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AA - Serge ULESKI, littérature et essais - Page 5

  • Penser la dissidence aujourd'hui avec Don Quichotte et Sancho Panza

     

                      L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche ou L'Ingénieux Noble Don Quichotte de la Manche (titre original en espagnol El Ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha) est un roman écrit par Miguel de Cervantes et publié à Madrid en deux parties, en 1605 et 1615.

     

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               Don Quichotte et Sancho Panza... mais... qui est l’un, et où est l’autre ?

     

     

                     Certes, pour être brutal, le don Quichotte de Cervantès est bel et bien un mythomane paranoïaque, et son compagnon d'infortune, Sancho Panza, son          «médecin», sa tentative de cure ; Sancho est celui qui, compassionnel et patient, tentera, sans relâche, à chacune des hallucinations de son Maître, de le ramener à la raison : celle de la réalité de ce qui est, de ce qui existe contre tout ce qui n’est pas et qui n'est que le fruit d’un cerveau malade, celui de don Quichotte en l’occurrence.

                       Disons-le sans tarder : ce qui fait que ces deux figures de la littérature mondiale sont attachantes et parfois même émouvantes, c’est leur bonne foi totale, leur honnêteté à tous les deux. Ce qui fait que nous lecteurs, nous ne pouvons pas nous empêcher de les aimer c’est l’absence de vice et d’arrière-pensée chez ces deux personnages car aucun d’eux n’est manipulateur ou menteur ; aucun d’eux ne manipule l’autre ni ne lui ment : respect, commisération, efforts redoublés, l’un tentant de sauver l’autre… et l’autre d’instruire l’un sur un idéal existentiel : l’esprit de chevalerie.

    Mais alors…

    Dans cette perspective-là, - un don Quichotte paranoïaque et un Sancho Panza « médecin », et si les don Quichotte d’aujourd’hui, loin d’être attachants, ne faisaient plus sourire personne ? Car enfin, ne serions-nous pas tentés de les juger plutôt détestables tous ces négateurs d’une réalité délibérément travestie dans le but de servir non pas un esprit chevaleresque  - noblesse, courage et générosité -, mais une idéologie, une seule, celle de la domination : la protection des intérêts de la classe dominante, ou plus exactement l’hyper-classe, oligarchie mondiale aux intérêts mondiaux ?

    Car ne nous y trompons pas : nous ne sommes plus en présente d’un don Quichotte paranoïaque mais bien plutôt d’un don Quichotte machiavélique : un stratège politique hors pair.

    Aussi, il semblerait que seuls les Sancho Panza d’aujourd’hui soient encore dignes de considération. Certes, ils ne sont plus « médecins curateurs » mais activistes lanceurs d’alertes ; et s’ils ont perdu leur jovialité, leur truculence… c’est qu’aujourd’hui, les enjeux sont d’un tout autre ordre : il n’est plus question de ramener à la raison un Don Quichotte égaré et agité mais tendre et pacifique, fou à lier mais dont la folie n’est un danger pour personne excepté pour lui-même ; il s’agit bien plutôt de dénoncer et de tenter de contenir l’expansionnisme d’un Don Quichotte pour lequel le pouvoir c’est la domination et la fin…tous les moyens : manipulations , corruption, intimidations, assassinats, guerres ; un imprécateur de premier ordre.

                 Dans une autre perspective maintenant, la plus courante, même si erronée, à savoir… un don Quichotte homme des causes perdues qui se bat contre des moulins à vent alors que l’ennemi, le vrai, est ailleurs mais inaccessible - comme hors de portée -, un don Quichotte non paranoïaque donc... curieusement, il se pourrait bien que la réalité soit aujourd’hui incarnée par ce don Quichotte-là et la fiction, ou plus exactement dans le contexte qui est le nôtre, la falsification des faits aux fins de domination le soit par un Sancho Panza qui n’aurait alors qu’un souci : faire passer notre don Quichotte pour un mythomane paranoïaque aujourd’hui calomnié en tant que "complotiste" et décrié par toute une classe politico-économico-médiatique au service de la domination.

    Et la dissymétrie entre ces deux personnages est telle que le combat est loin d’être gagné. Toujours dans cette perspective d’un don Quichotte non paranoïaque, force est de constater que dans les faits, chaque jour est une défaite : don Quichotte homme des causes perdues s’effondra vaincu et mourra sans doute épuisé dans un combat pour la vérité d’une réalité de plus en plus évanescente… et Sancho Panza, l’homme de la mystification délibérée triomphera.

              En revanche, et pour revenir à Cervantès et à son don Quichotte négateur du réel, la situation s’est aujourd'hui inversée : dans le contexte d’une mondialisation liberticide, sans honneur et sans justice, c'est bel et bien le défenseur de la fausse-réalité, celle de la société du spectacle à une échelle maintenant mondiale, qui a triomphé : Don Quichotte donc, celui qui dit ce qui n’est pas ; et Sancho Panza, le soi-disant complotiste non pas négateur mais pourfendeur de cette fausse réalité, a sans doute déjà perdu même si en ces temps de confusion et de faux-semblants, les puissants avançant masqués, il se pourrait bien que tout le monde soit le don Quichotte de l’un et le Sancho Panza de l’autre car tout est fait pour entretenir une telle confusion qui ne sert qu’un seul intérêt…

    Devinez lequel !

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                   Billet de blog rédigé en réaction à la conférence de Michel Onfray : « Le principe de don Quichotte » en mai 2013 : ICI ; un Onfray qui, comme à l’accoutumée, évite soigneusement de prendre quelque risque que ce soit, jamais un mot plus haut que l'autre, dans une approche et analyse plutôt œcuméniques (tout le monde pouvant y trouver son compte : réconciliation et consensus), s'en prenant aux vieilles lunes du stalinisme... tout en se gardant bien de transposer cette fable de Cervantes dans un contexte pourtant bien plus brûlant : la falsification de la réalité, la distorsion des faits sans doute sans précédent dans l’histoire ( à savoir : qui fait quoi, à qui, où, comment, pourquoi et pour le compte de qui ?) par une coalition politico-énonomico-médiatique pour laquelle ce qui est ne doit pas être.

    Aussi, il semblerait bien que Michel Onfray ait lui aussi quelques problèmes avec la réalité liberticide d'une actualité de crises et de guerres aussi mensongères que dévastatrices.

    Il n'en reste pas moins qu'Onfray n’est définitivement ni un don Quichotte dans un cas ni un Sancho Panza dans un autre. Une seule réalité lui colle à la peau néanmoins : elle est commerciale et touche au marketing : une réalité qui consiste à devoir vendre des livres au plus grand nombre : pas de vague donc ! Pas de vague, pas de vague,  jamais ! Excepté dans le microcosme parisien (avec un ouvrage contre Freud et un autre contre Sartre)… microcosme dont tout le monde se fout… et dont la réprobation ne vous fera jamais perdre un seul lecteur.

     

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                  Images extraites de l'adaptation d'Orson Welles pour le cinéma du roman de Miguel de Cervantes( 1605). Réalisation commencée dans les années 50 et achevée dans les années 70. Ni les acteurs, ni Orson Welles ne verront le film monté. Saluons au passage Akim Tamiroff (Pancho... un fidèle... souffre douleur de Welles) et l'acteur Francesco Reiguera, et toute l'équipe de la post-production : montage image, son, musique et voix.

     

     

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  • Le sang des bêtes * : généalogie de l’ébranlement de notre sensibilité

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     Identités

     

             De l’avis de l’auteur Tristan Garcia, au fil des ans, et sur de nombreuses décennies, la séparation entre nous, humains, et eux, animaux,  nous est devenue douloureuse. Une brèche a entamé la ligne infranchissable de l’espèce ; cette brèche, c’est la reconnaissance de la souffrance chez des animaux décidément de moins en moins bêtes.

    Qu’est ce que nous supportons ? Qu’est-ce que nous ne supportons plus ? Et l’auteur de poser cette autre question : au moment où nous ne vivons plus ensemble, nous les humains, pourquoi ce lien, celui d’une nouvelle communauté morale qui nous relie aux autres animaux, s’impose-t-il ?

    Certes, la relation entre ce que nous pouvons supporter qu’il soit fait à un être humain et ce que nous pouvons supporter qu’il soit fait à un animal (l’auteur ne traite pas de la souffrance des végétaux sans doute au grand soulagement des végétalistes !) permet de comprendre les divers états de la sensibilité humaine ; or, nous supportons de plus en plus mal les expériences pratiquées sur des animaux in vivo ainsi que l’abattage industriel des bêtes destinées à notre alimentation, cet envers industriel de notre mode de vie pourtant tout aussi industrielle : il suffit de prendre un RER aux heures pleines pour s’en convaincre ; on se sent très vite volaille en général et poulet en particulier.

     

                Pensez donc ! Même les éleveurs ont du mal à tuer eux-mêmes leurs propres bêtes ; ils se résignent souvent à porter leurs animaux - même quand la loi ne les y oblige pas -, à un professionnel qui les abat loin de leur regard. Souvenons-nous de la crise de la vache folle et des témoignages de ces éleveurs en larmes ; témoignages d’une sincérité plus touchante encore que l’objet de leurs désarroi, désespoir et traumatisme, à savoir : l’abattage de leurs bêtes ; cheptels par milliers.

    Usage expérimental et usage alimentaire… (on n’a jamais autant sacrifié de hamsters, de souris, rats, et tué de poulets, porcs et boeufs), plus l’animal est devenu un matériau objectif pour le fonctionnement de la société humaine (alimentation et expérimentation) sur le mode d’une instrumentalisation comparable aux yeux des animalistes à l’exploitation du prolétariat et à tous les camps de la mort du 20è siècle, pour ne rien dire de la figure de l’animal violent, goinfre et lubrique… plus des efforts et des investissements aussi lourds que financiers ont été déployés pour nous imposer cette autre figure ; la figure de l’animal symbolique des contes destinés à l’éducation des enfants, et sa représentation : animal fidèle et jovial d'après Kipling du Teddy bear.

    Mais alors, qui sommes-nous à la fin ? Et puis qui sont-ils ?

     

                  Si les autruches sont des animaux sympathiques et dignes de considération, inutile de voiler la face de qui que ce soit, même avec son consentement ; l’auteur l’affirme : le nous a bel et bien évolué et tend  aujourd’hui à comprendre les animaux, tous les animaux, voire même… la biosphère (le nous écolo) ; et c’est bien d’une post-humanité qu’il est question.

    Pour l’animaliste, l’humain n’est humain que lorsqu’il excède son humanité et qu’il inclut dans le nous le monde animal, sur le modèle de la culture qui permet  de se dépasser soi-même (de sortir de sa nature, de son espèce en l’occurrence, d’aller voir ailleurs, de l’autre côté de la palissade). A partir de ce nouveau postulat, voit alors le jour, une nouvelle communauté de sensibilité avec tout ce qui souffre et que l’on a fait souffrir ; une communauté désireuse d’ouvrir la voie à une humanité moderne nonobstant tous les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre - il est vrai que ce ne sont pas les mêmes qui lâchent les bombes et qui ouvrent des refuges pour animaux, à moins que… une fois à la retraite, repos du guerrier oblige, et mauvaise conscience aidant tous ceux qui ont besoin d’être aidés, soldats et mercenaires ne se décident à faire amende honorable en ouvrant qui, un chenil, qui, un refuge -,

    Et peu importe que ce refus de la barrière des espèces (l’homme et l’animal… ça fait deux ; et plus même !) assimilé à du racisme (statut de l’animal au rang d’être inférieur) provoque l’incapacité à définir ce qu’est au juste un « animal » et ce qui le sépare de l’animal humain ! Seule la souffrance deviendra l’ultime critère de la morale jusqu’à la reconnaissance d’une communauté de souffrance de l’homme à l’animal. L’infranchissable est par ce biais franchi : animaux et êtres humains... même enfer, même paradis ! Et face à la souffrance animale, le droit pour y mettre un terme.

    Mais n'est-ce pas mettre la charrue avant les bœufs ? A peine avons-nous le temps de nous pencher sur la compréhension en nous  du caractère révoltant de l’injustice faite à l’espèce animale que... déjà, ce droit qui occupe toute la place vient ruiner la recherche de la connaissance de la personne humaine car... toute question de droit n’est-il pas un effet de la compréhension de ce que nous sommes ? 

    Vous voulez comprendre une nation - voire même une civilisation-, commencez donc sans tarder par étudier le droit qui la fonde !

     

    ***

     

              Dans cet ouvrage, l’auteur convoque en première de couverture ainsi que dans le texte, un dénommé Bentham et son « introduction aux principes de morale et de législation (1789) » ; plus particulièrement le chapitre consacré à l’illégitimité des cruautés imposées aux autres espèces animales par l’être humain. 

    Pourquoi ne pas cesser de limiter la sphère du droit aux humains seuls ? Pourquoi ne pas l'étendre à tout ce (ceux) qui souffre(nt), animaux et humains confondus ? Et Bentham de poursuivre : « Pourquoi devrait-on les abandonner à leur sort ? Après tout, un cheval ou un chien adulte n’est-il pas au-delà de toute comparaison un animal plus raisonnable, plus susceptible de relations sociales qu’un nourrisson d’un jour ou même d’un mois ? » Bentham fera sauter du même coup la catégorie aristotélicienne d’ « en-puissance » pour laquelle seul l’enfant est une personne humaine en puissance et pas le cheval ni le chien.

    Plus tard, ce sont les défenseurs de l’antispécisme (1) et des droits des animaux - auteurs de la pensée animaliste - Singer, Regan, Nussbaum et d'autres encore -, qui seront appelés à témoigner.

    Conscience accrue jusqu’au malaise... notre rapport pratique avec les animaux a conduit à la séparation radicale de leur mode de présence pour nous ; de l’animal il ne reste plus que les Animaux urbanisés (domestiques), animaux industrialisés (alimentations) et animaux scientificisés (expérimentation ou protection). L’humanité souffrirait donc conjointement et indissociablement de la souffrance animale et de sa culpabilité à son égard face aux contradictions de notre mode d’organisation de l’existence qui a séparé l’animal en différentes parts de vie. Culpabilité pouvant aller jusqu’à souhaiter chez certains groupes organisés,  la fin de la société et des êtres humains et de leur tyrannie sur l’animal comme condition de l’émancipation des autres animaux. Culpabilité que l’auteur n’hésite pas à lier à une crise d’identité : nous ne savons plus où arrêter notre humanité : notre nous ; et l'on s'empressera d'ajouter... un nous décidément bien incapable de protéger cette humanité, sinon a postériori, une fois le pire consommé, à la tribune des cours et des tribunaux internationaux des catastrophes humaines. D'où ce dévolu (d’impuissance) jeté sur nos amis les bêtes… chiens, chats, phoques, baleines, abeilles et ivoire d’éléphants sans distinction d’espèces dans un sur-investissement affectif et/ou procédurier compensatoire censé nous sauver d'un ébranlement dont l'homme du XXe siècle et sa mémoire n'en finissent pas d'accuser le choc en retour (déception, ressentiment, haine à l'encontre du genre humain, c'est selon) : le choc de la trahison d'une civilisation porteuse d'une promesse de progrès (et de protection) pour tous ; promesse infantilisante qui prépare mal au pire qui semble être, lui, toujours sûr sauf pour les survivants, on en conviendra (2).

     La douleur, mesure unique du rapport entre eux et nous ! La douleur, encore la douleur comme seul point de communion par empathie, par angoisse, par culpabilité ! A l’heure de toutes les modernités, même post-modernes,  il semble que seules la souffrance et les catastrophes (3) nous permettent de demeurer encore un peu… ensemble au sein d'un cercle maintenant élargi à l’animal à grand renfort d’associations, de groupements, de groupuscules de défense - parfois musclée - des droits des animaux.

      

    Projection

               Si pour le spéciste, l’animal est d’abord un concept, pour l’animaliste, l’animal est une figure vivante. Anthropomorphisme contre anthropocentrisme… animalistes contre spécistes, la figure de l’animal, ce que chacun d’entre nous projette sur cet animal,  animal miroir et reflet, comment nous nous le représentons, est à l’origine de tous les débats passionnés, houleux et parfois même haineux. 

    Figure de souffrance et de culpabilité, l’animal miroir de l’esclavage, du colonialisme, des holocaustes passés et à venir, de l’exploitation ouvrière, de la domination masculine, êtres humains animalisés, traités comme du bétail... l’animal devient alors une figure hyperbolique de tous les dominés de la terre. Un nouveau nous arrive au monde : «  Moi et tous les autres animaux – droits, justice, respect, inviolabilité. » 

    Et ce sera pain sec à l’eau pour tout le monde et pour la fin des temps car, jamais plus, l’animal ne sera un matériau objectif pour le fonctionnement de la société humaine : alimentation, expérimentation, sans oublier une domesticité de compagnie affectueuse.

    Non, rien de rien. ! Non, plus rien de rien.

     

    Compréhension

              Et votre humble serviteur de conclure, laissant là l'auteur Tristan Garcia poursuivre seul sa route manuscrite...

     

                    Rien n’est moins animal qu’un animal domestique car à notre contact il devient ce que nous attendons de lui ; malléable, il ne le devient pas simplement pour nous (compensation, transfert et fantasme) mais bien pour lui-même ; il le devient dans les faits jusqu’à nous singer et nous mimer (ce que Deleuze avait oublié de comprendre à propos des bêtes domestiques) ; et même si on nous conseillera la prudence (après tout on ne sait jamais si et quand la bête qui sommeille se réveillera) nul doute, cet animal flatte notre orgueil affectif et notre vanité caritative et autres couronnes de lauriers !

    Et c’est alors que cet animal devient Dieu, c’est à dire : tout l’amour dont nous ne sommes plus capables les uns envers les autres, entre êtres humains - recevoir, donner, partager -, et son maître avec nous (d’où le fameux « chien-chien à sa mémère » - sur-investissement affectif compensatoire par excellence) à une époque où l’on n’a jamais autant cherché à nous écraser sous le poids de milliers d’ouvrages traitant de morale et d’éthique, bibliothèque après bibliothèque, rayon après rayon, sermon après sermon, dans un univers culpabilisateur toujours en expansion (plus les crimes commis sont grands, nombreux et récurrents, plus l’éthique et la morale accourent).  

    Face au spectacle d‘un cheval maltraité par son cocher, même Nietzsche, homme de tous les refus (ne jamais oublier que dans Nietzsche, il y a surtout Niet !), succombera à cette autre sensibilité qu’il jugeait pourtant décadente – la sensiblerie -, et ce jusqu’à la folie (normal ! Nietzsche ne faisait rien à moitié) : c’est le point d’équilibre entre l’extension indéfinie de notre empathie et une certaine capacité limitée à souffrir de la souffrance de tout ce(ux) qui souffre(nt) qui atteint là son point de rupture ; la balance de nos émois penchant en faveur d’une empathie capable de tout et de son contraire jusqu’à la haine pour nos semblables qui ne nous ressemblent plus.

     

                A la vue de ce que nous laissons et trainons derrière nous, face à ce qui nous attend, et alors que l’homme n’a pas fini d’être un loup pour les agneaux que nous sommes tous avant de devenir à notre tour des fauves, l’animal lui, domestique ou non, n’a pas fini d’être un Dieu pour l’homme à la fois moderne et post-moderne, un homme défait, ébranlé au cœur dur mais à la tripe sensible (Bernanos).

     

     

     

    1 - Pour l’antispécisme (les hommes et les animaux ne font qu'un),  le spécisme est à l'espèce ce que le racisme et le sexisme sont respectivement à la race et au sexe (Eh oui ! Rien moins !).  

     

    2 - Analyse qui a échappé à notre auteur finalement pas très courageux ni téméraire ; et de ce qui suit, il semble être passé aussi à côté : au XXe siècle, on n'a jamais tué autant d’êtres humains, de poulets, de boeufs et autres volailles et bovins, tout en se préoccupant comme jamais auparavant de ces mêmes êtres humains et de ces volailles et bovins On n’a jamais connu  autant d’associations de défense des droits de l’homme et de l’animal. S'agit-il là encore d'un sur-investissement affectif et/ou procédurier compensatoire comme la prestation du même nom ?

    3 - Avec le nucléaire, la récompense sera courte et la peine... éternelle.Il n'y aura de véritable unité humaine que dans le malheur ; le nucléaire contribuera très certainement à cette unité. Aussi...irradiés de tous les pays, unissez-vous !

     

    Pour prolonger, cliquezLe mouvement Vegan

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     * Le sang des bêtes : documentaire de 1949 sur les abattoirs de la Porte de la Villette - de nombreux extraits aujourd'hui  à peine soutenables sont disponibles sur Youtube et ailleurs -, de George Franju, réalisateur  entre autres de « La tête contre les murs » - sans doute le premier film anti-psychiatrie de l’histoire du cinéma : en comparaison, « Vol au dessus d’un nid de coucou », c’est juste de la pellicule destinée aux Oscars !


    Photo : Francis Bacon - Bacon-with-meat-1960. John Deakin

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  • Tout est grâce ! Tout ! Absolument tout !

     

    La-Nuit-du-chasseur1.jpg

     

    "Leaning, leaning,

    Safe and secure from all alarms.

    Leaning, leaning,

    On your everlasting arms."

     

     

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               Un niveau plus haut, c'est sa masse qui palpite encore. Un étage plus bas, c'est sa vie qui s'apprête à passer la main.

    Son corps nu a longtemps pleuré ses vêtements déchirés que sa main ne pouvait plus saisir ; et ses yeux... ô mon Dieu, ses yeux ! Ils ont tout vu, ses yeux !

    Je l'ai suivie jusqu'à la porte de son immeuble. Avant qu'elle ne se referme, je me suis glissé à l'intérieur et sans bruit, j'ai monté l'escalier derrière elle. Un moment, une idée m'est venue : "Il faut que je lui parle. Il faut que je la rassure. Sinon, je n'ai aucune chance. Elle ne me laissera jamais entrer !"

    En un rien de temps, elle a oublié sa pudeur et elle a hurlé. Ses cris ? Inouïs, ses cris qui ont bien failli me prosterner. Mes oreilles, je les ai couvertes pour ne pas sombrer dans l'épouvante ; d'un geste, je les ai vite ramenés à la raison et je les ai pris sur moi tous ses hurlements, avant de les étouffer et de les noyer bien profond ; et puis, ma détermination a fait le reste.

    Je l'ai forcée et remuée dans les profondeurs les plus noires. Le chaos a surgi. Je me suis saoulé à son contact avant de me frayer, ivre, un chemin. Son corps était mince mais vigoureux. Sa chair a appelé mes dents. Ses bras ont testé mes muscles ; et ses cheveux, mes mains ; puis son regard s'est résigné.

     

                 Heurt et déchirement. Ses bras, ses jambes se comptent par dizaines. Jamais ils ne se rendent à l'évidence ! Tout armés qu'ils sont de mille tentatives de coups de pieds, genoux, coudes et poings, jamais ils ne se reposent ! C'est un rideau de fer qu'il faudrait, une armure pour neutraliser tous ses membres avant de la paralyser, corsetée d'acier, enfin tendue vers moi de tout son poids, prête à succomber une fois, dix fois, mille fois jusqu'à ne plus souhaiter qu'un dernier événement : que je mette fin à son cauchemar.

    Je l'ai aidée du mieux que je pouvais à s'arracher à ce nouvel abîme. Et pour adoucir son sort et étouffer à jamais en elle tout espoir, quelques gestes ont suffi. Couché entre ses jambes, gorgé de lumière, je me suis vu un moment comme... auréolé ; j'étais une légende vivante sous l'éclair de mon assaut, ma bouche vorace et fiévreuse collée sur ses lèvres de proie facile, à l'abri de son front brutal et fier comme une vie qui refuse de déposer les armes devant la mort qui tape du pied toute son impatience : "Alors ! Est-ce que ça vient ? Est-ce que ça va venir ? Est-ce que ça va venir et finir ? Nom de Dieu !"

     

    ***

     

            Nul doute ! Ce soir, la chose s'est faite : barbare. Le nœud s'est défait et la vie est partie. On s'est rencontrés vifs et guerriers, combatifs jusqu'à la dernière goutte de notre volonté commune et partagée ; et puis, après un temps, c'est elle qui a sombré.

    A cette heure, c'est la lune qui veille sur elle tendrement, enfin silencieuse, choyée, entourée d'une belle absence éternelle de vie. Du moins, je l'espère car, j'ai fait de sa douleur un hymne à toutes les douleurs.

    Jeune fille et femme pour rire, d'une quinzaine d'années parcourues et dépensées pour rien, où sont tes rires maintenant ? Qu'est devenue ta parole tranchante qui, à ton âge, porte la marque de toute l'ignorance du monde ? Et puis dis-moi aussi, qui es-tu, toi, pauvre corps inanimé ? Oui, qui ? Et puis... quoi ?

     

              Si elle en revient un jour, que faudra-t-il lui dire ? Mais si d'aventure, elle demande pourquoi, alors là, c'est facile : ouvrez-lui donc une fenêtre sur le  monde et la question ne se posera même plus.

     

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    Photo : "La nuit du chasseur" de Charles Laughton

     

    Pièce à conviction. Extrait du carnet 6 - Serge ULESKI copyright. Tous droits réservés.

    Photo : Serge ULESKI

     

    Pour prolonger... cliquez  Serge ULESKI en littérature(commentaires de l'auteur et extraits)

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  • Comme l'absence est lente !

     

     

               Comme l'absence est lente. Elle s'écoule sans fin. Un fleuve à l'eau verdâtre et croupie, mauvaise à boire : un vrai poison, cette absence !

     

     

    ***

     

               Elle n'a pas oublié l'état de rêve dans lequel elle baignait, intimidée par ce malaise délicieux, à lui tout entière dans le tremblement indéfinissable de l'embarras de leur première rencontre. Elle n'a pas cherché à contenir ce désir affolé, cette flamme fébrile et claire surgie d'une braise brûlante de découverte, volutes de l'enchantement et de l'émoi. Elle n'a pas refusé cet instant suspendu, cette convulsion qui l'a cueillie au passage, un après-midi.


    Comme elle s'y est engouffrée avant de s'y enfermer, absorbée, avec une hâte juvénile et déterminée, dans ce désir effréné que tous deux assouvissaient dans la solitude !


    Le temps d'une vision crue et brutale qu'aucune retenue ne peut voiler, elle le voit tel quel... ce corps d'une clarté sans ombre. Et quelle nudité ! Une révélation, cette nudité qui prenait racine dans un sursaut d'étonnement tendre et joyeux ! Un enchantement, ce désir qui faisait que le corps de son amant, grand et robuste se détendait et qu'il devenait enfin possible de l'approcher, de l'apprivoiser, de le découvrir de fond en comble et de s'en troubler. Ce corps était capable de faire taire tous les scandales d'une bienséance supposée bafouée et jugée comme telle par ceux qui n'ont pour seule connaissance de leur propre corps et accessoirement de celui de leur partenaire, que la somme de leur incapacité à pouvoir l'appréhender, faute d'imagination et d'application.

    Le temps d'une buée fiévreuse dont elle a longtemps pleuré la privation, voilà que l'image réfléchie à l'infini de son immense et beau secret s'imprime et achève de la dissoudre. Aucun effort. Dans un long soupir, profond et lourd, elle ferme les yeux. Une envie sauvage arrache ce qui lui reste de raison. Tout se met en place au premier désir, à la première volonté : son regard à lui, son sourire, sa voix comme un espoir qui déroule le tapis rouge de son enchantement, sûr de lui, virtuose dans ses caresses et puis, la lumière et la pénombre une fois les rideaux tirés, elle, blottie sans pudeur, réfugiée contre lui, acceptée sans condition ou bien à la seule condition qu'il le soit aussi.

    Une main la guide sur le chemin à parcourir. Ses doigts à fleur de peau affinent le relief et les contours et assurent une cadence, un rythme soutenu vers une ascension certaine et puis, une autre main pour ne pas être en reste avec tout ce qui porte à rêver, tout ce qui ouvre, tout ce qui entre et se referme dans la confusion d'un monde reconstitué dans l'urgence ; membres ivres de consentement qui ne desserreront pas leur étau avant la combustion du désir qui emportera et aura raison de tout, une perle de sueur sur le front venue témoigner de l'effort consenti et de la chaleur ainsi provoquée comme une dernière preuve d'existence dont personne ne pourra souiller la raison d'être.


    Car elle s'enfonce maintenant dans ce qui lui reste d'intact et de vivant : cette partie d'elle-même inviolable, inatteignable, à l'abri de toutes les violences, de toutes les humiliations, de toutes les déceptions quand de la solitude étouffante on souhaite sortir à tout prix pour s'empresser de retrouver les mille et une caresses qui l'ont tant de fois menée là où pour rien au monde elle aurait souhaité céder sa place et à la sienne, ne pas l'y trouver pour l'avoir tant désiré comme on convoite le bien d'autrui, sans scrupules, jusqu'à tout immoler, avant de rejoindre une jouissance éprouvée et indéfinissable, étroitement mêlée à l'angoisse de ne plus pouvoir en renouveler l'expérience...

     

    ***

     

              Dieu ! Pourquoi cet étonnement soudain, ce retour haïssable vers tout ce qui nous blesse et nous rabaisse ? Mais... où était-elle partie ? D'où revient-elle ? Que lui est-il arrivé ?

    Rien. Presque rien. Quand on a pleuré une privation cruelle et douce et assouvi un désir qui n'aura sans doute rien résolu mais qui lui aura permis un court instant de ne pas désespérer de tout et d'elle-même, eh bien, dans ces moments-là, on sèche ses larmes avec la paume de ses mains, on sourit presque, car on se sent plus léger et la peine est moins étouffante, une fois la douleur atténuée.

     


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    Extrait du titre : " Cinq ans, cinq nuits"

     

               A propos de l'ouvrage... cliquez Cinq ans, cinq nuits

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  • Penser la dissidence aujourd'hui avec Bartleby de Hermann Melville

     

            La nouvelle de Herman Melville (l’auteur de Moby Dick) parue en 1853, n’en a jamais fini avec la postérité semble-t-il : année après année, elle creuse son sillon. Chouchou des philosophes, de nombreux penseurs se sont emparés du personnage de Melville et de son « I would prefer not to » qui fera le tour du Monde.

     

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             Un petit rappel des faits avant d'aller plus loin : le narrateur est un homme de loi de Wall Street qui engage dans son étude un dénommé Bartleby pour un travail de « scribe » : il recopie des textes. Au fil du temps cet employé ne parlant à personne mais travailleur et consciencieux, refuse certains travaux que lui demande son patron ; il ne les refuse pas ouvertement, il dit simplement qu'il « préférerait ne pas » les faire. Peu à peu, Bartleby cesse de travailler, mais aussi de sortir de l'étude ; il y prendra ses repas et y dormira. Finalement congédié, il refusera de quitter les lieux forçant son employeur à déménager laissant au bailleur le soin de traiter le problème « Bartleby » : il sera emprisonné et se laissera mourir d’inanition.

     

    Après le décès de Bartleby « tombé, recroquevillé par terre, face immobile devant le mur de la prison », un petit  appendice nous apprend qu’il a longtemps travaillé à la poste au service des « Lettres au rebut » - service qui gère les courriers qui ne peuvent trouver leur destinataire. Le narrateur s'intéressera à cette information pour la raison suivante : “Imaginez un homme condamné par la nature et l’infortune à une blême désespérance ; peut-on concevoir besogne mieux faite pour l’accroître que celle de manier continuellement ces lettres au rebut et de les préparer pour les flammes ?”

     

    ***

     

    « Que savez-vous de votre douleur en moi ?»

     

               Si Bartleby n’est pas « L’écriture du désastre » (Blanchot), en revanche, Bartleby est bien l’histoire d’un gâchis humain, voire même... de son sacrifice. Alors que la littérature européenne du XIXè nous proposera des personnages juvéniles, fantasques, hédonistes, raisonneurs centrés sur eux-mêmes, mais finalement jouisseurs à la petite semaine, c’est bien une bombe à retardement que Melville a transmise à la postérité : celle d’un discrédit porté, un siècle avant son apogée, sur une révolution industrielle et un productivisme consumériste corrupteurs des âmes jusqu’à l’assèchement, sans oublier le saccage d’une nature bouc émissaire, et ce bien longtemps avant Hiroshima dont les applaudissements sous les hourra et autres cris de joie (parce que la bombe a bien rempli son office - exploser ! -, et la cible a été atteinte en son cœur – impact optimal)… résonnent encore dans les couloirs de toutes les chancelleries.

     

    Située au croisement conflictuel des lignes politiques et morales qui déchirent notre modernité post-moderne, Bartleby serait donc une Œuvre prophétique ?

    Premier personnage littéraire « résistant »  - nous sommes en 1850 -, avec la désobéissance de Bartleby dont la mesure est en lien direct avec ce à quoi elle s’oppose, Melville nous propose un personnage en suspens, figé et qui, manifestement, se trouve – et c’est peu de le dire -,  bien en peine de pouvoir célébrer quoi que ce soit ; un personnage dans l’incapacité de rendre le moindre hommage à cette société déjà marchande, industrielle et financière qui l’a vu naître manifestement et rétrospectivement à son corps défendant.

    Melville était-il donc lui aussi bien en peine de célébrer et de sauver quoi que ce soit de son époque ? Et aujourd'hui, plus d’un siècle et demi après, ne peut-on pas nous aussi nous poser la question : qu'est-ce qui nous reste à célébrer et à sauver ?

    La réponse ne tardera pas : sûrement pas la vie ! La fin, nous sommes ! La fin et les moyens... et rien d'autre. Plus rien devant nous, plus rien derrière. Plus rien ne nous précède. Plus rien ne nous dépasse ! Aussi, il ne nous reste plus qu'à nous consommer tous autant que nous sommes avant de nous entre -dévorer, jour après jour, anthropophages et cannibales. Et tout ça n’a plus aucune importance car quelque part au fond de nous-mêmes, nous savons tous que nous sommes tous... déjà morts. 

    Cette formule de Bartleby « I would prefer not to » serait donc la dernière parole d’un monde défunt, sa dernière volonté : ne plus rien vouloir ni défendre ni sauver ? Peut-on aller jusqu’à parler d’une formule d’extrême onction ?

    La parole Bartleby traduite en français par « je ne préférerais pas », ou « je préférerais ne pas » ou encore « j'aimerais mieux pas » (on remarquera l’usage du conditionnel) clôt tous les débats. Elle n’ouvre aucune porte, elle les ferme toutes, à la fois chez Bartleby et chez celui qui la reçoit en pleine face comme un défi, une insulte et une humiliation. Plus Bartleby en fait usage, plus insoutenable elle devient. Chaque occurrence de cette formule réduit au silence son interlocuteur, comme si elle le   vidait. Forcés au silence, de frustration en humiliation, seul l’usage de la violence à l’encontre de Bartleby délivrera et soulagera ses collègues de bureau, symboles d’une société répressive qui se sent menacée et attaquée par cette formule-refus pourtant explicitée sans haine, sans ironie ni provocation, d’une voix décidée mais douce et avec tous les égards dus à l’interlocuteur (d’où le conditionnel) ; une formule d’une radicalité d’une extrême politesse.

     

    ***

     

             Si l’on en croit la lecture d’un Deleuze pour lequel ce n’est pas Bartleby qui est malade mais la société, et au-delà, l’Occident, en conséquence, on comprend aisément que cet anti­-héros de la moitié du XIXe siècle soit aujourd’hui élevé au rang de super-héros des temps modernes, en objecteur de toutes les consciences qui ne préfère plus rien car il souhaite ne plus rien vouloir sinon se laisser mourir ; ultime conséquence de ce refus. Et Deleuze de conclure par un : « Bartleby, le nouveau Christ, notre frère à tous ! »

    Derrida voyait en Bartleby un sacrificateur… il se serait agi manifestement d’un sacrifice pour rien puisque… pensé en 1853, Bartleby, personnage et symbole tout à la fois, n’aura aucune main, aucun poids sur les événements du siècle à venir.

    Christ, sacrificateur, victime de la violence sociale… toutes ces lectures sont pourtant aux antipodes de ce que Melville nous donne à lire.

    Qu’à cela ne tienne… une fois livré aux lecteurs, le personnage échappe à son auteur, et l’interprétation d’un Deleuze prouve une fois encore qu’en littérature, le meilleur personnage qui soit est bien le lecteur car, c’est lui qui « fait » le livre. Il suffit de penser à tout ce que le lecteur-intellectuel-philosophe est capable d’investir dans sa lecture de la nouvelle de Melville.

     

    *** 

     

     

               Il semble donc que tous ont trouvé dans Bartleby  le contraire exact de ce que Melville nous donne à comprendre. Mais alors… et si le personnage de Bartleby nous renvoyait plus simplement à la schizophrénie ou aux psychotiques bien des années avant Eugen Bleuler qui fut à l'origine de ces diagnostics vers la fin du XIXe ? Chez Melville, la pétrification et l’anorexie de Bartleby ne sont pas des symboles mais des faits d’une objectivité quasi clinique. Melville mentionnera à propos de son personnage “un désordre inné et incurable”, un “mal excessif et organique”. 

    Melville souhaitait-il ôter à Bartleby, préventivement, toute dimension politique ou prophétique, toute métaphysique ? Son personnage l’aurait-t-il effrayé au point que Melville aurait alors cherché à s’en retirer sur la pointe des pieds comme pour mieux nous laisser un Bartleby simplement dérangé ? Bartleby ne serait donc qu'une mise en scène textuelle de la folie, la première depuis Sade ?

    Melville insiste : la folie de Bartleby n’est pas due qu’à la seule nature : « Imaginez un homme condamné par la nature et l’infortune à une blême désespérance ».

    Difficile d’oublier le fait que Bartleby est un contemporain de Baudelaire, et à partir de là, difficile de ne pas penser à son poème Spleen du recueil « Les fleurs du mal » daté de 1857 ; poème symptôme de la grande peste mélancolique qui en Europe fait déjà des ravages avec Baudelaire comme figure de proue : « Quand la terre est changée en un cachot humide/Où l'Espérance, comme une chauve-souris/S'en va battant les murs de son aile timide/Et se cognant la tête à des plafonds pourris...) ; on pensera aussi au tableau Le cri de Charles Munch ; et enfin, la dépression, mal du XXe siècle et très certainement des siècles suivants car nous sommes encore loin d'en avoir fini avec la déshérence et  la dépossession.

     

               Le patron de Bartleby demeure impuissant face son employé. Après s’être enfui (il fermera son étude et déménagera ses bureaux) il reviendra vers Bartleby submergé par une immense vague de pitié qui, plus tard, se changera en compassion - faiblesse de toutes les faiblesses -,  et plus tard encore, en commisération puis en naufrage fusionnel jusqu’à la communion (des saints ?).

    Dans l’esprit, difficile de nier que la nouvelle de Melville exalte entre autres vertus, la charité. Face à Bartleby, personnage comme « mort au monde » (Artaud), très vite le narrateur choisit l’anéantissement et ce nouveau commandement insufflé en lui par Bartleby : « Je ferai tout ce que vous voudrez ! » avant de confesser - Bartleby devenant alors le confesseur de son employeur -, du bout des lèvres : « Que savez-vous de votre douleur en moi ? » ; aveu d’une révélation chez le narrateur : la révélation de son propre néant.

     

                 Que le récit soit porteur d’une vérité humaine universelle, c’est certain. Métaphore poétique inédite, parabole, fable ou conte, c’est bien de la condition humaine qu’il est question : gâchis, catastrophe et sacrifice puis, une fois défait, un genou à terre, rédemption du narrateur dans l’abandon de sa volonté : le renoncement à sa propre vitalité, un quasi renoncement au monde au côté de Bartleby.

     

                A propos du personnage de Melville, on a parlé de solitude et d'incommunicabilité, d’échec de la communication entre un être et la société, de son incapacité à nouer un contact avec autrui, même futile. Comment Melville avait-il pu sentir bien avant tous les défroqués donneurs de sens et d’explications à la pelle du siècle à venir, jusqu’à nos rêves les plus intimes, de Freud aux divans des psys des télés et des radios, que sans une communication avec les autres, sans le récit de soi-même, c’est  l’effondrement ? Un Melville qui reconnaîtra en 1853 la nécessité humaine de cette communication pour conjurer le danger psychotique qui guette quiconque souhaite s’y soustraire.

    C’est l’enracinement qui permet le nomadisme : parce que l’on sait d’où l’on vient, nous sommes alors capables de nous en détacher ; dans le cas contraire, mettre la charrue avec les boeufs, c’est ouvrir la porte à tous les déséquilibres possibles jusqu’à l’anéantissement par la violence. Dans ces conditions, c’est le rapport essentiel entre le langage et le silence qui doit être inversé. Le langage est une libération, - pouvoir se raconter, communiquer -, et le silence une prison. C’est donc par la communication avec autrui, et non par le silence et l’abstention que la vie sociale, et la vie tout court, se dégèle et s’échauffe.

     

              L’amour de la vie ne devrait-il pas nous permettre de nous réconcilier avec ses inconséquences, ses imperfections, voire ses horreurs ? « I would prefer not to », cette formule en forme de procès fait au monde, n’est-elle pas une tentative de fuite hors de l’existence ? Une fascination nostalgique, un “sentiment océanique” porteur de l’idée d’un grand tout universel, ou plus modestement, une mare amniotique pour s'y baigner, embryon jamais venu au monde, fœtus du refus (océan/néant) qu’une mère aura retenu - elle n'a jamais accouché, elle l’a gardé pour elle seule et pour lui seul -, refusant de le jeter en pâture à l’horreur de notre monde dans toute son horreur... monde que l'on ne peut décidément pas refuser d'habiter, volontairement ou bien, comme contraint par un envoutement aujourd'hui encore mystérieux  qu'au prix d'un énorme préjudice à soi-même.

    Poussée jusqu’à son ultime conséquence, Bartleby en aura fait l’amère expérience ; une expérience amère et fatale.   

          

                                                                                       ***

      

                  Où sont aujourd’hui les Bartleby ? Tous ceux qui s'abstiennent comme d'autres se retiennent entre deux «  je préférerais plutôt pas » - véritable sésame de tous les objecteurs de conscience politique, morale et éthique, face à ceux qui toujours tranchent et se jettent à l'eau, et quand ils se noient, ce n'est jamais seuls ; ils prennent toujours soin d'emporter les autres avec eux...

    Il faut avoir lu la nouvelle de Melville et vu Bartleby tel que Maurice Ronet (1) l’a vécu, lui qui savait tout, et plus que quiconque, de la douleur des autres en lui parce qu’elle était aussi la sienne, pour réaliser à quel point ce refus du monde était bien plus grand que le personnage de Melville, bien plus grand que tout ; il y a avait dans son refus tous les refus passés et à venir, grands et petits, anonymes, ignorés de tous, renoncements qui sauvent et protègent... mais fallait-il pour autant porter ce renoncement jusqu’à l’ultime refus et souhaiter mettre un terme à l’aventure humaine ? 

    Certes ! On survit à tout, c’est vrai. Et c’est la raison pour laquelle tout peut arriver. Et c‘est aussi la raison qui fait que finalement... tout arrive. On décide de survivre à l’horreur et à la douleur. C’est notre capacité d’endurance qui rend possible toutes les horreurs. Notre obstination à vouloir vivre coûte que coûte, notre résistance font que l’horreur sera toujours sûre. Si seulement nous étions tous incapables de survivre à cette horreur ! Si seulement nous n'avions pas la folie de lui tenir tête, notre espèce, pour ne pas disparaître, ferait tout pour l’éviter, car la prochaine horreur signerait la fin de l'espèce humaine.

    Bartleby avait-il compris qu'aussi longtemps que nous survivrons à cette horreur, jamais nous n’y mettrons fin ? 

    Cachez toutes ces horreurs que je ne saurais voir ! Bartleby qui n’appartient plus à son créateur Melville depuis longtemps déjà, maintenant autonome, ce Bartleby-là a sans doute refusé d’être un tartuffe de l'horreur et de son indignation car, qu'on le veuille ou non, survivre à cette horreur, c’est accepter qu’elle nous frappe à nouveau, sans discernement comme un aveugle frappe le sol avec sa canne pour ne pas trébucher sur un obstacle ; obstacle qui lui serait fatal. Pour un peu, et à son sujet, on en viendrait à penser qu'il cherche à retrouver quelque chose qu'il aurait perdu car, quel boucan cette canne qui frappe le bitume ! Un vrai boucan d’enfer, cette canne qui cherche à retrouver quelque chose mais... devant elle ! Oui ! Devant elle ! Toujours ! Un quelque chose comme perdu... pour demain.

     

    ***

     

                   Eugène de Rastignac, Frédéric Moreau, Julien Sorel, Antoine Roquetin, aucun personnage de la littérature française n'est à la hauteur d'un Bartleby, notre contemporain avec près de 200 ans d'avance. On doit donc à la littérature de langue anglaise un personnage sculpté dans le marbre et taillé à la mesure de deux siècles déjà écoulés et de ceux qui sont encore à venir.

     

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     Bartleby réalisé en 1976 par Maurice Ronet, avec Maxence Mailfort (Bartleby), Michael Lonsdale ; film aujourd’hui oublié, salué en son temps et à sa sortie comme un chef d’œuvre. Un Maurice Ronet anti-Delon par excellence – culture, intelligence et sensibilité – que ce même Delon "tuera" à deux reprises dans les films suivants : Plein soleil et La piscine ; l’industrie du cinéma préférant la plastique d’un Alain Delon, une beauté opaque et aveugle, sans hauteur ni profondeur, sans perspective, une beauté cul-de-sac comme la bêtise qui n’ouvre aucune voie et ne fait résonner aucun appel, contre la beauté blessée d'un Maurice Ronet qui a tenu, souvenons-nous, le rôle d’Alain dans l’adaptation de Louis Malle "Le feu follet" de Pierre Drieu la Rochelle ;  un Alain pendant moderne de Bartleby ?

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  • La critique dans la littérature

     

                    Ah ! ces critiques qui, et cela n’aura échappé à personne, ne découvrent le plus souvent, et parfois même exclusivement, la littérature qu'à travers le service de presse des éditeurs…

    En effet, on n’a jamais vu un critique acheter un livre car un critique… ça raque pas !

    Dommage d’ailleurs, car, comme pour le cinéma, s’ils devaient débourser quelques euros pour faire leur métier, cela changerait du tout au tout la donne : pour commencer, ces critiquent liraient beaucoup moins de livres… moins et mieux ; et nul doute qu’ils seraient plus exigeants et donc, moins indulgents avec des livres pour lesquels il leur aura fallu débourser quelque argent !

    Aussi... soit dit en passant, et pour cette raison qui en vaut bien d’autres... un conseil : évitez de prendre pour argent comptant l’avis de ceux qui n’en dépensent jamais ! Et gardez-vous bien de côtoyer ces professionnels de la lecture - professionnel non pas dans le sens de « compétent » mais… dans le sens de… « qui tire un revenu de son activité » !

     

                     A la fois récipiendaires et garçons de course des services de presse, marathoniens de la lecture, compte-rendu après compte-rendu qu’ils appellent abusivement critiques… pour ne rien dire de ceux qui ne commentent que les livres qu’ils ont aimés (1) parmi ceux qui leur sont adressés par des éditeurs qui jettent leurs livres par les fenêtres comme d’autres leur argent...

    Tout bien considéré, et toute chose étant égale par ailleurs, même si on sera bien en peine de savoir qui et quoi…

    Curieux tout de même ce métier de critique, quand on y pense ! Car, tout comme les libraires dont on ne sait déjà plus quoi faire, difficile d'ignorer, quand on prend la peine et le temps d'y réfléchir un peu... le fait que tous ces tâcherons passeront finalement leur vie de lecteurs-critiques-professionnels à ne découvrir une littérature que seuls les éditeurs auront bien voulu leur faire connaître… et pas n’importe quels éditeurs : une trentaine tout au plus, tous confinés, à quelques exceptions près, dans notre belle capitale que plus personne ne peut d’ailleurs s’offrir le luxe d’habiter, excepté en célibataire, ou à deux, couple stérile de préférence, ou bien franchement hostile à toute vie familiale, dans un 40m2 bien tassés.

     

                     Un autre conseil alors : côté lecture, détournez-vous de ceux qui jamais ne choisissent les ouvrages qu'ils lisent ou vendent - critiques et libraires confondus.

    Une dernière chose : une idée... comme ça ! Et si demain on décidait d’interdire cette activité de critique, de toute façon ingrate et superflue (2), aux auteurs ? Oui ! Aux auteurs qui, le plus souvent, font de la critique comme d'autres font la plonge chez Mc Donald pour payer leurs études, tout en gardant à l’esprit ce qui suit : passer son temps à lire les livres des autres, quand on sait le temps que ça prend d'écrire les siens (3)...

    Alors oui ! A tous ces auteurs, si on leur interdisait de faire de la critique… la littérature s'en porterait beaucoup mieux, et puis aussi, cela permettrait, en partie, de mettre fin aux conflits d’intérêts que cette double identité-activité d'auteur-critique engendre inévitablement : complaisance à l’égard des auteurs appartenant au même éditeur que notre critique ; et plus sournois encore : critiques dithyrambiques comme autant d'appels du pied vers la maison d’édition que ce même critique meurt d’envie de rejoindre…

    Combien de membres cette corporation perdrait-elle si cette interdiction devait être appliquée ?

    D’aucuns pensent qu’il ne resterait que le tronc pour une activité sans queue ni tête.

     

     

    1 - La bonne blague ! Comme si cela nous importait qu’ils les aient aimés – ils feraient bien mieux de les comprendre et de se demander d’où vient leur rejet !

    2 - A quelques exceptions près – pour rester sur le Net, notre maison commune à tous… pensez à visiter le site STALKER

    3 – Un auteur qui se respecte ne lit que les livres dont il a besoin pour écrire les siens ; et ces livres-là, ne sont pas si nombreux !

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  • L'imbécile au travail

     

                  Observer un imbécile travailler, cadre de surcroît, l'observer ordonner, organiser, commander, peut vous occuper toute une journée, voire une semaine car, côtoyer l’imbécillité au travail, c'est un spectacle d'un intérêt supérieur, bien supérieur à tous les autres.

    Jadis cantonné à un rôle subalterne, sans danger pour autrui, l'imbécile des temps modernes se voit aujourd'hui doté de pouvoirs et de responsabilités qui font de lui l'agent redoutable d'une stratégie perverse. Et malheur à qui travaillera sous sa responsabilité !

    Si pour d'aucuns, leur manière d'être ce qu'ils sont peut quelquefois les sauver du naufrage d'un jugement sans appel, en revanche, de cet imbécile-là, rien à sauver car, rien ne le sauvera.

    "Qui suis-je ? Que fais-je ?" et puis aussi et surtout : "Qui sont les autres ?" sont des questions hors de portée pour cet imbécile qui ne dispose d'aucun outil pour se les poser. Quant à y répondre...

    L'introspection lui est interdite. Evoluant à la surface des choses, des êtres et de lui-même quand il s'agit de comprendre son environnement qui n'est pas simplement le sien mais celui de ses subordonnés, il n'explore rien de ce qui fait de lui ce qu'il est, et des autres... pas davantage

    Coriace mais sans courage, l'imbécile au travail battra toujours en retraite dès les premières alertes et il sera sans pitié à l'encontre de ses subordonnés qui l'auront exposé à des risques que lui-même n'aurait jamais envisagé courir.

                  L'imbécile au travail ne choisit pas : il subit et fait subir ; du pain bénit pour ses supérieurs. Les entreprises qui nomment de tels individus à des postes d'encadrement nous informent plus que tout sur l'idée qu'elles se font du travail qui doit être accompli et des hommes qu'elles recrutent.

    Dépourvu de jugement, aveuglé par sa tâche, son poste, son rang, sa fonction, son statut, il ne veut rien savoir. Il n'a qu'un souci : occuper la place et la garder. Les traits figés, le corps raide, statue sur son socle, il n’en descendra pas. Sûr de lui face à ses subordonnés, humble en compagnie de ses supérieurs, l'imbécile au travail acceptera tout de celui qui l’a nommé. Ses supérieurs ont toujours raison. Aucune vérité qui ne vienne pas d'en haut est bonne à prendre et de lui, il n'en sortira aucune. Quant à lui susurrer à l'oreille une idée ou deux, en collègue attaché à le sortir du cul de sac dans lequel son action le mènera inévitablement un jour, inutile de l'envisager : son regard dubitatif, marque d'une impuissance immense, viendra nous signifier que c’est sans espoir et qu'il nous a fait perdre notre temps car, l'imbécile au travail maintient hors d'atteinte toute réalité qui ne soit pas la sienne à des fins de se protéger d'une confrontation possible entre lui et le monde. Son incompétence n'est pas simplement due à un manque de qualification ou d'expérience ; son incompétence, c'est son imbécillité même, insoupçonnable en lui et aucune formation, remise à niveau, plan d'amélioration et d'accompagnement - si tant est qu'il vienne à l'idée de quiconque de les lui proposer - ne le sauveront. Où qu'il soit, quoi qu'il fasse, il demeurera un imbécile : cadre imbécile, père imbécile, mari imbécile, amant imbécile, fils imbécile, partenaire imbécile au squash entre midi et deux.

    Cette imbécillité a pour racine la certitude d'être au-dessus de toute autre compétence : celle de ses collègues - cadres tout comme lui - et de ses subordonnés ; certitude obstinée, démentie au quotidien, à chaque heure mais... néanmoins beaucoup plus gratifiante que l'aveu d'une incompétence crasse car, cette certitude cache très certainement l'angoisse inconsciente de ne pas être à la hauteur, et une culpabilité propre à l'usurpateur confronté à l'absence de toute légitimité dans l'exercice de son autorité.

                   Si d'aucuns peuvent comprendre ce qui a motivé sa nomination, nul ne sait d'où il vient cet imbécile au travail, cet éternel Don Quichotte de l'intelligence humaine ; nul ne connaît son histoire, le comment, le pourquoi d'une telle amputation de sa conscience - conscience propre aux êtres humains : la conscience de n'être que la partie d'un tout et sans elle, de n'être rien.

    Inutile de le questionner. Il a tout oublié. Grand bien lui fasse ! Car... qui peut bien être assez cruel pour souhaiter le réveiller, et ce faisant, l'exposer à toute l'horreur de sa condition face à un monde à l'écart duquel il se sera si longtemps tenu, tout en y agissant, en aveugle privé de canne blanche pour le guider et éviter qu'il ne trébuche sur le premier obstacle qui se dresse devant lui.

     

                  Lorsque celui qui l'a nommé aura besoin de couper quelques têtes ou de déplacer quelques pions, se sentant lui-même en danger, dans un jeu pervers qui n'amusera personne d'autre que lui qui aura failli un moment ne plus pouvoir s'en amuser, redevable de tout, l’imbécile au travail repartira comme il est venu, loin des honneurs et de la reconnaissance de ses subordonnés pour le travail accompli. Et c'est sans broncher qu’il expiera en acceptant de se sacrifier.

    Son expiation, vécue comme une nécessité qui ferait loi, c'est la dette que l'imbécile au travail n'a de cesse de rembourser, selon l'adage : "Qui paie ses dettes nourrit en secret l'espoir d'être autorisé à en contracter d'autres, dans un avenir proche, très très proche si possible et puis.... ailleurs, de préférence !" Car, l’imbécile au travail ne supporte pas les temps morts de l'oisiveté, mère de tous les vices, la réflexion et l’introspection porteuses de tous les dangers d'une révélation d'une réalité terrifiante : celle du caractère circonstanciel de son utilité et de sa nécessité au travail ; sans oublier ce sentiment évanescent, lancinant en lui : le sentiment de ne rien devoir à lui-même mais de devoir tout... à celui qui l’a nommé.

     

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    Extrait du titre : "La consolation" - copyright Serge ULESKI

     

     

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  • La ballade de Luc : "Je veux rentrer chez moi !"

     

     

                     "Quand je pense à la majesté de cette nature qui ne ressemble à rien d‘autre qu‘à sa propre image et qu’à sa propre nature qui est d’être ce qu’elle est, sans chercher à être ce qu‘elle ne sera jamais. Il faut l’avoir vue cette nature et y avoir vécu dans cet environnement pour réaliser à quel point la force paisible et rassurante de cet environnement si banalement cohérent parce que... cohérent de l’intérieur… à quel point l’évidence de cette cohérence vous rend fort et respectueux. Là-bas, je me sentais protégé, dans ces grands espaces car j’étais à l’abri de l’arbitraire dans ces forêts denses mais hospitalières, là où rien n’existe, là où rien ne jaillit sous la contrainte d’une recherche effrénée d'une prise de pouvoir.
    - C’est sûr Luc ! On vit toujours mieux là où on vivait bien ; et plus encore quand une fois ailleurs, on vit mal.

    - Te moque pas Matthieu ! Là-bas, l’expérience de la nature est immédiate. Le temps s’écoule - c’est vrai ! -, les heures, les semaines, les mois, les années mais le temps reste immobile aussi car je sais que je retrouverai toujours ce que j’ai quitté la veille au soir ou la saison dernière. Et... seule la nature est capable de vous rappeler qu‘hier, c‘est demain et qu‘aujourd‘hui...  c‘est aussi hier. C’est comme un éternel retour... en boucle : un vrai cycle, cette boucle qui a la forme d’une roue…

    - Je vois.

    - Tu sais de quoi j'ai besoin, finalement ?

    - Non, Luc. Dis un peu pour voir.

    - Je veux du statique, Matthieu ; de la stagnation. Je veux qu’on me repasse les mêmes plats, toujours ! Qu’ai-je à faire de leur Histoire universellement humaine et de ses soubresauts ? Matthieu, je veux de la monarchie ! Oui, de la monarchie mais... sans monarque ! Et puis, non ! Je sais ! Je veux... du féodal. Mieux encore, Matthieu ! Je veux de l’antique. Non, et non ! C’est pas encore ça.

    - Encore un effort Luc, tu vas y arriver.

    - Je veux des grottes, des cavernes, des horizons bouchées par la peur de l’inconnu... cet inconnu qui nous menace quotidiennement et contre lequel rien n‘est envisageable parce que rien n‘est possible parce qu‘on ne saurait rien de rien sur rien. Non, on ne saurait rien, Matthieu. Tu imagines un peu ? On ignorerait tout sur tout. Alors, je veux l’ignorance crasse de ceux qui ignorent tout car je veux ne plus rien savoir. Je veux une absence totale d’imagination et de compréhension. Je ne veux plus d’interrogation, plus d’anticipation et plus de suspense. Matthieu, ça y est : j'ai trouvé ! Je veux de la pré-histoire. Oui, c’est bien ça ! Je me fous des grandes marches en avant, des luttes armés et de ce progrès qui serait un progrès. Il n’y a de place pour personne dans ce mouvement abstrait de la production et de l’exploitation à tout va. M’approprier ce temps que l’on dit historique pour m’assurer que demain sera irréversible et commencer chaque jour à faire le deuil de la minute qui vient de s’écouler, à quoi bon ? Je veux vivre loin de cette contemporanéité en perpétuel mouvement, et dans laquelle je sais que je serai sacrifié. Oui, Matthieu, je serai englouti et sacrifié en pure perte dans cet environnement. Alors… pourquoi irai-je docilement à l’abattoir ? Hein ? Pour être sûr, je veux être un étranger de l’histoire de mon temps et des temps à venir. Plus rien ne doit s’acheminer ou tendre vers moi. Je veux tirer le rideau. Je ne veux plus y prendre ni... en prendre ma part. Je veux qu’au cadran de ma montre il soit midi... toujours et encore ! Je veux que midi vienne me sonner les cloches à toutes les heures du jour et de la nuit. Je veux un ordre immuable, mythique et cyclique. Je veux retrouver les mêmes couleurs, les mêmes odeurs dans la succession des saisons immuables. Je ne veux pas orienter dans le temps, dans la production, dans la transformation, dans l’accumulation, l‘expansion, l'optimisation, la découverte et dans l‘expérimentation à tout craindre, d'un environnement qui serait malléable et corvéable à merci. Je veux... ne rien pouvoir et ne rien vouloir. Je ne veux plus rien produire et je ne veux plus que l‘on produise quoi que ce soit pour moi. Je ne veux plus que l’on commande et qu’on... me... commande quoi que ce soit ; que ce soit au comptoir, au bar ou bien, à table. D’ailleurs, je quitte le banquet. Je n’ai plus faim... plus faim de rien du tout. Je te le dis Matthieu : je ne veux plus que l’on cherche à me communiquer quoi que ce soit. Je veux de l’indicible. Je veux le gèle, l’hiver, le froid. Je veux retrouver une réalité commune dans la permanence du temps qui s’écoule et qui me revient comme un écho des temps immémoriaux, loin de la menace de l’oubli. Je veux du réversible, de la marche arrière, du rétrograde, du ringard. Je veux qu’aujourd’hui soit demain et demain... la veille, comme quand on veille et qu'on s‘endort... pour mieux renaître, somnambule. Je veux une histoire sans pouvoir, une histoire stérile et impuissante. Je veux qu’on lui coupe les couilles à l’Histoire et les ovaires aussi ! Je ne veux plus de procréation. Je veux une histoire qui n’accouche plus de rien du tout ; une histoire qui n’engendre pas d’histoires à raconter et à hurler de rire pour se dépêcher de ne pas en pleurer de honte et de dégoût. Je ne veux pas du temps qui passe et qui efface toutes les traces. Je veux un temps qui revient, à heure fixe, chaque année et à chaque saison. Je veux entendre la même musique, jouée par le même orchestre sous la même baguette cinglante d’un chef sans vision, sans projet, sans ambition et sans lubies. Un chef éteint, à l‘ampoule grillée. Je veux aussi une histoire sans heurts, figée pour hier, aujourd’hui et demain. Je veux un temps présent perpétuellement présent et qui ne soit pas rongé par une histoire en marche. Je veux de l’inépuisable. Je rêve d’un espace clos et moi dedans mais libre de ne rien vouloir. Je ne veux plus d’orientation et... ensuite et... enfin... à la fin des fins, je passerai dans l’au-delà, là où plus rien ne se passe, et là où rien ne passe. Mais... en attendant et entre temps, dans le compte à rebours, je veux vivre dans le mythe, tel un mythe, en équilibre, tel un funambule entre ce qui a été et ce qui sera... de tout temps... ce temps qui est ce qu'il a toujours été, loin des passions messianiques. Quant aux utopies millénaristes, je leur souhaite qu’une chose : de crever de leur belle mort d’illusions paradisiaques de pacotilles millénaristes. Je veux, aux mêmes conditions et dans les mêmes termes, retrouver encore et toujours, les mêmes conditions de vie et de mort. Je ne veux plus de lieux personnalisés, historiquement chargés d’histoires à dormir debout. Je veux tout arrêter, prendre mes jambes à mon coup et crier : "Au secours !" pour mieux m'en retourner ; et puis, une fois arrivé sur place, me dire que plus jamais rien ne viendra bouleverser cet ordre retrouvé dans l’ancien ordre qui sommeillait en moi comme une enveloppe d‘éternité. Matthieu, je veux être un arbre, un chêne, planté là sur mes deux troncs en forme de pattes et mes deux pattes en forme de jambes et je veux être reconnu comme tel. Je veux de l’ordre ancien comme cet arbre ancien enraciné dans la mémoire des plus anciens maîtres. Je ne veux plus de flexibilité. Je ne veux plus de dissolution. Je ne veux plus d’appropriation ni d‘expropriation. Je ne veux plus de mouvement général et de processus historique. Je me veux fossile et momie. Je ne veux plus rien de collectif. Je me veux, moi, tout entier et... personnel. Je veux comme seule réponse aux maux et aux crimes de notre époque, attendre l’imminence de mon grand retour parmi les sauvages et les primitifs, et avec eux, je veux me bercer d’illusions jusqu’au vertige et jusqu’à l’ivresse. Je ne veux plus d’histoires avec personne. Je veux qu’on me foute la paix ! Je veux qu’on me serve les mêmes balivernes, sempiternelles balivernes, parce que celles-là, au moins, on sait d’où elles viennent. Tu comprends, Matthieu ? Car, elles viennent de loin, de très loin même, toutes ces vieilles balivernes de vieille lanterne qui n‘éclaire plus rien au-delà de sa propre myopie chronique et mythique ! Matthieu, est-ce que tu comprends ?! Je veux la nature mais ... sans l’homme et sans cette société. Je veux... tout et plus encore, tout ce que l’on veut quand on ne veut plus rien du tout ; et... contre toute attente... et alors... et aussi... je veux rentrer chez moi Matthieu ! Oui ! Je veux rentrer à la maison !

    - Je comprends Luc ! Je comprends. Bon. En attendant, il faut que je retourne à ma table de travail. Je te laisse. Je vais lutter contre les ténèbres. Lutter et vaincre !

    - C’est ça Matthieu, c’est ça. Va ! Ca t‘occupera."

     


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    Extrait du titre : « Des apôtres, des anges et des démons » - copyright Serge ULESKI

     


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  • Jean Baudrillard et la société de consommation

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                  Dans la continuité de Guy Debord avec sa "Société du spectacle" (1),  cinq années plus tard, c'est Jean Baudrillard * qui nous propose un portrait de notre  société de consommation ; nous sommes alors en 1972 et déjà, dans cet ouvrage, tout nous est conté ou presque. Viendra plus tard, du même auteur, un autre regard, celui de  "La disparition du réel" : il s'agira de cette même  société de consommation qui a fini par tout recouvrir, tout absorber...  pour ne plus rien nous rendre sinon une fiction sans réalité contre laquelle s'opposer puisque plus rien ne l'est (réel) dans sa représentation-célébration permanente, fiction  triomphante sans regrets ni remords d'aucune sorte et nous tous avec elle... enfin... presque car nous ne sommes plus dans les années 70 ni dans celles des années 90 ; le temps a passé, vite, très vite, nous sommes déjà, si l'on peut dire, en 2020... et il semblerait que l'on soit tous appelés à consommer de l'anti-consommation ;  et c'est sans doute et c'est encore une nouvelle "non-réalité", une autre fiction qui nous sera proposée, lucrative pour les uns, ludique pour les autres  pour un temps seulement, avant la venue d'une nouvelle  dépression collective. 

     

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                             « La consommation est là pour satisfaire la production »

     

    ".............. la circulation, l’achat, la vente, l’appropriation de biens et d’objets/signes différenciés constituent aujourd’hui notre langage, notre code, celui par où la société entière communique et se parle. Telle est la structure de la consommation, sa langue en regard de laquelle les besoins et les jouissances individuels ne sont que des effets de parole.

    Vorace de réalité, la chose vue, télévisée le plus souvent, c’est précisément que « je n’y étais pas ». C’est alors le plus vrai que le vrai qui compte ; le fait d’y être sans y être allé : c’est le phantasme ; pas de contexte, pas d’élucidation mais bien plutôt : la sidération.

    Le déclassement des produits est le fait que « le coût du progrès rapide dans la production de richesses est la mobilité de la main-d’œuvre et donc l’instabilité de l’emploi ; renouvellement, recyclage des hommes et des femmes qui a pour résultat une hantise générale de l’insécurité.

    Les dépenses privées ou collectives sont le plus souvent destinées à faire face aux dysfonctions plutôt qu’à accroître les satisfactions positives.

    Partout on touche à un point où la dynamique de la croissance et de l’abondance tourne sur elle-même. Les acteurs de ce système que sont les consommateurs s’épuisent alors à survivre.

    Des illusions comptables additionnent des facteurs visibles et mesurables, nuisances et éléments positifs dans l’illogisme le plus total mais pas du tout innocent. C’est l’aboutissement chiffré logique de la finalité de la production pour elle-même : toute chose produite est sacralisée par le fait même de l’être.

    La société de consommation a besoin de ses objets pour être et plus précisément elle a besoin de les détruire. C’est la raison pour laquelle la destruction reste l’alternative fondamentale à la production.

    Il est évident que la destruction ( et le recyclage – ndlr) est vouée à devenir une des fonctions prépondérantes de la société post-industrielle.

    Il n’y a de droit à l’espace, à la propriété, au travail… qu’à partir du moment où il n’y a plus d’espace, de propriété et de travail pour tout le monde. L’apparition de ces droits brandis comme slogans, est donc symptomatique du passage des éléments concernés (espace, propriété, travail, air pur, loisirs) au rang de privilèges de classe ou de caste ; y voir là la transformation progressive de toutes les valeurs en formes productives : profit économique et privilège social.

    Filière inversée par opposition à la « filière classique » où l’initiative est censée appartenir au consommateur, ici c’est l’entreprise de production qui contrôle les comportements des consommateurs, dirige et modèle les attitudes sociales  et les besoins. C’est la dictature totale de l’ordre de production.

    Cette filière inversée détruit le mythe fondamental qui est que, dans le système économique, c’est l’individu qui exerce le pouvoir : « L’homme n’est devenu un objet de science pour l’homme ( aujourd’hui le psycho- marketing – ndlr) que depuis que les automobiles sont devenues plus difficiles à vendre qu’à fabriquer ». Aucune stabilisation de la demande n’est alors plus possible.

    On ne se rend pas compte à quel point le dressage actuel à la consommation est l’équivalent et le prolongement du grand dressage du 19è siècle des populations rurales au travail industriel.

                         (Si l'oisiveté est la mère des vices, la non-consommation peut-être alors considérée comme une attitude asociale, voire… anti-sociale et hostile : « Qui êtes-vous pour ne pas consommer ? » - ndlr)

     

    La vérité de la consommation c’est qu’elle est non une fonction de jouissance mais une fonction de production et donc non pas individuelle mais immédiatement et totalement collective.

    La meilleure preuve que la consommation n’est pas la jouissance est que celle-ci est contrainte et institutionnalisée non pas comme droit mais comme devoir du citoyen : « Tu consommeras ! »

    La consommation peut donc se substituer à toutes les idéologies  et assumer l’intégration de toute une société, art et religions......" - Jean Baudrillard

     

                         ( Ces 20 dernières années, aujourd’hui et demain plus encore, les faits nous ont montré, nous montrent et continueront de montrer que si la consommation s’est belle et bien substituée à l’Art et aux idéologies, en revanche, elle ne peut en aucun cas se substituer aux religions, du moins... pas longtemps. A l'avenir, il faudra aussi compter avec elles  - ndlr

     

    1 - Baudrillard l'explicitera un peu plus clairement cette société, la prolongeant...  en nous présentant la société du spectacle de la consommation de la marchandise du tout marchand car  la marchandise c'est plus fort que nous, plus fort que tout.  

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    Pour prolonger, cliquez : Le meurtre, moteur de la production humaine

     

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  • Auteurs, critiques et littérature : Nabe et l'enculé

     

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                  Les critiques boudant le dernier livre de Marc-Edouard Nabe à propos de l’affaire DSK, l’Enculé, je me suis dit qu'il fallait bien que quelqu’un s’y colle (1)...

    Et pour revenir à ces critiques (2), en attendant d'en venir à Nabe et à son ouvrage, critiques qui, et cela n’aura échappé à personne, ne découvrent le plus souvent, et parfois même exclusivement, la littérature qu'à travers le service de presse des éditeurs…

    En effet, on n’a jamais vu un critique acheter un livre ; et les livres de Nabe étant auto-édités, pas moyen de se les procurer à l’œil : faut raquer. Et un critique… ça raque pas !

    Dommage d’ailleurs, car, comme pour le cinéma, s’ils devaient débourser quelques euros pour faire leur métier, cela changerait du tout au tout la donne : pour commencer, ces critiquent liraient beaucoup moins de livres… moins et mieux ; et nul doute qu’ils seraient plus exigeants et donc, moins indulgents avec des livres pour lesquels il leur aura fallu débourser quelque argent !

    Aussi... soit dit en passant, et pour cette raison qui en vaut bien d’autres... un conseil : évitez de prendre pour argent comptant l’avis de ceux qui n’en dépensent jamais ! Et gardez-vous bien de côtoyer ces professionnels de la lecture - professionnel non pas dans le sens de « compétent » mais… dans le sens de… « qui tire un revenu de son activité » !

    .

    ***

    .

                    A la fois récipiendaires et garçons de course des services de presse, marathoniens de la lecture, compte-rendu après compte-rendu qu’ils appellent abusivement critiques… pour ne rien dire de ceux qui ne commentent que les livres qu’ils ont aimés (3) parmi ceux qui leur sont adressés par des éditeurs qui jettent leurs livres par les fenêtres comme d’autres leur argent...

    Tout bien considéré, et toute chose étant égale par ailleurs, même si on sera bien en peine de savoir qui et quoi…

    Curieux tout de même ce métier de critique, quand on y pense ! Car, tout comme les libraires dont on ne sait déjà plus quoi faire, difficile d'ignorer, quand on prend la peine et le temps d'y réfléchir un peu... le fait que tous ces tâcherons passeront finalement leur vie de lecteurs-critiques-professionnels à ne découvrir une littérature que  seuls les éditeurs auront bien voulu leur faire connaître… et pas n’importe quels éditeurs : une trentaine tout au plus, tous confinés, à quelques exceptions près, dans notre belle capitale que plus personne ne peut d’ailleurs s’offrir le luxe d’habiter, excepté en célibataire, ou à deux, couple stérile de préférence, ou bien franchement hostile à toute vie familiale, dans un 40m2 bien tassés.

    Un autre conseil alors : côté lecture, détournez-vous de ceux qui jamais ne choisissent les ouvrages qu'ils lisent ou vendent - critiques et libraires confondus.

    Une dernière chose avant d’en venir à Nabe : une idée... comme ça ! Et si demain on décidait d’interdire cette activité de critique, de toute façon ingrate et superflue (4), aux auteurs ? Oui ! Aux auteurs qui, le plus souvent, font de la critique comme d'autres font la plonge chez Mc Donald pour payer leurs études, tout en gardant à l’esprit ce qui suit : passer son temps à lire les livres des autres, quand on sait le temps que ça prend d'écrire les siens (5)...

    Alors oui ! A tous ces auteurs, si on leur interdisait de faire de la critique… la littérature s'en porterait beaucoup mieux, et puis aussi, cela permettrait, en partie, de mettre fin aux conflits d’intérêts que cette double identité-activité d'auteur-critique engendre inévitablement : complaisance à l’égard des auteurs appartenant au même éditeur que notre critique ; et plus sournois encore : critiques dithyrambiques comme autant d'appels du pied vers la maison d’édition que ce même critique meurt d’envie de rejoindre…

    Alors, combien de membres cette corporation perdrait-elle si cette interdiction devait être appliquée ?

    D’aucuns pensent qu’il ne resterait que le tronc pour une activité sans queue ni tête.

     

     

    1 - D'autant plus que je sais maintenant que j'ai plus de lecteurs que Nabe : lecteurs à la fois payants et non payants. Aussi, n’étant pas moi-même un enculé, je m’empresse de lui donner un petit coup de pouce.

    2 – Et les « critiques » du Nouvelobs aussi ; sans doute pour ne pas être en reste : rien donc sur le dernier ouvrage de Nabe.

    3 - La bonne blague ! Comme si cela nous importait qu’ils les aient aimés – ils feraient bien mieux de les comprendre et de se demander d’où vient leur rejet !

    4 - A quelques exceptions près – pour rester sur le Net, notre maison commune à tous… pensez à visiter le site STALKER

    5 – Un auteur qui se respecte ne lit que les livres dont il a besoin pour écrire les siens ; et ces livres-là, ne sont pas si nombreux !

     

    ***

    .

                   Mais trêve de bavardages ! Revenons à l'Enculé de Nabe, son dernier ouvrage. Et à ce sujet, laissons la parole à l’auteur...

     

     

      

    Bonne découverte et bonne lecture à tous !

     

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    Pour commander le livre : cliquez l’Enculé

    Pour prolonger : cliquez ... Marc-Edouard Nabe : le "no-mén !" de la littérature

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