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AA - Serge ULESKI, littérature et essais - Page 4

  • Ecouter Régis Debray... encore et toujours...

     

     

                               "Ce qui m'angoisse le plus, c'est la mort du politique" - Régis Debray

     

     

                La supériorité de Régis Debray face à n'importe quel interlocuteur est manifeste. Toujours !

                Les raisons ?

                Régis Debray est sans obsession, sans arrière-pensée, sans idéologie et sans pathologie contrairement à ceux qui pensent avec quelques unes de leurs lectures et puis aussi, et puis surtout, avec leur nombril : nombril communautaire ou de classe. Ceux-là sont condamnés à "penser à côté" du sujet qu'ils croient être capables de traiter, avant même d'avoir commencé à s'exprimer.

    Quant aux imbéciles, ces esclaves de l'actualité qui ne raisonnent jamais au-delà de l'actualité qui vient et qui n'est le plus souvent qu'un symptôme, face à eux donc, ne cessons jamais de raisonner bien avant, tout en continuant de raisonner longtemps, longtemps après afin de n'être jamais en rupture...

               En rupture de compréhension.

     

    ***

     

                L'Europe "gamberge" depuis 2500 ans. Nombreux sont ceux qui l'ont oublié.

                Gamberger ? Oui, gamberger à propos de la recherche insatiable des causes derrière les effets, et puis, les causes des causes... sans fin. Et personne ne forcera notre Europe à penser avec son nombril entre deux déjections anales d'individus qui n'ont, tout simplement, pas idée. 

     

    _____________

     

    Pour prolonger, cliquez : Régis Debray

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  • Antonio Gramsci et le sens commun

     Publié en 2016

     

     

                     La percée électorale des mouvements de gauche radicale en Grèce et en Espagne signe le retour d'un penseur majeur de la gauche italienne du début du XXe siècle, Antonio Gramsci, et de l'idée de partir de l'expérience concrète des gens pour élaborer une vision du monde à laquelle ils adhèrent.

                    Pablo Iglesias a 36 ans, figure montante de la politique espagnole, avec son parti Podemos ("Nous pouvons !", en français), il devance le parti socialiste dans les sondages. Podemos s'inscrit dans la continuation du mouvement des Indignés qui avait secoué l'Espagne voilà 3 ans.

    Parmi les militants, les sympathisants et les électeurs de Podemos, on trouve des chômeurs, des ouvriers et des étudiants. La démocratie participative est l'un des arguments forts de Podemos.
     

     


               Dans cette intervention, Iglesias parle à plusieurs reprises du sens commun, qui, dans l’œuvre d’Antonio Gramsci, relève de ce qui va de soi, de la «forme publique et manifeste» de la pensée commune d’une société donnée. Il s’agit de donner à l’expérience concrète et quotidienne des gens une explication qui lui fasse écho car "l'échec des travailleurs à faire la révolution socialiste était dû à l'emprise de la culture hégémonique bourgeoise sur l'idéologie et les organisations des travailleurs" (Gramsci)

     

                  "Ce sont toujours les petites choses de la vie qui font bouger la société dans un sens ou dans un autre. Ces petites choses de la vie, essentielles à chacun, déterminent aussi le devenir de notre société. Les connecter à une autre vision du monde est l’essentiel du travail politique, qui a tout à voir avec la question du rapport de forces."(Gramsci)

     

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    Pour prolonger, cliquez : Gramsci dans le texte

     

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  • Penser la dissidence aujourd'hui avec Bartleby de Herman Melville

     

            La nouvelle de Herman Melville (l’auteur de Moby Dick) parue en 1853, n’en a jamais fini avec la postérité semble-t-il : année après année, elle creuse son sillon. Chouchou des philosophes, de nombreux penseurs se sont emparés du personnage de Melville et de son « I would prefer not to » qui fera le tour du Monde.

     

    ______________

     

             Un petit rappel des faits avant d'aller plus loin : le narrateur est un homme de loi de Wall Street qui engage dans son étude un dénommé Bartleby pour un travail de « scribe » : il recopie des textes. Au fil du temps cet employé ne parlant à personne mais travailleur et consciencieux, refuse certains travaux que lui demande son patron ; il ne les refuse pas ouvertement, il dit simplement qu'il « préférerait ne pas » les faire. Peu à peu, Bartleby cesse de travailler, mais aussi de sortir de l'étude ; il y prendra ses repas et y dormira. Finalement congédié, il refusera de quitter les lieux forçant son employeur à déménager laissant au bailleur le soin de traiter le problème « Bartleby » : il sera emprisonné et se laissera mourir d’inanition.

     

    Après le décès de Bartleby « tombé, recroquevillé par terre, face immobile devant le mur de la prison », un petit  appendice nous apprend qu’il a longtemps travaillé à la poste au service des « Lettres au rebut » - service qui gère les courriers qui ne peuvent trouver leur destinataire. Le narrateur s'intéressera à cette information pour la raison suivante : “Imaginez un homme condamné par la nature et l’infortune à une blême désespérance ; peut-on concevoir besogne mieux faite pour l’accroître que celle de manier continuellement ces lettres au rebut et de les préparer pour les flammes ?”

     

    ***

     

    « Que savez-vous de votre douleur en moi ?»

     

               Si Bartleby n’est pas « L’écriture du désastre » (Blanchot), en revanche, Bartleby est bien l’histoire d’un gâchis humain, voire même... de son sacrifice. Alors que la littérature européenne du XIXè nous proposera des personnages juvéniles, fantasques, hédonistes, raisonneurs centrés sur eux-mêmes, mais finalement jouisseurs à la petite semaine, c’est bien une bombe à retardement que Melville a transmise à la postérité : celle d’un discrédit porté, un siècle avant son apogée, sur une révolution industrielle et un productivisme consumériste corrupteurs des âmes jusqu’à l’assèchement, sans oublier le saccage d’une nature bouc émissaire, et ce bien longtemps avant Hiroshima dont les applaudissements sous les hourra et autres cris de joie (parce que la bombe a bien rempli son office - exploser ! -, et la cible a été atteinte en son cœur – impact optimal)… résonnent encore dans les couloirs de toutes les chancelleries.

     

    Située au croisement conflictuel des lignes politiques et morales qui déchirent notre modernité post-moderne, Bartleby serait donc une Œuvre prophétique ?

    Premier personnage littéraire « résistant »  - nous sommes en 1850 -, avec la désobéissance de Bartleby dont la mesure est en lien direct avec ce à quoi elle s’oppose, Melville nous propose un personnage en suspens, figé et qui, manifestement, se trouve – et c’est peu de le dire -,  bien en peine de pouvoir célébrer quoi que ce soit ; un personnage dans l’incapacité de rendre le moindre hommage à cette société déjà marchande, industrielle et financière qui l’a vu naître manifestement et rétrospectivement à son corps défendant.

    Melville était-il donc lui aussi bien en peine de célébrer et de sauver quoi que ce soit de son époque ? Et aujourd'hui, plus d’un siècle et demi après, ne peut-on pas nous aussi nous poser la question : qu'est-ce qui nous reste à célébrer et à sauver ?

    La réponse ne tardera pas : sûrement pas la vie ! La fin, nous sommes ! La fin et les moyens... et rien d'autre. Plus rien devant nous, plus rien derrière. Plus rien ne nous précède. Plus rien ne nous dépasse ! Aussi, il ne nous reste plus qu'à nous consommer tous autant que nous sommes avant de nous entre -dévorer, jour après jour, anthropophages et cannibales. Et tout ça n’a plus aucune importance car quelque part au fond de nous-mêmes, nous savons tous que nous sommes tous... déjà morts. 

    Cette formule de Bartleby « I would prefer not to » serait donc la dernière parole d’un monde défunt, sa dernière volonté : ne plus rien vouloir ni défendre ni sauver ? Peut-on aller jusqu’à parler d’une formule d’extrême onction ?

    La parole Bartleby traduite en français par « je ne préférerais pas », ou « je préférerais ne pas » ou encore « j'aimerais mieux pas » (on remarquera l’usage du conditionnel) clôt tous les débats. Elle n’ouvre aucune porte, elle les ferme toutes, à la fois chez Bartleby et chez celui qui la reçoit en pleine face comme un défi, une insulte et une humiliation. Plus Bartleby en fait usage, plus insoutenable elle devient. Chaque occurrence de cette formule réduit au silence son interlocuteur, comme si elle le   vidait. Forcés au silence, de frustration en humiliation, seul l’usage de la violence à l’encontre de Bartleby délivrera et soulagera ses collègues de bureau, symboles d’une société répressive qui se sent menacée et attaquée par cette formule-refus pourtant explicitée sans haine, sans ironie ni provocation, d’une voix décidée mais douce et avec tous les égards dus à l’interlocuteur (d’où le conditionnel) ; une formule d’une radicalité d’une extrême politesse.

     

    ***

     

             Si l’on en croit la lecture d’un Deleuze pour lequel ce n’est pas Bartleby qui est malade mais la société, et au-delà, l’Occident, en conséquence, on comprend aisément que cet anti­-héros de la moitié du XIXe siècle soit aujourd’hui élevé au rang de super-héros des temps modernes, en objecteur de toutes les consciences qui ne préfère plus rien car il souhaite ne plus rien vouloir sinon se laisser mourir ; ultime conséquence de ce refus. Et Deleuze de conclure par un : « Bartleby, le nouveau Christ, notre frère à tous ! »

    Derrida voyait en Bartleby un sacrificateur… il se serait agi manifestement d’un sacrifice pour rien puisque… pensé en 1853, Bartleby, personnage et symbole tout à la fois, n’aura aucune main, aucun poids sur les événements du siècle à venir.

    Christ, sacrificateur, victime de la violence sociale… toutes ces lectures sont pourtant aux antipodes de ce que Melville nous donne à lire.

    Qu’à cela ne tienne… une fois livré aux lecteurs, le personnage échappe à son auteur, et l’interprétation d’un Deleuze prouve une fois encore qu’en littérature, le meilleur personnage qui soit est bien le lecteur car, c’est lui qui « fait » le livre. Il suffit de penser à tout ce que le lecteur-intellectuel-philosophe est capable d’investir dans sa lecture de la nouvelle de Melville.

     

    *** 

     

     

               Il semble donc que tous ont trouvé dans Bartleby  le contraire exact de ce que Melville nous donne à comprendre. Mais alors… et si le personnage de Bartleby nous renvoyait plus simplement à la schizophrénie ou aux psychotiques bien des années avant Eugen Bleuler qui fut à l'origine de ces diagnostics vers la fin du XIXe ? Chez Melville, la pétrification et l’anorexie de Bartleby ne sont pas des symboles mais des faits d’une objectivité quasi clinique. Melville mentionnera à propos de son personnage “un désordre inné et incurable”, un “mal excessif et organique”. 

    Melville souhaitait-il ôter à Bartleby, préventivement, toute dimension politique ou prophétique, toute métaphysique ? Son personnage l’aurait-t-il effrayé au point que Melville aurait alors cherché à s’en retirer sur la pointe des pieds comme pour mieux nous laisser un Bartleby simplement dérangé ? Bartleby ne serait donc qu'une mise en scène textuelle de la folie, la première depuis Sade ?

    Melville insiste : la folie de Bartleby n’est pas due qu’à la seule nature : « Imaginez un homme condamné par la nature et l’infortune à une blême désespérance ».

    Difficile d’oublier le fait que Bartleby est un contemporain de Baudelaire, et à partir de là, difficile de ne pas penser à son poème Spleen du recueil « Les fleurs du mal » daté de 1857 ; poème symptôme de la grande peste mélancolique qui en Europe fait déjà des ravages avec Baudelaire comme figure de proue : « Quand la terre est changée en un cachot humide/Où l'Espérance, comme une chauve-souris/S'en va battant les murs de son aile timide/Et se cognant la tête à des plafonds pourris...) ; on pensera aussi au tableau Le cri de Charles Munch ; et enfin, la dépression, mal du XXe siècle et très certainement des siècles suivants car nous sommes encore loin d'en avoir fini avec la déshérence et  la dépossession.

     

               Le patron de Bartleby demeure impuissant face son employé. Après s’être enfui (il fermera son étude et déménagera ses bureaux) il reviendra vers Bartleby submergé par une immense vague de pitié qui, plus tard, se changera en compassion - faiblesse de toutes les faiblesses -,  et plus tard encore, en commisération puis en naufrage fusionnel jusqu’à la communion (des saints ?).

    Dans l’esprit, difficile de nier que la nouvelle de Melville exalte entre autres vertus, la charité. Face à Bartleby, personnage comme « mort au monde » (Artaud), très vite le narrateur choisit l’anéantissement et ce nouveau commandement insufflé en lui par Bartleby : « Je ferai tout ce que vous voudrez ! » avant de confesser - Bartleby devenant alors le confesseur de son employeur -, du bout des lèvres : « Que savez-vous de votre douleur en moi ? » ; aveu d’une révélation chez le narrateur : la révélation de son propre néant.

     

                 Que le récit soit porteur d’une vérité humaine universelle, c’est certain. Métaphore poétique inédite, parabole, fable ou conte, c’est bien de la condition humaine qu’il est question : gâchis, catastrophe et sacrifice puis, une fois défait, un genou à terre, rédemption du narrateur dans l’abandon de sa volonté : le renoncement à sa propre vitalité, un quasi renoncement au monde au côté de Bartleby.

     

                A propos du personnage de Melville, on a parlé de solitude et d'incommunicabilité, d’échec de la communication entre un être et la société, de son incapacité à nouer un contact avec autrui, même futile. Comment Melville avait-il pu sentir bien avant tous les défroqués donneurs de sens et d’explications à la pelle du siècle à venir, jusqu’à nos rêves les plus intimes, de Freud aux divans des psys des télés et des radios, que sans une communication avec les autres, sans le récit de soi-même, c’est  l’effondrement ? Un Melville qui reconnaîtra en 1853 la nécessité humaine de cette communication pour conjurer le danger psychotique qui guette quiconque souhaite s’y soustraire.

    C’est l’enracinement qui permet le nomadisme : parce que l’on sait d’où l’on vient, nous sommes alors capables de nous en détacher ; dans le cas contraire, mettre la charrue avec les boeufs, c’est ouvrir la porte à tous les déséquilibres possibles jusqu’à l’anéantissement par la violence. Dans ces conditions, c’est le rapport essentiel entre le langage et le silence qui doit être inversé. Le langage est une libération, - pouvoir se raconter, communiquer -, et le silence une prison. C’est donc par la communication avec autrui, et non par le silence et l’abstention que la vie sociale, et la vie tout court, se dégèle et s’échauffe.

     

              L’amour de la vie ne devrait-il pas nous permettre de nous réconcilier avec ses inconséquences, ses imperfections, voire ses horreurs ? « I would prefer not to », cette formule en forme de procès fait au monde, n’est-elle pas une tentative de fuite hors de l’existence ? Une fascination nostalgique, un “sentiment océanique” porteur de l’idée d’un grand tout universel, ou plus modestement, une mare amniotique pour s'y baigner, embryon jamais venu au monde, fœtus du refus (océan/néant) qu’une mère aura retenu - elle n'a jamais accouché, elle l’a gardé pour elle seule et pour lui seul -, refusant de le jeter en pâture à l’horreur de notre monde dans toute son horreur... monde que l'on ne peut décidément pas refuser d'habiter, volontairement ou bien, comme contraint par un envoutement aujourd'hui encore mystérieux  qu'au prix d'un énorme préjudice à soi-même.

    Poussée jusqu’à son ultime conséquence, Bartleby en aura fait l’amère expérience ; une expérience amère et fatale.   

          

                                                                                       ***

      

                  Où sont aujourd’hui les Bartleby ? Tous ceux qui s'abstiennent comme d'autres se retiennent entre deux «  je préférerais plutôt pas » - véritable sésame de tous les objecteurs de conscience politique, morale et éthique, face à ceux qui toujours tranchent et se jettent à l'eau, et quand ils se noient, ce n'est jamais seuls ; ils prennent toujours soin d'emporter les autres avec eux...

    Il faut avoir lu la nouvelle de Melville et vu Bartleby tel que Maurice Ronet (1) l’a vécu, lui qui savait tout, et plus que quiconque, de la douleur des autres en lui parce qu’elle était aussi la sienne, pour réaliser à quel point ce refus du monde était bien plus grand que le personnage de Melville, bien plus grand que tout ; il y a avait dans son refus tous les refus passés et à venir, grands et petits, anonymes, ignorés de tous, renoncements qui sauvent et protègent... mais fallait-il pour autant porter ce renoncement jusqu’à l’ultime refus et souhaiter mettre un terme à l’aventure humaine ? 

    Certes ! On survit à tout, c’est vrai. Et c’est la raison pour laquelle tout peut arriver. Et c‘est aussi la raison qui fait que finalement... tout arrive. On décide de survivre à l’horreur et à la douleur. C’est notre capacité d’endurance qui rend possible toutes les horreurs. Notre obstination à vouloir vivre coûte que coûte, notre résistance font que l’horreur sera toujours sûre. Si seulement nous étions tous incapables de survivre à cette horreur ! Si seulement nous n'avions pas la folie de lui tenir tête, notre espèce, pour ne pas disparaître, ferait tout pour l’éviter, car la prochaine horreur signerait la fin de l'espèce humaine.

    Bartleby avait-il compris qu'aussi longtemps que nous survivrons à cette horreur, jamais nous n’y mettrons fin ? 

    Cachez toutes ces horreurs que je ne saurais voir ! Bartleby qui n’appartient plus à son créateur Melville depuis longtemps déjà, maintenant autonome, ce Bartleby-là a sans doute refusé d’être un tartuffe de l'horreur et de son indignation car, qu'on le veuille ou non, survivre à cette horreur, c’est accepter qu’elle nous frappe à nouveau, sans discernement comme un aveugle frappe le sol avec sa canne pour ne pas trébucher sur un obstacle ; obstacle qui lui serait fatal. Pour un peu, et à son sujet, on en viendrait à penser qu'il cherche à retrouver quelque chose qu'il aurait perdu car, quel boucan cette canne qui frappe le bitume ! Un vrai boucan d’enfer, cette canne qui cherche à retrouver quelque chose mais... devant elle ! Oui ! Devant elle ! Toujours ! Un quelque chose comme perdu... pour demain.

     

    ***

     

                   Eugène de Rastignac, Julien Sorel, Frédéric Moreau, Du Roy (chez Maupassant), aucun personnage de la littérature française du siècle de Hugo n'est à la hauteur d'un Bartleby, notre contemporain à tous avec près de 200 ans d'avance. On doit donc à la littérature de langue anglaise un personnage sculpté dans le marbre et taillé à la mesure de deux siècles déjà écoulés et de ceux qui sont encore à venir.

     

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     Bartleby réalisé en 1976 par Maurice Ronet, avec Maxence Mailfort (Bartleby), Michael Lonsdale ; film aujourd’hui oublié, salué en son temps et à sa sortie comme un chef d’œuvre. Un Maurice Ronet anti-Delon par excellence – culture, intelligence et sensibilité – que ce même Delon "tuera" à deux reprises dans les films suivants : Plein soleil et La piscine ; l’industrie du cinéma préférant la plastique d’un Alain Delon, une beauté opaque et aveugle, sans hauteur ni profondeur, sans perspective, une beauté cul-de-sac comme la bêtise qui n’ouvre aucune voie et ne fait résonner aucun appel, contre la beauté blessée d'un Maurice Ronet qui a tenu, souvenons-nous, le rôle d’Alain dans l’adaptation de Louis Malle "Le feu follet" de Pierre Drieu la Rochelle ;  un Alain pendant moderne de Bartleby ?

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  • L'humanisme européen raconté par Fernand Braudel

     

     

                  Dévastation des nations, des cultures, des coutumes, des usages  au nom d'un mondialisme pour laquelle les êtres humains ne sont que des ventres à remplir ou des Peuples à affamer et à bombarder... c’est selon leur niveau de soumission ou de résistance...

    Diabolisation de tout individu qui refuse d'adhérer à l’univers conceptuel de ce projet mondial… 

    Instrumentalisation de l'Islam aux fins de condamner des régions entières à une marginalisation irréversible...

    Hégémonie d’une alliance américano-israélo-saoudienne (l’Europe en soutien) qui a pour seul programme :  la captation et le pillage des ressources ainsi que le vol de la terre, sans oublier "la casse" des pays récalcitrants et les bombes contre les gouvernements et les Peuples qui s'y opposent...

    Chantage à l’antisémitisme et bannissement contre quiconque critique publiquement le soutien de la France à un Etat qui n'a aujourd'hui plus rien à envier à l'Afrique du Sud du temps de l'Apartheid, de l’Elysée à Matignon, de l’Assemblée au Sénat et de tous les médias dominants et des institutions européennes...

     
    Construction d’une Europe-instrument d’une mondialisation qui n’est dans les faits qu’une guerre contre les salaires et les acquis sociaux...

     

                   A l'heure de toutes ces calamités, remémorons-nous, le temps d'une lecture, ce qui a fait la grandeur de l'Europe, aujourd'hui en danger, sans doute irréversible - son humanisme -, avec Fernand Braudel : extrait de l'ouvrage : "Grammaire des civilisations" rédigé en 1962 - en partie révisé en 1966 et 67.

                  "... Aspect fondamental de la pense européenne, forgé au XIXe siècle  par les historiens allemands, Pierre de Nolhac auteur de Pétrarque et l’humanisme a revendiqué l’honneur d’avoir introduit le mot humanisme dans la langue officielle de l’Université française en 1886. Un mot tardif donc car jusque-là on connaissait les humanistes et le mot s’appliquait à un groupe d’hommes précis qui, aux XVe et XIe siècles, s’étaient eux-mêmes donné ce nom.

    Mais le mot humanisme n’est pas resté lié aux seuls « humanistes » et au seul « esprit de la Renaissance italienne et européenne ». Il a été cela et bien autre chose encore, au point qu’on a relevé les expressions d’humanisme nouveau, humanisme chrétien, humanisme pur, et même technique et scientifique.

    Sur le plan de l’Histoire, on parlera tout aussi bien de l’humanisme du XIIe siècle que de celui de la Renaissance ou de la Réforme, de l’humanisme de la Révolution française.

                 Empruntons à Augustin Renaudet une définition large :

    « On peut définir sous le nom d’humanisme  une éthique de la noblesse humaine. Orientée à la fois vers l’étude et l’action,  elle reconnaît, elle exalte la grandeur du génie humain, la puissance de ses créations, oppose sa force à la force brute de la nature inanimée. L’essentiel demeure l’effort de l’individu pour développer en lui-même, au moyen d’une discipline stricte et méthodique, toutes les puissances humaines, pour ne rien laisser perdre de ce qui grandit l’humain et le magnifie. “Tendre d’un effort ininterrompu, dit Goethe au début du Second Faust, vers la plus haute forme de l’existence“. Pareillement Stendhal disait à Eugène Delacroix en 1850 : Ne négligez rien de ce qui peut vous rendre grand. »

              Cette merveilleuse définition devrait suffire. Mais elle ne signale pas assez fortement le sens même du mouvement. D’une certaine façon aussi, l’humanisme est toujours contre : contre la soumission exclusive à Dieu ; contre toute conception uniquement matérialiste du monde ; contre toute doctrine qui négligerait l’homme ; contre tout système qui réduirait la responsabilité de l’homme car la foi en l’homme est au centre de tout humaniste et humanisme.

    Élan, démarche batailleuse vers une émancipation progressive de l’homme, attention constante aux possibilités, pour l’homme, d’améliorer ou de modifier son destin, l’histoire de l’humanisme, saccadée, coupée d’arrêts, de reculs, de contradictions évidentes dont est pavé le passé entier de l’Europe semble toujours avoir vécu dans la recherche inquiète d’une solution autre que celles de l’heure présente, à ses problèmes et à ses difficultés. D’où un désir presque maladif d’aller vers le nouveau, le difficile, l’interdit aussi, et bien souvent le scandale.

             Trois cas exceptionnels significatifs se présentent à nous : l’humanisme de la Renaissance, l’humanisme de la Réforme qui est son contemporain (1) ou presque, puis, fort loin d’eux, au XVIIIe siècle, l’humanisme véhément de la Révolution française.

              L’humanisme de la Renaissance se présente comme le dialogue de Rome avec Rome, de la Rome païenne avec la Rome du Christ, de la civilisation antique avec la civilisation chrétienne.

    Erasme, Rabelais, Montaigne… à côté de chaque humaniste, latinistes et hellénistes passionnés, on peut reconnaître avec un sourire de complicité ou de malveillance, l’Ancien qui le conduit par la main.

    L’humanisme de la renaissance est-il une lutte contre le Christianisme ?

    Qu’elle se détourne de l’enseignement traditionnel de la scolastique et de la théologie, c’est certain. Qu’elle fasse ses délices d’une littérature antique toute païenne et que le sens du mouvement de sa pensée soit l’exaltation de l’homme et que la conscience aiguë des possibilités multiples de l’homme ait préparé longtemps à l’avance toutes les révolutions de la modernité et aussi l’athéisme, nul ne le contestera.  

             L’humanisme protestant, cet immense fleuve luthérien et calviniste de la Réforme prend sa source entre le XVe et XVIe siècle sous le signe de la révolte et de la liberté. Il touche très vite les masses. Romantique et révolutionnaire, Luther hurlera : «ce n’est plus un monde comme hier où les gens étaient chassés et conduits comme du gibier». L’opposition à Rome, aux abus et aux désordres de l’Eglise est totale.

    Même si les premières églises protestantes n’ont pas créé la liberté religieuse pour laquelle elles avaient pris les armes - persécutions sans nombre dans ses propres rangs, procès, assassinats, crimes, bûchers dressés -, le savoyard Sébastien Castellion sera désormais une des lumières annonçant la voie nouvelle où finalement le Protestantisme  s’engagera.

    Dans un jeu d’influences réciproques, poussant l’Europe vers une indépendance spirituelle, la liberté de conscience chez les Protestants et l’évolution générale de la pensée philosophique et scientifique de l’Europe s’insèrent dans le grand siècle libéral : droit au libre examen, critique historique des textes sacrés jusqu’à ignorer cette scission du laïque et du religieux.

              L’humanisme révolutionnaire d’une Europe qui reste à la fois révolutionnaire et contre-révolutionnaire, issu de la Révolution française au retentissement  européen et mondial, la France devenant alors « l’âme du monde à cheval » - le mot est de Hegel -, cet humanisme-là évoquera la légitimité de la violence au service du droit, de l’égalité et de la justice sociale, de la patrie jalousement aimée car le courage de la violence – courage de mourir ou de frapper -, ne s’accepte que s’il est le seul moyen de fléchir le destin, de le rendre plus humain, plus fraternel.

               Retrouvons à nouveau Auguste Renaudet et son humanisme, éthique de noblesse humaine : « Une telle éthique impose à la société un effort constant pour réaliser, en elle, la plus haute perfection des rapports humains ; une immense conquête, un immense travail de culture, une science toujours plus élargie de l’homme et du monde. Cette humanisme fonde une morale individuelle et collective ; il fonde un droit et une économie ; il aboutit à une politique ; il nourrit un art et une littérature ».

     

    ***

     

             Jamais cette éthique-là n’a été autant moquée, bafouée, méprisée, piétinée, martyrisée puis finalement ignorée d’une oligarchie mondiale vorace, crapuleuse et barbare... au service d'un projet mondial d'une régression sans précédent.

     

     

    1 - Dommage que Braudel n'ait pas su voir dans le Christianisme un humanisme - sans doute le premier -, avec le pardon, la compassion et la miséricorde.

     

     _______________

     

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  • Etudes sur le genre : en être ou ne pas en être.... qui, quoi et comment - 2

                    

     

                    Simone de Beauvoir, Judith Butler...

                    Les années ont passé, «Trouble dans le genre» a continué son chemin, et avec ceux qui étaient motorisés... sa route, sans son auteur.

    Confusion des genres... le malaise s’est accentué lorsque des prétentions universalistes ont été avancées ; prétentions qui ressemblent fort à une injonction d’obtempérer à propos de l’indétermination des genres, voire… de leur non-existence, faisant des hétéros (et des homos aussi, embourgeoisés et pénards) bien assis sur leurs convictions, debout sur leurs deux jambes mais sans arrogance pour autant, des refoulés névrosés ; c’est Knock qui fait son grand retour car n'en doutez pas un seul instant :  un hétéro bien dans sa peau (et un homo), c’est un Queer et un Transgenre qui s’ignorent.

    Il est bon de rappeler que les "gender studies" sont conduites en majorité par des femmes - une explication s'imposera ; elles ont été longtemps brimées -, militantes lesbiennes, célibataires sans enfant qui ont élu domicile dans des campus universitaires à la vie minuscule - microcosme et ghetto -, comparée à un réel sans bornes ni frontières, d'une complexité et d'une diversité gigantesques et insondables.

    Est-ce à dire que toutes ces études seraient leur mauvaise conscience à tous ? Mauvaise conscience qui alors relativise la portée universaliste et la puissance de raisonnement de tous ces acteurs « juges et partie » pour lesquels ces études sont autant un sujet dans lequel s’investir intellectuellement qu’une thérapie ? Pour ne rien dire d'une recherche de légitimation de leurs choix de vie car, rien n'est plus contraignant et culpabilisant que la marginalité même si l'on se serre les coudes et que l'on se tient chaud les uns les autres dans un entre-soi à la fois sécuritaire et réconfortant, et plus encore, lorsque qu'un désir de reconnaissance sociale vous taraude encore malgré tous vos renoncements, notamment auprès des intellectuels, des cercles universitaires et des médias.

    Certes, on se soigne comme on peut  : soit avec des médocs (merci la psychiatrie !), soit avec un investissement de soi sur soi dans un monde qui n’attend personne au bord de la route et n’écoute qu’une voix : celle du bon sens dans le sens de ses affaires et du contrôle de tous. Encore et toujours le contrôle !

                  Tout questionnement est salutaire d‘où qu’il vienne. Ce qui est regrettable, ce sont les conclusions d’un tel questionnement ; conclusions qui confirment la mauvaise conscience qui taraude leurs auteurs.

    Finalement, on se demandera s'il n'y a pas plus "aliéné" qu'un chercheur- chercheuse-militant-militante en "gender studies". Et puis, qui nous dit que tous ces LGBT (lesbiennes, gays, bi-sexuels et trans) ne sont pas les victimes d’un conditionnement culturel ? Cette nouvelle génération-là, post-de- Beauvoir et post-Butler, ne serait-elle pas aujourd’hui hétéro si elle n’avait pas baigné dans une autre culture que celle des LGBT ?

    Quant à prétendre que la remise en cause des "études sur le genre" est réactionnaire… ce qui est réactionnaire c'est de nier qu'il ne puisse jamais y avoir un décalage entre le sexe biologique et l'identité sexuelle d’une personne ; et rares sont ceux qui s'y collent : tout le monde connaît la problématique transsexuelle depuis les années 70 ; la souffrance d'une femme dans un corps d'homme, d'un homme dans un corps de femme.

    Il n'y a pas plus femme qu'une lesbienne finalement ; pour preuve, le fait qu'elle recherche en priorité la compagnie des femmes et non celle des hommes, et le fait qu’elle ne se trompe jamais ; Simone de Beauvoir non plus quand elle mettait dans son lit de jeunes étudiantes. Idem quant à l’homosexuel qui n'envisage pas d'intimité avec une femme. Eux tous ne s'y sont donc pas trompés quant à leur capacité à pouvoir identifier un homme, partenaire sexuel potentiel, ou une femme… selon le cas.

                   A propos de la domination masculine et hétéro... et si cela peut être considéré comme « ringard » de n’être qu’hétéro… on pensera à Beatriz Preciado (auteure espagnole) qui se dit queer : testostéronnée comme personne, elle a la réputation de ne jamais se déplacer sans un gode- ceinture de 26 cm (rien moins !) avec une seule idée en tête : en faire un usage immodéré sur tout ce qui de près ou de loin ressemble à être humain… à partir de quel âge ? Elle ne précise pas ; et pour les animaux non plus.

    A son sujet, on peut être sûr d’une chose : si elle est queer, elle est aussi et surtout une femme qui n’a qu’un regret : ne pas être un mec obsédé bi-sexuel équipé d’un pénis  de 26 cm de long. Et ça, si c’est pas ringard ou réac comme aspiration, alors, les mots n’ont plus aucun sens.

                  Qu'on se le dise : les hommes existent bien et les femmes aussi. Ceux qui nous le rappellent, et avec quelle acuité et quelle urgence ! sont précisément ceux qui, nés homme, n’ont qu’un désir : être femme ; et celles qui, nées femme, n’ont qu’un souhait : devenir homme.

    Il suffit de se pencher sur leur souffrance à tous - jusqu’à se donner la mort parfois - (même après une opération et un changement d’état civil) -, pour réaliser à quel point l’homme est homme tout simplement parce qu’il ne lui viendrait pas à l’idée de souhaiter être une femme, et la femme… être un homme, en l'absence de tout appel intérieur d'une exigence incompressible pareille à une douleur insoutenable.

    Curieusement, ce n’est pas la norme qui confirme cette loi mais… la rupture avec cette norme qui nous guide, nous tire et nous ramène vers cette loi d’une nature-culture décidément têtue et qui plonge dans le désespoir celles et ceux qu’elle maltraite injustement ; nature-culture qu’il serait vain de dissocier et tout aussi spécieux de dénoncer car après tout, un transsexuel est autant guidé par la nature que par la culture : celle de la civilisation auquelle il appartient et qui lui aura permis l'identification du mal qui le ronge tout en pouvant l’expliciter ( "Oui, je suis bien une femme dans un corps d’homme !"), ainsi que la possibilité de pouvoir en tirer toutes les conséquences ; possibilité encore impensable aujourd'hui sous d’autres tropiques que cette remise en cause d’un état de naissance qui, pour tout le monde, bafoue la liberté car on ne choisit pas son sexe, et qui, pour quelques uns, est à l'origine d'une bévue qui frise la bavure, la nature pour seule responsable.

    Mais alors, qu’il soit donc simplement permis à chaque être humain d’être ce et qui il doit être pour se tenir debout, fier et digne ! Même si on ira jusqu'à lui conseiller, s'il appartient à une minorité, d'éviter de s'attaquer frontalement à une majorité sans pitié à l’endroit de ceux qui osent semer le doute quant au bien-fondé de ses préjugés, fruits d’une ignorance et d’un manque de compassion chroniques, mais pas seulement : la vérité est un mille-feuilles, et rares sont ceux qui demandent du rab car, avec elle, on est très vite rassasiés.

                  Toujours sur le chapitre du « réactionnaire»… que ceux qui souhaitent encore réfléchir là où plus personne n'ose se poser de question - comme à propos du mariage gay -, en soient remerciés car ils nous permettent d’appeler à la barre la culture, et pas simplement un "parce que c'est mon choix et que j'y ai droit" infantile et dictatorial qui clôt tous les débats et empêche la rencontre d’esprits éclairés, informés et avisés. Et cette non-rencontre est à déplorer, toujours !

    Et si d'aucuns ont reproché une mobilisation conservatrice déployée avec énergie et détermination : mieux vaut une confrontation musclée, qu'une indifférence aux faits de société ou une adhésion béate irréfléchie et moutonnière.

    Des questions auront été posés et re-posées à l'occasion de ce projet de loi (Elisabeth Badinter, Sylviane Agacinski) qui fait aujourd'hui Loi ; le débat ré-ouvert au sujet de la filiation, de la famille ;  des notions importantes auront été rappelées. Certes ! Le passé a prévalu chez ceux qui se sont opposés à cette loi. Gardons toutefois à l'esprit le fait que le Passé est une version du Présent, incomplète certes, mais... notez qu'il s'agit quand même du Présent.

    Finalement, c'est un peu une partie de notre histoire qui nous aura été contée.

    Quant à ceux d'en face, qu'avait-il à dire, à rappeler sur la famille, les enfants, la filiation, l'adoption... le rôle parental, les religions... pas grand-chose sinon…moins encore, enfermés qu’ils étaient dans un « même droit pour tous » qui n’explique et n’éclaire rien et qui cache très certainement le vide d’une pensée « slogan » et « valise ».

    Face à cette résistance au "mariage homo", personne ne posait et ne se posait plus aucune question ; un seul verdict a prévalu à l’encontre des opposants : "homophobie" et "fascisme".

    Georges Bernanos (pour ne citer que lui) qui se serait opposé à ce « mariage pour tous » aurait-il pour autant donc rejoint lui aussi, le camp des fascistes et des homophobes ?

    A tous, on leur laissera la responsabilité d’une accusation aussi farfelue qu’intellectuellement indigente tout en sachant que l’on préférera de loin des êtres revêches aux moutons bêlants. Et si la contestation d’un tel projet de loi fait exception partout en Europe, cette exception culturelle propre à la France ne nous rabaisse nullement ; cette exception est porteuse d'espoir car elle fait de nous un Peuple encore insoumis. Et par les temps qui courent, ça peut être utile.

                     On accueillera toujours comme une bonne nouvelle tout débat même intolérant ; et personne ne nous imposera un communautarisme contre un autre.

     

    ***

     


    Entretien avec Alain de Benoist sur la théorie du genre... 

     

                 Sans famille (couple stable dans la durée avec enfants), arc-boutés à une conception et une interprétation conflictuelles des différences (de moeurs entre autres) chez les êtres humains, tous ces militant(e)s-chercheuses de l’anti-genre sont-ils seulement encore capables de comprendre sur quoi se fonde la société et comment le lien social perdure ? S'ils sont en rupture avec leurs origines, noyau familial qui les a fait et vu naître et qui les a accompagnés jusqu’à cette rupture, sont-ils néanmoins encore à même de garder à l’esprit que la société moderne, qui regroupe des individus autonomes, tient par la « convention », des usages et des normes au service d’un ordre social qui se doit de rester stable mais non figé pour autant, mû par la volonté d’agir conformément à la raison et à l’intérêt général ? Une raison qui se développe à travers une adhésion à de normes transmises par les institutions et l'Histoire...

    Et que font-ils de cet homme indéterminé, dans un environnement qui le serait tout autant… un environnement fluctuant, aux normes changeantes, voire…privé de conventions, un homme qui se construirait seul au gré de ses humeurs, de ses envies, de ses pulsions… sans aucun souci de l’intérêt général ? Un monde dans lequel seule importerait la préoccupation suivante : « Qu’est-ce que je veux » et non pas… « qui suis-je ? Et qui sommes-nous, nous tous... tous ensemble ? ».

    Si d’aucuns se complaisent dans l’indéterminisme, devons-nous pour autant faire semblant de partager cette complaisance tout en refusant de comprendre ce que l’on sait et tient pour vrai et d'authentique en nous, à savoir : qui nous sommes, et pourquoi ?

    Ou bien alors, nous proposent-t-ils d’organiser la société autour d’êtres humains incapables de se déterminer, des êtres centrés sur eux-mêmes, sur la satisfaction seule de leurs désirs, sans responsabilité envers quiconque, sans chercher à contribuer au bien-être collectif … errant dans les rues, tels des zombies, la dernière relation dite « sexuelle » qu’ils viennent d’avoir ne leur ayant toujours pas permis de savoir qui ils étaient pour eux-mêmes et pour l’autre non plus qui n’en avait sans doute rien à faire ?

    De plus, la stratégie qui consiste à conspuer la majorité afin de parvenir à trouver sa place en tant que minorité - et plus encore si cette minorité est privée de tout prestige et d'influence -, est une erreur que cette majorité fait payer très cher à quiconque s'obstine à vouloir la discréditer ; quant au choix d'une posture victimaire, déjà très sollicitée sans relâche, il semblerait, aux dernières nouvelles, que l'on ait déjà capté de cette majorité toute l'attention compassionnelle dont elle est humainement capable : premier arrivé, premier servi. Par conséquent, il ne reste que quelques miettes qui combleront difficilement toute espèce d'appétit, pantagruélique de surcroît, de commisération générale pour une cause qui, certes, en vaut bien d'autres.

    Il se pourrait bien que les "gender studies" dans sa composante la plus radicale qui nie le genre, ne soient qu’une version hypertrophiée du féminisme, une sorte d’excroissance : perte de contrôle intellectuel et puis, celui des faits aussi ; insatiabilité : plus, toujours plus de raisonnements et d’affirmations péremptoires qui, là encore, doivent bien cacher une difficulté d’être au monde, et une culpabilité inconsciente ou non ; celle propre à tous les êtres en rupture dans une société du consensus mou et passif.

    Qu'à cela ne tienne : n'oublions jamais que c’est bien la norme qui permet à quelques "happy few", et pour peu qu'ils le soient... "heureux", de s’en affranchir, en sachant que si l’exception est permise, si on peut enfreindre la règle, c’est que cette exception ne la remet pas fondamentalement en question ; et c’est souvent la solidité de cette règle (norme, usage, convention) qui permet de s’en départir en toute sécurité, ouvrant ainsi les portes de la dissidence et de la rébellion au service d’un vivre autrement tout à fait gérable par tous.

                    Aussi, il y a de fortes chances que tous les pourfendeurs du genre aient besoin d’un ordre social solide, qui repose donc sur sa majorité hétéro et sa minorité homo socialement stabilisée – mariage, pacs ; ordre social qui nous protège du chaos d’une indétermination généralisée qui ouvrirait la boîte de Pandore de tous les maux qui jalonnent déjà notre histoire dans son parcours d’une cruauté auquelle la raison ne survivrait pas longtemps.

     

    Pour prolonger, cliquez : Homme et femme assurément

     

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    La théorie du genre : entretien avec Yann... par JaneBurgermeister

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  • Le meurtre, moteur de la production humaine

     

             

     

               " Aujourd’hui, il n’est plus question de rentabilité... de retour sur investissement, car le besoin légitime d’un retour sur investissement finit là où commence la recherche effrénée du profit maximal et cette recherche-là, c’est la recherche du seuil de rupture des modes de production et de fonctionnement musculaires et psychiques de l’espèce humaine salariée. Le fameux point mort, c’est ça !

    Le moteur de cette production inhumaine, c’est le meurtre ! C’est la recherche perpétuelle du concurrent à trucider, pour occuper seul la place et imposer sa loi. Et si d’aventure on ne peut pas le tuer ce concurrent, eh bien, on s’entend avec lui sur le dos de tous les autres ou bien, on le neutralise, on l’absorbe, on l’avale et puis, dans le même temps, on expulse tous les éléments non assimilables ; éléments devenus du jour au lendemain des matières fécales dont il faut au plus vite se débarrasser avant de déféquer en douce, à l’abri des regards indiscrets. Et là, triomphants et enfin seuls, ils maintiennent les mêmes cadences infernales pour, cette fois-ci, non pas tuer la concurrence mais engranger des bénéfices colossaux.

    L’entreprise, c’est une machine de guerre incestueuse, scatologique et anthropophage : on bouffe du salarié, du concurrent et du fournisseur et même... du client quand ce client est timoré, dubitatif ou insolvable. Comme vous voyez, ils ne supportent personne ! Ils ne supportent que trois choses : le besoin qu’il faut créer, le monopole pour le satisfaire et le profit pour ne pas perdre son temps et son argent. Une fois la concurrence éliminée et puis, une fois la source tarie, on jette tout le monde : les clients, les salariés improductifs et usés... et les fournisseurs récalcitrants : ces fournisseurs fortes têtes qui ne veulent pas se plier aux conditions de leurs donneurs d’ordres.

    Dans ce système, tout le monde est le client et le fournisseur de tout le monde et seuls les donneurs d’ordres sont aux commandes : plus intolérants, plus misanthropes qu‘eux, vous ne trouverez pas.

    Le commerce, c’est la haine ? On fait des affaires la haine au ventre... et le couteau entre les dents car le moteur de cette production-là, c’est bien le meurtre. Le monde de l’entreprise c’est un monde totalement orienté vers une logique de guerre, et, dans la guerre, on ne laisse aucune chance à l’adversaire. On ne partage pas, non plus, le butin ou les territoires conquis avec les troupes qui vous ont permis de gagner cette guerre. Une fois les objectifs atteints, on démobilise tout le monde. Aux soldats, on leur donne une médaille en chocolat pour toute consolation, pour toute indemnité et pour toute récompense.

    Ils sont prêts à tuer père et mère pour survivre même si ce système les condamne tous ! Oui, tous ! Car ce système de production ne roule pour personne d’autre... sinon pour lui-même, tout en sachant comme nous le savons maintenant qu’il faudra qu’ils se sacrifient tous les uns après les autres quand le moment sera venu pour eux de se retirer parce qu’un plus performant qu’eux les aura balayés, eux et leurs salariés, leurs fournisseurs et leurs clients ! Leurs successeurs pourront toujours se réjouir et ceux à qui ils distribuent des miettes, avec eux, insoucieux qu’ils sont, les pauvres bougres, du sort qui les attend !

    Le moteur de ce système, c’est bien le meurtre : celui du meurtrier et de ses victimes et puis encore... le meurtre de ce même assassin qui se donne la mort... en tuant. Bientôt, il n’aura plus de nom ce système ! On ne sait déjà plus comment le nommer ! Il n’a déjà plus de visage ! Lorsque le sacrifice de tous contre tous sera partagé par tous, en kamikazes d’une défaite universelle, ce système sera sans morale et sans honneur, car sous le couvert de l’anonymat, tout lui sera permis ! Absolument tout !

    Alors, aujourd’hui, qu’est-ce qui nous reste à célébrer ? Je vous le demande ! Sûrement pas la vie ! Pourquoi faire ? Pourquoi croyez-vous que les femmes n’enfantent plus là où ce système triomphe sans conteste ? Il vient de là, le déficit démographique ! Cherchez pas !

    Quelque part au fond de nous-mêmes, nous savons tous que nous sommes tous... déjà morts."

     

    Extrait du titre "Confessions d’un ventriloque


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  • L'horreur médiatique avec Jean-François Kahn

     

     

                  
                   Quand JFK s'en prend, ou du moins, croit... s'en prendre aux médias dominants, médias de masse... c'est Papy qui fait de la résistance... avec des armes en plastique et des fusils painball face à un ennemi pourtant redoutable : les actionnaires des médias et l’Etat.

    Car, après Pierre Carles, Acrimed, et tout dernièrement, le sociologue allemand Niklas Luhman qui nous montre que les médias n’informent pas sur le réel mais le sélectionne par bribes et le fabriquent (à propos de Luhman, c’est ICI)… force est de constater que la dernière publication de JFK, "L'Horreur médiatique" (chez Plon, 178 p., 10 euros que vous n'aurez nul besoin de dépenser... rassurez-vous !) ne se donne les moyens de rien et sûrement pas de nous expliquer quoi que ce soit sur qui que ce soit.

     

    Quant aux exemples que notre papy a sélectionnés aux fins d'illustrer ce qu’il croit sans doute être une attaque sans précédent contre le mode de fonctionnement des médias…  - jugez plutôt : l'affaire Léonarda, l’affaire Clément Méric et l’affaire Abdelhakim Dekhar - le tireur fou -, là encore, force est de conclure que Papy Kahn prend soin de ne se fâcher avec personne… ses amis, collègues et autres compagnons de route d’une carrière médiatique à propos de laquelle il y a fort à parier qu'elle ne laissera aucune trace… ou bien alors… sous la forme d'une longue trainée de bave, celle d'un escargot qu’il aura été, long et lent à la comprenette.

                 En effet, tout au long de l'ouvrage, JFK évite de poser la question suivante : pourquoi les médias se refusent à toute analyse exhaustive pour une représentation objective, contextuelle et prospective des personnalités, sujets, catégories et pays suivants :

     

                 - Dans un premier temps : Poutine, l'Iran, le Hamas, Dieudonné, Mélenchon,Tariq Ramadan, Alain Soral, Hugo Chavez, Taddéï, les représentants syndicaux en rupture de ban et grandes gueules, les classes populaires, les rappeurs, les Musulmans, les femmes voilées, les économistes alternatifs, les partisans d'une autre Europe avec ou sans l'Euro, la critique de l'Otan, les anti-nucléaires (1)…

     

                  - Et dans un second temps :  - Pourquoi les médias ne s'autorisent plus aucune critique des USA et d’Israël ?

                                                           - Pourquoi les médias sont complaisants avec les Femen et impitoyable avec les représentants de "la manif pour tous" ?

                                                           - Pourquoi les médias refusent, à propos des conflits dans lesquels sont impliqués les USA, Israël, l'Arabie Saoudite et le Qatar, toute mise en perspective géopolitique, historique et économique qui prendrait en compte les intérêts de toutes les parties  concernées, du Liban à la chute du mur de Berlin, de la Somalie aux événements du 11 Septembre, de l'Afghanistan à l'Irak, la Libye, la Syrie et la menace qui pèse sur l'Iran... jusqu'aux derniers soulèvements de l'Egypte... quand on sait qu'en dernier ressort,  ce sont rarement les peuples qui décident de leur avenir mais plutôt les véritables protagonistes-instigateurs de tous ces conflits… car, se refuser à toute mise en perspective globale, c'est encore une fois prendre le risque de déconsidérer la profession de journaliste à propos de laquelle la rumeur va bon train : "Qu'est-ce qu'il y a de plus bête qu'un journaliste ? Un autre journaliste, grand-reporter de préférence !"

     

                A propos de toutes ces questions, nos réponses ne se feront pas attendre.

     

           Sont en cause...

     

                             1 - Les actionnaires de ces médias : la Banque, l’Industrie du luxe et de l’armement, tous voués, l'Etat compris, à la cause d’une mondialisation sans scrupules, sans honneur ni justice, dévastatrice des cultures, des peuples, des nations, des démocraties, des souverainetés, des régimes et de la moindre aspiration à plus de justice pour tous dans un environnement qui aurait pris toute la mesure de la nécessité de repenser la complexité du monde, pour mieux nous proposer un monde virtuel, sans altérité ni pluralisme.

     

                           2 – Les salariés de ces médias, plus connus sous le nom de "journalistes"… qui occupent ce qui n'est plus que des « jobs » dont on ose à peine montrer la feuille de paie, de honte et de peur du ridicule selon le principe suivant : « Dites-moi combien on vous paie et je vous dirai quelle idée on se fait de l’emploi que vous occupez ». Et puis, les gros salaires de «patrons de presse» qui, dans les faits, ne sont que des salariés sur-payés dont la tâche principale consiste à maintenir un statu quo autour du métier de journaliste : Laurent Joffrin qui vient d’être remercié par les actionnaires du "Nouvel Observateur" pour mauvais résultats, tout chef de vente qu’il était… et sûrement pas pour manquement à ce pour quoi il avait été embauché - "pas de vague, pas de vague, surtout pas de vague !" - était l'archétype même du salarié sur-payé pour veiller sur une omerta et sur un "politiquement correct" lucratifs certes ! mais déshonorants.

    Profession chaque jour humiliée : une formation au rabais, un statut précaire, pas de culture politique, moins encore… de connaissances géopolitique, philosophique et historique ; quant à l’économie… en dehors du crédo libéral voire ultra libéral... « le marché, tout le marché rien que le marché et Wallstreet !»… on déplorera une méconnaissance abyssale des  « théories de rupture économique » ; profession dans laquelle une soumission totale est exigée… sinon... c’est la porte et Pôle-emploi avec obligation de reconversion car la presse est un petit milieu ; on a vite fait d’être black-listé (2).

     

                             3 - La passivité des lecteurs car il semblerait que... très vite, tout abonné qui pense avoir trouvé son journal fasse rapidement le choix de se réfugier dans une acceptation quasi totale de ce qui lui est à la fois donné à lire et de ce qui ne lui est jamais donné à découvrir et à comprendre, sans doute dans le souci d'une tranquillité d'esprit et d'un meilleur confort mental car, il est vrai que rien n'est plus anxiogène que la dissidence quand on n'y est pas préparé soit en tant qu'acteur ou soit en tant que témoin-lecteur-téléspectateur.


    Surprenante la rapidité avec laquelle des lecteurs et autres auditeurs renoncent à chercher à savoir ce qu'ils ignorent sous prétexte qu'ils croient que leur journal ou leur radio leur dit tout ! Et comment tout esprit critique leur apparaît soudain comme une attaque frontale intolérable contre ce nouvel ordre médiatique auquel ils ont choisi de se soumettre. Il est vrai que le meilleur des esclaves est celui qui se passe lui-même la chaîne autour du coup avant de verrouiller le cadenas et de jeter la clé.

    Arrive alors la certitude suivante chez des lecteurs critiques et avisés : si d'aventure, un journaliste devait penser différemment, il ne pourrait à aucun moment l'écrire. D'où, les raisons du discrédit de ces médias (83% des Français ne leur font pas confiance) dont les propriétaires refusent que des points de vue divergents puissent s'exprimer au sein des rédactions car toutes doivent converger : du Nouvelobs au Figaro ; et c’est la raison pour laquelle tous vont et viennent d’une rédaction à l’autre ; il suffit de penser à un Franz-Olivier-Giesbert : il les a toutes faites !

     

              Sans doute dans le souci d'échapper à une mise en accusation redoutable, quasi mortelle professionnellement, commercialement et socialement  - à savoir : l'accusation de conspirationnisme contre tous ceux qui auraient la malveillance de voir un tout petit peu plus loin que le bout de leur nez et leur fiche de paie -, les rédactions demeurent comme pétrifiées et redoutent le faux pas, celui que leurs actionnaires et leurs alliés - la caste politico-économique et quelques leaders communautaires et d'opinions -, ne lui pardonneront pas.


    Et pourtant... souvenez-vous : il y a 40 ans, les "conspirationnistes" d'aujourd'hui portaient tout simplement le nom de "journaliste d'investigation". Mais alors... comment en 20 ans est-on passé d'un journalisme spécialisé et d'investigation à la parole d'experts à la solde des multinationales et des chancelleries, jusqu’à l’arrivée d’Internet qui permet aujourd’hui une prise en charge alternative de cette information qui n’est plus... car, n'étions-nous pas tous en droit d’espérer que les médias soient un outil dédié à la diffusion... à partir d’une actualité donnée, un fait de société, une préoccupation d’ordre politique ou économique, une question qui toucherait à l’éthique, de toutes les analyses disponibles émanant d'acteurs avisés et informés ?

    Ou pour le dire autrement : n'étions-nous pas tous autorisés à appeler de nos vœux des médias ouverts à tout ce qui se pense sur un sujet en particulier et pas simplement à ce que la rédaction du journal souhaite donner à penser à ses lecteurs car, à bien y réfléchir, les journaux indépendants financièrement (après tout, le groupe médias Lagardère est lui aussi financièrement indépendant !), sont libres de tout sauf de l’opinion de ceux qui les financent, lesquels sont à l’origine de tous les choix éditoriaux qui sont faits (3). Or, des choix éditoriaux n’ont jamais fait avancer l’information quelle qu’elle soit sur quelque sujet que ce soit car, si un journal peut être libre, il ne l’est sûrement pas de sa propre propagande – choix par avance biaisé donc parce qu’en faveur d'une information aux couleurs du drapeau de la rédaction du journal.

    Pour cette raison, l’avenir n’est pas à « une information libre » qui n’est qu’un slogan. Non, l’avenir est bien à toute l’information disponible sur un sujet donné ; une information qui, à un instant T, reprendrait toutes les analyses produites. Et cet avenir-là, qu’on le veuille ou non, souhaitable ou pas, c'est Internet et son temps réel qui l’a déjà sculptée et rendue quasiment inévitable.

     

                Aussi, le constat suivant s'impose, un rien terrifié : en l'absence d'Internet, force est de constater qu'il n'y aurait aujourd'hui plus aucun moyen de diffusion d'une liberté de penser qui ne doive rien à des médias sous influence et qui, pour leur déshonneur, ont réduit cette liberté à une peau de chagrin.

    Mais alors, est-ce à dire qu'il y aurait un ange qui veille sur nous ? Car si Internet permet encore la liberté d'expression, Internet, c'est aussi la balle qu'un système verrouillé à double tour, est encore capable de se tirer dans le pied, et ce à notre grande satisfaction.


                Décidément, personne n'aura ce qu'il veut ! Ni eux qui ne veulent rien pour nous, ni nous qui voulons tout face à ce rien qui nous est proposé, car Internet, aujourd'hui, c'est bien toute la mémoire du  monde ! Et moins on oublie, plus on se souvient... et plus on se souvient, plus difficile est le mensonge.

     

    ***

     

                Allez papy JFK... encore un effort ! Côté dissidence, t'y es presque même si... à des années lumière !

     

     

    1 - Ceux qui seraient tentés de penser qu'il manque MLP (Marine le Pen) à cette liste seraient avisés de prendre en compte le fait suivant : MLP est bien mieux traitée par les médias que Mélenchon pour la simple raison qu’elle est utile au PS qui, bon an mal an, contrôle le score du FN... contrairement à Mélenchon : son ennemi juré. De plus, on peut chaque jour faire le constat suivant : les médias ont bien plus de mépris pour Mélenchon d’autant plus que MLP remplit admirablement son rôle qui consiste à stigmatiser les Français issus de l'immigration maghrébine, les Musulmans et l’Islam... autres ennemis jurés de médias sionistes qui peinent à cacher un biais anti-Arabe et anti-Musulman.

     

    2 - Qui a dit : "Un bon et un vrai journaliste est un journaliste non pas mort mais un journaliste au chômage ou bien, un journaliste à la tête de son propre journal" ? A ce propos, on peut se reporter à la vidéo de Guillaume de Rouville : ICI

     

    3 - Il suffit de penser au dernier né (il y a cinq ans) : Médiapart, un journal dit indépendant... obnubilé par les effets mais absent sur les causes... et qui valide grosso modo tous les choix atlantistes de la France et de l'Europe ainsi que toutes les réformes sociétales du PS qui n'ont pourtant qu'un seul but : masquer la liquidation des droits sociaux et démocratiques, diviser le pays et continuer "de l'occuper" en alternance avec l'UMP pour le plus grand profit d'une l'oligarchie mondialiste auquelle tous sont redevables : carrière, niveau et qualité de vie.

     

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  • Contre Sénèque : l'éloge de "La Colère"

     

                   Victime de la colère de Caligula puis de son successeur, Claude, dans le livre III de « La Colère » (titre original : De ira), Sénèque, exilé en Corse, ne pourra que condamner cette colère chez les Césars, Empereurs de Rome (il en aura connus ou « subis » cinq) ; mais pas seulement chez ces derniers : il déconseillera la colère à l’esclave car, en bon stoïcien qu'il était, Sénèque était d’avis que « … l’on ne se révolte pas pour le seul bénéfice d’une souffrance plus grande encore », refusant même d’accorder à l’amour-propre la moindre considération.

                 En revanche, Aristote vantait la colère comme un aiguillon nécessaire et efficace. Aussi, qu’il soit permis ici de faire l’éloge de La Colère : celle des humbles, des sans-grades et des humiliés contre la colère d’un notable aux ambitions sociale et politique contrariées, comme ce fut le cas de Sénèque.

     

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               On aura beau chercher à nous expliquer comment on extirpe la colère ; à défaut, comment on y met un frein, comment on la réprime et la refoule quand son torrent menace de tout emporter...

    Pour la juguler, d’aucuns comptent sur le temps qui guérit bien des maux ; d’autres jugent ce remède trop lent car la colère, impétueuse, emportée par elle-même, avance à pas de géant.

    Si nul âge n'en est exempt, néanmoins, rien n’est plus difficile que de cultiver cette colère - de « rester en colère » -, jusqu’à un âge avancé car plus on vieillit plus on est tenté de baisser les bras : la résignation puis la soumission guettent,patientes : en effet, tôt ou tard...

    Et c’est déjà la mort, cette résignation et cette soumission ! Son anti-chambre, pour sûr ! car la grande faucheuse n’est alors, elle non plus, jamais bien loin.

     

               La colère n’est pas une manifestation de faiblesse. Élan, ardeur, elle croît du fait des obstacles : ceux dressés par l’injustice et l’arbitraire. Elle sévit là où la loi commande aussi bien que là où la force fait le droit. Des foules ont marché en masse sous son drapeau sans rien craindre, se jetant au devant d’innombrables périls.

    La colère est la plus constructive des frénésies.  Sans elle, aucune victoire n’est permise, ou bien alors... que l’on nous cite un Peuple,un seul, qui ait renoncé à la colère et qui n'ait pas été livré à un arbitraire plus insoutenable encore ? Humiliation accrue pour toute victoire et pour toute récompense.

    Aussi…

    Malheur aux Peuples qui n’ont pas connu la colère ! Esclaves ils sont, esclaves ils demeureront !

     

                Vertige effréné, flétrir la colère, cet utile auxiliaire de tous les combats, c’est faire l’éloge de la servitude.

    Rien de ce qui relève de l’humain n’est étranger à la colère ; la colère est le propre de l’homme, et le rire n’est que la manifestation de son triomphe. Se priver de la colère, c’est désarmer l’âme, lui ôter son élan et c’est se condamner à l’inertie.

    Dard enfoncé dans le flanc de la conscience humaine et de sa condition, la colère ne confie sa vengeance à personne d’autre qu’à celui qui la porte : l’exécuteur.

    Feux autour des places, supplices, rien n’est comparable à la fureur de la colère, et rien ne réjouit autant que son visage menaçant ; visage pourpre, d’une teinte sanglante, impatient de dévorer une proie qui déjà exhale les restes de sa vie : en seconde et en poids de chair humaine.

    Respiration entrecoupée, agitations, exclamations, des hommes les plus sages, les plus éclairés l’ont cultivée et entretenue jusqu’à  l’embrasement.

    Sans la colère, pas de liberté. Vertu tournée contre tous les vices, la colère ne coûte cher qu’à celui qu’elle prend pour cible. On ne peut la ramener qu’à une seule raison : frapper encore plus fort.

    Voyez ! Par la colère, un père est fier de son fils, un enfant fier de ses parents, un époux fier de son épouse.

     

               La colère surpasse toutes les vertus.  Si les guerres sont l’expression de la force des oppresseurs, la colère d’essence plébéienne est l’explosion de la révolte des humiliés.

    Soulèvement de l’amour-propre, la colère est le plus haut des sentiments : elle rassemble les nuages, éclate en tempêtes, tourbillonne en un cyclone.  Rien au-dessus car la majesté l’accompagne. 

    Où trouver une telle majesté chez l’homme résigné et soumis ? Ne cherchez pas ! Vous ne trouverez rien, sinon... l'abaissement et la laideur de la soumission.

    Aucune vertu à souffrir par humilité ni à tolérer l’outrage par humanité donc.

     

                  Adapter ses forces aux obstacles, et ses moyens au but, la colère ne s’épuise alors jamais. Laissons à la colère le plus de liberté possible sans chercher à modérer son intempérance. 

    Jaillissant en traits de flamme, bouleversant toute la condition humaine, avec la colère, l’intention est tout, et l’acte n’est rien.

    La colère n’ignore aucune injure.  La colère vient à nous, tout comme nous qui venons à elle... elle qui nous attendait, qui nous espérait comme aucune autre. C’est la plus fervente et la plus chaleureuse des maîtresses. Quand elle survient, impossible de la repousser. Elle nous attire, tout comme nous la charmons.

    La colère appelle aux armes. La colère n’amortit rien ; elle éclaircit le nuage qui offusque la bienséance.  La colère n’abandonne rien au temps car seul le flux et le reflux du présent importent.

    De colères, n’en refoulons aucune. Permettez tout à la colère car tel est son souhait. Contentez-la !

     

              Vaincre la colère c’est refuser de vivre debout, en homme libre ; c’est  se soumettre à l’oppresseur. 

    A la fois ordre et commandement, face à la colère, ne réclamons le secours de personne. Bien au contraire : accompagnons-la  jusque dans ses dernières témérités…

     

                La colère est une plainte qu’arrachent les grandes injustices. Seule la colère ouvre la voie à la liberté, jamais la servitude. La colère est courage. Succédant à la réflexion sans l’inspirer entièrement - même s’il est bon que la colère puisse être à la source de tous les questionnements -, la colère n’accroît aucun tourment car elle est bel et bien l’unique allégement des souffrances les plus vives.

    Seul le complot frappe de nuit ; la colère, elle, frappe en plein jour.

    La colère ne connaît le pardon qu’une fois l’adversaire terrassé.

    La résignation est un vice qui encourage tous les vices. La colère est une vertu qui se propose de donner l’exemple : celui d’une « saine colère » car la colère n’est ni rancune ni vengeance, elle est jugement. Face à la surdité de la tyrannie, la colère est donc bien la meilleure des conseillères.

    La colère n’est pas ébranlement de l’âme mais sa résurrection et son affermissement  car elle sert à la fois la nature et la raison. Transformation intérieure, la colère doit être contenue dans un seul cas : lorsqu’elle sert l’ennemi.

    La  colère n’est pas une maladie mais un symptôme : celui d’une prise de conscience qui n’admet plus l’infamie.

     

                 La colère est libération. Pensons à tous ces hommes illustres dont l’Histoire retient le courage de leur résistance ! Et gardons à l’esprit que seuls les pleutres résignés, les classes dominantes et leurs larbins condamnent la colère aussi bien individuelle que collective, et plus encore lorsqu'elle les prend pour cibles.

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  • Matthieu et le journalisme d'investigation

     

     

                  Pour ne rien vous cacher, Matthieu avait pour ambition de remettre à l’heure toutes les pendules du journalisme, loin des connivences et du ronflement indigent et déshonorant des rédactions somnolentes de l’investigation à la papa ; incapables, ces rédactions, de résister à tout ce dont il est important de résister quand on souhaite faire son métier.

    En tant que journaliste, il n’était plus question de plaire à qui que ce soit. Il s’agissait de rechercher et de traquer la vérité, loin des honneurs qui plombent la profession et des commentateurs illustres de l’actualité qui, à défaut de la contextualiser pour mieux nous la faire comprendre, commentent cette même actualité comme d’autres commentent, un verre de pastis à la main, une partie de pétanque, à l’ombre de leurs salaires mirobolants parce que...  "Tout va bien finalement et pour le mieux ! Et si d’aventure ça va plutôt mal, c’est sans aucun doute la faute de ceux qui s’obstinent à ne pas vouloir comprendre que c’est comme ça et pas autrement puisque c’est comme ça et que si c’était autrement, eh bien, ça serait bien pire encore !"

     

    Matthieu comptait isoler l’information de tous les pouvoirs pour mieux dénoncer au sein de cette fratrie la frilosité face au courage et les archaïsmes d’une caste nostalgique d’une époque encore contemporaine où pour défendre son bout de gras, il suffit de se baisser pour mieux ramasser les cadeaux et les privilèges empoisonnés de la servitude volontaire.

     

    Il s’agissait ni plus ni moins d’enquêter sur celles et ceux qui, à genoux, pantalon ou jupe baissés, frétillent de l’arrière-train à toutes les heures du jour et de la nuit, scouts et cheftaines avachis, courbés à force de courbettes, incestueux et consanguins, tube de vaseline en poche parce qu’on ne sait jamais ce qu’on ne peut pas prévoir et puis, la proximité crée des liens à défaut de créer une information digne de ce nom.

     

    Mais... rien de surprenant en soi ! Les têtes d’affiche de l’information ne sont-elles pas... finalement et... après coup, les meilleures clientes des proctologues ?

     

    ***

     

                A la télévision, à la radio, Matthieu rêvait de débats invraisemblables, d’affrontements salutaires, de commentaires impertinents, de reportages irrévérencieux.

    Un exemple parmi tant d’autres. Et nombreux sont ceux qui gardent encore en mémoire une prestation télévisuelle fameuse de Matthieu ; prestation que voici :

     

    "Alors Madame, comment était-il ? Dites-nous tout ! Vous l’avez bien connu. Sauf erreur de ma part, vous avez été son épouse pendant quarante ans.
    - C’est vrai. J’ai été sa seule et unique épouse pendant quarante ans. Quarante ans ! Vous imaginez ? Alors... pour répondre à votre question, je dirais qu’il était... mais... comment vous dire ?
    - Dites-nous.
    - Allez, je me lance... C’était un être exceptionnel. Vraiment, c’était un être exceptionnel ! Voilà.
    - Un être exceptionnel ? Un être d’exception, donc ?
    - Oui, c’est ça ! Il avait des yeux... mais, des yeux d’un bleu... indescriptible... un bleu comme... envoûtant ce bleu... envoûtant, vraiment ! Ses yeux étaient comme un phare...
    - Un phare envoûtant, avez-vous dit ? En effet ! C’est pas rien !
    - Vous voulez une autre confidence ?
    - Mais je vous en prie et... je vous supplie de nous en dire davantage et je vous encourage vivement à le faire.
    - Sa voix était d’une profondeur abyssale. Elle était... inouïe sa voix ! Et puis... elle portait loin sa voix ! Sa voix... c’était comme un porte-voix, un haut-parleur, un gyrophare. Le phare ! Vous voyez : encore le phare !
    - Comme un leitmotiv ! Un gyrophare, vous avez dit ! Un gyrophare... comme quand il y a urgence, comme quand il y a... le feu ?
    - Et je vous ai gardé le plus beau pour la fin. Je vous livre là un détail intime qui concerne notre vie de couple. Quand il se mettait au lit pour dormir... quand il se mettait au lit, mon mari, mais... comment vous dire ?
    - Je vous en prie ! Dites-nous !
    - C’est... délicat.
    - Faites ! Faites ! C’est important que nous sachions et que nous comprenions tout.
    - Bon. Puisque vous insistez tant. Quand il se mettait au lit, eh bien, pour dormir, mon mari... quand il se mettait au lit, mon mari enfilait... un pyjama de couleur rouge ! Oui ! Il se brossait les dents et il enfilait un pyjama rouge !
    - Non !?
    - Si !
    - Alors là ! Je comprends mieux maintenant ! Mais c’est... bien sûr ! Tout devient clair et limpide. C’est pas rien quand on y pense. C’est pas rien ces dents que l’on brosse et ce pyjama qu’on enfile comme on... comme quand on enfile une aiguille ?
    - Il était si mince, au fond.
    - Au fond et... dans le fond aussi ? Et puis, léger, très léger, non ?
    - Oui, c’est tout à fait ça.
    - Madame, sa mort fait de nous, ce soir, des orphelins, vraiment !
    - Oui Monsieur. Moi, complètement veuve et vous tous... entièrement orphelins.
    - Dites-moi : c’était aussi un acteur ?
    - Oui, bien sûr ! C’est d’ailleurs pour ça que vous êtes là, ce soir, à m’interviewer, n’est-ce pas ?
    - Mais... où avais-je la tête ! Vous avez raison. En tant qu’acteur, sa réputation et sa célébrité reposaient sur son jeu. Jeu médiocre, je crois ?
    - En tant qu’acteur, il était plutôt médiocre. C’est vrai. Mais, c’était un être exceptionnel.
    - Exceptionnel mais... médiocre, alors ?
    - D’ailleurs, à ce sujet, je ne sais pas s’il était médiocre comme acteur ou bien si c’étaient les films qu’il tournait qui l’étaient. On en parlait souvent tous les deux.
    - Et que disait-il ?
    - Pas grand-chose. Il n’avait pas d’idée sur la question et moi non plus.
    - Mais vous en parliez souvent !
    - Oui. Mais on n’a jamais pu se décider. Était-il médiocre parce qu’il tournait dans des films médiocres ou bien, les films étaient-ils médiocres parce qu’il tournait dedans ?
    - En effet ! C’est l’histoire de l’œuf et de la poule. Cela dit, et si vous permettez cet aparté : ce sont toujours les mêmes qui tournent dans des films médiocres. Alors, il doit sûrement y avoir une relation de cause à effet. Quand on est médiocre, on a des goûts médiocres et on fait des choix médiocres et à la longue, on finit par n’intéresser que des réalisateurs médiocres. Les médiocres, entre eux, se reconnaissent au premier coup d’œil. Remarquez, à ce rythme, bientôt, on n’aura plus besoin des critiques de cinéma. Dites-moi quels acteurs vous recrutez et je vous dirai quel film vous vous apprêtez à tourner et vice versa.
    - Cela dit, c’était une grande figure quand même. C’était une star... une étoile qui éclairait notre galaxie. C’était une étoile d’une intensité hors du commun...
    - Et peu commune, donc. Une étoile comme l’étoile qui guide le berger et le berger qui guide son troupeau. Nous, comme brebis, lui, étoile et berger tout à la fois. Alors, ce soir, on a comme perdu un de nos parents. On a perdu le Père. On a perdu notre Père... qui es aux cieux, que Ton nom soit...
    - Oui, c’est ça ! C’est tout à fait ça.
    - Mais médiocre, quand même ?
    - C’est vrai. Médiocre comme acteur et puis, mauvais comme amant. Je suis plutôt bien placée pour le dire. Vous imaginez bien.
    - Comme amant aussi ? Comme c’est étrange ! Étrange ? Non, c’est... c’est surprenant. Je comprends tout maintenant. Mais dites-moi : vous avez eu deux enfants avec lui ? Comment était-il en tant que père ?
    - En tant que père ? Il était... en tant que père ? Laissez-moi réfléchir pour mieux me souvenir. A mon âge, vous savez, c’est pas toujours facile... En tant que père... en tant que père ? Il était absent. Mes enfants ne l’ont jamais vu. Oui, c’est ça : il était absent et indifférent. Ces enfants ne l’ont pas connu puisqu’il ne souhaitait pas ce faire connaître d’eux. Au fond, il était tellement distrait et puis, discret aussi.
    - Star mais... discret alors.
    - Attendez ! Maintenant que vous m’y faites penser : ses enfants qui sont aussi... mes enfants, eh bien, ce soir, c’est vrai, ils ne sont pas à mes côtés. Ils ne sont pas venus me soutenir et me consoler. Mais qu’est-ce que...
    - Le temps presse Madame. Parlons maintenant de ses livres. Parce que... comme il n’avait peur de rien, je crois qu’il écrivait aussi, n’est-ce pas ? Son style était d’une banalité affligeante. Il n’avait rien à dire, en fait.
    - Mais ça marchait. Ses livres se vendaient comme des petits pains. Mais... c’est vrai ! Maintenant que vous me le dites... il n’avait rien à dire. Il n’a jamais eu rien à dire et... rien à me dire non plus. Quant à ses enfants...
    - Vous voyez, il suffit de le dire. Pour résumer, c’était donc un acteur médiocre, un écrivain affligeant, un père absent et un amant vraiment mauvais.
    - Oui. Je suppose qu’on peut résumer les choses comme ça.
    - Mais alors, de lui, il nous reste quoi ce soir ? Un père indigne, des livres médiocres, des films mauvais et des érections... des érections molles, dirons-nous ?
    - C’est tout à fait ça. Mais... je n’y avais pas pensé avant. C’est drôle, toutes ces érections molles et puis, moi son épouse et toutes ces années à ses côtés, toutes ces années... per... perdues. On peut dire ça comme ça, j’imagine.
    - Sans doute Madame, même si ce n’est pas le sujet qui nous occupe ce soir.
    - C’est terrible. Maintenant que j’y pense. Toutes ces années à ses côtés, lui, vraiment mauvais comme père, comme amant, comme acteur, comme écrivain et comme mari. Comment une telle chose a-t-elle pu m’échapper ?
    - Merci Madame. Nous interrogerons ses maîtresses. Peut-être que là, nous trouverons matière à...
    - Ses maîtresses, avez-vous dit ?
    - Oui. Ses maîtresses.
    - C’est bizarre, mais, ça aussi, ça m’a comme échappé. J’avais oublié ses maîtresses ! Toutes ces années à ses côtés et toutes ces maîtresses ! Mais qu’ai-je donc fait ?
    - Nous devons maintenant rendre...
    - Comment tout cela a-t-il pu m’échapper ? Comment ? J’ai honte pour moi, pour lui, pour...
    - Merci Madame. Mais, nous devons...
    - Ô malheur !
    - Madame ! Excusez-nous mais, nous devons maintenant rendre l’antenne.
    - Ô tyrannie !
    - Madame, je regrette mais...
    - Non, attendez ! Attendez ! Ne me laissez pas seule ! Restez !
    - Désolé, Madame."

     

            Allez, prends du bon temps Matthieu ! C’est ça ! Profite ! Profite Matthieu !

    Faut dire qu'à cette époque, Matthieu était capable de pousser ses interlocuteurs dans leurs derniers retranchements et aussi parfois, jusqu'au suicide, comme ce fut le cas de cette pauvre femme, seule, abandonnée des siens et de tous les autres.

    Le ridicule ne tue plus, certes, mais la honte... elle... toujours ! Car elle ne fait... jamais... jamais recette, la honte ! Cette femme semble l'avoir appris à ses dépens et pour son seul malheur à elle.

     

     

    Extrait du titre : "Des apôtres, des anges et des démons" - chapitre 1 - Copyright Serge ULESKI

     

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  • Laurent Chollet : « L’insurrection situationniste »

     

     

                  "L’IS (Internationale Situationniste) a su développer autour d’elle, contre elle ou concurremment à elle un courant de pensée radicale qui sans nul doute marque aujourd’hui plus que jamais  l’évolution des idées politiques en général. Il est sûr que le radicalisme  de l’IS a plus fortement marqué son temps  qu’aucun autre courant n’avait pu le faire."

     

                 Roland Biard, Dictionnaire de l’extrême gauche, de 1945 à nos jours 1978.

     

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              « Souvent calomniés et souverainement occultés pendant près d’un quart de siècle, alors que leurs idées étaient pillées de toute part, les situationnistes même si on n’identifie ni ne distingue pas toujours très bien le sens de l’épithète, occupent une place à part dans l’historiographie contemporaine. On songe, dans les meilleurs cas, aux événements de Mai 68, à une organisation, et à une revue homonyme appelée Internationale situationniste (IS), ainsi qu’à deux ouvrages : « La Société du spectacle » de Guy Debord et le « Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations » de Raoul Vaneigem sortis en 1967 n’ont pas seulement anticipé sur le « Printemps des enragés » ( Mai 68 - ndlr), ils ont rencontré leur époque. En revanche, on oublie ou l’on ignore que l’aventure situationniste a dépassé, et de loin, le cadre de la seule IS, fondée en 1957 et autodissoute en 1972, puisque cette organisation a donné naissance à partir du milieu des années soixante à un vaste mouvement international dont l’âge d’or se situa dans les années soixante-dix. Il n’est donc pas étonnant d’en avoir trouvé la trace au cœur des mouvements Provo en Hollande, punk en Angleterre, autonome en Italie ou alternatif en Allemagne.

    La structure, née de la fusion de plusieurs groupes d’avant-garde artistique, a compté 70 membres de 16 nationalités différentes, en douze ans et six mois d’existence. La pratique coutumière des exclusions  et des démissions a cependant  toujours limité à une dizaine  le nombre de participants simultanément présents en son sein. Autre source d’allégations fantaisistes : leur projet révolutionnaire. Cette cause, fruit d’une singulière rencontre entre radicalités artistique et politique, ils avaient choisi de la fonder eux-mêmes. L’origine, le parcours, le tempérament et les aspirations de ces agitateurs s’avéraient pour le moins atypiques. « Insurgés », les définirait d’un mot. Ces adeptes d’un « refus total » s’étaient d’abord révoltés au sortir de l’adolescence contre la vie même. « Ne travaillez jamais !», assénaient-ils, en commençant par donner l’exemple à travers des conduites en tout point « scandaleuses », tout à la fois fondements et applications de leurs premières théories. « Bohèmes » par choix, et en majorité autodidactes, ils s’étaient dressés contre les mouvements dadaïste et surréaliste, dont ils étaient les héritiers directs et les enfants terribles, une rupture salvatrice destinée à assurer leur complète émancipation. Ce combat contre l’ordre du monde, ils le préparèrent  en se composant progressivement un vaste champ culturel, mêlant à des auteurs ou des créateurs d’avant-garde (Breton, Artaud, Malevitch, Joyce…), les œuvres de romanciers(Sade, De Quincey…) et de poètes (Lautréamont…) de mémorialistes (Le cardinal de Retz, Casanova…) et d’essayistes (Machiavel, Clausewitz, Hegel…). Leur politisation résulta, elle, d’une lecture critique des écrits de Marx, de Bakounine, de Fourier et de Nietzsche, sans ignorer ceux des « marginaux » du marxisme (Korsch, Pannecoek, Lukacs…) et de l’anarchisme (Stirner, Darien…). Pétris d’histoire, ils manifestèrent un intérêt tout aussi vif pour les bandits « sociaux » (Cartouche,Mandrin…) et « asociaux » (Villon, Lacenaire…), les grands insurgés oubliés (Makhno , Durruti, Villa…), ainsi que les hérésies et autres mouvements religieux millénaristes. Cette culture livresque, liée à l’étude du mouvement ouvrier, de la Commune de Paris à la Catalogue libertaire de 1937, les conduisit rapidement à propulser la social-démocratie, le marxisme-léninisme et l’orthodoxie anarchiste dans les poubelles de l’histoire, pour faire du courant situationniste une pratique, une critique et une théorie radicales.

    Considérablement influencés par les travaux de quelques pionniers dont ils croisèrent souvent la route (Isou, Lefebvre, Castoriadis…), et par la fusion qu’avaient forgée les surréalistes, à partir des mots d’ordre de Rimbaud et de Marx, les situationnistes souhaitaient à leur tour « changer la vie » et « transformer le monde », en « réalisant » l’art et la philosophie. Se voulant  l’aiguillon d’une révolution intégrale, ils considéraient que le prolétariat, organisé en conseils ouvriers, pouvait désormais accomplir sa « mission historique » grâce à l’automation et à la cybernétique, en réalisant le vieux rêve d’une société sans maîtres ni esclaves. L’abolition du travail, du salariat, du capital et de la marchandise devait ouvrir une ère nouvelle. La vie quotidienne libérée, reposerait sur une suite ininterrompue de situations, autrement dit  « de moments construits de la vie », dont on ne connaissait encore que les contours par le biais d’un ensemble de comportements expérimentaux.

    Dans leur optique insurrectionnelle, les situationnistes ont d’abord pensé utiliser la culture comme ligne de front, avant d’opter pour une stratégie ouvertement politique, à distance des organisations et des partis existants. L’IS, compte tenu de ses origines et ses interventions, entendait ne plus opérer de distinctions entre les domaines politique et culturel.

    La modernité que représentait l’IS, au-delà de ses analyses et de ses propositions, reposait aussi sur sa manière de s’exprimer. Grands lecteurs de « romans populaires », de Dumas à Sax Rohmer, ils ont chéri les bandes dessinées, la Série noire et ses adaptations cinématographiques ou la science-fiction, soit l’univers des productions « commerciales » découvertes depuis la Libération, que les bien-pensants tenaient déjà pour une sous-culture des plus douteuses.

    Dès 1963, on pouvait en effet lire dans son bulletin : « L’IS ne peut pas être une organisation massive et ne saurait même accepter des disciples, l’IS ne peut être qu’une conspiration des Egaux, un état-major qui ne veut pas de troupes ».

    Le diminutif de « situ » désigne tous ceux qui ont soutenu et développé des perspectives situationnistes en dehors de l’IS. 

               Le « mouvement situationniste » quant à lui, loin d’être un concept fourre-tout, inclut de fait l’ensemble des structures et individus, organisés ou non, qui se sont reconnus dans tout ou partie des pratiques, des analyses et des théories de l’Internationale situationniste.

    S’ils n’ont partagé aucune des illusions soviétique, Khmers rouges et de l’engrenage terroriste, cette insurrection à épisodes, à la fois artistique, politique et sociale, cette entreprise de dépassement de l’art, de sa réalisation dans la vie quotidienne à partir d’expériences nouvelles, jusqu’aux créations picturales, architecturales, cinématographiques (Themroc, l’An 01) ou autres, réflexions politiques… ceux qui se sont risqués à renverser leur vie, au sein du mouvement ou sous son influence, la délinquance politisée, la lutte armée, la pratique d’un terrorisme burlesque, le combat pour la libération des mœurs ou la libéralisation des médias… toute cette effervescence a composé ce qu’on pourrait appeler un puzzle situationniste dont il est urgent de réunir les pièces. »

                         

                           Laurent Chollet.  "L'insurrection situationniste" public en 2000 chez Dagorno ;  toujours disponible.

      

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