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AA - Serge ULESKI, littérature et essais - Page 10

  • Mai 68, 50 ans déjà - un grand absent : Michel Clouscard

           

                  Cohn-Bendit par-ci, Cohn-Bendit par-là...

                  Le camelot de la construction européenne qui a fini chez Juppé puis Macron n'a de cesse d'intervenir dans les médias à propos de tout, de rien... et puis, à propos du cinquantenaire de Mai 68 ! Et quand on connaît le bilan politique et social de ce Cohn-Bendit face à tout un électorat de millions de gogos, élection après élection, année après année. …. difficile de cacher à quel point il est maintenant tout nu : sans argument, toujours sans projet et sans capacité d'analyse critique aucune : vide et vidé comme une coquille vide.

                De fausse gauche en fausse écologie, aujourd'hui on surnommera Cohn-Bendit non pas "Dany le rouge" mais bien plutôt "Dany le daltonien". Archétype du parasite en politique, et du parasite social plus généralement, Cohn Bendit n'aura finalement jamais travaillé ! Eternel redoublant de première année de FAC depuis quarante ans et plus, occupé principalement à prendre en main - et à deux mains ! - les nouvelles arrivantes, étudiantes toutes pimpantes, novices et autres ingénues de l'écologie et du baratin politique.

     

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                      Michel Glouscard, le grand absent et le grand penseur de l'après 68

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                L'oeuvre de Michel Clouscard s'étend sur quarante années, de mai 68 à nos jours  ; un mai 68 à ses yeux... contre-révolutionnaire du côté des étudiants ; un Mai 68  qui portera au pouvoir deux vichystes : Giscard d’Estaing (1) et François Mitterrand.

    Un Mai 68  peut en cacher un autre : celui des ouvriers, aujourd’hui passé sous silence. Seuls Cohn bendit et Bernard Kouchner tiendront le haut du pavé, et pour longtemps, et pour les autres ce sera : "Tout est permis mais rien n'est possible" (2).

     

    ***

     

     

                Homme du peuple, Clouscard reste un des rares penseurs des années 70 et 80 à prendre le réel à bras le corps ; ce qui explique sans doute la raison pour laquelle il est aujourd'hui ignoré. Sociologue marxiste proche du PC mais inclassable, originaire du Sud-Ouest dont il portera fièrement l'accent, à la tête d'une oeuvre à la parole socratique, une oeuvre transversale sur un plan disciplinaire, Clouscard avait comme référent Jean-Jacques Rousseau contre Foucauld et Deleuze : deux bourgeois mondains d'une gauche abstraite, fantasque et bavarde…deux fossoyeurs du rationalisme progressiste (3).

    Penseur de l'émancipation (désaliénation) individuelle - et collective par ricochet -, il est à l’origine en 1972 de la formule et du concept ravageur de « libéral-libertaire » ainsi que de cet autre concept : "l'inconscient de l'inconscient" : véritable code "génétique" historique de classe.

     

    ***


    Clouscard expliqué par des compagnons philosophes.

     

     

                 Pour prolonger cliquez : Clouscard et le capitalisme de la séduction.

     

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    1 - Merci de vous reporter aux déclarations de Mendès France dans le documentaire "Le chagrin et la pitié".

    2 - Néo-fascisme et idéologie du désir - 1973 - réédition 2008  chez DELGA. Certes en 68 côté ouvriers, le capitalisme a lâché un peu de mou mais il a obtenu en échange le départ de Gaulle (l'homme qui savait dire "non !") et le déclin du PC qui avait en commun ce à quoi de Gaulle s'opposait, la route étant ouverte pour la Banque avec Pompidou et Giscard puis Mitterrand, Sylvester Stallone se voyant finalement remettre les insignes de chevalier dans l'ordre des Arts et des Lettres par un Jack Lang amusé.

    3 - Est-ce la raison pour laquelle ces deux discoureurs font l'unanimité du PS à la droite mais rarement chez les historiens ? 

      

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  • Penser la société du spectacle de la marchandise aujourd'hui avec Guy Debord

     

                 Une question , une seule : qui fait quoi, à qui, où, comment, pour(-)quoi et pour le compte de qui ?

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    Bien avant Baudrillard et sa disparition du réel...  Guy Debord ou.. "... quand le vrai est un moment du faux" fondateur de l'Internationale lettriste (1952-1957) puis de l'Internationale situationniste (1957-1972).

    Dès les années 60, Debord prônait déjà la destruction de l'économisme, l'abolition du salariat et de la marchandise :

    "...  Le spectacle moderne  est essentiellement le règne autocratique de l'économie marchande et l'ensemble des nouvelles techniques de gouvernement qui accompagnent ce règne.

    Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation. 

     Les images qui se sont détachées de chaque aspect de la vie fusionnent dans un cours commun, où l'unité de cette vie ne peut plus être rétablie. La réalité considérée partiellement se déploie dans sa propre unité générale en tant que pseudo-monde à part, objet de la seule contemplation. La spécialisation des images du monde se retrouve, accomplie, dans le monde de l'image autonomisé, où le mensonger s'est menti à lui même. Le spectacle en général, comme inversion concrète de la vie, est le mouvement autonome du non-vivant. 

    Le spectacle se représente à la fois comme la société même, comme une partie de la société, et comme instrument d'unification. En tant que partie de la société, il est expressément le secteur qui concentre tout regard et toute conscience. Du fait même que ce secteur est séparé, il est le lieu du regard abusé et de la fausse conscience ; et l'unification qu'il accomplit n'est rien d'autre qu'un langage officiel de la séparation généralisée. 

    Le spectacle n'est pas un ensemble d'images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images. 

    Le spectacle ne peut être compris comme l'abus d'un mode de la vision, le produit des techniques de diffusion massive des images. Il est bien plutôt une Weltanschauung devenue effective, matériellement traduite. C'est une vision du monde qui s'est objectivée. 

    Le spectacle, compris dans sa totalité, est à la fois le résultat et le projet du mode de production existant. Il n'est pas un supplément au monde réel, sa décoration surajoutée. Il est le coeur de l'irréalisme de la société réelle. Sous toute ses formes particulières, information ou propagande, publicité ou consommation directe de divertissements, le spectacle constitue le modèle présent de la vie socialement dominante. Il est l'affirmation omniprésente du choix déjà fait dans la production, et sa consommation corollaire. Forme et contenu du spectacle sont identiquement la justification totale des conditions et des fins du système existant. Le spectacle est aussi la présence permanente de cette justification, en tant qu'occupation de la part principale du temps vécu hors de la production moderne. 

    La séparation fait elle-même partie de l'unité du monde, de la praxis sociale globale qui s'est scindée en réalité et en image. La pratique sociale, devant laquelle se pose le spectacle autonome, est aussi la totalité réelle qui contient le spectacle. Mais la scission dans cette totalité la mutile au point de faire apparaître le spectacle comme son but. Le langage spectaculaire est constitué par des signes de la production régnante, qui sont en même temps la finalité dernière de cette production. 

    On ne peut opposer abstraitement le spectacle et l'activité sociale effective ; ce dédoublement est lui-même dédoublé. Le spectacle qui inverse le réel est effectivement produit. En même temps la réalité vécue est matériellement envahie par la contemplation du spectacle, et reprend en elle-même l'ordre spectaculaire en lui donnant une adhésion positive. La réalité objective est présente des deux côtés. Chaque notion ainsi fixée n'a pour fond que son passage dans l'opposé : la réalité surgit dans le spectacle, et le spectacle est réel. Cette aliénation réciproque est l'essence et le soutien de la société existante.
      
    Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux."

     

                 Extrait de l'ouvrage : "La société du spectacle" essai de Guy Debord publié en 1967.

     

    ***

     

     

                    "La Société du spectacle" dans sa version filmée est sorti en 1973. Ce film, selon la théorie du détournement développée par les situationnistes, se compose d'extraits d'autres œuvres mis en lien avec certains passages du livre du même nom, lus par Debord lui-même.

     

                A propos de cette "adaptation".... on fera le commentaire suivant : l'image est bien plus forte que le texte ; de plus, "La société du spectacle" n'est pas un texte destiné à être lu à haute voix ; comme tout texte philosophique, il appartient à l'écrit ; il ne peut donc pas en sortir car, si on voit l'image on rate le texte et si on écoute le texte on rate l'image. 

    Certes, avec Godard on n'est pas plus avancé ! Avec ce réalisateur amateur de citations qui ne travaille jamais les "textes", c'est trop souvent à la fois le "discours" (faute de texte) et l'image qui tombent à l'eau et le spectateur qui sombre avec.

                         Décidément, mieux vaut se tourner vers Chris Marker.

     

     

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  • Karl Marx : 200 ans déjà et toujours aussi performant

     

     

                  Karl Marx serait donc l’auteur du 19è siècle de la nécrologie du Capital du 21e siècle. Marx aurait tout dit à propos du Capitalisme, de ses origines à sa mort prochaine, toujours annoncée, toujours remise à plus tard car le capitalisme n’en finit pas, pour les uns, de crever, pour les autres, de se transformer ; dans ce dernier cas, on remarquera qu’il n’est pas question d’adaptation car le Capitalisme a eu rarement à s’adapter ne faisant que tout aussi rarement l’objet d’une remise en cause qui le menacerait jusque dans ses fondements à la fois culturels, matériels et psychiques…

    Non ! Le Capitalisme ne s’adapte pas ; il contourne les quelques obstacles qui se dressent de temps à autre devant lui pour mieux continuer de s’étendre et de conquérir de nouvelles parts de marché car le Capitalisme est son propre marché ; de plus, c’est un « leader né » : il conduit tout autant qu’il éconduit. On dira, un rien taquin, qu'il est depuis le Moyen-Age « l’auto-mouvement d’éternité du monde en le monde » pour reprendre une formulation de Francis Cousin à propos des communautés primitives.

                 Pour revenir à l’œuvre de Marx, à son travail titanesque, on oublie un peu trop rapidement qu’il se pourrait bien que Marx ait décrit la nécrologie du communisme en pensant écrire celle du Capitalisme qui n’a pas cessé de s’étendre et de triompher jusqu’au tout marchandise ! Et quand on pense au grand projet de ce Capitalisme qui n'aime rien tant que de se fixer de nouveaux défis, un projet pour les siècles à venir qui concerne encore et toujours l’être humain, avec pour cible non pas son psychisme (cette tâche est déjà accomplie : la relation humaine n'est maintenant concevable dans un cadre exclusivement marchand ou à des fins marchandes) mais bien plutôt son corps : le trans-humanisme pour ne pas le nommer ; l’homme augmenté ; et d’une pierre deux coups : l’humain rayé de la carte...

    On peut légitimement penser que ce Capitalisme-là saura admirablement gérer notre propre mort bien avant que nous tous soyons à même de précipiter la sienne.

     

               Francis Cousin est philo-analyste, et si cela peut en rassurer plus d'un, docteur en philosophie ; émetteur et transmetteur de l’œuvre de Karl Marx sous l’œil bienveillant (dans le désordre) de Rosa Luxembourg, Simone Weil, Protopkine, Guy Debord, Marx, Engels, Hegel et des pré-socratiques - Empédocle, Héraclite et Parménide -, de mauvaises langues seront très certainement très vite tentés de qualifier Francis Cousin de « groupie marxiste» puisqu’il semblerait que Marx ait toujours raison, qu’il a tout prévu et qu’après Marx, on ne peut que radoter ou bien, travailler à la périphérie…  ce qui peut en énerver plus d’un.

    Or le malheur veut que la vérité soit dans les détails, comme pour le diable : Marx n’avait pas prévu que Henry Ford fabriquerait des automobiles pour ses salariés aliénés ; en d’autres termes, Marx n’avait pas prévu l’embourgeoisement de la classe ouvrière ou du prolétariat : congés payés pour tous, vacances et loisirs pour le plus grand nombre… et puis enfin : la télé , et là, franchement, plus aucun espoir n’est permis.

    Force est de conclure qu'il n’y aura donc pas de dictature du prolétariat  - même avec le mouvement "Nuit debout" et une action syndicale tenace de la CGT ( je plaisante ! ) -, mais la bonne vieille dictature de l’argent et de ceux qui le servent.

    N'empêche que... Francis Cousin laboure son champ - marxiste de surcroît -, qui est aussi son pré-carré ; il n’en sort jamais tout en nous invitant à l'y rejoindre…

    Francis Cousin serait donc à l’origine d’un nouveau concept : le groupie philologue ?

    Allez savoir !

     

                    Ci-dessous, quelques reprises de l'exposé de Francis Cousin au cours de son intervention chez Meta-TV :

                   - L’anti-fascisme est le pire produit du fascisme et de la dictature de la marchandise tout comme l’antiracisme est le pire produit du racisme et de la domination du patronat...

                   - Prolétariat : condition de l’anti-humain ; classe d’hommes et de femmes qui n’ont aucun pouvoir sur leur condition d’existence...

                   - Classe capitaliste :  la liquidation de la bourgeoisie propriétaire des moyens de production issue de la révolution française date de 1914. Cette bourgeoisie a été supplantée par des oligarques, des fondés de pouvoir, salariés non propriétaires des moyens de production de la dictature marchande (industrie, services, commerce et médias)...

                    - Révolution bolchévique : Marx est l’anti-thèse radicale du bolchévisme. Marx prône la disparition de l’Etat et de la dictature de l’argent...

                    - Franc-maçonnerie : avant-garde du Capital...

                    - Satanisme : le satanisme, c’est le culte de la marchandise ; de l’impuissance à conduire sa vie, son existence, à pouvoir peser sur elle (réification de l’être humain, de l’être primordial), arrive alors le transfert sur la souffrance de l’autre...

                    - Terrorisme, ingénierie sociale… tout est immanent ; immanence du fétichisme aliénatoire de la marchandise et de son despotisme qui se répand sur le monde...

                    - Tradition primordiale chez Marx : l’essentiel et le début, le primordial est à la fois ce qui est important (qui arrive en premier) et ce qui est au début. La tradition primordiale, cette aspiration, cette invariante sacrale qui, depuis la dépossession de notre être, subsiste en chacun de nous, est la cause de notre insatisfaction avec le monde contemporain car avant la scission de l’homme avec l’homme et de l’homme avec la nature, durant des millénaires nous avons vécu en communauté organique, sans Etat, sans argent, sans exploitation...

                    - Le sacral n’est pas le sacré. Le sacral c’est l’être achevé ; le sacral est anti-religieux, c’est le sacré sans la religion. Le sacral c’est le tout du monde (voir les pré-socratiques : Héraclite, Parménide) ; un monde insécable. Alors que le sacré à côté du profane est le liquidateur judiciaire du sacral.

                    - Révolution néolithique : naissance du capitalisme ; stock agraire, surplus de production ; naissance de l’échange, du troc entre groupes externes puis internes ; d’où la destruction de la communauté avec l’échange.

                    - Proudhon versus Marx : Proudhon veut équilibrer la contradiction de la marchandise ; le bon côté de l’économie venant tempérer le mauvais ; une solution : le mutualisme, la coopérative pour amender les excès du capitalisme. Alors que pour Marx, le capitalisme et le fétichisme de la marchandise ne sont pas amendables ni améliorables car toute l’économie politique débouche sur la même exploitation.  On n’aménage pas, on le détruit. Pas d’économie nouvelle, pas de système bancaire nouveau : il faut supprimer la politique, l’échange et l’argent.

                    - La révolution agraire : transfert des campagnes vers les villes, cette révolution marque la naissance du règne de la marchandise en permettant la naissance d’un capitalisme industriel et moderne. 1789, acte militaire, est censé mettre la France à l’heure des pendules de la révolution industrielle anglo-saxonne.

                    - Marx et le Judaïsme : le Judaïsme est l’appendice de l’argent ; les textes religieux juifs codifient une alliance commerciale abrahamique.

                    - Une remise en cause que le Capital ne peut pas admettre, récupérer, dépasser ou recycler, c’est la remise en cause du « tout marchandise » ; remise en cause du consumérisme, du mercantilisme.

                    - Seule la colonisation permet au Capital de résoudre les crises : colonisation, captation des richesses, des territoires, des ressources pour affaiblir la concurrence ou mettre hors-jeu des régions entières : le Moyen-Orient depuis les années 90, Syrie en tête qui a le tort de résister à l’hégémonie des USA et de ses alliés.

                    Et Francis Cousin de nous rappeler à toutes fins utiles : "Depuis le 11 septembre - manipulations monétaires (économie financière sans lien avec la production) et manipulations terroristes (le capitalisme dans sa phase supérieure veut le chaos du monde pour mieux maîtriser des territoires stratégiques) sont indissociables. Le terrorisme est le cœur stratégique de la production de la terreur ; pour créer l’union nationale il faut le terrorisme : l’endormissement et le renoncement à une autre organisation de l’existence en remettant en cause le mondialisme.

    Dans ce contexte, Islam et le djihadiste accouchent de mouvements archaïques incapables de menacer la suprématie étasunienne sur un plan technologique et économique."

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  • George Steiner : Le pèlerin de tous les possibles

     

              george-steiner.jpgGeorge Steiner, c'est ce ver luisant de l'intelligence à chaque fois que la nuit recouvre l'entendement. Ôte de l’humanité, cette humanité, il la reçoit tout en étant reçu par elle : " La patrie c’est là où on peut travailler… là où on vous laisse travailler."

    ***

              Il est un des plus virulents critiques de la politique d’Israël : « Torturer un être humain, c’est le transcendant du mal absolu ; plutôt se tuer que le faire !"

    Or, Israël devra continuer de torturer.

    George Steiner, c'est aussi et surtout la meilleure réponse que l’on puisse adresser, ici en France, à un BHL, à un Zemmour, à un Finkielkraut, à une E. Lévy, à un Goldnadel, à des médias et une grande partie de la classe politique… comme autant de figures emblématique du naufrage de tout un héritage et de la descente aux enfers d'une raison d'être au monde défaillante et corrompue ; déliquescence qui semble aujourd’hui irréversible.

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                   George Steiner : La barbarie de l'ignorance

                 Antoine Spire jadis producteur sur France Culture, remercié par une gourde, Laure Adler alors qu'elle prenait la direction de France Culture... s'entretient avec George Steiner autour de la re-publication de son ouvrage sur Heidegger. 

    Ils évoquent la fascination des penseurs juifs pour Wagner, Nietzsche et Heidegger et plus largement, la fascination des intellectuels pour les systèmes totalitaires : URSS et Chine.

    Au sujet de Heidegger et son engagement auprès des Nazis, un Heidegger qui a formé une grande partie des intellectuels du XXè siècle, Steiner fera la remarque suivante : "Le plus grand des penseurs peut être le plus petit des hommes."

    Antoine Spire insiste sur l'absence de l’être humain, de l’individu humain, l’a-humanisme de Heidegger comme une sorte de « planète vide dans le soleil grec du matin ».

    Héritier des pré-socratiques, très grand élève d’Aristote, peut-on suggérer que « Heidegger s’est retiré du monde dans le langage » ?

    Steiner réplique que tout notre vocabulaire écologique pourrait bel et bien venir des premiers écrits de Heidegger, ceux des années 20 après la catastrophe de la première guerre mondiale : la dénonciation de la mécanisation totale, brutale, anonyme de la vie par l’être humain pour une exploitation totale de la planète en lieu et place d’un désir de vie, un désir de laisser vivre la vie.

    Plus tard, il sera question du langage et de son origine ; ce miracle qui définit l’homme car l’homme c’est l’animal qui parle, puis la déconstruction qui mettra en cause la correspondance entre le langage et la réalité : la communication. Arrive alors le doute généralisé qui a pour conséquence la remise en cause de l’autorité qui repose sur la confiance et la compétence.

    Déconstruction de la personne humaine aussi qui nous laisse avec une énergie terrible d’absence : le vide plein du souvenir de ce qui n’est plus.

                 Sans Dieu, avec la perte du sujet, qu’est-ce qui est encore possible ?

    Michel-Ange, Bach, Beethoven, Shakespeare, Dostoïevski…  les anciennes formes ne reviendront pas. L’Histoire ne serait alors que du passé ? Et notre époque... l'épilogue, comme une grande fatigue de l’Histoire?

                George Steiner souhaite conclure avec ceci : "L’esprit humain est indestructible."

    Et c'est là une raison d'espérer encore.

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    George Steiner à propos de son roman "Le Transport de A.H".

                 Si on peut regretter chez Steiner des lacunes dans le domaine de la politique - qui fait quoi, à qui, où, comment, pourquoi et pour le compte de qui -, ainsi qu'à propos des apports de la psychanalyse que George Steiner rejette, la psychologie des Peuples et des Nations aussi, lui, le voyageur solitaire, il n’en demeure pas moins qu’il y a un reproche que l’on ne pourra jamais adresser à George Steiner : c’est de ne pas comprendre ceux qui ont fait l'Histoire ainsi que les auteurs qu’il a lus, contrairement à d'autres, aussi cultivés que bêtes.

    Pour prolonger, cliquez : Steiner, un diamant d'intelligence

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                  Pour prolonger, cliquez : de l'Art, de la littérature et autres considérations

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  • L'Autre... encore et toujours !

     

                  Pas moyen d'échapper à l'Autre ! Rien à faire ! Non ! Vraiment !

                  Il est nos moindres gestes. Il est ce qu'on n'osait plus être ou bien, ce qu'on ne soupçonnait pas. Il est celui par qui le scandale arrive cet Autre qui nous mine car, il est la liberté qu'on se refuse à soi-même dans l'espoir qu'il en fasse de même. Passe-droit, il aura tous les devoirs de notre charge. Impulsion du matin, insomnie du soir, il est toutes nos craintes, aussi irraisonnées soient-elles. Par son absence, il est tous les reflets devant le miroir. Il est toutes nos humeurs. Il est celui qu'on chérit le plus au monde et celui qu'on maudit quand impitoyablement, le manque nous gratifie d'un doute insupportable car il est la peur ! Oui ! La peur ! Quand de le perdre, on a peur et puis, peur encore... peur qu'il ne s'égare et qu'il oublie de rebrousser chemin et ce faisant, qu'il nous oublie à jamais car, on n'en sort pas. Non !

    L'Autre, c'est l'enclos, la barrière et le dernier horizon. Il nous prive de toute issue. Après lui, le précipice ! Brisé, démembré, disloqué, en miettes inconsolables ! Volets fermés, rideaux tirés, porte verrouillée, il est la suffocation et la panique dans un espace qui se réduit à quatre murs et un plafond. Un ravage cet Autre ! Un cauchemar torrentiel son absence dont la rage et l'irréductibilité absolue de sa force vous terrifient et charrient des flots d'images avec pour seul thème récurrent le manque, encore le manque et la peur de ne jamais pouvoir le combler ce manque insondable, qui vous aveugle et vous pousse au vertige.

     

    ***

     

                   Et c'est alors qu'elle a pensé : "Un lit ! Vite ! Un lit !" Sa vie et tous les empires de tous les sens contre un lit ! Un lit pour s'y retrouver seule avant de l'y retrouver et donner libre cours à une nouvelle tentative héroïque de survie et ne pas... surtout pas, sombrer dans la folie du manque.

    Un lit ! Vite ! un lit pour y faire le lit de retrouvailles fantasmées jusqu'à la déraison et s'empresser de le rêver... lui, encore et toujours ! Se lover dans son souvenir, le cajoler, le contempler béate et puis, l'écouter et lui parler aussi. Plus qu'un lit, son dernier refuge d'une urgence absolue dans lequel elle ira chercher un apaisement et un soulagement qui viendront résorber les hématomes d'un quotidien qui... pour ne pas l'épargner, invente sans cesse de nouvelles exigences, de nouveaux devoirs ; ecchymoses d'une existence dont elle ne retire rien faute de pouvoir en extraire quoi que ce soit qui en vaille la peine, sinon, les restes qu'on voudra bien lui laisser : miettes d'accalmie et de bonheur.


    Vite ! La chambre et puis, un lit avant l'arrivée de cet intrus insupportable dont la présence, même passive vous révolte et vous indigne. Une gêne haïssable la venue de ce conjoint. Bien plus encore... un viol, cette présence dans ce lit qu'elle avait cru pouvoir destiner à la remémoration de leur dernière rencontre : regards, paroles, gestes, sourires, éclats de voix, rires, gémissements, pleurs et puis, le silence quand tout est dit, lui à ses côtés comme une unique et dernière assurance contre la désespérance, toute peur maîtrisée, tout danger écarté, apaisée.

    Un lit mais… une porte aussi ! Dernier rempart ! Forteresse de son désir de ne plus rien voir et de ne plus rien entendre. Ah ! Cette porte que l'on ouvre pour mieux la refermer sur un monde qui a la prétention de vous faire oublier une raison d'être et de demeurer enjouée et debout envers et contre tous. Un monde étouffant d'inutilité et d'agitations incompréhensibles, à la longue... devenues étrangères, incongrues ; une vie aux responsabilités épuisantes, aux contraintes stériles et sans équivalence et sans réciprocité : un fardeau indigne cette vie !

    Oui ! Un lit et une porte pour ne plus entendre cette voix qui gronde sans raison et qui porte au delà des murs de ce foyer guerrier toute l'étendue d'une autorité dont l'exercice imbécile et veule achève de vous faire désespérer de tout, et de soi-même. Jappements inconséquents, aboiements indistincts et assommants ; ceux d'un chien face au danger qui se retire et qui n'avait de menace que l'idée que s'en faisait cet animal ; mille injonctions aux motifs inavouables d'intolérance et d'égoïsme ; intarissables de prétextes, ces injonctions qui viennent une nouvelle fois signifier à cette humanité maintenant inconsolable, eh bien, que rien ne saurait justifier l'éventualité de la menace d'une tentative de rébellion.

    Oui ! Une porte et puis, un lit. Un lit pour y trouver enfin le sommeil et poursuivre en rêve le grand récit de leurs rencontres, après y avoir pleuré toutes les larmes dont notre humanité est capable quand tout la heurte, la blesse, face à cette vie qui lui refuse un destin juste et enviable.

    Et encore un lit mais... pour y prier aussi... quand elle ne pourra plus le quitter ce lit, vaincue au terme d'une résistance farouche, terrassée par l'immensité de la tâche qui l'attend... au pied et au saut de ce même lit, et derrière cette porte, incapable de retrousser ses manches et de revêtir le tablier d'un laminoir haïssable qui a raison et vient à bout de tous les entêtements aussi légitimes soient-ils.

    Un lit pour y prier qu'il ne devienne jamais sa tombe ; une tombe au marbre noir et lourd d'une défaite que d'aucuns jugeront... sans gloire et sans honneur.

     

     

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    Extrait du titre : " Cinq ans, cinq nuits"

     

    A propos de l'ouvrage... cliquez Cinq ans, cinq nuits

     

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  • Ce qu'on laisse dans la mémoire de ceux qui restent...

     

    Décès de Lucienne L. le 2 juillet 2011 à l'âge de 87 ans

     

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           La cloche a sonné. C’est la rentrée des classes. Haut les cœurs !

     

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    « Vous êtes le Monsieur de la télé, n'est-ce pas ? J’espère que vous m’avez pas attendu trop longtemps !
    - Non ! Non ! Je parcourais mes notes. Vous êtes Gérard Louvier ?
    - En personne. Excusez mon retard, j'étais à un enterrement.
    - Vous êtes tout excusé.
    - Tenez ! Puisque vous êtes là, autant que je vous en parle.

    - Me parler de quoi ?

    - Sur le chemin du retour, j'ai pensé à quelque chose. Vous savez pourquoi ils mettent des graviers dans les allées des cimetières ?
    - Non.
    - En plus, ça fait un boucan d'enfer quand on marche. Vous êtes d'accord ?
    - C'est vrai.
    - Je vais vous dire : en fait, c'est fait exprès.
    - Exprès ?
    - Oui. C'est fait pour.

    - Pour ?

    - C'est fait pour éviter qu'on surprenne les morts, qu'on les visite à l'improviste. Avec le gravier dans les allées et le bruit qu'on fait, ils nous entendent venir de loin. Alors, comme ça, ils ont le temps de se préparer. Par exemple, s'ils sont en robe de chambre, ils ont le temps d'enfiler un pantalon ou une robe et de mettre un T-shirt. Vous voyez ?
    - Je vois.
    - Regardez ! Vous connaissez beaucoup de gens qui aiment qu'on leur tombe dessus par surprise ?
    - Non.
    - On veut tous être prévenus. Toujours ! Nous surprendre c'est un peu nous faire honte. Et personne n'aime avoir honte. C'est vous dire à quel point il est difficile de faire confiance... confiance aux autres et puis, à leur regard surtout. Oui ! Leur regard. Parce que... si on s'est pas préparé, eh bien, ils auront vite fait de nous juger. C'est fatal. Et vous faites pas d'illusion ! Leur jugement fera de nous des moins que rien parce que… dans ces moments-là, leur regard fait qu'on devient tout sauf ce qu'on a toujours souhaité être aux yeux des autres et aux yeux de celui-là en particulier qui nous tombe dessus sans prévenir. J'vais vous dire : si on pouvait plus cacher quoi que ce soit à qui que ce soit, eh bien, ce serait l'enfer pour tout le monde. J'en suis sûr.
    - Sans doute. Sinon, ça s'est bien passé cet enterrement ?

    - Bien passé ?

    - Oubliez ma question. Elle est idiote.
    - Je sais pas si ça s'est bien passé. On était deux à son enterrement.
    - Deux ?
    - Y'avait juste sa fille et moi.
    - Sa fille ?
    - Oui. On a enterré sa mère. Sinon, c'était bien la peine de faire toutes ces dépenses : le voyage, la cérémonie, le transport du cercueil, la place au cimetière. Et puis, sa fille n'avait pas un rond. Fauchée, qu'elle est sa fille ! Alors, je me dis qu'une incinération aurait suffi. Les cendres dans une urne, et hop ! Le tour est joué.
    - Elle avait quel âge ?
    - Sa fille ?
    - Non, sa mère.
    - Soixante treize ans, je crois.
    - Soixante treize ans ! Et vous n'étiez que deux ?
    - Oui, deux.
    - Et les autres ?
    - Quels autres ?
    - Elle est morte à soixante treize ans, elle a dû connaître du monde, non ?
    - Oui, peut-être ! Mais faut croire que j'étais le dernier à l'avoir connue. Quant à sa fille, eh bien, c'est différent. J'imagine qu'elle a connu sa mère depuis sa naissance.
    - Sa naissance ?
    - Oui, sa naissance à elle, sa fille. L'autre jour, je me disais : avec la mort, c'est énorme ce qu'on abandonne. Quand on pense à tout ce qu'on laisse derrière soi et tout ce qu'on quitte. Vous imaginez un peu ? Toute une vie, la nôtre et puis, celles des autres aussi. Toutes ces agitations ! Agitations de toute une vie. Pensez à toutes ces paroles échangées, à tous ces visages croisés, ces mains serrées, tous ces corps rencontrés, touchés. Et puis, les voix, les bruits, les larmes, les cris ! Ca doit être énorme ce qu'on laisse dans la mémoire de ceux qui restent.
    - Mais là, vous me dites que vous n'étiez que deux.
    - Je sais ce que vous pensez. Vous vous dites : "Deux à son enterrement ! C'est comme si il n'y avait eu personne, finalement." Remarquez, moi-même je serais plutôt tenté de penser la même chose : deux à son enterrement, c'est comme si personne n'était venu.
    - Et sa fille ?
    - Sa fille, elle a pleuré. C'a fait du bruit et du tapage.
    - Et vous, vous avez pleuré ?
    - Non. Comme je viens de vous le dire, il y avait sa fille et ça suffisait bien. Et puis, pour moi, c'était différent. Je m'occupais d'elle de temps en temps seulement... quand sa fille pouvait pas venir. Voilà. D'où mon retard à cause de cet enterrement.
    - C'est rien Monsieur Louvier. Tout va bien."

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    Extrait du titre : Paroles d’hommes

     

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  • Mieux vaut une solitude à deux qu'une solitude à soi

     

                   Le temps nous manque quand il s’agit d’être patient et de pardonner à ceux qui nous aiment mal, là où toute concession faite à l'autre - une de plus d'une longue série - ne peut l'être qu'au détriment de notre assise physique et de notre santé mentale.

    La pusillanimité suit le même chemin que l'amour quand ce dernier se retire. L'indulgence ne reste pas une minute de plus. Seul reste le désir ardent que tout finisse.

    Une poignée de cendres, pénurie d'amour jusqu'à la famine ; une vie à deux de somnambules, un dernier souffle de haine et de souffrance jusqu'au moment de la rupture qui arrive enfin...

    On s'est décidé : on part. Dans notre désir de rupture, dans ce que nous ne voulons plus, il y a bien plus que ce refus : il y a ce à quoi notre volonté aspire, au plus profond, tout ce à quoi nous souhaiterions dire oui.

    Avec la fin de l'amour vient la solitude à deux. Avec la fin du couple, le combat, la lutte à mort et une fois ce combat mené à son terme, encore la solitude pour peu qu'on ait fui sans solution de rechange. La déception et l’épuisement qui ont forcé notre départ, leur poison nous accompagnera dans nos moindres déplacements et dictera tous nos choix, subrepticement car, on n’abandonne rien finalement ; on choisit simplement un autre cadre de vie, un autre décor pour souffrir seul et panser nos plaies, hommes et femmes confondus ; affres qui n’épargnent ni le passé, ni le présent, la totalité du temps ; et même l’avenir, cet imprévu qui nous renvoie… à ce que nous sommes et avons quitté : hier, aujourd’hui sans plus d’attente, sans espérance, sans nostalgie certes ! Mais sans plus de promesse.

     

     

    ***

     

                 Quand le couple n’est plus qu’une accoutumance, un savoir-faire et un savoir-être pétrifiés et figés de l'un sur l'autre et de l'un envers l'autre, quand tout y est visible et lisible dans ce couple, on peut être tenté de penser que tout a été dit et que tout a été atteint - du moins, tout ce qui pouvait l’être. C'est alors que le couple est rendu à sa substance première, fortement teintée d'arithmétique et de fiscalité : un et un font deux... qui font deux parts.

    Union pleine à moitié ou bien, union à moitié vide, c’est selon. Après un nombre d'années non négligeable, rien n'y est tangible, rien n'y est vrai dans une union à deux. Et seule l’humeur du moment déterminera le regard que l’on portera sur cette plénitude incomplète, fruit d'une union d'intérêts bien compris et sur laquelle aucun effort, aucun investissement supplémentaire n'aura d'effet. Car, pour le reste... quand rien de ce qu'on nous donne ne convient - si d'aventure, on nous le donne -, ce reste sera tu, caché, indéchiffrable, à jamais enseveli, inaccessible puisqu’il n’existe aucun espoir d’être compris et accepté tel que l'on souhaite être et pour ce que l'on est : en effet, la moindre tentative de dévoilement de soi dont l'enfance avait pu un temps nous laisser espérer la possibilité et le bienfait, provoquera immanquablement la rupture de l'un avec l'autre car, la moindre quête d’authenticité mettra en péril un équilibre toujours précaire, un acquis sans cesse menacé : celui d'une vie de couple établie de longue date et dans laquelle on aura longtemps cessé de penser par soi-même, en toute indépendance, sacrifice consommé.

    On n’ira donc pas plus loin, et l'on ne creusera pas plus profondément. Le tour a été fait ; la circonférence aussi. Dissocié de l'autre, le noyau, ce cœur impénétrable, demeurera à jamais inaccessible puisqu'il ne concerne personne d’autre que soi et qu’il en a toujours été ainsi aussi loin qu'on se souvienne et les autres avec nous. Certes, la périphérie est encore atteignable mais elle n'engendre plus, à la longue, que des frustrations sans nombre, dos au mur, face à l’empêchement qui se dresse devant l’un et devant l’autre.

    Le couple atteint son point culminant au bout de cette impasse à la fois subie et pour certains d'entre nous, vivement souhaitée, gage de sa longévité ; il arrive à maturité et à sa finitude dans ce renoncement partagé, dans cette infirmité, dans cette incapacité, cette inaptitude d'un caractère nouveau : inaptitude d'une compétence au-delà de tout reproche, d'une efficacité redoutable quand la durée devient la seule mesure de son succès.

    Si personne ne nous enlèvera de nous-mêmes, reconnaissons, néanmoins, qu'avec le couple, le don de soi fait à l'autre devient une diversion opportune et salvatrice dans une vie trop grande pour soi et dont on offre le surplus : c'est toujours ça en moins à porter et à supporter, seul. Nous sommes deux maintenant à pouvoir échapper à l’enfermement de soi dans soi ; enfermement qui nous condamne le plus souvent à un amenuisement aussi certain que dommageable.

    Aussi, pour cette raison qui en vaut bien d'autres, d'aucuns ajouteront : mieux vaut une solitude à deux, qu'une solitude à soi, si la solitude doit être notre lot.

     

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    Extrait du titre : "La consolation"

     

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  • Torpeur

     

    Le pire est arrivé : dehors, la pluie. Elle ne sortira pas.

     

    Il est dix heures, onze heures : comment savoir. Sa chambre est le centre du monde et son lit, dans lequel elle se glisse seule depuis des mois, son cœur ; un cœur aux battements imperceptibles.

     

    Toujours inerte, elle tente d’échapper à elle-même : ne pas exister - pas encore du moins -, avant le réveil définitif de sa conscience qui ne lui offrira rien de bon ; rien qui n'ait pas déjà été vécu. Et toujours pas de miracle. Elle regarde s'entrechoquer les atomes dissolus de son existence ; une volée de particules lancée par une main invisible et tumultueuse. Quelque chose s'est effondré dans sa vie mais elle continue à vivre dans les gravats et la poussière ; c'est l'asthme de sa joie qui éternue chaque fois qu'il lui faut respirer ne serait-ce qu'une goutte de bonheur.

     

    Elle voit des zones perdues, des terrains vagues, des friches, des quartiers relégués. Soudain une douleur familière, sourde et insidieuse : le plus banal des maux de tête ; le plus banal et le plus détestable et puis, une impression pénible, une bouffée désespérante : elle sait que cette douleur ne la quittera pas de toute la journée. Irritée, elle se tourne sur le côté droit, puis sur le dos ; le ventre maintenant ; elle s'est enroulée autour de ses oreillers. Elle a peu d'espoir. Le sommeil est derrière elle. Elle le sait. Elle ne se rendormira pas.

            

     

     

    Quitter le lit. Concentrer tout son effort sur une seule partie de son corps : les  jambes ; cuisses, genoux, mollets, pieds ; les ramener vers soi,  vers le centre et retrouver une belle unité. Serrer les dents et s'extraire. En vain. Les yeux ouverts, impuissante, seule une lassitude la conseille.

     

    Vient alors le jeu ; des réussites sans nombre, sans fin, toute la vie durant ; et puis, elle, pour gagner, toujours ! Elle a d'abord pensé partir en promenade le long d'une route avant de s'enfoncer dans une forêt : côtoyer des arbres centenaires ; s'asseoir au sommet d'un talus et dominer de la vue une clairière ; oiseaux qui lancent leurs cris, appels urgents et tendus. Elle mâchonne des herbes, n'importe lesquelles. Elle grimace. Un insecte la fascine, un tronc d'arbre, son écorce. Pas une âme qui vive, sinon la sienne.

     

    Loin des mises en garde, des contraintes et des sommations de toute sorte, la vie a du bon, c'est sûr ! Elle pense à une île déserte et à la possibilité d'y vivre seule, sans désir, ni ressentiment, sans crise. Une vie devant soi pour ne rien en faire. Elle imagine une mer étale, un horizon sans ciel ; navire, elle s'y déploie sans retenue, sans danger, sereine ; étrave, elle fend les flots, majestueuse ; capitaine, elle se tient sur le pont, droite et fière. La voilà vague, écume blanche ! L'idée d'un cadran solaire maintenant : « Immobile je serais, le soleil tournerait autour de moi et la lumière et l'ombre... »

     

     

             Elle se retire du jeu. Les volutes de sa pensée s’élèvent lentement puis disparaissent dans la confusion d’un monde trop grand et trop complexe pour elle : c’est la vie qui la rappelle à l'ordre. Un corps sans forme la redécouvre. Elle se décide à se lever. Après celui de sa chambre, elle a tiré le rideau de la salle à manger, s’est approchée de la baie vitrée du salon ; elle a pensé : "Vivre sans prudence aucune, sans protection, sans abri !" avant de reculer effrayée, convaincue de son incapacité à assumer une telle existence.

     

     

    Renoncer, se délivrer du chaos des aspirations irréalistes, des besoins et des rêves insensés ? Soit ! Pourquoi pas ! Mais alors, sans ce chaos que nous reste-t-il ? Une vie ? Mais... pour quelle existence ?

     

    Trouver ou espérer juste de quoi survivre ? Un secours ? Une attention ?

     

    Où trouvera-t-elle un regard dépourvu de tout jugement, un regard sans mémoire, un regard au-delà de cette humanité qui est la nôtre et qui fait que le regard porté sur autrui sera toujours le reflet de tout ce dont on ne veut pas pour soi-même, et pour rien au monde ? Auprès de qui ira-t-elle chercher ce regard vierge qui nous invite à reconquérir une volonté et une estime de soi sans lesquelles tout semble si difficile, inaccessible, cruellement hors d’atteinte ?

     

    Ce don d’un regard compassionnel, où trouvera-t-elle la volonté de le susciter et de le conquérir ? Où donc ?

     

     


    Extrait du titre "La consolation" - copyright Serge ULESKI

     

     

     

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  • Territoire des ressources humaines

     

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    :L’aigle a déployé ses ailes...

     Alors que les salariés ne connaissent de l’entreprise que le poste qu’ils occupent, l’aigle, lui, survole toutes les pistes de son territoire et explore toutes les voies qui mènent à eux.

    Le survol de cet aigle c’est celui du maître des lieux qui fait sa tournée comme un propriétaire fait le tour de ses terres, serrant des mains, opinant du bonnet ici et là. Jamais il ne se pose. Toujours en mouvement à l’écoute des rumeurs, à la recherche du moindre malaise et des conflits larvés.

    Quand on surprend son vol, les rares fois où l’on pense à lever la tête, il annonce une nouvelle distribution des cartes qui célébrera bientôt l’apothéose de la vie accoucheuse de stratégies aussi surprenantes qu’inattendues, en un tour de main, jusqu’à rendre méconnaissables et les lieux et le travail qui y est effectué.

    Son survol peut être celui d’un prédateur cherchant sa nouvelle proie l’appétit au ventre, affamé : les rêveurs, les tire au flanc, les faux culs, les fumistes, ceux qui ne doivent rien à eux-mêmes et tout à ceux qui les ont nommés.

    Pour tous ceux-là, ce sera grandeur et décadence ou bien, grandeur et déchéance. C’est selon et… c’est du pareil au même.

    Autre objet de son attention : le peuple silencieux. Toujours en retard sur la vie de leur travail, ces travailleurs candides, puisqu’ils n’en contrôlent ni les bouleversements ni les adaptations. Un jour, on leur signifiera leur congé définitif et en attendant, on se contentera de les conduire inévitablement et à leur insu, à leur perte et ce, bien avant que l’heure de la retraite ne sonne.

    Sur eux, la pression s’est accrue : horaires chaotiques, contraintes de résultats, menaces de licenciement. Outils de discipline au travail par excellence cette pression ! On leur parlera de flexibilité, d’autonomie et de polyvalence - comprenez : isolement et solitude -, sans oublier de mentionner des changements permanents qui nécessiteront de nouveaux comportements.

    Cet aigle, c’est aussi un sourcier céleste fouillant du regard, scrutant, maladif, le sol, le sous-sol et ses plus petits interstices, en annonciateur de déluges qui viendront balayer tous les pauvres bougres en deçà de leurs attentes et au-delà de leurs craintes ; et les autres aussi : ceux qui se croyaient à l’abri.

    Nouvelles exigences des temps modernes : le retour à l’instabilité généralisée et permanente du monde. Il est tous les glissements de terrain purificateurs cet aigle blutoir qui tamise cette poudre farineuse que sont ses effectifs. Cette instabilité a pour nom : meurtre productif... si vous l’interrogez dans l’intimité de sa retraite, c’est à voix basse qu’il vous fera cette confession, le regard inquiet de peur qu’on ne l’entende alors qu’il ne souhaite être entendu de personne.

    Il poursuit partout et sans relâche la liquidation de l’ancien monde, celui d’hier matin et prépare déjà celle de demain. Cet ancien monde, c’est le monde tel qu’il ne lui convient pas mais tel qui pourrait tout aussi bien lui convenir si d’aventure ce monde devait servir ses intérêts.

    Le territoire (1)de cet aigle a pour le nom : DRH ! Et son occupation : gestion des ressources humaines, ou GRH.

     

    _______________

     

            Territoire dirigé et occupé dans une majorité écrasante des cas par des femmes. Et si on ne compte plus les épouses qui divorcent des maris licenciés ou au chômage depuis trop longtemps, la commisération et la loyauté fondant comme neige au soleil lorsque l'insécurité pointe le bout de son nez, pareillement, est-il légitime de s'interroger au sujet de ceux, ou plus précisément... au sujet de celles qui occupent ce territoire. Car enfin... qu'est-ce à dire ? Des femmes, des mères dévoreraient donc leurs propres enfants telles des mantes religieuses coupant des têtes : licenciements, démissions forcées, retraite anticipée, mise au placard de millions de salariés…

    Aussi, les femmes, hier encore dominées, seraient-elles les mieux à même de servir les intérêts des dominants qui sont majoritairement des hommes ? Les victimes faisant alors d'excellents bourreaux-exécutants et les esclavages... des maîtres sur-doués. 

     

    ***

     

              Et si le pouvoir (et la trahison ?) était bi-sexuel ? Ou bien encore : et si le pouvoir n'avait pas de sexe ? A la fois eunuque, frigide et stérile mais brutal... d'une brutalité à la hauteur de sa propre impuissance et infirmité ?

     

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    Extrait du titre "La consolation" - Copyright Serge ULESKI


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  • Alain philosophe, Michel Onfray, France culture : chasse à courre et antisémitisme

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                      Alain antisémite, lui aussi ?

                      Rappelons ceci : 

                      Avant 1945, peu nombreux sont ceux qui hésitaient  lorsqu'il était question de  porter un jugement sévère à l'endroit de toute origine juive, aussi loin que l'on puisse remonter : auteurs, artistes, religieux, intellectuels, philosophes et les bouchers- charcutiers... 

    Dans ce contexte, pourquoi et comment le penseur Alain aurait-il pu faire exception ? Car si le fait d'être antisémite avait empêché le talent, voire le génie, très vite, tous auraient cessé de l'être ; or, ce n'est manifestement pas le cas puisque l'on ne compte plus le talent et le génie chez ceux qui le sont, tout en gardant à l'esprit que nous avons tous de bonnes raisons de penser ce que l'on pense à tort ou à raison.

    Et aujourd'hui plus encore, depuis ces 20 dernières années, le sémite et l'antisémite ainsi que le pro-sémite  (non juif), tous figés dans un face à face et un dos à dos qui ne connaîtront certainement aucune fin. Leur tort à tous : exclure toute idée d'exception qui confirmerait et informerait la règle suivante : "Tous les Juifs sont haïssables" et puis : "Tous ont été, sont et seront antisémites". 

                   Quant à Michel Onfray, cet auteur  a tellement d'écrits à se faire pardonner (sur Freud et son soutien à Jean Soler entre autres fautes quasi inexpiables par les temps qui courent à leur perte)... qu'il balance à tout va : on se rachète comme on peut quand on croit avoir accumulé des dettes sans nombre auprès de créanciers manipulateurs, d'une mauvaise foi consommée, puissants et vindicatifs. Sans doute un jour Onfray viendra-t-il nous annoncer que dans sa famille, les antisémites étaient légion : il balancera ses propres parents, frères et sœurs une fois qu'il aura balancé tous les autres.

    Il y a ceux qui durant l'occupation dénoncé des Juifs ; aujourd'hui, il y a ceux qui, sous la dictature du CRIF ( des médias et de la quasi totalité de la classe politique), sa défense d'Israël et la persécution de ceux qui, ici sur notre sol, refusent de baisser la tête devant cette officine israélienne - à propos, entre autres sujets, du sort qui est fait à ce petit peuple vaincu, humilié et volé : le peuple palestinien - ; parallèlement, on ne compte plus ceux qui se font un devoir de rapporter des propos ou des écrits qualifiés à tort ou à raison d’antisémites : Onfray est un de ceux-là manifestement mais comme à rebours, comme en retard pour ainsi dire.... avec une touche d'anachronisme dans ce travail de dénonciation car enfin Monsieur Onfray,  on n'est plus en 40 !

    Cela dit : dénoncez, dénoncez, il en restera toujours quelque chose ! C'est sûr !


                       Ou bien alors, la démarche de Onfray est beaucoup plus subtile : sous couvert de dénoncer l'antisémitisme, Onfray tenterait-il de nous dire ceci : "Décidément, on peut être antisémite et être un type bien, plein de talent et de génie qui plus est ! Voyez Alain qui n'est pas Céline !"...

    Eh oui, eh oui ! et ça, c’est déjà quand même plus intéressant à débusquer et à analyser chez ce graphomane toujours désireux de plaire finalement pour rester dans la course, à l'antenne et sur toutes les antennes.

    La lutte contre l’antisémitisme aurait-elle alors comme nouveau visage sa dénonciation contre les meilleurs d’entre nous ; ceux d'hier et d'aujourd'hui : auteurs, artistes, intellectuels ? Au côté d’une dénonciation de l'antisémitisme d'une autre motivation et par voie de conséquence, d'une autre nature (dénonciation conduite par le CRIF principalement et ses relais)  qui a la fâcheuse habitude depuis trente ans d’être le refuge de la canaille (ou de carriéristes) comme jadis l’exhortation au patriotisme ?

    C’est fort possible.

                      Pour revenir à Onfray et sa "dénonciation" du philosophe Alain, sans doute une dénonciation de trop, le courage  quand il  a mauvaise conscience (rapport à ses écrits contre Freud et son soutien à l'ouvrage de Soler et sans doute aussi... aux origines modestes de l'auteur) , en tentant de se racheter, le fait toujours dans la lâcheté et la confusion et des genres et des sentiments ; une chienne n’y retrouverait alors pas ses petits.

     

    ***

     

                   Auteur stérile (on reconnaîtra toutefois l'utilité de son travail de réhabilitation des Pré-socratiques au début de sa carrière), force est de constater que Michel Onfray n’a de cesse de chuter et de sombrer… année après année : finira-t-il par se noyer ?

     

    __________

     

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