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AA - Serge ULESKI, littérature et essais - Page 10

  • Ce qu'on laisse dans la mémoire de ceux qui restent...

     

    Décès de Lucienne L. le 2 juillet 2011 à l'âge de 87 ans

     

    _______________________

     

           La cloche a sonné. C’est la rentrée des classes. Haut les cœurs !

     

    ***

     

    « Vous êtes le Monsieur de la télé, n'est-ce pas ? J’espère que vous m’avez pas attendu trop longtemps !
    - Non ! Non ! Je parcourais mes notes. Vous êtes Gérard Louvier ?
    - En personne. Excusez mon retard, j'étais à un enterrement.
    - Vous êtes tout excusé.
    - Tenez ! Puisque vous êtes là, autant que je vous en parle.

    - Me parler de quoi ?

    - Sur le chemin du retour, j'ai pensé à quelque chose. Vous savez pourquoi ils mettent des graviers dans les allées des cimetières ?
    - Non.
    - En plus, ça fait un boucan d'enfer quand on marche. Vous êtes d'accord ?
    - C'est vrai.
    - Je vais vous dire : en fait, c'est fait exprès.
    - Exprès ?
    - Oui. C'est fait pour.

    - Pour ?

    - C'est fait pour éviter qu'on surprenne les morts, qu'on les visite à l'improviste. Avec le gravier dans les allées et le bruit qu'on fait, ils nous entendent venir de loin. Alors, comme ça, ils ont le temps de se préparer. Par exemple, s'ils sont en robe de chambre, ils ont le temps d'enfiler un pantalon ou une robe et de mettre un T-shirt. Vous voyez ?
    - Je vois.
    - Regardez ! Vous connaissez beaucoup de gens qui aiment qu'on leur tombe dessus par surprise ?
    - Non.
    - On veut tous être prévenus. Toujours ! Nous surprendre c'est un peu nous faire honte. Et personne n'aime avoir honte. C'est vous dire à quel point il est difficile de faire confiance... confiance aux autres et puis, à leur regard surtout. Oui ! Leur regard. Parce que... si on s'est pas préparé, eh bien, ils auront vite fait de nous juger. C'est fatal. Et vous faites pas d'illusion ! Leur jugement fera de nous des moins que rien parce que… dans ces moments-là, leur regard fait qu'on devient tout sauf ce qu'on a toujours souhaité être aux yeux des autres et aux yeux de celui-là en particulier qui nous tombe dessus sans prévenir. J'vais vous dire : si on pouvait plus cacher quoi que ce soit à qui que ce soit, eh bien, ce serait l'enfer pour tout le monde. J'en suis sûr.
    - Sans doute. Sinon, ça s'est bien passé cet enterrement ?

    - Bien passé ?

    - Oubliez ma question. Elle est idiote.
    - Je sais pas si ça s'est bien passé. On était deux à son enterrement.
    - Deux ?
    - Y'avait juste sa fille et moi.
    - Sa fille ?
    - Oui. On a enterré sa mère. Sinon, c'était bien la peine de faire toutes ces dépenses : le voyage, la cérémonie, le transport du cercueil, la place au cimetière. Et puis, sa fille n'avait pas un rond. Fauchée, qu'elle est sa fille ! Alors, je me dis qu'une incinération aurait suffi. Les cendres dans une urne, et hop ! Le tour est joué.
    - Elle avait quel âge ?
    - Sa fille ?
    - Non, sa mère.
    - Soixante treize ans, je crois.
    - Soixante treize ans ! Et vous n'étiez que deux ?
    - Oui, deux.
    - Et les autres ?
    - Quels autres ?
    - Elle est morte à soixante treize ans, elle a dû connaître du monde, non ?
    - Oui, peut-être ! Mais faut croire que j'étais le dernier à l'avoir connue. Quant à sa fille, eh bien, c'est différent. J'imagine qu'elle a connu sa mère depuis sa naissance.
    - Sa naissance ?
    - Oui, sa naissance à elle, sa fille. L'autre jour, je me disais : avec la mort, c'est énorme ce qu'on abandonne. Quand on pense à tout ce qu'on laisse derrière soi et tout ce qu'on quitte. Vous imaginez un peu ? Toute une vie, la nôtre et puis, celles des autres aussi. Toutes ces agitations ! Agitations de toute une vie. Pensez à toutes ces paroles échangées, à tous ces visages croisés, ces mains serrées, tous ces corps rencontrés, touchés. Et puis, les voix, les bruits, les larmes, les cris ! Ca doit être énorme ce qu'on laisse dans la mémoire de ceux qui restent.
    - Mais là, vous me dites que vous n'étiez que deux.
    - Je sais ce que vous pensez. Vous vous dites : "Deux à son enterrement ! C'est comme si il n'y avait eu personne, finalement." Remarquez, moi-même je serais plutôt tenté de penser la même chose : deux à son enterrement, c'est comme si personne n'était venu.
    - Et sa fille ?
    - Sa fille, elle a pleuré. C'a fait du bruit et du tapage.
    - Et vous, vous avez pleuré ?
    - Non. Comme je viens de vous le dire, il y avait sa fille et ça suffisait bien. Et puis, pour moi, c'était différent. Je m'occupais d'elle de temps en temps seulement... quand sa fille pouvait pas venir. Voilà. D'où mon retard à cause de cet enterrement.
    - C'est rien Monsieur Louvier. Tout va bien."

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    Extrait du titre : Paroles d’hommes

     

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  • Mieux vaut une solitude à deux qu'une solitude à soi

     

                   Le temps nous manque quand il s’agit d’être patient et de pardonner à ceux qui nous aiment mal, là où toute concession faite à l'autre - une de plus d'une longue série - ne peut l'être qu'au détriment de notre assise physique et de notre santé mentale.

    La pusillanimité suit le même chemin que l'amour quand ce dernier se retire. L'indulgence ne reste pas une minute de plus. Seul reste le désir ardent que tout finisse.

    Une poignée de cendres, pénurie d'amour jusqu'à la famine ; une vie à deux de somnambules, un dernier souffle de haine et de souffrance jusqu'au moment de la rupture qui arrive enfin...

    On s'est décidé : on part. Dans notre désir de rupture, dans ce que nous ne voulons plus, il y a bien plus que ce refus : il y a ce à quoi notre volonté aspire, au plus profond, tout ce à quoi nous souhaiterions dire oui.

    Avec la fin de l'amour vient la solitude à deux. Avec la fin du couple, le combat, la lutte à mort et une fois ce combat mené à son terme, encore la solitude pour peu qu'on ait fui sans solution de rechange. La déception et l’épuisement qui ont forcé notre départ, leur poison nous accompagnera dans nos moindres déplacements et dictera tous nos choix, subrepticement car, on n’abandonne rien finalement ; on choisit simplement un autre cadre de vie, un autre décor pour souffrir seul et panser nos plaies, hommes et femmes confondus ; affres qui n’épargnent ni le passé, ni le présent, la totalité du temps ; et même l’avenir, cet imprévu qui nous renvoie… à ce que nous sommes et avons quitté : hier, aujourd’hui sans plus d’attente, sans espérance, sans nostalgie certes ! Mais sans plus de promesse.

     

     

    ***

     

                 Quand le couple n’est plus qu’une accoutumance, un savoir-faire et un savoir-être pétrifiés et figés de l'un sur l'autre et de l'un envers l'autre, quand tout y est visible et lisible dans ce couple, on peut être tenté de penser que tout a été dit et que tout a été atteint - du moins, tout ce qui pouvait l’être. C'est alors que le couple est rendu à sa substance première, fortement teintée d'arithmétique et de fiscalité : un et un font deux... qui font deux parts.

    Union pleine à moitié ou bien, union à moitié vide, c’est selon. Après un nombre d'années non négligeable, rien n'y est tangible, rien n'y est vrai dans une union à deux. Et seule l’humeur du moment déterminera le regard que l’on portera sur cette plénitude incomplète, fruit d'une union d'intérêts bien compris et sur laquelle aucun effort, aucun investissement supplémentaire n'aura d'effet. Car, pour le reste... quand rien de ce qu'on nous donne ne convient - si d'aventure, on nous le donne -, ce reste sera tu, caché, indéchiffrable, à jamais enseveli, inaccessible puisqu’il n’existe aucun espoir d’être compris et accepté tel que l'on souhaite être et pour ce que l'on est : en effet, la moindre tentative de dévoilement de soi dont l'enfance avait pu un temps nous laisser espérer la possibilité et le bienfait, provoquera immanquablement la rupture de l'un avec l'autre car, la moindre quête d’authenticité mettra en péril un équilibre toujours précaire, un acquis sans cesse menacé : celui d'une vie de couple établie de longue date et dans laquelle on aura longtemps cessé de penser par soi-même, en toute indépendance, sacrifice consommé.

    On n’ira donc pas plus loin, et l'on ne creusera pas plus profondément. Le tour a été fait ; la circonférence aussi. Dissocié de l'autre, le noyau, ce cœur impénétrable, demeurera à jamais inaccessible puisqu'il ne concerne personne d’autre que soi et qu’il en a toujours été ainsi aussi loin qu'on se souvienne et les autres avec nous. Certes, la périphérie est encore atteignable mais elle n'engendre plus, à la longue, que des frustrations sans nombre, dos au mur, face à l’empêchement qui se dresse devant l’un et devant l’autre.

    Le couple atteint son point culminant au bout de cette impasse à la fois subie et pour certains d'entre nous, vivement souhaitée, gage de sa longévité ; il arrive à maturité et à sa finitude dans ce renoncement partagé, dans cette infirmité, dans cette incapacité, cette inaptitude d'un caractère nouveau : inaptitude d'une compétence au-delà de tout reproche, d'une efficacité redoutable quand la durée devient la seule mesure de son succès.

    Si personne ne nous enlèvera de nous-mêmes, reconnaissons, néanmoins, qu'avec le couple, le don de soi fait à l'autre devient une diversion opportune et salvatrice dans une vie trop grande pour soi et dont on offre le surplus : c'est toujours ça en moins à porter et à supporter, seul. Nous sommes deux maintenant à pouvoir échapper à l’enfermement de soi dans soi ; enfermement qui nous condamne le plus souvent à un amenuisement aussi certain que dommageable.

    Aussi, pour cette raison qui en vaut bien d'autres, d'aucuns ajouteront : mieux vaut une solitude à deux, qu'une solitude à soi, si la solitude doit être notre lot.

     

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    Extrait du titre : "La consolation"

     

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  • Torpeur

     

    Le pire est arrivé : dehors, la pluie. Elle ne sortira pas.

     

    Il est dix heures, onze heures : comment savoir. Sa chambre est le centre du monde et son lit, dans lequel elle se glisse seule depuis des mois, son cœur ; un cœur aux battements imperceptibles.

     

    Toujours inerte, elle tente d’échapper à elle-même : ne pas exister - pas encore du moins -, avant le réveil définitif de sa conscience qui ne lui offrira rien de bon ; rien qui n'ait pas déjà été vécu. Et toujours pas de miracle. Elle regarde s'entrechoquer les atomes dissolus de son existence ; une volée de particules lancée par une main invisible et tumultueuse. Quelque chose s'est effondré dans sa vie mais elle continue à vivre dans les gravats et la poussière ; c'est l'asthme de sa joie qui éternue chaque fois qu'il lui faut respirer ne serait-ce qu'une goutte de bonheur.

     

    Elle voit des zones perdues, des terrains vagues, des friches, des quartiers relégués. Soudain une douleur familière, sourde et insidieuse : le plus banal des maux de tête ; le plus banal et le plus détestable et puis, une impression pénible, une bouffée désespérante : elle sait que cette douleur ne la quittera pas de toute la journée. Irritée, elle se tourne sur le côté droit, puis sur le dos ; le ventre maintenant ; elle s'est enroulée autour de ses oreillers. Elle a peu d'espoir. Le sommeil est derrière elle. Elle le sait. Elle ne se rendormira pas.

            

     

     

    Quitter le lit. Concentrer tout son effort sur une seule partie de son corps : les  jambes ; cuisses, genoux, mollets, pieds ; les ramener vers soi,  vers le centre et retrouver une belle unité. Serrer les dents et s'extraire. En vain. Les yeux ouverts, impuissante, seule une lassitude la conseille.

     

    Vient alors le jeu ; des réussites sans nombre, sans fin, toute la vie durant ; et puis, elle, pour gagner, toujours ! Elle a d'abord pensé partir en promenade le long d'une route avant de s'enfoncer dans une forêt : côtoyer des arbres centenaires ; s'asseoir au sommet d'un talus et dominer de la vue une clairière ; oiseaux qui lancent leurs cris, appels urgents et tendus. Elle mâchonne des herbes, n'importe lesquelles. Elle grimace. Un insecte la fascine, un tronc d'arbre, son écorce. Pas une âme qui vive, sinon la sienne.

     

    Loin des mises en garde, des contraintes et des sommations de toute sorte, la vie a du bon, c'est sûr ! Elle pense à une île déserte et à la possibilité d'y vivre seule, sans désir, ni ressentiment, sans crise. Une vie devant soi pour ne rien en faire. Elle imagine une mer étale, un horizon sans ciel ; navire, elle s'y déploie sans retenue, sans danger, sereine ; étrave, elle fend les flots, majestueuse ; capitaine, elle se tient sur le pont, droite et fière. La voilà vague, écume blanche ! L'idée d'un cadran solaire maintenant : « Immobile je serais, le soleil tournerait autour de moi et la lumière et l'ombre... »

     

     

             Elle se retire du jeu. Les volutes de sa pensée s’élèvent lentement puis disparaissent dans la confusion d’un monde trop grand et trop complexe pour elle : c’est la vie qui la rappelle à l'ordre. Un corps sans forme la redécouvre. Elle se décide à se lever. Après celui de sa chambre, elle a tiré le rideau de la salle à manger, s’est approchée de la baie vitrée du salon ; elle a pensé : "Vivre sans prudence aucune, sans protection, sans abri !" avant de reculer effrayée, convaincue de son incapacité à assumer une telle existence.

     

     

    Renoncer, se délivrer du chaos des aspirations irréalistes, des besoins et des rêves insensés ? Soit ! Pourquoi pas ! Mais alors, sans ce chaos que nous reste-t-il ? Une vie ? Mais... pour quelle existence ?

     

    Trouver ou espérer juste de quoi survivre ? Un secours ? Une attention ?

     

    Où trouvera-t-elle un regard dépourvu de tout jugement, un regard sans mémoire, un regard au-delà de cette humanité qui est la nôtre et qui fait que le regard porté sur autrui sera toujours le reflet de tout ce dont on ne veut pas pour soi-même, et pour rien au monde ? Auprès de qui ira-t-elle chercher ce regard vierge qui nous invite à reconquérir une volonté et une estime de soi sans lesquelles tout semble si difficile, inaccessible, cruellement hors d’atteinte ?

     

    Ce don d’un regard compassionnel, où trouvera-t-elle la volonté de le susciter et de le conquérir ? Où donc ?

     

     


    Extrait du titre "La consolation" - copyright Serge ULESKI

     

     

     

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  • Territoire des ressources humaines

     

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    :L’aigle a déployé ses ailes...

     Alors que les salariés ne connaissent de l’entreprise que le poste qu’ils occupent, l’aigle, lui, survole toutes les pistes de son territoire et explore toutes les voies qui mènent à eux.

    Le survol de cet aigle c’est celui du maître des lieux qui fait sa tournée comme un propriétaire fait le tour de ses terres, serrant des mains, opinant du bonnet ici et là. Jamais il ne se pose. Toujours en mouvement à l’écoute des rumeurs, à la recherche du moindre malaise et des conflits larvés.

    Quand on surprend son vol, les rares fois où l’on pense à lever la tête, il annonce une nouvelle distribution des cartes qui célébrera bientôt l’apothéose de la vie accoucheuse de stratégies aussi surprenantes qu’inattendues, en un tour de main, jusqu’à rendre méconnaissables et les lieux et le travail qui y est effectué.

    Son survol peut être celui d’un prédateur cherchant sa nouvelle proie l’appétit au ventre, affamé : les rêveurs, les tire au flanc, les faux culs, les fumistes, ceux qui ne doivent rien à eux-mêmes et tout à ceux qui les ont nommés.

    Pour tous ceux-là, ce sera grandeur et décadence ou bien, grandeur et déchéance. C’est selon et… c’est du pareil au même.

    Autre objet de son attention : le peuple silencieux. Toujours en retard sur la vie de leur travail, ces travailleurs candides, puisqu’ils n’en contrôlent ni les bouleversements ni les adaptations. Un jour, on leur signifiera leur congé définitif et en attendant, on se contentera de les conduire inévitablement et à leur insu, à leur perte et ce, bien avant que l’heure de la retraite ne sonne.

    Sur eux, la pression s’est accrue : horaires chaotiques, contraintes de résultats, menaces de licenciement. Outils de discipline au travail par excellence cette pression ! On leur parlera de flexibilité, d’autonomie et de polyvalence - comprenez : isolement et solitude -, sans oublier de mentionner des changements permanents qui nécessiteront de nouveaux comportements.

    Cet aigle, c’est aussi un sourcier céleste fouillant du regard, scrutant, maladif, le sol, le sous-sol et ses plus petits interstices, en annonciateur de déluges qui viendront balayer tous les pauvres bougres en deçà de leurs attentes et au-delà de leurs craintes ; et les autres aussi : ceux qui se croyaient à l’abri.

    Nouvelles exigences des temps modernes : le retour à l’instabilité généralisée et permanente du monde. Il est tous les glissements de terrain purificateurs cet aigle blutoir qui tamise cette poudre farineuse que sont ses effectifs. Cette instabilité a pour nom : meurtre productif... si vous l’interrogez dans l’intimité de sa retraite, c’est à voix basse qu’il vous fera cette confession, le regard inquiet de peur qu’on ne l’entende alors qu’il ne souhaite être entendu de personne.

    Il poursuit partout et sans relâche la liquidation de l’ancien monde, celui d’hier matin et prépare déjà celle de demain. Cet ancien monde, c’est le monde tel qu’il ne lui convient pas mais tel qui pourrait tout aussi bien lui convenir si d’aventure ce monde devait servir ses intérêts.

    Le territoire (1)de cet aigle a pour le nom : DRH ! Et son occupation : gestion des ressources humaines, ou GRH.

     

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            Territoire dirigé et occupé dans une majorité écrasante des cas par des femmes. Et si on ne compte plus les épouses qui divorcent des maris licenciés ou au chômage depuis trop longtemps, la commisération et la loyauté fondant comme neige au soleil lorsque l'insécurité pointe le bout de son nez, pareillement, est-il légitime de s'interroger au sujet de ceux, ou plus précisément... au sujet de celles qui occupent ce territoire. Car enfin... qu'est-ce à dire ? Des femmes, des mères dévoreraient donc leurs propres enfants telles des mantes religieuses coupant des têtes : licenciements, démissions forcées, retraite anticipée, mise au placard de millions de salariés…

    Aussi, les femmes, hier encore dominées, seraient-elles les mieux à même de servir les intérêts des dominants qui sont majoritairement des hommes ? Les victimes faisant alors d'excellents bourreaux-exécutants et les esclavages... des maîtres sur-doués. 

     

    ***

     

              Et si le pouvoir (et la trahison ?) était bi-sexuel ? Ou bien encore : et si le pouvoir n'avait pas de sexe ? A la fois eunuque, frigide et stérile mais brutal... d'une brutalité à la hauteur de sa propre impuissance et infirmité ?

     

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    Extrait du titre "La consolation" - Copyright Serge ULESKI


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  • Alain philosophe, Michel Onfray, France culture : chasse à courre et antisémitisme

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                      Alain antisémite, lui aussi ?

                      Rappelons ceci : 

                      Avant 1945, peu nombreux sont ceux qui hésitaient  lorsqu'il était question de  porter un jugement sévère à l'endroit de toute origine juive, aussi loin que l'on puisse remonter : auteurs, artistes, religieux, intellectuels, philosophes et les bouchers- charcutiers... 

    Dans ce contexte, pourquoi et comment le penseur Alain aurait-il pu faire exception ? Car si le fait d'être antisémite avait empêché le talent, voire le génie, très vite, tous auraient cessé de l'être ; or, ce n'est manifestement pas le cas puisque l'on ne compte plus le talent et le génie chez ceux qui le sont, tout en gardant à l'esprit que nous avons tous de bonnes raisons de penser ce que l'on pense à tort ou à raison.

    Et aujourd'hui plus encore, depuis ces 20 dernières années, le sémite et l'antisémite ainsi que le pro-sémite  (non juif), tous figés dans un face à face et un dos à dos qui ne connaîtront certainement aucune fin. Leur tort à tous : exclure toute idée d'exception qui confirmerait et informerait la règle suivante : "Tous les Juifs sont haïssables" et puis : "Tous ont été, sont et seront antisémites". 

                   Quant à Michel Onfray, cet auteur  a tellement d'écrits à se faire pardonner (sur Freud et son soutien à Jean Soler entre autres fautes quasi inexpiables par les temps qui courent à leur perte)... qu'il balance à tout va : on se rachète comme on peut quand on croit avoir accumulé des dettes sans nombre auprès de créanciers manipulateurs, d'une mauvaise foi consommée, puissants et vindicatifs. Sans doute un jour Onfray viendra-t-il nous annoncer que dans sa famille, les antisémites étaient légion : il balancera ses propres parents, frères et sœurs une fois qu'il aura balancé tous les autres.

    Il y a ceux qui durant l'occupation dénoncé des Juifs ; aujourd'hui, il y a ceux qui, sous la dictature du CRIF ( des médias et de la quasi totalité de la classe politique), sa défense d'Israël et la persécution de ceux qui, ici sur notre sol, refusent de baisser la tête devant cette officine israélienne - à propos, entre autres sujets, du sort qui est fait à ce petit peuple vaincu, humilié et volé : le peuple palestinien - ; parallèlement, on ne compte plus ceux qui se font un devoir de rapporter des propos ou des écrits qualifiés à tort ou à raison d’antisémites : Onfray est un de ceux-là manifestement mais comme à rebours, comme en retard pour ainsi dire.... avec une touche d'anachronisme dans ce travail de dénonciation car enfin Monsieur Onfray,  on n'est plus en 40 !

    Cela dit : dénoncez, dénoncez, il en restera toujours quelque chose ! C'est sûr !


                       Ou bien alors, la démarche de Onfray est beaucoup plus subtile : sous couvert de dénoncer l'antisémitisme, Onfray tenterait-il de nous dire ceci : "Décidément, on peut être antisémite et être un type bien, plein de talent et de génie qui plus est ! Voyez Alain qui n'est pas Céline !"...

    Eh oui, eh oui ! et ça, c’est déjà quand même plus intéressant à débusquer et à analyser chez ce graphomane toujours désireux de plaire finalement pour rester dans la course, à l'antenne et sur toutes les antennes.

    La lutte contre l’antisémitisme aurait-elle alors comme nouveau visage sa dénonciation contre les meilleurs d’entre nous ; ceux d'hier et d'aujourd'hui : auteurs, artistes, intellectuels ? Au côté d’une dénonciation de l'antisémitisme d'une autre motivation et par voie de conséquence, d'une autre nature (dénonciation conduite par le CRIF principalement et ses relais)  qui a la fâcheuse habitude depuis trente ans d’être le refuge de la canaille (ou de carriéristes) comme jadis l’exhortation au patriotisme ?

    C’est fort possible.

                      Pour revenir à Onfray et sa "dénonciation" du philosophe Alain, sans doute une dénonciation de trop, le courage  quand il  a mauvaise conscience (rapport à ses écrits contre Freud et son soutien à l'ouvrage de Soler et sans doute aussi... aux origines modestes de l'auteur) , en tentant de se racheter, le fait toujours dans la lâcheté et la confusion et des genres et des sentiments ; une chienne n’y retrouverait alors pas ses petits.

     

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                   Auteur stérile (on reconnaîtra toutefois l'utilité de son travail de réhabilitation des Pré-socratiques au début de sa carrière), force est de constater que Michel Onfray n’a de cesse de chuter et de sombrer… année après année : finira-t-il par se noyer ?

     

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    Pour prolonger, cliquez : Quand Michel Onfray se dégonfle

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  • La France et le fascisme : autant de questions sans réponses

     

     Le Monde : 20.02.2018

     

    le fascisme et la france : berstein contre sternhell,vichy et pétain

     

        Avec ce commentaire repris par Le Monde,  Sternhell qui s'est beaucoup occupé du fascisme européen à partir de son pays qu'est Israël...et alors qu'il pouvait sans difficulté  trouver à sa porte un fascisme de la pure et pire  espèce, délaisse enfin  la paille dans l'œil européen pour la poutre israélienne : aurait-il compris ceci : avant de prétendre faire le ménage chez les autres, il vaut mieux s'assurer de la propreté des lieux que l'on habite ?

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    Billet rédigé en 2016

     

     

                 A l'heure où  "Ni droite ni gauche. L’idéologie fasciste en France" de l'historien israélien Zeev Sternhell  paru en 1983 est repris en collection de poche avec une nouvelle préface de l’auteur sur près de 150 pages, non contente d'être la fille aînée de l'Eglise, à en croire cet historien, la France serait aussi " la fille aînée du fascisme". Rien moins.

     

                                         Trente ans plus tard, qu'en est-il de cette France ?       

     

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                   La France fille aînée du fascisme ?

                   Cet opuscule d'une quarantaine de pages se propose de répondre à cette question et d'en proposer d'autres à la réflexion du lecteur car, ce qui doit nous intéresser n’est pas tant de savoir si la France est la « fille aînée du fascisme » mais bien plutôt ce questionnement-ci : pourquoi certains historiens et politologues ont manifestement besoin de le penser à l’heure où aucune définition du fascisme ne semble possible, tout en tenant compte du fait que jamais en France il n’a existé un Etat fasciste, et qui plus est… librement consenti.

             Il semblerait que d’aucuns désignent encore le danger fasciste à l’extrême droite tout en apportant une définition totalement obsolète de ce fascisme – pour rappel : un marxisme dévoyé et une conception ethnoculturelle de la nation  - comme pour mieux faire diversion et nous cacher un autre fascisme,  taillé sur mesure pour demain celui-là,  et dans le marbre, jour après jour,  nation après nation,  culture après culture, être humain les uns après les autres... le fascisme d’une mondialisation contrôlée par les multinationales et la pègre ; un fascisme loi d’airain du fric et du pilonnage permanent des humbles et des relégués au nom d’une justice sociale emballée dans les cartons d’une science économique sans visage, sans morale et sans honneur ; loi qui ordonne la fin des toutes les controverses et de tous les débats.

     

     

    Pour prolonger, cliquez : France et fascisme - thèse, anti-thèse

     

     

    L'ouvrage est disponible ICI

     

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  • Le Chevalier, la Dame, le Diable et la mort...

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    De nationalité belge, Raoul Vaneigem… est né en 1937. A la tête du mouvement situationniste, son « Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations » et « La société du spectacle » de Guy Debord ranimeront en 1967 la flamme révolutionnaire qui en avait bien besoin.

    A propos de ce mouvement… Vaneigem nous rappelle ceci : « Guy Debord allait au-delà de la cueillette hédoniste des moments de bonheur  telle que Lefebvre l’envisageait. Privilégier les moments passionnels et fonder sur eux la critique radicale du vieux monde, c’était donner ses assises à une société enfin soucieuse de s’humaniser. Construire des situations favorisant la qualité et la diversité de ces exposantes fixes de l’éclat passionnel dont parlait Breton, dépassait de loin le propos de subvertir l’ordre dominant. Il offrait à  la société sans classes dont nous avions vu le drapeau se teinter de sang une substance vivante et inaltérable. En rupture avec ce militantisme issu du militarisme où se sacrifier à une cause autorisait à égorger ses plus proches amis, la construction des situations fondait, surle jeu et l’affranchissement des désirs, un projet social où, pour la première fois dans l’histoire, la volonté de vivre se substituait à la volonté de puissance, et où pour la première fois, l’analyse et le procès de la fatalité, du hasard, de l’aléatoire ouvraient la porte à une science poétique des destinées. La construction des situations annule tous les sens interdits ou autorisés, prescrits par cette réalité économisée que nous tenons pour unique parce que nous sommes condamnés à y travailler, languir et mourir ».

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             Le Chevalier, la Dame, le Diable et la mort... ou quand l’homme se transmute en être humain

     

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    Désire tout, n’attends rien !

     

    De la sensibilité…

     

                 « La présence d’un seul être qui souffre est une atteinte à mon bonheur car la sensibilité est la conscience épidermique du vivant. Elle frisonne de son plaisir, frémit aux périls qui la guettent, irise de ses luminescences intuitives l’irrésistible marée qui, montée des profondeurs humaines, brisera les grandes murailles derrière lesquelles les femmes, les enfants, les hommes aux désirs multicolores ont vécu de grisaille. La sensibilité est le seul chemin que la volonté de s’affranchir offre à l’innocence opprimée. 

    Il est temps que la sensibilité soit reconnue comme la valeur la plus sûre de notre humanité, car elle est source de toute vie ».

     

    De l’animalité affinée…

     

                 « L’affinement de la vie est le véritable progrès humain. La conscience que le bonheur de chacun s’accroît du bonheur de tous est plus utile à la révolution de la vie quotidienne que toutes les objurgations éthiques de l’intellectualité militante.

    La cruauté exercée à l’encontre des animaux procède du discrédit de l’homme pour la bête qui remue en lui. Il envie sa liberté sexuelle, son absence de dissimulation, son comportement que n’embarrassent pas les contraintes (morales et éthiques), et il la hait d’autant. Il tire orgueil de l’esprit qui entrave son corps et l’astreint au travail. Esclave d’un système social qui l’opprime, il se venge en opprimant les plus faibles. »

               Et Vaneigem de conclure que l’homme aurait transcendé son animalité au lieu de la dépasser. L’animalité spiritualisé a fourni à l’homme sa carte d’accréditation auprès d’un Dieu vengeur, sanguinaire, assoiffé de domination : « L’économie d’exploitation aura été la malédiction des hommes, des bêtes, des plantes et de la terre. Certes, le crime perpétré contre les bêtes procède du crime perpétré par les bêtes entre elles. Mais, de la loi de prédation qui caractérise le règne animal, l’économie de concurrence et de compétition a fait une loi qui dénature l’homme alors que l’être humain se distingue précisément de l’animal par sa capacité de dépasser l’instinct prédateur et de créer une abondance révoquant la quête quotidienne, avilissante et laborieuse des moyens de subsistance.»

     

    Du bonheur…

     

                   « Soyez heureux ! est le slogan excrémentiel qui flotte dans le sillage de l’Enrichissez-vous ! Pourtant, l’économie a eu beau imposer un prix à la jouissance, quiconque l’a vécue authentiquement  sait qu’elle n’en a pas.

    Le bonheur qui cesse d’être un combat se résigne au malheur du monde qui le tue. L’avenir que me révéleraient de nébuleuses prophéties m’indiffère. Seul m’intéresse l’avenir que je me forge dans les lueurs fuligineuses ou opalines du présent.

    Aussi, j’incline à penser que les moments heureux nous échoient parce que, quelque part en nous, ils ont été voulus du fond du cœur. »

     

    De l’âge…

     

                  « Il existe une distinction fondamentale entre une vie résignant les incessants bonheurs qui lui ont conféré sa plénitude et une mort provoquée par une carence croissante de plaisirs, de passions, de vraie vie. Goûter aux émerveillements du vivant, telle est la vraie jeunesse, la seule qui bondisse au-delà des âges.

    Nous appartenons à une société prédatrice où le regard mercantile apprend à estimer d’un coup d’œil le prix des êtres et des choses. Il faut trancher vite et selon les apparences, de peur de se perdre et de dissiper avec soi les avantages de l’argent et du temps. Il n’est question que d’efficacité, de rendement, de durée. L’éthique et l’esthétique participent des règles de l’efficience. L’aventure amoureuse s’adapte au profil des profits escomptables. La taille, la démarche, les seins, les fesses, le visage, la dignité des braguettes, les jouissances supputées sont soupesés en termes d’intérêts, de comportements fiduciaires, de plaisirs à tempérament.

    La civilisation marchande a dénaturé l’âge en le mesurant à l’aune du profit et en l’identifiant à une fonction hiérarchique. »

     

    De l’argent…

     

                « Perdre ne serait-ce que trois sous est un acte immoral.

    Si l’argent excédentaire et l’argent déficitaire sont un désert où rien ne pousse, où la vie dépérit, je n’ai rien éprouvé de plus indigne et de plus éloigné des préoccupations humaines que la quête incessante de l’argent, érigée en impératif catégorique par la nécessité de survivre. De la garantie d’en être  pourvu, je n’ai tiré qu’amertume comme je n’ai ressenti qu’angoisse et rage à la perspective d’en manquer.

    Le fétichisme de l’argent fait la loi, celle qui s’arroge le droit de transgresser toutes les autres.»

     

    De la peur…

     

                « Avons-nous d’autre choix que de restaurer dans son innocence (son optimisme ?) la vie qui s’enfante d’elle-même ?

    Le pire danger, c’est de désirer ce que l’on redoute, c’est de marier le désir à la crainte qu’il s’accomplisse à revers. La peur est l’ombre mortelle du désir, l’ombre des désirs morts. Les vœux les plus chers de l’homme ont été si ordinairement tués dans l’œuf qu’ils ne naissent plus qu’apeurés et en attente de l’échec. C’est comme si le bonheur, sesouvenant de tant de bonheurs avortés, renonçait à la vie. Parfois, il ne veut plus se souvenir mais le souvenir est là, comme un ver rongeur.»

     

    Du labyrinthe…

     

               «Par un enchevêtrement de couloirs dont les multiples issues s’ouvrentet se ferment à loisir, nous montons et descendons, avançons et reculons, nous nous heurtons aux obstacles que nous avons élevés par négligence.

    Le labyrinthe du moi et le labyrinthe du monde sont un seul et même lieu.»

     

     

    De l’amitié…

     

               «L’hédonisme gâte le corps  (surcharge pondérale et obésité) et l’esprit gâte la radicalité (plus on pense, moins on agit pour soi et les autres et contre le regard unique d’une domination sans équivoque). La racine de l’homme est dans l’animalité qui s’affine et s’humanise au feu de la conscience.

    Nous souffrons le moins chez les autres les défauts qui sont nôtres. La plupart de nos colères sont dirigées contre nous-mêmes. Qui terrasse son ennemi n’y survit pas, le vainqueur ne fait qu’accomplir la tortueuse volonté de son adversaire. L’on n’est jamais vaincu que par soi-même.»

     

     

    De la poésie et de l’amour…

     

                « La poésie vient des origines du corps et elle l’humanise. L’esprit naît du corps au travail et elle le fait esclave à l’égal de la bête.

    La pensée séparée de la vie la dessèche et la tue. C’est pourquoi la poésie n’obéit à aucune de ses règles. Elle est la fleur qui crève le bitume et fleurit au milieu de la chaussée. Il suffit que le banal se fissure pour que la vie se fraie un chemin et explose en silence.

    Nous avons mal perçu cet art du discontinu par lequel la vie se manifeste à l’encontre de l’ennuyeuse répétition qui règle l’écoulement du temps de survie. L’enfant excelle à aborder les univers  les plus disparates dans cette passion de jouer que, bientôt, la nécessité lucrative refoulera, écrasera, comprimera et enrôlera dans les jeux morbides du pouvoir et de la mort.

    Avant que les ravages de l’éducation mercantile ne le réduisent en poussières d’amertume, l’émerveillement ludique ne connaît pas de frontières, un baquet fait un bateau, une cave un palais, trois bouts de bois un continent.»

     

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  • L'ère du bonheur avec Raoul Vaneigem

     

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                      "... dans le royaume  de la consommation, le citoyen est roi ; une royauté démocratique : égalité devant la consommation, fraternité dans la consommation, liberté selon la consommation. La dictature du consommable a contribué à l’effacement des barrières de sang, de lignage ou de race ; il conviendrait de s’en réjouir sans réserve si elle n’avait interdit par la logique des choses toute différenciation qualitative, pour ne plus tolérer entre les valeurs et les hommes que des différences de quantité.

     

    Entre ceux qui possèdent beaucoup et ceux qui possèdent peu, mais toujours davantage, la distance n’a pas changé, mais les degrés intermédiaires se sont multipliés, rapprochant en quelque sorte les extrêmes, dirigeants et dirigés, d’un même centre de médiocrité : être riche se réduit aujourd’hui à posséder un grand nombre d’objets pauvres.

     

    Les biens de consommation tendent à n’avoir plus de valeur d’usage. Leur nature est d’être consommable à tout prix. Et comme l’expliquait très sincèrement le général Dwight Eisenhower, l’économie actuelle ne peut se sauver qu’en transformant l’homme en consommateur, en l’identifiant  à la plus grande quantité possible de valeurs consommables, c’est-à-dire de non-valeurs ou de valeurs vides, fictives et abstraites. Après avoir été le « capital le plus précieux », selon l’heureuse expression de Staline, l’homme doit devenir le bien de consommation le plus apprécié. L’image, le stéréotype de la star, du pauvre, du meurtrier par amour, de l’honnête citoyen, du révolté, du bourgeois, va substituer à l’homme un système de catégories mécanographiquement rangées selon la logique irréfutable de la robotisation.

     

    Déjà la notion de teen-ager (l’ados) tend à conformer l’acheteur au produit acheté, à réduire sa variété à une gamme variée mais limitée d’objets à vendre : on n’a plus l’âge du cœur ou de la peau, mais l’âge de ce que l’on achète. Le temps de production qui était, disait-on , de l’argent, va devenir en se mesurant au rythme de succession des produits achetés, usés, jetés, un temps de consommation et de consomption, un temps de vieillissement précoce.

     

    Le concept de paupérisation trouve aujourd’hui son éclatante démonstration non, comme le pensait Marx, dans le cadre des biens nécessaires à la survie, puisque ceux-ci, loin de se raréfier, n’ont cessé d’augmenter, mais bien dans la survie elle-même, toujours antagosniste à la vraie vie. Le confort, dont on espérait  un enrichissement  de la vie déjà vécue richement par l’aristocratie féodale, n’aura été  que l’enfant de la productivité capitaliste, un enfant prématurément destiné à vieillir sitôt que le circuit de la distribution l’aura métamorphosé en simple objet de consommation passive. Travailler pour survivre, survivre en consommant et pour consommer, le cycle infernal est bouclé. Survivre est, sous le règne de l’économie, à la fois nécessaire et suffisant. C’est la vérité première qui fonde l’ère bourgeoise. Et il est vrai qu’une étape historique fondée sur une vérité aussi antihumaine ne peut constituer qu’une étape de transition, un passage entre la vie obscurément vécue des maîtres féodaux et la vie rationnellement et passionnellement construite des maîtres sans esclaves. Il reste une trentaine d’années pour empêcher que l’ère transitoire des esclaves sans maître ne dure deux siècles."

     

                    L'ère du bonheur - 1967  Raoul Vaneigem, l’un des leaders, avec Guy Debord, du mouvement situationniste des années soixante.

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  • William Morris : un homme de son siècle... à venir.

     

                Avant de s’engager vers la quarantaine dans les mouvements sociaux qui agitent l’Angleterre de la fin du XIXe siècle, William Morris (1834-1896) connut la notoriété comme poète puis en tant que protagoniste du mouvement « Arts and Crafts » dont le programme d’une unité à retrouver dans la conception et la production des objets usuels et du décor matériel de la vie fut une source d'inspiration pour nombre d’avant-gardes ultérieures.

    Son engagement prendra pour cibles l’Architecture,  les arts appliqués, l’économie, l'éducation et l’histoire  dans le cadre d’une pensée socialisante : « Certaines personnes pensent que le confort d’une maison bourgeoise constitue l’essence même de la civilisation et que leur jouissance est ce qui sépare cette civilisation de la barbarie. S’il en est ainsi, adieu mes espoirs ! Car j’ai toujours pensé que civilisation signifiait : conquête de la paix, de l’ordre et de la liberté ; une vie libérée de la peur et de la lâcheté mais riche en événements, et non le culte d’une différence toujours plus aiguës entre les classes ».

     

                     Transposé aujourd’hui, difficile de ne pas penser à cette mondialisation qui n’est qu’une guerre contre les salaires, les droits sociaux et la démocratie.

     

    Reprenant  certaines thèses de Charles Fourier, William Morris ira jusqu’à dénoncer le règne de ce qu’il nommera « l’esprit du commerce » : « Aujourd’hui l’altération, la fourberie dominent partout. Le cultivateur est devenu aussi fraudeur que l’est le marchand. Tout est falsifié. La multitude des pauvres ne peut plus se procurer de comestibles naturels ; on ne lui vend que des poisons lents tant l’esprit du commerce a fait des progrès jusque dans les moindres villages ; et c’est la chimie qui donne les moyens de dénaturer toutes  les denrées. Tout n’est alors que travestissement  et c’est sur le pauvre que s’exerce la gargote chimique.»

     

                      On pensera à la mal-bouffe et aux documentaires de Marie Monique Robin sur la domination des multinationales de l’agroalimentaire.

     

    A propos de la transmission des savoir-faire, William Morris écrira : « Les progrès de la dégradation sont manifestes car, s’il subsistait encore quelques bribes de tradition chez les artisans du XVIIIe siècle, la division du travail a maintenant tout avili depuis l’architecte jusqu’au manœuvre ; le niveau de qualification étant tombé beaucoup plus bas  à la grande satisfaction d’une industrie de la camelote : « Manger serait fort ennuyeux pour des gens sans appétit (c'est-à-dire ignorant le plaisir de manger) ; il en va de même de produire des objets sans art ( c'est-à-dire en se privant du plaisir de produire) ; ce plaisir qui adoucit  le labeur, la nature elle-même nous invite à le rechercher et à long terme, l’humanité le trouvera indispensable. »

    Tout en poursuivant : « L’éthique du négociant veut qu’il donne toujours aussi peu que possible aux consommateurs et qu’il leur prenne toujours plus. L’éthique de l’artiste veut qu’il mette le plus possible de lui-même dans tout produit de son activité. Le négociant mène une guerre contre l’artiste : les marchandises qu’il vend doivent être fabriquées autant que possible au moyen d’instruments privés de désirs et de passions, par des machines automatiques dont on attend une qualité propre à une indifférence mécanique avec ou sans le concours de l’individu.

    Les artistes se retrouvent alors marginalisés et la transmission de leur savoir-faire en danger car « cette corporation ne connaît plus le travail artistique pratiqué en commun. Leur isolement constitue un obstacle de taille au progrès de leur formation car la tradition coopérative place l’artiste dans une position où il acquiert une multitude de tours de main grâce au travail fertile et généreux d’innombrables générations antérieures. »

     

                      Arrive alors l’âge de l’Ersatz : le règne sans précédent de la falsification, du succédané, du « sous-équivalent », de la copie et du substitut.

    C'est au choix. Faites votre choix ! Tours de passe-passe... en veux-tu, en voilà !

     

    William Morris, lucide, nous fera remarquer que seuls deux types de marchandises échappent à cette falsification : l’armement pour lequel on déploie une ingéniosité fantastique confinant au génie ; et l’ensemble des machines-outils nécessaires pour la production marchande dont   la finalité même n’est qu’un ersatz, un grand ersatz général que l’on nomme civilisation : ersatz d’habitation, ersatz de travail, ersatz de relations humaines, ersatz de loisirs...

    Art, Culture (avec et sans majuscule)… tout y passera jusqu’à la démocratie et la liberté d’expression sous le contrôle de médias ersatz d’information, d’objectivité, de pluralisme et de tolérance.  

    Aussi, rien de surprenant que seuls demeurent dans les mémoires, même par bribes et sans chronologie : Homère, Shakespeare, Dante, Cervantès, Florence, Venise, la peinture flamande, Picasso, Dali, Victor Hugo, Fellini, Copernic, Aristote, Poincaré,  Descartes, Newton, nos Cathédrales… ce qu’il convient d’appeler : le génie européen.

     

                       A propos de cet âge de l'ersatz, William Morris avancera l'explication suivante : « La raison pour laquelle nous créons tous ces ersatz est que nous sommes trop pauvres (d’esprit, de mémoire, de culture, d’invention, de moyens) pour vivre autrement. Trop pauvres pour vivre avec la nature, trop pauvres pour habiter des villes et des maisons conçues pour et par des honnêtes gens, trop pauvres pour empêcher nos enfants de grandir dans l’ignorance, trop pauvres pour détruire les prisons et les hospices, maisons de retraite et autres mouroirs… trop pauvres pour donner à chacun la chance d’exercer l’activité pour laquelle il a le plus de capacités. Trop pauvres pour que règne la paix ».

                       Ce qui rejoint aujourd’hui les statistiques quant à la répartition de la richesse mondiale : Moins de 10 % de la population mondiale détient 83 % du patrimoine mondial, alors que 3 % vont à 70 % des habitants. L’Amérique du Nord et l’Europe en possèdent 65 %.

     

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  • Penser la littérature aujourd'hui avec Louis-Ferdinand Céline

     
                  La réédition des écrits antisémites de l'auteur de Voyage au bout de la nuit est annoncée par Gallimard. Le premier ministre de Macron soutient cette initiative : "On ne peut ignorer la place centrale de Céline dans la littérature française (il aurait pu rajouter .... " dans la littérature mondiale") ; l'avocat Serge Klarsfeld (chasseur infatigable de nazis aujourd'hui le plus souvent centenaires), s'indigne.
     
                  Pour et contre cette ré-édition... un homme a tranché, un homme et une voix,  il y a longtemps déjà : "La haine chez Céline est le ressort de l'imagination, du déchaînement d'éloquence. D'ordinaire la haine a le souffle court mais chez une poignée de maîtres une misanthropie enragée, une nausée à la face du monde engendrent de grands desseins. Le monotone de l'abomination devient symphonique. Mettez "l'homme" là où une formule insensée indique "le y...pin", et vous aurez chez Céline des passages d'une grandeur biblique..." - Georges Steiner
                                                                                  

                                                                   
                                                                                                              

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                     Louis Ferdinand Céline ou la littérature de l'échec et du trauma

     

                 Si derrière un auteur et son œuvre, on trouvera toujours une blessure, quelles interprétations donner à la haine célinienne, et pas seulement dans les pamphlets (1) ?

    D’aucuns s’interrogent sans fin, les raisons à la fois inavouables et inconscientes de cette haine semblant échapper à l’auteur lui-même qui, sur le fond, ne s’en excusera jamais : « J’ai eu le tort de l’ouvrir ; j’aurais mieux fait de rester à ma place. Mais aujourd’hui encore, je défis qui que ce soit de m’apporter la contradiction sur ce que j’ai pu écrire à cette époque ».

                Qu'à cela ne tienne ! Rien ne remplace une biographie ! Celle de l’enfance ; sans oublier, en ce qui concerne notre auteur, la généalogie de la famille Destouches.                                                       

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                 Fils de Fernand Destouches issu d'une famille de petits commerçants et d'enseignants, et de Marguerite Guillou, famille bretonne venue s'installer en région parisienne pour travailler comme artisan…

    Le Père de Céline, homme lettré mais incapable d'épargner à sa famille la hantise du prochain terme à payer (hantise qui sera très longtemps aussi celle de Céline) était opposé aux études, gardant à l'esprit sa propre expérience : "Les études, c’est la misère assurée » disait-il à son fils".

    Une mère dentellière, travailleuse indépendante qui vivra péniblement de son métier et de sa boutique…

    Lourd de sens, Céline ajoutera : « On a toujours été travailleurs dans ma famille : travailleurs et bien cons ! » (c'est là le fils d'une mère artisan et d'un père déclassé qui s'exprime, et non un fils d'ouvrier ; distinction importante).

    Certificat d’études en poche, un rien désœuvré, Céline s'engage dans l’armée très tôt, même si, en 1919, il reprend le chemin de l’école, passe son Bac - il a alors 26 ans -, avant d’embrasser la médecine, sa véritable vocation dès l’enfance ; il se dit « guérisseur dans l’âme ». Il étudiera la médecine dans les livres, seul, le soir, tout en travaillant le jour, même si jamais cette médecine ne lui permettra de joindre les deux bouts (… de payer son terme) ; il fermera son cabinet de Courbevoie très vite après son ouverture – fait lourd de conséquences.

    Céline conjurera ce qui n’est pour l’heure qu’une déconvenue, en se lançant dans l’écriture, et entreprendra un long, un très long Voyage (2)

    Il poursuivra sa vocation de médecin auprès des pauvres – dans les dispensaires -, non pas par charité mais, de par son appartenance sociale et après l’échec de son installation à Courbevoie, Cécile ne pouvait en aucun cas prétendre à une meilleure situation et à une autre clientèle.

                                                                                     

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                 Sur un plan générationnel, Céline demeure un pur produit de la France de l’après boucherie de 14-18, avec le traumatisme de la trahison de l’espoir et les humiliés de Bernanos ; génération sacrifiée dont nul n’attendait le meilleur ; l’époque l’interdisait : elle n’en avait plus besoin (à ce sujet, difficile de ne pas penser au père de Céline). Aussi, ce meilleur dont l’époque ne savait que faire, cette génération l’a accumulé jusqu’à devenir une force. Et quand cette force s’est libérée, de quoi a-t-elle accouché ? De quelles actions vertueuses ? Ou bien, de quels desseins monstrueux pour avoir trop longtemps macéré dans la frustration, le ressentiment, l’impuissance, la retenue et le dépit ?

    Cette force a alors donné naissance au pire qui est souvent, en littérature, le meilleur.

               Céline se dit athée et mystique ; craignant sans doute tout autant l’étiquette d’humaniste que celle d’anti-humaniste, il revendique le fait de ne pas s’intéresser aux hommes mais aux choses. Ecrivain et chroniqueur, pour Céline, écrire c’est mettre sa peau sur la table : la grande inspiratrice, c’est la mort ; à la fois risque et certitude que cette mort.

    Craintif, très certainement dépourvu de courage physique (3), homme sans joie, chez Céline, le vulgaire, c’est l’homme qui fait la fête ; l’homme qui souffre est seul digne de considération ; et pour cette raison, rien n’est plus beau qu’une prison, puisque les hommes y souffrent comme nulle part ailleurs. Et son Voyage s'en fera largement l'écho... jusqu'au bout de la nuit...

                 Nuit noire... pour une littérature de l'échec et du trauma : échec en tant que médecin (sa seule véritable vocation : on ne le rappellera jamais assez !) ; échec de la mère de l'auteur qui mourra épuisée et aveugle à l’ombre du ressentiment d’un mari déclassé ; trauma de la première guerre mondiale.

                 Avant de mettre le feu à la littérature,  l’exercice de cette médecine qui ne le mettait nullement à l’abri du besoin a sans doute pu contribuer à son dégoût plus social qu’humain (Céline n'a pas toujours su faire un tel discernement) pour cette organisation de l'existence dans laquelle on ne fait décidément que l’expérience de l’échec car, dans les années trente, nonobstant le succès littéraire de son Voyage (à la fois succès commercial et succès d’estime), Céline devra faire face à un nouvel échec : celui de son intégration sociale malgré sa tentative désespérée de rallier à lui les classes dominantes - ou pour faire court : toutes les forces qui combattront le Front Populaire -, à coups de pamphlets antisémites et plus encore, pendant l’occupation, en commettant l’erreur (4) de soutenir un régime et une idéologie par avance condamnés à l’échec.

    Encore l'échec !

                                                                                              

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                         Céline n’a jamais vraiment quitté son milieu familiale ni sa classe : il n'a jamais cessé de "penser" comme elle ; il n’a jamais su s’en affranchir. L’aurait-il fait… nombreux sont ceux qui affirment qu’il nous aurait privés d’une œuvre incomparable. Certes ! Mais... échec après échec, ne sommes-nous pas aussi tout ce que nos prédécesseurs et nos contemporains ont tenté d'accomplir ? Pays, Etats, régimes, nations, continents, cultures, individus, seuls ou bien en grappes indissociables, nous tous, n'héritons-nous pas de leurs échecs comme de leurs réussites ?

    Si, pour citer notre auteur, l'amour, c'est l'infini mis à la portée des caniches, Céline n’a jamais cessé d’être ce caniche et tous ses personnages avec lui ; personnages pour lesquels le calice de la réussite est passé loin, très loin d'eux ; calice qu’il ne leur a jamais été permis d'entrevoir, encore moins de saisir, eux tous pourtant à la tâche, jour après jour, indéfectibles, comme d’autres... au temple, zélés et fervents...

    Choisissant alors de retourner toute la violence de son échec et celle d'un déterminisme social dont les parents de l'auteur furent les victimes muettes et résignées, non pas contre lui-même - ce qui nous aurait privés de son œuvre -, mais contre ses contemporains ; et les "heureux élus" auront pour noms : les plus faibles pour commencer - les pauvres qu’il a soignés sans profit ; puis la communauté juive – communauté incarnant la réussite sociale ; et en médecine, cette communauté n’était pas la dernière à s’imposer non plus…

    Violence donc… bientôt étendue à toute la société ; et pour finir : à tout le genre humain.

                                                                                    

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                 N’en déplaise à Nietzsche :  et si le ressentiment à son paroxysme qu'est la haine était le sel de la terre, un moteur créatif sans rival et qui ne cessera jamais de nous surprendre ? Après Matthieu, Céline accouchant d’un évangile d’un nouvel ordre : un évangile vengeur... même privé d’une revanche digne de ce nom.

    Mais alors, Céline aura-t-il été de ceux qui, à leur insu semble-t-il, auront longtemps poursuivi en vain une quête qui cachait un besoin insatiable d'absolu à la racine duquel on trouvera très certainement une recherche effrénée de leur propre salut ?


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    1- On ne le précisera jamais assez : la haine célinienne est déjà bien présente dans "Voyage au bout de la nuit".

    2 - Il se vantera d’avoir écrit son "Voyage au bout de la nuit"… avec pour seul souci : être à l’abri du besoin, assuré qu’il était du succès de son récit : « cet ouvrage, c’est du pain pour un siècle de littérature, le prix Goncourt assuré pour l’éditeur qui s’engagera ».

    Céline avait vu juste : ce sera le succès, mais le prix Renaudot pour consolation.

    3 - Sa courte expérience de la guerre 14-18 aurait-elle révélé chez Céline des manquements - tel que le courage ou la solidarité ?! - face à ses non-compagnons d'armes, zélés jusqu'à la bêtise d'un patriotisme et d'une mort sans profit pour eux ; manquements qui ont très bien pu ternir l'image qu'il avait de lui-même et du genre humain et qu'il ne se serait jamais pardonné ; d'où un sentiment de culpabilité dont il lui a fallu, pour survivre... se libérer en imputant ces manquements à tout le genre humain : lâcheté, naïveté, fanatisme et bêtise incommensurable chez les plus humbles et les plus modestes ?

    4 - A la décharge de l'auteur... on précisera : erreur due à l’absence de culture politique et historique au sein d’une classe dépourvue des outils conceptuels propres à la compréhension de l’organisation d'une société.

    On pensera aussi au suicide social d'un Céline pour qui le peuple n'est qu'une masse sans forme et sans distinction "... dont le sadisme unanime procède avant tout d'un désir de néant profondément installé dans l'Homme... une sorte d'impatience amoureuse, à peu près irrésistible, unanime, pour la mort" et à ce sujet, il semble que Céline ait partagé ce désir et cette impatience.

                 Pour ce qui est de l'idée de décadence qu'il partageait avec Drieu la Rochelle, entre autres, ne l'a-t-il pas épousée comme personne cette décadence en soutenant un régime décadent par excellence : celui des Nazis ?!

    Quant à ce monde dans lequel il n'y aurait rien à sauver, Zola dont Céline aurait très bien pu être le fils naturel - il en avait toutes les dispositions -, n'a-t-il pas su, dans le ruisseau de la condition humaine y chercher et y trouver de l'espoir et parfois même, du sublime ?

    Céline choisira « l’Assommoir » comme référence - titre qui convenait tout à fait à l’idée qu’il se faisait des pauvres en général, et des ouvriers en particulier -, omettant sans doute volontairement « Germinal » ; lui pour qui rien ne devait germer, jamais, de l’espèce humaine mais bien plutôt, pourrir.

               Au sujet de Zola, se reporter au texte de Céline : Hommage à Zola - Médan octobre 1933

     

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    Pour prolonger, cliquez : Marc-Edouard Nabe sur Céline

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