : « Enlevés »), créée par Gideon Raff et qui a fait, dit-on, couler dans les chaumières d'Israël (colonies incluses) des larmes abondantes et chaudes comme ces eaux thermales au pied des volcans.

                    Décidément, on ne se refait pas. Jamais !

     

     

    1 - La série nous accordera toutefois un ou deux moments d’émotion purs, profonds, aux ressorts indiscutables, lorsque, par exemple, le personnage de Carrie, sous LSD, croit reconnaître hallucinée, Brody, l’être aimé décédé, auprès d’un gradé pakistanais ; un vrai moment d’émotion où la raison des sentiments triomphe, authentique, propre, dissociée même de ce à quoi cette série exige que nous adhérions ; une émotion dont les producteurs de cette série n’auront jamais besoin d’avoir honte car pour le reste...

     

    2 - Le bien ? Oui, le bien ! Comme continuer de décider qui vivra, où, comment et dans quelles conditions : sous une tonne de bombes ou bien les pieds en éventail au bord d’une piscine.

     

    3 - Génération Canal+ : haussement d’épaule, dérision et déculturation. L’ignorance ce n’est pas le retour de la barbarie mais bien plutôt le retour insidieux d’une bêtise insondable ; c’est Sacha Guitry parodié par Jamel Troisbouzze : et là, on touche le fond du fond… tout au fond.

     

    _____________

     

    Pour prolonger, cliquez : Coalition Obama pour l'Irak : les pompiers-pyromanes.

     

    Lien permanent Catégories : Cinéma de film en film, Israël : judaïsme, sionisme et colonisation, Medias, désinformation et ré-information, Politique et actualité 0 commentaire
  • Jacques Audiard - et son film-prophète malgré lui ?

     

    996-Un-prophete-MS.jpg?itok=mS0JJbBh

     

                 Un tantinet démagogique sur un plan communautaire, voire ethnique, le titre du dernier film du réalisateur Jacques Audiard, Un prophète, est très certainement destiné à surfer mais... à contre courant, sur la vague anti-musulmane, ou plus particulièrement... islamophobe puisque rien dans le scénario ne justifie vraiment une telle Annonciation et un titre aussi alarmiste. 

    Et bien que ce film ne soit somme toute qu'une curiosité de très bonne qualité (Audiard est plutôt coutumier du fait ; un des rares en France ; et c'est déjà ça !) car il lui manque ce qu'il manque à 95% des films qui sont produits en France depuis de lustres, aussi saurons-nous nous montrer magnanimes, à savoir, sur un plan métaphysique : une transcendance qui hisserait artistiquement (et pas seulement au sens esthétique) Un prophète au-dessus de son propre sujet pour mieux entrer dans une autre dimension apriori insoupçonnable ; celle du mystère qui, en Art, désigne la capacité de la forme comme du fond à signifier bien plus qu'ils ne disent.

    C'est alors que ce qui nous serait donné à voir, à entendre et à comprendre ne serait pas simplement ce qui faut justement voir, entendre et comprendre.

    Et tous les grands cinéastes n'y échappent pas (et le spectateurs-témoin non plus) ! Fellini, Coppola, Cassavetes...

     

    tumblr_m28e0hBnlB1rtxouso1_500.png

     

    Tahar Rahim

     

     

    Non ! L'intérêt de ce film est ailleurs.

    Un prophète a l'immense mérite - et c'est sans doute là qu'il faudra chercher la justification du titre du film - de nous révéler un acteur : Tahar Rahim... non pas dans ce qu'il est (le film lui accorde un rôle plutôt ingrat) mais dans ce qu'il sera si le cinéma lui prête une longue vie.

    Al Pacino, de Niro, au même âge ? Plus proche de nous géographiquement et culturellement : Alain Delon des années 50 et 60 ? Impossible toutefois d'anticiper de quel côté, à la maturité de l'acteur, la balance penchera, même si l'on sera tenté de trancher en faveur d'Al Pacino car, il en a potentiellement "la classe" et l'intensité : accidentellement sans doute, dans "Le prophète", certains plans furtifs nous le suggèrent...

    Et pour peu que le cinéma lui offre des rôles à sa hauteur, Tahar Rahim devra trouver au plus vite son Coppola et son Abel Ferrara.. (et non un sous-Scorsese ou de Palma - ces derniers jouissant déjà d'une réputation plus qu'usurpée entretenue par une critique paresseuse, complaisante et aveugle)...

    Et là, on peut craindre le pire étant donné l'état du cinéma français. 

     

               Aussi...

     

                 Bonne chance à vous, Tahar Rahim, après ce film-prophète, puisqu'il vous aura révélé !

     

    ________________

     

    Pour rebondir et prolonger... cliquez Cinéma, de film en film

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Art et culture, Cinéma de film en film 0 commentaire
  • Avatar - plus de dix millions d'entrées en France !

     

    photo.jpg

     

    Vraiment, Cameron a un très bon public, et de très très bons clients !

     

    _____________________

     

     

              Invraisemblable, le discours (1) qui a pu être développé autour du film Avatar de James Cameron ! Voici quelques échantillons :

    - Avatar est une parabole sur le regard.

    - Avatar est une fable sur le rêve.

    - Avatar qui touche tant de monde est forcément une oeuvre d'art.

    - Avatar est un objet susceptible de défier notre intelligence et capable de nous ouvrir à des états de conscience que notre quotidien ignore.

     

              Le plus sérieusement du monde, une documentariste de 35 ans, diplômée de Sciences Po Paris,  est accueillie par les "cahiers de médiologie" du Sir Régis Debray pour un article dithyrambique.

    Et pour finir avec le meilleur, sinon le pire, et sans rire : "Mythe de tous les mythes ! Cantique des Cantiques, Avatar ! " Ce dernier commentaire a pour auteur un philosophe ; philosophe avec lequel la coupe est pleine jusqu’à déborder car, force est de constater qu'avec un tel commentaire, on n’est pas très loin du fourvoiement et de la forfaiture intellectuels et philosophiques. Mais… les mots me manquent !

     

    ***

     

             Fantasy ! Le terme est lâché : il s’agit donc d’un film de genre issu de la littérature fantasy : « … La fantasy, de l’anglais fantasy : imagination, est un genre littéraire présentant un ou plusieurs éléments irrationnels qui relèvent généralement d'un aspect mythique et qui sont souvent incarnés par l’irruption ou l’utilisation de la magie. »

    Littérature pour ados et jeunes adultes (parfois moins jeunes - 30 ans et plus -, comme les commentaires sur ce film ont pu nous le révéler) ; et cela tombe plutôt bien puisque ce sont eux qui fréquentent les salles de cinéma.

    Littérature d’une génération a-politique et hédoniste qui n’a connu qu’une seule réalité : une réalité marchande de l’abondance et de la technique.

    Cinéma générationnel ? Pour sûr ! Génération Y (2) de la saturation centrifuge-du-vide ; génération atomisée dans l'isolement autocentré – informatique, écrans, images et sons, consoles, jeux de rôles -, dans un environnement qui n’a pas, pour autant, su priver cette génération du manque et du dénuement (3) d'un besoin de ce que d’autres générations ont appelé - supplément d’âme : transcendance, engagement et communion.

     

     

    ***

     

             Et si, au cinéma, et pour un James Cameron qui n’a pas droit à l'erreur ni à l’échec commercial (film au budget de 300 millions de dollars), le meilleur sujet qui soit était le spectateur ?!

    Avec ce cinéma-là, n’est-ce pas bien plutôt le spectateur qui fait le film ?Car, en aucun cas, ce film ne peut sérieusement prétendre hisser le cinéma à un niveau supérieur à quoi que ce soit qui ne nous ait pas déjà été proposé depuis 20 ans par le cinéma... qu'il soit de synthèse, d’animation, ou bien... cinéma tout court.

    Un cinéma éculé, sans invention (scénarii, "musique" logorrhée symphonique à deux euros, dialogues, sons - et la 3D ne sauvera rien en ce qui concerne Avatar ) tant dans la forme que dans le fond (4); cinéma creux, démonstratif et pédant (de ridicule ?), aux "thèses" le plus souvent infantiles, manichéennes et démagogiques, auprès d'une génération qui souffre de l'absence de transmission d'un héritage (5) destiné à vous guider dans un monde, certes, pour le meilleur et pour le pire, qui côtoie le génie, la bassesse, le talent, l'héroïsme, les contraintes, et une liberté toujours à re-conquérir, mais un monde dans lequel il est pourtant encore permis d'espérer quelque chose pour soi et les autres, et sans James Cameron et ses millions.

     

    *** 

              Décidément, on ne pourra pas s'empêcher de garder à l’esprit le fait suivant : privé de poésie, d'espace, de silence et d'air, le cinéma fantasy (cinéma du merveilleux - se reporter à l’œuvre cinématographique de Cocteau), écolo-humaniste ou pas, ne peut être qu’une épaisse, qu’une grosse et grande et lourde tarte à la crème indigeste.

              Avatar ? Vous avez dit avatar ?

              On pensera à un pis aller ; et au pluriel,  à un synonyme de mésaventures ou de malheurs… cinématographiques pour l’occasion.

     

     

    1 - Discours tenus par des adultes de 30 ans et plus, diplômés et cinéphiles.

    2 - « génération Y » désigne les personnes nées entre la fin des années 1970 et le milieu des années 1990. Leurs parents sont souvent des baby boomers. Les Américains utilisent également l’expression « Digital Natives » ou « net génération » pour pointer le fait que ces enfants sont nés avec un ordinateur.

    3 - Manques affectif et relationnel ; manque physique ; absence de contact avec les éléments, la matière, le corps (génération sida - encore vierge à trente ans et plus à force d'avoir pris l'habitude de s'arranger... seule... et même à deux sur Internet), et la confrontation avec le danger du réel - contraintes et contingences -, au sein d'une offre pourtant pléthorique (offre qui n'en a jamais assez), fruit d’une injonction mercantile a-morale et irresponsable face à des adultes somnambuliques, tuteurs et précepteurs perversement et subrepticement démissionnaires, infantilisés par cinquante ans de consumérisme.

    4 -On trouvera bien plus d'émotion dans la dernière demi-heure de "Rencontre du troisième type" et mille fois plus d'invention et d'originalité chez un Tim Burton que dans tout ce cinéma pour des "gogos de l'émotion".

    5 - Et ce depuis le refus de la responsabilité qui incombe à chacun de nous, adultes que nous sommes, d'assumer le monde tel qu'il est - responsabilité sans laquelle l'éducation et la transmission des savoirs sont impossibles.

     

    ______________________________

     

              Autre critique sur le même film ... cliquez AVATAR

     

     

    Lien permanent Catégories : Art et culture, Cinéma de film en film 0 commentaire
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu