Mesure d'audience ROI statistique webanalytics par litterature"WebAnalytics"

Avertir le modérateur

AA - Serge ULESKI, littérature et essais - Page 8

  • Homme et femme, assurément !

     

                      A l'heure des "Etudes sur le genre" (gender studies), travaillant notamment sur la construction sociale des stéréotypes associés au genre... un autre regard est proposé ; un regard beaucoup moins polémique puisqu'il prend en compte... devenez quoi ? La réalité : cette expérience subjective aussi têtue qu'indépassable.

     

    ______________________

     

     

                       Les hommes existent bien et les femmes aussi !

                      Ceux qui nous le rappellent sont ceux qui, nés "homme", n’ont qu’un désir : être femme ; et celles qui, nées "femme", n’ont qu’un souhait : devenir homme.

    Il suffit de se pencher sur leur souffrance à tous, souffrance de corps et d’esprit,  jusqu’à se donner la mort parfois, même après une opération et un changement d’état civil, pour réaliser à quel point un homme est "homme" au masculin tout simplement parce qu’il ne lui viendrait pas à l’idée de souhaiter être une femme, et la femme… être un homme, en l'absence d'un appel intérieur, voire... d'un cri, d'une exigence incompressible pareille à une douleur insoutenable.


                    
    Les hommes existent bien et les femmes aussi !

                     Curieusement, ce n’est pas la norme qui confirme cet état de fait mais bien plutôt la rupture avec cette norme qui nous guide, nous tire et nous ramène vers cette loi d’une nature décidément têtue et dictatoriale qui plonge dans le désespoir celles et ceux qu’elle maltraite injustement ; une nature qu’il serait néanmoins vain de dissocier de la culture car enfin...  un transsexuel n'est-il pas autant guidé par la nature que par la culture ? Celle d'une civilisation auquelle il appartient et qui lui aura permis d'identifier le mal qui le ronge ainsi que la possibilité d'une remise en cause souvent impensable aujourd'hui encore sous d’autres tropiques ; remise en cause qui prendra pour cible une naissance qui, pour tout le monde, bafoue la liberté puisqu'on ne choisit pas "son sexe", et qui, pour quelques uns, est à l'origine d'une bévue qui frise la bavure, la nature demeurant la seule responsable.

                     Qu’il soit alors simplement permis à chaque être humain d’être ce qu’il doit être et qui il doit être pour se tenir debout, fier et digne ! Même si on ira jusqu'à lui conseiller, s'il appartient à une minorité, d'éviter de s'attaquer frontalement à une majorité (1) sans pitié à l’endroit de ceux qui osent semer le doute quant au bien-fondé d'une arrogance qui n'est, le plus souvent, que le fruit d’une ignorance doublée d'une intolérance et d’un manque de compassion irrémissibles.

                     La vérité est un mille-feuilles, et rares sont ceux qui demandent du rab car, avec elle, on est très vite rassasiés.

     

    1 - La stratégie qui consiste à conspuer la majorité afin de parvenir à trouver sa place en tant que minorité - et plus encore si cette minorité est privée de tout prestige et d'influence -, est une erreur que cette majorité fait payer très cher à quiconque s'obstine à vouloir la discréditer ; quant au choix d'une posture victimaire, déjà très sollicitée sans relâche, il semblerait que l'on ait épuisé chez cette majorité toute l'attention compassionnelle dont elle est humainement capable ; il ne restera alors plus que quelques miettes qui combleront difficilement toute espèce d'appétit, pantagruélique de surcroît, de commisération générale pour une cause qui, pourtant, en vaut bien d'autres.

     

    _________________________

     


                           Une version de "Comme ils disent" de Charles Aznavour par le transformer de langue anglaise : Lola Lasagne

     

    Homme d'hier, femme d'aujourd'hui

    « Dites-moi : vous avez été un homme, et puis, vous vous êtes fait opérer ; maintenant que vous êtes une femme, comment ça se présente pour vous ?

    - Je ne me suis jamais sentie aussi seule. J'étais déjà pas très entourée quand j‘étais travesti, mais là, vraiment c'est le désert. La communauté homo me rejette. Quant à moi, je n'ai plus besoin d'elle maintenant que je ne suis plus pédé. Après mon opération, j'ai quitté Kévin. J'avais pas envie qu'il couche avec moi comme on couche avec une bête curieuse.

    - Je pensais à une chose : vous avez été hétéro. Ensuite, vous avez été homo et puis, travesti. Aujourd‘hui, vous êtes une femme et donc, vous êtes à nouveau hétéro. C‘est ça, non ?

    - Le jour où je me suis fait opérer, j'ai gagné en cohérence vis à vis de moi-même, c'est sûr. Mais ce que j'ai gagné d'un côté, je l'ai perdu de l'autre. Aux yeux de la société, je suis quoi ? Un homo, un hétéro, un travesti, un transsexuel ou bien... une femme ? Quand je couche avec un homme, qui suis-je aux yeux de la société ? Et puis, l'homme qui couche avec moi, qui est-il ? Et moi, qui suis-je si je ne sais pas qui est celui qui couche avec moi et pourquoi il couche avec moi cet homme qui ne sait pas lui-même. Il s'agit peut-être d'un excentrique... ou bien, d'un simple curieux. Moi, je suis sûre d'une chose : je suis une femme ! Quand je vivais avec Jacqueline, nous formions aux yeux de la société un couple hétéro : Jacqueline couchait avec moi parce que j'étais un homme. Quand je l'ai quittée pour vivre avec Kévin, aux yeux de la société, j'étais pédé ; Kévin était pédé et on nous reconnaissait comme un couple de pédés. Mais avec Kévin et... tout au fond de moi, je savais que cette situation était provisoire parce que moi seule, je savais qui je voulais être. Et maintenant voilà que je suis une femme ! Bien qu'on ne me considère pas comme telle, et même si... quand je couche avec un homme, eh bien cet homme, je le désire comme peut le désirer une femme. Mais cet homme, couche-t-il avec moi parce que je suis une femme ? Dans ce cas, pourquoi ne couche-t-il pas avec une femme qui l'a toujours été... femme ? Que vient-il chercher chez-moi ? Vient-il chercher un transsexuel parce qu'à ses yeux et aux yeux de la société je ne serai jamais vraiment une femme ? C'est vrai, je ne peux pas avoir d'enfants. Mais est-ce à dire que les femmes stériles ne sont pas des femmes ? Dites-moi ! Soyez honnête ! Vous... vous coucheriez avec moi... comme un homme couche avec une femme ?

    - En ce moment j'ai pas trop la tête à ça.

    - Le doute s'est installé en moi : le doute vis à vis des autres. Et ce doute, je ne parviens plus à m'en débarrasser. J'ai commencé hétéro, ensuite j'ai été homo puis travesti puis transsexuel disons ; après mon opération, enfin femme, j'ai cru réintégrer la communauté hétéro. Mais aux yeux de la société, j'ai perdu en cohérence, car cette société ne me considèrera jamais comme une femme. Demandez donc à celles qui le sont depuis leur naissance ! Demandez-leur et vous verrez ! Le doute, encore le doute. Oui, le doute en ce qui concerne mes partenaires. Je ne saurai jamais vraiment si l'homme qui couche avec moi me désire en tant que femme ; il se peut qu'il veuille me flatter en me reconnaissant comme telle. Mais lui dans son for intérieur, il sait pourquoi il couche avec moi, et pire encore, il ne le sait peut-être pas. Tout ce qu'il sait c'est qu'il me désire. Mais il peut très bien s'agir d'un hétéro qui veut savoir l'effet que ça fait de coucher avec un transsexuel : un curieux, quoi ! Il me regarde peut-être comme une forme... comme une espèce hybride.

    - Ne leur dites rien : "Ni vu ni connu" genre...

    - Tôt ou tard, il le faudra bien. Alors, aujourd'hui je ne sais plus ce qu'on vient chercher chez-moi. Vous voyez ! Le doute, encore le doute ! A quoi bon être qui on souhaite si tout autour de vous, tout contrarie et déforme l'image que vous avez de vous-même ! Alors, est-ce qu'il est plus important d'accepter d'être ce que les gens veulent que vous soyez, quitte à ne plus être ce que vous souhaitez être, ou bien, est-il plus important d'être ce que vous êtes réellement et même, si vous devez en souffrir ? Et puis, on peut toujours s'obstiner mais sait-on jamais qui on est et ce qu'on doit être et ce qu'il faudrait être ? Et les autres, ils peuvent toujours s'acharner contre vous mais savent-ils réellement ce qu'ils souhaitent ? Eux-mêmes, savent-ils réellement qui je dois être et qui ils sont ? C'est comme un combat. A la fin quelqu'un doit céder. J'imagine qu'il doit toujours y avoir un vainqueur et un vaincu ! Si je renonce à lutter, est-ce que je continuerai de souffrir ? Et si je m'obstine, cette souffrance aura-t-elle une fin ? C'est moi qui ai tout à perdre dans cette affaire. Alors, pourquoi ne me laisseraient-ils pas gagner ? Ils ne perdent rien sinon quelques préjugés. Mais... j'ai peu d'espoir : où est ma cohérence si je suis la seule à pouvoir l'expliquer cette cohérence... à l'intérieur... cohérence qui m'est refusée à l'extérieur ? Car à leurs yeux, je n'ai pas de sens ! Mais alors, comment vit-on dans ces conditions ? Aujourd'hui, je ne peux plus faire marche arrière. Je me suis fait couper... eh oui ! plus de zizi... plus rien ! Ma condition est irréversible et ce mal est donc incurable. Est-ce que j'ai bien fait d'aller jusqu'à l'opération ? Parce que... aujourd'hui, je suis là, plantée sur mes talons, femme mais seule et inutile. Quand j'y pense ! Tous ces efforts, en vain. Cette lutte acharnée, toutes ces années ! Cette lutte pour rien. »  

     

    Extrait du titre : "Paroles d'hommes" - chapitre 4 - Copyright Serge ULESKI. Tous droits réservés

     

     

                      Documentaire de Ginger Force : "Un pavé dans la mare" - chaîne youtube : ICI


    Pour prolonger, cliquez : Serge ULESKI en littérature

     

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais 0 commentaire
  • M comme Malédiction

     

    To the memory of an angel...

     

    A la mémoire de Béatrice Athévain

     

             Et alors qu'on ne lui avait rien demandé (et ses enfants non plus - leur père s'étant fait la belle, lui qui n'avait aucun goût pour tout ce qui touchait de près ou de loin à la littérature - il ne lisait... ou plutôt, il ne regardait... que de la BD), en une quinzaine d'années, Béatrice aura tout sacrifié à l'écriture avant de tirer sa révérence.

    Son oeuvre ?

    Un ouvrage retenu par un éditeur dans les années 90 "Fragments, interstices et incises" (oui, je sais ! Le titre ne lui aura été d'aucun secours) ; éditeur qui... depuis, a mis la clé sous la porte ; et six titres restés à ce jour inédits et... introuvables - ce qui n'arrange rien.

    Existent-ils ? N'existent-ils pas ces inédits ? Ont-ils été détruits par son auteur juste avant qu'elle ne décide de... ?

    Affaire à suivre... pour peu qu'il y ait des volontaires.

     

    ***

     

    m le maudit,lang,uleski,livres,littérature,auteurs,écriture,art

     

              Ce billet est aussi dédié à tous les obsessionnels compulsifs de l'écriture. 

     

     

             Ils ne se déplacent jamais sans un stylo et un carnet ; leur hantise : se trouver dans l'impossibilité de pouvoir noter une idée, une phrase, un mot ; et de ce fait : les oublier.

    Une peur panique pareille à une phobie : plutôt mourir que de courir ce risque !

     

                   Mais... comment taire cette voix qui hurle à l’intérieur, ou bien qui chuchote ? Cette voix qui ne vous lâche pas jusqu’au moment où n’y tenant plus, on sort un carnet pour noter à la hâte trois mots, dix lignes, tout en sachant que l‘on y reviendra cent fois, mille fois, et que ce n’est que le début d’un travail harassant.

    Ils ne vivent que pour elle, tous ces don Quichotte de la littérature,  y retournant sans cesse, et n’y trouvant qu’un soulagement, qu’une libération bien éphémère.

    Après toutes ces années, qui ne chercherait pas à lui échapper, même pour un temps ? Qui ne serait pas tenté d’apprendre à l’ignorer ou bien, à contrôler son débit, et même, pouvoir faire “comme si de rien n’était”, comme si cette voix n’était pas là... cette voix qui, sans relâche vous force, et vous pousse jusqu'à ce que vous lui cédiez et qu’elle s’apaise en vous en attendant la prochaine fois, la prochaine heure ?

    Tous vous le confirmeront : une malédiction cette voix pour laquelle ils ont tout sacrifié ; un supplice qui absorbe, qui recouvre tout, qui vous prend tout et qui ne vous rend rien.

    Maudits ils sont !

     

                      Mais alors... qui les délivrera de cette malédiction qu'ils portent en eux comme une brûlure ?

     

     

    ______________

     

     

    Photos : M le Maudit, film de Fritz Lang de 1931

    .

     

     

     

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais 0 commentaire
  • Pair, impasse et manque

     

             Rien à faire ! Non ! Vraiment ! Pas moyen d'échapper à l'Autre ! Il est nos moindres gestes. Il est ce qu'on n'osait plus être ou bien, ce qu'on ne soupçonnait pas. Il est celui par qui le scandale arrive cet Autre qui nous mine car, il est la liberté qu'on se refuse à soi-même dans l'espoir qu'il en fasse de même. Passe-droit, il aura tous les devoirs de notre charge. Impulsion du matin, insomnie du soir, il est toutes nos craintes, aussi irraisonnées soient-elles. Par son absence, il est tous les reflets devant le miroir. Il est toutes nos humeurs. Il est celui qu'on chérit le plus au monde et celui qu'on maudit quand impitoyablement, le manque nous gratifie d'un doute insupportable car il est la peur ! Oui ! La peur ! Quand de le perdre, on a peur et puis, peur encore... peur qu'il ne s'égare et qu'il oublie de rebrousser chemin et ce faisant, qu'il nous oublie à jamais car, on n'en sort pas. Non ! L'Autre, c'est l'enclos, la barrière et le dernier horizon. Il nous prive de toute issue. Après lui, le précipice ! Brisé, démembré, disloqué, en miettes inconsolables ! Volets fermés, rideaux tirés, porte verrouillée, il est la suffocation et la panique dans un espace qui se réduit à quatre murs et un plafond. Un ravage cet Autre ! Un cauchemar torrentiel son absence dont la rage et l'irréductibilité absolue de sa force vous terrifient et charrient des flots d'images avec pour seul thème récurrent le manque, encore le manque et la peur de ne jamais pouvoir le combler ce manque insondable, qui vous aveugle et vous pousse au vertige.

    Et c'est alors qu'elle a pensé : "Un lit ! Vite ! Un lit !" Sa vie et tous les empires de tous les sens contre un lit ! Un lit pour s'y retrouver seule avant de l'y retrouver et donner libre cours à une nouvelle tentative héroïque de survie et ne pas... surtout pas, sombrer dans la folie du manque.

    Un lit ! Vite ! un lit pour y faire le lit de retrouvailles fantasmées jusqu'à la déraison et s'empresser de le rêver... lui, encore et toujours ! Se lover dans son souvenir, le cajoler, le contempler béate et puis, l'écouter et lui parler aussi. Plus qu'un lit, son dernier refuge d'une urgence absolue dans lequel elle ira chercher un apaisement et un soulagement qui viendront résorber les hématomes d'un quotidien qui... pour ne pas l'épargner, invente sans cesse de nouvelles exigences, de nouveaux devoirs ; ecchymoses d'une existence dont elle ne retire rien faute de pouvoir en extraire quoi que ce soit qui en vaille la peine, sinon, les restes qu'on voudra bien lui laisser : miettes d'accalmie et de bonheur.

    Vite ! La chambre et puis, un lit avant l'arrivée de cet intrus insupportable dont la présence, même passive vous révolte et vous indigne. Une gêne haïssable la venue de ce conjoint. Bien plus encore... un viol, cette présence dans ce lit qu'elle avait cru pouvoir destiner à la remémoration de leur dernière rencontre : regards, paroles, gestes, sourires, éclats de voix, rires, gémissements, pleurs et puis, le silence quand tout est dit, lui à ses côtés comme une unique et dernière assurance contre la désespérance, toute peur maîtrisée, tout danger écarté, apaisée.

    Un lit mais… une porte aussi ! Dernier rempart ! Forteresse de son désir de ne plus rien voir et de ne plus rien entendre. Ah ! Cette porte que l'on ouvre pour mieux la refermer sur un monde qui a la prétention de vous faire oublier une raison d'être et de demeurer enjouée et debout envers et contre tous. Un monde étouffant d'inutilité et d'agitations incompréhensibles, à la longue... devenues étrangères, incongrues ; une vie aux responsabilités épuisantes, aux contraintes stériles et sans équivalence et sans réciprocité : un fardeau indigne cette vie !

    Oui ! Un lit et une porte pour ne plus entendre cette voix qui gronde sans raison et qui porte au delà des murs de ce foyer guerrier toute l'étendue d'une autorité dont l'exercice imbécile et veule achève de vous faire désespérer de tout, et de soi-même. Jappements inconséquents, aboiements indistincts et assommants ; ceux d'un chien face au danger qui se retire et qui n'avait de menace que l'idée que s'en faisait cet animal ; mille injonctions aux motifs inavouables d'intolérance et d'égoïsme ; intarissables de prétextes, ces injonctions qui viennent une nouvelle fois signifier à cette humanité maintenant inconsolable, eh bien, que rien ne saurait justifier l'éventualité de la menace d'une tentative de rébellion.

    Oui ! Une porte et puis, un lit. Un lit pour y trouver enfin le sommeil et poursuivre en rêve le grand récit de leurs rencontres, après y avoir pleuré toutes les larmes dont notre humanité est capable quand tout la heurte, la blesse, face à cette vie qui lui refuse un destin juste et enviable.

    Et encore un lit mais... pour y prier aussi... quand elle ne pourra plus le quitter ce lit, vaincue au terme d'une résistance farouche, terrassée par l'immensité de la tâche qui l'attend... au pied et au saut de ce même lit, et derrière cette porte, incapable de retrousser ses manches et de revêtir le tablier d'un laminoir haïssable qui a raison et vient à bout de tous les entêtements aussi légitimes soient-ils.

    Un lit pour y prier qu'il ne devienne jamais sa tombe ; une tombe au marbre noir et lourd d'une défaite que d'aucuns jugeront... sans gloire et sans honneur.

    _________________

     

    Extrait du titre : " Cinq ans, cinq nuits"

    A propos de l'ouvrage... cliquez Cinq ans, cinq nuits

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais 0 commentaire
  • Une plénitude inédite...

     

               Songe des mystiques : le tout et la fin de tout

     

     

                Rien dans sa vie n’aura égalé cet instant. Plus d’amertume, finie la peur ! Comme pour le monde végétal pour lequel naître et mourir n’est pas le seul voyage auquel la nature le destine, un autre parcours l’attend maintenant sur une durée et une distance infinies, elle, tellement légère, débarrassée de tout, capable enfin d’une respiration régulière et apaisée.

    D’un moment à l’autre, un drap de lumière viendra l’envelopper ; un drap déployé par un soleil qui a percé le froid. Hôte inattendu, ce soleil digne du plus bel été pour un dimanche otage d’un hiver qui vient à peine de commencer ! Elle est arrivée à la vérité d’une farce macabre dont la nécessité nous échappera toujours : celle de la vie. A d'autres maintenant de porter son mystère et ce fardeau d’un rien, ou pour si peu, et qui pèse de tout le poids de son existence.

    Et comme une lente montée des eaux, c’est alors que vient la consolation, à rebours de ses dix dernières années, les dernières. Insoupçonnables ces années ! Une grande gifle ces dix années pendant lesquelles tout aura été si difficile, tellement difficile ; dix ans, sans fin, interminables. Infernale aurore. C’est dans l’espérance d’une grâce tant attendue, et sous sa lumière, qu’elle accède pour la première fois à la consolation.

    Elle part à la dérive. La mer et son ressac s’impatientent. Elle découvre la force de la clarté comme on sort d’une longue maladie. Pâle mais reposée, c’est de plein fouet qu’elle reçoit cette consolation inespérée, goûtant là une félicité insoupçonnable voilà une semaine, voilà une heure. 

    Plus rien à déplorer. Plus de révolte, plus d’amertume ni de ressentiment. La honte s’est évanouie et le monde s’est dissout en elle, le visage aérien. Et son corps ! Dentelle fragile qui s’agite son corps ! Bouchon insouciant bercé par une eau calme qu’un courant emporte lentement, sans tumulte, sans fracas, sous une brise dont le baiser et la caresse amicale sur sa joue l’ont conquise et la comblent ; et c’est maintenant qu’elle accueille cette brise fraternelle pour mieux tendre l’autre joue avant de lui adresser un large sourire.

     

                 Alors oui : la consolation, lourde de tout ce qu’elle n’aura pas su s’offrir, faute d’une application assidue et raisonnée, privée de repères, sans éclairage pour la guider, le plus souvent dans l’obscurité, à tâtons, sans trébucher certes ! mais sans jamais trouver une voie sûre – du moins sans jamais la reconnaître comme telle –, car... en deçà cette voie, ce chemin alambiqué et impraticable ; en deçà de ses attentes, tantôt confuses, tantôt inopportunes et irréalistes.Toujours !

    Finie la prudence de l’âge adulte ; cet âge qui lui faisait entrevoir et craindre le pire. Tout s’impose à elle qui donne son assentiment à tout ce qu’elle reçoit. Lascive, c’est dans cet acquiescement, dans l’éclat de cet instant unique et dont les traits sont plus aigus que tous les autres, plus fins aussi, qu’elle devine ce qui l’attend : l’absence de tout, enfin inutile. Ni proie, ni ombre ; sans plus d’offense à souffrir. Sans aplomb, sans voix.

    Immense cette consolation ! Une reddition spectaculaire dans son apaisement, cette consolation ! Il suffisait d’y penser : la réponse à tous ses maux était là, à sa portée, tout près, si près, en son centre à elle. Parfaite cette consolation dans l’immensité lumineuse d’un beau dimanche après-midi.

     

                Une ombre l’aspire dans un entonnoir géant. Sa conscience se dissout dans des espaces sans consistance. Finies les prières, les incantations ! Le mouvement s’accentue. L’aspiration se fait plus violence. Par bribes, ses souvenirs la quittent. Sa mémoire s’efface. Elle n’est plus de ce monde ; elle a fui tout ce qu’il avait de mortel pour voyager plus léger et s’en aller plus loin encore. Et c’est bien une autre vie qui se forme en elle maintenant ; une autre vie et une autre exigence, une autre nécessité impérative qui l’enveloppent.

    Son désastre n’est plus. Maintenant hors de danger, il ne lui reste plus rien à pleurer. La masse de son émoi gémit encore mais au loin, paisiblement et puis, profond comme une voix de l’intérieur : celle d’un apaisement qui s’ouvre jusqu’à toucher l’extrémité de toute vie ; une plénitude inédite, loin de l’immense gâchis de la souffrance et de ses déchets.

     

     

    Extrait du titre : La consolation - copyright Serge ULESKI

     

    _______________

     

    Pour prolonger, cliquez : Serge ULESKI en littérature

     

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais 0 commentaire
  • La liseuse

     

    littérature,livres,auteurs,actualité,justice,politique,éditions,éditeurs

                                                                 (Jean-Honoré Fragonard -  1770)

     

                     N'avoir pour seul avenir qu'une poignée de mots ! Ceux des auteurs qui l'accompagnent tard dans la nuit. Car, lorsque Internet ne lui offre pas ce qu'elle attend, elle lit jusqu'à l'épuisement ; la lecture devient alors le sablier qui la conduit au sommeil.

                     Si lire c'est s'oublier soi-même et le monde tel que nous le vivons pour mieux en habiter un autre - celui qui au quotidien nous demeure étranger, impénétrable ; lire c'est aussi redécouvrir qu'il encore possible de toucher du doigt une vérité sur chacun de nous ; mille témoignages d'une vie hors des livres : la vraie vie, celle qui fait du succès une montagne à la vue imprenable et de l'échec, une tombe.

    Bonne ou mauvaise, la littérature nous absout et nous réconcilie, tout comme ce silence qu'elle impose à ses lecteurs : silence avec soi-même. Elle ne va pas y chercher une guérison ; ses lectures ne résorbent aucune de ses fièvres ; elle y abandonne le plus souvent les dernières forces de la journée qui s'achève.

    Lumière et obscurité ; partir loin de soi pour mieux y revenir ; dérives infinies. Miroir de sa propre existence, seule avec le monde, ses lectures tracent les cartes de territoires innombrables qui, en ce qui la concerne, ont la fâcheuse habitude de s'ouvrir et de se refermer sur des contrées inhospitalières, aux invocations et aux suppliques sans nombre ; lectures qui la submergent, la pénètrent et l'engloutissent.

    Un bouquant d'enfer, ses lectures ! Une page d'espérance, une page de désespoir, c'est bien sa propre vie qu'elle va chercher dans une littérature de substitution jusqu'à se perdre dans le labyrinthe de l'oubli de soi en tant qu'impuissance.

    Les livres, elle les ouvre au hasard, elle les feuillette et puis soudain, elle plonge et les dévore dans une lecture obsessionnelle : une flamme qui finit toujours par la brûler cette lecture ; et dans ces moments-là, c'est l'éternité qu'elle embrasse, pour un temps non répertorié, un temps sans partage possible ; un temps pour sentir battre le monde avec sa veine gorgée de sang et des larmes qu'elle ne peut plus verser sur elle-même.

    Ce qu'on fait de mieux dans ce qu'il y a de pire ! D'un état ordinaire, on descend vers l'abîme, et là, les exemples ne manquent pas : amours aussi extravagantes qu'impossibles, inceste, tueurs en série, femmes humiliées, couples défaits, « La petite du Vel'd'hiv » ; des biographies qui mettent en scène des pères abusifs, des mères soumises, femmes afghanes ou africaines quand la lumière était encore sur elles, pour finir avec Proust qu'elle lit sans fin et sans force ; auteur vers lequel on se tourne une fois que l'on a baissé les bras et qu'on s'est juré de ne plus porter aucun livre - à bout de bras, justement ! -, en y cherchant dans cette lecture, sa propre terminaison, prisonnière d'une chambre tombeau, dernière sépulture de vie pour les convalescents et les agonisants de l'existence.

    Arrivée à saturation, c'est alors qu'elle chavire dans un sommeil de plomb, exténuée.

     

    ______________________

     

    Extrait du titre : "La consolation" - copyright Serge ULESKI

     

    A propos du titre : cliquez La consolation

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais 0 commentaire
  • Fabrice Luchini : quand la Grenouille...


    ...s'étend et s'enfle.

     

    "Regardez bien, ma soeur :
    est-ce assez ? dites-moi : n'y suis-je point encore ?

    - Nenni.

     

    - M'y voici donc ?

     

    - Point du tout.

     

    - M'y voilà ?


    - Vous n'en approchez point."

     

    "La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Boeuf"
    Extrait - fable 3 du livre I des fables de Jean la Fontaine (1621-1695)

     

     

                              

                         Qui nous rendra le silence de la lecture ? Un silence si précieux, essentiel !

     

    ***

     

               Jamais les auteurs n'ont été aussi mal traités depuis ces cinquante dernières années par les metteurs en scène d'abord puis par les acteurs.

    Car enfin, qui peut bien penser que le texte de Barthes (Fragments d'un discours amoureux) ait besoin d'un tel traitement ?

     

    Mais alors, qui Luchini croit-t-il servir ?

    Ou bien plutôt : de qui se sert-il ?

    Et à quelle fin ?

     

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais 0 commentaire
  • "Les nuits de Paris" de Nicolas Edmé Rétif de la Bretonne

    rétif de la bretonne,paris,révolution,1789,littérature,sébastien mercier,récits,feuilleton,zola,balzac,flaubert,hugo,sade,contes,mille et une nuits,schéhérazade,disette,eugène sue,nuits révolutionnaires,nuits de paris

     

     

     

     

     

     

     

    « Les Nuits de Paris » : une œuvre de plus de 3000 pages rédigées entre 1786 et 1788 par un auteur-journaliste ("publiciste" on disait au 18è siècle) témoin d’une France urbaine et nocturne à l’aube de la chute de la monarchie ; notes dont les historiens feront des choux gras un siècle et demi plus tard. 

     

    Contemporain de Sade et de Laclos, Nicolas Edmé Rétif de la Bretonne est resté méconnu deux siècles durant. Si Sébastien Mercier auteur d’un "Tableau de Paris" de plusieurs milliers de pages a devancé Rétif de la Bretonne de quelques années comme premier auteur d’un récit urbain à la fois mythologique et pittoresque, Rétif y ajoutera une dimension picaresque et plus important encore : un auteur-conteur, acteur, témoin, spectateur... noctambule de surcroît.

    Trait essentiel de l’originalité de ces « Nuits de Paris »  est le regard que Rétif porte sur ses contemporains. Sade le disait « écrivain poissard » … car il peignait souvent un tableau misérabiliste. Conteur-né, à l’aise dans le quotidien et sa fiction, ses nuits parisiennes collent au vivant et à l’événement ; et si la nuit renforce l’acuité du regard et le silence l’ouïe, notre hibou-spectateur du ruisseau – tel on le nommait -, se régale, et ses lecteurs aussi.

    Des centaines de récits courts, incisifs, d’une diversité peu commune ;  tous les sujets sont traités, tous les métiers, tous les lieux publics et privés, toutes les classes aussi, des « filles du commun » aux domestiques en passant par les  artisans ; de la noblesse à la bourgeoisie, des filles publics (prostituées) aux voleurs, escrocs, bandits, oisifs, mendiants, débrouillards,  et puis, une Marquise ; vraie ou fausse,  réelle ou fictive, (c’est la Schéhérazade des "Contes des mille et une nuits"), elle sera sa première auditrice ; Rétif lui contera ses anecdotes nocturnes, fruits de ses promenades, avant de rentrer à l’aube dans son logis de la rue de la Bûcherie ; une Marquise bienfaitrice dont il sollicitera la charité et le salut pour celles et ceux qu’il prendra sous son aile au cours de  ses pérégrinations nocturnes, tel un pasteur avec ses ouailles  en perdition ou en grand danger de l’être, car, à ses yeux, seule l'action individuelle est garante de la bonne conscience.

     

                Alors que la noblesse de province faisait monter leurs filles encore adolescentes à la cour de Versailles pour les marier (les vendre ?) aux plus offrants des vieillards moribonds, la petite bourgeoisie du coeur de Paris courait la nuit, à la lueur des bougies de leurs domestiques, à la recherche de leur fille cadette qu’un séducteur bavard et cynique déflorait à grand renfort de beaux discours et de promesses qui n'engageaient le plus souvent que celles qui les recevaient, sous les portes cochères…

    Rocambole un demi-siècle avant son auteur, tantôt à l’affût, tantôt en mouvement mais sans précipitation, excepté lorsqu’il lui faut échapper à des poursuivants aussi malfamés que mal intentionnés, appelant à la garde quand les risques sont trop grands, Rétif nous rapportera un fait peu connu de cette époque : les viols collectifs en public, de jour comme de nuit, par des bandes savamment organisées lors des fêtes de rue  et des feux d’artifice qui mobilisent des foules entières, là où toutes les classes se retrouvent : on choisit soigneusement une victime, une jeune fille de préférence, mais pas toujours, on l’entoure, on l’encercle, on l’isole de ses parents ou de ceux qui l’accompagnent pour lui faire subir dans le tumulte, le bruit et la fureur des festivités de rue – cris, fusées et pétards -, tous les outrages avant de s’éclipser  sans être inquiétés.

    Précisons ici que toute l’œuvre de Rétif ne vit que par les femmes et pour les femmes, tout comme son auteur ; femmes de tous les âges et de toutes les conditions, faibles et crédules, ou parfois dans la nécessité d’exercer des activités que la morale réprouve mais auxquelles la société tout entière a recours sans sourciller, il sera souvent question de jeunes filles abusées et meurtries ou dont la vertu en danger semble galvaniser chez Rétif un courage physique aussi rare que précieux car dans ce Paris de la fin du XVIIIe siècle, jamais les femmes du peuple et de la petite bourgeoisie auront été autant en danger ; chair à plaisir convoitée par tous les hommes  de tous les âges et là encore, de toutes les conditions : les petits Sade sont légion à cette époque ; le marquis a fait d’innombrables émules qui ne leur demanderont pas leur avis.


                rétif de la bretonne,paris,révolution,1789,littérature,sébastien mercier,récits,feuilleton,zola,balzac,flaubert,hugo,sade,contes,mille et une nuits,schéhérazade,disette,eugène sue,nuits révolutionnaires,nuits de paris En rupture avec la tradition romanesque d’un Antoine Prévost,  ces « Nuits de Paris » n’ont pas d’histoire suivie car la diversité des récits y contribue guère ; de plus, les personnages que l’on rencontre  et côtoie avec l’auteur ont pour seule réalité, une réalité collective, quasi sociologique : toute une époque donc !


    Rétif annonce Balzac mais sans le Père Goriot ou Flaubert mais sans Madame Bovary. Pas de figures archétypales sinon des conditions de vie, des comportements et des manières d’être au monde emblématiques d’un ordre social qui appartient à la fois au passé et à l’avenir ; un avenir révolutionnaire : la noblesse déclinera avant de sombrer au profit d’une bourgeoisie qui aura pour unique exigence : que les affaires tournent ! Petites et grandes ; honorables ou affligeantes… pour les siècles des siècles... 

                 La rue est le domaine de la marginalité, et la nuit, celui du malheur qui accable des êtres déjà bien fragilisés ; c’est le Paris du peuple dans son entier à une époque où toutes les classes sociales cohabitent encore : la ségrégation est seulement verticale ; elle dépend de l’étage. Un Paris « occupé » par une main d’œuvre chassée des provinces par la disette ; c'est aussi le Paris des cabarets et des coupe-gorge ; cours, jardins, escaliers étroits, Rétif ira jusqu’à pénétrer l’intimité des logements parfois à l’insu des occupants pour écouter, entendre, observer, comprendre ou bien secourir…

    Ce sera quelques dizaines d’années plus tard, le Paris de Balzac, d’Eugène Sue et d’Hugo. Et c’est aussi le Paris du piéton et le Paris pré-révolutionnaire même si dans ses récits, aucune révolution semble pointer le bout de son nez - il faudra se reporter à cette autre œuvre nocturne de Rétif qui porte le nom de « Nuits révolutionnaires » ; si la nuit, tous les chats sont gris, les révolutionnaires eux cuvent leurs idées comme d’autres leur vin car face au sommeil nous sommes tous égaux.

    Le Paris de Rétif de la Bretonne, c’est le Paris de l’île de la Cité, de l’hôtel Dieu, le cœur de la Capitale qui comportait alors que six arrondissements… place Maubert, rue de la Bûcherie, le Paris des imprimeurs et des libraires (Rétif était lui-même imprimeur), l’Ecole de médecine et des hurlements de femmes en couches. C’est le Marais… la rue Saintonge… les Halles, sans oublier les faubourgs : Saint-Germain et Saint-Marcel.

     

                Né en 1734 d’un père paysan aisé et instruit, Rétif de la Bretonne sera l’ainé d’une famille de sept enfants (ainsi que de sept demi-frères du premier mariage de son père) ;  il se considérait lui-même comme faisant partie des « couches inférieures de la roture ». Typographe de formation - il en fera son métier -, Rétif s’élèvera grâce à son intelligence et son talent. Ascension qui renforce chez ce travailleur infatigable une solidarité indéracinable envers les « infortunés ». Et c’est ce regard-là, regard compassionnel, qui lui fera écrire : « Ce sont une multitude de petites choses vues et senties par l’observateur qui fréquente toutes les classes qui échappent les plus souvent aux autres hommes ».

    Les ancêtres huguenots de Rétif, sa formation janséniste à Auxerre puis à Bicêtre feront de lui l’ennemi de l’oisiveté : « la religion veut que l’on s’occupe utilement pour soi-même et pour les autres » ; volontiers sermonneur de haut de sa chaire de moraliste réaliste, rigoriste et parfois, franchement austère, sa vie privée n'aura pas été pour autant un modèle de vertu : en effet, on lui connaît une relation incestueuse avec sa fille ainée.

    Sans doute s’agit-il là encore d’une histoire de paille et de poutre et d’un « Faites ce que je dis mais pas ce que je fais ! »… pour ne rien dire d’un « Pour vous la vertu, pour moi la licence ! »

    C’est Molière qui n’a de cesse d’avoir raison.

     

                Confiant dans la science, disciple de Buffon et proche de Rousseau, les "Nuits de Paris" sont souvent éclairées des idées philosophiques et politiques de l'auteur ; chaque récit peut avoir alors pour conclusion nombre de propositions destinées à mettre fin à une carence, à une insuffisance ou à un excès dommageable pour le bien commun car, comme pour tous les honnêtes gens, l’intérêt général était  son souci premier.

    Avec Rousseau, Rétif réaffirme que le peuple est la seule réalité politique. Le Souverain n’est que le « réunisseur du Pouvoir », et le peuple la nation.

    Il craignait néanmoins les fermentations populaires : « Comme mon bras doit toujours obéir à ma tête, toute résistance des membres affaiblit  un corps.» Ni révolutionnaire ni utopiste même s’il imagina pour ses lecteurs "l’An 1888", prudent, il pensait « que l’on ne doit attaquer les préjugés du peuple qu’avec ménagement et lorsqu’ils sont réellement nuisibles ».


    Ennemi du luxe, du superflu, toujours sans le sou et endetté - les visites les plus fréquentes à son domicile étaient celles des hommes de loi, huissiers de préférence -, il pensait que le « riche » est utile aussi longtemps qu’il œuvre en faveur du développement.

    Se rangeant du côté des stoïciens - lucidité et réalisme - contre les Epicuriens – à chaque jour suffit sa peine -, une série de livres sur ce qu’il appelait «  la réformation » verra le jour aux côtés d’autres ouvrages (une quarantaine de titres) rédigés dans le souci d’une recherche d’un mode de gouvernement qui placera le bien public au centre de son action. Il était contre la propriété du sol. Il se méfiait des physiocrates et des économistes (nos libéraux d'aujourd'hui en matière économique) ; il les considérait comme des « systématiques dangereux » ; des idéologues dogmatiques.

    Il nous quittera en 1806 après avoir lancé à la cantonade : « Quand le supplice est trop grand pour le crime (et a fortiori pour un délit), on n’effraie pas (on ne dissuade pas) : on indigne. »

    Et c'est déjà la voix d'un Victor Hugo et d'un Emile Zola.

     

    ***

     

               Entre rêve et réalité, "Les Nuits parisiennes" de Rétif de la Bretonne - nuits en noir et blanc -, avec son clair-obscur, inspireront Baudelaire, Nerval, les grands romans populaires du XIXe siècle, puis Apollinaire, Soupault, Breton, Aragon et Carco : Paris la nuit, encore et toujours…

     

               Car... « Le spectateur nocturne est aussi acteur par l’écriture, il projette son ombre sur la scène, un personnage tout nouveau : il fait alors éclater Paris dans la littérature » - Jean Varbot.

     

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais 0 commentaire
  • La grande gueule ouverte de l'Enfer

     

     

                  "... car, le jour où toute l’horreur de notre monde vous éclate à la gueule, loin des chiffres abscons de leurs statistiques abstraites et absurdes en valeurs absolues.... absolument merdiques... et de leurs reportages montés à la hâte et à la queue leu-leu basse et rachitique... le jour où... toute l’horreur... dans toute son horreur... de notre monde à tous, vous éclate à la gueule après vous avoir sauté à la gorge, ce jour-là... vous souhaitez mourir ! Oui Monsieur ! Vous souhaitez mourir ! Ou bien alors c’est que vous n’êtes pas humain ! Non ! Pas humain. Car je ne peux pas croire que l’on puisse être épargné par cette fatalité et cette nécessité de vouloir mourir face à l’horreur de notre monde à tous dans toute son horreur ! Non, je ne veux pas croire un seul instant que nous y passions tous et qu’ils y soient tous passés... à la trappe, dépecés, déchirés et hurlant de douleur et... que toute l’horreur de toute l’injustice de notre monde à tous, puisse sagement et éternellement glisser sur cette humanité imperturbable... glisser sur elle, cette horreur, comme l’eau quand elle rencontre et contourne un obstacle parce que rien ne l’arrête cette vague déferlante, ce déluge, ce raz-de-marée...

     

     

                     La suite : cliquez S.U- l'Enfer v blog pdf.pdf

    (Ne pas refermer le PDF après lecture : faire "page précédente")

    ___________________

     

    Extrait du titre "Confessions d'un ventriloque"

    A propos de l'ouvrage... cliquez Confessions

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais 0 commentaire
  • Tombes, concessions funéraires et sépultures


                                 

                                      (Illustration sonoreMaurice Ravel : "Rapsodie espagnole" (version pour piano 4 mains) I. Prelude)

     

                       Vraiment touchant cet Emile né en 1901 décédé en 1989 ( vidéo à 1:10), et son épouse, Marie-Thérèse, née en 1902, qui le suivra un an plus tard, tous deux encore et toujours unis dans la vie comme dans la mort !

    Faut-il s’en réjouir néanmoins ?

    Années 1900... génération de femmes dites « soumises et effacées... comme congédiées " ? Marie-Thérèse aurait-t-elle vécue dans l’ombre de son Emile ? Elle se serait alors, en toute logique, éteinte avec lui comme si, en partant, son Emile avait emporté une grande partie de son souffle de vie à elle ?

    Combien d'interrogations encore ! Nul doute : le tort d’une certaine modernité c’est bien d’avoir jeté le discrédit sur une telle union… d’en avoir fait le procès au nom de la lutte contre la servitude volontaire d’une condition féminine haïssable.

    Malheur à tous ceux qui n’ont jamais connu l’amour dans une union pérenne !

     

                                                                            ***

     

                  Passant devant toutes ces tombes, m'y attardant parfois - visages, noms et prénoms, dates de naissance - allée après allée, c’est alors que j’ai commencé à verser des larmes sur ceux que je n’avais pas encore perdus mais dont je me voyais déjà honorer et entretenir le souvenir, impuissant, penché sur leurs tombes, désarmé...

                  ... et puis finalement bien présomptueux car, rien n’indique que je ne les précéderai pas dans ce lieu, en effet.

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais 0 commentaire
  • Quelque chose de perdu... pour demain

     

     

     

                     "Assumer l'ultime confirmation de l'hégémonie de la métaphysique sous la forme de la déréliction ontologique de l'étant" (Heidegger)

    _______________________

     

    "Mais bien sûr ! Je vous remets maintenant ! Vous êtes celui qui voulait mourir.

    - En effet.

    - Mais alors, vous avez survécu ? Vous n’avez pas su... ou bien, vous n’avez pas voulu mourir ?

    - Non, c’est pas ça. La vérité, c’est qu’on survit à tout parce qu’on se console de tout. Mais... moi, à cette époque, je ne le savais pas.

    - Oui. On survit à tout. C’est la raison pour laquelle tout peut arriver. Et c‘est aussi la raison qui fait que finalement... tout arrive. N’est-ce pas ? Et pourtant, rien ne sert de souffrir car il vaut mieux mourir à temps. Cette volonté de vivre est devenue une habitude que les générations se transmettent ; et dans ce domaine, on peut dire que la transmission a bien eu lieu. Y'a pas de doute ! Elle n'a pas été interrompue car, il ne s’agit pas d’un instinct qui vous échappe et qui s’impose à vous et ce, malgré vous ; non ! Il s’agit bien d’un choix conscient : on décide de survivre à l’horreur et à la douleur.

    - C’est vrai ! On a la lâcheté ou la faiblesse de survivre à toute cette horreur.

    - C’est votre capacité d’endurance qui rend possible toutes les horreurs. Votre obstination à vouloir survivre coûte que coûte, votre résistance font que l’horreur sera toujours sûre. Alors... aussi longtemps que vous survivrez à cette horreur, nous n’y mettrons jamais fin. Cet instinct pervers de conservation fait que l’horreur se reproduit sans fin. Si seulement vous étiez tous... incapables de survivre à cette horreur ! Si seulement vous n'aviez pas la folie de lui résister, je suis sûr que votre espèce, pour ne pas disparaître, ferait tout pour l’éviter, car la prochaine horreur signerait la fin de l'espèce humaine dans sa totalité.

    - Cachez toutes ces horreurs que je ne saurais voir ! Nous sommes donc tous des tartuffes de l'horreur ? C'est ça ?

    - Oui ! Bien sûr ! Car, à trop voir, on finit par s’éblouir soi-même. Alors, ne cherchez plus ! Je vous le dis : vous ne vous débarrasserez pas de cette horreur aussi longtemps qu’un seul d’entre vous sera disposé à lui tenir tête. Dites-vous bien que dans l’état actuel des choses, l’aventure humaine ne vaut plus la peine d’être poursuivie. Il faut tout arrêter. On reprendra le cours de cette aventure une fois que l’homme aura cessé de survivre à toute cette horreur. Un cauchemar récurrent, cette horreur ! Fermer les yeux sur toutes ces horreurs, c’est inviter l'horreur à votre table et dans votre lit. Survivre à cette horreur, c’est accepter qu’elle vous frappe à nouveau, sans discernement comme un aveugle frappe le sol avec sa canne télescopique pour ne pas trébucher sur un obstacle ; obstacle qui lui serait fatal. Pour un peu, et à son sujet, on en viendrait à penser qu'il cherche à retrouver quelque chose qu'il aurait perdu. Quel boucan, cette canne qui frappe le bitume ! Un vrai boucan d’enfer, cette canne qui cherche à retrouver quelque chose qu'elle a perdu mais... devant elle ! Vous remarquerez ! Oui ! Toujours ! Devant elle et comme… perdu pour demain."

     

    Copyright Serge ULESKI. Tous droits réservés - texte et illustration sonore.

     

    __________________

     

    Extrait du titre "Confessions d'un ventriloque"

    A propos de l'ouvrage... cliquez Confessions

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais 0 commentaire
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu