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actualité - Page 4

  • Une voix de la faim... de toutes les faims

      

                  Une voix du 13e siècle.. celle du poète Rutebeuf.

     

     ***

     

    Que sont mes amis devenus
    Que j'avais de si près tenus
    Et tant aimés
    Ils ont été trop clairsemés
    Je crois le vent les a ôtés
    L'amour est mort-e

    Ce sont amis que vent emporte
    Et il ventait devant ma porte
    Les emporta

    .

    Avec le temps qu'arbre défeuille
    Quand il ne reste branche feuille
    Qui n'aille à terre


    Avec pauvreté qui m'atterre
    Qui de partout me fait la guerre
    L'amour est mort-e


    Ne convient pas que vous raconte
    Comment je me suis mis à honte
    En quelle manière



    Que sont mes amis devenus
    Que j'avais de si près tenus
    Et tant aimés
    Ils ont été trop clairsemés
    Je crois le vent les a ôtés
    L'amour est mort-e

    .

    Le mal ne sait pas seul venir
    Tout ce qui m'était à venir
    M'est avenu

     

    Texte de Rutebeuf transcrit par léo Ferré

    Nana Mouskouri sur une musique de Léo Ferré

     


    Pauvre sens et pauvre mémoire
    M'a Dieu donné le roi de gloire
    Et pauvre rente

    Et droit sur moi quand bise vente
    Le vent me vient
    Le vent m'évente
    L'amour est mort-e

     

     .

    Ce sont amis que vent emporte
    Et il ventait devant ma porte
    Les emporta
    Les emporta...

     

    ________________________________________


     

    Rutebeuf : poète né à une date inconnue, dans les premières décennies du XIIIe siècle, avant 1230 - mort v. 1285...

     

                              cliquez :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Rutebeuf

     

                     Pour prolonger... cliquez Léo Ferré

     

    Lien permanent Catégories : Art et culture 0 commentaire
  • Colonialisme, nazisme et crime contre l’humanité : anachronisme, amalgames et confusion

     

                  Combien sommes-nous à nous souvenir de cet historien qui, dans les années 90, d'une équation, avait tenté la résolution suivante : « communisme = fascisme » ?

    Il s’agissait de François Furet (1) et avec lui, de toute une bande de révisionnistes passés à droite après de bons et loyaux services à gauche ; un Furet, déterminé à tuer le père, et pas n’importe lequel, celui qui s’était longtemps fait appeler « le petit père des peuples », sans doute dans le but de devenir enfin adulte – comprenez : raisonnable ; et donc à droite toute !-, au sortir d’une adolescence idéologique jugée très certainement encore boutonneuse et imparfaite, telle une crise post-adolescente, à un âge où il est pourtant et généralement admis (Furet avait alors 60 ans passés !) qu’il est déjà bien tard pour envisager un saut idéologique d’une telle ampleur, pour ne rien dire d’une telle métamorphose à la fois psychique et physique : passer du communisme à l’anti-communisme caricatural et forcené.

    Communisme = fascisme a recueilli peu de suffrages, sinon ceux de Furet lui-même et de quelques hurluberlus de droite et d’extrême droite ; une extrême droite qui soutenait alors Reagan et qui ira jusqu’à oser un communisme=nazisme  pas piqué des hannetons mais tout aussi inopérant et absurde.

    Communisme = fascisme

    Personne n’a donc été convaincu. Rien de surprenant à cela : allez donc demander que quiconque… qui aurait eu un père communiste… reconnaisse que ce même père était un salaud de la pire espère ; celle des fascistes en l’occurrence, voire même… celle des nazis pour les plus téméraires et les plus impliqués d’entre eux.

    Rongés très certainement par une culpabilité étouffante, proche de la suffocation (Soljenitsyne n’avait fait de cadeau à personne, il fallait donc bien en finir au plus vite, cracher le morceau et sa pastille et brûler tout ce qu’on avait adoré !), sans oublier l’air du temps qui passe et qui reste et empoisonne l’atmosphère  – Souvenez-vous ! Le monde occidental était alors sous le charme, ou la coupe et le joug, c’est selon, d’un couple halluciné nommé Thatcher-Reagan...

    Communisme = fascisme...

    Ces stakhanovismes du revirement, historiens ou pas, n’ont trouvé en Europe aucun fils pour porter un tel jugement sur son père ; et bien des années plus tard, à l’heure de toutes les trahisons de l’Ouest à l’égard de l’Est (trahisons économique et politique) il n’est pas sûr que les populations de l’Est (les Polonais exceptés) soient disposés à un tel raccourci historique. Quant à la Russie ? Poutine, ancien agent du KGB, n’a jamais été aussi populaire - Nostalgie ! Nostalgie ! Quand tu nous tiens, tu nous tiens bien !

    ***

    Communisme = fascisme...

    Une fois épuisée cette équation absurde, arrive alors un Colonialisme =nazisme.

    Avec cette nouvelle résolution coup de poing et coup de semonce, c’est bien une plongée dans un anachronisme imbécile qu’on nous propose ; en effet, la dernière conquête de l’Afrique, dernier coup de reins sabres au clair dans la chair - l’arrière train plus précisément -, d’une humanité-instrument économique, stratégique et idéologique, cette conquête donc ne date-t-elle pas de 1830 ? Alors que le nazisme, lui, trouve ses balbutiements dans les années 20… celles du XXe siècle ?

    Colonialisme = nazisme (2)…

    Existe-t-il seulement un historien désintéressé, honnête et responsable pour faire sienne une telle corrélation ? A moins qu’il ne s’agisse de ré-écrire l’histoire,  "colonialisme = nazisme" ne tente-t-il pas de nous dire que si le nazisme avait été antérieur au colonialisme… le colonialisme aurait été assimilable au nazisme ?

    Après l’anachronisme, c’est bien d’uchronie qu’il s’agit.

    De plus, cet amalgame fâcheux qui n’explique rien, qui n’informe sur rien mais ouvre la porte à des débats sans fin, sans but et sans intérêt, dessert la cause de l’anti-colonialisme en appauvrissant tout son potentiel d’analyse, de critique, jusqu’à la négation d’une complexité et d’une ambivalence que le creuset nazi ne pourra jamais contenir ; une complexité riche d'enseignements incomparables avec ceux du nazisme.

    Si assimiler le colonialisme au nazisme, c’est ouvrir une porte, celle de dissensions stériles, c’est aussi en fermer une : celle d’un travail d’analyse, et c’est clore tout débat car, on ne débat pas du nazisme car, avec le nazisme, il n'y a pas de "oui mais..." : rien à sauver et rien à partager ! Avec le nazisme, aucun héritage, aucune transmission possibles et souhaitables.

    Pour preuve : rien n’a demeuré.

     

    ***

     

                Certes, dans le passé, des historiens et des auteurs ont rapproché le colonialisme du nazisme sans toutefois aller, en ogres d’une pseudo-vérité historique, jusqu’à la fusion/absorption.

    L’historien Olivier Le Cour Grandmaison : Coloniser. Exterminer (il en restera toujours quelque chose ! ndlr). Sur la guerre et l’Etat colonial :

               « …La violence coloniale n’a pas été un épiphénomène qu’on aurait pu à la rigueur éviter... elle a été partie constitutive du système. Racisme d’État ? La formule peut paraître forte pour qui ignore l’histoire coloniale. C’est pourtant bien d’une xénophobie quasi généralisée qu’a souffert la société française plus d’un siècle durant. »

    Grandmaison s’appuie sur une multitude d’auteurs : Voltaire, Tocqueville, Lamartine, Jules Verne, Maupassant, Zola et les « petits », mille et un idéologues et vulgarisateurs de la pensée coloniale. Ces auteurs étaient donc les Goebbels de la colonisation ? Oui ? Non ?

    Soit. Il se serait alors agi d'un nazisme d'un nouveau type, ou bien plutôt d’un prototype : un nazisme sans penseurs nazis ?

    On peut aussi discuter le fait que Jules Ferry  - en Eichmann ou Himmler de la première heure, et bien avant l’heure -, partisan de l’expansion coloniale contre Clémenceau à qui on devra plus tard l’humiliation de l’Allemagne en 1918 et  sa tentative de revanche (à chacun ses aveuglements !) ; que Ferry ait été un nazi… à l'heure où cette idéologie de mort assurée - et il en fut bien question -, était impensable parce que… encore impensée à la fin du XIXè siècle même si le philosophe allemand Friedrich Nietzsche  - le petit père de nombre d'intellectuels-philosophes plongés dans la confusion -, n’était pas loin d'y réfléchir avant tout le monde avec la publication de son Antéchrist.

    Autre rapprochement colonialisme/nazisme : "De la barbarie coloniale à la politique nazie d’extermination", par Rosa Amelia Plummelle-Uribe, militante afro-descendante qui fera le lien entre les politiques d’anéantissement colonial et l’ensauvagement des sociétés européennes.

    Aimé Césaire lui aussi évitera soigneusement l'anachronisme colonialisme=nazisme, préférant raisonner (poétiser ?) autour des "Origines du Nazisme » - il est vrai que les nazis n’ont pas inventé grand-chose même si l'on ne doit jamais oublier le fait suivant : dans les années 20 et 30, tous les prix Nobel à caractère scientifique étaient allemands ou de langue allemande… du nom de ce peuple discipliné qui a toujours porté en lui l’amour du travail bien fait : aujourd’hui encore, leurs train arrivent toujours à l’heure, et leurs automobiles sont d’un rapport qualité-prix imbattable.

    Aimé Césaire d’une intuition d’une intelligence folle, même s’il s’agit là très certainement d’une prophétie mais a postériori, auto-réalisatrice a priori, s'adressera à nous en ces termes :

    "...nul ne colonise innocemment, que nul non plus ne colonise impunément ; qu’une nation qui colonise, qu’une civilisation qui justifie la colonisation — donc la force — est déjà une civilisation malade, une civilisation moralement atteinte, qui, irrésistiblement, de conséquence en conséquence, de reniement en reniement, appelle son Hitler, je veux dire son châtiment."

    Ce qui ne valide toujours pas l'équation colonialisme=nazisme.

    En revanche, on trouve là, chez Aimé Césaire - la tentation était sans doute trop grande -, le désir de récupérer à son profit un événement-catastrophe pour mieux l’investir avant de le vampiriser et de devenir celui qui, le bras vengeur, en désignera la cible. Evénement d'une Seconde guerre mondiale qui a pourtant aux yeux des historiens ses racines dans un inconscient européen qui n’a jamais eu besoin de l’aide d’une extension territoriale quelconque et de sa population pour s’étriper à loisir.

    A partir de cette analyse quasi mystique de Césaire, façon ancien-testament, là où tout se paie, mais interprétation naïve et plutôt optimiste quand on sait à quel point l’Homme-impunité triomphe de siècle en siècle… et puis, n’est-ce pas les meilleurs qui partent en premier et les salauds en dernier… sans oublier les immortels, ceux que l’on nous ressert génération après génération, et sur lesquels la vérité des faits n’a aucune prise ?

    Ceux qui ont donc cherché à détourner la sentence de Césaire au profit d’un colonialisme =nazisme, en seront pour leurs frais : Aimé Césaire a fini Maire de Fort de France après la Présidence du Conseil régional de la Martinique, et non en Che Guevara ou en «Serge Klarsfeld » pourchasseur de nazis négriers et colonialistes.

    Colonialisme = nazisme…

               Et puis de dérive en dérive.. . Colonialisme = nazisme=crime contre l’humanité

               Aujourd’hui, des voix s’élèvent pour que l’épopée coloniale française, de sa sédentarisation à sa maturation (sur plusieurs siècles) au terme de laquelle le dernier bastion colonial que fut l’Algérie, tombera, soit reconnue comme « crime contre l'humanité » : une « violation délibérée et ignominieuse des droits fondamentaux d'un groupe d'individus inspirée par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux ».   

    « Colonisation - rôle et bilan globalement positifs » d'un côté, « Colonisation - crime contre l’humanité » de l’autre, deux faces d’une même pièce - déni et revanche pour les uns comme les autres ; une colonisation dont on chérit et caresse sans cesse le souvenir comme on caresse un espoir... contre une colonisation haïssable à rejeter en bloc ; seuls les gens pressés d’en découdre avec dieu sait quelle nécessité historique choisiront leur camp ;  les autres, plus avisés, patienteront car il y a fort à parier que les descendants des peuples colonisés ne nous en demandent pas tant ; il semble même qu’ils soient plus intéressés par la liberté et des visas que par des excuses ; quant à réunir des tribunaux et à dresser des bûchers…

    Certes ! Quelques Etats y trouveront leur compte sur le dos de leurs peuples toujours humiliés, plantés, là, sans avenir… derrière les barreaux d'une vaste prison qu’est devenue ce nouvel Empire post-colonial indépendant. Mais... de là à leur donner un coup de main...

     

                Contrairement au nazisme, qu'on le veuille ou non, quelque chose a bel et bien été sauvé de ce période coloniale... une langue, la langue française ; une langue parlée et respectée par des milliers d’êtres humains de tous les continents parmi les plus doués, les plus talentueux du monde dans les domaines des sciences et des arts ; preuve qu'il y avait bien quelque chose à sauver ! Et ce quelque chose l'a été par qui ? Aux plus sceptiques, on leur conseillera de voyager... et de rencontrer et d'écouter des Africains et des Maghrébins de tous les âges (3).

    Certes les êtres humains sont passés maîtres dans l'art de mentir et de se mentir ! Et dans une condamnation sans nuance du passé colonial de la France, une condamnation solennelle du type « crime contre l’humanité », il y a aurait là quelque chose qui relèverait du mensonge. En revanche, que des événements précis qui engageraient toute la responsabilité d'une France coloniale puissent faire l'objet d'un examen et qu'ils soient reconnus comme "crime contre l'humanité", pourquoi pas ! Une telle condamnation aurait alors un sens car c'est bien dans le souci d'une recherche de la vérité qu'un tribunal se serait prononcé, et non... dans le but de servir les intérêts d'un humanisme de culpabilité, et cet autre humanisme ignorant tout de l'être humain et de l'Histoire, pour ne rien dire d'un humanisme manipulateur et revanchard, un humanisme de Tartuffe, dans les faits... soucieux d'aucune condition humaine.

     _____________________

    1 - Avec deux ouvrages : "Le passé d'une illusion" et "Fascisme et communisme".

    2 - Affirmation d'une violence émotionnelle rare comme si d'aucuns avaient des comptes à régler davantage avec leur propre histoire (culpabilité et transmission d'une génération à l'autre ?) qu'avec une "Histoire de la colonisation" digne de ce nom. Qu'il soit ici permis de rappeler ce qui suit : tout comme ceux qui n’ont pas eu de parents communistes – et ils existent -, nombreux sont ceux qui sont issus de milieux qui ne doivent rien à une colonisation quelle qu’elle soit : nazi ou pas.

    3 - Est-ce qu’un groupe de néo-nazis désireux de sillonner l’Europe en Autocar à la rencontre des descendants des victimes de cette idéologie recevrait le même accueil ? On peut en douter.

     

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  • Ainsi va la recherche

     

                    Aujourd’hui, si nous ne sommes sûrs de rien ni de personne, c’est tout simplement que nous sommes infiniment plus nombreux qu’hier à chercher à savoir ; et plus nous serons nombreux à trouver et moins les évidences auxquelles il nous a si longtemps été demandé d’adhérer s’imposeront à notre esprit.

    Ainsi va la recherche ! Vers un savoir de plus en plus complexe mais sans surprise car, ce savoir doublé d’une compréhension dévastatrice nous renverra fatalement à ce que nous sommes : à cette nature en trompe l’oeil, dissimulatrice, accapareuse et rétentrice qu’est la nôtre.

     

                       Porteuse de tous les dangers, cette recherche expansionniste toujours plus performante et exigeante : le danger de nous laisser sans évidences et sans certitudes. Viendra alors une haine têtue et démesurée : haine de notre espèce à l’endroit de sa propre espèce, jusqu’à l’abolir.

                       Des nanotechnologies au service de la biologie, contribueront-elles à cette recherche d'abolition jusqu'aux confins de l'humain, et au-delà ?

    __________________

     

    “Dites Monsieur ! Hé ! Vous m’entendez ?


    - Qu’est-ce que c’est ?


    - Je me présente : je suis généticien et je suis chargé de vous prendre en main.


    - Encore ! Mais ça n’en finira donc jamais ?


    - Du calme. Vous avez fait la connaissance de mon ami l’anthropologue ?
    - Oui, oui !


    - Il vous a tout expliqué ?


    - Justement, il m’a tout dit. Alors… peut-être qu’on pourrait…


    - Il vous a soûlé, c’est ça ? Faut dire qu’il se la raconte un peu, l’anthropologue. D’ailleurs, ils se la racontent tous.

     

    - Moi, j’ai rien dit. Je vous écoute comme je les ai écoutés. Mais… j’ai pas fait de commentaires. Notez-le ! J’ai rien dit. Je ne veux pas d’histoires !


    - Rassurez-vous ! Ca ne sortira pas d’ici. Et puis, faut bien se la raconter un peu si on veut y croire et progresser ! Mais, je vous rassure, nous, les généticiens, on ne se la raconte pas. On n’a pas le temps. On est forcés de passer à l’action tout de suite car, vous savez, les gènes, ça cavale vite, ces petites bêtes-là ! Alors, quand on en identifie un, faut lui mettre la main dessus illico presto sinon c’est trop tard. L’ADN, ça vous dit quelque chose ?


    - L’AD quoi ?


    - L’ ADN !


    - A cette heure-ci, je dois dire que je ne suis plus très sûr de rien. L’ADN ? C’est pas… des fois… une Association… une Association De Naturistes ?


    - Ah lala lala ! Quelle catastrophe ! C’est pas Dieu possible ! Une telle ignorance, ça ne s’invente pas !


    - On me parle de mille choses à la fois. On me dit que je suis un déviant et un pervers. L’anthropologue m’a parlé de masochisme et de Dieu sait quoi d’autres. Vous, vous me demandez mon avis sur l’ADN. Je suis désolé mais si vous me parlez d’ADN, eh bien moi, je pense tout de suite à une Association De Naturistes. C’est comme ça. Oui ! Une Association De Naturistes. Je vois des femmes, des hommes et des enfants nus et moi aussi qui suis nu avec eux et nous tous, nous formons un cercle et nous tournons… main dans la main, nous tournons en rond car nous dansons… tout nus. Voilà ! J’y peux rien. C’est comme ça. Et puis, j’en ai assez ! Vous les trouvez où toutes vos histoires ? Hein ? Vous les trouvez où ? Dites ! Jamais, vous vous reposez ? Je veux sortir d’ici ! J’en ai assez ! Je veux rentrer à la maison ! Je veux rentrer chez-moi.


    - Du calme ! C’est fini ! Là, allongez-vous ! Comme ça ! Voyez ! Ca va mieux maintenant, n’est-ce pas ? Alors, je peux continuer si ça ne vous dérange pas trop ?


    - Faites ce que vous voulez ! Je m’en…


    - Bon ! Sachez Monsieur que l’ADN n’est pas une Association De Naturistes mais l’ADN est la base de toute vie. Programme de toute existence, aussi misérable et inutile qu’elle puisse être cette existence pitoyable, eh bien, cette molécule appelée ADN, molécule d’une complexité et d’une richesse inouïes, nous permettra d’écrire la prochaine et la dernière page d’histoire de notre espèce. Ces trois lettres, ADN, on les répètera autant de fois qu’il le faudra et à l’infinie, jusqu’à ce qu’ils comprennent tous ce qu’on attend d’eux. Ce nouveau moyen d’investigation et de communication réduit à sa plus simple expression est la nouvelle et la dernière ligne de départ parce qu’il est la nouvelle et la dernière ligne d’arrivée. Il est le début et il est déjà… la fin. Cette molécule jusqu’à présent commandait toute chose et maintenant que nous sommes sur le point de lui donner des ordres, nous entendons bien l’utiliser afin d’assurer pour les siècles à venir la pérennité du bon fonctionnement de tous nos programmes de vie en société au sein d‘un système immunitaire sans faille. Tenez ! Pensez à…


    - Pensez ? Ah ! Non ! Je ne veux plus penser. Je veux dormir.


    - Ca viendra. Un peu de patience ! Je vous disais donc… vous êtes, mais ça vous ne le soupçonnez sans doute pas encore, vous êtes donc, vous et vos semblables, au centre d’enjeux considérables car le gène, pour ne prendre qu’un exemple parmi tant d’autres, est devenu une véritable matière première. Nous allons enfin pouvoir in vivo et ex vivo remplir le vide, combler les manques, réparer les derniers disfonctionnements en contrôlant tous les facteurs, tous les transferts, tous les échanges, toutes les mutations dans le but de modifier, dans un premier temps, le patrimoine génétique de notre espèce pour, dans un deuxième temps, outil implacable d’évaluation, calibrer ce patrimoine au milliardième près, le stabiliser, le formater afin que notre descendance à tous puisse reproduire un modèle génétique pour la demande qui en aura été faite. On peut donc parler d’une nouvelle organisation du vivant et d’un nouveau flux et d’un nouveau brassage dont on pourra à tout moment contrôler la qualité, la quantité et la cadence, loin de toute sélection naturelle et arbitraire, cause de tensions internes insurmontables. Finis donc les mutations et les mélanges génétiques aléatoires qui favorisaient jadis les chances d’une meilleure adaptation car, ce n’est plus la nature mais nos investisseurs qui décident des modalités de cette adaptation. Il nous faut donc des êtres sur mesure dans un milieu tiré à quatre épingles. Le délai qui nous sépare encore de la fabrication du vivant se réduit de jour en jour. Encore quelques manipulations et nous serons enfin capables de rationaliser et de maîtriser totalement la vie en passant de l’aide à la procréation à la fabrication et à la reproduction du même avec le même et vice versa et sans passer par la case départ ; celle de l’autre… cet autre potentiellement tout autre, étranger, perturbateur, pollueur, rebelle et chaotique ! Il ne doit plus y avoir d’autrement… autrement… autre ! Vous comprenez ? Cette rupture majeure altérera la nature humaine en brisant l‘indéterminabilité de ses modes de fonctionnement. A long terme, nous ne souhaitons plus soigner qui que ce soit. Les débouchées thérapeutiques de notre travail ne nous intéressent pas. Nous ne voulons plus de ce matériau génétiquement contaminé, vérolé et imparfait parce que… humain, trop humain. Nous entrons dans l’ère de la fabrication du vivant pour en contrôler tous les maillons et toutes les liaisons. Inutile de vous dire que la tâche est immense ! Tenez ! Buvez ça ! Ca vous remontera.


    - Je ne bois pas.


    - Vous avez tort ! Qu’est-ce que je disais ? Ah oui ! Vous nous servirez de matière première comme tous ceux qui vous ont précédé et tous ceux qui vous succéderont. Ceux qui financent nos recherches s’intéressent à vous aussi ; et comme vous le savez : ceux qui paient sont ceux qui décident : pas d‘argent… pas de science… pas de recherche… pas de solutions… et pas d‘espoir ! Nos partenaires financiers sont les seuls à décider et ils ont décidé pour vous et pour nous. Comme vous voyez, il n’y a rien de personnel là-dedans. Moi, je suis généticien et mon métier, c‘est la génétique. Je l’ai étudiée, alors je ne peux que l’exercer. C’est toute ma vie maintenant. Et de vie, on n’en a qu’une ! Alors, autant que ce soit la bonne.


    - C’est ça.


    - Mon outil à moi, c’est le microscope. L’échange quotidien avec cet instrument représente le sel de ma profession. On peut nouer des relations d’une richesse inouïe avec un microscope. Avec lui, on se plonge dans l’inconnu, dans l’aventure, dans l’incertitude et puis soudain, tout devient clair et lumineux ; même si, et le plus souvent, lui et moi, au cours de nos multiples échanges, on avance à l’aveuglette ; mais quand une réponse, une solution se dressent là sous nos yeux, alors, dans ces moments-là, mon microscope et moi, on jubile. C’est la fête ! Champagne pour tout le monde ! Oui, vraiment, dans ces moments-là, c’est l’extase. Bouche bée, l’œil écarquillé, pour un peu, on s’évanouirait. Vous savez, finalement, nous les scientifiques, on ne vit que pour ça : chercher, trouver et puis, chercher encore et encore et toujours. Et quand on trouve, on peut dire que l’on jouit. Oui, on jouit ! Alors, c’est un peu comme pour les femmes : on ne jouit pas souvent car, ces moments-là sont plutôt rares mais quand on trouve, mon microscope et moi, eh bien… on est comme ivres. Pour un peu, on en viendrait même à en perdre la raison car, la découverte, c’est le sperme de notre profession. Oui, Monsieur : le sperme ! Trouver c’est… jouir et jouir, c’est éjaculer ! Tenez, je vous fais une confidence : savez-vous que je tutoie mon microscope ? Oui, je le tutoie, Monsieur ! Je sais, c’est bête. Alors, vous comprenez maintenant ? Comme vous voyez, tout ça n’a rien de personnel. Il ne faut pas m’en vouloir. D‘ailleurs, on ne se connaît pas. Comment peut-on en vouloir à quelqu’un qu’on ne connaît pas ? Hein ? Quant à moi, je ne connais que vos antécédents médicaux et c‘est tout. Mais venez ! Levez-vous ! Dans un instant vous prendrez un train. Nous serons trois à vous accompagner : votre instructeur, mon collègue anthropologue et moi-même, votre serviteur dévoué.”

     

     

    Extrait du titre "Des apôtres, des anges et des démons" - copyright Serge ULESKI

     

     

                   Pour prolonger, cliquez : Des apôtres, des anges et des démons - entretien avec l'auteur

     

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    Un monde sans humains

     


                Derrière l'objectif de Philippe Borrel, des savants et des experts prônent l'avènement d'une société dans laquelle des hommes hybrides seraient connectés en réseau et se verraient remplacer par des cyborgs pour les tâches pénibles.

    Ce documentaire lève le voile sur un univers futuriste, plus réel et imminent qu'il n'y paraît.

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  • Django au pays de « Candie land »* : une sucrerie cinématographique amère

     

     

                 Dés-enchaîné dès les premières minutes du film, puis rapidement déchaîné un colt dans chaque main, c’est Django de Quentin Tarantino, le justicier aux bras armés d’une justice vengeresse encore inégalée dans sa représentation … car jamais le châtiment aura été aussi savoureux à partager et la libération aussi belle à contempler !

    Ironie, humour macabre et noir, pastiche, parodie de western, dérision, bande musicale aux voix profondes d'authenticité, dialogues qui claquent comme un fouet, une claque en plein visage aussi, certes Tarantino s’amuse encore, mais quand il rit, sans doute pour ne pas désespérer totalement, c’est d’un rire jaune… un rire inédit chez Tarantino ; il faudra se reporter à « Jackie Brown », réalisé en 1997, pour trouver un tel élan compassionnel pour son personnage principal, l' objet de toute son attention.

     

                   « Pendant des siècles, ils ont été les barbiers de mes ancêtres, le rasoir en main, sous leur menton, sous leur gorge, trois fois par semaine… mais alors, pourquoi ne les ont-ils pas tués ? » questionne Calvin Candie le maître des lieux : Candie land…

    La réponse ne se fera pas attendre. Soudain, on ne joue plus. Le rideau tombe ; ailleurs, il se lève, et tout s’éclaire. Trêve de mascarade ! Bas les masques ! Les armes à feu ont remplacé le rasoir (soyons modernes que diable !) ; la passivité, une servitude résignée trop souvent prisonnière d'un processus de chosification mortifère, s'est muée en courage féroce…

    C’est le théâtre du Grand Guignol à Candie land ! Les balles pleuvent par dizaines, par centaines, par milliers, ça ricoche et ça siffle comme des missiles avant impact, des lambeaux de chair ensanglantée virevoltent, les corps sont criblés et couverts de sang, à flots ce sang, le sang de plusieurs siècles de générations de négriers et de leurs larbins sadiques, l’ancien testament d’une main, fouet de l’autre, pour un protestantisme fanatique qui nous rappelle étrangement ceux qui, la Torah d’une main, le flingue de l’autre, tiennent en respect le Palestinien qui rêve de liberté tout en continuant de lui voler sa terre et sa vie, et d’autres encore, Coran et décapitation, comme autant d’échantillons d’une humanité de cloportes.

    Le sang gicle au passage sur la fleur de coton immaculé d'une plantation au labeur esclavagiste, pétales de sueur, de larmes et de sang… mais aussi... nectar et miel d’une justice expéditive…il faut alors faire vite et frapper fort… car, si la vengeance est impatiente, la liberté l’est tout autant.

                   Un chant choral se fait entendre maintenant car partout ça crie, ça hurle, ça souffre, ça meurt, une fois, dix fois, cent fois, mille fois…

    Mais alors combien de fois faudra-t-il les tuer tous pour qu’ils meurent ?!

    « Candie land », cette terre infâme, est maintenant jonchée de cadavres ! Bientôt, une bâtisse blanche, de la couleur de son commerce - le coton -, contre celui de sa main d’oeuvre, volera en éclats… il n’en restera rien ; en cendres… cendres fumantes.

     

                      Django c'est Zorro chevauchant vers la femme qu'il aime, pour la délivrer ; un Zorro noir qui partage la condition de ceux dont il vole au secours ;  c’est  le retour de d’Artagnan, du nom ironique de l’esclave que son propriétaire donne à dévorer vivant aux chiens ; le d’Artagnan d’un Alexandre Dumas d’outre-atlantique qui rentre à la maison pour régler quelques comptes ; et c'est aussi le Christ, un Christ noir : "Voici leur sang versé, celui de ma liberté ! Voici leurs corps déchiquetés, le juste prix de mon émancipation !"

     

                 La traite, le colonialisme, un monde de gagnants abjectes : tout se tient donc. Surprenant qu’il y ait encore des trous du cul ou des salauds pour s’étonner que de temps à autre, le perdant lève la tête et le bras puis la main pour frapper.

    Si chez Tarantino c'est souvent le Blanc qui sauve le Noir ( voir Jackie Brown), ce que Spike Lee ne supporte pas, il n'en reste pas moins que la représentation du Noir et du Blanc, telle qu'elle nous est le plus souvent donnée par Hollywood - un Noir larmoyant, soumis, résigné, impuissant -, est inversée chez le réalisateur de Django : le Noir est futé, rusé même ; le Blanc est bête et méchant, méchant parce que bête, aussi bête qu’une bête, plus bête encore puisque sadique et cruel… même si c’est elle, cette bête, qui tient le fouet et la laisse.

    Tarantino met un point d’honneur à nous restituer la force et la dignité de l'esclave. En cela, Django c’est l’anti 12 years a slave du réalisateur britannique passé outre-atlantique, Steve Mcqueen, le Josh Randall de la traite négrière, réalisateur noir au producteur blanc ; 12 years a slave remportera l'Oscar du meilleur film : normal, le Blanc sort intact de "12 years a slave". En revanche, chez Tarantino, le Blanc sort laminé, rincé, essoré et couvert d'opprobre : il n'y a rien à sauver.

    Et puis, manifestement, Hollywood ne lui a pas pardonné ce jugement sans appel : « Que voulez-vous, Monsieur Calvin Candie, docteur Schultz est Allemand ; il n’a pas encore l’habitude des Américains et de leurs moeurs ; il ne connaît pas le spectacle d’un être humain que l’on donne à dévorer vivant aux chiens ».

    On pense alors au chaos du Moyen-Orient aux millions de morts (1) ; bilan d'une fausse guerre dite "contre le terrorisme"  lancée par les USA depuis 1990. Toute une région et sa population livrées vivantes aux chiens de la géopolitique.

     

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                   Dans ce monde de la traite, de l’esclavage et des plantations, "le nègre domestique", nègre de l'intérieur (incarné par Samuel Lee Jackson - sans doute le rôle de sa carrière), sait que la force est du côté des Blancs esclavagistes et négriers ;  sa sécurité et prospérité aussi quand il est promu au rang de Major d’homme et qu’il règne alors sur toute une colonie de "nègres des champs". Dans ces conditions, mieux vaut, à ses yeux, être le domestique du Blanc en 1858 que son salarié "libre" cent ans plus tard, à trois dollars de l’heure.

    C'est sûr ! Ce nègre-là avait du flair d’autant plus qu’à son époque, il n’y avait qu’un trou dans la roulette, tout comme aujourd’hui soit dit en passant… car jamais il n’y en aura pour tout le monde aussi longtemps que les bénéfices de la trahison de l’un reposeront sur l’exploitation de tous les autres.

                     

     

                     Django, ce film déterminé, sincère, qui se veut tout sauf malin, est d’une violence d’une beauté rare et renversante car portée par la dénonciation d’un crime d’Etat, le premier d’entre eux, les USA, et dont on peut encore tracer l’argent de ses bénéfices chez ses milliardaires d’aujourd’hui (JP Morgan…)

     

                    « Django, tu ne pourras jamais détruire Candie Land », hurle le nègre domestique avant d'aller rejoindre, des mains de Django, le monde des morts, celui des Blancs auquel il appartient ; pourtant, Tarantino l’a fait le temps d’un film, même si aujourd’hui tout est à refaire.

     

     

    * Du nom du propriétaire esclavagiste de la plantation de Calvin Candie ; rôle tenu par DiCaprio ; Candy - homonyme -, signifie en Français : sucrerie, bonbons, confiserie...

     

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  • Hadopi face à la "Génération gratuité"

                Que faut-il penser de cette génération qui passe le plus clair de son temps à télécharger des films et des musiques piratés, et à n'écouter que ces musiques et à ne regarder que ces films pour lesquels elle ne donnerait pas un Euro si d‘aventure elle y était contrainte ?

    Pour sûr, cette génération sera vertueuse parce que... écolo : “Comment ça ! Vous vous brossez les dents en laissant couler l’eau ?!! Mais quelle sorte d’homme êtes-vous ? Vous n’avez pas honte ?”

    Ecolo et puis, un rien hygiéniste aussi : “ Qui c’est ce taré incontrôlable qui fout le bordel ?! Débarrassez-nous en au plus vite !”

    Pour le reste, on est libres mais... prévenus : inutile de chercher à éveiller en elle un intérêt quelconque pour ce qui s‘avèrera payant.

     

    ***

     

                La marchandisation de tout ce qui peut a priori faire l’objet d’une transaction commerciale, c’est la société de consommation arrivée au sommet de sa maturité avec pour seule préoccupation la dévalorisation de tout ce qui peut représenter ou prétendre à une valeur autre que marchande ; et son corollaire a pour nom : la gratuité.

    Surtout ne pas y voir là une contradiction ou un paradoxe qui trahiraient un manque de cohérence !

    Si tout ce qui a un prix n’a pas de valeur“, aujourd’hui, tout ce vaut et rien ne vaut la peine de débourser quelque argent pour ce rien qui ne vaut pas plus que ce que peut valoir tout le reste car, on peut difficilement nier la chaîne de causalité suivante : société de consommation = dévalorisation de tout ce qui n’est pas "marchandisable" = tout devient marchandise = tout est interchangeable, fin de la rareté et de l’unicité (caractère unique d’un objet d’une production) = dévalorisation de la marchandise elle-même pour laquelle on n’acceptera plus de payer si on peut l’éviter : vol, piratage,échange...

    Et cette gratuité exigée - sinon souhaitée -, sera accordée à quel prix ?

    Au prix de tout ce qu’on lui fera payer en échange de cette gratuité   qui concerne des secteurs d’activités totalement dévalorisés et désincarnés : journaux gratuits pour la liquidation du métier de journaliste, télévision publique sans garantie de financement, musiques, films... tous devenus interchangeables à souhait...

    Nul doute, ceux qui regardent ces films et écoutent ces musiques ne s'y sont pas trompés ; c'est la raison pour laquelle ils ne souhaitent pas les acheter s'ils peuvent l'éviter ; même si l'on pourra tout de même déplorer le fait que seuls ces musiques et ces films semblent retenir leur attention.

    Car, les véritables enjeux sont ailleurs, et pour commencer : dans tout ce qui a été acquis de haute lutte et que le marché a investi au galop, à savoir : ce qui était hier encore accessible à tous et qui aujourd‘hui ne l‘est qu’à la condition d’être capable de payer rubis sur ongle.

     

                Aussi, toute communication autour de la gratuité avec son message subliminal “Mais... payez donc ! puisqu’on vous dit que c’est gratuit !” a de bonnes chances de faire la fortune de quelques uns avant d’en flouer un très grand nombre, à l’heure où tout espoir de ré-investissement dans de nombreux domaines culturels aujourd'hui délaissés ou privés d’exigence et d’excellence, semble à jamais perdu.

     

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  • saint Matthieu et Pasolini : ou quand le Christ pique sa crise

     

                       C’est au son de toutes les musiques du monde que Pasolini et son Evangile viendront bluffer un Vatican sur le cul qui décernera son prix de l’Office catholique du cinéma à cet Evangile placé sous le patronage de saint Matthieu.

    Pasolini mettra en scène la Parole d'un Christ dont la voix occupera tout l’espace... tout le spectre sonore !


                      Les moins avisés ainsi que ceux qui verront dans cette Parole tout ce que leur fortune et leur puissance ont à redouter, évoqueront une violence inouïe et une pathologie tant dans son énonciation que dans son débit ; une intolérance aussi... qui expliquera sans doute les mille bûchers de l‘inquisition. 

    Ceux qui ont tout à perdre face à la compassion et face à la justice évoqueront le caractère intrinsèquement inquisitorial et dictatorial ; une Parole fanatique.

                     Qu'à cela ne tienne... ne boudons pas notre plaisir... tout en sachant que la langue italienne y contribuera largement car la colère lui sied à merveille !

     

     
                    La colère est nécessaire dit Aristote. Quelle victoire obtient-on sans elle, si elle ne remplit notre âme, si elle n'échauffe pas notre coeur ?

     

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  • La consolation : Serge ULESKI en littérature

     

    Soutenir un auteur, c'est le lire et en parler autour de soi

     

     

     

    Merci à celles et ceux qui me soutiennent en commandant mes ouvrages

     

     

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                                     "Comment vivre sans choisir ? Comment vivre sans inconnu devant soi, sans espoir d'inédit, d'inattendu et d'inouï ?"

     

                Ce texte se déploie autour d'une femme divorcée après 25 ans de mariage. Les cinq premières années qui ont suivi son divorce sont des années fastes : elle recouvre, sa liberté. Mais très vite, à cinquante ans passés, c'est l'impasse : celle d'une organisation de l'existence au jour le jour.

     

                                "Depuis son divorce, voilà trois ans, elle a pris la vie, l'a quittée, l'a reprise, faisant l'impasse sur des jours, des semaines entières pendant lesquelles rien ne se passait et puis, hésitante, elle y est revenue à cette vie qui est la sienne aujourd'hui."

     

                La forme de ce roman est discursive. Le narrateur alterne le "elle" (le personnage de la femme), le "nous" (le personnage intégré à la communauté humaine) et le "on" que le lecteur (femme ou homme) aura tout le loisir de s’approprier ; il personnalise pour mieux dépersonnaliser, son personnage s'effaçant au profit d'une réalité plus vaste qu'elle : la condition de toutes celles - et accessoirement, de tous ceux - qui partagent... sa condition.

     

                               "Pourquoi nos vies seraient-elles si différentes puisque nous suivons tous, à quelques exceptions près, le même chemin ? Ne sommes-nous pas tous issus de la même branche, du même arbre, fruit d'une nécessité commune dictée par une loi dont les règles ne nous laissent guère le choix quand il s'agit de quitter les racines qui nous ont vus naître ?"

     

                Ce titre compte onze chapitres ; au neuvième, le lecteur possède tous les tenants et les aboutissants du personnage. Arrivent alors les deux derniers chapitres : le personnage a 55 ans et son destin, produit d’une sélection impitoyable, sera parfaitement accompli.

    Destin non conclusif, toutefois, puisque le lecteur se verra proposer un épilogue à deux voies, l'auteur ayant décidé de ne pas trancher.

     

                  Thèmes abordés : divorce, célibat, la souffrance au travail, la maternité, deuil, pardon et mémoire. 

           

               Extrait proposé : cliquez la consolation extrait.pdf

               (après lecture, ne pas fermer le PDF : faire "page précédente")

     


                                                                        Extrait audio

     


    L'ouvrage est disponible ICI

     

     

     

     

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  • Rencontres de Pétrarque avec France Culture et le journal Le Monde : un non-événement

     Débattre ! Réinventer la politique

     

          30ème anniversaire des Rencontres de Pétrarque, organisées chaque année en juillet par France Culture et Le Monde, en public dans la cour du rectorat de l'académie de Montpellier.

     

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                    Les rencontres de Pétrarque… un non-événement !

                    En effet, on ne manquera pas de noter ceci : ceux qui participent à ces rencontres sont ceux qui interviennent partout ailleurs dans les médias tout au long de l’année, et sur France Culture en particulier.

    Par voie de conséquence, à ces rencontres entre gens comme il faut qui parlent le même langage - même vocabulaire et même syntaxe - issus de la bourgeoisie de la Capitale et des centres-villes de l’ouest parisien, qui conduisent de grosses berlines allemandes (1) aux frais du contribuable et sur le dos d'une réalité sociale qui n'est à leurs yeux à tous qu'un ouvrage de plus que personne ne lira mais qui fera avancer leur carrière universitaire et/ou médiatique... au cours de ces entretiens, c'est bel et bien le même qui rencontre le même, et tous ces gens pourraient donc tout aussi bien se retrouver à la même table à déjeuner ou à dîner sans qu’aucun d'entre eux n’en soit gêné car, à ces entretiens, c'est un consensus scandaleux qui y règne, sur le fond, et sur la forme une politesse responsable depuis 20 ans d’une société française au bord de l’asphyxie…

    Consensus et politesse entretenus en grande partie par des fonctionnaires de l’université encore en service actif - même passifs et sans courage en pantouflards carriéristes -, ou bien à la retraite.

     

                  A ces rencontres, pas de controverse, pas d’interventions contradictoires, pas de confrontation, pas de francs-tireurs !

    Sans danger, sans risque ces rencontres pour ceux qui y participent et ceux qui les organisent ! Nul doute : le Journal Le Monde et France Culture sont bien à l'image de ce qu'est devenue la France, un pays qui ne sait plus faire qu'une chose : rejeter, bâillonner, censurer la moindre tentative d'exercice de liberté d'expression politique et artistique (rappeurs, auteurs, essayistes, pamphlétaires, artistes de scène, journalistes, syndicalistes, activistes)... tout en prenant soin d’ignorer sciemment d'innombrables réalités et expressions culturelles, intellectuelles, politiques et sociales.

                     Il est vrai, quand on a l’insouciance de se pencher sur les noms de ceux qui encadrent ces professionnels de la non-pensée… entre autres Hervé Gardette (un non-événement à lui tout seul sur France Culture du lundi au jeudi) et sur le partenaire de ces rencontres… le Journal Le Monde en l'occurrence… plus rien ne nous surprend, la boucle bouclée :

                     Médias, classe politique, universitaires, tous ne se rencontrent pas simplement à Montpellier, tous les ans au mois de juillet ; tous s'y retrouvent, s'y reconnaissent, s'y saluent, s'y congratulent à ces rencontres de Pétrarque autour d'un... "... de toute façon, si c'était différent ce serait pire encore !" à peine dissimulé.

                          Et puis, qui n'informe pas, désinforme, c'est sûr !



     

    1 - On pensera en particulier à un Thierry Pech du magazine "Alternatives économiques" (s'il y a toujours autant d'économie, en revanche, il y a de moins en moins de place pour l'alternative dans les colonnes de ce magazine qui est passé du vin rouge à l'eau minérale en moins de temps qu'il faut pour le dénoncer tout en le déplorant), membre fondateur de Terra Nova, secrétaire général de "La République des idées" créé par Pierre Rosanvallon ; comme on peut le voir, cet homme représente à lui tout seul tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué depuis trente ans à la marginalisation politique des classes populaires et de la gauche, avec pour conséquence une abstention record.

     

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  • Prince Mychkine : le prophète de l'apocalypse de la condition humaine

     

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                          Dans les yeux des êtres dont il sonde l’existence au premier regard, il y verra un profond désespoir ; dans leurs éclats de rires extravagants, une souffrance infinie. Par lui, la honte vous monte aux joues ; la honte rouge du malheur qui hante chacune des vies qu’il rencontre.

    C’est lui, c'est Mychkine, personnage du roman "L'Idiot" de Fiodor Dostoïevski publié en 1868 ; Mychkine, prince de son état, enfant pour les uns ; «bêlement de mouton malade » pour les autres.

    Mychkine, c’est ce Prince qui se croyait sans héritage, dont on disait la famille ruinée, qui hérite de deux millions de roubles et qui fond en larmes.

    Intransigeant avec ceux qui mêlent Dieu à leurs calculs et qui ne respectent ni la misère ni la douleur des plus faibles et qui n’épargnent ni l’innocence ni la naïveté, Mychkine s’est mis en route avec toute la volonté du monde ; il est venu pointer de l’index la catastrophe qui les attend tous, sans rémission cette fois-ci car personne ne souhaitera racheter leurs péchés sinon par et dans le sang. Il est vrai qu'un octobre rouge, rouge sang, guette au loin et attend son heure.

     

                    « Pardonnez à ceux qui vous ont fait souffrir et vous serez délivrés du mal qu’ils vous ont fait » annonce-t-il.

    C’est la haine du pardon et de l’amour qu’il est venu combattre.

    Non coupables aux yeux de ce nouveau Christ épileptique (comme son auteur) d’un Dostoïevski en quête d’une raison de ne pas désespérer des temps présent et à venir, de lui, tous mériteront un mot de pitié même si… croyant un instant leur rendre la paix, il précipitera leur déchéance.

    Qui a dit que l’enfer était pavé de bonnes intentions ?

    Pour cette raison, nombreux sont ceux qui auraient préféré ne jamais le rencontrer. Mais lui n’a pas cédé. Il s’est obstiné, il s’est incrusté, et tous sont morts de ne pas pouvoir se délivrer d’eux-mêmes car, Mychkine, tout comme Dieu, c’est tout l’amour dont nous sommes incapables les uns envers les autres.

    En les sauvant, il les rendra malades d’un trop plein de lucidité ; et tous devront « faire » leur maladie jusqu’au bout, ne serait-ce que pour connaître leurs chances de guérison. Trop tard hélas ! En les révélant à eux-mêmes, il les condamnera à un désespoir sans limites car, bien qu’habité d’une ambition immense, fruit d'un orgueil démesuré, Mychkine est sans solution ; faut dire que ce prophète sans disciple les aura tous placés entre le meilleur et le pire,  les guidant vers une impasse, un cul de sac, ignorant qu’ils ne pourraient jamais choisir car l’être humain doit apprendre à vivre avec ce meilleur et  avec ce pire, incurable qu’il est.

    Dostoïevski ne le savait pas encore comme nous le savons aujourd’hui.

     

                   Qu’est-ce qu’aimer ? Qu’est-ce que donner ? L’amour vient-il en aimant ? Et puis : comment aimer l’autre si nous ne cédons sur rien ?

    Questionnement contemporain à l’heure où hommes et femmes se regardent en chiens de faïence et dorment en chiens de fusil.

                   Chercher un souffle, les uns dans la vie, les autres dans la mort ! Ce prince Mychkine qui ne faisait pas grand cas de son titre, était leur frère, il était le fils de leurs pères et de leurs mères à toutes et à tous.

    Chez Dostoïevski, l’idiot c’est l’adulte-enfant qui raisonne mal mais qui sent juste ; c’est aussi le seul être au monde qui ne sache pas mentir.

    Un couteau dissimulé dans une bible qui a pour propriétaire le dernier des hommes ; bible qu’il vendra pour boire, boire encore et encore, ayant déjà tout vendu, tout perdu et tout bu - l’acheteur lui en donnera 100 roubles ; une fortune pour ce soiffard ! -, chez Dostoïevski, l’idiot c’est celui qui ne sait pas et ne peut pas tricher ; c’est aussi celui qui vit plus malheureux du malheur des autres que les autres de leur propre malheur ; plus malheureux donc que le plus malheureux des êtres humains alors que cet être ne lui avait rien demandé, et que dans son malheur, il pouvait y trouver son salut.

    Parce que… chacun de ses éclats de rire termine sa course en larmes dans une grimace hideuse, sans doute le Prince Mychkine, ce Tirésias perdu dans un siècle trop petit pour lui face à des êtres au ras de l'existence qui n'aura rencontré ni son Oedipe ni son Créon,  sans doute Mychkine a-t-il vu dans le malheur de ses contemporains son propre malheur ? Celui de son inadaptation au monde ; un monde sans âge d’or passé, présent et à venir ; un monde sans espoir pour quiconque se trouve dans l’impossibilité de vivre sans une de ses lueurs ; celle d’un Dieu maître des étoiles… filantes pour l’occasion car, si Dostoïevski était bien un homme de son temps, s'il savait que Dieu est mort tout en reconnaissant la menace que cette disparition fait peser sur notre humanité, néanmoins, il n'avait toujours pas compris que l'on n'avait jamais pu compter sur lui non plus. Tous l'auront noté : plus ça barde, plus ce Dieu introuvable regarde ailleurs.

     

                     Nastassia sera son unique tentation ; une Marie Madeleine russe auprès d’un Christ orthodoxe : « Je lui donnerai ma vie pour lui rendre la paix de l’âme » confessera-t-il.

    « Sauvez-moi ! Je veux être sauvée ! Epousez-moi ! Je veux un mariage en blanc ! » suppliera-t-elle à genoux.

    Et sous le soleil de Satan, c’est ce même couteau cachée dans cette bible d’ivrogne, bible que plus personne ne lit et alors que l'auteur semble le regretter, c'est ce couteau qui scellera plus tard le destin de cette Nastassia ; celle d’une vie très tôt abusée, gâchée et irrécouvrable.

    Nastassia puis Aglaé… Aglaé et Nastassia… en les épousant, c’est toutes les femmes qu’il épouse ; la femme humiliée au sortir de l'adolescence et la femme adulte mais contrainte ; en mari éternel, il les épousera toutes fraternellement sans en épouser aucune faute de pouvoir choisir car, choisir c’est exclure, exclure c’est trahir…et tout chez cet être l’interdit. L’amour marital aurait pourtant fait de lui un homme entier, une fois descendu de sa croix, refusant alors une charge aussi inhumaine qu'irraisonnée - on retrouve là l'enfant : sauver l’humanité qui ne sait pas qu’il est impératif qu’elle le soit, tout en ignorant qu’il est encore possible pour elle de sortir du néant.

     

                     L'idiot, Prince Michkine, Dostoïevski... littérature et cri d'alarme, mais alors, pourquoi aime-t-on croire autant aux histoires invraisemblables ? Mais parce que ces histoires et les personnages qui les hantent, nous apportent l’illusion qu’un autre monde est possible ; par conséquent, qu'une autre vie aussi pour chacun d’entre nous ! Et c’est alors que la magie opère :  l’espoir renaît le temps qu’il nous est donné de les entendre ou de les lire toutes ces histoires invraisemblables et si nécessaires !

    Insatiables, nous sommes !

    Tenez, la politique, le temps d’une élection, relève de ces histoires-là un peu aussi, tout comme la révolution bolchévique à venir, après la nôtre de 89, dans le contexte d'un roman écrit un demi-siècle avant la grande illusion des possédés d'octobre 17.

    Là encore, on a fini par apprendre que ce n'est pas comme ça qu'il faut s'y prendre ; mais... comment alors ?

                  Une dernière prière de Dostoïevski sur l’autel de la condition humaine, face aux icônes d’une religion déjà impuissante, avec un « pourquoi » qui a pour écho un  « Mon Dieu, faites que… » :

                  « Pourquoi les êtres sont si pauvres ? Pourquoi ne chantent-ils pas de joie ? Pourquoi ne s’embrassent-ils pas ? Pourquoi leurs visages à tous sont si sombres ? »...

    Et c’est le Christ de Dostoïevski, un Christ d'une humanité sans Dieu, qui retourne à son désespoir, péché d'orgueil - encore l'orgueil ! -, péché pourtant mortel ; un désespoir, le sien propre, à la fois immense et minuscule face au monde, avec lequel il lui faudra continuer de désespérer et de vivre tel un fantôme maintenant silencieux, sans bruit de chaînes, un fantôme le plus seul au monde car, la boucle bouclée, pour le prince Mychkine, ce sera l’éternel retour du même avec le même, comme une maladie chronique que seule la mort est capable de guérir.

                    Le malheur de ce prince, c'est de n'avoir pas été plus capable de se sauver que de sauver les autres tout en n'ayant pas compris ce que, vingt ans plus tôt, Bartleby a hurlé à la face du monde, tout en se taisant : "Plus on parle, plus on ment, plus on se salit et les autres avec nous !"

                   Herman Melville avait quelques longueurs d'avance sur Dostoïevski. Faut croire.

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  • Jean-Marc le Bihan : chanteur et slameur de rue

     

     

                   Né en 1953, Jean-Marc Le Bihan est chanteur de rue à Lyon, Avignon, Bourges, et en Belgique. Il vit de son métier depuis 20 ans.

     

    JM Le bihan.jpg

     

     

     

               Chanteur-slameur, Jean-Marc le Bihan chante les vieux qui s'aiment, la terre massacrée et les conditions d'existence injustes et cruelles d'une grande partie de l'humanité. 

     

     

     

     

    Jean-Marc Le Bihan, le 24 août 2013 à Aurillac sur le thème de la violence sociale.

     

     

     

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