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AA - Serge ULESKI, littérature et essais - Page 9

  • Jeune et indistinct : compte à rebours

     

              Passé un certain âge...

     

               Vouloir séduire et tenter de cacher son âge, c'est mettre son existence dans la dépendance du regard des autres ; mais c’est aussi triompher, le jour où l'on surprend un commentaire qui fera de la journée qui commence ou bien qui s’achève, la plus belle des journées : «Quel âge tu m'as dit qu'elle avait cette femme ? Non ?! Moi, je lui en aurais donné cinq ans de moins ».

    C’est l’allégresse. L’espoir renaît. La plus belle des récompenses, ce commentaire inespéré, après tous les efforts déployés durant de longues semaines, de longs mois, devant la glace et le miroir grossissant, à scruter le moindre indice, le moindre signe de détresse ou bien, d’allégresse triomphante. Ce commentaire, c'est une minute de bonheur absolu.

    « Je l’ai fait ! » s’écrie le cœur, hurlant de joie, une joie totale, celle dont seule l’enfance est capable ; une joie pure qui ignore tout encore de la déception qui peut à tout moment briser le prochain élan.

    Vivre pour cet instant rare et précieux qui rachètera une vie d’une semaine, d’un mois, d’un an, c’est à ce prix que certaines femmes trouvent encore la force d’affronter l'existence ; et c’est encore à ce prix qui dans sa formulation tient à ces quelques mots « Elle fait jeune », que la confiance renaît et qu’un sourire hébété viendra transfigurer un visage maintenant resplendissant comme un soleil, en plein soleil, à midi, au plus haut, à la verticale d’une lumière que tous les zéniths nous envieront, à jamais, détrônés.

     

                On prend son bonheur là où il se trouve, et là où il se donne à prendre depuis qu'il nous est demandé à tous de rester… indéfiniment jeunes : indéfiniment comme indistinctement, et par voie de conséquence, interchangeables à souhait.

    On nous le refusera ce droit de prendre son âge et de le faire fructifier tel un capital précieux, fruit du travail de toute une vie qu’est le fait même d’acheminer son existence jusqu’à son terme, sans fierté particulière mais… si possible, sans honte et tête haute.

    On nous préfère sans distinction aucune , alors que seules les affres du temps sont capables de forger une personnalité, un caractère. On nous veut plantés là, pris en étau entre ceux qui entrent dans la vie et ceux qui en sortent parce qu’ils en ont l’âge et qu’il est temps, grand temps pour eux tous.

    Quant à ceux qui ne peuvent tenir cette position, reste la régression infantile : grands ados sexagénaires, un rien juvéniles, sinon beaucoup, comme tout ce qu’on leur pardonnera parce qu’un adolescent sans excuses, ça n’existe pas.

     

                  Qui peut nier que la jeunesse des femmes est bien plus précieuse que celle des hommes car, une fois qu’elle a donné le sentiment d’être passée, les hommes ne se retournent qu’à leur corps défendant, et après de longues et multiples relances au cours desquelles l’intéressée y laissera une fois encore une partie de sa jeunesse finissante ; jeunesse qui n’est plus maintenant qu’une tentative désespérée - prolongement au-delà du raisonnable -, de donner à voir ce qui n’est plus.

    On dit le coeur aveugle, certes ! Mais lorsque le cœur n’y est pas, il devient très vite visionnaire : il voit ce qui ne sera jamais plus, pour peu qu'il en ait été question un jour ; ce dont on pourra aussi douter mais que l’on taira par charité, ou bien parce que l’on est déjà loin, très loin : en effet, on ne s’est ni retourné ni arrêté ; on a poursuivi sa route, indifférent. Elle a eu beau nous poursuivre, cette jeunesse aux abois - cette jeunesse qui est aussi la nôtre, celle que l’on aimerait pouvoir encore afficher -, on n’a pas ralenti le pas pour autant ; et cette jeunesse, maintenant beaucoup moins jeune, s’est très vite essoufflée, tout comme cette tentative de séduction.

    Et c'est alors que... l’amour est là, face au pire, quand il ne nous est à aucun moment rendu et qu’il n’existe aucun espoir qu’il le soit.

     

    ***

     

               L'âge n'a - semble-t-il - que des inconvénients à offrir quand il n'est plus celui qu'il faudrait afficher. Aussi dissuasif qu'une menace sans recours, cet âge inopportun car, si l'on peut encore l'éviter, nul n'ira s'y frotter de peur d'être contaminé avant l'heure d'un compte à rebours qui nous rapproche inéluctablement du rejet et de la solitude, fruit d'une sélection de tout temps impitoyable et d'autant plus éhontée qu'elle ne s'affichera jamais comme telle.

     

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    Extrait du titre : La consolation - copyright Serge ULESKI

     

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  • La Femme de cinquante ans et plus...

     

     

    Extrait du titre "Des apôtres, des anges et des démons" - copyright Serge ULESKI

     

    Matthieu et les femmes

     

                   "...Quand je les vois s'affairer, toutes ces femmes ! La carrière qu'il faut gérer, les enfants, le mari, les courses, le ménage et puis... un amant aussi parce que... merde ! On ne vit qu'une fois, alors... autant que ce soit la bonne : pas question de passer à côté de l'essentiel ! Mais comment font-elles ? C'est pas rien toute cette agitation ! Un vrai travail de titan ! Cela dit, et pour répondre à votre question : moi, les femmes, c'est avant vingt ans et après cinquante. Aussi, commençons par la femme de cinquante ans ; celle qui demande la divorce après vingt ans de mariage, ou bien celle que son mari a larguée, une fois que les enfants sont grands et qu'ils ne font plus chier personne ; et même quand ils font encore chier le monde, eh bien, c'est tant pis pour eux, et pour elle aussi. Alors... avec la femme de cinquante ans, c'est simple : soit elle boit, soit elle baise. Si vous l’invitez au resto, surveillez bien sa consommation d'alcool : le vin notamment. Si avant le repas, elle a pris un apéro, c'est mauvais signe ; et si en fin de repas, elle prend un digestif, alors là, cherchez pas : vous avez perdu votre temps. Votre soirée est foutue. Vous pouvez tout remballer. Vous êtes bon pour une branlette car, dites-vous bien que la femme que vous avez devant vous ne baise plus depuis des lustres et qu'elle en crève... oui ! elle en crève à petit feu ; elle compte sur l'alcool pour écourter son calvaire. En revanche, pour celles qui ne boivent pas, alors, là, oui ! Mille fois oui ! Cette femme de cinquante ans, divorcée donc et qui baise encore et même si c'est... allez... deux ou trois fois par an et parfois plus, pour les plus chanceuses ou les plus téméraires ! Car faut bien comprendre une chose : si elle baise plus souvent, eh bien, ça se saura et on la prendra pour une salope : ses collègues de bureau, par exemple et surtout les femmes, bien sûr ! Celles de son âge qui la jalouseront jusqu'à vouloir la tondre comme on en a tondues bien d'autres à une autre époque. Et puis, ses voisins aussi ! Ne les oublions pas ses voisins ! Les voisins et les cloisons ! L'isolation phonique, faut pas trop compter dessus depuis qu'on nous loge dans des passoires et des trous à rats en forme de gruyère. Tenez ! Un exemple : sa voisine ! Même âge mais... encore mariée celle-là. Je l'entends déjà : "Mais qui c'est la salope qui jouit ? De quel droit ! Trouvez-la-moi ! Mais... nom de Dieu ! C'est elle ! Oui, c'est bien elle ! Qu'on lui ferme le caquet, à cette traînée ! A son âge ! Vous vous rendez compte ! Une femme divorcée en plus ! A la prochaine réunion des copropriétaires, on lui fout la honte ! On va pas la rater !" Un voisin maintenant, au hasard. Tenez ! Le mari de cette même voisine : "Qui ? Quoi ? Qui c'est l'enculé qui la fait jouir ? Qui c'est le salaud qui me fout la honte ? J'ai l'air de quoi, moi ! Avec ma femme qui ne pipe pas mot ! Ah ! Tuez-le ! Tuez-la ! Tuez-les tous les deux ! Qu'on en finisse et qu'elle se taise ! Cette salope ! Qu'elle se taise à jamais !" Eh oui ! C'est bien malheureux pour cette femme de cinquante ans qui ne veut pas passer pour une salope et qui... par conséquent, ne baise pas souvent, et que tout le monde veut tondre ou tuer parce que... sachez une chose : cette femme-là, c'est trempée que vous la baisez. Oui, trempée ! Ménopausée ou pas, la femme de cinquante ans et plus, c'est trempée que vous la trouvez quand vous lui enlevez sa petite culotte et que vous vous apprêtez à vous occuper d'elle. Trempée, je vous dis ! Son clitoris ? Une citrouille gorgée de sang ! Un fer de lance, son clitoris ! Parce que... ces femmes-là, eh bien, elles bandent ! Oui, Monsieur ! Elles bandent comme des mecs quand ils bandent ! Des reines, ces femmes-là ! Oui ! Des reines de la baise pour peu qu'on leur foute la paix aux réunions de copropriétaires et qu'on ne cherche pas à les tondre !!  Des reines qui ne vous ... et ne se... refusent rien. Et pour cause : "Ce sera quand le prochain coup de quéquette ?! Dans un mois ? Un an ? Ô douleur ! Ô désespoir ! Mon Dieu, laissez-le-moi ! Laissez-le-moi encore un peu, je vous en supplie !"

     

                            

     

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  • Littérature et écriture : n'avoir pour seul avenir qu'une poignée de mots

     

                     Et si en littérature, le meilleur personnage qui soit était le lecteur ?! Car, n’est-ce pas le lecteur qui « fait » le livre ? Il suffit de penser à tout ce qu’un lecteur est capable d’investir dans la lecture d’un texte : sans doute, le pire comme le meilleur !

     

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    La littérature...

    Celle qui nous transmet Homère en héritage, et qui poursuit son petit bonhomme de chemin avec Cervantès, Shakespeare, Diderot, de Nerval, Lautréamont, Baudelaire, Rimbaud, André Breton, Kafka, Brecht, Beckett, Bernanos, Ionesco, Perec, René Char, Jean-Edern Hallier, Dario Fo...

     

    Et l’écriture… qui commence bien avant l’acte d’écrire car, l'écriture, tout comme l'Art, c'est une manière de vivre.

                Certes ! Plus on lit, plus c'est difficile d’écrire. Aussi... heureux celle ou celui qui n'a pas lu ! Car sa plume pourra alors glisser sur le papier - ou ses doigts sur le clavier -, sans retenue, sans regret ni remords.

                L'écriture, c'est la langue. Le style, c'est la culture de l'auteur, son point de vue, un regard sur le monde qui lui est propre : c’est un angle de vue particulier, un angle d’attaque aussi - pour peu qu’il soit guerrier.

    Il y a « style » à chaque fois qu’il nous est donné à lire une langue re-construite, une langue re-composée et ré-assemblée.

    Un auteur ne doit pas renoncer aux nouvelles formes d'expressions. Avec l'aide de la poésie contemporaine, seul et dernier lieu où l'on peut encore trouver une écriture et du vocabulaire, on cherchera une langue inclassable, une diversité formelle, de nouvelles structures, avec le concours de la musique et du cinéma qui devront contribuer à l'enrichissement de la littérature d'aujourd'hui et de demain.

    Les intrigues, les portraits psychologiques, la nécessité de vrais personnages importeront peu ; la quête sera esthétique : esthétique de la forme, esthétique de l'écriture.


    Ne pas hésiter : il faut aller à la fois… contre et dans le sens du lecteur, vers ce que peuvent être ses préjugés, ses peurs... la catharsis s'opérant dans l'intimité de sa lecture, dans les plis et les dédales d'une conscience labyrinthique ; et cette catharsis ne regarde que lui.

    A l'intention de ce même lecteur, on doit pouvoir inventer une nouvelle forme de "prise de contact" et mettre en place une organisation différente du temps tout relatif qu'est celui de la lecture : écoulement lent, rapide du temps qui lui est "volé", à son insu ou bien, consciemment, avec ou sans son consentement.

    Viendront ensuite les clins d’œil aux auteurs du passé, à ceux d'aujourd'hui aussi, et à ceux de demain ; ces derniers pouvant être connus de l’auteur seul.

    La citation (à comparaître ?!), c'est une dette que l'on paie et que l'on acquitte envers celui que l'on cite ; la citation permet aussi de sortir de l'oubli un auteur injustement négligé, voire ignoré.

    Les clins d’œil puis... les sinuosités de la pensée car, on en sait un tout petit plus sur nous-mêmes que les autres, mais guère plus, si on oublie le côté factuel de la vie : ce qu'on a fait ou pas fait ; là-dessus, on en saura toujours plus que quiconque - hors amnésie.

     

                En tant qu’auteur, on n’a pas à s’excuser : la littérature est notre confesseur, elle nous absout ; on peut aussi n'avoir qu'un souhait : que son projet d'écriture, une fois arrivé à son terme, se transforme en un véritable projet de lecture de la part du lecteur.

    Le sens à donner à la lecture (pourquoi je lis ? Qu’est-ce que je lis... là, maintenant ?) doit faire l’objet d’une création et re-création permanentes ; dans le fait de lire un texte, inutile d’y chercher - à l’instant même où on le  lit -, un sens établi une fois pour toutes, un sens certifié par son auteur ou qui que ce soit d'autre...


    Que l’interprétation et la compréhension d’un texte soient donc aussi et surtout, la projection des certitudes et des préjugés du lecteur et que le texte rencontre ses lacunes, ses insuffis
    ances et ses interrogations ! Lecteur qui, parfois, pourra échouer à donner un sens au texte qu’il lit, et par voie de conséquence, au fait même de lire... mais qui... opiniâtre, mènera l’expérience de cet échec jusqu'à son terme car, cette expérience est tout aussi digne d‘être vécue que l’autre expérience - bien connue celle-là : celle d’une compréhension totale d‘un texte et du pourquoi de sa lecture ; compréhension et certitude tout aussi illusoires que la découverte de n’importe quelle vérité sur quoi que ce soit : vérité prétendument globalisante et irréversible.

     

                  La réalité psychologique de l’écriture est très complexe : tactique et stratégie y occupent une place importante. L’inspiration n’est pas tout : le but que l‘on s‘est fixé importe aussi.

    Mais alors, que dit-on, comment, pourquoi, et à qui le dit-on ?

    - Accéder à une liberté sans responsabilité que seule la littérature peut offrir.

    - Dépasser les distinctions génériques telles que poésie, prose, roman, récit, essai etc...

    - Expérimenter l'ensemble des potentialités de l'écriture dans une dissolution du Moi en une multiplicité de voix, de sujets possibles - tantôt entiers, tantôt fragmentés -, jusqu’à abolir les notions mêmes d’objectivité et de subjectivité et embrasser l’infini et l’éternel mais aussi... l’individu et la masse, l'esprit claire et solide, les yeux et la bouche grands ouverts pour mieux tout saisir et tout absorber...

                 Et bien que les pensées naissent des événements de notre vie...

    - Avoir pour seul moteur d'inspiration le désordre du monde, son chaos et les tensions entre désir de vie et désir de mort...

    - A la fois poursuivi et poursuivant, gibier et chasseur, sans plus de distinction entre le dedans et le dehors, l'homme et la nature…

    - Vaincre l'angoisse face à la fatalité de violence qu'exerce le monde sur toute tentative de recherche d'autonomie, avec sa menace d'extinction envers ceux qui seraient tentés d'y prétendre...

                   Et même si l'échec menace toujours...

    - Faire briller en plein soleil, une épée de toute beauté : celle de la colère, pointe acérée, lame tranchante, tout devant céder sous elle, sans arguties car, aujourd'hui, quiconque n'est pas en colère est soit un idiot, soit un escroc, soit un salaud.

     

                Si aujourd'hui, nous ne sommes sûrs de rien ni de personne, c'est que nous sommes infiniment plus nombreux qu’hier à chercher à savoir ; et plus nous serons nombreux à trouver et moins les évidences auxquelles il nous a si longtemps été demandé d'adhérer s’imposeront à notre esprit.

    Ainsi va la recherche ! Vers un savoir de plus en plus complexe mais sans surprise car, ce savoir doublé d'une compréhension dévastatrice nous renverra fatalement à ce que nous sommes aussi - d'aucuns ajouteront -, et surtout : à cette nature en trompe l’œil, dissimulatrice, accapareuse et rétentrice qu'est la nôtre.

    Porteuse de tous les dangers, cette recherche expansionniste toujours plus performante et exigeante : le danger de nous laisser sans évidences et sans certitudes.

    Du grain à moudre pour la littérature... ce danger ! Nul doute !

    Aussi, n’hésitons pas à exposer tous les avis ! Affichons toutes les certitudes possibles, contradictoires de préférence. Au lecteur de faire son choix, s'il en a envie ; il peut aussi se contenter de tous les avis ; et à défaut, du sien propre, pour peu qu'il en ait un.


                   Comme un poisson dans l'eau... dans le vrai comme dans le faux, dans le bien comme dans le mal jusqu'à brouiller leurs frontières... pourquoi pas ? Tout en sachant comme nous le savons maintenant, que nous avons tous de bonnes raisons d'être ce que nous sommes et de le penser aussi (que nous avons de bonnes raisons) ; et bien malin ou présomptueux qui saura opposer La Vérité - et toute la vérité ! - au mensonge et exalter le Bien comme pour mieux conjurer tout le Mal qui est en nous et ce, sans sourciller et douter une seule seconde, insoucieux du fait suivant :

                      Ce qui est... n'est pas ! Car il s'agit toujours d'autre chose ; autre chose et autre part... et puis, ailleurs aussi.

     

                Un auteur qui se respecte, se doit d'être sale à l'intérieur mais... impeccablement mis à l'extérieur, un auteur au linge irréprochable. Oui ! Propre à l'extérieur et sale à l'intérieur car, porteur de toutes les ignominies dont notre espèce est capable, cet auteur d'une nécessité absolue, jusqu'à ce que... une fois la morale évacuée ou expurgée, il ne reste plus que des hommes et des femmes, enfants, vieillards, pères, mères, sœurs, frères, filles, fils, bourreaux et victimes, eux tous terrés au fond d'un gouffre implorant le ciel, et la nuit, les étoiles, à la recherche d'une lumière rédemptrice pour les plus coupables d'entre nous, et consolatrice, pour les plus humbles, abandonnés de tous, face à un lecteur non seulement témoin mais... acteur, incarnant pour l'occasion... le dernier des hommes.

    Car… avec la civilisation, nous avons gagné la liberté et quelque espoir de justice pour le plus grand nombre, mais nous avons perdu une grande partie de notre capacité à construire et à entretenir des rapports authentiques avec nos semblables qui ont tous la prétention de ne pas nous ressembler ; la communion devient impossible en dehors des grandes messes qui nous sont imposées par des média intéressés, complaisants et paresseux.


    Avec l'écriture, on rétablit ce lien. L'écriture, c'est un îlot de liberté au milieu d'un océan de contraintes, d'injonctions, de censure, et la pire de toute : l'auto-censure.

                   Aujourd'hui, la création seule permet, en partie, de combler le gouffre effroyable qui nous éloigne et qui n'aura de cesse de nous séparer de notre propre humanité, siècle après siècle, jusqu'à ne plus être capable d'en soupçonner, jadis, son union même ! ...

    ...divorce consommé.

     

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  • Penser la médecine aujourd'hui avec Jules Romains

     

    Qui fait quoi, à qui, où, comment, pour-quoi et pour le compte de qui ?

               

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                Knock, au théâtre en 1923, oeuvre majeure et géniale parce que prémonitoire et prophétique, d'une intelligence bien supérieure à tout ce qui, aujourd'hui, nous est donné à penser par le tout-venant médiatico-artistico-politico littéraire…

     Après Molière et la parodie des théories et des pratiques médicales – faux médecin et faux malade -, satire de la crédulité, de toutes les crédulités -,

    Dans Knock, Jules Romains pose les questions suivantes : qui est malade, qui le sera et qui l’est potentiellement ; avant de répondre : tout le monde... puisqu'un bien portant n’est qu’un malade qui s’ignore.

     

    ***

     

       Knock ou le triomphe d'une dictature commerciale !

     

     

    Knock expose au pharmacien du village sa stratégie :

     

    Contrôle !

    Enrichissement et prise de pouvoir à la manière d'un coup d'Etat (attentat ?) sur la santé et le corps humain : il n’est plus simplement question de poser un diagnostic mais de rendre un verdict.

    Monopole du jugement !

    Qui sera alors autorisé à rendre ce verdict-diagnostic ?

     

               Knock, la médecine et le malade (1)... ce qui n'était alors encore que de l'arrogance de citadin face aux ruraux dans le cadre d'un commerce à une échelle locale et artisanale, est aujourd’hui devenue un marché de plusieurs dizaines de milliards d'euros et une industrie internationale dans laquelle un nombre croissant d’individus (pour ne rien dire des centaines de millions d’êtres humains rejetés par ce système) y perdra et y laissera sa santé faute de soins… pour ne plus pouvoir se les offrir.

     

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    1 - Soit dit en passant, les enjeux sont là : notre système de santé, son financement face au vieillissement de la population, l'augmentation de l'espérance de vie et celle des coûts de l'innovation. La collectivité aura besoin de dépenser toujours plus ; il se pourrait bien qu'un jour, des gouvernements s'y refusent appuyés par un électorat égoïste ou mal informé.

     

     

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  • Le sang des bêtes * : généalogie de l’ébranlement de notre sensibilité

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     Identités

     

             De l’avis de l’auteur Tristan Garcia, au fil des ans, et sur de nombreuses décennies, la séparation entre nous, humains, et eux, animaux,  nous est devenue douloureuse. Une brèche a entamé la ligne infranchissable de l’espèce ; cette brèche, c’est la reconnaissance de la souffrance chez des animaux décidément de moins en moins bêtes.

    Qu’est ce que nous supportons ? Qu’est-ce que nous ne supportons plus ? Et l’auteur de poser cette autre question : au moment où nous ne vivons plus ensemble, nous les humains, pourquoi ce lien, celui d’une nouvelle communauté morale qui nous relie aux autres animaux, s’impose-t-il ?

    Certes, la relation entre ce que nous pouvons supporter qu’il soit fait à un être humain et ce que nous pouvons supporter qu’il soit fait à un animal (l’auteur ne traite pas de la souffrance des végétaux sans doute au grand soulagement des végétalistes !) permet de comprendre les divers états de la sensibilité humaine ; or, nous supportons de plus en plus mal les expériences pratiquées sur des animaux in vivo ainsi que l’abattage industriel des bêtes destinées à notre alimentation, cet envers industriel de notre mode de vie pourtant tout aussi industrielle : il suffit de prendre un RER aux heures pleines pour s’en convaincre ; on se sent très vite volaille en général et poulet en particulier.

     

                Pensez donc ! Même les éleveurs ont du mal à tuer eux-mêmes leurs propres bêtes ; ils se résignent souvent à porter leurs animaux - même quand la loi ne les y oblige pas -, à un professionnel qui les abat loin de leur regard. Souvenons-nous de la crise de la vache folle et des témoignages de ces éleveurs en larmes ; témoignages d’une sincérité plus touchante encore que l’objet de leurs désarroi, désespoir et traumatisme, à savoir : l’abattage de leurs bêtes ; cheptels par milliers.

    Usage expérimental et usage alimentaire… (on n’a jamais autant sacrifié de hamsters, de souris, rats, et tué de poulets, porcs et boeufs), plus l’animal est devenu un matériau objectif pour le fonctionnement de la société humaine (alimentation et expérimentation) sur le mode d’une instrumentalisation comparable aux yeux des animalistes à l’exploitation du prolétariat et à tous les camps de la mort du 20è siècle, pour ne rien dire de la figure de l’animal violent, goinfre et lubrique… plus des efforts et des investissements aussi lourds que financiers ont été déployés pour nous imposer cette autre figure ; la figure de l’animal symbolique des contes destinés à l’éducation des enfants, et sa représentation : animal fidèle et jovial d'après Kipling du Teddy bear.

    Mais alors, qui sommes-nous à la fin ? Et puis qui sont-ils ?

     

                  Si les autruches sont des animaux sympathiques et dignes de considération, inutile de voiler la face de qui que ce soit, même avec son consentement ; l’auteur l’affirme : le nous a bel et bien évolué et tend  aujourd’hui à comprendre les animaux, tous les animaux, voire même… la biosphère (le nous écolo) ; et c’est bien d’une post-humanité qu’il est question.

    Pour l’animaliste, l’humain n’est humain que lorsqu’il excède son humanité et qu’il inclut dans le nous le monde animal, sur le modèle de la culture qui permet  de se dépasser soi-même (de sortir de sa nature, de son espèce en l’occurrence, d’aller voir ailleurs, de l’autre côté de la palissade). A partir de ce nouveau postulat, voit alors le jour, une nouvelle communauté de sensibilité avec tout ce qui souffre et que l’on a fait souffrir ; une communauté désireuse d’ouvrir la voie à une humanité moderne nonobstant tous les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre - il est vrai que ce ne sont pas les mêmes qui lâchent les bombes et qui ouvrent des refuges pour animaux, à moins que… une fois à la retraite, repos du guerrier oblige, et mauvaise conscience aidant tous ceux qui ont besoin d’être aidés, soldats et mercenaires ne se décident à faire amende honorable en ouvrant qui, un chenil, qui, un refuge -,

    Et peu importe que ce refus de la barrière des espèces (l’homme et l’animal… ça fait deux ; et plus même !) assimilé à du racisme (statut de l’animal au rang d’être inférieur) provoque l’incapacité à définir ce qu’est au juste un « animal » et ce qui le sépare de l’animal humain ! Seule la souffrance deviendra l’ultime critère de la morale jusqu’à la reconnaissance d’une communauté de souffrance de l’homme à l’animal. L’infranchissable est par ce biais franchi : animaux et êtres humains... même enfer, même paradis ! Et face à la souffrance animale, le droit pour y mettre un terme.

    Mais n'est-ce pas mettre la charrue avant les bœufs ? A peine avons-nous le temps de nous pencher sur la compréhension en nous  du caractère révoltant de l’injustice faite à l’espèce animale que... déjà, ce droit qui occupe toute la place vient ruiner la recherche de la connaissance de la personne humaine car... toute question de droit n’est-il pas un effet de la compréhension de ce que nous sommes ? 

    Vous voulez comprendre une nation - voire même une civilisation-, commencez donc sans tarder par étudier le droit qui la fonde !

     

    ***

     

              Dans cet ouvrage, l’auteur convoque en première de couverture ainsi que dans le texte, un dénommé Bentham et son « introduction aux principes de morale et de législation (1789) » ; plus particulièrement le chapitre consacré à l’illégitimité des cruautés imposées aux autres espèces animales par l’être humain. 

    Pourquoi ne pas cesser de limiter la sphère du droit aux humains seuls ? Pourquoi ne pas l'étendre à tout ce (ceux) qui souffre(nt), animaux et humains confondus ? Et Bentham de poursuivre : « Pourquoi devrait-on les abandonner à leur sort ? Après tout, un cheval ou un chien adulte n’est-il pas au-delà de toute comparaison un animal plus raisonnable, plus susceptible de relations sociales qu’un nourrisson d’un jour ou même d’un mois ? » Bentham fera sauter du même coup la catégorie aristotélicienne d’ « en-puissance » pour laquelle seul l’enfant est une personne humaine en puissance et pas le cheval ni le chien.

    Plus tard, ce sont les défenseurs de l’antispécisme (1) et des droits des animaux - auteurs de la pensée animaliste - Singer, Regan, Nussbaum et d'autres encore -, qui seront appelés à témoigner.

    Conscience accrue jusqu’au malaise... notre rapport pratique avec les animaux a conduit à la séparation radicale de leur mode de présence pour nous ; de l’animal il ne reste plus que les Animaux urbanisés (domestiques), animaux industrialisés (alimentations) et animaux scientificisés (expérimentation ou protection). L’humanité souffrirait donc conjointement et indissociablement de la souffrance animale et de sa culpabilité à son égard face aux contradictions de notre mode d’organisation de l’existence qui a séparé l’animal en différentes parts de vie. Culpabilité pouvant aller jusqu’à souhaiter chez certains groupes organisés,  la fin de la société et des êtres humains et de leur tyrannie sur l’animal comme condition de l’émancipation des autres animaux. Culpabilité que l’auteur n’hésite pas à lier à une crise d’identité : nous ne savons plus où arrêter notre humanité : notre nous ; et l'on s'empressera d'ajouter... un nous décidément bien incapable de protéger cette humanité, sinon a postériori, une fois le pire consommé, à la tribune des cours et des tribunaux internationaux des catastrophes humaines. D'où ce dévolu (d’impuissance) jeté sur nos amis les bêtes… chiens, chats, phoques, baleines, abeilles et ivoire d’éléphants sans distinction d’espèces dans un sur-investissement affectif et/ou procédurier compensatoire censé nous sauver d'un ébranlement dont l'homme du XXe siècle et sa mémoire n'en finissent pas d'accuser le choc en retour (déception, ressentiment, haine à l'encontre du genre humain, c'est selon) : le choc de la trahison d'une civilisation porteuse d'une promesse de progrès (et de protection) pour tous ; promesse infantilisante qui prépare mal au pire qui semble être, lui, toujours sûr sauf pour les survivants, on en conviendra (2).

     La douleur, mesure unique du rapport entre eux et nous ! La douleur, encore la douleur comme seul point de communion par empathie, par angoisse, par culpabilité ! A l’heure de toutes les modernités, même post-modernes,  il semble que seules la souffrance et les catastrophes (3) nous permettent de demeurer encore un peu… ensemble au sein d'un cercle maintenant élargi à l’animal à grand renfort d’associations, de groupements, de groupuscules de défense - parfois musclée - des droits des animaux.

      

    Projection

               Si pour le spéciste, l’animal est d’abord un concept, pour l’animaliste, l’animal est une figure vivante. Anthropomorphisme contre anthropocentrisme… animalistes contre spécistes, la figure de l’animal, ce que chacun d’entre nous projette sur cet animal,  animal miroir et reflet, comment nous nous le représentons, est à l’origine de tous les débats passionnés, houleux et parfois même haineux. 

    Figure de souffrance et de culpabilité, l’animal miroir de l’esclavage, du colonialisme, des holocaustes passés et à venir, de l’exploitation ouvrière, de la domination masculine, êtres humains animalisés, traités comme du bétail... l’animal devient alors une figure hyperbolique de tous les dominés de la terre. Un nouveau nous arrive au monde : «  Moi et tous les autres animaux – droits, justice, respect, inviolabilité. » 

    Et ce sera pain sec à l’eau pour tout le monde et pour la fin des temps car, jamais plus, l’animal ne sera un matériau objectif pour le fonctionnement de la société humaine : alimentation, expérimentation, sans oublier une domesticité de compagnie affectueuse.

    Non, rien de rien. ! Non, plus rien de rien.

     

    Compréhension

              Et votre humble serviteur de conclure, laissant là l'auteur Tristan Garcia poursuivre seul sa route manuscrite...

     

                    Rien n’est moins animal qu’un animal domestique car à notre contact il devient ce que nous attendons de lui ; malléable, il ne le devient pas simplement pour nous (compensation, transfert et fantasme) mais bien pour lui-même ; il le devient dans les faits jusqu’à nous singer et nous mimer (ce que Deleuze avait oublié de comprendre à propos des bêtes domestiques) ; et même si on nous conseillera la prudence (après tout on ne sait jamais si et quand la bête qui sommeille se réveillera) nul doute, cet animal flatte notre orgueil affectif et notre vanité caritative et autres couronnes de lauriers !

    Et c’est alors que cet animal devient Dieu, c’est à dire : tout l’amour dont nous ne sommes plus capables les uns envers les autres, entre êtres humains - recevoir, donner, partager -, et son maître avec nous (d’où le fameux « chien-chien à sa mémère » - sur-investissement affectif compensatoire par excellence) à une époque où l’on n’a jamais autant cherché à nous écraser sous le poids de milliers d’ouvrages traitant de morale et d’éthique, bibliothèque après bibliothèque, rayon après rayon, sermon après sermon, dans un univers culpabilisateur toujours en expansion (plus les crimes commis sont grands, nombreux et récurrents, plus l’éthique et la morale accourent).  

    Face au spectacle d‘un cheval maltraité par son cocher, même Nietzsche, homme de tous les refus (ne jamais oublier que dans Nietzsche, il y a surtout Niet !), succombera à cette autre sensibilité qu’il jugeait pourtant décadente – la sensiblerie -, et ce jusqu’à la folie (normal ! Nietzsche ne faisait rien à moitié) : c’est le point d’équilibre entre l’extension indéfinie de notre empathie et une certaine capacité limitée à souffrir de la souffrance de tout ce(ux) qui souffre(nt) qui atteint là son point de rupture ; la balance de nos émois penchant en faveur d’une empathie capable de tout et de son contraire jusqu’à la haine pour nos semblables qui ne nous ressemblent plus.

     

                A la vue de ce que nous laissons et trainons derrière nous, face à ce qui nous attend, et alors que l’homme n’a pas fini d’être un loup pour les agneaux que nous sommes tous avant de devenir à notre tour des fauves, l’animal lui, domestique ou non, n’a pas fini d’être un Dieu pour l’homme à la fois moderne et post-moderne, un homme défait, ébranlé au cœur dur mais à la tripe sensible (Bernanos).

     

     

     

    1 - Pour l’antispécisme (les hommes et les animaux ne font qu'un),  le spécisme est à l'espèce ce que le racisme et le sexisme sont respectivement à la race et au sexe (Eh oui ! Rien moins !).  

     

    2 - Analyse qui a échappé à notre auteur finalement pas très courageux ni téméraire ; et de ce qui suit, il semble être passé aussi à côté : au XXe siècle, on n'a jamais tué autant d’êtres humains, de poulets, de boeufs et autres volailles et bovins, tout en se préoccupant comme jamais auparavant de ces mêmes êtres humains et de ces volailles et bovins On n’a jamais connu  autant d’associations de défense des droits de l’homme et de l’animal. S'agit-il là encore d'un sur-investissement affectif et/ou procédurier compensatoire comme la prestation du même nom ?

    3 - Avec le nucléaire, la récompense sera courte et la peine... éternelle.Il n'y aura de véritable unité humaine que dans le malheur ; le nucléaire contribuera très certainement à cette unité. Aussi...irradiés de tous les pays, unissez-vous !

     

    Pour prolonger, cliquezLe mouvement Vegan

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     * Le sang des bêtes : documentaire de 1949 sur les abattoirs de la Porte de la Villette - de nombreux extraits aujourd'hui  à peine soutenables sont disponibles sur Youtube et ailleurs -, de George Franju, réalisateur  entre autres de « La tête contre les murs » - sans doute le premier film anti-psychiatrie de l’histoire du cinéma : en comparaison, « Vol au dessus d’un nid de coucou », c’est juste de la pellicule destinée aux Oscars !


    Photo : Francis Bacon - Bacon-with-meat-1960. John Deakin

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  • La critique dans la littérature

     

                    Ah ! ces critiques qui, et cela n’aura échappé à personne, ne découvrent le plus souvent, et parfois même exclusivement, la littérature qu'à travers le service de presse des éditeurs…

    En effet, on n’a jamais vu un critique acheter un livre car un critique… ça raque pas !

    Dommage d’ailleurs, car, comme pour le cinéma, s’ils devaient débourser quelques euros pour faire leur métier, cela changerait du tout au tout la donne : pour commencer, ces critiquent liraient beaucoup moins de livres… moins et mieux ; et nul doute qu’ils seraient plus exigeants et donc, moins indulgents avec des livres pour lesquels il leur aura fallu débourser quelque argent !

    Aussi... soit dit en passant, et pour cette raison qui en vaut bien d’autres... un conseil : évitez de prendre pour argent comptant l’avis de ceux qui n’en dépensent jamais ! Et gardez-vous bien de côtoyer ces professionnels de la lecture - professionnel non pas dans le sens de « compétent » mais… dans le sens de… « qui tire un revenu de son activité » !

     

                     A la fois récipiendaires et garçons de course des services de presse, marathoniens de la lecture, compte-rendu après compte-rendu qu’ils appellent abusivement critiques… pour ne rien dire de ceux qui ne commentent que les livres qu’ils ont aimés (1) parmi ceux qui leur sont adressés par des éditeurs qui jettent leurs livres par les fenêtres comme d’autres leur argent...

    Tout bien considéré, et toute chose étant égale par ailleurs, même si on sera bien en peine de savoir qui et quoi…

    Curieux tout de même ce métier de critique, quand on y pense ! Car, tout comme les libraires dont on ne sait déjà plus quoi faire, difficile d'ignorer, quand on prend la peine et le temps d'y réfléchir un peu... le fait que tous ces tâcherons passeront finalement leur vie de lecteurs-critiques-professionnels à ne découvrir une littérature que seuls les éditeurs auront bien voulu leur faire connaître… et pas n’importe quels éditeurs : une trentaine tout au plus, tous confinés, à quelques exceptions près, dans notre belle capitale que plus personne ne peut d’ailleurs s’offrir le luxe d’habiter, excepté en célibataire, ou à deux, couple stérile de préférence, ou bien franchement hostile à toute vie familiale, dans un 40m2 bien tassés.

     

                     Un autre conseil alors : côté lecture, détournez-vous de ceux qui jamais ne choisissent les ouvrages qu'ils lisent ou vendent - critiques et libraires confondus.

    Une dernière chose : une idée... comme ça ! Et si demain on décidait d’interdire cette activité de critique, de toute façon ingrate et superflue (2), aux auteurs ? Oui ! Aux auteurs qui, le plus souvent, font de la critique comme d'autres font la plonge chez Mc Donald pour payer leurs études, tout en gardant à l’esprit ce qui suit : passer son temps à lire les livres des autres, quand on sait le temps que ça prend d'écrire les siens (3)...

    Alors oui ! A tous ces auteurs, si on leur interdisait de faire de la critique… la littérature s'en porterait beaucoup mieux, et puis aussi, cela permettrait, en partie, de mettre fin aux conflits d’intérêts que cette double identité-activité d'auteur-critique engendre inévitablement : complaisance à l’égard des auteurs appartenant au même éditeur que notre critique ; et plus sournois encore : critiques dithyrambiques comme autant d'appels du pied vers la maison d’édition que ce même critique meurt d’envie de rejoindre…

    Combien de membres cette corporation perdrait-elle si cette interdiction devait être appliquée ?

    D’aucuns pensent qu’il ne resterait que le tronc pour une activité sans queue ni tête.

     

     

    1 - La bonne blague ! Comme si cela nous importait qu’ils les aient aimés – ils feraient bien mieux de les comprendre et de se demander d’où vient leur rejet !

    2 - A quelques exceptions près – pour rester sur le Net, notre maison commune à tous… pensez à visiter le site STALKER

    3 – Un auteur qui se respecte ne lit que les livres dont il a besoin pour écrire les siens ; et ces livres-là, ne sont pas si nombreux !

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  • L'imbécile au travail

     

                  Observer un imbécile travailler, cadre de surcroît, l'observer ordonner, organiser, commander, peut vous occuper toute une journée, voire une semaine car, côtoyer l’imbécillité au travail, c'est un spectacle d'un intérêt supérieur, bien supérieur à tous les autres.

    Jadis cantonné à un rôle subalterne, sans danger pour autrui, l'imbécile des temps modernes se voit aujourd'hui doté de pouvoirs et de responsabilités qui font de lui l'agent redoutable d'une stratégie perverse. Et malheur à qui travaillera sous sa responsabilité !

    Si pour d'aucuns, leur manière d'être ce qu'ils sont peut quelquefois les sauver du naufrage d'un jugement sans appel, en revanche, de cet imbécile-là, rien à sauver car, rien ne le sauvera.

    "Qui suis-je ? Que fais-je ?" et puis aussi et surtout : "Qui sont les autres ?" sont des questions hors de portée pour cet imbécile qui ne dispose d'aucun outil pour se les poser. Quant à y répondre...

    L'introspection lui est interdite. Evoluant à la surface des choses, des êtres et de lui-même quand il s'agit de comprendre son environnement qui n'est pas simplement le sien mais celui de ses subordonnés, il n'explore rien de ce qui fait de lui ce qu'il est, et des autres... pas davantage

    Coriace mais sans courage, l'imbécile au travail battra toujours en retraite dès les premières alertes et il sera sans pitié à l'encontre de ses subordonnés qui l'auront exposé à des risques que lui-même n'aurait jamais envisagé courir.

                  L'imbécile au travail ne choisit pas : il subit et fait subir ; du pain bénit pour ses supérieurs. Les entreprises qui nomment de tels individus à des postes d'encadrement nous informent plus que tout sur l'idée qu'elles se font du travail qui doit être accompli et des hommes qu'elles recrutent.

    Dépourvu de jugement, aveuglé par sa tâche, son poste, son rang, sa fonction, son statut, il ne veut rien savoir. Il n'a qu'un souci : occuper la place et la garder. Les traits figés, le corps raide, statue sur son socle, il n’en descendra pas. Sûr de lui face à ses subordonnés, humble en compagnie de ses supérieurs, l'imbécile au travail acceptera tout de celui qui l’a nommé. Ses supérieurs ont toujours raison. Aucune vérité qui ne vienne pas d'en haut est bonne à prendre et de lui, il n'en sortira aucune. Quant à lui susurrer à l'oreille une idée ou deux, en collègue attaché à le sortir du cul de sac dans lequel son action le mènera inévitablement un jour, inutile de l'envisager : son regard dubitatif, marque d'une impuissance immense, viendra nous signifier que c’est sans espoir et qu'il nous a fait perdre notre temps car, l'imbécile au travail maintient hors d'atteinte toute réalité qui ne soit pas la sienne à des fins de se protéger d'une confrontation possible entre lui et le monde. Son incompétence n'est pas simplement due à un manque de qualification ou d'expérience ; son incompétence, c'est son imbécillité même, insoupçonnable en lui et aucune formation, remise à niveau, plan d'amélioration et d'accompagnement - si tant est qu'il vienne à l'idée de quiconque de les lui proposer - ne le sauveront. Où qu'il soit, quoi qu'il fasse, il demeurera un imbécile : cadre imbécile, père imbécile, mari imbécile, amant imbécile, fils imbécile, partenaire imbécile au squash entre midi et deux.

    Cette imbécillité a pour racine la certitude d'être au-dessus de toute autre compétence : celle de ses collègues - cadres tout comme lui - et de ses subordonnés ; certitude obstinée, démentie au quotidien, à chaque heure mais... néanmoins beaucoup plus gratifiante que l'aveu d'une incompétence crasse car, cette certitude cache très certainement l'angoisse inconsciente de ne pas être à la hauteur, et une culpabilité propre à l'usurpateur confronté à l'absence de toute légitimité dans l'exercice de son autorité.

                   Si d'aucuns peuvent comprendre ce qui a motivé sa nomination, nul ne sait d'où il vient cet imbécile au travail, cet éternel Don Quichotte de l'intelligence humaine ; nul ne connaît son histoire, le comment, le pourquoi d'une telle amputation de sa conscience - conscience propre aux êtres humains : la conscience de n'être que la partie d'un tout et sans elle, de n'être rien.

    Inutile de le questionner. Il a tout oublié. Grand bien lui fasse ! Car... qui peut bien être assez cruel pour souhaiter le réveiller, et ce faisant, l'exposer à toute l'horreur de sa condition face à un monde à l'écart duquel il se sera si longtemps tenu, tout en y agissant, en aveugle privé de canne blanche pour le guider et éviter qu'il ne trébuche sur le premier obstacle qui se dresse devant lui.

     

                  Lorsque celui qui l'a nommé aura besoin de couper quelques têtes ou de déplacer quelques pions, se sentant lui-même en danger, dans un jeu pervers qui n'amusera personne d'autre que lui qui aura failli un moment ne plus pouvoir s'en amuser, redevable de tout, l’imbécile au travail repartira comme il est venu, loin des honneurs et de la reconnaissance de ses subordonnés pour le travail accompli. Et c'est sans broncher qu’il expiera en acceptant de se sacrifier.

    Son expiation, vécue comme une nécessité qui ferait loi, c'est la dette que l'imbécile au travail n'a de cesse de rembourser, selon l'adage : "Qui paie ses dettes nourrit en secret l'espoir d'être autorisé à en contracter d'autres, dans un avenir proche, très très proche si possible et puis.... ailleurs, de préférence !" Car, l’imbécile au travail ne supporte pas les temps morts de l'oisiveté, mère de tous les vices, la réflexion et l’introspection porteuses de tous les dangers d'une révélation d'une réalité terrifiante : celle du caractère circonstanciel de son utilité et de sa nécessité au travail ; sans oublier ce sentiment évanescent, lancinant en lui : le sentiment de ne rien devoir à lui-même mais de devoir tout... à celui qui l’a nommé.

     

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    Extrait du titre : "La consolation" - copyright Serge ULESKI

     

     

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  • Jean Baudrillard et la société de consommation

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                  Dans la continuité de Guy Debord avec sa "Société du spectacle" (1),  cinq années plus tard, c'est Jean Baudrillard * qui nous propose un portrait de notre  société de consommation ; nous sommes alors en 1972 et déjà, dans cet ouvrage, tout nous est conté ou presque. Viendra plus tard, du même auteur, un autre regard, celui de  "La disparition du réel" : il s'agira de cette même  société de consommation qui a fini par tout recouvrir, tout absorber...  pour ne plus rien nous rendre sinon une fiction sans réalité contre laquelle s'opposer puisque plus rien ne l'est (réel) dans sa représentation-célébration permanente, fiction  triomphante sans regrets ni remords d'aucune sorte et nous tous avec elle... enfin... presque car nous ne sommes plus dans les années 70 ni dans celles des années 90 ; le temps a passé, vite, très vite, nous sommes déjà, si l'on peut dire, en 2020... et il semblerait que l'on soit tous appelés à consommer de l'anti-consommation ;  et c'est sans doute et c'est encore une nouvelle "non-réalité", une autre fiction qui nous sera proposée, lucrative pour les uns, ludique pour les autres  pour un temps seulement, avant la venue d'une nouvelle  dépression collective. 

     

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                             « La consommation est là pour satisfaire la production »

     

    ".............. la circulation, l’achat, la vente, l’appropriation de biens et d’objets/signes différenciés constituent aujourd’hui notre langage, notre code, celui par où la société entière communique et se parle. Telle est la structure de la consommation, sa langue en regard de laquelle les besoins et les jouissances individuels ne sont que des effets de parole.

    Vorace de réalité, la chose vue, télévisée le plus souvent, c’est précisément que « je n’y étais pas ». C’est alors le plus vrai que le vrai qui compte ; le fait d’y être sans y être allé : c’est le phantasme ; pas de contexte, pas d’élucidation mais bien plutôt : la sidération.

    Le déclassement des produits est le fait que « le coût du progrès rapide dans la production de richesses est la mobilité de la main-d’œuvre et donc l’instabilité de l’emploi ; renouvellement, recyclage des hommes et des femmes qui a pour résultat une hantise générale de l’insécurité.

    Les dépenses privées ou collectives sont le plus souvent destinées à faire face aux dysfonctions plutôt qu’à accroître les satisfactions positives.

    Partout on touche à un point où la dynamique de la croissance et de l’abondance tourne sur elle-même. Les acteurs de ce système que sont les consommateurs s’épuisent alors à survivre.

    Des illusions comptables additionnent des facteurs visibles et mesurables, nuisances et éléments positifs dans l’illogisme le plus total mais pas du tout innocent. C’est l’aboutissement chiffré logique de la finalité de la production pour elle-même : toute chose produite est sacralisée par le fait même de l’être.

    La société de consommation a besoin de ses objets pour être et plus précisément elle a besoin de les détruire. C’est la raison pour laquelle la destruction reste l’alternative fondamentale à la production.

    Il est évident que la destruction ( et le recyclage – ndlr) est vouée à devenir une des fonctions prépondérantes de la société post-industrielle.

    Il n’y a de droit à l’espace, à la propriété, au travail… qu’à partir du moment où il n’y a plus d’espace, de propriété et de travail pour tout le monde. L’apparition de ces droits brandis comme slogans, est donc symptomatique du passage des éléments concernés (espace, propriété, travail, air pur, loisirs) au rang de privilèges de classe ou de caste ; y voir là la transformation progressive de toutes les valeurs en formes productives : profit économique et privilège social.

    Filière inversée par opposition à la « filière classique » où l’initiative est censée appartenir au consommateur, ici c’est l’entreprise de production qui contrôle les comportements des consommateurs, dirige et modèle les attitudes sociales  et les besoins. C’est la dictature totale de l’ordre de production.

    Cette filière inversée détruit le mythe fondamental qui est que, dans le système économique, c’est l’individu qui exerce le pouvoir : « L’homme n’est devenu un objet de science pour l’homme ( aujourd’hui le psycho- marketing – ndlr) que depuis que les automobiles sont devenues plus difficiles à vendre qu’à fabriquer ». Aucune stabilisation de la demande n’est alors plus possible.

    On ne se rend pas compte à quel point le dressage actuel à la consommation est l’équivalent et le prolongement du grand dressage du 19è siècle des populations rurales au travail industriel.

                         (Si l'oisiveté est la mère des vices, la non-consommation peut-être alors considérée comme une attitude asociale, voire… anti-sociale et hostile : « Qui êtes-vous pour ne pas consommer ? » - ndlr)

     

    La vérité de la consommation c’est qu’elle est non une fonction de jouissance mais une fonction de production et donc non pas individuelle mais immédiatement et totalement collective.

    La meilleure preuve que la consommation n’est pas la jouissance est que celle-ci est contrainte et institutionnalisée non pas comme droit mais comme devoir du citoyen : « Tu consommeras ! »

    La consommation peut donc se substituer à toutes les idéologies  et assumer l’intégration de toute une société, art et religions......" - Jean Baudrillard

     

                         ( Ces 20 dernières années, aujourd’hui et demain plus encore, les faits nous ont montré, nous montrent et continueront de montrer que si la consommation s’est belle et bien substituée à l’Art et aux idéologies, en revanche, elle ne peut en aucun cas se substituer aux religions, du moins... pas longtemps. A l'avenir, il faudra aussi compter avec elles  - ndlr

     

    1 - Baudrillard l'explicitera un peu plus clairement cette société, la prolongeant...  en nous présentant la société du spectacle de la consommation de la marchandise du tout marchand car  la marchandise c'est plus fort que nous, plus fort que tout.  

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    Pour prolonger, cliquez : Le meurtre, moteur de la production humaine

     

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  • Auteurs, critiques et littérature : Nabe et l'enculé

     

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                  Les critiques boudant le dernier livre de Marc-Edouard Nabe à propos de l’affaire DSK, l’Enculé, je me suis dit qu'il fallait bien que quelqu’un s’y colle (1)...

    Et pour revenir à ces critiques (2), en attendant d'en venir à Nabe et à son ouvrage, critiques qui, et cela n’aura échappé à personne, ne découvrent le plus souvent, et parfois même exclusivement, la littérature qu'à travers le service de presse des éditeurs…

    En effet, on n’a jamais vu un critique acheter un livre ; et les livres de Nabe étant auto-édités, pas moyen de se les procurer à l’œil : faut raquer. Et un critique… ça raque pas !

    Dommage d’ailleurs, car, comme pour le cinéma, s’ils devaient débourser quelques euros pour faire leur métier, cela changerait du tout au tout la donne : pour commencer, ces critiquent liraient beaucoup moins de livres… moins et mieux ; et nul doute qu’ils seraient plus exigeants et donc, moins indulgents avec des livres pour lesquels il leur aura fallu débourser quelque argent !

    Aussi... soit dit en passant, et pour cette raison qui en vaut bien d’autres... un conseil : évitez de prendre pour argent comptant l’avis de ceux qui n’en dépensent jamais ! Et gardez-vous bien de côtoyer ces professionnels de la lecture - professionnel non pas dans le sens de « compétent » mais… dans le sens de… « qui tire un revenu de son activité » !

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                    A la fois récipiendaires et garçons de course des services de presse, marathoniens de la lecture, compte-rendu après compte-rendu qu’ils appellent abusivement critiques… pour ne rien dire de ceux qui ne commentent que les livres qu’ils ont aimés (3) parmi ceux qui leur sont adressés par des éditeurs qui jettent leurs livres par les fenêtres comme d’autres leur argent...

    Tout bien considéré, et toute chose étant égale par ailleurs, même si on sera bien en peine de savoir qui et quoi…

    Curieux tout de même ce métier de critique, quand on y pense ! Car, tout comme les libraires dont on ne sait déjà plus quoi faire, difficile d'ignorer, quand on prend la peine et le temps d'y réfléchir un peu... le fait que tous ces tâcherons passeront finalement leur vie de lecteurs-critiques-professionnels à ne découvrir une littérature que  seuls les éditeurs auront bien voulu leur faire connaître… et pas n’importe quels éditeurs : une trentaine tout au plus, tous confinés, à quelques exceptions près, dans notre belle capitale que plus personne ne peut d’ailleurs s’offrir le luxe d’habiter, excepté en célibataire, ou à deux, couple stérile de préférence, ou bien franchement hostile à toute vie familiale, dans un 40m2 bien tassés.

    Un autre conseil alors : côté lecture, détournez-vous de ceux qui jamais ne choisissent les ouvrages qu'ils lisent ou vendent - critiques et libraires confondus.

    Une dernière chose avant d’en venir à Nabe : une idée... comme ça ! Et si demain on décidait d’interdire cette activité de critique, de toute façon ingrate et superflue (4), aux auteurs ? Oui ! Aux auteurs qui, le plus souvent, font de la critique comme d'autres font la plonge chez Mc Donald pour payer leurs études, tout en gardant à l’esprit ce qui suit : passer son temps à lire les livres des autres, quand on sait le temps que ça prend d'écrire les siens (5)...

    Alors oui ! A tous ces auteurs, si on leur interdisait de faire de la critique… la littérature s'en porterait beaucoup mieux, et puis aussi, cela permettrait, en partie, de mettre fin aux conflits d’intérêts que cette double identité-activité d'auteur-critique engendre inévitablement : complaisance à l’égard des auteurs appartenant au même éditeur que notre critique ; et plus sournois encore : critiques dithyrambiques comme autant d'appels du pied vers la maison d’édition que ce même critique meurt d’envie de rejoindre…

    Alors, combien de membres cette corporation perdrait-elle si cette interdiction devait être appliquée ?

    D’aucuns pensent qu’il ne resterait que le tronc pour une activité sans queue ni tête.

     

     

    1 - D'autant plus que je sais maintenant que j'ai plus de lecteurs que Nabe : lecteurs à la fois payants et non payants. Aussi, n’étant pas moi-même un enculé, je m’empresse de lui donner un petit coup de pouce.

    2 – Et les « critiques » du Nouvelobs aussi ; sans doute pour ne pas être en reste : rien donc sur le dernier ouvrage de Nabe.

    3 - La bonne blague ! Comme si cela nous importait qu’ils les aient aimés – ils feraient bien mieux de les comprendre et de se demander d’où vient leur rejet !

    4 - A quelques exceptions près – pour rester sur le Net, notre maison commune à tous… pensez à visiter le site STALKER

    5 – Un auteur qui se respecte ne lit que les livres dont il a besoin pour écrire les siens ; et ces livres-là, ne sont pas si nombreux !

     

    ***

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                   Mais trêve de bavardages ! Revenons à l'Enculé de Nabe, son dernier ouvrage. Et à ce sujet, laissons la parole à l’auteur...

     

     

      

    Bonne découverte et bonne lecture à tous !

     

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    Pour prolonger : cliquez ... Marc-Edouard Nabe : le "no-mén !" de la littérature

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  • "Ses seins ufologiques. Son pubis ovniaque. Ses yeux Alienés" - un texte d'Andy Vérol

     

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    Par Andy Vérol

     

                 

     

                 " Je voulais faire l'amour avec quelques murs démolis, encore, curer entre les dents les briques, et m'infiltrer. Je voulais m'effacer pour que ça n'empire pas, que cela cesse. J'étais tiraillé entre la sœur soudaine et le daddy répétitif. Qu'avais-je fait pour que ma vie soit une telle impasse puante, un temps stagnan...t dans la serviette mouillée sueur de leur haine réciproque ?


    Dans la boîte aux lettres, ils m'avaient envoyé une lettre pour me dire que j'étais condamné à vivre dans leur congélateur...

    Le docteur ouvrit son bide, en sortit ses boyaux brillants et les balança sur le bureau.

    «Vous voyez ça? Ce sont mes intestins. Et ces intestins, voyez-vous, ils sont perclus de métastases. Alors vous savez quoi? Votre rhume, votre dépression et vos lamentations concernant les coups portés par votre père, vous pouvez vous les foutre au cul !

    Qui aurait accepté de redevenir l'esclave usiné que furent les grands-parents? Qui aurait voulu se présenter chaque matin devant la porte de la fabrique pour gagner sa pitance quotidienne? Daddy n'en voulait pas, trop heureux de palper son RSA, bouffer gras/sucre amerloque, mater son catch, bricoler ses poubelles Mustang 60'/70' et se beurrer la gueule en regardant le grand désert d'en-face. Ça ne l'empêchait pas de réclamer des barrières douanières et « qu'on refoute ces feignasses de français au travail au lieu d'le donner à ces saloperies d'bougnoules »... Le drapeau pendouillait comme une bite molle sur le fronton de notre ghetto de spectres.

    Sa laideur était sa beauté. Sa face taillée au couteau lui donnait un charisme tel que l'on ne pouvait que se laisser envoûter. Dans la symétrie ou dissymétrie d'un visage, on pouvait entendre la musique qui en sortirait.


    Je n'avais pas à essayer d'entrer dans la peau d'un criminel en puissance: il était dans ma propre chair, dans mes cellules, dans mon ADN. Il était logé là, partout, quelque part, nulle part, sorte de muezzin des ténèbres qui lançait chroniquement l'appel à la destruction. Seule l'écriture m'offrait la possibilité d'en faire une richesse, un monde, une guerre menée à la vue de tous.

    Nous étions juste houspillés par la guerre que se livraient l'intérieur et l'extérieur de soi. C'était un luxe ça, surtout quand tu n'avais pas ton bol de bouillie à chercher chaque jour.


    Après s'être regardé un documentaire sur les Aston Martin de James Bond et un autre sur les UFO, je vis Daddy bouffer une boîte de choucroute froide avec les doigts. Ma sœur était enfermée dans la chambre d'amis et faisait des petits bruits d'archéologue de tiroirs...

    Sa pastille Vichy sous la langue, il semblait s'apaiser, laissant son appareil génital et gélifié en paix, regardant avec l’œil trouble des programmes sur la pêche en eau vive. En l'espace de quelques minutes, il en devenait presque rassurant.


    « Moi je sais que Jésus et Mahommet, ces petits bonimenteurs qu'ont fait fortune, c'est rien à côté de moi et ma Nation! Tu vois ma fille, ici, c'est ma Nation et toi t'es une étrangère. Et tu sais c'que je fais à l'étranger moi?! ».

    Il frappait violemment sur la porte au point de la faire trembler. Elle hurlait derrière, l'implorait de la laisser tranquille.


    Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé.

    Petit pilleur de mes tombes pour se bâtir un trône fabriqué avec la merde de mon cadavre Petit pilleur de mes tombes pour se bâtir un trône fabriqué avec la merde de mon cadavre Petit pilleur de mes tombes pour se bâtir un trône fabriqué avec la merde de mon cadavre Petit pilleur de mes tombes pour se bâtir un trône fabriqué avec la merde de mon cadavre.

    Certains murs, surtout ceux de l'arrière, avaient été rafistolés avec des planches de bois qui laissaient passer l'air, le sable charrié par le Zéphyr. Ça se foutait partout, dans le café au lait et ses croûtons de pain, sur les cendriers, la toile cirée, le tissu usé marron du canapé, les grains de beauté se muant en crabe, les poils des guibolles, les rigoles encombrées de crasse, le carrelage historiquement noir, présentement terre, ... partout. Absolument partout... Je passais ma langue sur la façade de mes dents de devant et des grains de sable minuscules se ruaient contre l'émail de mes molaires encore solides.


    Il n'y a pas de dénouement pour la salive qui forme un lac croupissant sous la langue.


    Ses seins « ufologiques ». Son pubis « ovniaque ». Ses yeux « Alienés ». Sur le matelas taché de pisse, ma sœur allongée sur le dos et maintenue fermement par Daddy le corps sudation le muscle cuivré."

     

                  Bribes-extraits du roman en cours d'écriture "La Diaspora des derniers jours/Un homme clitoridien".

     

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    La page Facebook de l'auteur sous le pseudonyme : Léonel Houssam

     

     

     

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                Serge ULESKI à propos d'Andy Vérol : "j'aime l'écriture de cet auteur né avec Internet, comme nous tous ici ! Son écriture et sa mise en scène aussi, sans doute pour la raison suivante : son écriture ne sera jamais la mienne car enfin.... comment réconcilier disons... Pierre Boulez et les Sex Pistols ?"

     

     La suite...ICI  aussi

     

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