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littérature - Page 2

  • Bukowski, Gazzara, Ferreri and co

     

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    Style is the answer to everything.
    Fresh way to approach a dull or dangerous day.
    To do a dull thing with style is preferable to doing a dangerous thing without style.
    To do a dangerous thing with style, is what I call art.
    Bullfighting can be an art.
    Boxing can be an art.
    Loving can be an art.
    Opening a can of sardines can be an art.
    Not many have style.
    Not many can keep style.
    I have seen dogs with more style than men.
    Although not many dogs have style.
    Cats have it with abundance.

    When Hemingway put his brains to the wall with a shotgun, that was style.
    For sometimes people give you style.
    Joan of Arc had style.
    John the Baptist.
    Jesus.
    Socrates.
    Caesar.
    García Lorca.
    I have met men in jail with style.
    I have met more men in jail with style than men out of jail.
    Style is a difference, a way of doing, a way of being done.
    Six herons standing quietly in a pool of water, or you, walking
    naked out of the bathroom without seeing me.

     

    ***
         

     

     

    Extrait de Tales of Ordinary Madness de Marco Ferreri d'après le roman de Charles Bukowski (1920–1994).

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    And the sun wields mercy but like a jet torch carried to high.

    And the jets whip across its sight
    and rockets leap like toads…

     

    Peace is no longer, for some reason, precious
    Madness drifts like lily pads
    on a pond circling senselessly…

     

    The painters paint

    Dipping their reds and greens and yellows
    poets rhyme their loneliness
    musicians starve as always

    and novelists miss the mark…


    But not the pelican , the gull
    Pelicans dip and dive, rise
    shaking shocked half-dead
    radioactive fish in their beaks…

     

    The sky breaks red and orange

    Flowers open as they always have opened

    but covered with thin dust of rocket fuel

    and mushrooms, poison mushrooms…

     

    And in a million rooms, lovers lie entwined and lost and sick as peace…
    Can’t we awaken?

    Must we forever, dear friends, die in our sleep?

     

     

    ____________________________

     

    Extrait du poème And the sun wields mercy de Charles Bukowski

    Lien permanent Catégories : Art et culture, Cinéma de film en film 1 commentaire
  • Mylène Vignon : une garance pour le violoncelle

     

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    Vers l'Or 

     

     

     

     

     

    Mettre dans la lumière

     

    Une belle inconnue

     

    Encensée

     

    Dans la diversité

     

    Ecrire une sonate

     

    Sur un texte improvisé

     

    Esquisser une valse

     

    Slamer

     

    Dans la galaxie

     

    Au-delà des clivages

     

    Quelle est ta règle d'Or ?

     

    Toi

     

    Vous

     

    Réunis

     

     

                 "J’ai écrit ces lignes sous forme de poèmes, pour exprimer les couleurs de mes émotions face aux œuvres contemplées, avant analyses. Car nos émotions correspondent aux couleurs : vert de rage, rose de confusion, rouge de honte, idées noires, blanc de douleur, rire jaune, bleu à l'âme, bleu comme une orange..." - Mylène Vignon.

     

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                 Vers Orion et la Fille à l’arrosoir, cafetière d’amour, café des fous...

    Objectif : nostalgie et nuit avec Anaïs, ange et femme plume.

    Sous  la neige et la vie d’un bleu d’une beauté en toute saison pareille à la Tour Eiffel, et sur les toits aussi, le sculpteur de verre a la sensualité d’une sphère

    Tandis que la Sirène blessée, questionne de son violoncelle le blanc d’une trace qui conduit à la mer.

    Le bonheur, poète de la nuit, la rivière et  l'Homme Personne à l'Origine du monde, rap et écriture de l'enfance, cette inconnue du métro Henri IV et des ruches de Manhattan

    Librairie d’Or, atelier en fête de Saint-Germain-des-Près consacrent alors un nouveau mariage : Jazz et souvenir... celui d’Elena.

                      Alors oui ! Rose la vie de Mylène Vignon, une garance pour le violoncelle et les enfants du paradis, là où Prévert et Eluard se regardent et attendent.

     

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    mylène vignon,garance,prévert,éluard,poésie,recueil,les étidions unicité,littérature,édition,livres,lectureMylène Vignon est journaliste, commissaire d’événements culturels, expert en art contemporain, rédactrice en chef à Saisons de Culture, présentatrice et co-productrice de Secrets d’Ateliers à BDM TV.

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais, Art et culture 0 commentaire
  • Andy Vérol : littérature et mise en scène

             

    Les écrits d'une (grande) petite frappe de la littérature 

     

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               " Vérol, c'est moi, mais c'est aussi un concept, un personnage, un vecteur, une ligne et de la création littéraire, artistique et parfois politique..."

     

    Le moindre de vos dons m'aidera à arrêter !

     

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             Ignoré des plus petits (les "déjà has been" de l'édition et des médias - et qui ne le soupçonnent pas encore), adulé par les plus grands du Net (dont votre serviteur), une fois, dix fois, vingt fois viré d'Internet - comptes bloqués, sites et blogs fermés par les flics de la blogosphère (faut dire qu'il lui arrive aussi d'être son pire ennemi)...

    Aussi loin que je me souvienne, Andy Vérol a toujours été là, présent sur la toile, dès le début, infatigable, fou furieux, diffamant, éructant, d'une invention folle, d'une énergie inépuisable ! Tendu, toujours sur la brèche, j'ai souvent craint le pire pour lui... craint de ne plus pouvoir le lire le jour d'après...

    "Petite frappe de la littérature" (c'est de lui)... à l'origine d'un collectif nommé HIRSUTE  - Plateforme pseudo-collective pour petits bourgeois et inflexibles tocards -, Andy Vérol, artiste et oeuvre d'Art tout à la fois, est né avec le Net, se nourrissant du Net et le Net de lui... car seul Internet qu'il a longtemps fait tourner en bourrique, a pu faciliter l'émergence d'un tel artiste de la mise en scène de l'écriture : il a été un des premiers.

             Capable de tout, n'ayez aucun doute à son sujet : Métal lourd, Techno-trash jusque dans l'écriture, Andy Vérol est bel et bien un auteur, un vrai ! Et vous verrez : il finira poète car aujourd'hui, il n'y a que la poésie qui soit capable de trouer le cul de la langue française.


             Aussi...

             Salut à toi l'Artiste !
     

                                                          ***

     

                                     Andy Vérol dans toutes ses oeuvres !

     

    Le coccyx pété du baiseur repu

     

    En éjaculant, j’eus l’image sublime d’une montagne blanchie par un nuage de cendres. Jouir me donnait soif, une soif cérébrale pure, comme si mes synapses jouasses avaient besoin d’être lubrifiées à l’huile de coude, un vrombissement taré d... ans les canaux cérébraux, tiens, viens, je le vomissais ce vieux truc. A genoux sur le tapis bleu, j’avais la lumière verdâtre de l’écran qui m’enveloppait. Tiens, viens. En me relevant, mes jambes-coton trimbalèrent ma carcasse soulagée dans la cuisine, in le frigo, les doigts dans un bocal de compote, la bouche tartinée de beurre et de mousse bièreuse, et la langue tachée de piments incendiaires. Tricot de mains mélangées dans le coccyx pété du baiseur repu. Je sifflai une boutanche de vinasse, un Nuit Saint-Georges abandonné entre les produits de nettoyage sous l’évier. Ma viande revivait, je me sentais de nouveau invincible, de nouveau excité. Quelques coups de tête dans le vide réajustèrent mes cervicales, un morceau de cake chocolaté acheva de tuer mon appétit. J’étais prêt pour la suite…

     

              Extrait de "Poétique de l'assassin", second volet de ma trilogie en cours d'écriture. (1ère partie, "Seconde Chance", nouvelle à paraître d'ici début 2013)

     

    "Poétique de l'assassin", 2ème partie de la trilogie "Avant Extinction

     

    Miel mou, je me trahissais dans le sommeil. Tiens, viens. J’avais, pour la première fois de ma vie, un espace à moi où personne ne pouvait interférer et mettre en danger ma quiétude, ma solitude, mes instants intimes. Les brouhahas incessants des fous dehors étaient stoppés par les murs protecteurs. En regardant la chambre, son confort, son éclairage aux spots tamisés, je fus transporté dans leurs vies. L’un à côté de l’autre, ils ne se parlaient pas. Lui pétait bruyamment, elle lui disait qu’il n’était qu’un porc. Elle tentait d’avancer dans son Marc Levi, du bon, de la brute de littérature qu’elle avançait page par page, soir après soir. Elle s’endormait généralement après dix minutes de lecture. Lui avait cette pile de journaux près du lit : L’Equipe et le journal Aujourd’hui pour l’essentiel, qu’il feuilletait sans fin, se replongeant dans les matchs glorieux de la Ligue 1. Pour ça, il méritait que je descende à la cave et que je lui enquille deux trois coups de pelle dans la gueule. Mais je m’endormis, happé par le coton qui remplace les muscles quand l’esprit se meurt. On a souvent une image préconçue de types comme moi. A force de séries policières à la télé, et même si l’on est ouvert d’esprit, quelques traces de clichés s’accrochent tout de même à l’âme. Y compris pour moi. Mais là, moi, j’étais celui-là qui avait attaché Monsieur un niveau en dessous, dans une pièce encombrée de vieilleries poussiéreuses. Mon rêve récurrent, ça n’était pas ce truc obsessionnel malsain.

     

    Je me suis "diarrhée" la cervelle dans les réseaux sociaux

    Il y avait un dernier oiseau qui quitta les lieux, une volière déchiquetée par des vents violents… Comme une ville et ses vieux… Je reviens lentement à Liam… Le rouquin, son passé. « T’as voulu jouer, tu t’es fait embarquer ».

    Nous attrapions des cancers avec l’amiante, le tabac, l’essence… Nous ne parlions plus que de ça… Ou les enfants violés/tués, ou les accidents de bagnoles, ou les cancers, ou les dégâts liés à l’environnement, ou les cancers, ou les avions écrasés, ou les séismes... « Qu’ils l’ont dit dans la Bible HEIN ? »… « Regarder la télé, c’est comme ce touriste débile qui regarde la mer se retirer, puis qui la voit débouler à la vitesse d’une Formule 1, vingt-cinq mètres d’altitude au-dessus de son niveau initial… Et qui reste là, figé d’admiration, comme pris d’un orgasme à la vue de sa propre mort ». Nous mourrions tous les jours de quelque chose dans les écrans… On crevait, je croupissais loin de l’Usine, préférant une vie terne et déprimante avec espérance de vie rallongée à une chute courte et trépidante… Cette maison n’existe plus, son duvet non plus. Tes ombres posées dans les plâtras, la ferraille, les lambeaux d’escaliers au carrelage explosé… Cette maison n’est plus, n’est plus qu’une série de photos, de déchets, de souvenirs… des milliers de textos strangulés dans les tuyaux virtuels. « J’ai eu des fuites de cerveaux durant des années. Je me suis diarrhée la cervelle dans les réseaux sociaux, j’ai baisé virtuel, j’ai regardé les photos, les films, les mots des autres… J’étais tellement con qu’il suffisait que je mette la couv’ d’un livre sur la toile, avec un commentaire de dindon, pour passer pour une chose cultivée ». Qui parle ? Je mélange, je m’arrange pour remettre le récit à l’endroit. J’ai envie d’une bolée de sky, une écuelle de poppers, une flasque de shoot…

    Avant le petit matin, il fallut m’assurer de la disparition du corps. En ai-je déjà parlé ? Dehors les détritus, les montagnes de merdes venues d’Europe continuaient à arriver, flot imperturbable, inexorable zone d’évacuation… Astérion était le rectum de l’Europe, la bonne vieille, le bateau coulé par ses propres impérialismes. Je me grattai partout. Une éruption de psoriasis tringlait régulièrement mon torse, mes cuisses, mes fesses, et surtout ma nuque et mon cou. Expectoration des angoisses par les pores du derme.

    Extrait de « Mon Usine, la suite… ». Roman en cours d’écriture.

      
    Son site Andy Vérol 
     de l'auteur  : Le sacerdoce d'ANDY VEROL
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  • S'il existe un pays : Bruno Doucey

     

                      

     

     

     

     

     

     

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    Serge ULESKI à propos du recueil : "S'il existe un pays"

     

                       Avec le poète Bruno Doucey, la vie est là et la neige qui n’est d’aucun pays et qui n’appartient à personne  sillonne, rigole, dévale collines, bois et fossés.

    Hanneton bourlingueur dans l’herbe haute des poètes… là où la branche se courbe pour aimer, et sous la paupière du silence, là où le crépuscule est pareil à une passe inquiète qui entre sans alphabet connu dans la tanière du sommeil, un attrape-rêves parcourt les chemins arborés de l’enfance, et face au taureau de la mélancolie qui ne craint pas de mourir à l’aube car toutes les portes lui sont grandes ouvertes… un soleil brûlant entonne une petite fugue iranienne, figure de jaspe au schisme de la vie au moment où le crépuscule ouvre les naseaux de la nuit.

                  Dans l'attente paisible d'un hamac d’où l’on observe le repli des années et du souvenir de l’être aimé, jadis, à son insu vraisemblablement, en secret donc…  loin de l’amour que l’on fait sans amour... se souviendront-ils tous seulement du mascaret de l’enfance avec sa houppelande de granit chevillée au corps ? Et savent-ils que la pierre, elle aussi, meurt de ne pas être aimée ?

                Maison et rive de l’enfance, robinsonnades et mémoires en étranges bordées, royaume ouvert sur un livre de sable… décidément non ! Nous ne venons pas au monde mais sommes tous, bien plutôt, jetés sans retenue ni considération sur le parvis de tout le malheur dont il est porteur, à la lueur d’une bougie d’un Blaise Cendrars et de son royaume nègre,  galets aux couleurs chaudes de l’été, visages de soie dans les draps de la vallée et des volcans d’une île tout intérieure, là où des grands arbres chagrin peinent à faire taire l’obscure terreur de leurs racines, une terreur indicible…

    Et c’est tout un monde qui alors vacille.

                    Si la poésie se marche autant qu’elle s’écrit, Léros et Caprera, après Salonique et Kalo Horio, villages de Crète, îles grecques où séjournent des ombres paisibles et chauffées à blanc qui offrent à l’avenir sa moisson de lumière juste avant qu’Haïti ne soit éventrée, terre ouverte, entrailles béantes dans le fracas des cisailles d’acier voraces, jamais rassasiées…  reste alors à rêver un rêve fou : des séismes de tendresse et d'amour.

    Et s’il existe un pays, l’Espagne rouge-sang y figure en bonne place, et ses poètes martyrs aussi, sous le feuillage des cordes de guitare, des sarabandes des gitans et du chant de la pampa, de la Sierra Nevada, Grenade plongée dans une nuit de silence de mort près d’une fontaine de larmes : celles des suppliciés qui n’ont pas pu se taire.

     

                 Epilogue…

                La maison jadis posée sur la douceur de vivre est maintenant en flammes, et c’est Cocteau, Seghers, Lorca et Machado – exhumation oblige ! -, qui emportent  avec Bruno Doucey, le feu et sauvent la poésie… cette terre mille fois trahie,  là où l’asphalte a tué le sentier et son eau vive.

     

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    bruno doucey,poésie,poètes,édition,littérature,serge uleskiPoète, éditeur de poètes ainsi se définit Bruno Doucet.

    Pour prolonger, cliquez www.editions-brunodoucey.com

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  • On nous doit l'immortalité

     

    "Ne cherchez pas ! Ne cherchez plus ! Ils ont décidé pour vous ; décidé de votre espace le plus intime : votre espace intérieur. Et pour ne pas être en reste, ils se sont aussi occupés de votre environnement. En bousculant l'un, ils ont bouleversé l'autre. En ce qui vous concerne, c'est le divorce de la conscience. Le divorce entre ce qu'aurait dû être votre existence véritable et la connaissance que vous en avez aujourd'hui. Vous êtes ébranlé. Vous êtes sens dessus dessous : la stabilité n'est plus, l'évidence s'est retirée et l'unité avec elle, pour laisser la place à un questionnement sans fin sur hier, aujourd'hui et demain.


    - Laissez-moi ! Je suis fatigué.


    - Vous ne pouvez plus rien saisir. Vous ne pouvez plus déterminer la situation dans laquelle vous vous trouvez. Vous avez été happé dans le tourbillon irrésistible d'une organisation de l'existence qui vous a échappé. Dans cette organisation, l'action précède le savoir. Et maintenant que vous savez, eh bien, c'est trop tard. Mais vous avez servi et c'est là tout ce qui importe. Aujourd'hui, les réalités de cette organisation vous sont étrangères. Elles ne semblent plus vous concerner. N'ayez aucun regret : ces réalités ne vous ont jamais concerné en tant qu'individu. Quant aux situations qui y sont rattachées, c'est involontairement que vous les avez vécues et c'est inconsciemment que vous vous y êtes conformé et aujourd'hui, c'est sans vous que ce mécanisme poursuit son oeuvre. Vous n'avez eu conscience de rien. Aucune volonté de votre part dans cette adhésion. La clarté du savoir ne s'est pas offerte à votre entendement. Et même... si votre conscience a dû opérer sur elle-même et des années durant, des changements, aujourd'hui, force est de constater que vous êtes en panne et d'adaptation et d'imagination. D'où ce sentiment d'incompréhension qui vous écrase.

     

    - Je ne vous ai rien demandé. Je ne vous ai pas appelé.


    - Vous avez vécu indifférent, interchangeable et sans histoire. En vous, plus rien d'authentique ne subsiste. C'est le choc en retour. Vous n'appartenez plus à rien, à aucun peuple, à aucune époque et à vous-même, pas davantage. Vous n'êtes plus englobé. Vous êtes sans lieu et sans montre. Ni le temps ni l'espace ne vous sont d'un secours quelconque. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, pas moyen de mettre un visage et un nom sur un coupable puisque plus rien n'est identifiable. Pas de remède donc ! Vous n'êtes plus qu'un océan de symptômes. En deux mots, je dirais que vous êtes en train de faire l'expérience de votre propre néant.

    - Mais comment une telle chose est-elle possible ? Mille fois, j'y ai pensé mais à chaque fois, c'était comme si...


    - C'est dans l'ordre des choses : plus on y pense et moins on trouve un sens, une direction, un but, une raison d'y être et d'en être pour continuer d'en faire partie car, vous n'avez appartenu et vous n'appartenez plus à rien. Et plus vous y penserez et plus ces sentiments d'abandon et d'impuissance se feront plus pressants encore car la rationalité qui vous entoure n'a rien d'humaine. Elle ne sert pas un destin individuel, le vôtre ou bien, celui de votre voisin. Finalement, vous êtes un peu comme l'homme devant l'ordinateur et cet ordinateur ne soupçonne même pas votre existence en tant qu'être humain. De vous, il ne reçoit et ne perçoit que des pulsions électriques, des clics, des « Enter », des « Escape »... C’est tout.


    - Pourtant, j'ai eu une vie bien remplie.


    - Je n'en doute pas un seul instant. Mais vous n'aviez aucun devenir propre et aujourd'hui, vous n'avez plus de fonction. Vous êtes comme décomposé, démembré. En pièces détachées vous êtes ! Tout à fait désincarné maintenant. Car, ce qui fait sens, c'est la fonction que vous êtes censé remplir. Vous n'avez pas à faire sens en dehors de cette fonction. Pourquoi faire ? Pour ne rien remplir du tout, ni fonction ni les poches de qui que ce soit ? Inacceptable ! Pire encore : incohérent ! Incohérent et inutile et donc, à bannir au plus vite ! Les risques de contagion étant ce qu'ils sont, c’est à dire, haïssables, ça pourrait donner des idées aux autres. Vous comprenez ?


    - Je ne suis pas le seul dans ce cas !


    - La terre est accessible à tous. C'est vrai. Vous disposez d'une mobilité plus grande que jamais et pourtant, vous n'osez plus sortir de chez-vous parce que l'espace est entièrement occupé. Saturé, cet espace. Tout est à la fois unifié et désuni. Inadapté à votre temps, dans une constellation d'images invraisemblables et incohérentes, vous cherchez cette unité mais sa validité et sa pertinence vous échappent chaque jour, un peu plus. La désintégration vous menace. Comprenez bien une chose : vous êtes fini et le monde lui, est infini. Votre salut passait par la stabilité. On vous a servi le mouvement perpétuel. La réalité d'aujourd'hui est déjà dépassée par une autre réalité : celle de demain et... dès demain matin ! La rapidité de ce mouvement vous a fait perdre la tête. Etourdi, vous êtes ! Une vraie girouette ! Vous avez tourné sur le tour du potier jusqu'à vous détacher de votre axe vital, vous avez tournoyé un temps, comme ivre, et puis, une fois dans les décors, vous vous êtes rompu. Désaxé vous êtes ! Et la machinerie universelle ne prendra pas le temps de reconstituer pièce par pièce ce que vous n'auriez jamais dû cesser d'être quand on sait qu'il n'était pas question pour elle que vous le soyez.


    - Dernièrement, je pensais à des nouvelles conditions d'existence. Des nouvelles conditions qui me permettraient de me débarrasser de cette impuissance et de cette incompréhension qui me...


    - Impossible Monsieur ! Les conditions de cette organisation ont les propriétés du fer, du béton sans oublier tous les nouveaux matériaux qu'elle développe au jour le jour : les propriétés du béton sans le béton et les propriétés du fer sans le fer et bientôt, les propriétés de l’Homme sans l’homme. L'étape que vous franchissez aujourd'hui est aussi importante que le premier pas qui a mené l'homme sur la lune.


    - Et l'élément nouveau ? Oui ! L'élément nouveau ! Celui qui viendra tout remettre en cause.


    - A votre avis, de quoi parle-t-on depuis une heure ? Mais... de cet élément nouveau, précisément ! Quant à la remise en cause, je viens de vous l'expliquer : cette remise en cause a lieu tous les jours. D'ailleurs, nous ne vivons que de ça : de la remise en cause de tout contre tous et de ce qui est et de ce qui a été. Il n'y a qu'une manière d'être à la hauteur de cet élément nouveau qu'à défaut d'appeler de mes vœux, je nommerais Exigence Nouvelle : c'est de s'y soumettre et d'accepter de vivre sans réponse, sans but, loin de tous les miroirs pour ne pas crever la honte au ventre, révolté, misérable, atterré de non-sens et aveuglé par un constat d'échec total. Regardez autour de vous. Examinez votre chambre ; la chambre de ce mouroir qui a pour nom : maison d'accueil, de retraite et de fin de vie. En quoi ce lieu vous ressemble ? Ce lieu n'a de lieu que le travail de ceux qui l'administrent jusqu'à l'épuisement de leurs occupants. De votre passé et dans cette chambre, je vous défie d'y trouver un témoignage, une voix, un objet, un sourire et de cette fenêtre, une vue imprenable et familière ! Vous voyez ! La boucle est bouclée. De vous, de votre passé, de votre histoire, plus aucune trace physique, plus aucun témoignage.


    - Dans ces conditions, comment trouver la force de mourir ? Oui. Dites-moi : où trouver la force de mourir après une telle vie ?


    - Vous n'avez pas le choix.

    - Aujourd'hui, tout m'est étranger ! Etranger à tout ce que j'attendais, à tout ce qu'on était en droit d'espérer, nous tous. Oui ! Etrangères nos vies ! Etrangers nos rapports ; rapports faux, rapports contraints, rapports dictés par la peur, par toutes les peurs : la peur de l'humiliation, la peur de l'exclusion, la peur de l'échec. Ou bien alors, l'appât du gain pour une hypothétique place au soleil dans l‘espoir d‘y trouver un peu de sécurité, entre somnifères et anti-dépresseurs. Alors, comment accepter de mourir ?


    - Ne vous obstinez pas ! Cédez !


    - De nos forces, qu'en avons-nous fait ? Quel projet avons-nous servi ? Qu'avons-nous construit ? Comment et où trouver la moindre légitimité dans tout ce qu'on abandonne, dans tout ce qu'on laisse derrière nous ? Comment accepter de mourir face un tel bilan ?


    - On vous y aidera. N'ayez crainte.


    - Quand je pense à cette promesse...


    - Quelle promesse ?


    - Celle que notre organisation de l'existence portait en elle. Et cette promesse devait faire que tu aurais un sens, nous tous ouverts à l'infinité de tous les possibles. On pouvait tout accomplir. Et je n'ai même pas pu réaliser ou pu approcher cette promesse. Quant à la saisir... qui peut se vanter de l'avoir fait ?


    - Cédez ! Cédez ! Que diable ! Cédez ! Mais... quand allez-vous enfin céder ? Et puis, rompez ! Rompez cet entêtement ! Cédez et rompez !

    - Rien n’a été accompli. Tout reste à faire. Tout en sachant que ce qui sera fait sera défait avant même que nous ayons eu le temps d'en jouir, ou bien, de nous en approprier le sens et la valeur ; l'inestimable valeur.


    - Plaignez-vous ! Vous avez servi, c'est déjà pas si mal. Allez ! Cédez comme vous avez vécu.


    - Combien sommes-nous à pouvoir nous vanter d’avoir accompli quoi que ce soit pour nous-mêmes, pour les autres et pour ceux qui nous succèderont ? Qu'est-ce qui nous reste à célébrer ?


    - Cédez en cédant sans soupçonner que vous cédiez quand inconscient, vous vous êtes laissé conduire pas à pas, année après année, jusque dans cette chambre.


    - Derrière moi, je ne laisse aucun sourire radieux, aucun regard franc, un regard qui viendrait de loin, un regard profond, enraciné, un regard familier. Non ! Je ne laisse rien. Pas même un foyer dans lequel nos vies se seraient déployées, génération après génération, avec force, courage, respect, responsabilité. Regardez ! Je ne laisse aucune trace.


    - Ca tombe plutôt bien, voyez-vous ! car… aujourd'hui, chaque génération ne doit en aucun cas pouvoir trouver et suivre une trace : la trace d'une vie antérieure. La trace d'une vie avant la sienne... car, toute possibilité de retour sur une expérience qui aurait appartenu au passé doit être exclue. Vivre, c'est ne plus laisser de traces. Alors... ne vous obstinez pas !


    - Plus rien ne nous dépasse. La fin, nous sommes et les moyens. Rien d'autre.

    - Cédez !

    - Comment accepter de mourir après une telle révélation ? Comment mourir en paix avec soi-même et le monde ? Comment accepter de mourir après une telle déception, un tel accablement ?

    - Laissez-vous faire !

    - On nous doit l‘immortalité !

    - Comment ça ?

    - Jamais plus nous n'accepterons de mourir après un tel mensonge dans lequel nous nous sommes tous laissé conduire tel un troupeau de mouton bêlant. On nous doit l'immortalité, je vous dis !

    - Ne dites pas de bêtises, voulez-vous !

    - Nous exigeons l'immortalité ! Après un tel constat, on n'acceptera pas de céder notre place. On ne partira pas. On occupera les lieux ! Et faudra qu'on s'occupe de nous parce que... on s'accrochera jusqu'au bout. D'ailleurs, il n'y aura ni bout ni fin ! L'immortalité, je vous dis ! Sinon, ce sera la guerre ! Oui, la guerre ! Des massacres sans nombre par milliers, par millions ! Car, après un tel gâchis, jamais plus nous n’accepterons de mourir car nous n’accepterons jamais d’avoir vécu comme nous avons vécu."

     

    Copyright © Serge ULESKI

     

    Extrait du titre "Confessions d'un ventriloque" - ouvrage disponible ICI

     

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  • Jean de La Fontaine ou le clair-obscur de la raison politique et humaniste dans la fable

     

     

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    Le chat, la belette et le petit lapin*


    Jean de la Fontaine
    (-- Livre septième – Fable XV 
    "Le chat, la belette et le petit lapin" a pour source une fable de Pilpay - Brahmane hindou (3es. ?) « D’un chat et d’une perdrix » tirée du livre des Lumières (1).
     
     
    ***



    Du palais d'un jeune Lapin
    Dame Belette un beau matin
    S'empara ; c'est une rusée.
    Le Maître étant absent, ce lui fut chose aisée.
    Elle porta chez lui ses pénates un jour
    Qu'il était allé faire à l'Aurore sa cour,
    Parmi le thym et la rosée.


    Après qu'il eut brouté, trotté, fait tous ses tours,
    Janot Lapin retourne aux souterrains séjours.
    La Belette avait mis le nez à la fenêtre.
    O Dieux hospitaliers, que vois-je ici paraître ?
    Dit l'animal chassé du paternel logis :
    O là, Madame la Belette,
    Que l'on déloge sans trompette,
    Ou je vais avertir tous les rats du pays.


    La Dame au nez pointu répondit que la terre
    Etait au premier occupant.
    C'était un beau sujet de guerre
    Qu'un logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant.


    Et quand ce serait un Royaume
    Je voudrais bien savoir, dit-elle, quelle loi
    En a pour toujours fait l'octroi
    A Jean fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume,
    Plutôt qu'à Paul, plutôt qu'à moi.


    Jean Lapin allégua la coutume et l'usage.
    Ce sont, dit-il, leurs lois qui m'ont de ce logis
    Rendu maître et seigneur, et qui de père en fils,
    L'ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis.
    Le premier occupant est-ce une loi plus sage ?
    - Or bien sans crier davantage,
    Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis.
    C'était un chat vivant comme un dévot ermite,
    Un chat faisant la chattemite,
    Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
    Arbitre expert sur tous les cas.


    Jean Lapin pour juge l'agrée.
    Les voilà tous deux arrivés
    Devant sa majesté fourrée.
    Grippeminaud leur dit : Mes enfants, approchez,
    Approchez, je suis sourd, les ans en sont la cause.
    L'un et l'autre approcha ne craignant nulle chose.
    Aussitôt qu'à portée il vit les contestants,
    Grippeminaud le bon apôtre
    Jetant des deux côtés la griffe en même temps,
    Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre.
    Ceci ressemble fort aux débats qu'ont parfois
    Les petits souverains se rapportant aux Rois.

     

     

     * La Fontaine aurait-il été proudhonien avant l'heure :"La propriété, c'est le vol" ? Ou bien encore, La Fontaine aurait-il été un apologiste de la rapine, à la fois révolutionnaire et gangster pour finalement botter en touche : ni la rapine ni le droit qui aurait pour fondement l'usage et la coutume, loin de la justice, mais bien plutôt...  la soumission à l'arbitrage du plus fort ? Ou alors, la dénonciation de cet arbitrage et du risque encouru par tous ceux qui seraient tenter d'y recourir ?

     

    _____________________

     

     

                      " Loin de ces rapports de force très crus entre maître et esclave qui faisaient, selon la légende, de chaque intervention d'Esope, une stratégie d'esquive et de survie face à la violence du monde... d'un redoutable potentiel critique, si La Fontaine adopte au seuil du premier recueil de ses fables la posture humble de simple "traducteur" d'Esope, il ne manque pas, dans sa préface, de faire état des libertés qu'il s'est données vis à vis de ses modèles.

    Si l'on en croit toute une tradition critique, La Fontaine aurait donc réalisé ce petit miracle : en devenant en quelque manière "notre Homère", il aurait pour longtemps "reterritorialisé" le genre le plus nomade, exportable, atopique qui soit : la fable. Mais cet encrage profond dans une situation précise (la France du règne personnel de Louis XIV), n'est en rien un enfermement : ces fables (apologues), en s'enracinant plus fortement que leurs devanciers (1) dans un terreau socio-politique spécifique, n'en auront acquis que plus de "pouvoir" encore ultérieurement.

    Qui ne pourrait témoigner de l'aptitude sans précédent des Fables de La Fontaine à s'émanciper de leur contexte immédiat, à éclairer d'autres types d'actualité, à venir hanter d'autres états de l'imaginaire collectif et de la langue ?

    (...) C'est que la fable selon La Fontaine, cet objet ténu, d'apparence aussi humble que celle du roseau, a résisté là où bien des chênes d'allure plus impérieuse ont basculé dans le néant de l'oubli. Cette souplesse extrême, elle le doit d'abord, à sa puissance intégrative sans égale : du premier recueil (1668) au second (1678-79), on assiste à une prodigieuse extension du domaine de la fable et les commentateurs ont souvent comparé, à juste titre, l'apologue lafontainien à un "creuset" où tant de traditions viennent se mélanger, et où les éléments d'autres genres -épopée, poésie lyrique, tragédie, contes et nouvelles, comédie surtout... - se fondent en d'improbables métissages, sans que pour autant ces rencontres surprenantes de tonalités, de registres et de styles virent immanquablement au burlesque, école de liberté elle aussi présente dans les Fables, mais le plus souvent étrangère au "tempérament" recherché par La Fontaine.

    Par la grâce de cette souplesse savante et rusée, la fable pourra plier à tous les vents que feront souffler sur elle les vicissitudes de l'histoire. Or, cette souplesse ne tient pas seulement à cette aptitude exceptionnelle à parasiter les autres genres et à les faire communiquer par des voies imprévues, elle doit beaucoup également à la mise en échec de toute parole excessivement dogmatique. Dans le grand voyage des Fables, les dogmatismes locaux semblent systématiquement voués au ridicule et au malheur. Par ailleurs, une expérience de plus de trois siècles a amplement démontré que les interprétations univoques de telle ou telle fable n'ont pas résisté bien longtemps. C'est que, semblable en cela à l'essai montaignien, la fable ainsi conçue se prête mieux sans doute que tout autre genre, à une pensée de la situation, de l'occasion, de la contingence. Elle se dérobe à toute signification allégorique définitive et stricte ; et la recherche des influences et des sources qui l'irriguent, si elle peut fasciner en soulignant la virtuosité des transpositions, ne restreint généralement  en rien la gamme des interprétations possibles - bien au contraire."

                                                          Jean-Charles Darmon - 2002

     

     

     

    1 –  d'autres sources encore à propos de l'oeuvre de l'auteur : Esope, Phèdre, Epicure, Horace, Erasme…

     

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  • Au-delà des fréquences hertziennes audibles

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                  Jadis perfectionniste, exigeante envers elle-même, aujourd’hui cherchant à fuir le moindre désagrément, la moindre gêne, elle n’est plus ce que son travail est devenu, et pour l’accomplir, ce qu’elle se doit d’afficher : adhésion et motivation.

    Elle le sait, elle le pressent : un danger guette ; et ce danger viendra des trentenaires bardés de diplômes, en veux-tu en voilà ! Et intelligents avec ça ! car, ceux-là seuls sont capables de déceler chez elle sa désapprobation à l'égard des nouvelles stratégies d'organisation que son service est chargé de mener jusqu'à ses ultimes conséquences.

    L’intelligence dans le travail tient en trois étapes : on voit, on comprend, on agit. Ils fonctionnent à cent à l’heure, ces trentenaires ! Avec eux, c’est la défaite assurée pour quiconque possède les mêmes qualités - analyse, synthèse, action -, mais à une vitesse de moitié inférieure à la leur. Ils n'ont pas leurs pareils quand il s'agit d'évaluer les dysfonctionnements humains - si tant est qu'un être humain puisse dis-fonctionner ! Et c'est possible dans un environnement où la fonction fait l'homme !

    Soucieux de maximiser tout ce qui se trouve à leur portée, ils sont imbattables lorsqu’il est question d’identifier les désordres organisationnels en mettant en place une logistique impitoyable : indicateurs de mesure, contrôle et évaluation de la qualité des résultats obtenus.

    Des visionnaires ils sont. Mais ne nous y trompons pas : des visionnaires adaptés… adaptés à leur temps. Autant dire, des suiveurs ou des opportunistes. Ils ne verront jamais la fin dans ce début dont ils souhaitent être les acteurs enthousiastes. Ils seront tout aussi incapables de penser le renouveau après cette fin. Ils sont à l'heure, certes ! Mais déjà en retard d'une nouvelle stratégie.

    Et puis, il y a les autres, guère plus âgés, parfois plus jeunes encore, porteurs de nouvelles aspirations : se former, se reconvertir, bouger, partir, revenir, s'absenter, choisir sa mobilité. En un mot : ne plus subir !

    Chimériques ces aspirations ! Oublieux qu'ils sont d'interroger un élément incontournable : leur emploi et sa fonction ; oubli qui les condamne eux aussi à la déception une fois que les règles du jeu auront changé.

    Autre danger pour elle : les intervenants extérieurs. Non contents de proposer des recommandations après un diagnostic intimidant qui ne souffrira aucune contestation, voilà qu’aujourd'hui, ils se proposent de partir à l'assaut de l'objectif d'efficience assigné. Au prix qu'ils se font payer... c'est la moindre des choses, serait-on tenté d‘ajouter.

    Conseillers et acteurs donc mais... toujours pas payeurs, ces intervenants opiniâtres et zélés car, partout où ils sévissent, ils contribuent grandement à désosser le travail pour installer un espace pour personne et un travail pour quiconque en redemande à son corps défendant, et pour peu qu'on interroge le candidat embauché depuis six mois dans l'anonymat d'une confidence susurrée à l'oreille et dans le brouhaha de cris hurlés au-delà des fréquences hertziennes audibles par l'oreille humaine ; cris que seuls les sourds et les muets ainsi que les bêtes... sont capables de déchiffrer.

     __________

     Le Cri
    Sculpture
    François-Auguste-René Rodin (Auguste Rodin)
    (vers 1886)

    ______________

    Extrait du titre inédit : "La consolation" - copyright Serge ULESKI

     


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  • Philippe Muray ou la réhabilitation de l’intolérance

     

                        Quatre ans après sa mort, l'écrivain et polémiste, dont on publie les «Essais», n'en finit pas de conquérir des adeptes.

     

    ____________________

     

                    Après plus de 2000 pages de lecture de cet auteur... lecture de ce qui, pour faire court, s'avère être une critique apocalyptique de tout ce qui n'est pas Philippe Muray...

    Ou comment cultiver l'art de jeter le bébé avec l'eau du bain et la baignoire avant de dynamiter la salle de bains et la demeure qui l'abrite, dans un... « Après-moi le désert ! » non-assumé faute de pouvoir être consciemment revendiqué comme tel...

    Loin de toute tentative d'analyse d'aucune cause...

    Misanthrope sympathique dans le meilleur des cas, ou bien aversion profonde pour le genre humain, dans le pire, et plus encore quand ce dernier n'a pas pour maître à penser un certain Philippe Muray (il faut toujours accueillir avec prudence les auteurs qui citent Céline à profusion, non pas pour son style mais bien pour ce qu'ils croient être sa "pensée)...

    Ce qui fait de Philippe Muray ce qu’il est, ce ne sont pas tant ses choix "politiques" que le refus (ou bien l'incapacité) de comprendre la nécessité historique de ce monde dit "moderne" : tout ce qui nous y a conduits et continuera de nous y conduire ; même si l'on peut avoir de bonnes raisons de refuser, en totalité ou en partie, d'adhérer à cette "modernité"…

    Mais… vous remarquerez que l'on peut toujours en concevoir une autre !

    Un Muray incapable donc de proposer un avenir quel qu’il soit. En panne Muray ! De là sa frustration, son acharnement sur le présent et la violence de ses positions.

    Et ceux qui, aujourd’hui, se réclament de cet auteur sont très certainement tout aussi en panne d’avenir que lui ; individus dont le tempérament – et ça existe : la preuve ! -, leur a fait très tôt prendre conscience qu’ils étaient nés tout simplement trop tard dans un monde décidément beaucoup trop jeune pour eux : d'où leur prédilection pour la thématique "Fin de l'Histoire"...

    Et sans doute était-il là... question, tel un effet boomerang imprévu et insoupçonnable en eux, de leur propre fin à tous.

    Quant au "dernier homme" (der letzte Mensch) de Muray, homme post-historique venu tout droit de chez Nietzsche et de son Zarazaza (autre dada de Muray), vraiment, si l'Histoire nous est d'un enseignement quelconque (même très quelconque), ce n'est sûrement pas demain la veille que notre espèce cessera de déjouer les prophéties les plus talentueuses.

    Non ! Ce qui fait de Muray ce qu’il est en tant qu’auteur (et non en tant qu'intellectuel car, il n'y a pas de « pensée Muray » mais bien plutôt des idées, des opinions « à la Muray »), c'est le caractère exclusivement a-politique ou anti-politique de ses choix, et ce à chaque fois qu’il est question de l’organisation de notre existence en société (pour ce qui est de la politique, se reporter à la définition d'Arendt); caractère qui nous renvoie à l'Ancien Régime, sinon au moyen-âge (oui ! sans rire) ; ou bien, plus proche de nous, à la "Révolution Nationale" d'un certain Pétain (à chacun ses casseroles !).

     

    ***

     

                    La plus grosse erreur (1) de Muray aura été de s’être laissé abuser et vampiriser tel Frankenstein, par sa propre création… Homos Festivus, jusqu’à penser qu’il s’agissait là d’un vrai projet de société et qu’il y avait, par conséquent, péril en la demeure ; projet durable qui recueillerait l’assentiment et le soutien sinon de la quasi-totalité, du moins, d’une importante majorité des électeurs (électeurs ou pas)...

    Notre auteur, et parce que cela l’arrangeait, feignant d’ignorer que l’Homme sera toujours plus que ce qu’il croit savoir sur lui-même qui n’est - le plus souvent -, que ce que l’on a daigné lui enseigner ou bien, ce qu’on lui a laissé espérer... pour lui-même.

    Quant à Delanoë, Maire de Paris, sa cour, son électorat bobos et leur influence supposée, fallait-il vraiment y consacrer autant d’années et autant de pages quand on sait que tout ce beau petit monde représente tout au plus que quelques centaines de milliers d’individus confinés, parqués dans une capitale qui ne nous appartient plus depuis longtemps déjà – Chirac n’ayant eu besoin de personne pour inaugurer cette dépossession.

     

    1 - Erreur qui trahit une méconnaissance profonde des conditions de vie des classes populaires et des petites-classes moyennes de la banlieue parisienne et de la province rurale et urbaine. Muray aurait-il été, à son insu, plus parisien dans ses analyses que tous les parisianismes réunis - et notamment celui de ses adversaires idéologiques ?

     

    ***

     

                    Qui peut aujourd’hui douter du fait que si Muray avait été « au pouvoir », ses ennemis idéologiques n'auraient jamais pu bénéficier de la liberté d'expression et de publication qui fut la sienne ?! 

    Homme d’obsessions – la principale étant la sexualité, et plus particulièrement celle des autres… à la sexualité tout autre), on notera chez Muray l’absente de compréhension et de compassion à l’endroit de quiconque ne partage pas ses choix d’existence…

    Car, le principal moteur de cet esprit hautement critique (critique plus que nécessaire, on en conviendra car, quiconque aujourd’hui n’est pas en colère est soit un salaud, soit un imbécile soit un escroc) aura été son intolérance congénitale jusqu’à l’aveuglement, telle une infirmité...

    Intolérance qui a très tôt, et très certainement, décidé de tout. Et seule la mort a été capable de l’en délivrer (2).

    Aussi…

    Si l'on doit comprendre pourquoi Muray a fait cette oeuvre-là et pas une autre, reste à étudier, l’origine de cette intolérance (haine ?!) auquelle il a consacré toute son énergie créatrice, tout son talent et toute son intelligence aussi incontestables que rares.

    Intolérance jamais assouvie de son vivant parce que… jamais rassasiée.

    .

    2 -Vraiment, on est en droit de s’interroger sur le fait de savoir si des gens comme Muray ont eu vingt ans, ne serait-ce qu’une fois… et ce qu’ils en ont fait !

    Absence de don pour la vie ? Muray se vante d’avoir lu très tôt Céline ; cette inclinaison aurait dû alerter notre auteur et ses proches car, avec Proust, Céline est certainement un auteur que l’on ne devrait jamais lire avant 50 ans, sinon bien plus tard encore, lorsque, par exemple, le moment est venu d’aller chercher chez ces auteurs (et chez d'autres) sa propre terminaison dans une lecture-tombeau, dernière sépulture de vie pour des lecteurs convalescents et agonisants de l’existence.

     

     

    ***

    .

                   Ironie suprême... bien que relative... car les exemples ne manquent pas : cet auteur s'est voulu l'avocat de l'altérité et de la différence contre l'uniformité du monde alors que tout dans son œuvre laisse à penser que Muray avait beaucoup, mais vraiment beaucoup de mal avec tout ce qui n'était pas lui-même... Philippe Muray.

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  • Penser l'humanité aujourd'hui avec le Transhumanisme

     

    Si le mal a une racine, c’est sûrement celle qui a été coupée.

     

    Jupiter voyant nos fautes, 
    Dit un jour du haut des airs : 
    « Remplissons de nouveaux hôtes 
    Les cantons de l’Univers 
    Habités par cette race 
    Qui m’importune et me lasse. 
    Va-t’en, Mercure, aux Enfers : 
    Amène-moi la furie 
    La plus cruelle des trois. 
    Race que j’ai trop chérie, 
    Tu périras cette fois. »

    Jean de la Fontaine ICI

     

     ***

     

    "Je suis anthropologue ! L'anthropologie, vous connaissez ?

    - Pas vraiment ! Enfin... vaguement.

    - C'est pas grave. Laissez-moi vous expliquer une ou deux choses, car il est important que vous compreniez tout de nous. Les psychiatres, les sociologues, tous ces représentants d'une science approximative et mollassonne, sans oublier les commentateurs, les politologues, les éditorialistes, les éducateurs et animateurs de quartiers - chefs de bandes inclus... tous ces gens-là ne progressent plus dans leurs analyses. Depuis des années, ils font du surplace. Ils bégayent. Ils tergiversent sans fin et sans but et sans résultats. Mais on va les mettre tous d‘accord car l'entrée dans le nouveau siècle se fait sous l'empire des sciences fondamentales : sciences pures et dures, biologie génétique et anthropologie au service des techno-sciences. Finies donc les sciences discursives, pareuses et lâches ! Fini l'amour de son prochain par amour pour soi ! Finie la charité ! Finie l'aumône ! Fini le soulagement de la souffrance pour atténuer le malaise de ceux que cette souffrance dérange ! Finie la culpabilité intermittente et éphémère parce que ... culpabilité d'humeur et non de conviction, des classes supérieurement émotives ! Finies les tentatives de médiations, d'explications et d'insertion et de réinsertion structurantes. A partir d'aujourd'hui, on ne cherche plus les arrangements à l'amiable. On n'explique plus, on n'insère plus ! On ordonne et on exige le silence ! Oui, Monsieur, on ordonne et... pour finir, on balaie devant notre porte toutes ces thérapies avortées. Notre science n'a plus besoin du retour au sein de notre normalité sociale et économique de ceux qui s'en sont écartés. Nous n'avons plus besoin de l'adhésion de ceux qui ne veulent ni comprendre ni adhérer. Vous ne voulez pas marcher droit ? Eh bien, rassurez-vous, plus personne ne vous demandera de marcher car, bientôt, vous ne marcherez plus. Aujourd'hui, nous avons élaboré une stratégie de substitution face à l'incurie de tous ces acteurs politiques et sociaux. Déboutés, ils sont ! Nous sommes sur le point de conclure et de transformer tous les essais. Nous sont maintenant capables d'apporter des solutions à tous les problèmes. Comprenez bien une chose : l'histoire de l'humanité est une bombe à retardement qui court à sa perte. Face à la déchéance de notre humanité, on peut rester les bras croisés mais... on peut aussi faire quelque chose, et vous savez quoi ?

    - Non. Dites un peu pour voir.

    - Supprimez l'être humain en tant que tel. Voilà ce qu'on doit faire.

    - Vous avez bu ?!

    - Vous dites ?

    - Vous êtes ivre !

    - Ivre ? Oui mais... d'une nouvelle ivresse : l'ivresse de ceux qui touchent au but. L'ivresse de celui qui est sur le point de franchir la ligne d'arrivée en tête, seul et sans conteste. Sachez qu'on ne guérit un malade mortellement atteint qu‘en le supprimant. Et supprimer l'être humain, c'est supprimer sa déchéance. Mais... vous devez vous dire :"Ils sont cinglés !" N'est-ce pas ?

    - Cinglés, je sais pas mais... ivres, certainement.

    - Vous ne comprenez pas ce qui nous motive. Notre savoir progresse plus vite que le développement intellectuel des êtres humains car nos sciences sont le fruit d'une conception exponentielle du développement de toutes les connaissances. D'où l'incompréhension de nos contemporains face au monde dans lequel ils vivent et dans lequel nous nous proposons, dès demain, de les faire vivre. Ca va beaucoup trop vite pour eux qui vont si lentement. Face à l'accélération des connaissances scientifiques, le fossé se creuse. Cette humanité-là, avec son égalitarisme infernal et têtu ne sera jamais à la hauteur de tous ces nouveaux enjeux. Elle ne sera jamais assez mûre et... elle ne le sera jamais assez tôt. D'ailleurs, vous-même, vous êtes, que vous le vouliez ou non, l'incarnation vivante de cette chute de niveau de compréhension et d'adaptation au nouvel état du monde. L'être humain n'a pas encore pris l'exacte mesure des conséquences des nouvelles technologies, alors, vous pensez bien : lui demander de comprendre l'ingénierie génétique et le concept de l'homme démonté, ré-assemblé et réinventé... parce que c'est bien de ça qu'il s'agit. Oui ! Monsieur ! L'homme réinventé du tout au tout !

    - C'est pas rien votre projet.

    - Aujourd'hui, nous avons la rage de conclure une fois pour toutes les fois où nous nous sommes arrêtés à mi-parcours pour regarder le train nous passer sous le nez à cause de types comme vous. Oui, c'est bien la rage de conclure, de tout conclure, qui nous anime et qui nous pousse en avant. Nous sommes au début d'une conclusion et d'une forclusion exemplaires : celles de l'homme concluant, définitif et forclos dans une finitude à sens unique et sans issue, comprenez : sans échappatoire ! Un vrai cul de sac, cette forclusion ! Enfin libre et responsable, l'homme n'aura plus qu'une seule origine : lui-même. Lui-même comme début et comme fin. Lui-même avec pour seul géniteur : la science. La seule origine de l'homme sera sa naissance, le jour de sa naissance et seule la science sera autorisée à se pencher sur son berceau. L'homme sera à lui tout seul... le père, le fils, la mère, l'oeuf, le coq, la poule et seule la science sera autorisée à pondre. Nous supprimons l'être humain pour mieux le libérer des malédictions de sa condition et des imperfections de sa nature car, c'est au delà de l'humain et de son histoire chaotique que nous irons chercher les outils nécessaires à la construction d'un monde enfin prévisible, un monde qui saura triompher de la nature humaine : nature égoïste, paresseuse, immature ; nature rebelle et réfractaire au changement et au sacrifice. Nous voulons un homme qui n'aura d'humain que le nom, un homme coulé dans un moule unique, indifférencié, un homme né sans cordon ombilical, un homme au-dessus de tout soupçon, sans mémoire, sans tradition et fatalement sans imagination, sans conscience et sans contradictions. Nos médias et tous les moyens modernes de diffusion et de communication y contribuent déjà, mais ce n'est pas suffisant. Après le décervelage et l'abrutissement, viendra la déshumanisation de cette espèce maudite. Finies les résistances des patients au processus thérapeutique ! Nous proposons aux gens de votre espèce, non pas de se soigner mais... nous leur proposons... sans vanité et jusqu'à l'ultime conséquence du don de soi ... de servir un projet inouï : servir et mourir ! Servir en mourant pour mieux servir les intérêts de la communauté scientifique. Cher Monsieur, nous travaillons au sens propre et au premier degré, sans gants, sans poésie et sans métaphore.

    - Vraiment ?

    - Nous allons enfin mettre la main basse sur tout ce qui touche de près ou de loin au vivant car quiconque contrôle le vivant, contrôle aussi et par voie de conséquence, la mort. Le processus de planification et d'instrumentation de l'être humain est en route et il cavale, il court... il court ce processus comme le furet quand il court... et rien ne pourra l'arrêter. Toutes les forces du progrès viendront modifier toutes les conceptions et ébranler toutes nos certitudes moralisantes. Et je défie de me prouver le contraire ? Trouvez-moi une voie et un domaine de recherche qui aient été entrouverts puis un jour, refermés, abandonnés à jamais ? Cherchez ! Vous n'en trouverez pas car personne ne fera le choix de l'ignorance. Personne ! Ils attendent de tout de nous et de cette nouvelle connaissance. Mais au réveil et devant le miroir de leur salle de bains, je peux vous dire qu'ils ne se reconnaîtront plus... parce qu'ils ne s'y... retrouveront plus... Sachez une chose Monsieur : la connaissance a deux têtes. Avec la roue, nous avons découvert la bicyclette et une nouvelle façon de torturer ; avec le fer, nous avons inventé le chaudron pour y faire cuire le Bœuf bourguignon mais aussi, l‘épée pour trancher les têtes. La radiographie nous a conduit tout droit à la bombe atomique. Eh bien, avec l'homme réinventé et recomposé, nous aurons aboli et la maladie et la mort, en échange de quoi, nous exercerons un contrôle absolu sur tous ces humains qui ne veulent plus mourir. Oui, il est là le prix à payer ! Nous contrôlerons et leur vie et leur mort ! Mais sachez une chose  : cette vie sans souffrance et sans la mort, cette vie-là devra se mériter. Les autres, ceux qui n'auront finalement rien mérité, les troubles fêtes, les aigris, les éternels insatisfaits, ceux-là nous apporteront la matière première dont nous aurons besoin ; matière génétique, bien évidemment ! Alors, ce sera... au pied, couché, pas bougé ! Sinon... à la trappe ! Et hop ! Direction... le labo !

    - Je vois.

    - Tous les crédits ont été votés. On est blindés. On est pleins aux as. Tous les feux sont au vert ! Alléluia !"

     

     

    Extrait du titre "Des apôtres, des anges et des démons" - Copyright Serge ULESKI

     

     

     

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  • L'égalité à la française : un sésame qui ouvre les portes d'un régime de privilèges et d'immunités

     

     

                 La vérité est un mille-feuilles, et rares sont ceux qui demandent du rab car, avec elle, on est très vite rassasiés.

     

    _________________

     

               Si le citoyen français est très attaché à l’égalité, ne cherchez pas, c’est dans l’espoir que cette égalité lui ouvrira des portes qu’il s'empressera de refermer derrière lui, avant de les verrouiller toutes, à double tour.

    Car, pour ce citoyen aux origines souvent modestes (mais pas toujours), l’égalité est le seul moyen d’accéder à un statut privilégié dans le secteur privé comme dans le secteur public, et ce faisant, son seul espoir d'intégrer une classe du même nom, à savoir : la classe des privilégiés.

    Deux siècles de ce régime d'exceptions et d'immunités pour les plus privilégiés parmi les privilégiés, ont fait qu’aujourd’hui, on peut affirmer sans se tromper : il ne reste plus une seule porte ouverte pour quiconque, toutes origines sociales, culturelles et ethniques confondues.

     

    ***

     

                 Sans vouloir être désobligeant à son égard, et au risque de paraître franchement grossier, toutes choses étant égales par ailleurs - même si on sera bien en peine de savoir quoi et où -, dernièrement j'ai pensé à une chose : et si ce citoyen épris d'égalité était un petit enfoiré (1) ? Un enfoiré souvent sympathique, certes, mais... un enfoiré quand même ! Et qui plus est, un enfoiré de la pire espèce : de l'espèce qui niera tout en bloc, même sous la torture.

    Dur à cuir et pervers, ce "rebelle" tartuffe d'une mauvaise foi à fleur de peau,  n'a qu'une seule et unique cause : une place au soleil pour lui seul.

    Alors... diable ! Comment ne pas arriver à la conclusion suivante : il y a bien quelque chose de profondément... pourri... au royaume de France. Ce qui expliquerait en grande partie l’absence de solutions à la fois collectives et individuelles ; car, franchement, aujourd'hui, dans ce pays, on aide qui, à mettre (ou à remettre) un pied à l’étrier.

    Vous en doutez encore ?

    Ecoutez donc un chômeur vous parler de son dernier entretien avec un conseiller de Pôle emploi ; voyez cet employé face à un employeur dont le seul mérite est de créer des emplois de 25H par semaine, payés au minimum horaire ; testez la qualité de l'accueil d'un bénéficiaire du RSA, d'une fille-mère face à une assistante sociale ou bien, d'un titulaire d'une carte CMU dans un centre médical ; voyez ces milliers d'ados et de pré-adultes qui quittent tous les ans (280 000 chaque année), une institution qui, en 10 ans et plus, leur aura tout juste permis de maîtriser l'écrit et la lecture...

    Et puis, rajoutez-y une couleur de peau et un nom venus d'ailleurs...

     

     

    1 - Enfoiré : individu pas foncièrement méchant ni mauvais mais... faut pas lui tourner le dos ; et mieux vaut ne jamais avoir besoin de compter sur lui ; même si l'on ne doit pas oublier la profonde solitude et la fragilité de l'homme moderne, à la fois individualiste forcené (satisfaction de ses besoins) et grégaire (recherche de sécurité dans un groupe) au sein d'une réalité qui a pour fond social : la peur, la précarité et l'instabilité.

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