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AA - Serge ULESKI, littérature et essais - Page 5

  • Etudes sur le genre : en être ou ne pas en être.... qui, quoi et comment - 2

                    

     

                    Simone de Beauvoir, Judith Butler...

                    Les années ont passé, «Trouble dans le genre» a continué son chemin, et avec ceux qui étaient motorisés... sa route, sans son auteur.

    Confusion des genres... le malaise s’est accentué lorsque des prétentions universalistes ont été avancées ; prétentions qui ressemblent fort à une injonction d’obtempérer à propos de l’indétermination des genres, voire… de leur non-existence, faisant des hétéros (et des homos aussi, embourgeoisés et pénards) bien assis sur leurs convictions, debout sur leurs deux jambes mais sans arrogance pour autant, des refoulés névrosés ; c’est Knock qui fait son grand retour car n'en doutez pas un seul instant :  un hétéro bien dans sa peau (et un homo), c’est un Queer et un Transgenre qui s’ignorent.

    Il est bon de rappeler que les "gender studies" sont conduites en majorité par des femmes - une explication s'imposera ; elles ont été longtemps brimées -, militantes lesbiennes, célibataires sans enfant qui ont élu domicile dans des campus universitaires à la vie minuscule - microcosme et ghetto -, comparée à un réel sans bornes ni frontières, d'une complexité et d'une diversité gigantesques et insondables.

    Est-ce à dire que toutes ces études seraient leur mauvaise conscience à tous ? Mauvaise conscience qui alors relativise la portée universaliste et la puissance de raisonnement de tous ces acteurs « juges et partie » pour lesquels ces études sont autant un sujet dans lequel s’investir intellectuellement qu’une thérapie ? Pour ne rien dire d'une recherche de légitimation de leurs choix de vie car, rien n'est plus contraignant et culpabilisant que la marginalité même si l'on se serre les coudes et que l'on se tient chaud les uns les autres dans un entre-soi à la fois sécuritaire et réconfortant, et plus encore, lorsque qu'un désir de reconnaissance sociale vous taraude encore malgré tous vos renoncements, notamment auprès des intellectuels, des cercles universitaires et des médias.

    Certes, on se soigne comme on peut  : soit avec des médocs (merci la psychiatrie !), soit avec un investissement de soi sur soi dans un monde qui n’attend personne au bord de la route et n’écoute qu’une voix : celle du bon sens dans le sens de ses affaires et du contrôle de tous. Encore et toujours le contrôle !

                  Tout questionnement est salutaire d‘où qu’il vienne. Ce qui est regrettable, ce sont les conclusions d’un tel questionnement ; conclusions qui confirment la mauvaise conscience qui taraude leurs auteurs.

    Finalement, on se demandera s'il n'y a pas plus "aliéné" qu'un chercheur- chercheuse-militant-militante en "gender studies". Et puis, qui nous dit que tous ces LGBT (lesbiennes, gays, bi-sexuels et trans) ne sont pas les victimes d’un conditionnement culturel ? Cette nouvelle génération-là, post-de- Beauvoir et post-Butler, ne serait-elle pas aujourd’hui hétéro si elle n’avait pas baigné dans une autre culture que celle des LGBT ?

    Quant à prétendre que la remise en cause des "études sur le genre" est réactionnaire… ce qui est réactionnaire c'est de nier qu'il ne puisse jamais y avoir un décalage entre le sexe biologique et l'identité sexuelle d’une personne ; et rares sont ceux qui s'y collent : tout le monde connaît la problématique transsexuelle depuis les années 70 ; la souffrance d'une femme dans un corps d'homme, d'un homme dans un corps de femme.

    Il n'y a pas plus femme qu'une lesbienne finalement ; pour preuve, le fait qu'elle recherche en priorité la compagnie des femmes et non celle des hommes, et le fait qu’elle ne se trompe jamais ; Simone de Beauvoir non plus quand elle mettait dans son lit de jeunes étudiantes. Idem quant à l’homosexuel qui n'envisage pas d'intimité avec une femme. Eux tous ne s'y sont donc pas trompés quant à leur capacité à pouvoir identifier un homme, partenaire sexuel potentiel, ou une femme… selon le cas.

                   A propos de la domination masculine et hétéro... et si cela peut être considéré comme « ringard » de n’être qu’hétéro… on pensera à Beatriz Preciado (auteure espagnole) qui se dit queer : testostéronnée comme personne, elle a la réputation de ne jamais se déplacer sans un gode- ceinture de 26 cm (rien moins !) avec une seule idée en tête : en faire un usage immodéré sur tout ce qui de près ou de loin ressemble à être humain… à partir de quel âge ? Elle ne précise pas ; et pour les animaux non plus.

    A son sujet, on peut être sûr d’une chose : si elle est queer, elle est aussi et surtout une femme qui n’a qu’un regret : ne pas être un mec obsédé bi-sexuel équipé d’un pénis  de 26 cm de long. Et ça, si c’est pas ringard ou réac comme aspiration, alors, les mots n’ont plus aucun sens.

                  Qu'on se le dise : les hommes existent bien et les femmes aussi. Ceux qui nous le rappellent, et avec quelle acuité et quelle urgence ! sont précisément ceux qui, nés homme, n’ont qu’un désir : être femme ; et celles qui, nées femme, n’ont qu’un souhait : devenir homme.

    Il suffit de se pencher sur leur souffrance à tous - jusqu’à se donner la mort parfois - (même après une opération et un changement d’état civil) -, pour réaliser à quel point l’homme est homme tout simplement parce qu’il ne lui viendrait pas à l’idée de souhaiter être une femme, et la femme… être un homme, en l'absence de tout appel intérieur d'une exigence incompressible pareille à une douleur insoutenable.

    Curieusement, ce n’est pas la norme qui confirme cette loi mais… la rupture avec cette norme qui nous guide, nous tire et nous ramène vers cette loi d’une nature-culture décidément têtue et qui plonge dans le désespoir celles et ceux qu’elle maltraite injustement ; nature-culture qu’il serait vain de dissocier et tout aussi spécieux de dénoncer car après tout, un transsexuel est autant guidé par la nature que par la culture : celle de la civilisation auquelle il appartient et qui lui aura permis l'identification du mal qui le ronge tout en pouvant l’expliciter ( "Oui, je suis bien une femme dans un corps d’homme !"), ainsi que la possibilité de pouvoir en tirer toutes les conséquences ; possibilité encore impensable aujourd'hui sous d’autres tropiques que cette remise en cause d’un état de naissance qui, pour tout le monde, bafoue la liberté car on ne choisit pas son sexe, et qui, pour quelques uns, est à l'origine d'une bévue qui frise la bavure, la nature pour seule responsable.

    Mais alors, qu’il soit donc simplement permis à chaque être humain d’être ce et qui il doit être pour se tenir debout, fier et digne ! Même si on ira jusqu'à lui conseiller, s'il appartient à une minorité, d'éviter de s'attaquer frontalement à une majorité sans pitié à l’endroit de ceux qui osent semer le doute quant au bien-fondé de ses préjugés, fruits d’une ignorance et d’un manque de compassion chroniques, mais pas seulement : la vérité est un mille-feuilles, et rares sont ceux qui demandent du rab car, avec elle, on est très vite rassasiés.

                  Toujours sur le chapitre du « réactionnaire»… que ceux qui souhaitent encore réfléchir là où plus personne n'ose se poser de question - comme à propos du mariage gay -, en soient remerciés car ils nous permettent d’appeler à la barre la culture, et pas simplement un "parce que c'est mon choix et que j'y ai droit" infantile et dictatorial qui clôt tous les débats et empêche la rencontre d’esprits éclairés, informés et avisés. Et cette non-rencontre est à déplorer, toujours !

    Et si d'aucuns ont reproché une mobilisation conservatrice déployée avec énergie et détermination : mieux vaut une confrontation musclée, qu'une indifférence aux faits de société ou une adhésion béate irréfléchie et moutonnière.

    Des questions auront été posés et re-posées à l'occasion de ce projet de loi (Elisabeth Badinter, Sylviane Agacinski) qui fait aujourd'hui Loi ; le débat ré-ouvert au sujet de la filiation, de la famille ;  des notions importantes auront été rappelées. Certes ! Le passé a prévalu chez ceux qui se sont opposés à cette loi. Gardons toutefois à l'esprit le fait que le Passé est une version du Présent, incomplète certes, mais... notez qu'il s'agit quand même du Présent.

    Finalement, c'est un peu une partie de notre histoire qui nous aura été contée.

    Quant à ceux d'en face, qu'avait-il à dire, à rappeler sur la famille, les enfants, la filiation, l'adoption... le rôle parental, les religions... pas grand-chose sinon…moins encore, enfermés qu’ils étaient dans un « même droit pour tous » qui n’explique et n’éclaire rien et qui cache très certainement le vide d’une pensée « slogan » et « valise ».

    Face à cette résistance au "mariage homo", personne ne posait et ne se posait plus aucune question ; un seul verdict a prévalu à l’encontre des opposants : "homophobie" et "fascisme".

    Georges Bernanos (pour ne citer que lui) qui se serait opposé à ce « mariage pour tous » aurait-il pour autant donc rejoint lui aussi, le camp des fascistes et des homophobes ?

    A tous, on leur laissera la responsabilité d’une accusation aussi farfelue qu’intellectuellement indigente tout en sachant que l’on préférera de loin des êtres revêches aux moutons bêlants. Et si la contestation d’un tel projet de loi fait exception partout en Europe, cette exception culturelle propre à la France ne nous rabaisse nullement ; cette exception est porteuse d'espoir car elle fait de nous un Peuple encore insoumis. Et par les temps qui courent, ça peut être utile.

                     On accueillera toujours comme une bonne nouvelle tout débat même intolérant ; et personne ne nous imposera un communautarisme contre un autre.

     

    ***

     


    Entretien avec Alain de Benoist sur la théorie du genre... 

     

                 Sans famille (couple stable dans la durée avec enfants), arc-boutés à une conception et une interprétation conflictuelles des différences (de moeurs entre autres) chez les êtres humains, tous ces militant(e)s-chercheuses de l’anti-genre sont-ils seulement encore capables de comprendre sur quoi se fonde la société et comment le lien social perdure ? S'ils sont en rupture avec leurs origines, noyau familial qui les a fait et vu naître et qui les a accompagnés jusqu’à cette rupture, sont-ils néanmoins encore à même de garder à l’esprit que la société moderne, qui regroupe des individus autonomes, tient par la « convention », des usages et des normes au service d’un ordre social qui se doit de rester stable mais non figé pour autant, mû par la volonté d’agir conformément à la raison et à l’intérêt général ? Une raison qui se développe à travers une adhésion à de normes transmises par les institutions et l'Histoire...

    Et que font-ils de cet homme indéterminé, dans un environnement qui le serait tout autant… un environnement fluctuant, aux normes changeantes, voire…privé de conventions, un homme qui se construirait seul au gré de ses humeurs, de ses envies, de ses pulsions… sans aucun souci de l’intérêt général ? Un monde dans lequel seule importerait la préoccupation suivante : « Qu’est-ce que je veux » et non pas… « qui suis-je ? Et qui sommes-nous, nous tous... tous ensemble ? ».

    Si d’aucuns se complaisent dans l’indéterminisme, devons-nous pour autant faire semblant de partager cette complaisance tout en refusant de comprendre ce que l’on sait et tient pour vrai et d'authentique en nous, à savoir : qui nous sommes, et pourquoi ?

    Ou bien alors, nous proposent-t-ils d’organiser la société autour d’êtres humains incapables de se déterminer, des êtres centrés sur eux-mêmes, sur la satisfaction seule de leurs désirs, sans responsabilité envers quiconque, sans chercher à contribuer au bien-être collectif … errant dans les rues, tels des zombies, la dernière relation dite « sexuelle » qu’ils viennent d’avoir ne leur ayant toujours pas permis de savoir qui ils étaient pour eux-mêmes et pour l’autre non plus qui n’en avait sans doute rien à faire ?

    De plus, la stratégie qui consiste à conspuer la majorité afin de parvenir à trouver sa place en tant que minorité - et plus encore si cette minorité est privée de tout prestige et d'influence -, est une erreur que cette majorité fait payer très cher à quiconque s'obstine à vouloir la discréditer ; quant au choix d'une posture victimaire, déjà très sollicitée sans relâche, il semblerait, aux dernières nouvelles, que l'on ait déjà capté de cette majorité toute l'attention compassionnelle dont elle est humainement capable : premier arrivé, premier servi. Par conséquent, il ne reste que quelques miettes qui combleront difficilement toute espèce d'appétit, pantagruélique de surcroît, de commisération générale pour une cause qui, certes, en vaut bien d'autres.

    Il se pourrait bien que les "gender studies" dans sa composante la plus radicale qui nie le genre, ne soient qu’une version hypertrophiée du féminisme, une sorte d’excroissance : perte de contrôle intellectuel et puis, celui des faits aussi ; insatiabilité : plus, toujours plus de raisonnements et d’affirmations péremptoires qui, là encore, doivent bien cacher une difficulté d’être au monde, et une culpabilité inconsciente ou non ; celle propre à tous les êtres en rupture dans une société du consensus mou et passif.

    Qu'à cela ne tienne : n'oublions jamais que c’est bien la norme qui permet à quelques "happy few", et pour peu qu'ils le soient... "heureux", de s’en affranchir, en sachant que si l’exception est permise, si on peut enfreindre la règle, c’est que cette exception ne la remet pas fondamentalement en question ; et c’est souvent la solidité de cette règle (norme, usage, convention) qui permet de s’en départir en toute sécurité, ouvrant ainsi les portes de la dissidence et de la rébellion au service d’un vivre autrement tout à fait gérable par tous.

                    Aussi, il y a de fortes chances que tous les pourfendeurs du genre aient besoin d’un ordre social solide, qui repose donc sur sa majorité hétéro et sa minorité homo socialement stabilisée – mariage, pacs ; ordre social qui nous protège du chaos d’une indétermination généralisée qui ouvrirait la boîte de Pandore de tous les maux qui jalonnent déjà notre histoire dans son parcours d’une cruauté auquelle la raison ne survivrait pas longtemps.

     

    Pour prolonger, cliquez : Homme et femme assurément

     

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    La théorie du genre : entretien avec Yann... par JaneBurgermeister

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  • Le meurtre, moteur de la production humaine

     

             

     

               " Aujourd’hui, il n’est plus question de rentabilité... de retour sur investissement, car le besoin légitime d’un retour sur investissement finit là où commence la recherche effrénée du profit maximal et cette recherche-là, c’est la recherche du seuil de rupture des modes de production et de fonctionnement musculaires et psychiques de l’espèce humaine salariée. Le fameux point mort, c’est ça !

    Le moteur de cette production inhumaine, c’est le meurtre ! C’est la recherche perpétuelle du concurrent à trucider, pour occuper seul la place et imposer sa loi. Et si d’aventure on ne peut pas le tuer ce concurrent, eh bien, on s’entend avec lui sur le dos de tous les autres ou bien, on le neutralise, on l’absorbe, on l’avale et puis, dans le même temps, on expulse tous les éléments non assimilables ; éléments devenus du jour au lendemain des matières fécales dont il faut au plus vite se débarrasser avant de déféquer en douce, à l’abri des regards indiscrets. Et là, triomphants et enfin seuls, ils maintiennent les mêmes cadences infernales pour, cette fois-ci, non pas tuer la concurrence mais engranger des bénéfices colossaux.

    L’entreprise, c’est une machine de guerre incestueuse, scatologique et anthropophage : on bouffe du salarié, du concurrent et du fournisseur et même... du client quand ce client est timoré, dubitatif ou insolvable. Comme vous voyez, ils ne supportent personne ! Ils ne supportent que trois choses : le besoin qu’il faut créer, le monopole pour le satisfaire et le profit pour ne pas perdre son temps et son argent. Une fois la concurrence éliminée et puis, une fois la source tarie, on jette tout le monde : les clients, les salariés improductifs et usés... et les fournisseurs récalcitrants : ces fournisseurs fortes têtes qui ne veulent pas se plier aux conditions de leurs donneurs d’ordres.

    Dans ce système, tout le monde est le client et le fournisseur de tout le monde et seuls les donneurs d’ordres sont aux commandes : plus intolérants, plus misanthropes qu‘eux, vous ne trouverez pas.

    Le commerce, c’est la haine ? On fait des affaires la haine au ventre... et le couteau entre les dents car le moteur de cette production-là, c’est bien le meurtre. Le monde de l’entreprise c’est un monde totalement orienté vers une logique de guerre, et, dans la guerre, on ne laisse aucune chance à l’adversaire. On ne partage pas, non plus, le butin ou les territoires conquis avec les troupes qui vous ont permis de gagner cette guerre. Une fois les objectifs atteints, on démobilise tout le monde. Aux soldats, on leur donne une médaille en chocolat pour toute consolation, pour toute indemnité et pour toute récompense.

    Ils sont prêts à tuer père et mère pour survivre même si ce système les condamne tous ! Oui, tous ! Car ce système de production ne roule pour personne d’autre... sinon pour lui-même, tout en sachant comme nous le savons maintenant qu’il faudra qu’ils se sacrifient tous les uns après les autres quand le moment sera venu pour eux de se retirer parce qu’un plus performant qu’eux les aura balayés, eux et leurs salariés, leurs fournisseurs et leurs clients ! Leurs successeurs pourront toujours se réjouir et ceux à qui ils distribuent des miettes, avec eux, insoucieux qu’ils sont, les pauvres bougres, du sort qui les attend !

    Le moteur de ce système, c’est bien le meurtre : celui du meurtrier et de ses victimes et puis encore... le meurtre de ce même assassin qui se donne la mort... en tuant. Bientôt, il n’aura plus de nom ce système ! On ne sait déjà plus comment le nommer ! Il n’a déjà plus de visage ! Lorsque le sacrifice de tous contre tous sera partagé par tous, en kamikazes d’une défaite universelle, ce système sera sans morale et sans honneur, car sous le couvert de l’anonymat, tout lui sera permis ! Absolument tout !

    Alors, aujourd’hui, qu’est-ce qui nous reste à célébrer ? Je vous le demande ! Sûrement pas la vie ! Pourquoi faire ? Pourquoi croyez-vous que les femmes n’enfantent plus là où ce système triomphe sans conteste ? Il vient de là, le déficit démographique ! Cherchez pas !

    Quelque part au fond de nous-mêmes, nous savons tous que nous sommes tous... déjà morts."

     

    Extrait du titre "Confessions d’un ventriloque


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  • L'horreur médiatique avec Jean-François Kahn

     

     

                  
                   Quand JFK s'en prend, ou du moins, croit... s'en prendre aux médias dominants, médias de masse... c'est Papy qui fait de la résistance... avec des armes en plastique et des fusils painball face à un ennemi pourtant redoutable : les actionnaires des médias et l’Etat.

    Car, après Pierre Carles, Acrimed, et tout dernièrement, le sociologue allemand Niklas Luhman qui nous montre que les médias n’informent pas sur le réel mais le sélectionne par bribes et le fabriquent (à propos de Luhman, c’est ICI)… force est de constater que la dernière publication de JFK, "L'Horreur médiatique" (chez Plon, 178 p., 10 euros que vous n'aurez nul besoin de dépenser... rassurez-vous !) ne se donne les moyens de rien et sûrement pas de nous expliquer quoi que ce soit sur qui que ce soit.

     

    Quant aux exemples que notre papy a sélectionnés aux fins d'illustrer ce qu’il croit sans doute être une attaque sans précédent contre le mode de fonctionnement des médias…  - jugez plutôt : l'affaire Léonarda, l’affaire Clément Méric et l’affaire Abdelhakim Dekhar - le tireur fou -, là encore, force est de conclure que Papy Kahn prend soin de ne se fâcher avec personne… ses amis, collègues et autres compagnons de route d’une carrière médiatique à propos de laquelle il y a fort à parier qu'elle ne laissera aucune trace… ou bien alors… sous la forme d'une longue trainée de bave, celle d'un escargot qu’il aura été, long et lent à la comprenette.

                 En effet, tout au long de l'ouvrage, JFK évite de poser la question suivante : pourquoi les médias se refusent à toute analyse exhaustive pour une représentation objective, contextuelle et prospective des personnalités, sujets, catégories et pays suivants :

     

                 - Dans un premier temps : Poutine, l'Iran, le Hamas, Dieudonné, Mélenchon,Tariq Ramadan, Alain Soral, Hugo Chavez, Taddéï, les représentants syndicaux en rupture de ban et grandes gueules, les classes populaires, les rappeurs, les Musulmans, les femmes voilées, les économistes alternatifs, les partisans d'une autre Europe avec ou sans l'Euro, la critique de l'Otan, les anti-nucléaires (1)…

     

                  - Et dans un second temps :  - Pourquoi les médias ne s'autorisent plus aucune critique des USA et d’Israël ?

                                                           - Pourquoi les médias sont complaisants avec les Femen et impitoyable avec les représentants de "la manif pour tous" ?

                                                           - Pourquoi les médias refusent, à propos des conflits dans lesquels sont impliqués les USA, Israël, l'Arabie Saoudite et le Qatar, toute mise en perspective géopolitique, historique et économique qui prendrait en compte les intérêts de toutes les parties  concernées, du Liban à la chute du mur de Berlin, de la Somalie aux événements du 11 Septembre, de l'Afghanistan à l'Irak, la Libye, la Syrie et la menace qui pèse sur l'Iran... jusqu'aux derniers soulèvements de l'Egypte... quand on sait qu'en dernier ressort,  ce sont rarement les peuples qui décident de leur avenir mais plutôt les véritables protagonistes-instigateurs de tous ces conflits… car, se refuser à toute mise en perspective globale, c'est encore une fois prendre le risque de déconsidérer la profession de journaliste à propos de laquelle la rumeur va bon train : "Qu'est-ce qu'il y a de plus bête qu'un journaliste ? Un autre journaliste, grand-reporter de préférence !"

     

                A propos de toutes ces questions, nos réponses ne se feront pas attendre.

     

           Sont en cause...

     

                             1 - Les actionnaires de ces médias : la Banque, l’Industrie du luxe et de l’armement, tous voués, l'Etat compris, à la cause d’une mondialisation sans scrupules, sans honneur ni justice, dévastatrice des cultures, des peuples, des nations, des démocraties, des souverainetés, des régimes et de la moindre aspiration à plus de justice pour tous dans un environnement qui aurait pris toute la mesure de la nécessité de repenser la complexité du monde, pour mieux nous proposer un monde virtuel, sans altérité ni pluralisme.

     

                           2 – Les salariés de ces médias, plus connus sous le nom de "journalistes"… qui occupent ce qui n'est plus que des « jobs » dont on ose à peine montrer la feuille de paie, de honte et de peur du ridicule selon le principe suivant : « Dites-moi combien on vous paie et je vous dirai quelle idée on se fait de l’emploi que vous occupez ». Et puis, les gros salaires de «patrons de presse» qui, dans les faits, ne sont que des salariés sur-payés dont la tâche principale consiste à maintenir un statu quo autour du métier de journaliste : Laurent Joffrin qui vient d’être remercié par les actionnaires du "Nouvel Observateur" pour mauvais résultats, tout chef de vente qu’il était… et sûrement pas pour manquement à ce pour quoi il avait été embauché - "pas de vague, pas de vague, surtout pas de vague !" - était l'archétype même du salarié sur-payé pour veiller sur une omerta et sur un "politiquement correct" lucratifs certes ! mais déshonorants.

    Profession chaque jour humiliée : une formation au rabais, un statut précaire, pas de culture politique, moins encore… de connaissances géopolitique, philosophique et historique ; quant à l’économie… en dehors du crédo libéral voire ultra libéral... « le marché, tout le marché rien que le marché et Wallstreet !»… on déplorera une méconnaissance abyssale des  « théories de rupture économique » ; profession dans laquelle une soumission totale est exigée… sinon... c’est la porte et Pôle-emploi avec obligation de reconversion car la presse est un petit milieu ; on a vite fait d’être black-listé (2).

     

                             3 - La passivité des lecteurs car il semblerait que... très vite, tout abonné qui pense avoir trouvé son journal fasse rapidement le choix de se réfugier dans une acceptation quasi totale de ce qui lui est à la fois donné à lire et de ce qui ne lui est jamais donné à découvrir et à comprendre, sans doute dans le souci d'une tranquillité d'esprit et d'un meilleur confort mental car, il est vrai que rien n'est plus anxiogène que la dissidence quand on n'y est pas préparé soit en tant qu'acteur ou soit en tant que témoin-lecteur-téléspectateur.


    Surprenante la rapidité avec laquelle des lecteurs et autres auditeurs renoncent à chercher à savoir ce qu'ils ignorent sous prétexte qu'ils croient que leur journal ou leur radio leur dit tout ! Et comment tout esprit critique leur apparaît soudain comme une attaque frontale intolérable contre ce nouvel ordre médiatique auquel ils ont choisi de se soumettre. Il est vrai que le meilleur des esclaves est celui qui se passe lui-même la chaîne autour du coup avant de verrouiller le cadenas et de jeter la clé.

    Arrive alors la certitude suivante chez des lecteurs critiques et avisés : si d'aventure, un journaliste devait penser différemment, il ne pourrait à aucun moment l'écrire. D'où, les raisons du discrédit de ces médias (83% des Français ne leur font pas confiance) dont les propriétaires refusent que des points de vue divergents puissent s'exprimer au sein des rédactions car toutes doivent converger : du Nouvelobs au Figaro ; et c’est la raison pour laquelle tous vont et viennent d’une rédaction à l’autre ; il suffit de penser à un Franz-Olivier-Giesbert : il les a toutes faites !

     

              Sans doute dans le souci d'échapper à une mise en accusation redoutable, quasi mortelle professionnellement, commercialement et socialement  - à savoir : l'accusation de conspirationnisme contre tous ceux qui auraient la malveillance de voir un tout petit peu plus loin que le bout de leur nez et leur fiche de paie -, les rédactions demeurent comme pétrifiées et redoutent le faux pas, celui que leurs actionnaires et leurs alliés - la caste politico-économique et quelques leaders communautaires et d'opinions -, ne lui pardonneront pas.


    Et pourtant... souvenez-vous : il y a 40 ans, les "conspirationnistes" d'aujourd'hui portaient tout simplement le nom de "journaliste d'investigation". Mais alors... comment en 20 ans est-on passé d'un journalisme spécialisé et d'investigation à la parole d'experts à la solde des multinationales et des chancelleries, jusqu’à l’arrivée d’Internet qui permet aujourd’hui une prise en charge alternative de cette information qui n’est plus... car, n'étions-nous pas tous en droit d’espérer que les médias soient un outil dédié à la diffusion... à partir d’une actualité donnée, un fait de société, une préoccupation d’ordre politique ou économique, une question qui toucherait à l’éthique, de toutes les analyses disponibles émanant d'acteurs avisés et informés ?

    Ou pour le dire autrement : n'étions-nous pas tous autorisés à appeler de nos vœux des médias ouverts à tout ce qui se pense sur un sujet en particulier et pas simplement à ce que la rédaction du journal souhaite donner à penser à ses lecteurs car, à bien y réfléchir, les journaux indépendants financièrement (après tout, le groupe médias Lagardère est lui aussi financièrement indépendant !), sont libres de tout sauf de l’opinion de ceux qui les financent, lesquels sont à l’origine de tous les choix éditoriaux qui sont faits (3). Or, des choix éditoriaux n’ont jamais fait avancer l’information quelle qu’elle soit sur quelque sujet que ce soit car, si un journal peut être libre, il ne l’est sûrement pas de sa propre propagande – choix par avance biaisé donc parce qu’en faveur d'une information aux couleurs du drapeau de la rédaction du journal.

    Pour cette raison, l’avenir n’est pas à « une information libre » qui n’est qu’un slogan. Non, l’avenir est bien à toute l’information disponible sur un sujet donné ; une information qui, à un instant T, reprendrait toutes les analyses produites. Et cet avenir-là, qu’on le veuille ou non, souhaitable ou pas, c'est Internet et son temps réel qui l’a déjà sculptée et rendue quasiment inévitable.

     

                Aussi, le constat suivant s'impose, un rien terrifié : en l'absence d'Internet, force est de constater qu'il n'y aurait aujourd'hui plus aucun moyen de diffusion d'une liberté de penser qui ne doive rien à des médias sous influence et qui, pour leur déshonneur, ont réduit cette liberté à une peau de chagrin.

    Mais alors, est-ce à dire qu'il y aurait un ange qui veille sur nous ? Car si Internet permet encore la liberté d'expression, Internet, c'est aussi la balle qu'un système verrouillé à double tour, est encore capable de se tirer dans le pied, et ce à notre grande satisfaction.


                Décidément, personne n'aura ce qu'il veut ! Ni eux qui ne veulent rien pour nous, ni nous qui voulons tout face à ce rien qui nous est proposé, car Internet, aujourd'hui, c'est bien toute la mémoire du  monde ! Et moins on oublie, plus on se souvient... et plus on se souvient, plus difficile est le mensonge.

     

    ***

     

                Allez papy JFK... encore un effort ! Côté dissidence, t'y es presque même si... à des années lumière !

     

     

    1 - Ceux qui seraient tentés de penser qu'il manque MLP (Marine le Pen) à cette liste seraient avisés de prendre en compte le fait suivant : MLP est bien mieux traitée par les médias que Mélenchon pour la simple raison qu’elle est utile au PS qui, bon an mal an, contrôle le score du FN... contrairement à Mélenchon : son ennemi juré. De plus, on peut chaque jour faire le constat suivant : les médias ont bien plus de mépris pour Mélenchon d’autant plus que MLP remplit admirablement son rôle qui consiste à stigmatiser les Français issus de l'immigration maghrébine, les Musulmans et l’Islam... autres ennemis jurés de médias sionistes qui peinent à cacher un biais anti-Arabe et anti-Musulman.

     

    2 - Qui a dit : "Un bon et un vrai journaliste est un journaliste non pas mort mais un journaliste au chômage ou bien, un journaliste à la tête de son propre journal" ? A ce propos, on peut se reporter à la vidéo de Guillaume de Rouville : ICI

     

    3 - Il suffit de penser au dernier né (il y a cinq ans) : Médiapart, un journal dit indépendant... obnubilé par les effets mais absent sur les causes... et qui valide grosso modo tous les choix atlantistes de la France et de l'Europe ainsi que toutes les réformes sociétales du PS qui n'ont pourtant qu'un seul but : masquer la liquidation des droits sociaux et démocratiques, diviser le pays et continuer "de l'occuper" en alternance avec l'UMP pour le plus grand profit d'une l'oligarchie mondialiste auquelle tous sont redevables : carrière, niveau et qualité de vie.

     

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  • Contre Sénèque : l'éloge de "La Colère"

     

                   Victime de la colère de Caligula puis de son successeur, Claude, dans le livre III de « La Colère » (titre original : De ira), Sénèque, exilé en Corse, ne pourra que condamner cette colère chez les Césars, Empereurs de Rome (il en aura connus ou « subis » cinq) ; mais pas seulement chez ces derniers : il déconseillera la colère à l’esclave car, en bon stoïcien qu'il était, Sénèque était d’avis que « … l’on ne se révolte pas pour le seul bénéfice d’une souffrance plus grande encore », refusant même d’accorder à l’amour-propre la moindre considération.

                 En revanche, Aristote vantait la colère comme un aiguillon nécessaire et efficace. Aussi, qu’il soit permis ici de faire l’éloge de La Colère : celle des humbles, des sans-grades et des humiliés contre la colère d’un notable aux ambitions sociale et politique contrariées, comme ce fut le cas de Sénèque.

     

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               On aura beau chercher à nous expliquer comment on extirpe la colère ; à défaut, comment on y met un frein, comment on la réprime et la refoule quand son torrent menace de tout emporter...

    Pour la juguler, d’aucuns comptent sur le temps qui guérit bien des maux ; d’autres jugent ce remède trop lent car la colère, impétueuse, emportée par elle-même, avance à pas de géant.

    Si nul âge n'en est exempt, néanmoins, rien n’est plus difficile que de cultiver cette colère - de « rester en colère » -, jusqu’à un âge avancé car plus on vieillit plus on est tenté de baisser les bras : la résignation puis la soumission guettent,patientes : en effet, tôt ou tard...

    Et c’est déjà la mort, cette résignation et cette soumission ! Son anti-chambre, pour sûr ! car la grande faucheuse n’est alors, elle non plus, jamais bien loin.

     

               La colère n’est pas une manifestation de faiblesse. Élan, ardeur, elle croît du fait des obstacles : ceux dressés par l’injustice et l’arbitraire. Elle sévit là où la loi commande aussi bien que là où la force fait le droit. Des foules ont marché en masse sous son drapeau sans rien craindre, se jetant au devant d’innombrables périls.

    La colère est la plus constructive des frénésies.  Sans elle, aucune victoire n’est permise, ou bien alors... que l’on nous cite un Peuple,un seul, qui ait renoncé à la colère et qui n'ait pas été livré à un arbitraire plus insoutenable encore ? Humiliation accrue pour toute victoire et pour toute récompense.

    Aussi…

    Malheur aux Peuples qui n’ont pas connu la colère ! Esclaves ils sont, esclaves ils demeureront !

     

                Vertige effréné, flétrir la colère, cet utile auxiliaire de tous les combats, c’est faire l’éloge de la servitude.

    Rien de ce qui relève de l’humain n’est étranger à la colère ; la colère est le propre de l’homme, et le rire n’est que la manifestation de son triomphe. Se priver de la colère, c’est désarmer l’âme, lui ôter son élan et c’est se condamner à l’inertie.

    Dard enfoncé dans le flanc de la conscience humaine et de sa condition, la colère ne confie sa vengeance à personne d’autre qu’à celui qui la porte : l’exécuteur.

    Feux autour des places, supplices, rien n’est comparable à la fureur de la colère, et rien ne réjouit autant que son visage menaçant ; visage pourpre, d’une teinte sanglante, impatient de dévorer une proie qui déjà exhale les restes de sa vie : en seconde et en poids de chair humaine.

    Respiration entrecoupée, agitations, exclamations, des hommes les plus sages, les plus éclairés l’ont cultivée et entretenue jusqu’à  l’embrasement.

    Sans la colère, pas de liberté. Vertu tournée contre tous les vices, la colère ne coûte cher qu’à celui qu’elle prend pour cible. On ne peut la ramener qu’à une seule raison : frapper encore plus fort.

    Voyez ! Par la colère, un père est fier de son fils, un enfant fier de ses parents, un époux fier de son épouse.

     

               La colère surpasse toutes les vertus.  Si les guerres sont l’expression de la force des oppresseurs, la colère d’essence plébéienne est l’explosion de la révolte des humiliés.

    Soulèvement de l’amour-propre, la colère est le plus haut des sentiments : elle rassemble les nuages, éclate en tempêtes, tourbillonne en un cyclone.  Rien au-dessus car la majesté l’accompagne. 

    Où trouver une telle majesté chez l’homme résigné et soumis ? Ne cherchez pas ! Vous ne trouverez rien, sinon... l'abaissement et la laideur de la soumission.

    Aucune vertu à souffrir par humilité ni à tolérer l’outrage par humanité donc.

     

                  Adapter ses forces aux obstacles, et ses moyens au but, la colère ne s’épuise alors jamais. Laissons à la colère le plus de liberté possible sans chercher à modérer son intempérance. 

    Jaillissant en traits de flamme, bouleversant toute la condition humaine, avec la colère, l’intention est tout, et l’acte n’est rien.

    La colère n’ignore aucune injure.  La colère vient à nous, tout comme nous qui venons à elle... elle qui nous attendait, qui nous espérait comme aucune autre. C’est la plus fervente et la plus chaleureuse des maîtresses. Quand elle survient, impossible de la repousser. Elle nous attire, tout comme nous la charmons.

    La colère appelle aux armes. La colère n’amortit rien ; elle éclaircit le nuage qui offusque la bienséance.  La colère n’abandonne rien au temps car seul le flux et le reflux du présent importent.

    De colères, n’en refoulons aucune. Permettez tout à la colère car tel est son souhait. Contentez-la !

     

              Vaincre la colère c’est refuser de vivre debout, en homme libre ; c’est  se soumettre à l’oppresseur. 

    A la fois ordre et commandement, face à la colère, ne réclamons le secours de personne. Bien au contraire : accompagnons-la  jusque dans ses dernières témérités…

     

                La colère est une plainte qu’arrachent les grandes injustices. Seule la colère ouvre la voie à la liberté, jamais la servitude. La colère est courage. Succédant à la réflexion sans l’inspirer entièrement - même s’il est bon que la colère puisse être à la source de tous les questionnements -, la colère n’accroît aucun tourment car elle est bel et bien l’unique allégement des souffrances les plus vives.

    Seul le complot frappe de nuit ; la colère, elle, frappe en plein jour.

    La colère ne connaît le pardon qu’une fois l’adversaire terrassé.

    La résignation est un vice qui encourage tous les vices. La colère est une vertu qui se propose de donner l’exemple : celui d’une « saine colère » car la colère n’est ni rancune ni vengeance, elle est jugement. Face à la surdité de la tyrannie, la colère est donc bien la meilleure des conseillères.

    La colère n’est pas ébranlement de l’âme mais sa résurrection et son affermissement  car elle sert à la fois la nature et la raison. Transformation intérieure, la colère doit être contenue dans un seul cas : lorsqu’elle sert l’ennemi.

    La  colère n’est pas une maladie mais un symptôme : celui d’une prise de conscience qui n’admet plus l’infamie.

     

                 La colère est libération. Pensons à tous ces hommes illustres dont l’Histoire retient le courage de leur résistance ! Et gardons à l’esprit que seuls les pleutres résignés, les classes dominantes et leurs larbins condamnent la colère aussi bien individuelle que collective, et plus encore lorsqu'elle les prend pour cibles.

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  • Matthieu et le journalisme d'investigation

     

     

                  Pour ne rien vous cacher, Matthieu avait pour ambition de remettre à l’heure toutes les pendules du journalisme, loin des connivences et du ronflement indigent et déshonorant des rédactions somnolentes de l’investigation à la papa ; incapables, ces rédactions, de résister à tout ce dont il est important de résister quand on souhaite faire son métier.

    En tant que journaliste, il n’était plus question de plaire à qui que ce soit. Il s’agissait de rechercher et de traquer la vérité, loin des honneurs qui plombent la profession et des commentateurs illustres de l’actualité qui, à défaut de la contextualiser pour mieux nous la faire comprendre, commentent cette même actualité comme d’autres commentent, un verre de pastis à la main, une partie de pétanque, à l’ombre de leurs salaires mirobolants parce que...  "Tout va bien finalement et pour le mieux ! Et si d’aventure ça va plutôt mal, c’est sans aucun doute la faute de ceux qui s’obstinent à ne pas vouloir comprendre que c’est comme ça et pas autrement puisque c’est comme ça et que si c’était autrement, eh bien, ça serait bien pire encore !"

     

    Matthieu comptait isoler l’information de tous les pouvoirs pour mieux dénoncer au sein de cette fratrie la frilosité face au courage et les archaïsmes d’une caste nostalgique d’une époque encore contemporaine où pour défendre son bout de gras, il suffit de se baisser pour mieux ramasser les cadeaux et les privilèges empoisonnés de la servitude volontaire.

     

    Il s’agissait ni plus ni moins d’enquêter sur celles et ceux qui, à genoux, pantalon ou jupe baissés, frétillent de l’arrière-train à toutes les heures du jour et de la nuit, scouts et cheftaines avachis, courbés à force de courbettes, incestueux et consanguins, tube de vaseline en poche parce qu’on ne sait jamais ce qu’on ne peut pas prévoir et puis, la proximité crée des liens à défaut de créer une information digne de ce nom.

     

    Mais... rien de surprenant en soi ! Les têtes d’affiche de l’information ne sont-elles pas... finalement et... après coup, les meilleures clientes des proctologues ?

     

    ***

     

                A la télévision, à la radio, Matthieu rêvait de débats invraisemblables, d’affrontements salutaires, de commentaires impertinents, de reportages irrévérencieux.

    Un exemple parmi tant d’autres. Et nombreux sont ceux qui gardent encore en mémoire une prestation télévisuelle fameuse de Matthieu ; prestation que voici :

     

    "Alors Madame, comment était-il ? Dites-nous tout ! Vous l’avez bien connu. Sauf erreur de ma part, vous avez été son épouse pendant quarante ans.
    - C’est vrai. J’ai été sa seule et unique épouse pendant quarante ans. Quarante ans ! Vous imaginez ? Alors... pour répondre à votre question, je dirais qu’il était... mais... comment vous dire ?
    - Dites-nous.
    - Allez, je me lance... C’était un être exceptionnel. Vraiment, c’était un être exceptionnel ! Voilà.
    - Un être exceptionnel ? Un être d’exception, donc ?
    - Oui, c’est ça ! Il avait des yeux... mais, des yeux d’un bleu... indescriptible... un bleu comme... envoûtant ce bleu... envoûtant, vraiment ! Ses yeux étaient comme un phare...
    - Un phare envoûtant, avez-vous dit ? En effet ! C’est pas rien !
    - Vous voulez une autre confidence ?
    - Mais je vous en prie et... je vous supplie de nous en dire davantage et je vous encourage vivement à le faire.
    - Sa voix était d’une profondeur abyssale. Elle était... inouïe sa voix ! Et puis... elle portait loin sa voix ! Sa voix... c’était comme un porte-voix, un haut-parleur, un gyrophare. Le phare ! Vous voyez : encore le phare !
    - Comme un leitmotiv ! Un gyrophare, vous avez dit ! Un gyrophare... comme quand il y a urgence, comme quand il y a... le feu ?
    - Et je vous ai gardé le plus beau pour la fin. Je vous livre là un détail intime qui concerne notre vie de couple. Quand il se mettait au lit pour dormir... quand il se mettait au lit, mon mari, mais... comment vous dire ?
    - Je vous en prie ! Dites-nous !
    - C’est... délicat.
    - Faites ! Faites ! C’est important que nous sachions et que nous comprenions tout.
    - Bon. Puisque vous insistez tant. Quand il se mettait au lit, eh bien, pour dormir, mon mari... quand il se mettait au lit, mon mari enfilait... un pyjama de couleur rouge ! Oui ! Il se brossait les dents et il enfilait un pyjama rouge !
    - Non !?
    - Si !
    - Alors là ! Je comprends mieux maintenant ! Mais c’est... bien sûr ! Tout devient clair et limpide. C’est pas rien quand on y pense. C’est pas rien ces dents que l’on brosse et ce pyjama qu’on enfile comme on... comme quand on enfile une aiguille ?
    - Il était si mince, au fond.
    - Au fond et... dans le fond aussi ? Et puis, léger, très léger, non ?
    - Oui, c’est tout à fait ça.
    - Madame, sa mort fait de nous, ce soir, des orphelins, vraiment !
    - Oui Monsieur. Moi, complètement veuve et vous tous... entièrement orphelins.
    - Dites-moi : c’était aussi un acteur ?
    - Oui, bien sûr ! C’est d’ailleurs pour ça que vous êtes là, ce soir, à m’interviewer, n’est-ce pas ?
    - Mais... où avais-je la tête ! Vous avez raison. En tant qu’acteur, sa réputation et sa célébrité reposaient sur son jeu. Jeu médiocre, je crois ?
    - En tant qu’acteur, il était plutôt médiocre. C’est vrai. Mais, c’était un être exceptionnel.
    - Exceptionnel mais... médiocre, alors ?
    - D’ailleurs, à ce sujet, je ne sais pas s’il était médiocre comme acteur ou bien si c’étaient les films qu’il tournait qui l’étaient. On en parlait souvent tous les deux.
    - Et que disait-il ?
    - Pas grand-chose. Il n’avait pas d’idée sur la question et moi non plus.
    - Mais vous en parliez souvent !
    - Oui. Mais on n’a jamais pu se décider. Était-il médiocre parce qu’il tournait dans des films médiocres ou bien, les films étaient-ils médiocres parce qu’il tournait dedans ?
    - En effet ! C’est l’histoire de l’œuf et de la poule. Cela dit, et si vous permettez cet aparté : ce sont toujours les mêmes qui tournent dans des films médiocres. Alors, il doit sûrement y avoir une relation de cause à effet. Quand on est médiocre, on a des goûts médiocres et on fait des choix médiocres et à la longue, on finit par n’intéresser que des réalisateurs médiocres. Les médiocres, entre eux, se reconnaissent au premier coup d’œil. Remarquez, à ce rythme, bientôt, on n’aura plus besoin des critiques de cinéma. Dites-moi quels acteurs vous recrutez et je vous dirai quel film vous vous apprêtez à tourner et vice versa.
    - Cela dit, c’était une grande figure quand même. C’était une star... une étoile qui éclairait notre galaxie. C’était une étoile d’une intensité hors du commun...
    - Et peu commune, donc. Une étoile comme l’étoile qui guide le berger et le berger qui guide son troupeau. Nous, comme brebis, lui, étoile et berger tout à la fois. Alors, ce soir, on a comme perdu un de nos parents. On a perdu le Père. On a perdu notre Père... qui es aux cieux, que Ton nom soit...
    - Oui, c’est ça ! C’est tout à fait ça.
    - Mais médiocre, quand même ?
    - C’est vrai. Médiocre comme acteur et puis, mauvais comme amant. Je suis plutôt bien placée pour le dire. Vous imaginez bien.
    - Comme amant aussi ? Comme c’est étrange ! Étrange ? Non, c’est... c’est surprenant. Je comprends tout maintenant. Mais dites-moi : vous avez eu deux enfants avec lui ? Comment était-il en tant que père ?
    - En tant que père ? Il était... en tant que père ? Laissez-moi réfléchir pour mieux me souvenir. A mon âge, vous savez, c’est pas toujours facile... En tant que père... en tant que père ? Il était absent. Mes enfants ne l’ont jamais vu. Oui, c’est ça : il était absent et indifférent. Ces enfants ne l’ont pas connu puisqu’il ne souhaitait pas ce faire connaître d’eux. Au fond, il était tellement distrait et puis, discret aussi.
    - Star mais... discret alors.
    - Attendez ! Maintenant que vous m’y faites penser : ses enfants qui sont aussi... mes enfants, eh bien, ce soir, c’est vrai, ils ne sont pas à mes côtés. Ils ne sont pas venus me soutenir et me consoler. Mais qu’est-ce que...
    - Le temps presse Madame. Parlons maintenant de ses livres. Parce que... comme il n’avait peur de rien, je crois qu’il écrivait aussi, n’est-ce pas ? Son style était d’une banalité affligeante. Il n’avait rien à dire, en fait.
    - Mais ça marchait. Ses livres se vendaient comme des petits pains. Mais... c’est vrai ! Maintenant que vous me le dites... il n’avait rien à dire. Il n’a jamais eu rien à dire et... rien à me dire non plus. Quant à ses enfants...
    - Vous voyez, il suffit de le dire. Pour résumer, c’était donc un acteur médiocre, un écrivain affligeant, un père absent et un amant vraiment mauvais.
    - Oui. Je suppose qu’on peut résumer les choses comme ça.
    - Mais alors, de lui, il nous reste quoi ce soir ? Un père indigne, des livres médiocres, des films mauvais et des érections... des érections molles, dirons-nous ?
    - C’est tout à fait ça. Mais... je n’y avais pas pensé avant. C’est drôle, toutes ces érections molles et puis, moi son épouse et toutes ces années à ses côtés, toutes ces années... per... perdues. On peut dire ça comme ça, j’imagine.
    - Sans doute Madame, même si ce n’est pas le sujet qui nous occupe ce soir.
    - C’est terrible. Maintenant que j’y pense. Toutes ces années à ses côtés, lui, vraiment mauvais comme père, comme amant, comme acteur, comme écrivain et comme mari. Comment une telle chose a-t-elle pu m’échapper ?
    - Merci Madame. Nous interrogerons ses maîtresses. Peut-être que là, nous trouverons matière à...
    - Ses maîtresses, avez-vous dit ?
    - Oui. Ses maîtresses.
    - C’est bizarre, mais, ça aussi, ça m’a comme échappé. J’avais oublié ses maîtresses ! Toutes ces années à ses côtés et toutes ces maîtresses ! Mais qu’ai-je donc fait ?
    - Nous devons maintenant rendre...
    - Comment tout cela a-t-il pu m’échapper ? Comment ? J’ai honte pour moi, pour lui, pour...
    - Merci Madame. Mais, nous devons...
    - Ô malheur !
    - Madame ! Excusez-nous mais, nous devons maintenant rendre l’antenne.
    - Ô tyrannie !
    - Madame, je regrette mais...
    - Non, attendez ! Attendez ! Ne me laissez pas seule ! Restez !
    - Désolé, Madame."

     

            Allez, prends du bon temps Matthieu ! C’est ça ! Profite ! Profite Matthieu !

    Faut dire qu'à cette époque, Matthieu était capable de pousser ses interlocuteurs dans leurs derniers retranchements et aussi parfois, jusqu'au suicide, comme ce fut le cas de cette pauvre femme, seule, abandonnée des siens et de tous les autres.

    Le ridicule ne tue plus, certes, mais la honte... elle... toujours ! Car elle ne fait... jamais... jamais recette, la honte ! Cette femme semble l'avoir appris à ses dépens et pour son seul malheur à elle.

     

     

    Extrait du titre : "Des apôtres, des anges et des démons" - chapitre 1 - Copyright Serge ULESKI

     

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  • Laurent Chollet : « L’insurrection situationniste »

     

     

                  "L’IS (Internationale Situationniste) a su développer autour d’elle, contre elle ou concurremment à elle un courant de pensée radicale qui sans nul doute marque aujourd’hui plus que jamais  l’évolution des idées politiques en général. Il est sûr que le radicalisme  de l’IS a plus fortement marqué son temps  qu’aucun autre courant n’avait pu le faire."

     

                 Roland Biard, Dictionnaire de l’extrême gauche, de 1945 à nos jours 1978.

     

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              « Souvent calomniés et souverainement occultés pendant près d’un quart de siècle, alors que leurs idées étaient pillées de toute part, les situationnistes même si on n’identifie ni ne distingue pas toujours très bien le sens de l’épithète, occupent une place à part dans l’historiographie contemporaine. On songe, dans les meilleurs cas, aux événements de Mai 68, à une organisation, et à une revue homonyme appelée Internationale situationniste (IS), ainsi qu’à deux ouvrages : « La Société du spectacle » de Guy Debord et le « Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations » de Raoul Vaneigem sortis en 1967 n’ont pas seulement anticipé sur le « Printemps des enragés » ( Mai 68 - ndlr), ils ont rencontré leur époque. En revanche, on oublie ou l’on ignore que l’aventure situationniste a dépassé, et de loin, le cadre de la seule IS, fondée en 1957 et autodissoute en 1972, puisque cette organisation a donné naissance à partir du milieu des années soixante à un vaste mouvement international dont l’âge d’or se situa dans les années soixante-dix. Il n’est donc pas étonnant d’en avoir trouvé la trace au cœur des mouvements Provo en Hollande, punk en Angleterre, autonome en Italie ou alternatif en Allemagne.

    La structure, née de la fusion de plusieurs groupes d’avant-garde artistique, a compté 70 membres de 16 nationalités différentes, en douze ans et six mois d’existence. La pratique coutumière des exclusions  et des démissions a cependant  toujours limité à une dizaine  le nombre de participants simultanément présents en son sein. Autre source d’allégations fantaisistes : leur projet révolutionnaire. Cette cause, fruit d’une singulière rencontre entre radicalités artistique et politique, ils avaient choisi de la fonder eux-mêmes. L’origine, le parcours, le tempérament et les aspirations de ces agitateurs s’avéraient pour le moins atypiques. « Insurgés », les définirait d’un mot. Ces adeptes d’un « refus total » s’étaient d’abord révoltés au sortir de l’adolescence contre la vie même. « Ne travaillez jamais !», assénaient-ils, en commençant par donner l’exemple à travers des conduites en tout point « scandaleuses », tout à la fois fondements et applications de leurs premières théories. « Bohèmes » par choix, et en majorité autodidactes, ils s’étaient dressés contre les mouvements dadaïste et surréaliste, dont ils étaient les héritiers directs et les enfants terribles, une rupture salvatrice destinée à assurer leur complète émancipation. Ce combat contre l’ordre du monde, ils le préparèrent  en se composant progressivement un vaste champ culturel, mêlant à des auteurs ou des créateurs d’avant-garde (Breton, Artaud, Malevitch, Joyce…), les œuvres de romanciers(Sade, De Quincey…) et de poètes (Lautréamont…) de mémorialistes (Le cardinal de Retz, Casanova…) et d’essayistes (Machiavel, Clausewitz, Hegel…). Leur politisation résulta, elle, d’une lecture critique des écrits de Marx, de Bakounine, de Fourier et de Nietzsche, sans ignorer ceux des « marginaux » du marxisme (Korsch, Pannecoek, Lukacs…) et de l’anarchisme (Stirner, Darien…). Pétris d’histoire, ils manifestèrent un intérêt tout aussi vif pour les bandits « sociaux » (Cartouche,Mandrin…) et « asociaux » (Villon, Lacenaire…), les grands insurgés oubliés (Makhno , Durruti, Villa…), ainsi que les hérésies et autres mouvements religieux millénaristes. Cette culture livresque, liée à l’étude du mouvement ouvrier, de la Commune de Paris à la Catalogue libertaire de 1937, les conduisit rapidement à propulser la social-démocratie, le marxisme-léninisme et l’orthodoxie anarchiste dans les poubelles de l’histoire, pour faire du courant situationniste une pratique, une critique et une théorie radicales.

    Considérablement influencés par les travaux de quelques pionniers dont ils croisèrent souvent la route (Isou, Lefebvre, Castoriadis…), et par la fusion qu’avaient forgée les surréalistes, à partir des mots d’ordre de Rimbaud et de Marx, les situationnistes souhaitaient à leur tour « changer la vie » et « transformer le monde », en « réalisant » l’art et la philosophie. Se voulant  l’aiguillon d’une révolution intégrale, ils considéraient que le prolétariat, organisé en conseils ouvriers, pouvait désormais accomplir sa « mission historique » grâce à l’automation et à la cybernétique, en réalisant le vieux rêve d’une société sans maîtres ni esclaves. L’abolition du travail, du salariat, du capital et de la marchandise devait ouvrir une ère nouvelle. La vie quotidienne libérée, reposerait sur une suite ininterrompue de situations, autrement dit  « de moments construits de la vie », dont on ne connaissait encore que les contours par le biais d’un ensemble de comportements expérimentaux.

    Dans leur optique insurrectionnelle, les situationnistes ont d’abord pensé utiliser la culture comme ligne de front, avant d’opter pour une stratégie ouvertement politique, à distance des organisations et des partis existants. L’IS, compte tenu de ses origines et ses interventions, entendait ne plus opérer de distinctions entre les domaines politique et culturel.

    La modernité que représentait l’IS, au-delà de ses analyses et de ses propositions, reposait aussi sur sa manière de s’exprimer. Grands lecteurs de « romans populaires », de Dumas à Sax Rohmer, ils ont chéri les bandes dessinées, la Série noire et ses adaptations cinématographiques ou la science-fiction, soit l’univers des productions « commerciales » découvertes depuis la Libération, que les bien-pensants tenaient déjà pour une sous-culture des plus douteuses.

    Dès 1963, on pouvait en effet lire dans son bulletin : « L’IS ne peut pas être une organisation massive et ne saurait même accepter des disciples, l’IS ne peut être qu’une conspiration des Egaux, un état-major qui ne veut pas de troupes ».

    Le diminutif de « situ » désigne tous ceux qui ont soutenu et développé des perspectives situationnistes en dehors de l’IS. 

               Le « mouvement situationniste » quant à lui, loin d’être un concept fourre-tout, inclut de fait l’ensemble des structures et individus, organisés ou non, qui se sont reconnus dans tout ou partie des pratiques, des analyses et des théories de l’Internationale situationniste.

    S’ils n’ont partagé aucune des illusions soviétique, Khmers rouges et de l’engrenage terroriste, cette insurrection à épisodes, à la fois artistique, politique et sociale, cette entreprise de dépassement de l’art, de sa réalisation dans la vie quotidienne à partir d’expériences nouvelles, jusqu’aux créations picturales, architecturales, cinématographiques (Themroc, l’An 01) ou autres, réflexions politiques… ceux qui se sont risqués à renverser leur vie, au sein du mouvement ou sous son influence, la délinquance politisée, la lutte armée, la pratique d’un terrorisme burlesque, le combat pour la libération des mœurs ou la libéralisation des médias… toute cette effervescence a composé ce qu’on pourrait appeler un puzzle situationniste dont il est urgent de réunir les pièces. »

                         

                           Laurent Chollet.  "L'insurrection situationniste" public en 2000 chez Dagorno ;  toujours disponible.

      

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  • Progrès et innovation

     

    "J'aimerais tant avoir la science infuse...

                                     enfin, entre deux tasses de thé".

     

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    « Les opinions vous savez, ça va, ça vient. Du reste je ne suis pas contre l’opinion aussi saugrenue soit-elle qui consiste à penser qu’il est important d’avoir des opinions sur tous les sujets sur lesquels il est notoirement recommandé d’en avoir...  et même si la majeur partie d’entre nous a des opinions sur un nombre restreint de sujets, il faut bien avouer qu’ici bas, seuls les sujets qui nous touchent sont des sujets sur lesquels nous ne pouvons éviter d’avoir une opinion, tout en gardant à l'esprit le fait qu’une opinion est une bonne opinion si celle-ci se rapporte à un sujet qui nous terrasse avant de nous anéantir si par malheur nous ne formulons pas, dans la seconde qui précède cette menace d’anéantissement, une opinion tranchée et réflexive, une opinion que personne n’osera contester car la contestation efficace d’une opinion est une contestation qui anéantit l’opinion de l’autre sur un sujet qui le mine et le tue à petit feu, comme dans une séance d'auto-flagellation, ou bien de plein fouet au volant d’une voiture qui vous percute, elle, de biais pour faire diversion et créer un effet de surprise qui ne vous laissera pas le temps de formuler une opinion sur le choc mortel que vous venez de subir.

    Écoutez ! L’important c’est d’être encore capable de dormir la nuit avec ou sans opinion car, si vous perdez cette faculté, c’est fini. Il n’y a plus de repos compensateur... il n’y a plus d’espoir : l’espoir d’avoir la paix quelques heures par jour. D’ailleurs, au train où vont les choses... on parle de nostalgie, et certains la dénoncent, mais je vais vous dire une chose : la nostalgie ne finit-elle pas là où commence le grave déséquilibre psychologique de l'espèce humaine occasionné par cet environnement qui fait que l’être humain se sent de plus en plus, jour après jour, étranger à ce qu’il est... indubitablement ? Oui, étranger ! Comme... absent de lui-même parce qu’il n'adhérera jamais à cet environnement. La science et toutes les psychothérapies avec leur cohorte de psys défroqués n'y changeront rien : ce dénominateur commun, le plus petit dénominateur commun qui unit notre espèce, non pas dans sa géographie contemporaine mais dans sa nature et son histoire, eh bien, c'est ce plus petit dénominateur universellement commun-là qui fait que nous sommes tous capables de donner un sens à cet environnement qui nous rappelle, quotidiennement d’où nous venons et où nous allons. Et j’entends par environnement, tout ce qui conditionne notre manière de penser et d’agir. Alors, dites-vous bien une chose : ce n'est pas de nostalgie qu'il s'agit mais de manque ; ce sont bien des pans entiers de notre humanité qui vivent dans le manque et qui souffrent. Vous comprenez ?


    Mais… diable ! Qu'est-ce qu'on nous a fait perdre et qu’est-ce qu’on a perdu au cours des siècles qui se sont écoulés ? Qu'est-ce qu'on a perdu et qu'on n'aurait jamais dû perdre et qui nous sera fatal pour notre malheur à tous ? On a sûrement gagné quelque chose en chemin mais en gagnant, on a aussi perdu.

    Alors, je vous le dis tout net : on ne peut plus balayer d'un revers de main tous ces gémissements et toutes ces plaintes. Quelque chose de précieux et de vital a sûrement été perdu. Mais comment savoir ? Comment identifier ce qui a été perdu et qu'on ne retrouvera plus et qu'on n'aurait jamais dû perdre ? Ou bien alors, comment être sûr que ce qui a été abandonné ne fragilise pas nos chances de laisser derrière nous et à ceux qui nous survivront, un monde encore et, un tant soit peu, humainement humain ? Et c'est pas fini ! Si on continue à nous dépouiller, on finira plumés, sans un rond, à sec, à poil, sans droits, sans valeurs et sans un être humain à l'horizon. On sera des milliards mais on ne comptera pas un seul être humain parmi nous. Alors... bien sûr, il y a la science, cette satanée science ! Cette science qui hurle son arrogance dans un monde scientifiquement appréhendé et pris en otage. Mais cette science, dont les découvertes aujourd'hui n'en finissent pas de nous faire bâiller, est-elle seulement capable d'identifier ce quelque chose qu'on a perdu et qui nous fragilise et nous condamne tous davantage chaque jour, nous tous, collectivement ? Plus nous innovons, plus nous gagnons de la vitesse, certes ! Mais... plus nous innovons, plus les chances de progrès semblent s'éloigner de nous car, le progrès, ce n'est pas l'innovation, le progrès, c'est tout ce qui renforce la justice ; et la justice, c'est ce qui nous protège du pire et nous éloigne de la barbarie, de l'arbitraire et du ressentiment dévastateur de ceux qui se sentent dépossédés ou bien, relégués et qui ne manqueront pas de nous le faire savoir avant de nous le faire payer. »

     

     
    Extrait du titre  : "Paroles d'hommes" - chapitre 5 - copyright Serge ULESKI.

     

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    Françoise Bonardel sur la crise de l'identité 

     

                  Nietzsche, Simone Weil et l'enracinement, Thomas Mann, Bernanos, Julien Benda  :

     

    " ... on mentionnera un exil intérieur pour nombre d'Européens en perte de repères, vacillant entre une identité nationale frappée de suspicion et une identité supranationale qui n'est qu’un cache misère abstrait puisque c'est sous la bannière de la société marchande que s'étend à l'échelle planétaire un déracinement humain généralisé ."

     


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  • "Soumission" : sixième roman de Michel Houellebecq

     

     

    Billet de blog rédigé en 2015 

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                        Si une vision politique discutable ou indigente et une faiblesse littéraire ne sont pas indissolublement liées - en effet ceux qui pensent mal ou de travers ne sont pas systématiquement de mauvais écrivains, Ferdinand Céline l’a prouvé jusque dans ses pamphlets antisémites considérés comme des perles littéraires par un George Steiner auquel rien n’échappe -, avec Houellebecq, il en va tout autrement : mauvais penseur, mauvais écrivain pour sûr ! Même si la critique semble mettre des années à le réaliser et à l’accepter. Il est vrai qu’il est plus valorisant de reconnaître que l’on avait raison, qui plus est seul contre tous les autres, que de confesser ceci : « On s’est tous plantés à propos de Houellebecq ! »

     

                   Michel Houellebecq aurait dû être l'auteur d'un seul ouvrage : « Extension du domaine de la lutte » en 1994, d'un intérêt certain en tant que symptôme d’une société libérale très avancée qui a placé l'efficience et la performance au coeur de son projet, pour chacun d'entre nous, à nos risques et périls... pour les plus indigents, car Houellebecq n'a jamais été autre chose qu'un symptôme : il a représenté – et ce n’était pas un rôle de composition chez lui -, une catégorie d’hommes – homme au masculin -, susceptible d'intéresser davantage les sociologues et que les critiques littéraires ; une catégorie directement concernée par la question de la misère sexuelle qui est le lot de l’homme dépourvu de qualités physiques face à « l’homme machine » réduit au seul critère d’une performance économique et sexuelle, à la fois objet et marchandise ; et plus encore, lorsque cet homme déshérité a des prétentions de conquête très largement au-dessus de ce que peut vous laisser espérer un réalisme à la fois esthétique et social ; et Houellebecq, de par son physique et sa place dans la société, avant son statut d’auteur célébrissime, était bel et bien au cœur de cette problématique, il faut le reconnaître.

    Un Houellebecq symptôme donc. Or, un écrivain n'est pas un symptôme, mais bien plutôt une maladie et son remède, médecin et patient ; et quand il est bon, vraiment bon : un écrivain c’est une épidémie avec toute la logistique médiatico-humanitaire qui accompagne une telle calamité qui menace au pire un continent, au mieux... la planète toute entière, prix Nobel à la clé.

     

                  Avec Houellebecq, roman après roman, force est de constater qu’il s’est aussi et surtout agi d’une catégorie d’hommes qui, dans les faits, supporte mal « l’affirmation du désir féminin » par les femmes elles-mêmes sans la médiation d’hommes bien disposés envers elles : les Vadim et les Truffaut qui ont su aussi se servir au passage. Désir au sens le plus large : sexe, réussite sociale, pouvoir et contrôle ; désir inaccessible à cette catégorie d'hommes faute d’en connaître non seulement l’histoire mais aussi ses véritables motivations et ses ressorts ; désir face auquel ces hommes peinent à trouver une place : la pauvreté de leur physique et sans doute aussi une enfance dont les conflits, ou pire encore, l'absence de conflits « mère-fils », « père-fils » faute de candidats, n’ont pas trouvé leur résolution dans une vie d’adulte épanouie ne leur étant d’aucun secours. Arrive alors le constat amer : un physique ingrat condamne à une vie tout aussi ingrate, une vie effacée, sans joie, sans charme ; des hommes dont les corps n’exulteront pas ; toute exaltation leur sera interdite dans une société où le « savoir jouir » a pourtant tout recouvert.

    Manifestement, Michel Houellebecq a toujours trouvé la punition injuste et sa biographie personnelle n’a rien arrangé en tant qu’enfant d’une société post-soixantehuitarde aux parents absents dont le laxisme cachait une indifférence et un refus d'assumer ses responsabilités en tant que parents... qui s’affichait « tolérance » ou « quête de soi »… de voyage en voyage, de lit en lit.

             

               Question lancinante donc : quel avenir et quel devenir pour les moches, les fauchés qui plus est, sur le marché du sexe… qui est à la fois un marché et de la performance physique et de la performance économique et financière ? Bander longtemps, avoir un beau petit cul et une carte de crédit de VIP.

    Incidemment, et cela aurait dû alerter les critiques littéraires, Houellebecq n’a pas compris, ou bien plutôt, n’a pas voulu, ou bien encore, n’a pas su se résoudre à accepter de reconnaître que ce déterminisme-là était tout aussi impitoyable avec les femmes qu’avec les hommes que la nature et la réussite sociale n’ont pas favorisés. Dans le cas contraire, il est vrai que Houellebecq aurait très vite réalisé que toutes ses récriminations contre les femmes, ce procès permanent contre la femme, livre après livre, une femme responsable de tous nos malheurs, étaient nulles et non-avenues ; mais faut croire que la mauvaise foi en littérature paie toujours.

    Ironie de la situation : Houellebecq n'aura eu besoin d'aucune religion finalement, tout en n'ayant rien à envier à aucune d'entre elles, quand il s'est agi de fomenter un tel procès d'intention contre tout ce qui touche au féminin.

     

                  Avec « Soumission », cette France islamisée en 2022 et la victoire du parti de la «Fraternité musulmane», Houellebecq et son éditeur sont allés chercher non pas le lecteur, celui d'un Christian Bobin ou d'un Eric Vuillard, mais le non-lecteur ; celui qui n'ouvre qu'un livre, un seul, tous les dix ans, et dans lequel ce non-lecteur ira retrouver son propre ressassement.

    On saluera ici la logique économique d'un tel choix, les lecteurs se faisant de plus en plus rares, autant aller chercher ceux qui ne lisent pas mais qui gambergent à l'excès autour de l'Islam, entre autres obsessions.

                 Le mal français ?

                 La femme libérée et l'Islam.

                Après Zemmour, Houellebecq ! Certes, ce dernier est autorisé à croire qu'il pense quand il pense ce qu'il pense et qu'il l'écrit jusqu'à en faire un "roman" qui nous sera alors vendu comme tel. En revanche, ce que l’on ne pourra que difficilement pardonner c'est le fait que le monde de l'édition ait tenté depuis 20 ans de faire de Houellebecq un écrivain avec la complicité de la critique, et de nous en convaincre livre après livre, et ce sans ménagement aucun. Or, le vernis « littéraire » et « politique » de Houellebecq ne résiste pas à une interview un tant soit peu compétente. De plus, un écrivain, ç'a du flair, une tête bien faite, une écriture, un vocabulaire... tout ce qui a toujours manqué à Houellebecq.

    Mais tout se tient finalement : l’Art contemporain contre l’Art moderne, Houellebecq maître en littérature, politique et complaisance face à la corruption généralisée, l’extrême droite sous la protection de l'abstention et des médias, jusqu’à la confusion qui en arrange plus d'un : on peut être socialiste et travailler pour la Banque, en venir et y retourner une fois que l’on a épuisé tout son crédit auprès d’électeurs maintenant écoeurés qui enragent.

     

                  Après la publication de « Soumission », il est vraiment surprenant  que toute la critique soit à ce point navrée comme si Houellebecq n'était pas toujours passé à côté du fait que la littérature c’est aussi un mode d’étude : sciences sociales, journalisme, droit, histoire, philosophie, psychologie…

    Pour le dire autrement : la littérature c’est du travail, beaucoup de travail, un travail à plein temps.

    En comparaison, écrire n’est rien.

    "Politiquement correct" oblige ! La critique condamnera alors l'islamophobie d'un Houellebecq, voire sa misogynie, sans toutefois remettre en cause la politique éditoriale de ceux qui n'ont pas cessé, à de très rares exceptions près, de nous imposer ce littérateur "monté de toutes pièces" : un vrai coup tordu pour la crédibilité de la littérature.

    D'autres moins hypocrites mais plus pervers... tel un Eric Conan de Marianne, dénonceront le sexisme d'un Houellebecq pour mieux valider en catimini son islamophobie.

     

    ***

     

                 Autant le compagnonnage autour de Dieudonné ou d’Alain Soral à propos de la dénonciation d’un mondialisme au service de l’Empire (atlantisme, sionisme et monarchies pétrolières : chaos et chantage) qui n'est qu'une guerre faite aux Etats providence, nations et peuples, réunit des cœurs sincères et vaillants, épris de justice et d’indépendance, en revanche la « fausse question musulmane » semble n’attirer que le rebut médiatico-intellectuel d’une société adepte de délires à la fois paranoïaques et savamment calculés parce qu’idéologiques : revanche historique à propos de la décolonisation (l’Afrique noire et le Maghreb en priorité), sionisme articulée à travers une allégeance indéfectible à Israël, racisme à peine masqué derrière un suprémacisme blanc, avec la complicité à la fois tacite, objective et plus rarement inconsciente faute de formation et de compétence dans ce dernier cas, des médias dominants ; il suffit alors de penser entre autres à ceux-ci : Eric Zemmour, Richard Millet, Alain Finkielkraut, Elisabeth Levy, Cukierman, Renaud Camus et maintenant Michel Houellebecq, à grand renfort de publicité : mille interviews, mille passages télé et radio… mille commentaires.

                   Bêtise, diversion, ignorance et scélératesse : taper sur la victime, sur le plus faible, toujours et encore ! Exonérer les coupables qui arrangent si bien les affaires de notre auteur et ses éditeurs successifs depuis 20 ans…

                   Aussi, bienvenue au club de la lie non-pensante, Monsieur Houellebecq !

     

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  • Michel Houellebecq : le Forrest Gump de la littérature

     

             Rentrée littéraire 2018-2019 : Michel Houellebecq a encore sévi  : contre la ville de Niort - commune d'un enjeu civilisationnel d'une importance colossale il est vrai ! Comme quoi, la littérature n'a vraiment peur de rien.

                             

                              Mais attention :

     

                            "A polémiquer sans péril, on buzz sans gloire !"

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                 Un auteur c’est un plat qui se mange froid. Or, Houellebecq est un auteur froid. Aussi...

     

                    Si "au commencement était le Verbe"... dans ses deux premiers titres - Extension du domaine de la lutte et Les particules élémentaires -, qu'est-ce que nous disait Michel Houellebecq (si d'aventure cet auteur tentait de nous dire quelque chose) ?

    Ce chérubin semblait vouloir nous dire, avant de s'en désoler, qu'il vaut mieux être riche et beau (et puis, jeune aussi) quand on veut tirer (1) de belles nanas, que pauvre et laid.

    Cette affirmation qui ne souffrira aucune contestation ferait donc de Houellebecq un grand écrivain doublé d'un grand moraliste car, si Houellebecq avait été riche et beau à une époque où il ne l'était pas, il aurait bien évidemment et très certainement cherché à séduire des filles pauvres et laides...

    C'est donc ça ?

                      Alors maintenant, à quand un auteur mais... de génie celui-là, qui nous expliquera, contre toute attente, combien il est préférable d'être issu d'une catégorie sociale dite "privilégiée" plutôt que d'appartenir à une catégorie sociale dite "défavorisée" ? (défavorisée ????? Qualificatif outrageusement euphémisant quand on constate l'ampleur des dégâts sur cette classe) quand on veut, non seulement séduire de belles nanas, mais aussi et surtout, se faire une place au soleil...

    A quand cet auteur de génie ? Parce que... bon... on s'impatiente là !

     

     

    1 - Tirer des nanas : oui parce que... Houellebecq, les nanas, il voulait les tirer, c'est tout. Et elles ne s'y sont pas trompées bien sûr ! Elles qui ne supportent pas, lorsqu'elles en ont besoin, qu'on leur dise qu'elles en ont envie, et vice versa. Mais ça................... Houellebecq l'ignorait.

     

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                 Plus tard, avec un titre comme "Plateforme", et dernièrement avec "La Possibilité d'une île" et "La carte et le territoire", il semblerait que Houellebecq ait souhaité élargir quelque peu son champ de vision et qu'il se soit décidé à nous donner des nouvelles du monde.

    Si Houellebecq connaît réellement notre monde contemporain (2), et si on oublie un moment une inspiration souvent absente ou poussive, force est de constater que les informations de l'auteur à ce sujet semblent avoir pour sources principales, sinon unique, le journal de 20H (TF1 ou France 2, c'est au choix), Envoyé Spécial pour s'être attardé devant son écran (somnolant ?), et maintenant qu'il réside en Espagne : TV5 ; ce qui, tout le monde en conviendra, n'arrangera rien, bien évidemment.

    Ecrivain de surface, sans profondeur ni écriture, en cela, Houellebecq est bien un homme de son temps : bâclage, esbroufe, absence de travail dans le sens de "travailler son sujet". D'aucuns rétorqueront : c'est guère nécessaire aujourd'hui puisque tout le monde triche : écrivains, artistes plasticiens, journalistes, critiques littéraires inclus ; et les lecteurs sont sans culture. 

     

    2 - Houellebecq est décidément un auteur très approximatif, un auteur très vague ! Aussi, gare au mal de mer !

    Tout comme il a une vague idée de la science fiction et des sectes dans "La possibilité d'une île",  Houellebecq a juste une vague, très vague idée du fait que l'art contemporain n'est, le plus souvent, qu'une vaste fumisterie sans talent ; mais il ignore le plus important : c'est une fumisterie très sérieuse qui nous est servie par des individus (artistes, mon oeil !) sans humour qui se préoccupent de tout et qui ne plaisantent sur rien ; ce qui aggrave sensiblement leur cas à tous. Rien à voir donc avec la démarche d'un Marcel Duchamp.

    Et les interviews de l'auteur n'arrangent rien. De là à penser qu'il ne faut ni lire ni écouter Houellebecq si l'on ne veut pas douter de lui et de ceux qui n'ont de cesse de nous signifier qu'il est irremplaçable...

     

    ***

     

                    Mais alors... à prendre ou à laisser Houellebecq  ? Un Houellebecq qui est à l'écrit ce que Mylène Farmer est à la musique et à la danse (on me dit que tous les deux partagent le même fans-club !)...

    Au diable la culpabilité ! Vraiment ! Sans regret et sans remords, on doit pouvoir laisser Houellebecq ainsi que les fossoyeurs de la littérature qui l'ont promu au rang d'auteur (3) qu'il faut avoir lu sous peine d'être frappé d'inconséquence ou de nullité, là où ils ne seront jamais, à savoir : dans un lieu qui ressemble fort à un avenir car, il y a des auteurs qui savent voir loin et acheminer l'attention de leurs lecteurs plus loin encore, et surtout, là où personne ne peut décemment souhaiter être  mené : à tous les drames et à toutes les tragédies, nous tous glacés d'effroi, face au pire.

    En revanche - et on l'aura compris -, Houellebecq ne nous mènera guère plus loin que dans sa salle de bains qu'il ne fréquente que rarement, pour une douche qu'il ne se résoudra jamais à prendre en gosse mal léché, difficile et laborieux quant à l'acquisition des apprentissages de la petite enfance... et sur son pot aussi, lieu de toutes les rétentions, en pré-ado attardé...

    Et ce, alors que le monde d'aujourd'hui et de demain a et aura besoin de titans !

     

     

    3 - Auteur d’un intérêt plus sociologique que littéraire nous affirme-t-on, comme pour s'excuser ; même si, en toute bonne foi, il semblerait qu’il n’y ait pas que des imbéciles pour affirmer que « Houellebecq, c’est important !»

    En effet, Houellebecq n’aura-t-il pas été le premier à donner une voix aux laissé-pour-compte… non pas économiques mais sexuels ? Préoccupation éminemment de droite (famille de pensée de Houellebecq ; choix effectué pour emmerder une mère beatnik : la sienne) car, pour ce qui est de la fausse-gauche( gauche PS des années durant), moche ou pas, elle n’a jamais eu de problème de ce côté-là : les ouvriers et les militants ont toujours beaucoup baisé, gratis qui plus est, et pas qu’avec des moches ; dans ce milieu, la gauche donc, les femmes sont fraternelles et compatissantes, alors qu’à droite, les femmes sont mesquines, rétentrices et arrivistes (on couche et on se marie « utile ») ; c’est la raison pour laquelle la bourgeoisie a toujours tissé et entretenu avec la prostitution des liens très très étroits (pour bien faire : les maquereaux sont notoirement de droite et les prostitués aussi ; ou bien apolitiques, ce qui revient au même), considérant comme un fatalité le fait de devoir débourser, quand on est sans un sou et/ou moche, quelque argent pour avoir droit à deux minutes d’affection, sinon d’hygiène.

    Jusqu’au jour où un Houellebecq décide de se révolter contre cette fatalité tarifée, prenant par la même occasion le féminisme comme bouc émissaire : « Si les nanas ne veulent pas de moi, c’est pas parce que je suis pauvre, de droite et moche mais… parce qu’elles ne baissent plus, ou alors, qu'entre elles ; et quand elles baissent avec le sexe opposé : c'est avec des minés !»

    Doit-on pour autant conclure que le fan-club de cet auteur serait majoritairement composé d'hommes "imbaisables" ou pour le dire autrement... d'hommes non compétitifs sur le marché d'une offre sexuelle a priori non tarifée, un peu à l'image de leur star qu'est Houellebecq ? Fan-club tel un écho involontaire et ironique des propos tenus contre le mouvement féministe en son temps : "Toutes des mal-baisées, ou pas baisées du tout parce que... imbaisables !"

    A vérifier donc !

               (si les fans de l'auteur voulaient bien se montrer un peu pour que l'on puisse juger sur pièce !)

     

    ***

     

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             Il faut le savoir : un auteur digne de ce nom, un auteur qui se respecte, se doit d'être sale à l'intérieur mais... propre à l'extérieur, un auteur au linge irréprochable ; et à ça, Houellebecq ne s'y résoudra jamais ! 

    Oui ! Impeccablement mis à l'extérieur et sale à l'intérieur cet auteur à venir, d'une nécessité absolue ; auteur-porteur de toutes les ignominies dont notre espèce est capable, jusqu'à ce que... une fois la morale évacuée ou expurgée, il ne reste plus que des hommes, femmes, enfants, vieillards, pères, mères, soeurs, frères, filles, fils, bourreaux et victimes, eux tous terrés au fond d'un gouffre, les yeux tournés vers le ciel, et la nuit, les étoiles, à la recherche d'une lumière rédemptrice pour les plus coupables d'entre eux, et consolatrice, pour les plus humbles, face à un lecteur non seulement témoin mais... acteur, incarnant pour l'occasion...

    Le dernier des hommes.

     

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  • Tout un monde friable

    Contrôle de routine. Un de plus, un de trop ? Après quelques examens complémentaires, le diagnostic tombe et le mot interdit est prononcé : un corps est devenu fou… fou à l’intérieur, incontrôlable ; cellules démultipliées au-delà du raisonnable ; cellules saines et puis les autres, surtout les autres !

     

     

    ***

     

     

     

    Il lui sera beaucoup pardonné à cette réalité intraitable si d’aventure il nous vient à l’esprit de lui rendre la pareille en vomissant dans le lavabo de la salle de bains ou dans les toilettes, le dernier traitement administré à la séance de ce matin, nauséeuse et épuisée, prête à tout lâcher, à tout rendre.

     

    Femmes accompagnées et soutenues. Femme seule, délaissée qu’un conjoint aura quittée sur la pointe des pieds au pire moment.

     

    Vient alors le temps des visites et des amies qu’il faut soutenir. Et là, c’est à se demander qui est le visiteur et le patient, tellement la peur de l’un se confond avec la peur de l’autre.

      

               Veillées celles qui ont survécu, et qui ont dû abandonner leur vie – celle d’avant –, et de leur intimité, la part la plus représentative à leurs yeux ; quand il ne s’agit pas d’une partie plus intime encore.

     

    Veillée jusqu’au terme de sa vie, l’amie qu’une maladie voleuse et sans gêne aura emportée. Veillée près d’un lit, à son chevet, sans jamais pouvoir imaginer un seul instant échanger son sort contre le sien.

     

    Veillée cette sœur d’arme, allongée là, épuisée, avec une poignée de mots fraternels ; ces mots qui forcent leur passage dans l’air, prononcés avec le souffle, du fond de la gorge, la poitrine lourde. On se retient pour ne rien ajouter au tragique et pour ne pas éclater en sanglots, ne pas dire qu’on est désolée et qu’elle ne méritait pas ça.

     

    Et puis l’angoisse vient éclairer le visage du visiteur. La patiente, elle, n’a déjà plus de force, le visage nu. L’épuisement a eu raison de son corps et de son esprit. Reste seulement la représentation de cet épuisement qui occupe et envahit tout. Dans ces moments là, le regard du visiteur se porte sur les murs, le lit, les draps, l’appareillage de perfusion, pensant pouvoir très certainement en réchapper. Le regard de la patiente, lui, scrute la fenêtre, dehors, là où tout était encore possible voilà quelques semaines ; et pour qu’elle puisse y voir une route, un chemin hors des ténèbres, c’est un feu de Dieu qu’il faudrait allumer à cette patiente perdue dans sa chambre – dernière retraite pour celle que la maladie a vaincue ; une ombre, son regard qui vous donne à voir toutes les années encore à venir pour elle qui ne les connaîtra pas.

     

                  Double regard, double infini dans ces deux visages dépouillés : celui de la naissance pour toutes les deux – il y a cinquante ans et plus –, et celui de la mort, pour l’une d’entre elles.

     

     

    ***

     

      

    La menace sera toujours là. Quels projet maintenant pour avancer et éloigner le souvenir de la maladie et du décès de celle qu’on aura accompagnée jusqu’à sa dernière heure ? Tabac, alcool ! Il faudrait pouvoir y renoncer. Pour la pilule, c’est déjà fait, l'âge aidant et puis, c’est trop tard : on a donné ! Trente ans de bons et loyaux services et une génération, la première, pour essuyer les plâtres.

     

    Une nouvelle hygiène de vie nous est proposée. Tout à faire ! Tout à refaire donc ! Dommage, vraiment, qu’il n’y ait pas eu autant de voix pour nous prémunir et nous guider alors qu’elles sont pléthores aujourd’hui à entretenir la peur, à la susciter, à nous la suggérer cette peur et la culpabilité avec...

               

              Comme si toutes les conditions avaient été réunies pour nous permettre d’effectuer un tel choix de vie !

     

     

     Si l’on ne remplace jamais rien, ces maladies en sont la preuve irréfutable et cruelle car, la mort n’irradie personne. Elle est une énigme pour les imbéciles seuls qui passeront le restant de leur vie à tenter de la déchiffrer car rien n’est plus réel que la mort, rien n’est plus transparent, plus limpide, plus clair que la mort. Elle rafle tout la mort et sous terre point de deuil et point de chant funèbre : l’indifférence et le silence règnent en maîtres incontestés. Elle saisit, elle se sert. Elle commande. Elle se goinfre, la mort !

     

    Gargantuesque, c’est avec les doigts qu’elle mange et qu’elle festoie et c’est avec le manche qu’elle s’essuie et c’est avec nos larmes et notre sang qu’elle se désaltère pour à nouveau, se précipiter sur les plats, hilare, outrageusement immodeste. Elle ne connaît pas la magnanimité. Elle ne connaît que son action et son résultat. Elle ne cherche pas. Elle trouve. Elle ne lutte pas, elle gagne. Face à elle, on n’a qu’un droit et qu’un devoir quand elle triomphe sans conteste : ôter son chapeau, comme au passage d’une procession et de son cercueil ; et pour celles et ceux qui n’en portent jamais : lui faire la plus belle des révérences, la plus respectueuse aussi.

     

    Rien de surprenant que tous les tyrans en usent et en abusent de cette arme qu’est la mort ; eux qui ne respectent que la force pour s’empresser d’y répondre par la force ; force d’une brutalité égale.

     

    Symétrie parfaite donc !

     

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    Extrait du titre : La consolation - copyright Serge ULESKI

     

     

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