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AA - Serge ULESKI, littérature et essais - Page 8

  • Fabrice Luchini : quand la Grenouille...


    ...s'étend et s'enfle.

     

    "Regardez bien, ma soeur :
    est-ce assez ? dites-moi : n'y suis-je point encore ?

    - Nenni.

     

    - M'y voici donc ?

     

    - Point du tout.

     

    - M'y voilà ?


    - Vous n'en approchez point."

     

    "La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Boeuf"
    Extrait - fable 3 du livre I des fables de Jean la Fontaine (1621-1695)

     

     

                              

                         Qui nous rendra le silence de la lecture ? Un silence si précieux, essentiel !

     

    ***

     

               Jamais les auteurs n'ont été aussi mal traités depuis ces cinquante dernières années par les metteurs en scène d'abord puis par les acteurs.

    Car enfin, qui peut bien penser que le texte de Barthes (Fragments d'un discours amoureux) ait besoin d'un tel traitement ?

     

    Mais alors, qui Luchini croit-t-il servir ?

    Ou bien plutôt : de qui se sert-il ?

    Et à quelle fin ?

     

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  • "Les nuits de Paris" de Nicolas Edmé Rétif de la Bretonne

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    « Les Nuits de Paris » : une œuvre de plus de 3000 pages rédigées entre 1786 et 1788 par un auteur-journaliste ("publiciste" on disait au 18è siècle) témoin d’une France urbaine et nocturne à l’aube de la chute de la monarchie ; notes dont les historiens feront des choux gras un siècle et demi plus tard. 

     

    Contemporain de Sade et de Laclos, Nicolas Edmé Rétif de la Bretonne est resté méconnu deux siècles durant. Si Sébastien Mercier auteur d’un "Tableau de Paris" de plusieurs milliers de pages a devancé Rétif de la Bretonne de quelques années comme premier auteur d’un récit urbain à la fois mythologique et pittoresque, Rétif y ajoutera une dimension picaresque et plus important encore : un auteur-conteur, acteur, témoin, spectateur... noctambule de surcroît.

    Trait essentiel de l’originalité de ces « Nuits de Paris »  est le regard que Rétif porte sur ses contemporains. Sade le disait « écrivain poissard » … car il peignait souvent un tableau misérabiliste. Conteur-né, à l’aise dans le quotidien et sa fiction, ses nuits parisiennes collent au vivant et à l’événement ; et si la nuit renforce l’acuité du regard et le silence l’ouïe, notre hibou-spectateur du ruisseau – tel on le nommait -, se régale, et ses lecteurs aussi.

    Des centaines de récits courts, incisifs, d’une diversité peu commune ;  tous les sujets sont traités, tous les métiers, tous les lieux publics et privés, toutes les classes aussi, des « filles du commun » aux domestiques en passant par les  artisans ; de la noblesse à la bourgeoisie, des filles publics (prostituées) aux voleurs, escrocs, bandits, oisifs, mendiants, débrouillards,  et puis, une Marquise ; vraie ou fausse,  réelle ou fictive, (c’est la Schéhérazade des "Contes des mille et une nuits"), elle sera sa première auditrice ; Rétif lui contera ses anecdotes nocturnes, fruits de ses promenades, avant de rentrer à l’aube dans son logis de la rue de la Bûcherie ; une Marquise bienfaitrice dont il sollicitera la charité et le salut pour celles et ceux qu’il prendra sous son aile au cours de  ses pérégrinations nocturnes, tel un pasteur avec ses ouailles  en perdition ou en grand danger de l’être, car, à ses yeux, seule l'action individuelle est garante de la bonne conscience.

     

                Alors que la noblesse de province faisait monter leurs filles encore adolescentes à la cour de Versailles pour les marier (les vendre ?) aux plus offrants des vieillards moribonds, la petite bourgeoisie du coeur de Paris courait la nuit, à la lueur des bougies de leurs domestiques, à la recherche de leur fille cadette qu’un séducteur bavard et cynique déflorait à grand renfort de beaux discours et de promesses qui n'engageaient le plus souvent que celles qui les recevaient, sous les portes cochères…

    Rocambole un demi-siècle avant son auteur, tantôt à l’affût, tantôt en mouvement mais sans précipitation, excepté lorsqu’il lui faut échapper à des poursuivants aussi malfamés que mal intentionnés, appelant à la garde quand les risques sont trop grands, Rétif nous rapportera un fait peu connu de cette époque : les viols collectifs en public, de jour comme de nuit, par des bandes savamment organisées lors des fêtes de rue  et des feux d’artifice qui mobilisent des foules entières, là où toutes les classes se retrouvent : on choisit soigneusement une victime, une jeune fille de préférence, mais pas toujours, on l’entoure, on l’encercle, on l’isole de ses parents ou de ceux qui l’accompagnent pour lui faire subir dans le tumulte, le bruit et la fureur des festivités de rue – cris, fusées et pétards -, tous les outrages avant de s’éclipser  sans être inquiétés.

    Précisons ici que toute l’œuvre de Rétif ne vit que par les femmes et pour les femmes, tout comme son auteur ; femmes de tous les âges et de toutes les conditions, faibles et crédules, ou parfois dans la nécessité d’exercer des activités que la morale réprouve mais auxquelles la société tout entière a recours sans sourciller, il sera souvent question de jeunes filles abusées et meurtries ou dont la vertu en danger semble galvaniser chez Rétif un courage physique aussi rare que précieux car dans ce Paris de la fin du XVIIIe siècle, jamais les femmes du peuple et de la petite bourgeoisie auront été autant en danger ; chair à plaisir convoitée par tous les hommes  de tous les âges et là encore, de toutes les conditions : les petits Sade sont légion à cette époque ; le marquis a fait d’innombrables émules qui ne leur demanderont pas leur avis.


                rétif de la bretonne,paris,révolution,1789,littérature,sébastien mercier,récits,feuilleton,zola,balzac,flaubert,hugo,sade,contes,mille et une nuits,schéhérazade,disette,eugène sue,nuits révolutionnaires,nuits de paris En rupture avec la tradition romanesque d’un Antoine Prévost,  ces « Nuits de Paris » n’ont pas d’histoire suivie car la diversité des récits y contribue guère ; de plus, les personnages que l’on rencontre  et côtoie avec l’auteur ont pour seule réalité, une réalité collective, quasi sociologique : toute une époque donc !


    Rétif annonce Balzac mais sans le Père Goriot ou Flaubert mais sans Madame Bovary. Pas de figures archétypales sinon des conditions de vie, des comportements et des manières d’être au monde emblématiques d’un ordre social qui appartient à la fois au passé et à l’avenir ; un avenir révolutionnaire : la noblesse déclinera avant de sombrer au profit d’une bourgeoisie qui aura pour unique exigence : que les affaires tournent ! Petites et grandes ; honorables ou affligeantes… pour les siècles des siècles... 

                 La rue est le domaine de la marginalité, et la nuit, celui du malheur qui accable des êtres déjà bien fragilisés ; c’est le Paris du peuple dans son entier à une époque où toutes les classes sociales cohabitent encore : la ségrégation est seulement verticale ; elle dépend de l’étage. Un Paris « occupé » par une main d’œuvre chassée des provinces par la disette ; c'est aussi le Paris des cabarets et des coupe-gorge ; cours, jardins, escaliers étroits, Rétif ira jusqu’à pénétrer l’intimité des logements parfois à l’insu des occupants pour écouter, entendre, observer, comprendre ou bien secourir…

    Ce sera quelques dizaines d’années plus tard, le Paris de Balzac, d’Eugène Sue et d’Hugo. Et c’est aussi le Paris du piéton et le Paris pré-révolutionnaire même si dans ses récits, aucune révolution semble pointer le bout de son nez - il faudra se reporter à cette autre œuvre nocturne de Rétif qui porte le nom de « Nuits révolutionnaires » ; si la nuit, tous les chats sont gris, les révolutionnaires eux cuvent leurs idées comme d’autres leur vin car face au sommeil nous sommes tous égaux.

    Le Paris de Rétif de la Bretonne, c’est le Paris de l’île de la Cité, de l’hôtel Dieu, le cœur de la Capitale qui comportait alors que six arrondissements… place Maubert, rue de la Bûcherie, le Paris des imprimeurs et des libraires (Rétif était lui-même imprimeur), l’Ecole de médecine et des hurlements de femmes en couches. C’est le Marais… la rue Saintonge… les Halles, sans oublier les faubourgs : Saint-Germain et Saint-Marcel.

     

                Né en 1734 d’un père paysan aisé et instruit, Rétif de la Bretonne sera l’ainé d’une famille de sept enfants (ainsi que de sept demi-frères du premier mariage de son père) ;  il se considérait lui-même comme faisant partie des « couches inférieures de la roture ». Typographe de formation - il en fera son métier -, Rétif s’élèvera grâce à son intelligence et son talent. Ascension qui renforce chez ce travailleur infatigable une solidarité indéracinable envers les « infortunés ». Et c’est ce regard-là, regard compassionnel, qui lui fera écrire : « Ce sont une multitude de petites choses vues et senties par l’observateur qui fréquente toutes les classes qui échappent les plus souvent aux autres hommes ».

    Les ancêtres huguenots de Rétif, sa formation janséniste à Auxerre puis à Bicêtre feront de lui l’ennemi de l’oisiveté : « la religion veut que l’on s’occupe utilement pour soi-même et pour les autres » ; volontiers sermonneur de haut de sa chaire de moraliste réaliste, rigoriste et parfois, franchement austère, sa vie privée n'aura pas été pour autant un modèle de vertu : en effet, on lui connaît une relation incestueuse avec sa fille ainée.

    Sans doute s’agit-il là encore d’une histoire de paille et de poutre et d’un « Faites ce que je dis mais pas ce que je fais ! »… pour ne rien dire d’un « Pour vous la vertu, pour moi la licence ! »

    C’est Molière qui n’a de cesse d’avoir raison.

     

                Confiant dans la science, disciple de Buffon et proche de Rousseau, les "Nuits de Paris" sont souvent éclairées des idées philosophiques et politiques de l'auteur ; chaque récit peut avoir alors pour conclusion nombre de propositions destinées à mettre fin à une carence, à une insuffisance ou à un excès dommageable pour le bien commun car, comme pour tous les honnêtes gens, l’intérêt général était  son souci premier.

    Avec Rousseau, Rétif réaffirme que le peuple est la seule réalité politique. Le Souverain n’est que le « réunisseur du Pouvoir », et le peuple la nation.

    Il craignait néanmoins les fermentations populaires : « Comme mon bras doit toujours obéir à ma tête, toute résistance des membres affaiblit  un corps.» Ni révolutionnaire ni utopiste même s’il imagina pour ses lecteurs "l’An 1888", prudent, il pensait « que l’on ne doit attaquer les préjugés du peuple qu’avec ménagement et lorsqu’ils sont réellement nuisibles ».


    Ennemi du luxe, du superflu, toujours sans le sou et endetté - les visites les plus fréquentes à son domicile étaient celles des hommes de loi, huissiers de préférence -, il pensait que le « riche » est utile aussi longtemps qu’il œuvre en faveur du développement.

    Se rangeant du côté des stoïciens - lucidité et réalisme - contre les Epicuriens – à chaque jour suffit sa peine -, une série de livres sur ce qu’il appelait «  la réformation » verra le jour aux côtés d’autres ouvrages (une quarantaine de titres) rédigés dans le souci d’une recherche d’un mode de gouvernement qui placera le bien public au centre de son action. Il était contre la propriété du sol. Il se méfiait des physiocrates et des économistes (nos libéraux d'aujourd'hui en matière économique) ; il les considérait comme des « systématiques dangereux » ; des idéologues dogmatiques.

    Il nous quittera en 1806 après avoir lancé à la cantonade : « Quand le supplice est trop grand pour le crime (et a fortiori pour un délit), on n’effraie pas (on ne dissuade pas) : on indigne. »

    Et c'est déjà la voix d'un Victor Hugo et d'un Emile Zola.

     

    ***

     

               Entre rêve et réalité, "Les Nuits parisiennes" de Rétif de la Bretonne - nuits en noir et blanc -, avec son clair-obscur, inspireront Baudelaire, Nerval, les grands romans populaires du XIXe siècle, puis Apollinaire, Soupault, Breton, Aragon et Carco : Paris la nuit, encore et toujours…

     

               Car... « Le spectateur nocturne est aussi acteur par l’écriture, il projette son ombre sur la scène, un personnage tout nouveau : il fait alors éclater Paris dans la littérature » - Jean Varbot.

     

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  • La grande gueule ouverte de l'Enfer

     

     

                  "... car, le jour où toute l’horreur de notre monde vous éclate à la gueule, loin des chiffres abscons de leurs statistiques abstraites et absurdes en valeurs absolues.... absolument merdiques... et de leurs reportages montés à la hâte et à la queue leu-leu basse et rachitique... le jour où... toute l’horreur... dans toute son horreur... de notre monde à tous, vous éclate à la gueule après vous avoir sauté à la gorge, ce jour-là... vous souhaitez mourir ! Oui Monsieur ! Vous souhaitez mourir ! Ou bien alors c’est que vous n’êtes pas humain ! Non ! Pas humain. Car je ne peux pas croire que l’on puisse être épargné par cette fatalité et cette nécessité de vouloir mourir face à l’horreur de notre monde à tous dans toute son horreur ! Non, je ne veux pas croire un seul instant que nous y passions tous et qu’ils y soient tous passés... à la trappe, dépecés, déchirés et hurlant de douleur et... que toute l’horreur de toute l’injustice de notre monde à tous, puisse sagement et éternellement glisser sur cette humanité imperturbable... glisser sur elle, cette horreur, comme l’eau quand elle rencontre et contourne un obstacle parce que rien ne l’arrête cette vague déferlante, ce déluge, ce raz-de-marée...

     

     

                     La suite : cliquez S.U- l'Enfer v blog pdf.pdf

    (Ne pas refermer le PDF après lecture : faire "page précédente")

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    Extrait du titre "Confessions d'un ventriloque"

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  • Tombes, concessions funéraires et sépultures


                                 

                                      (Illustration sonoreMaurice Ravel : "Rapsodie espagnole" (version pour piano 4 mains) I. Prelude)

     

                       Vraiment touchant cet Emile né en 1901 décédé en 1989 ( vidéo à 1:10), et son épouse, Marie-Thérèse, née en 1902, qui le suivra un an plus tard, tous deux encore et toujours unis dans la vie comme dans la mort !

    Faut-il s’en réjouir néanmoins ?

    Années 1900... génération de femmes dites « soumises et effacées... comme congédiées " ? Marie-Thérèse aurait-t-elle vécue dans l’ombre de son Emile ? Elle se serait alors, en toute logique, éteinte avec lui comme si, en partant, son Emile avait emporté une grande partie de son souffle de vie à elle ?

    Combien d'interrogations encore ! Nul doute : le tort d’une certaine modernité c’est bien d’avoir jeté le discrédit sur une telle union… d’en avoir fait le procès au nom de la lutte contre la servitude volontaire d’une condition féminine haïssable.

    Malheur à tous ceux qui n’ont jamais connu l’amour dans une union pérenne !

     

                                                                            ***

     

                  Passant devant toutes ces tombes, m'y attardant parfois - visages, noms et prénoms, dates de naissance - allée après allée, c’est alors que j’ai commencé à verser des larmes sur ceux que je n’avais pas encore perdus mais dont je me voyais déjà honorer et entretenir le souvenir, impuissant, penché sur leurs tombes, désarmé...

                  ... et puis finalement bien présomptueux car, rien n’indique que je ne les précéderai pas dans ce lieu, en effet.

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  • Quelque chose de perdu... pour demain

     

     

     

                     "Assumer l'ultime confirmation de l'hégémonie de la métaphysique sous la forme de la déréliction ontologique de l'étant" (Heidegger)

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    "Mais bien sûr ! Je vous remets maintenant ! Vous êtes celui qui voulait mourir.

    - En effet.

    - Mais alors, vous avez survécu ? Vous n’avez pas su... ou bien, vous n’avez pas voulu mourir ?

    - Non, c’est pas ça. La vérité, c’est qu’on survit à tout parce qu’on se console de tout. Mais... moi, à cette époque, je ne le savais pas.

    - Oui. On survit à tout. C’est la raison pour laquelle tout peut arriver. Et c‘est aussi la raison qui fait que finalement... tout arrive. N’est-ce pas ? Et pourtant, rien ne sert de souffrir car il vaut mieux mourir à temps. Cette volonté de vivre est devenue une habitude que les générations se transmettent ; et dans ce domaine, on peut dire que la transmission a bien eu lieu. Y'a pas de doute ! Elle n'a pas été interrompue car, il ne s’agit pas d’un instinct qui vous échappe et qui s’impose à vous et ce, malgré vous ; non ! Il s’agit bien d’un choix conscient : on décide de survivre à l’horreur et à la douleur.

    - C’est vrai ! On a la lâcheté ou la faiblesse de survivre à toute cette horreur.

    - C’est votre capacité d’endurance qui rend possible toutes les horreurs. Votre obstination à vouloir survivre coûte que coûte, votre résistance font que l’horreur sera toujours sûre. Alors... aussi longtemps que vous survivrez à cette horreur, nous n’y mettrons jamais fin. Cet instinct pervers de conservation fait que l’horreur se reproduit sans fin. Si seulement vous étiez tous... incapables de survivre à cette horreur ! Si seulement vous n'aviez pas la folie de lui résister, je suis sûr que votre espèce, pour ne pas disparaître, ferait tout pour l’éviter, car la prochaine horreur signerait la fin de l'espèce humaine dans sa totalité.

    - Cachez toutes ces horreurs que je ne saurais voir ! Nous sommes donc tous des tartuffes de l'horreur ? C'est ça ?

    - Oui ! Bien sûr ! Car, à trop voir, on finit par s’éblouir soi-même. Alors, ne cherchez plus ! Je vous le dis : vous ne vous débarrasserez pas de cette horreur aussi longtemps qu’un seul d’entre vous sera disposé à lui tenir tête. Dites-vous bien que dans l’état actuel des choses, l’aventure humaine ne vaut plus la peine d’être poursuivie. Il faut tout arrêter. On reprendra le cours de cette aventure une fois que l’homme aura cessé de survivre à toute cette horreur. Un cauchemar récurrent, cette horreur ! Fermer les yeux sur toutes ces horreurs, c’est inviter l'horreur à votre table et dans votre lit. Survivre à cette horreur, c’est accepter qu’elle vous frappe à nouveau, sans discernement comme un aveugle frappe le sol avec sa canne télescopique pour ne pas trébucher sur un obstacle ; obstacle qui lui serait fatal. Pour un peu, et à son sujet, on en viendrait à penser qu'il cherche à retrouver quelque chose qu'il aurait perdu. Quel boucan, cette canne qui frappe le bitume ! Un vrai boucan d’enfer, cette canne qui cherche à retrouver quelque chose qu'elle a perdu mais... devant elle ! Vous remarquerez ! Oui ! Toujours ! Devant elle et comme… perdu pour demain."

     

    Copyright Serge ULESKI. Tous droits réservés - texte et illustration sonore.

     

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    Extrait du titre "Confessions d'un ventriloque"

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  • Jeune et indistinct : compte à rebours

     

              Passé un certain âge...

     

               Vouloir séduire et tenter de cacher son âge, c'est mettre son existence dans la dépendance du regard des autres ; mais c’est aussi triompher, le jour où l'on surprend un commentaire qui fera de la journée qui commence ou bien qui s’achève, la plus belle des journées : «Quel âge tu m'as dit qu'elle avait cette femme ? Non ?! Moi, je lui en aurais donné cinq ans de moins ».

    C’est l’allégresse. L’espoir renaît. La plus belle des récompenses, ce commentaire inespéré, après tous les efforts déployés durant de longues semaines, de longs mois, devant la glace et le miroir grossissant, à scruter le moindre indice, le moindre signe de détresse ou bien, d’allégresse triomphante. Ce commentaire, c'est une minute de bonheur absolu.

    « Je l’ai fait ! » s’écrie le cœur, hurlant de joie, une joie totale, celle dont seule l’enfance est capable ; une joie pure qui ignore tout encore de la déception qui peut à tout moment briser le prochain élan.

    Vivre pour cet instant rare et précieux qui rachètera une vie d’une semaine, d’un mois, d’un an, c’est à ce prix que certaines femmes trouvent encore la force d’affronter l'existence ; et c’est encore à ce prix qui dans sa formulation tient à ces quelques mots « Elle fait jeune », que la confiance renaît et qu’un sourire hébété viendra transfigurer un visage maintenant resplendissant comme un soleil, en plein soleil, à midi, au plus haut, à la verticale d’une lumière que tous les zéniths nous envieront, à jamais, détrônés.

     

                On prend son bonheur là où il se trouve, et là où il se donne à prendre depuis qu'il nous est demandé à tous de rester… indéfiniment jeunes : indéfiniment comme indistinctement, et par voie de conséquence, interchangeables à souhait.

    On nous le refusera ce droit de prendre son âge et de le faire fructifier tel un capital précieux, fruit du travail de toute une vie qu’est le fait même d’acheminer son existence jusqu’à son terme, sans fierté particulière mais… si possible, sans honte et tête haute.

    On nous préfère sans distinction aucune , alors que seules les affres du temps sont capables de forger une personnalité, un caractère. On nous veut plantés là, pris en étau entre ceux qui entrent dans la vie et ceux qui en sortent parce qu’ils en ont l’âge et qu’il est temps, grand temps pour eux tous.

    Quant à ceux qui ne peuvent tenir cette position, reste la régression infantile : grands ados sexagénaires, un rien juvéniles, sinon beaucoup, comme tout ce qu’on leur pardonnera parce qu’un adolescent sans excuses, ça n’existe pas.

     

                  Qui peut nier que la jeunesse des femmes est bien plus précieuse que celle des hommes car, une fois qu’elle a donné le sentiment d’être passée, les hommes ne se retournent qu’à leur corps défendant, et après de longues et multiples relances au cours desquelles l’intéressée y laissera une fois encore une partie de sa jeunesse finissante ; jeunesse qui n’est plus maintenant qu’une tentative désespérée - prolongement au-delà du raisonnable -, de donner à voir ce qui n’est plus.

    On dit le coeur aveugle, certes ! Mais lorsque le cœur n’y est pas, il devient très vite visionnaire : il voit ce qui ne sera jamais plus, pour peu qu'il en ait été question un jour ; ce dont on pourra aussi douter mais que l’on taira par charité, ou bien parce que l’on est déjà loin, très loin : en effet, on ne s’est ni retourné ni arrêté ; on a poursuivi sa route, indifférent. Elle a eu beau nous poursuivre, cette jeunesse aux abois - cette jeunesse qui est aussi la nôtre, celle que l’on aimerait pouvoir encore afficher -, on n’a pas ralenti le pas pour autant ; et cette jeunesse, maintenant beaucoup moins jeune, s’est très vite essoufflée, tout comme cette tentative de séduction.

    Et c'est alors que... l’amour est là, face au pire, quand il ne nous est à aucun moment rendu et qu’il n’existe aucun espoir qu’il le soit.

     

    ***

     

               L'âge n'a - semble-t-il - que des inconvénients à offrir quand il n'est plus celui qu'il faudrait afficher. Aussi dissuasif qu'une menace sans recours, cet âge inopportun car, si l'on peut encore l'éviter, nul n'ira s'y frotter de peur d'être contaminé avant l'heure d'un compte à rebours qui nous rapproche inéluctablement du rejet et de la solitude, fruit d'une sélection de tout temps impitoyable et d'autant plus éhontée qu'elle ne s'affichera jamais comme telle.

     

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    Extrait du titre : La consolation - copyright Serge ULESKI

     

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  • La Femme de cinquante ans et plus...

     

     

    Extrait du titre "Des apôtres, des anges et des démons" - copyright Serge ULESKI

     

    Matthieu et les femmes

     

                   "...Quand je les vois s'affairer, toutes ces femmes ! La carrière qu'il faut gérer, les enfants, le mari, les courses, le ménage et puis... un amant aussi parce que... merde ! On ne vit qu'une fois, alors... autant que ce soit la bonne : pas question de passer à côté de l'essentiel ! Mais comment font-elles ? C'est pas rien toute cette agitation ! Un vrai travail de titan ! Cela dit, et pour répondre à votre question : moi, les femmes, c'est avant vingt ans et après cinquante. Aussi, commençons par la femme de cinquante ans ; celle qui demande la divorce après vingt ans de mariage, ou bien celle que son mari a larguée, une fois que les enfants sont grands et qu'ils ne font plus chier personne ; et même quand ils font encore chier le monde, eh bien, c'est tant pis pour eux, et pour elle aussi. Alors... avec la femme de cinquante ans, c'est simple : soit elle boit, soit elle baise. Si vous l’invitez au resto, surveillez bien sa consommation d'alcool : le vin notamment. Si avant le repas, elle a pris un apéro, c'est mauvais signe ; et si en fin de repas, elle prend un digestif, alors là, cherchez pas : vous avez perdu votre temps. Votre soirée est foutue. Vous pouvez tout remballer. Vous êtes bon pour une branlette car, dites-vous bien que la femme que vous avez devant vous ne baise plus depuis des lustres et qu'elle en crève... oui ! elle en crève à petit feu ; elle compte sur l'alcool pour écourter son calvaire. En revanche, pour celles qui ne boivent pas, alors, là, oui ! Mille fois oui ! Cette femme de cinquante ans, divorcée donc et qui baise encore et même si c'est... allez... deux ou trois fois par an et parfois plus, pour les plus chanceuses ou les plus téméraires ! Car faut bien comprendre une chose : si elle baise plus souvent, eh bien, ça se saura et on la prendra pour une salope : ses collègues de bureau, par exemple et surtout les femmes, bien sûr ! Celles de son âge qui la jalouseront jusqu'à vouloir la tondre comme on en a tondues bien d'autres à une autre époque. Et puis, ses voisins aussi ! Ne les oublions pas ses voisins ! Les voisins et les cloisons ! L'isolation phonique, faut pas trop compter dessus depuis qu'on nous loge dans des passoires et des trous à rats en forme de gruyère. Tenez ! Un exemple : sa voisine ! Même âge mais... encore mariée celle-là. Je l'entends déjà : "Mais qui c'est la salope qui jouit ? De quel droit ! Trouvez-la-moi ! Mais... nom de Dieu ! C'est elle ! Oui, c'est bien elle ! Qu'on lui ferme le caquet, à cette traînée ! A son âge ! Vous vous rendez compte ! Une femme divorcée en plus ! A la prochaine réunion des copropriétaires, on lui fout la honte ! On va pas la rater !" Un voisin maintenant, au hasard. Tenez ! Le mari de cette même voisine : "Qui ? Quoi ? Qui c'est l'enculé qui la fait jouir ? Qui c'est le salaud qui me fout la honte ? J'ai l'air de quoi, moi ! Avec ma femme qui ne pipe pas mot ! Ah ! Tuez-le ! Tuez-la ! Tuez-les tous les deux ! Qu'on en finisse et qu'elle se taise ! Cette salope ! Qu'elle se taise à jamais !" Eh oui ! C'est bien malheureux pour cette femme de cinquante ans qui ne veut pas passer pour une salope et qui... par conséquent, ne baise pas souvent, et que tout le monde veut tondre ou tuer parce que... sachez une chose : cette femme-là, c'est trempée que vous la baisez. Oui, trempée ! Ménopausée ou pas, la femme de cinquante ans et plus, c'est trempée que vous la trouvez quand vous lui enlevez sa petite culotte et que vous vous apprêtez à vous occuper d'elle. Trempée, je vous dis ! Son clitoris ? Une citrouille gorgée de sang ! Un fer de lance, son clitoris ! Parce que... ces femmes-là, eh bien, elles bandent ! Oui, Monsieur ! Elles bandent comme des mecs quand ils bandent ! Des reines, ces femmes-là ! Oui ! Des reines de la baise pour peu qu'on leur foute la paix aux réunions de copropriétaires et qu'on ne cherche pas à les tondre !!  Des reines qui ne vous ... et ne se... refusent rien. Et pour cause : "Ce sera quand le prochain coup de quéquette ?! Dans un mois ? Un an ? Ô douleur ! Ô désespoir ! Mon Dieu, laissez-le-moi ! Laissez-le-moi encore un peu, je vous en supplie !"

     

                            

     

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  • Littérature et écriture : n'avoir pour seul avenir qu'une poignée de mots

     

                     Et si en littérature, le meilleur personnage qui soit était le lecteur ?! Car, n’est-ce pas le lecteur qui « fait » le livre ? Il suffit de penser à tout ce qu’un lecteur est capable d’investir dans la lecture d’un texte : sans doute, le pire comme le meilleur !

     

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    La littérature...

    Celle qui nous transmet Homère en héritage, et qui poursuit son petit bonhomme de chemin avec Cervantès, Shakespeare, Diderot, de Nerval, Lautréamont, Baudelaire, Rimbaud, André Breton, Kafka, Brecht, Beckett, Bernanos, Ionesco, Perec, René Char, Jean-Edern Hallier, Dario Fo...

     

    Et l’écriture… qui commence bien avant l’acte d’écrire car, l'écriture, tout comme l'Art, c'est une manière de vivre.

                Certes ! Plus on lit, plus c'est difficile d’écrire. Aussi... heureux celle ou celui qui n'a pas lu ! Car sa plume pourra alors glisser sur le papier - ou ses doigts sur le clavier -, sans retenue, sans regret ni remords.

                L'écriture, c'est la langue. Le style, c'est la culture de l'auteur, son point de vue, un regard sur le monde qui lui est propre : c’est un angle de vue particulier, un angle d’attaque aussi - pour peu qu’il soit guerrier.

    Il y a « style » à chaque fois qu’il nous est donné à lire une langue re-construite, une langue re-composée et ré-assemblée.

    Un auteur ne doit pas renoncer aux nouvelles formes d'expressions. Avec l'aide de la poésie contemporaine, seul et dernier lieu où l'on peut encore trouver une écriture et du vocabulaire, on cherchera une langue inclassable, une diversité formelle, de nouvelles structures, avec le concours de la musique et du cinéma qui devront contribuer à l'enrichissement de la littérature d'aujourd'hui et de demain.

    Les intrigues, les portraits psychologiques, la nécessité de vrais personnages importeront peu ; la quête sera esthétique : esthétique de la forme, esthétique de l'écriture.


    Ne pas hésiter : il faut aller à la fois… contre et dans le sens du lecteur, vers ce que peuvent être ses préjugés, ses peurs... la catharsis s'opérant dans l'intimité de sa lecture, dans les plis et les dédales d'une conscience labyrinthique ; et cette catharsis ne regarde que lui.

    A l'intention de ce même lecteur, on doit pouvoir inventer une nouvelle forme de "prise de contact" et mettre en place une organisation différente du temps tout relatif qu'est celui de la lecture : écoulement lent, rapide du temps qui lui est "volé", à son insu ou bien, consciemment, avec ou sans son consentement.

    Viendront ensuite les clins d’œil aux auteurs du passé, à ceux d'aujourd'hui aussi, et à ceux de demain ; ces derniers pouvant être connus de l’auteur seul.

    La citation (à comparaître ?!), c'est une dette que l'on paie et que l'on acquitte envers celui que l'on cite ; la citation permet aussi de sortir de l'oubli un auteur injustement négligé, voire ignoré.

    Les clins d’œil puis... les sinuosités de la pensée car, on en sait un tout petit plus sur nous-mêmes que les autres, mais guère plus, si on oublie le côté factuel de la vie : ce qu'on a fait ou pas fait ; là-dessus, on en saura toujours plus que quiconque - hors amnésie.

     

                En tant qu’auteur, on n’a pas à s’excuser : la littérature est notre confesseur, elle nous absout ; on peut aussi n'avoir qu'un souhait : que son projet d'écriture, une fois arrivé à son terme, se transforme en un véritable projet de lecture de la part du lecteur.

    Le sens à donner à la lecture (pourquoi je lis ? Qu’est-ce que je lis... là, maintenant ?) doit faire l’objet d’une création et re-création permanentes ; dans le fait de lire un texte, inutile d’y chercher - à l’instant même où on le  lit -, un sens établi une fois pour toutes, un sens certifié par son auteur ou qui que ce soit d'autre...


    Que l’interprétation et la compréhension d’un texte soient donc aussi et surtout, la projection des certitudes et des préjugés du lecteur et que le texte rencontre ses lacunes, ses insuffis
    ances et ses interrogations ! Lecteur qui, parfois, pourra échouer à donner un sens au texte qu’il lit, et par voie de conséquence, au fait même de lire... mais qui... opiniâtre, mènera l’expérience de cet échec jusqu'à son terme car, cette expérience est tout aussi digne d‘être vécue que l’autre expérience - bien connue celle-là : celle d’une compréhension totale d‘un texte et du pourquoi de sa lecture ; compréhension et certitude tout aussi illusoires que la découverte de n’importe quelle vérité sur quoi que ce soit : vérité prétendument globalisante et irréversible.

     

                  La réalité psychologique de l’écriture est très complexe : tactique et stratégie y occupent une place importante. L’inspiration n’est pas tout : le but que l‘on s‘est fixé importe aussi.

    Mais alors, que dit-on, comment, pourquoi, et à qui le dit-on ?

    - Accéder à une liberté sans responsabilité que seule la littérature peut offrir.

    - Dépasser les distinctions génériques telles que poésie, prose, roman, récit, essai etc...

    - Expérimenter l'ensemble des potentialités de l'écriture dans une dissolution du Moi en une multiplicité de voix, de sujets possibles - tantôt entiers, tantôt fragmentés -, jusqu’à abolir les notions mêmes d’objectivité et de subjectivité et embrasser l’infini et l’éternel mais aussi... l’individu et la masse, l'esprit claire et solide, les yeux et la bouche grands ouverts pour mieux tout saisir et tout absorber...

                 Et bien que les pensées naissent des événements de notre vie...

    - Avoir pour seul moteur d'inspiration le désordre du monde, son chaos et les tensions entre désir de vie et désir de mort...

    - A la fois poursuivi et poursuivant, gibier et chasseur, sans plus de distinction entre le dedans et le dehors, l'homme et la nature…

    - Vaincre l'angoisse face à la fatalité de violence qu'exerce le monde sur toute tentative de recherche d'autonomie, avec sa menace d'extinction envers ceux qui seraient tentés d'y prétendre...

                   Et même si l'échec menace toujours...

    - Faire briller en plein soleil, une épée de toute beauté : celle de la colère, pointe acérée, lame tranchante, tout devant céder sous elle, sans arguties car, aujourd'hui, quiconque n'est pas en colère est soit un idiot, soit un escroc, soit un salaud.

     

                Si aujourd'hui, nous ne sommes sûrs de rien ni de personne, c'est que nous sommes infiniment plus nombreux qu’hier à chercher à savoir ; et plus nous serons nombreux à trouver et moins les évidences auxquelles il nous a si longtemps été demandé d'adhérer s’imposeront à notre esprit.

    Ainsi va la recherche ! Vers un savoir de plus en plus complexe mais sans surprise car, ce savoir doublé d'une compréhension dévastatrice nous renverra fatalement à ce que nous sommes aussi - d'aucuns ajouteront -, et surtout : à cette nature en trompe l’œil, dissimulatrice, accapareuse et rétentrice qu'est la nôtre.

    Porteuse de tous les dangers, cette recherche expansionniste toujours plus performante et exigeante : le danger de nous laisser sans évidences et sans certitudes.

    Du grain à moudre pour la littérature... ce danger ! Nul doute !

    Aussi, n’hésitons pas à exposer tous les avis ! Affichons toutes les certitudes possibles, contradictoires de préférence. Au lecteur de faire son choix, s'il en a envie ; il peut aussi se contenter de tous les avis ; et à défaut, du sien propre, pour peu qu'il en ait un.


                   Comme un poisson dans l'eau... dans le vrai comme dans le faux, dans le bien comme dans le mal jusqu'à brouiller leurs frontières... pourquoi pas ? Tout en sachant comme nous le savons maintenant, que nous avons tous de bonnes raisons d'être ce que nous sommes et de le penser aussi (que nous avons de bonnes raisons) ; et bien malin ou présomptueux qui saura opposer La Vérité - et toute la vérité ! - au mensonge et exalter le Bien comme pour mieux conjurer tout le Mal qui est en nous et ce, sans sourciller et douter une seule seconde, insoucieux du fait suivant :

                      Ce qui est... n'est pas ! Car il s'agit toujours d'autre chose ; autre chose et autre part... et puis, ailleurs aussi.

     

                Un auteur qui se respecte, se doit d'être sale à l'intérieur mais... impeccablement mis à l'extérieur, un auteur au linge irréprochable. Oui ! Propre à l'extérieur et sale à l'intérieur car, porteur de toutes les ignominies dont notre espèce est capable, cet auteur d'une nécessité absolue, jusqu'à ce que... une fois la morale évacuée ou expurgée, il ne reste plus que des hommes et des femmes, enfants, vieillards, pères, mères, sœurs, frères, filles, fils, bourreaux et victimes, eux tous terrés au fond d'un gouffre implorant le ciel, et la nuit, les étoiles, à la recherche d'une lumière rédemptrice pour les plus coupables d'entre nous, et consolatrice, pour les plus humbles, abandonnés de tous, face à un lecteur non seulement témoin mais... acteur, incarnant pour l'occasion... le dernier des hommes.

    Car… avec la civilisation, nous avons gagné la liberté et quelque espoir de justice pour le plus grand nombre, mais nous avons perdu une grande partie de notre capacité à construire et à entretenir des rapports authentiques avec nos semblables qui ont tous la prétention de ne pas nous ressembler ; la communion devient impossible en dehors des grandes messes qui nous sont imposées par des média intéressés, complaisants et paresseux.


    Avec l'écriture, on rétablit ce lien. L'écriture, c'est un îlot de liberté au milieu d'un océan de contraintes, d'injonctions, de censure, et la pire de toute : l'auto-censure.

                   Aujourd'hui, la création seule permet, en partie, de combler le gouffre effroyable qui nous éloigne et qui n'aura de cesse de nous séparer de notre propre humanité, siècle après siècle, jusqu'à ne plus être capable d'en soupçonner, jadis, son union même ! ...

    ...divorce consommé.

     

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  • Penser la médecine aujourd'hui avec Jules Romains

     

    Qui fait quoi, à qui, où, comment, pour-quoi et pour le compte de qui ?

               

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                Knock, au théâtre en 1923, oeuvre majeure et géniale parce que prémonitoire et prophétique, d'une intelligence bien supérieure à tout ce qui, aujourd'hui, nous est donné à penser par le tout-venant médiatico-artistico-politico littéraire…

     Après Molière et la parodie des théories et des pratiques médicales – faux médecin et faux malade -, satire de la crédulité, de toutes les crédulités -,

    Dans Knock, Jules Romains pose les questions suivantes : qui est malade, qui le sera et qui l’est potentiellement ; avant de répondre : tout le monde... puisqu'un bien portant n’est qu’un malade qui s’ignore.

     

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       Knock ou le triomphe d'une dictature commerciale !

     

     

    Knock expose au pharmacien du village sa stratégie :

     

    Contrôle !

    Enrichissement et prise de pouvoir à la manière d'un coup d'Etat (attentat ?) sur la santé et le corps humain : il n’est plus simplement question de poser un diagnostic mais de rendre un verdict.

    Monopole du jugement !

    Qui sera alors autorisé à rendre ce verdict-diagnostic ?

     

               Knock, la médecine et le malade (1)... ce qui n'était alors encore que de l'arrogance de citadin face aux ruraux dans le cadre d'un commerce à une échelle locale et artisanale, est aujourd’hui devenue un marché de plusieurs dizaines de milliards d'euros et une industrie internationale dans laquelle un nombre croissant d’individus (pour ne rien dire des centaines de millions d’êtres humains rejetés par ce système) y perdra et y laissera sa santé faute de soins… pour ne plus pouvoir se les offrir.

     

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    1 - Soit dit en passant, les enjeux sont là : notre système de santé, son financement face au vieillissement de la population, l'augmentation de l'espérance de vie et celle des coûts de l'innovation. La collectivité aura besoin de dépenser toujours plus ; il se pourrait bien qu'un jour, des gouvernements s'y refusent appuyés par un électorat égoïste ou mal informé.

     

     

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  • Le sang des bêtes * : généalogie de l’ébranlement de notre sensibilité

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     Identités

     

             De l’avis de l’auteur Tristan Garcia, au fil des ans, et sur de nombreuses décennies, la séparation entre nous, humains, et eux, animaux,  nous est devenue douloureuse. Une brèche a entamé la ligne infranchissable de l’espèce ; cette brèche, c’est la reconnaissance de la souffrance chez des animaux décidément de moins en moins bêtes.

    Qu’est ce que nous supportons ? Qu’est-ce que nous ne supportons plus ? Et l’auteur de poser cette autre question : au moment où nous ne vivons plus ensemble, nous les humains, pourquoi ce lien, celui d’une nouvelle communauté morale qui nous relie aux autres animaux, s’impose-t-il ?

    Certes, la relation entre ce que nous pouvons supporter qu’il soit fait à un être humain et ce que nous pouvons supporter qu’il soit fait à un animal (l’auteur ne traite pas de la souffrance des végétaux sans doute au grand soulagement des végétalistes !) permet de comprendre les divers états de la sensibilité humaine ; or, nous supportons de plus en plus mal les expériences pratiquées sur des animaux in vivo ainsi que l’abattage industriel des bêtes destinées à notre alimentation, cet envers industriel de notre mode de vie pourtant tout aussi industrielle : il suffit de prendre un RER aux heures pleines pour s’en convaincre ; on se sent très vite volaille en général et poulet en particulier.

     

                Pensez donc ! Même les éleveurs ont du mal à tuer eux-mêmes leurs propres bêtes ; ils se résignent souvent à porter leurs animaux - même quand la loi ne les y oblige pas -, à un professionnel qui les abat loin de leur regard. Souvenons-nous de la crise de la vache folle et des témoignages de ces éleveurs en larmes ; témoignages d’une sincérité plus touchante encore que l’objet de leurs désarroi, désespoir et traumatisme, à savoir : l’abattage de leurs bêtes ; cheptels par milliers.

    Usage expérimental et usage alimentaire… (on n’a jamais autant sacrifié de hamsters, de souris, rats, et tué de poulets, porcs et boeufs), plus l’animal est devenu un matériau objectif pour le fonctionnement de la société humaine (alimentation et expérimentation) sur le mode d’une instrumentalisation comparable aux yeux des animalistes à l’exploitation du prolétariat et à tous les camps de la mort du 20è siècle, pour ne rien dire de la figure de l’animal violent, goinfre et lubrique… plus des efforts et des investissements aussi lourds que financiers ont été déployés pour nous imposer cette autre figure ; la figure de l’animal symbolique des contes destinés à l’éducation des enfants, et sa représentation : animal fidèle et jovial d'après Kipling du Teddy bear.

    Mais alors, qui sommes-nous à la fin ? Et puis qui sont-ils ?

     

                  Si les autruches sont des animaux sympathiques et dignes de considération, inutile de voiler la face de qui que ce soit, même avec son consentement ; l’auteur l’affirme : le nous a bel et bien évolué et tend  aujourd’hui à comprendre les animaux, tous les animaux, voire même… la biosphère (le nous écolo) ; et c’est bien d’une post-humanité qu’il est question.

    Pour l’animaliste, l’humain n’est humain que lorsqu’il excède son humanité et qu’il inclut dans le nous le monde animal, sur le modèle de la culture qui permet  de se dépasser soi-même (de sortir de sa nature, de son espèce en l’occurrence, d’aller voir ailleurs, de l’autre côté de la palissade). A partir de ce nouveau postulat, voit alors le jour, une nouvelle communauté de sensibilité avec tout ce qui souffre et que l’on a fait souffrir ; une communauté désireuse d’ouvrir la voie à une humanité moderne nonobstant tous les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre - il est vrai que ce ne sont pas les mêmes qui lâchent les bombes et qui ouvrent des refuges pour animaux, à moins que… une fois à la retraite, repos du guerrier oblige, et mauvaise conscience aidant tous ceux qui ont besoin d’être aidés, soldats et mercenaires ne se décident à faire amende honorable en ouvrant qui, un chenil, qui, un refuge -,

    Et peu importe que ce refus de la barrière des espèces (l’homme et l’animal… ça fait deux ; et plus même !) assimilé à du racisme (statut de l’animal au rang d’être inférieur) provoque l’incapacité à définir ce qu’est au juste un « animal » et ce qui le sépare de l’animal humain ! Seule la souffrance deviendra l’ultime critère de la morale jusqu’à la reconnaissance d’une communauté de souffrance de l’homme à l’animal. L’infranchissable est par ce biais franchi : animaux et êtres humains... même enfer, même paradis ! Et face à la souffrance animale, le droit pour y mettre un terme.

    Mais n'est-ce pas mettre la charrue avant les bœufs ? A peine avons-nous le temps de nous pencher sur la compréhension en nous  du caractère révoltant de l’injustice faite à l’espèce animale que... déjà, ce droit qui occupe toute la place vient ruiner la recherche de la connaissance de la personne humaine car... toute question de droit n’est-il pas un effet de la compréhension de ce que nous sommes ? 

    Vous voulez comprendre une nation - voire même une civilisation-, commencez donc sans tarder par étudier le droit qui la fonde !

     

    ***

     

              Dans cet ouvrage, l’auteur convoque en première de couverture ainsi que dans le texte, un dénommé Bentham et son « introduction aux principes de morale et de législation (1789) » ; plus particulièrement le chapitre consacré à l’illégitimité des cruautés imposées aux autres espèces animales par l’être humain. 

    Pourquoi ne pas cesser de limiter la sphère du droit aux humains seuls ? Pourquoi ne pas l'étendre à tout ce (ceux) qui souffre(nt), animaux et humains confondus ? Et Bentham de poursuivre : « Pourquoi devrait-on les abandonner à leur sort ? Après tout, un cheval ou un chien adulte n’est-il pas au-delà de toute comparaison un animal plus raisonnable, plus susceptible de relations sociales qu’un nourrisson d’un jour ou même d’un mois ? » Bentham fera sauter du même coup la catégorie aristotélicienne d’ « en-puissance » pour laquelle seul l’enfant est une personne humaine en puissance et pas le cheval ni le chien.

    Plus tard, ce sont les défenseurs de l’antispécisme (1) et des droits des animaux - auteurs de la pensée animaliste - Singer, Regan, Nussbaum et d'autres encore -, qui seront appelés à témoigner.

    Conscience accrue jusqu’au malaise... notre rapport pratique avec les animaux a conduit à la séparation radicale de leur mode de présence pour nous ; de l’animal il ne reste plus que les Animaux urbanisés (domestiques), animaux industrialisés (alimentations) et animaux scientificisés (expérimentation ou protection). L’humanité souffrirait donc conjointement et indissociablement de la souffrance animale et de sa culpabilité à son égard face aux contradictions de notre mode d’organisation de l’existence qui a séparé l’animal en différentes parts de vie. Culpabilité pouvant aller jusqu’à souhaiter chez certains groupes organisés,  la fin de la société et des êtres humains et de leur tyrannie sur l’animal comme condition de l’émancipation des autres animaux. Culpabilité que l’auteur n’hésite pas à lier à une crise d’identité : nous ne savons plus où arrêter notre humanité : notre nous ; et l'on s'empressera d'ajouter... un nous décidément bien incapable de protéger cette humanité, sinon a postériori, une fois le pire consommé, à la tribune des cours et des tribunaux internationaux des catastrophes humaines. D'où ce dévolu (d’impuissance) jeté sur nos amis les bêtes… chiens, chats, phoques, baleines, abeilles et ivoire d’éléphants sans distinction d’espèces dans un sur-investissement affectif et/ou procédurier compensatoire censé nous sauver d'un ébranlement dont l'homme du XXe siècle et sa mémoire n'en finissent pas d'accuser le choc en retour (déception, ressentiment, haine à l'encontre du genre humain, c'est selon) : le choc de la trahison d'une civilisation porteuse d'une promesse de progrès (et de protection) pour tous ; promesse infantilisante qui prépare mal au pire qui semble être, lui, toujours sûr sauf pour les survivants, on en conviendra (2).

     La douleur, mesure unique du rapport entre eux et nous ! La douleur, encore la douleur comme seul point de communion par empathie, par angoisse, par culpabilité ! A l’heure de toutes les modernités, même post-modernes,  il semble que seules la souffrance et les catastrophes (3) nous permettent de demeurer encore un peu… ensemble au sein d'un cercle maintenant élargi à l’animal à grand renfort d’associations, de groupements, de groupuscules de défense - parfois musclée - des droits des animaux.

      

    Projection

               Si pour le spéciste, l’animal est d’abord un concept, pour l’animaliste, l’animal est une figure vivante. Anthropomorphisme contre anthropocentrisme… animalistes contre spécistes, la figure de l’animal, ce que chacun d’entre nous projette sur cet animal,  animal miroir et reflet, comment nous nous le représentons, est à l’origine de tous les débats passionnés, houleux et parfois même haineux. 

    Figure de souffrance et de culpabilité, l’animal miroir de l’esclavage, du colonialisme, des holocaustes passés et à venir, de l’exploitation ouvrière, de la domination masculine, êtres humains animalisés, traités comme du bétail... l’animal devient alors une figure hyperbolique de tous les dominés de la terre. Un nouveau nous arrive au monde : «  Moi et tous les autres animaux – droits, justice, respect, inviolabilité. » 

    Et ce sera pain sec à l’eau pour tout le monde et pour la fin des temps car, jamais plus, l’animal ne sera un matériau objectif pour le fonctionnement de la société humaine : alimentation, expérimentation, sans oublier une domesticité de compagnie affectueuse.

    Non, rien de rien. ! Non, plus rien de rien.

     

    Compréhension

              Et votre humble serviteur de conclure, laissant là l'auteur Tristan Garcia poursuivre seul sa route manuscrite...

     

                    Rien n’est moins animal qu’un animal domestique car à notre contact il devient ce que nous attendons de lui ; malléable, il ne le devient pas simplement pour nous (compensation, transfert et fantasme) mais bien pour lui-même ; il le devient dans les faits jusqu’à nous singer et nous mimer (ce que Deleuze avait oublié de comprendre à propos des bêtes domestiques) ; et même si on nous conseillera la prudence (après tout on ne sait jamais si et quand la bête qui sommeille se réveillera) nul doute, cet animal flatte notre orgueil affectif et notre vanité caritative et autres couronnes de lauriers !

    Et c’est alors que cet animal devient Dieu, c’est à dire : tout l’amour dont nous ne sommes plus capables les uns envers les autres, entre êtres humains - recevoir, donner, partager -, et son maître avec nous (d’où le fameux « chien-chien à sa mémère » - sur-investissement affectif compensatoire par excellence) à une époque où l’on n’a jamais autant cherché à nous écraser sous le poids de milliers d’ouvrages traitant de morale et d’éthique, bibliothèque après bibliothèque, rayon après rayon, sermon après sermon, dans un univers culpabilisateur toujours en expansion (plus les crimes commis sont grands, nombreux et récurrents, plus l’éthique et la morale accourent).  

    Face au spectacle d‘un cheval maltraité par son cocher, même Nietzsche, homme de tous les refus (ne jamais oublier que dans Nietzsche, il y a surtout Niet !), succombera à cette autre sensibilité qu’il jugeait pourtant décadente – la sensiblerie -, et ce jusqu’à la folie (normal ! Nietzsche ne faisait rien à moitié) : c’est le point d’équilibre entre l’extension indéfinie de notre empathie et une certaine capacité limitée à souffrir de la souffrance de tout ce(ux) qui souffre(nt) qui atteint là son point de rupture ; la balance de nos émois penchant en faveur d’une empathie capable de tout et de son contraire jusqu’à la haine pour nos semblables qui ne nous ressemblent plus.

     

                A la vue de ce que nous laissons et trainons derrière nous, face à ce qui nous attend, et alors que l’homme n’a pas fini d’être un loup pour les agneaux que nous sommes tous avant de devenir à notre tour des fauves, l’animal lui, domestique ou non, n’a pas fini d’être un Dieu pour l’homme à la fois moderne et post-moderne, un homme défait, ébranlé au cœur dur mais à la tripe sensible (Bernanos).

     

     

     

    1 - Pour l’antispécisme (les hommes et les animaux ne font qu'un),  le spécisme est à l'espèce ce que le racisme et le sexisme sont respectivement à la race et au sexe (Eh oui ! Rien moins !).  

     

    2 - Analyse qui a échappé à notre auteur finalement pas très courageux ni téméraire ; et de ce qui suit, il semble être passé aussi à côté : au XXe siècle, on n'a jamais tué autant d’êtres humains, de poulets, de boeufs et autres volailles et bovins, tout en se préoccupant comme jamais auparavant de ces mêmes êtres humains et de ces volailles et bovins On n’a jamais connu  autant d’associations de défense des droits de l’homme et de l’animal. S'agit-il là encore d'un sur-investissement affectif et/ou procédurier compensatoire comme la prestation du même nom ?

    3 - Avec le nucléaire, la récompense sera courte et la peine... éternelle.Il n'y aura de véritable unité humaine que dans le malheur ; le nucléaire contribuera très certainement à cette unité. Aussi...irradiés de tous les pays, unissez-vous !

     

    Pour prolonger, cliquezLe mouvement Vegan

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     * Le sang des bêtes : documentaire de 1949 sur les abattoirs de la Porte de la Villette - de nombreux extraits aujourd'hui  à peine soutenables sont disponibles sur Youtube et ailleurs -, de George Franju, réalisateur  entre autres de « La tête contre les murs » - sans doute le premier film anti-psychiatrie de l’histoire du cinéma : en comparaison, « Vol au dessus d’un nid de coucou », c’est juste de la pellicule destinée aux Oscars !


    Photo : Francis Bacon - Bacon-with-meat-1960. John Deakin

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