Mesure d'audience ROI statistique webanalytics par litterature"WebAnalytics"

Avertir le modérateur

AA - Serge ULESKI, littérature et essais - Page 2

  • L'Histoire, cette continuation de la guerre par d'autres moyens

     

                   Doit-on, peut-on rappeler que l’histoire c’est la guerre ?  Oui ? Non ?

                  C'est sûr ! L'histoire c'est certainement autre chose qu’une émission quotidienne de 30 minutes avec Jean Lebrun sur France Inter ou J.M Jeanneney sur France Culture le samedi matin ou bien encore E. Laurentin à ce même micro, chaque jour,  du lundi au vendredi, qu'il pleuve ou qu'il vente.

     

                   Alors oui ! L’histoire c’est la guerre ! 

                   Si la spécialité des historiens c'est l'histoire des vainqueurs telle que ces derniers souhaitent qu'elle nous soit comptée, car force est de constater que peu d'historiens prennent le risque d'oeuvrer pour l'histoire des vaincus sous peine d'être bannis des médias et de toute possibilité de carrière universitaire ou autre, doit-on en déduire qu'il n’y a pas plus lâche, plus partial qu'un historien qui souhaite faire carrière en tant qu'expert du mensonge par omission ?

    Car enfin, la Vérité de l'histoire, la vérité d'une histoire... ne se situerait-t-elle pas entre les mensonges par omission des uns et ceux des autres, vainqueurs et vaincus confondus ?

     

    ***

     

                   L’histoire et les historiens sous influence… 

                   Si tous les historiens ont leurs "biais"  - biais idéologique, carriériste ou de classe -, il semblerait qu’une lecture de l’histoire ouvre les portes médiatiques et universitaires, et qu’une autre les ferme toutes.

    Nul doute, cette exclusion pour les uns, cette consécration pour les autres, sont riches en enseignements.

    Il est vrai que les faits ne sont pas les mêmes pour tout le monde. De là à penser que les faits ne sont rien et que seules importent leur interprétation...

    Regardez :

    • Hiroshima
    • La France, Pétain et la collaboration
    • La guerre d'Algérie
    • URSS
    • Charles de Gaulle
    • De Bonaparte à Napoléon Empereur
    • Robespierre
    • Le PCF
    • L’Ancien régime
    • La révolution française
    • Le Communisme

                   Si l’histoire c’est la guerre, c’est que les historiens font la guerre à l’histoire et n’hésite pas à se faire la guerre entre eux. Dans certains cercles, on affirme même qu’il n’y a pas plus belliqueux qu’un historien, pas plus tête en l’air aussi ; c’est selon… et pas seulement leur humeur ; loin s’en faut ! Car d’aucuns ont souvent la fâcheuse habitude de négliger certaines archives.

    Jugez plutôt :

    « Comment ça ? Elle était là cette archive ?  Vous êtes sûr ?

    • Ah oui ! Elle n’a jamais bougé. Je la connais bien en plus.
    • Bon ben… elle a dû m’échapper. J’ai sans doute été dérangé.
    • Cette archive change tout.
    • « Change tout » quoi ?
    • Ben tout.
    • Oui mais bon… moi, j’en reste là ! Si vous voulez jouer les "redresseurs d'archives", c'est votre problème. Et puis, ça va bien comme ça vos histoires d’archives qui auraient été là, puis plus, et à nouveau là !... »

    Qu'est-ce que je vous disais !

                   D’autres encore se gardent bien de les consulter toutes ces archives.

                  Mais alors, spécialistes du mensonge par omission tous ces historiens ?

     

                  A propos de la Seconde guerre mondiale, un événement sera interdit « d’histoire », expulsé, exfiltré dans l'urgence, dans un mouvement de panique, puisque nul historien ne sera autorisé à le revisiter, à le réviser, à le ré-interpréter cet événement : il s'agit de la déportation et à la tentative d’extermination des Juifs.

    C’est la loi Gayssot (Gayssot-Fabius) qui se chargera de faire respecter cette congélation de l’histoire.

     

    ***

     

                Historiens du consensus, médiatiques et carriéristes ou sans courage, historiens suivistes, historiens militants, historiens de la falsification délibérée des faits, historiens des archives, historiens rapporteurs de rumeurs et de ragots...

    Guerre idéologique, guerre de classes, guerre à la vérité, guerre au mensonge... 

    Voyez :

    François Furet : le grand guerrier de l’anticommuniste ; un repenti du PCF...

    Jacques Blainville : et son histoire de France  honteusement écarté parce qu’il était un grand guerrier de l’Ancien régime...

    Jules Michelet : un guerrier romantique de la littérature historique au service d’une histoire fantasmagorique qui confondra la vérité avec le style d’un auteur qui se paie de mots...

    Robert Paxon : historien de la Seconde guerre mondiale en guerre contre une France forte et indépendante, phare du monde, pour le plus grand bénéfice des USA et sa conquête culturelle et marchande de l’Europe...

    Annie Lacroix-Riz, historienne marxiste-léniniste, avocate de l'URSS et de Staline au bilan globalement positif.


              Ces historiens, à un degré ou à un autre, auraient-ils les attributs des diseurs de bonne aventure… au passé ?

    ___________

     

     Pour prolonger, cliquez : Annie Lacroix-Riz sur Blum

     

                    Annie Lacroix-Riz sur « les historiens sous influence » ICI.

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais, Politique et actualité 0 commentaire
  • D Day : la grande gueule ouverte de l'enfer des bombardements civils

     

    d-day,bombardement,8 mai 1945,seconde guerre mondiale,débarquement

     

    "... taisez-vous ! Et laissez-moi parler encore et encore ! Vous entendez ? Vous entendez ? Les cloches ! Oui les cloches, vous les entendez ?
    - Les cloches ? Non... je...
    - Les cloches !
    - Quelles cloches ?
    - Ô cloche teintée d’oubli ! Le feu en la demeure, et l’eau qui ne peut plus rien pour personne. Vite ! Les premiers partis seront les derniers épargnés par une liquidation totale, limpide et glacée… Mais quel tohu-bohu ! Quel tintamarre toutes ces cloches ! Vous les entendez ?

    - Non, vraiment. J'ai beau tendre l'oreille, je...

    - C’est peut-être une sirène qui sonne l’alarme. Ah ! Maudite sirène ! Et puis... vous les entendez ? Les cris ! Vous les entendez ? Les derniers cris du sang qui coule à flot ! Vous les entendez ? Mais dites-moi, où vont-ils tous ? Dites-moi ! Où vont-ils... tous... quand ils nous quittent, éventrés, quand ils partent mutilés, tordus, égorgés, entr’ouverts, hurlant et vomissant leurs dernières douleurs, brasiers de plaintes en cendres, à jamais éteints, poussières d’enfants, de femmes et d'hommes sans âge, balayées d’un revers de main et de bombes ? Dites-moi ! Mais où vont-ils tous quand ils nous quittent, défigurés d’effroi, avec leur douleur encore hurlante pour unique baluchon. Mais où vont-ils tous ces corps calcinés ?! Où donc ? Dites-moi ? Ou bien, alors... leurs cris, leur mort, leur départ à tous résonnent comme le tonnerre ! Tous ces corps sont balayés mais... oui, c'est ça ! Ils nous reviennent aussi, tous ces morts... ils nous reviennent en tonnerre d’un tonnerre du diable ! Écoutez ! L’orage qui gronde, ce sont eux ! Oui ! Ce sont eux ! On ne sait pas où ils vont tous ces corps... mais ils nous reviennent ! Pour sûr ! Le tonnerre ! Ce sont eux qui reviennent ! Vite, tous à l’abri !... Ca y est ! Il pleut du sang ! Oui, du sang ! Mais... dites... dites-moi ! Mais où s’en vont-ils tous ces corps mutilés, calcinés ? Où vont-ils tous ? Où vont-ils... tous... quand ils nous quittent hurlant et vomissant... tordus, entr’ouverts… Dites-moi ! Dites ! Tous ces corps mutilés qui se succèdent dans la mort... tous ces corps éventrés comme des sacs... tous ces corps ! Ah ! Mon Dieu ! Tous ces corps me révulsent. Tous ces corps me dégoûtent et les victimes aussi. Oui ! Les victimes me dégoûtent. J’étouffe ! Un feu ronge et brûle mes poumons et mes entrailles...

    - Monsieur ?

    - Laissez-moi ! C’est maintenant la dernière ligne droite. J’ouvre en grand les écoutilles... et après moi... le déluge des corps qui descendent la rivière par milliers en cohorte silencieuse et maléfique dans le cauchemar et la terreur muette et sidérée de ceux qui, sous peu, suivront le mouvement, emportés par le courant glacial de cette hécatombe plongée dans l’horreur...

    - Monsieur ?

    - Et j'emporte avec moi la grande gueule ouverte de l'Enfer.»

     

     

    Extrait du titre "Confessions d'un ventriloque" - copyright Serge ULESKI


    Tableau : "Le cri" de Edvard Munch.

     

                       Pour prolonger, cliquez : Serge ULESKI en littérature

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais 0 commentaire
  • Comme l'absence est lente !

     

     

               Comme l'absence est lente. Elle s'écoule sans fin. Un fleuve à l'eau verdâtre et croupie, mauvaise à boire : un vrai poison, cette absence !

     

     

    ***

     

               Elle n'a pas oublié l'état de rêve dans lequel elle baignait, intimidée par ce malaise délicieux, à lui tout entière dans le tremblement indéfinissable de l'embarras de leur première rencontre. Elle n'a pas cherché à contenir ce désir affolé, cette flamme fébrile et claire surgie d'une braise brûlante de découverte, volutes de l'enchantement et de l'émoi. Elle n'a pas refusé cet instant suspendu, cette convulsion qui l'a cueillie au passage, un après-midi.


    Comme elle s'y est engouffrée avant de s'y enfermer, absorbée, avec une hâte juvénile et déterminée, dans ce désir effréné que tous deux assouvissaient dans la solitude !


    Le temps d'une vision crue et brutale qu'aucune retenue ne peut voiler, elle le voit tel quel... ce corps d'une clarté sans ombre. Et quelle nudité ! Une révélation, cette nudité qui prenait racine dans un sursaut d'étonnement tendre et joyeux ! Un enchantement, ce désir qui faisait que le corps de son amant, grand et robuste se détendait et qu'il devenait enfin possible de l'approcher, de l'apprivoiser, de le découvrir de fond en comble et de s'en troubler. Ce corps était capable de faire taire tous les scandales d'une bienséance supposée bafouée et jugée comme telle par ceux qui n'ont pour seule connaissance de leur propre corps et accessoirement de celui de leur partenaire, que la somme de leur incapacité à pouvoir l'appréhender, faute d'imagination et d'application.

    Le temps d'une buée fiévreuse dont elle a longtemps pleuré la privation, voilà que l'image réfléchie à l'infini de son immense et beau secret s'imprime et achève de la dissoudre. Aucun effort. Dans un long soupir, profond et lourd, elle ferme les yeux. Une envie sauvage arrache ce qui lui reste de raison. Tout se met en place au premier désir, à la première volonté : son regard à lui, son sourire, sa voix comme un espoir qui déroule le tapis rouge de son enchantement, sûr de lui, virtuose dans ses caresses et puis, la lumière et la pénombre une fois les rideaux tirés, elle, blottie sans pudeur, réfugiée contre lui, acceptée sans condition ou bien à la seule condition qu'il le soit aussi.

    Une main la guide sur le chemin à parcourir. Ses doigts à fleur de peau affinent le relief et les contours et assurent une cadence, un rythme soutenu vers une ascension certaine et puis, une autre main pour ne pas être en reste avec tout ce qui porte à rêver, tout ce qui ouvre, tout ce qui entre et se referme dans la confusion d'un monde reconstitué dans l'urgence ; membres ivres de consentement qui ne desserreront pas leur étau avant la combustion du désir qui emportera et aura raison de tout, une perle de sueur sur le front venue témoigner de l'effort consenti et de la chaleur ainsi provoquée comme une dernière preuve d'existence dont personne ne pourra souiller la raison d'être.


    Car elle s'enfonce maintenant dans ce qui lui reste d'intact et de vivant : cette partie d'elle-même inviolable, inatteignable, à l'abri de toutes les violences, de toutes les humiliations, de toutes les déceptions quand de la solitude étouffante on souhaite sortir à tout prix pour s'empresser de retrouver les mille et une caresses qui l'ont tant de fois menée là où pour rien au monde elle aurait souhaité céder sa place et à la sienne, ne pas l'y trouver pour l'avoir tant désiré comme on convoite le bien d'autrui, sans scrupules, jusqu'à tout immoler, avant de rejoindre une jouissance éprouvée et indéfinissable, étroitement mêlée à l'angoisse de ne plus pouvoir en renouveler l'expérience...

     

    ***

     

              Dieu ! Pourquoi cet étonnement soudain, ce retour haïssable vers tout ce qui nous blesse et nous rabaisse ? Mais... où était-elle partie ? D'où revient-elle ? Que lui est-il arrivé ?

    Rien. Presque rien. Quand on a pleuré une privation cruelle et douce et assouvi un désir qui n'aura sans doute rien résolu mais qui lui aura permis un court instant de ne pas désespérer de tout et d'elle-même, eh bien, dans ces moments-là, on sèche ses larmes avec la paume de ses mains, on sourit presque, car on se sent plus léger et la peine est moins étouffante, une fois la douleur atténuée.

     


    _______________________________

     

    Extrait du titre : " Cinq ans, cinq nuits"

     

               A propos de l'ouvrage... cliquez Cinq ans, cinq nuits

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais 0 commentaire
  • Mylène Vignon : une garance pour le violoncelle

     

    mylène vignon,garance,prévert,éluard,poésie,recueil,les étidions unicité,littérature,édition,livres,lecture

    Vers l'Or 

     

     

     

     

     

    Mettre dans la lumière

     

    Une belle inconnue

     

    Encensée

     

    Dans la diversité

     

    Ecrire une sonate

     

    Sur un texte improvisé

     

    Esquisser une valse

     

    Slamer

     

    Dans la galaxie

     

    Au-delà des clivages

     

    Quelle est ta règle d'Or ?

     

    Toi

     

    Vous

     

    Réunis

     

     

                 "J’ai écrit ces lignes sous forme de poèmes, pour exprimer les couleurs de mes émotions face aux œuvres contemplées, avant analyses. Car nos émotions correspondent aux couleurs : vert de rage, rose de confusion, rouge de honte, idées noires, blanc de douleur, rire jaune, bleu à l'âme, bleu comme une orange..." - Mylène Vignon.

     

    ____________________

     


                 Vers Orion et la Fille à l’arrosoir, cafetière d’amour, café des fous...

    Objectif : nostalgie et nuit avec Anaïs, ange et femme plume.

    Sous  la neige et la vie d’un bleu d’une beauté en toute saison pareille à la Tour Eiffel, et sur les toits aussi, le sculpteur de verre a la sensualité d’une sphère

    Tandis que la Sirène blessée, questionne de son violoncelle le blanc d’une trace qui conduit à la mer.

    Le bonheur, poète de la nuit, la rivière et  l'Homme Personne à l'Origine du monde, rap et écriture de l'enfance, cette inconnue du métro Henri IV et des ruches de Manhattan

    Librairie d’Or, atelier en fête de Saint-Germain-des-Près consacrent alors un nouveau mariage : Jazz et souvenir... celui d’Elena.

                      Alors oui ! Rose la vie de Mylène Vignon, une garance pour le violoncelle et les enfants du paradis, là où Prévert et Eluard se regardent et attendent.

     

    ___________________________

    mylène vignon,garance,prévert,éluard,poésie,recueil,les étidions unicité,littérature,édition,livres,lectureMylène Vignon est journaliste, commissaire d’événements culturels, expert en art contemporain, rédactrice en chef à Saisons de Culture, présentatrice et co-productrice de Secrets d’Ateliers à BDM TV.

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais, Art et culture 0 commentaire
  • Andy Vérol : littérature et mise en scène

             

    Les écrits d'une (grande) petite frappe de la littérature 

     

    AVT_Andy-Verol_5121.jpg

     

     

               " Vérol, c'est moi, mais c'est aussi un concept, un personnage, un vecteur, une ligne et de la création littéraire, artistique et parfois politique..."

     

    Le moindre de vos dons m'aidera à arrêter !

     

    ____________________

     

      

             Ignoré des plus petits (les "déjà has been" de l'édition et des médias - et qui ne le soupçonnent pas encore), adulé par les plus grands du Net (dont votre serviteur), une fois, dix fois, vingt fois viré d'Internet - comptes bloqués, sites et blogs fermés par les flics de la blogosphère (faut dire qu'il lui arrive aussi d'être son pire ennemi)...

    Aussi loin que je me souvienne, Andy Vérol a toujours été là, présent sur la toile, dès le début, infatigable, fou furieux, diffamant, éructant, d'une invention folle, d'une énergie inépuisable ! Tendu, toujours sur la brèche, j'ai souvent craint le pire pour lui... craint de ne plus pouvoir le lire le jour d'après...

    "Petite frappe de la littérature" (c'est de lui)... à l'origine d'un collectif nommé HIRSUTE  - Plateforme pseudo-collective pour petits bourgeois et inflexibles tocards -, Andy Vérol, artiste et oeuvre d'Art tout à la fois, est né avec le Net, se nourrissant du Net et le Net de lui... car seul Internet qu'il a longtemps fait tourner en bourrique, a pu faciliter l'émergence d'un tel artiste de la mise en scène de l'écriture : il a été un des premiers.

             Capable de tout, n'ayez aucun doute à son sujet : Métal lourd, Techno-trash jusque dans l'écriture, Andy Vérol est bel et bien un auteur, un vrai ! Et vous verrez : il finira poète car aujourd'hui, il n'y a que la poésie qui soit capable de trouer le cul de la langue française.


             Aussi...

             Salut à toi l'Artiste !
     

                                                          ***

     

                                     Andy Vérol dans toutes ses oeuvres !

     

    Le coccyx pété du baiseur repu

     

    En éjaculant, j’eus l’image sublime d’une montagne blanchie par un nuage de cendres. Jouir me donnait soif, une soif cérébrale pure, comme si mes synapses jouasses avaient besoin d’être lubrifiées à l’huile de coude, un vrombissement taré d... ans les canaux cérébraux, tiens, viens, je le vomissais ce vieux truc. A genoux sur le tapis bleu, j’avais la lumière verdâtre de l’écran qui m’enveloppait. Tiens, viens. En me relevant, mes jambes-coton trimbalèrent ma carcasse soulagée dans la cuisine, in le frigo, les doigts dans un bocal de compote, la bouche tartinée de beurre et de mousse bièreuse, et la langue tachée de piments incendiaires. Tricot de mains mélangées dans le coccyx pété du baiseur repu. Je sifflai une boutanche de vinasse, un Nuit Saint-Georges abandonné entre les produits de nettoyage sous l’évier. Ma viande revivait, je me sentais de nouveau invincible, de nouveau excité. Quelques coups de tête dans le vide réajustèrent mes cervicales, un morceau de cake chocolaté acheva de tuer mon appétit. J’étais prêt pour la suite…

     

              Extrait de "Poétique de l'assassin", second volet de ma trilogie en cours d'écriture. (1ère partie, "Seconde Chance", nouvelle à paraître d'ici début 2013)

     

    "Poétique de l'assassin", 2ème partie de la trilogie "Avant Extinction

     

    Miel mou, je me trahissais dans le sommeil. Tiens, viens. J’avais, pour la première fois de ma vie, un espace à moi où personne ne pouvait interférer et mettre en danger ma quiétude, ma solitude, mes instants intimes. Les brouhahas incessants des fous dehors étaient stoppés par les murs protecteurs. En regardant la chambre, son confort, son éclairage aux spots tamisés, je fus transporté dans leurs vies. L’un à côté de l’autre, ils ne se parlaient pas. Lui pétait bruyamment, elle lui disait qu’il n’était qu’un porc. Elle tentait d’avancer dans son Marc Levi, du bon, de la brute de littérature qu’elle avançait page par page, soir après soir. Elle s’endormait généralement après dix minutes de lecture. Lui avait cette pile de journaux près du lit : L’Equipe et le journal Aujourd’hui pour l’essentiel, qu’il feuilletait sans fin, se replongeant dans les matchs glorieux de la Ligue 1. Pour ça, il méritait que je descende à la cave et que je lui enquille deux trois coups de pelle dans la gueule. Mais je m’endormis, happé par le coton qui remplace les muscles quand l’esprit se meurt. On a souvent une image préconçue de types comme moi. A force de séries policières à la télé, et même si l’on est ouvert d’esprit, quelques traces de clichés s’accrochent tout de même à l’âme. Y compris pour moi. Mais là, moi, j’étais celui-là qui avait attaché Monsieur un niveau en dessous, dans une pièce encombrée de vieilleries poussiéreuses. Mon rêve récurrent, ça n’était pas ce truc obsessionnel malsain.

     

    Je me suis "diarrhée" la cervelle dans les réseaux sociaux

    Il y avait un dernier oiseau qui quitta les lieux, une volière déchiquetée par des vents violents… Comme une ville et ses vieux… Je reviens lentement à Liam… Le rouquin, son passé. « T’as voulu jouer, tu t’es fait embarquer ».

    Nous attrapions des cancers avec l’amiante, le tabac, l’essence… Nous ne parlions plus que de ça… Ou les enfants violés/tués, ou les accidents de bagnoles, ou les cancers, ou les dégâts liés à l’environnement, ou les cancers, ou les avions écrasés, ou les séismes... « Qu’ils l’ont dit dans la Bible HEIN ? »… « Regarder la télé, c’est comme ce touriste débile qui regarde la mer se retirer, puis qui la voit débouler à la vitesse d’une Formule 1, vingt-cinq mètres d’altitude au-dessus de son niveau initial… Et qui reste là, figé d’admiration, comme pris d’un orgasme à la vue de sa propre mort ». Nous mourrions tous les jours de quelque chose dans les écrans… On crevait, je croupissais loin de l’Usine, préférant une vie terne et déprimante avec espérance de vie rallongée à une chute courte et trépidante… Cette maison n’existe plus, son duvet non plus. Tes ombres posées dans les plâtras, la ferraille, les lambeaux d’escaliers au carrelage explosé… Cette maison n’est plus, n’est plus qu’une série de photos, de déchets, de souvenirs… des milliers de textos strangulés dans les tuyaux virtuels. « J’ai eu des fuites de cerveaux durant des années. Je me suis diarrhée la cervelle dans les réseaux sociaux, j’ai baisé virtuel, j’ai regardé les photos, les films, les mots des autres… J’étais tellement con qu’il suffisait que je mette la couv’ d’un livre sur la toile, avec un commentaire de dindon, pour passer pour une chose cultivée ». Qui parle ? Je mélange, je m’arrange pour remettre le récit à l’endroit. J’ai envie d’une bolée de sky, une écuelle de poppers, une flasque de shoot…

    Avant le petit matin, il fallut m’assurer de la disparition du corps. En ai-je déjà parlé ? Dehors les détritus, les montagnes de merdes venues d’Europe continuaient à arriver, flot imperturbable, inexorable zone d’évacuation… Astérion était le rectum de l’Europe, la bonne vieille, le bateau coulé par ses propres impérialismes. Je me grattai partout. Une éruption de psoriasis tringlait régulièrement mon torse, mes cuisses, mes fesses, et surtout ma nuque et mon cou. Expectoration des angoisses par les pores du derme.

    Extrait de « Mon Usine, la suite… ». Roman en cours d’écriture.

      
    Son site Andy Vérol 
     de l'auteur  : Le sacerdoce d'ANDY VEROL
    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais 0 commentaire
  • George Orwell : Keep the aspidistra flying

    keep the aspidistra flying george orwell  serge uleski



     

     

     

     

    « L’aspidistra est une « plante verte » robuste, très répandue au sein de la classe moyenne britannique, particulièrement durant l’ère victorienne parce qu’elle pouvait tolérer le manque de lumière et la pauvre qualité de l’air intérieur. Dans le titre original en anglais (Keep the Aspidistra Flying), Orwell utilise l’aspidistra, symbole de l’esprit étroit de la société, en conjonction avec la locution “to keep the flag / colours flying” (“lever haut son drapeau”). Le titre peut ainsi être interprété comme une exhortation sarcastique dans le sens “Et vive la classe moyenne !” (d’où le titre en français). » -  Les archives de la douleur (Source : Wikipédia en langue anglaise)

            

    _________________

     

                 Gordon Comstock, instruit et lettré, est un poète dont les projets littéraires n’avancent qu’à reculons : plus notre poète écrit, plus il biffe, plus il jette.

    La poésie est ce à quoi Gordon Comstock avait déjà commencé de gâcher sa vie à l’âge de trente ans ; très tôt, il n’aura qu’un seul ennemi : l’argent ainsi que la conscience que l’on perd sa vie à la gagner car, lucide, Gordon avait réalisé que tout est argent.

    Même si "Pas d’argent pas de considération", pour autant, cela n'empêchera pas Gordon Comstock de poursuivre sa guerre : éviter l’argent à tout prix et le confort de vie qu’il procure :

                          « Déclarer la guerre à l’argent ; le rejeter puis sombrer… ou bien plutôt : couler. De plus en plus bas, dans un monde souterrain qu’il ne pouvait encore que vaguement imaginer. »

    Et puis aussi : « « Le salaire de Gordon fut augmenté de dix shillings par semaine. C’est alors que Gordon prit peur. L’argent était  en train de l’avoir. Il était en train de glisser de plus en plus bas dans la porcherie de l’argent. »

    Ni une ni deux, Gordon quittera sans état d’âme un « bon emploi » ; un emploi convenablement rémunéré : « C’avait été le seul acte significatif de sa vie que d’avoir quitté cet emploi. C’était sa religion, pour ainsi dire, de rester en dehors  de ce sale monde de l’argent. Pourtant à cet instant, il n’arrivait pas à se rappeler, même vaguement, pour quels motifs il avait quitté cet emploi. »

                    "Perdre sa vie à la gagner" ? Comment un fait exprès, Gordon prendra délibérément le risque de perdre la sienne à ne pas la gagner : « Sous terre, sous terre ! Toujours plus bas dans le doux sein protecteur de la terre, où il n’y a pas d’emplois à obtenir, à perdre, pas de parents ou d’amis pour vous harceler,  pas d’espoir, pas de peur, d’ambition, d’honneur, de devoir. C’était là qu’il souhaitait être. »

                    Vent debout contre l'argent, contre le fait de devoir en gagner pour trouver sa place dans la société, avec "Keep the aspidistra flying", George Orwell nous livre en 1934 un personnage équivoque car Gordon Comstock demeurera incapable d’assumer les conséquences de ses choix de non-vie, de non-carrière puisqu’il n’aura de cesse de dénoncer les affres de la pauvreté. Sans argent, sans ami, à l'exception de Ravelston, un riche socialiste à la tête d’une revue de poésie Antichrist, pour rien au monde Gordon Comstock acceptera que quiconque lui paie un repas ou bien qu’on lui prête de l’argent qu’il ne pourra pas rembourser.

                    Anesthésié émotionnellement, Keep the aspidistra flying, met en scène un personnage « piqué des vers » à trente ans : « Gordon avait lâché et renoncé aux « bons » emplois pour toujours. Il ne voulait pas revenir là-dessus. Mais à quoi bon prétendre que parce qu’il se l’était imposée à lui-même, sa pauvreté, il avait échappé aux maux qu’elle traîne à sa suite. C’est à l’esprit et à l’âme  même que le manque d’argent porte atteinte. La torpeur mentale, la crasse spirituelle… »

    Même si «  …  cependant, au plus profond et au plus secret de lui-même, Gordon s’affectait de ne pas pouvoir s’affecter. Libéré de la conscience  harcelante d’être un raté ; libre de se laisser couler, selon son expression, de plus en plus bas,  dans des mondes calmes où n’existent  ni argent, ni effort, ni obligation morale. »  

     

                  C'est une femme, Rosemary Waterlow - la trentaine elle aussi et sans le sou, tout comme Gordon -, proche de lui mais de loin, par intermittence et par courrier, bien qu’habitant dans la même mégapole londonienne, qui sauvera notre poète d’un naufrage irrémissible : celui de la pauvreté puis de la misère.

    Il résistera longtemps avant de céder, se jugeant indigne d'être aimé parce que... sans le sou et sans situation : "Tu dis que tu m'aimes mais je n'y crois pas. Dans cette société-là, personne ne peut aimer quelqu'un qui n'a pas d'argent !"

                  Avec "Keep the aspidistra flying", tout est bien qui finit bien donc… puisque Gordon renoncera au renoncement, il mariera Rosemary qui porte son enfant et prendra un « bon emploi », celui qu’il occupait avant de tout quitter : "Il fit un retour sur ces abominables deux dernières années. Il s'était révolté contre l'argent et cela lui a apporté  non seulement la misère mais aussi un effroyable néant, le sentiment  inéluctable de l'inutilité. Adjurer l'argent, c'est adjurer la vie."

                  Et l'auteur de faire le commentaire suivant à propos de son personnage : "Il avait trente ans et les cheveux grisonnants et pourtant , il avait la bizarre impression qu'il commençait  seulement à être adulte (en renonçant au renoncement - NDLR)."

    Son "oeuvre" au rebut - poésie et littérature -, "oeuvre" morte passée dans l'oubli, Gordon Comstock maintenant bien vivant, dans une volte-face imprévisible et héroïque... - le croirez-vous -, Gordon mettra un point d’honneur à faire l’acquisition d’un aspidistra destiné à trôner sur le rebord de la fenêtre de son nouveau logement - celui de son couple - pour qu'il soit vu de tous.

     

    ____________

     

                   Nous sommes en 1936 lorsque l’ouvrage écrit entre 1934 et 1935 est publié…

    Inspiré par les années de « vache enragée» de l’auteur, qui, à cette époque, vivait dans la précarité avec pour seul domicile les pensions des quartiers les plus déshérités de Londres (tout comme son personnage Gordon Comstock, Orwell sera un temps employé à mi-temps dans une librairie miteuse de livres d’occasion - 1934) et les asiles de nuit destinés aux sans-abris…

    Quand « Keep the aspidistra flying » est publié, Orwell a l’âge de son personnage : la trentaine. Il n’a pas encore écrit « Homage to Catalonia » - 1938  - ni « Animal farm » -1945 - ni « 1984» en 1949 (1). En revanche, l’ouvrage Down and Out in London and Paris, récit parisien d'une mise en abîme de l'auteur, était disponible depuis 1933 ; c'est à cette occasion que Orwell fera l’expérience de la pauvreté aux côtés des sans-abris de Paris (2).

     

                      Dans Keep the aspidistra flying, Orwell a la dent dure ; mordant, caustique, méprisant, sans concession, grande est la tentation de se dire : « Mais quelle mouche l’a donc piqué ! » (3) ; l'auteur et le personnage de Gordon, confondus, seront sans nuance ; c'est au procès de toute la société auquel les lecteurs assistent. Personne ne trouvera grâce aux yeux d'Orwell qui peine à faire taire sa voix chez Gordon Comstock, sans aucun doute son alter-ego.

    En guerre contre la bêtise et la médiocrité d’une société qui s’annonce déjà moralement à genoux devant la publicité et la marchandise (même si les besoins primaires des classes populaires des années 30, à Londres comme en Europe, sont loin d’être satisfaits) Cyril Connolly, critique au Daily Telegraph, au moment de la sortir du roman, écrira : «Livre sauvage et amer, les vérités que l’auteur propose sont tellement déplaisantes qu’on finit par craindre leur mention ».

    Faut bien dire que…. déjà en 1935, Orwell n’ignore rien de « …. la froideur, l’anonymie de ces sept millions  de londoniens glissant esquivant le contact, n’ayant guère conscience de l’existence les uns des autres comme des poissons dans un aquarium. Les rues fourmillaient de jolies filles, froides. C’était étrange comme il y en avait beaucoup qui semblaient être seules. »

    Et puis aussi, cette réflexion de l’auteur à propos de son personnage : «Gordon songea au métro le matin ; les hordes noires d’employés de bureau s’engouffrant sous terre comme des fourmis  dans un trou ; la peur d’être saqué comme un ver dans le cœur. Mieux vaut le loup solitaire que le chien servile ». 

    On pensera bien évidemment à la fable Le loup et le chien de La Fontaine :

    « Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose.
    - Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché
    De ce que vous voyez est peut-être la cause.
    - Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
    Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?
    - Il importe si bien, que de tous vos repas
    Je ne veux en aucune sorte,
    Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.
    Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor. »

     

    Animal farm (1945 - fable animalière par excellence) aurait-il été influencé par l'oeuvre de notre fabuliste national et pas seulement par l'oeuvre de Jonathan Swift ?    

            

                      L’argent est au centre du roman ; pas une seule page qui ne mentionne « shilling » ou « pence », le manque d’argent et cette plante verte, l’aspidistra, qui trône, pathétique, sur les rebords des fenêtres des pavillons de banlieue de la petite classe moyenne d'avant la Seconde guerre mondiale.

    Keep the aspidistra flying  est aussi une étude de la pauvreté… solitude, misère sexuelle ; même si, en ce qui concerne Gordon Comstock, cette pauvreté est consentie ; comme expliqué précédemment,  Gordon refusera de se donner les moyens de gagner convenablement sa vie ; il s’agit donc là d’une pauvreté d’une nature particulière : une pauvreté  recherchée, entretenue, chérie et choyée même si l’on peut questionner un instant les réelles motivations qui se cachent derrière ce vœu :  manque de courage et d’ambition, lâcheté existentielle ?

    A aucun moment Orwell ne laissera entendre que ce questionnement puisse être le sien en ce qui concerne son personnage.  Et c'est peut-être là la faiblesse de l'oeuvre dans la construction de son personnage, son élaboration, son développement jusqu'au dénouement. 

     

    ***

     

                  Down and out in Paris, Keep the aspidistra flying, Homage to Catalonia (trois oeuvres publiées entre 1934 et 1938)… précarité, débine, la rue, le danger de la guerre civile, les armes, la mort...

    Né le 25 juin 1903 à Motihari (Inde), un père fonctionnaire de l'administration des Indes, une tante installée en Birmanie, issue d'une famme qui a fait fortune dans le commerce des  bois précieux, lui-même représentant des forces de l'ordre colonial dans ce même pays de 1922 à 1927, éduqué à Eton – une école privée -, d’une santé pourtant très fragile (Orwell décédera en 1950 à l’âge de 47 ans de la tuberculose - maladie des indigents), avec cette attraction de l'auteur pour la précarité, voire la pauvreté, dans le contexte de l'ouvrage Keep the aspidistra flying,  puis cette prise de risque maximale avec la guerre civile espagnole, Orwell a-t-il était tenté dans un premier temps par la non-existence, par le refus de «faire quelque chose de sa vie », et dans un second temps, par le désir de mettre cette vie en danger, avant un dernier engagement, littéraire celui-là, qui nous vaudra la publication de Animal farm et de 1984 ?

    Une culpabilité de classe (la prospérité de la famille de l'auteur est étroitement liée à l'impérialisme britannique avec cette tante vivant à Birmanie issue d'une famille qui a fait fortune dans le commerce du bois), le passé colonial de ses ascendants donc, son engagement dans la police en Birmanie, 5 années durant, qu'il ne cessera de tenter d'expier, ont-ils été à l’origine de son engagement contre l'impérialisme en faveur de la défense des plus faibles, d'une grande constance et d'une infaillible rigueur ?

    Ecoutons la voix d'Orwell dans "Le quai de Wigan" écrit en 1937 que Bernard Crick cite abondamment dans sa biographie de l'auteur : "Je me sentais coupable par le poids d'une gigantesque faute que je devais expier. Ce à quoi je voulais échapper, ce n'était pas seulement  à l'impérialisme (colonialiste, celui de l'Empire britannique - ndlr) mais à toute forme de domination  de l'homme par l'homme.  Je voulais alors  effectuer une véritable plongée au sein des opprimés. A ce moment-là, l'échec seul me paraissait vertueux. Toute idée  de réussir à gagner quelques centaines de livres par an, me semblait spirituellement hideuse, me semblait participer de la violence oppressive générale."

     

     

                     Keep the aspidistra flying aura pour conclusion plus qu'une confession, une véritable affirmation : "Notre civilisation  est fondée sur la cupidité et sur la peur. Ces gens avec leur mobilier, leur aspidistra, vivaient d'après le code de l'argent, bien sûr, et pourtant ils trouvaient moyen de maintenir en eux de la bienséance. Ils demeuraient des gens comme il faut, battant pavillon aspidistral. Ils faisaient des enfants. Ils étaient vivants."

     

                   Cette conclusion qui annonce Animal farm et 1984 - en d'autres termes... le refus de porter un jugement  sur l'humanité avec la prétention de faire son "bonheur" malgré elle, comme à son insu, même et surtout dans le sang et les larmes  -  est autant celle de George Orwell que celle de son personnage : Gordon Comstock, sauvé des eaux d'une obstination qui se paie le plus souvent au prix fort et sans rémission.

    Certes ! N'est pas Bartleby qui veut ! Ce personnage créé par Herman Melville en 1853 qui nous rappelle que l'on ne peut refuser d'habiter le monde volontairement ou bien comme contraint par un envoûtement aujourd'hui encore mystérieux, qu'au prix d'un énorme préjudice à soi-même.

     

     

    1 - Si le roman à thèse « 1984 » a été amplement assimilé - Novlangue et Big Brother -, on oublie  que ce roman est aussi l’exposition d’une autre thèse : l’amour, le véritable amour, est impossible sous un régime totalitaire car, tôt ou tard, il faudra trahir l’autre, mentir à son sujet aussi,  pour éviter la prison, la torture et la mort.

    Avec Keep the aspidistra flying, Orwell présente cette thèse 15 ans plus, mais dans un tout autre contexte : celui de la pauvreté. 

     

    2 - En cela, son engagement rejoint celui de Simone Weil, la philosophe, décédée, elle aussi, de la tuberculose en 1943 à Londres.

     

    3 - Bien des années plus tard, embarrassé, Orwell portera un jugement sévère sur Keep the aspidistra flying, en particulier au sujet des passages en forme de réquisitoire anti-social, misanthrope en général, misogyne en particulier : on pensera à ses propos à l'emporte-pièce sur les femmes et l'argent ainsi qu'à l'emploi récurrent du mot "pédé". Ton que l'on ne retrouvera pas dans ses écrits des années 40 (au sujet de l'écriture d'Orwell, on pourra se reporter à la thèse de doctorat de Bernard GENSANE : ICI)

    Dans cet ouvrage d'Orwell (voir aussi "Coming up for air") dont la plume acerbe saura cibler plus tard, à partir de la fin des années 30, ses attaques - plume avertie quant à la pré-éminence de la lutte des classes -, sans remettre en cause le genre humain dans sa totalité, on pourra se demander si l'auteur n’a pas craint, très tôt, de « rater sa vie »... d’être condamné à une existence terne, privée de moyens, dans le choix d'une vie dédiée à l'action et à l’écriture, terrorisé par le spectre de la pauvreté et de l'échec ? A-t-il cherché à conjurer le pire en écrivant ce brûlot anti-social ? A-t-il mis sa santé ( à Paris avec les sans-abris) et sa vie en danger (dans la guerre d'Espagne) comme pour mieux en réchapper, un peu à l'image du personnage de Gordon Comstock qui choisira délibérément le déclassement et la pauvreté ?

    ____________________

     

    Pour prolonger, cliquez : Penser la dissidence aujourd'hui avec Bartleby

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais 0 commentaire
  • S'il existe un pays : Bruno Doucey

     

                      

     

     

     

     

     

     

    bruno doucey,poésie,poètes,édition,littérature,serge uleski

     

     

     

     

     

     

     

    Serge ULESKI à propos du recueil : "S'il existe un pays"

     

                       Avec le poète Bruno Doucey, la vie est là et la neige qui n’est d’aucun pays et qui n’appartient à personne  sillonne, rigole, dévale collines, bois et fossés.

    Hanneton bourlingueur dans l’herbe haute des poètes… là où la branche se courbe pour aimer, et sous la paupière du silence, là où le crépuscule est pareil à une passe inquiète qui entre sans alphabet connu dans la tanière du sommeil, un attrape-rêves parcourt les chemins arborés de l’enfance, et face au taureau de la mélancolie qui ne craint pas de mourir à l’aube car toutes les portes lui sont grandes ouvertes… un soleil brûlant entonne une petite fugue iranienne, figure de jaspe au schisme de la vie au moment où le crépuscule ouvre les naseaux de la nuit.

                  Dans l'attente paisible d'un hamac d’où l’on observe le repli des années et du souvenir de l’être aimé, jadis, à son insu vraisemblablement, en secret donc…  loin de l’amour que l’on fait sans amour... se souviendront-ils tous seulement du mascaret de l’enfance avec sa houppelande de granit chevillée au corps ? Et savent-ils que la pierre, elle aussi, meurt de ne pas être aimée ?

                Maison et rive de l’enfance, robinsonnades et mémoires en étranges bordées, royaume ouvert sur un livre de sable… décidément non ! Nous ne venons pas au monde mais sommes tous, bien plutôt, jetés sans retenue ni considération sur le parvis de tout le malheur dont il est porteur, à la lueur d’une bougie d’un Blaise Cendrars et de son royaume nègre,  galets aux couleurs chaudes de l’été, visages de soie dans les draps de la vallée et des volcans d’une île tout intérieure, là où des grands arbres chagrin peinent à faire taire l’obscure terreur de leurs racines, une terreur indicible…

    Et c’est tout un monde qui alors vacille.

                    Si la poésie se marche autant qu’elle s’écrit, Léros et Caprera, après Salonique et Kalo Horio, villages de Crète, îles grecques où séjournent des ombres paisibles et chauffées à blanc qui offrent à l’avenir sa moisson de lumière juste avant qu’Haïti ne soit éventrée, terre ouverte, entrailles béantes dans le fracas des cisailles d’acier voraces, jamais rassasiées…  reste alors à rêver un rêve fou : des séismes de tendresse et d'amour.

    Et s’il existe un pays, l’Espagne rouge-sang y figure en bonne place, et ses poètes martyrs aussi, sous le feuillage des cordes de guitare, des sarabandes des gitans et du chant de la pampa, de la Sierra Nevada, Grenade plongée dans une nuit de silence de mort près d’une fontaine de larmes : celles des suppliciés qui n’ont pas pu se taire.

     

                 Epilogue…

                La maison jadis posée sur la douceur de vivre est maintenant en flammes, et c’est Cocteau, Seghers, Lorca et Machado – exhumation oblige ! -, qui emportent  avec Bruno Doucey, le feu et sauvent la poésie… cette terre mille fois trahie,  là où l’asphalte a tué le sentier et son eau vive.

     

    ________________

     

    bruno doucey,poésie,poètes,édition,littérature,serge uleskiPoète, éditeur de poètes ainsi se définit Bruno Doucet.

    Pour prolonger, cliquez www.editions-brunodoucey.com

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais 0 commentaire
  • Tout est grâce ! Tout ! Absolument tout !

     

    La-Nuit-du-chasseur1.jpg

     

    "Leaning, leaning,

    Safe and secure from all alarms.

    Leaning, leaning,

    On your everlasting arms."

     

     

    _____________________

     

     

               Un niveau plus haut, c'est sa masse qui palpite encore. Un étage plus bas, c'est sa vie qui s'apprête à passer la main.

    Son corps nu a longtemps pleuré ses vêtements déchirés que sa main ne pouvait plus saisir ; et ses yeux... ô mon Dieu, ses yeux ! Ils ont tout vu, ses yeux !

    Je l'ai suivie jusqu'à la porte de son immeuble. Avant qu'elle ne se referme, je me suis glissé à l'intérieur et sans bruit, j'ai monté l'escalier derrière elle. Un moment, une idée m'est venue : "Il faut que je lui parle. Il faut que je la rassure. Sinon, je n'ai aucune chance. Elle ne me laissera jamais entrer !"

    En un rien de temps, elle a oublié sa pudeur et elle a hurlé. Ses cris ? Inouïs, ses cris qui ont bien failli me prosterner. Mes oreilles, je les ai couvertes pour ne pas sombrer dans l'épouvante ; d'un geste, je les ai vite ramenés à la raison et je les ai pris sur moi tous ses hurlements, avant de les étouffer et de les noyer bien profond ; et puis, ma détermination a fait le reste.

    Je l'ai forcée et remuée dans les profondeurs les plus noires. Le chaos a surgi. Je me suis saoulé à son contact avant de me frayer, ivre, un chemin. Son corps était mince mais vigoureux. Sa chair a appelé mes dents. Ses bras ont testé mes muscles ; et ses cheveux, mes mains ; puis son regard s'est résigné.

     

                 Heurt et déchirement. Ses bras, ses jambes se comptent par dizaines. Jamais ils ne se rendent à l'évidence ! Tout armés qu'ils sont de mille tentatives de coups de pieds, genoux, coudes et poings, jamais ils ne se reposent ! C'est un rideau de fer qu'il faudrait, une armure pour neutraliser tous ses membres avant de la paralyser, corsetée d'acier, enfin tendue vers moi de tout son poids, prête à succomber une fois, dix fois, mille fois jusqu'à ne plus souhaiter qu'un dernier événement : que je mette fin à son cauchemar.

    Je l'ai aidée du mieux que je pouvais à s'arracher à ce nouvel abîme. Et pour adoucir son sort et étouffer à jamais en elle tout espoir, quelques gestes ont suffi. Couché entre ses jambes, gorgé de lumière, je me suis vu un moment comme... auréolé ; j'étais une légende vivante sous l'éclair de mon assaut, ma bouche vorace et fiévreuse collée sur ses lèvres de proie facile, à l'abri de son front brutal et fier comme une vie qui refuse de déposer les armes devant la mort qui tape du pied toute son impatience : "Alors ! Est-ce que ça vient ? Est-ce que ça va venir ? Est-ce que ça va venir et finir ? Nom de Dieu !"

     

    ***

     

            Nul doute ! Ce soir, la chose s'est faite : barbare. Le nœud s'est défait et la vie est partie. On s'est rencontrés vifs et guerriers, combatifs jusqu'à la dernière goutte de notre volonté commune et partagée ; et puis, après un temps, c'est elle qui a sombré.

    A cette heure, c'est la lune qui veille sur elle tendrement, enfin silencieuse, choyée, entourée d'une belle absence éternelle de vie. Du moins, je l'espère car, j'ai fait de sa douleur un hymne à toutes les douleurs.

    Jeune fille et femme pour rire, d'une quinzaine d'années parcourues et dépensées pour rien, où sont tes rires maintenant ? Qu'est devenue ta parole tranchante qui, à ton âge, porte la marque de toute l'ignorance du monde ? Et puis dis-moi aussi, qui es-tu, toi, pauvre corps inanimé ? Oui, qui ? Et puis... quoi ?

     

              Si elle en revient un jour, que faudra-t-il lui dire ? Mais si d'aventure, elle demande pourquoi, alors là, c'est facile : ouvrez-lui donc une fenêtre sur le  monde et la question ne se posera même plus.

     

    ___________________

     

    Photo : "La nuit du chasseur" de Charles Laughton

     

    Pièce à conviction. Extrait du carnet 6 - Serge ULESKI copyright. Tous droits réservés.

     

    Pour prolonger... cliquez  Serge ULESKI en littérature (commentaires de l'auteur et extraits)

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais 0 commentaire
  • Malheur à tous ceux qui n’ont jamais connu l’amour dans une union pérenne !


    cimetière de chaville

     

                 Vraiment touchant ce couple ( et combien d'autres ?) ! Jean Le Flohic né en 1906 décédé en 1986 et son épouse, Marie-Delphine, née en 1907, qui le suivra un an plus tard, tous deux encore et toujours unis dans la vie comme dans la mort !

                  Faut-il s’en réjouir néanmoins ?

    Années 1900... génération de femmes dites « soumises et effacées"... comme congédiées...

    Marie-Delphine aurait-t-elle vécue dans l’ombre de son conjoint ?

    Elle se serait alors, en toute logique, éteinte avec lui comme si, en partant, son époux avait emporté une grande partie de son souffle de vie à elle ?

                 Combien d'interrogations encore !

     Nul doute : le tort d’une certaine modernité c’est bien d’avoir jeté le discrédit sur une telle union… c'est d’en avoir fait le procès au nom de la lutte contre la servitude d’une condition féminine haïssable.

                 N'empêche : malheur à tous ceux qui n’ont jamais connu l’amour dans une union pérenne !

     

                                                                  ***

                 Qu'à cela ne tienne...

    Comme je passais devant toutes ces tombes, m'y attardant parfois - visages, noms et prénoms, dates de naissance - allée après allée, c’est alors que j’ai commencé à verser des larmes sur ceux que je n’avais pas encore perdus mais dont je me voyais déjà devoir honorer et entretenir le souvenir, contraint, impuissant, penché sur leurs tombes, moi désarmé... ... et puis finalement bien présomptueux car, rien n’indique que je ne les précéderai pas dans ce lieu...

    Eh oui ! En effet ! Mais que voulez-vous : on ne se contient jamais assez ! Faut que ça déborde, toujours !

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais 0 commentaire
  • Destinée collective... avec ou sans nous

             

                    Nous venons au monde sans missions, sans projets, sans agenda, sans responsabilités et sans obligations. Très vite, les circonstances de notre naissance, notre volonté, notre talent et plus tard, ceux que l’on rencontrera, viendront contredire ou bien confirmer cet état de fait même si... une fois adulte, on pourra toujours regretter d'être livré en pâture au monde. Regret aussi irraisonnable qu’inopérant. Mais notre imagination y pourvoira, elle qui saura nous faire croire qu’il aurait pu en être autrement, alors qu’il n’y a pas d’autrement ; il n’y a que des contingences et un héritage : les effets de toutes les causes qui nous ont précédés et qui, en aucun cas, n’auraient dû nous concerner.

     

                   Fatalité hideuse, de tout temps ! Fatalité que d’aucuns s’évertueront à dénoncer sans relâche mais sans jamais parvenir à la vaincre ; et la soumission involontaire à cette loi d’airain doit bien avoir quelques avantages quand on sait à quel point notre monde a de bonnes raisons d’être ce qu’il est, comme nous tous ; monde qui ne s’est jamais embarrassé d’inconvénients qui n’aient pas quelques avantages juteux, ou plus simplement, des avantages capables d’assurer les moyens de sa survie et de son développement.

     

    *** 

     

                  Ceux qui nous ont précédés et ceux qui nous succèderont, ne se sont inquiétés et ne s’inquiéteront que d’une chose : de la disparition de ce qui leur est familier ; ce familier qui se change très vite en une valeur intemporelle et universelle qui a pour corollaire : un jugement sûr quant à sa propre inquiétude telle une lanterne suspendue au-dessus du monde et qui se balance ; sa lumière va et vient, balaie, têtue, la surface de la terre à la recherche de tout ce que nous avons perdu, éclairant tantôt ce qui est, tantôt ce qui n’est plus car...

     

                 A vouloir jeter l’eau du bain avec les nénuphars qui y coulaient des jours paisibles à sa surface, et dont les feuilles accueillantes, larges et généreuses ont longtemps permis à bon nombre d’entre nous de faire une halte pour reprendre notre souffle, on finit à la longue par faire de l’instabilité foncière de notre univers, un prétexte au chaos qui n’accouchera de rien d’autre, sinon… de son propre chaos originel, mais… faut-il le préciser : sans nous.

     

             Oui ! Nous qui cherchions une nouvelle voie, acharnés à effacer la trace de nos pas, comme un fait exprès, sans doute pour ne plus jamais y revenir, tellement la douleur d’une appartenance à une catégorie sociale stigmatisée, à une origine ethnique décriée, et le souvenir des barbaries de l’Histoire inspirent, aujourd’hui encore, aux uns, honte et colère, et aux autres, une peur panique.

     

             C’est incontestable : on vit toujours mieux là où on vivait bien et plus encore quand une fois ailleurs, on vit mal. La nostalgie n’épargnera donc personne aussi longtemps que le monde saura se mouvoir dans les eaux tumultueuses de son dernier bain de jouvence coulé par une main serviable et anonyme qui porte pourtant le nom de « Destinée collective » : destinée qui ne connaîtra pas de repos.

     

    ***

             S’il n’y a qu’un amour dans une vie, il n’y a qu’une loi, la même pour tous ; libre à chacun de l’enfreindre pour adresser un pied de nez à ceux qui s’en sont écartés comme pour mieux nous demander de la respecter ; et cette loi est la suivante : comment comprendre à temps ce que personne aujourd’hui ne nous enseignera, sinon en l’apprenant à nos dépens comme une punition sans cause ?

             Et là, tout le monde en conviendra : plus nous sommes nombreux à subir cette loi, plus serein sera le sommeil de ceux qui ont pu ou su en réchapper, l’ignorance du plus grand nombre facilitant toujours la tâche d’une sélection d’une clairvoyance intraitable et impénitente.

     

    _______________

    .

    Extrait du titre  : "La consolation"  - copyright Serge ULESKI

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais 0 commentaire
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu