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livres - Page 5

  • Hadopi face à la "Génération gratuité"

                Que faut-il penser de cette génération qui passe le plus clair de son temps à télécharger des films et des musiques piratés, et à n'écouter que ces musiques et à ne regarder que ces films pour lesquels elle ne donnerait pas un Euro si d‘aventure elle y était contrainte ?

    Pour sûr, cette génération sera vertueuse parce que... écolo : “Comment ça ! Vous vous brossez les dents en laissant couler l’eau ?!! Mais quelle sorte d’homme êtes-vous ? Vous n’avez pas honte ?”

    Ecolo et puis, un rien hygiéniste aussi : “ Qui c’est ce taré incontrôlable qui fout le bordel ?! Débarrassez-nous en au plus vite !”

    Pour le reste, on est libres mais... prévenus : inutile de chercher à éveiller en elle un intérêt quelconque pour ce qui s‘avèrera payant.

     

    ***

     

                La marchandisation de tout ce qui peut a priori faire l’objet d’une transaction commerciale, c’est la société de consommation arrivée au sommet de sa maturité avec pour seule préoccupation la dévalorisation de tout ce qui peut représenter ou prétendre à une valeur autre que marchande ; et son corollaire a pour nom : la gratuité.

    Surtout ne pas y voir là une contradiction ou un paradoxe qui trahiraient un manque de cohérence !

    Si tout ce qui a un prix n’a pas de valeur“, aujourd’hui, tout ce vaut et rien ne vaut la peine de débourser quelque argent pour ce rien qui ne vaut pas plus que ce que peut valoir tout le reste car, on peut difficilement nier la chaîne de causalité suivante : société de consommation = dévalorisation de tout ce qui n’est pas "marchandisable" = tout devient marchandise = tout est interchangeable, fin de la rareté et de l’unicité (caractère unique d’un objet d’une production) = dévalorisation de la marchandise elle-même pour laquelle on n’acceptera plus de payer si on peut l’éviter : vol, piratage,échange...

    Et cette gratuité exigée - sinon souhaitée -, sera accordée à quel prix ?

    Au prix de tout ce qu’on lui fera payer en échange de cette gratuité   qui concerne des secteurs d’activités totalement dévalorisés et désincarnés : journaux gratuits pour la liquidation du métier de journaliste, télévision publique sans garantie de financement, musiques, films... tous devenus interchangeables à souhait...

    Nul doute, ceux qui regardent ces films et écoutent ces musiques ne s'y sont pas trompés ; c'est la raison pour laquelle ils ne souhaitent pas les acheter s'ils peuvent l'éviter ; même si l'on pourra tout de même déplorer le fait que seuls ces musiques et ces films semblent retenir leur attention.

    Car, les véritables enjeux sont ailleurs, et pour commencer : dans tout ce qui a été acquis de haute lutte et que le marché a investi au galop, à savoir : ce qui était hier encore accessible à tous et qui aujourd‘hui ne l‘est qu’à la condition d’être capable de payer rubis sur ongle.

     

                Aussi, toute communication autour de la gratuité avec son message subliminal “Mais... payez donc ! puisqu’on vous dit que c’est gratuit !” a de bonnes chances de faire la fortune de quelques uns avant d’en flouer un très grand nombre, à l’heure où tout espoir de ré-investissement dans de nombreux domaines culturels aujourd'hui délaissés ou privés d’exigence et d’excellence, semble à jamais perdu.

     

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  • La consolation : Serge ULESKI en littérature

     

    Soutenir un auteur, c'est le lire et en parler autour de soi 

     

    Merci à celles et ceux qui me soutiennent en commandant mes ouvrages

     

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                                     "Comment vivre sans choisir ? Comment vivre sans inconnu devant soi, sans espoir d'inédit, d'inattendu et d'inouï ?" 

                Ce texte se déploie autour d'une femme divorcée après 25 ans de mariage. Les cinq premières années qui ont suivi son divorce sont des années fastes : elle recouvre, sa liberté. Mais très vite, à cinquante ans passés, c'est l'impasse : celle d'une organisation de l'existence au jour le jour.

                                "Depuis son divorce, voilà trois ans, elle a pris la vie, l'a quittée, l'a reprise, faisant l'impasse sur des jours, des semaines entières pendant lesquelles rien ne se passait et puis, hésitante, elle y est revenue à cette vie qui est la sienne aujourd'hui."

     

                La forme de ce roman est discursive. Le narrateur alterne le "elle" (le personnage de la femme), le "nous" (le personnage intégré à la communauté humaine) et le "on" que le lecteur (femme ou homme) aura tout le loisir de s’approprier ; il personnalise pour mieux dépersonnaliser, son personnage s'effaçant au profit d'une réalité plus vaste qu'elle : la condition de toutes celles - et accessoirement, de tous ceux - qui partagent... sa condition.

                               "Pourquoi nos vies seraient-elles si différentes puisque nous suivons tous, à quelques exceptions près, le même chemin ? Ne sommes-nous pas tous issus de la même branche, du même arbre, fruit d'une nécessité commune dictée par une loi dont les règles ne nous laissent guère le choix quand il s'agit de quitter les racines qui nous ont vus naître ?"

                Ce titre compte onze chapitres ; au neuvième, le lecteur possède tous les tenants et les aboutissants du personnage. Arrivent alors les deux derniers chapitres : le personnage a 55 ans et son destin, produit d’une sélection impitoyable, sera parfaitement accompli.

    Destin non conclusif, toutefois, puisque le lecteur se verra proposer un épilogue à deux voies, l'auteur ayant décidé de ne pas trancher.

                  Thèmes abordés : divorce, célibat, la souffrance au travail, la maternité, deuil, pardon et mémoire. 

                                 Extrait proposé : cliquez la consolation extrait.pdf

                                  (après lecture, ne pas fermer le PDF : faire "page précédente")

     


                                                                        Extrait audio


    L'ouvrage est disponible ICI

     

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  • « Dialogues désaccordés » : Naulleau en promo, Soral au placard.

     

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    "Dialogues désaccordés" : le livre de Soral et Naulleau retiré des librairies

    Nicolas Gary - 19.02.2016

     

    Le livre réunissait deux personnes que l’on aurait cru trop différentes pour avoir un dialogue. D’ailleurs, Dialogues désaccordés semblait bien porter son titre : Éric Naulleau et Alain Soral, c’était tout un programme. Paru le 7 novembre 2013, le livre est aujourd’hui presque oublié. Presque : une décision de justice ne laisse à l’éditeur aucun autre choix que de retirer l'ouvrage de la vente -  il est encore disponible en "occasion" sur Amazon, entre autres (ndlr).

     

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    Billet publié en 2013

     

                  Après avoir observé dans les médias, deux semaines durant,  Eric Naulleau en promo (télés, radios et presse) - promo censée accompagner la sortie de l’ouvrage tant attendu « Dialogues désaccordés » qui a pour co-auteur Alain Soral ; un Soral interdit de médias -, et l’affirmation sans cesse réitérée de ce même Naulleau face à ses interviewers d’un « Oui, j’ai accepté de me trouver face à Soral. Mais je n’ai rien lâché. Je me suis battu bec et ongles. J’ai répondu point par point, sans compromis. Je l’ai contredit sur tous les sujets que nous avons abordés », et alors que tous ceux qui ont lu l’ouvrage en question savent que Naulleau s’est très vite retrouvé K.O, et ce dès le premier round, Soral s’amusant les rounds suivants,  avec un contradicteur déjà bien sonné, comme un chat avec une souris avant de la dévorer à bout de patience… et sans doute aussi dans le souci de ne pas décevoir son public...

    Tout en sachant qu’à aucun moment notre critique littéraire reconverti dans l’animation télévisuelle n’est apparu comme un rival crédible car le combat est décidément outrageusement trop inégal, comment Naulleau a-t-il fait pour ne pas anticiper une telle déconfiture ? Auteur d’aucun ouvrage politique,  Naulleau vient de la littérature qu’il a laissée derrière lui pour goûter au caviar servi par les patrons des médias à leurs employés qui savent faire tourner la boutique : consensus, omerta, audience  et publicité ; on vous paiera grassement non pas sur votre bonne mine et pas tant non plus sur ceux que vous inviterez mais bien plutôt… sur ceux que vous accepterez de ne pas recevoir et sur les sujets que vous aurez l’obligeance de ne jamais aborder...

    Certes, Naulleau n’a-t-il pas aussi une famille à nourrir à sa faim et au-delà (pour ne rien dire du cavage des oies) ! Car, par les temps qui courent à toute vitesse, dans le couple, les partenaires et les enfants ont des exigences, sinon des besoins,  sans commune mesure avec celles des générations passées ; c'est la raison pour laquelle plus personne ne se contente de peu, même et surtout du nécessaire.

    Aussi, parmi les animateurs et autres journalistes qui ont reçu Naulleau en promo, force est de conclure ceci : soit ils n’ont pas lu l’ouvrage, soit, pris au piège, à aucun moment ils ne peuvent se résoudre à reprocher à Naulleau de ne pas avoir été à la hauteur de l’enjeu ; car enfin… adresser un tel reproche, c’est sans aucun doute prendre le risque de se voir retourner le compliment comme suit : « Mais alors, Monsieur l’interviewer, dites-moi ce que vous vous lui auriez opposé comme arguments ! ». De plus, reconnaître l’impuissance de Naulleau face à Soral, c’est aussi et surtout prendre un autre risque : le risque d’avouer sa propre impuissance et au-delà, celle des acteurs des médias dominants : journalistes, animateurs confondus ; et enfin, avouer cette impuissance c’est bel et bien rendre hommage à Soral et c’est, que l’on veuille ou non, valider ses analyses que l’on ne pourrait décidément pas contrer faute d’arguments. Or, une classe médiatique et intellectuelle sans arguments face à un essayiste comme Soral, c’est plus qu’il n’en faut pour mettre à terre toute la mise en place d’un système de verrouillage de la représentation du réel (société du spectacle) qui ne souffrira aucune remise en cause ; et le premier qui osera cracher dans la soupe, perdra son travail.

    Faut bien dire qu’avec Zemmour, les médias sont à fond : ils ne peuvent décidément pas faire plus.

    La veulerie, oui ! L’intelligence, le courage et le talent… non ! Mille fois non !

     

               Mais  alors : qu’est-ce à dire ?

               En acceptant de dialoguer avec Soral, conscient ou pas, c’est sûr, Naulleau cherche à nous dire quelque chose : chercherait-il à ouvrir une crise en donnant un grand coup de pied dans la fourmilière médiatique et politique - en ce qui concerne son camp : le PS et les Verts ? Seulement, il semblerait qu’il ne sache pas trop comment s’y prendre faute à la fois d’expertise en la matière - car sans expérience, on tâtonne, on s’interroge sans fin : « J’y vais ? J’y vais pas ? Comment et quand et où ? Et après, je fais quoi ? » ; faute de courage aussi ; courage qui demeure, quoi qu’on en dise, la qualité la moins partagée chez les êtres humains – a fortiori quand il s’agit d’êtres humains à l’existence télévisuelle.

    Faut bien dire qu’on ne passe pas de la littérature bulgare ( la spécialiste de Naulleau à ses débuts) et à l’animation télé et enfin, à l’agit-prop aussi facilement ! N’est pas Dieudonné qui veut ! De plus, il se pourrait bien que Naulleau n’ait pas encore pris totalement conscience de son désir de couler le navire, le sien et si possible celui des autres – d’aucuns parleront de sabordage.

    Aussi, force est de constater qu’il y a deux Naulleau : habité d’un désir violent, quasi incompressible, l’un souhaite envoyer tout balader, renverser la table sur les convives, nappe et couverts ; l’autre, à la fois craintif et réaliste, souhaite bon an mal an se maintenir dans les médias en y respectant une partie seulement de ses codes qui se résument à une somme d’interdits aux intérêts bien compris par tous ceux qui y prospèrent économiquement (les médias sont une secte qui a réussi, une quasi religion donc) avant de choisir, finalement, de faire marche arrière face à la caméra ou devant un micro qui lui est tendu, comme empêché, comme impuissant, acceptant sans broncher que l’on caricature Soral. Or, Naulleau oublie un fait : pour les employeurs, il ne saurait y avoir de demi-mesure : les médias n’acceptent aucun compromis ; la soumission doit être totale.



                  Naulleau en promo chez Ardisson (1)

     

    ***

     

                     « Moi » contre « Sur-moi »… dilemme de "l’homme de gauche" qui appartient à une gauche qui s’est couchée devant les puissances d’argent ; torture de celui qui mange à la gamelle de la désinformation par omission, et dont les traits tirés ne sont que la marque de l’outrage faite à l’intelligence et au courage que l’on peut lire sur leurs visages à tous… l’abaissement et la soumission aussi : ça doit bien peser lourd toute cette servitude, ce suicide ontologique  ! Car enfin, à faire l’âne pour avoir de l’avoine, ne finit-on pas... bourricot quoi qu’on puisse penser quand on veut se rassurer ? Et puis, le cynisme n’est pas à la portée de toutes les bourses mentales ; il a son revers de médaille et ce revers porte le nom de dégoût. Oui ! Le dégoût qui viendra bien un jour envahir les consciences de tous ceux qui auront exercer leur métier dans le déshonneur de la mémoire outragée de ceux qui ont donné leur vie, ici et ailleurs, pour que les médias puissent rester un véritable outil et instrument au service de la vérité des conditions de vie et d’existence et non, une tribune pour tribuns en mal de célébrité...

    Aussi, il se pourrait bien que la participation de Naulleau à cet ouvrage soit un acte manqué sous la forme d’un gigantesque lapsus, Naulleau ne sachant plus comment se taire sans pour autant pouvoir crever l’abcès de cette bienpensance et de cette dictature qui ignorent superbement la réalité d’une France de la relégation - relégation à la fois économique et culturelle -, sans courir  le risque de mettre en danger son avenir professionnel avec pour conséquence un Naulleau qu’une épouse ingrate à la mémoire courte trouvera du jour au lendemain beaucoup moins sexy : en effet, un Naulleau à deux ou trois milliers d’euros par mois, c’est au lit, sans aucun doute, pas la même qualité de prestation qu’un Naulleau à 15000 euros (on ne compte plus les divorces demandés par les femmes après la perte de revenus du partenaire masculin… pour ne rien dire des cas où celui-ci est au chômage !) ; et pour la même raison… c’est aussi sûrement un Naulleau un peu moins « Papa génial ! » aux yeux de ses chérubins… génération aussi impatiente qu'impitoyable, à la fois ange et démon.

     

                 Reconnaissant toutes les entreprises d'enfumage du PS et des Verts de ces trente dernières années, écran de fumée à propos des questions de société qui ne sert qu’à masquer une politique du renoncement au service d’une mondialisation d’une oligarchie sans principe sinon un seul -  l’optimisation des moyens de production de l’espèce humaine -, jusqu’à valider les analyses de Soral dans les dernières pages de l’ouvrage qui traitent de la situation internationale… Naulleau serait-il le sparring-partner de Soral ? Cheval de Troie Naulleau, ouvrant ainsi l’accès aux médias dominants à un Soral banni depuis dix ans ?

    Oui ? Non ?

     

                 « Moi seul dans les médias dominants, suis à même, de par ma culture littéraire, de m’opposer efficacement à Soral !» s'écriait Naulleau à qui voulait bien tendre l'oreille. Gigantesque acte manqué donc ou bien, immense sursaut d’orgueil sous la forme d’une crise mégalomaniaque de matamore de l’impossible, cette publication de Naulleau ? Un Naulleau don Quichotte tel que Cervantès l’a pensé : difficulté avec l’évaluation de ses propres forces et ses capacités de perception de la réalité qui l’environne ?

    Difficile de trancher même si on peut sans se tromper affirmer que la fréquentation assidue des médias accélère le divorce entre soi et une réalité qui vous permet de rester en contact avec une perception et une appréciation d’une réalité-miroir au plus près de ce qui est, de qui et de ce que l’on est. Rien n’est plus flatteur (et donc trompeur) que de travailler dans les médias ! Et l’on sait ce qu’il faut penser de la flatterie qui vit aux dépens de ceux qu’elle prend pour cibles : les animateurs passent et trépassent ; les médias, eux, restent après vous avoir vidé ses agents de leur énergie vitale tant intellectuelle qu’humaine après une régression, un rétrécissement et un enfermement subreptices, et ce en moins de temps  qu’il faut pour en prendre conscience, jusqu’au jour où, coupé de sa propre réalité comme autant de vérités qui ne nous seront plus accessibles, plus jamais, on perd pied, et l’on ose tout, comme ce dialogue avec Alain Soral, dialogue désaccordé peut-être – et encore, c’est pas sûr du tout ! - mais surtout… dialogue déséquilibré à un point tel que très vite, il n’y a alors plus qu’une voix, une seule, qui se fait entendre face à des babilles, des balbutiements tout aussi indistincts, et d’autres encore, certes audibles mais éculés et sans perspective : pas de hauteur, pas de profondeur ; tout à plat donc !

    Pour faire court : les médias et le succès, ça rend bête.

     

                  Naulleau pourra-t-il encore longtemps faire ce grand écart entre ce qui est, ce qui doit être, ce qu’il faudrait faire, ce qu’il est encore possible d’espérer accomplir ?

    Paradoxalement, sera-t-il celui par qui le scandale arrivera, supplantant ou bien volant la vedette, contre toute attente, à Alain Soral ?

    Qui poussera Naulleau à la faute ?

    Pour le bien de Naulleau et son avenir, il est vraiment temps que cette tournée des médias  - comme on fait la tournée des bars - s’achève. Ou bien alors, que Naulleau se décide enfin, une bonne foi pour toutes les fois où on aura pu le trouver hésitant, à se réconcilier avec son inconscient qui ne sait plus comment hurler un « C’en est assez de l’imposture ! » d'homme de gauche au bord de la crise de nerfs.

     

     

    1 - "Soumission totale"... Ardisson en sait quelque chose ! Un Ardisson aujourd'hui sur la touche, et qui depuis, ne cesse de faire des pieds et des mains, enfonçant plus souvent qu'à son tour, et même lorsque l'on ne lui demande rien, un Dieudonné et un Soral, en pure perte semble-t-il puisque les chaînes hertziennes ne lui ont toujours pas pardonné son double langage, sa double allégeance irréconciliable de surcroît, à propos de ces mêmes Soral et Dieudonné... Ruquier occupant désormais la place, toute la place ; un Ruquier qui ne soupçonne même pas que l'on puisse contester à son employeur le droit de décider de qui passera à l'antenne et qui ne passera pas.

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    Pour prolonger, cliquez : Naulleau, seul et impuissant face  à Alain Soral

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  • Ruwen Ogien : viennoiserie, morale et meurtres en tous genres

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    Cette introduction générale à l’éthique, véritable boîte à outils intellectuels destinée au plus grand nombre (peu de jargon, phrases courtes, gros caractère d’imprimerie) et plus particulièrement pour les plus jeunes d’entre nous (les plus vieux sont néanmoins les bienvenus en tant que lecteurs même si le sujet arrive sans doute un peu tard pour eux – ce qu’on a pas appris ou ce que l’on ne vous a pas enseigné…), devrait permettre à tout un chacun d’affronter avec sérénité tout débat moral sans se laisser intimider par les grandes déclarations de principes.

    D’un côté le chêne Kantien et son inextinguible soif d’Absolu absolument absolu « Ne jamais… ne pas ! », en vieille baderne rigide (la seule fois où Kant a daigné mettre un pied dehors et rencontrer la vie de ses semblables, ou la vie tout court, c’était pour aller commander son cercueil chez le menuisier du coin)…

    De l’autre, le roseau conséquentialiste anglo et saxon, souple ou cynique, c’est selon : faire le plus de bien ou le moins de mal possible même si, comme chacun sait, l’enfer est souvent pavé de bonnes intentions.

    Et puis, quelque part dans les nuages, l’éthique des vertus inspirée du bon vieux Aristote à la pensée néanmoins toujours aussi jeune et fringante : la seule chose qui importe moralement, c’est la recherche de la perfection de soi... recherche aujourd'hui dévoyée par un « chacun pour soi et Dieu pour tous » narcissique qui fait, et pour longtemps encore, les beaux jours et le bonheur des comptes en banque de toutes sortes de psy défroqués, professions libérales et autres charlatans-gourous du développement personnel.

     

     ***

     

                  Les ingrédients de la cuisine morale et de la philosophie du même nom, sont les suivants : les intuitions (ce qui est spontanément pensé comme bien et juste) et les règles...

    Jusqu’au jour où une discipline appelée « philosophie morale expérimentale » est venue tout chambouler, normes et valeurs car, et c’est une bonne nouvelle, rien dans les concepts et les méthodes de la philosophie morale n’est à l’abri de la contestation et de la révision : un peu comme l’Histoire.

    Ce grand chamboulement de la "philosophie morale expérimentale" se fera sous la conduite de ce que les chercheurs nomment des « expériences de pensée » : petites fictions bien tordues, pas si éloignées que ça de la réalité finalement (critique récurrente à propos de ces expériences)...

    L’auteur nous en proposera dix-neuf dont la grande majorité appartient déjà au corpus de la philosophie morale expérimentale : problèmes, paradoxes, dilemmes, casse-tête moraux que d’aucuns qualifieront de pervers, à la limite du sadisme - manifestement, on n'aime et ne craint rien tant que le mal et la peur ! - selon la thématique bien connu de la mort et du meurtre entre gens comme il faut : tuer, être tuer, laisser vivre, laisser tuer… faut-il  tuer un innocent pour éviter une effusion de sang ? Est-il plus moral de tuer loin de chez soi que près de chez soi, dans son quartier par exemple ? Et l’inévitable : en tuer un pour en sauver cinq (innocents ou coupables), et en tuer cinq pour en sauver cent, et puis fatalement, sans doute un jour, les tuer tous et n'en sauver que deux : vous, cher lecteur (avec une préférence pour une lectrice) et votre serviteur, moi-même en chair en os (entre autres attributs physiques).

     

     ***

     

                  On l’aura compris, cette philosophie expérimentale cherche à comprendre les mécanismes de formation des idées morales dans la tête de nous tous ainsi que leurs causes… souvent subjectives (causes liées à notre caractère, notre personnalité, notre histoire, nos besoins tant matériels qu’émotionnels). De là cette question lancinante d’épistémologie : ces causes n’interdisent-elles pas nos idées morales d’être justes ?

    Car si la peur est tout aussi mauvaise que bonne conseillère, n’en va-t-il pas de même avec les émotions lorsqu’elles contrôlent nos jugements moraux ?

    Démocratique, cette philosophie expérimentale convoquera des milliers de membres d’une population la plus large possible selon des critères les plus variés pour des expériences de laboratoire et des enquêtes de terrain destinées à identifier nos intuitions morales dans le but de tester leur validité tout en éliminant les théories les plus irréalistes qui ne tiennent le plus souvent aucun compte de la nature humaine car, s’il suffit de peu de chose pour se comporter comme un saint, il faut aussi vraiment peu de chose pour se comporter comme un monstre (pour peu qu’ils existent !) ou plus simplement, comme le dernier des salauds, salauds et pervers...

    Même si l’on peut toujours et que l’on doit pouvoir à tout moment contester la méthodologie de cette philosophie expérimentale qui nous dit que l’on ne peut dériver aucune norme de l’étude d’un simple fait, et ce bien que la réflexion morale n'est jamais vraiment indépendante de certains faits et qu’il soit impossible d’évaluer une action selon ses conséquences sans tenir compte des intentions, l’auteur et nous tous avec lui savons que des personnalités morales exemplaires qui le restent quelles que soient les circonstances n’existent pas car, à l’impossible nul n’est tenu.

    Mais alors, existe-t-il néanmoins une sorte de sens moral universel ou inné, un instinct... d'instinct moral, tout comme il y a un instinct animal ?

    A ce sujet, l’auteur ne se mouille pas, il préfère le temps sec ; les bains de mer n’étant pas de saison et les risques de noyade toujours probables, toutefois, on dit les êtres humains enclins à porter des jugements moraux sur les actions des autres (sur les siennes propres, c’est déjà plus problématique !) sans qu’ils leur aient été enseignés même si on omet de préciser – tout comme le langage, un enfant ne peut faire l’apprentissage naturel que d’une langue qui serait parlée dans son environnement, et seulement cette langue –, ce qui suit : à condition que le sujet soit en contact avec un environnement capable de distinguer dans ses agissements au quotidien, le bien du mal. Dans le cas contraire...

     

     ***

     

                  Certes, les êtres humains sont autant ce qu'ils sont que ce qu'ils ne seront jamais ; ce dont ils peuvent souffrir lorsqu'ils en prennent conscience.  On devrait donc les juger autant à la lumière de ce qu'ils ont fait que de ce qu'ils n'auraient jamais pu faire, et alors qu'on attendait d'eux qu'ils le fassent.

    Aussi, grande est la tentation de penser qu’il est préférable de taire les crimes, ceux de tous les jours, plutôt que de les livrer en pâture à nos jugements moraux et à nos règles car, les nommer, tous ces crimes d'exception, anonymes et insoupçonnables, n'est-ce pas en faire des maux incurables, des maux privés de l'espoir du pardon et de l’oubli ?

    Heureuse soit la victime à qui la société n'a pas notifié et qualifié moralement le crime commis sur elle ! Car, elle n'aura alors qu'un seul poids à porter : celui de son propre jugement et seulement le sien. Et là, ô miracle ! L'esprit peut se révéler d'une magnanimité surprenante, lui qui est capable d'accueillir le pardon, ou bien l'oubli comme le naufragé accueille son sauveteur.

     

    *** 

     

                   S’il est aujourd’hui incontestable que l’odeur des croissants chaux a bien une influence décisive sur la bonté humaine (il suffit de penser à l’image apaisante de l’artisan boulanger devant son four et à son épouse devant sa caisse)...

    Ethique et responsabilité, morale déontologique ou conséquentialiste, jugement comparatif et plausibilité… tous les cours d’instruction civique au monde et une Marseillaise obligatoire n’y changeront rien, et plus encore dans un contexte d’infamie sociale à grand renfort de flics, de juges, d'avocats commis d'office et de centres de détention : il faudra bien un jour que l’on cesse de réunir toutes les conditions nécessaires à l’émergence du mal chez l’être humain et que l'on retrouve cette volonté commune de poursuivre, coûte que coûte, le meilleur loin d'une morale du type : the winner takes it all, the loser has to fall.

     

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    L'auteur de l'ouvrage, Ruwen Ogien, est un philosophe, directeur de recherche au CNRS. Ses travaux portent notamment sur la philosophie morale et la philosophie des sciences sociales.

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  • Alain Robbe-Grillet : une littérature pour mille-pattes... de mouche

     

                   Alain ROBBE GRILLET disserte sur la définition normative du roman ; il échange avec Michel DROIT et Pierre CHAUNU chez Bernard Pivot qui donnera dans le "nouveau roman" comme il donnera plus tard dans "les nouveaux philosophes", couillon qu’il est et aux ordres des éditeurs du 7e arrondissement de Paris toute sa carrière durant.

                 Si tout semble opposer ces trois littérateurs, que l’on ne s’y trompe pas : dans les faits, tous les trois, Robbe-Grillet, Droit et Chaunu, parlent la même langue, habitent les mêmes quartiers ; quant à leur tenue vestimentaire respective : c’est bel et bien la bourgeoisie-costume-cravate et la bourgeoisie-pull-à-col-roulé, genre gentleman farmer (on imagine aisément Robbe-Grillet se rendre chez Pivot dans une Range Rover), qui jouent à s’opposer, remuent le fond de la vieille marmite de la littérature avec une cuiller en bois dans l’espoir d’y faire remonter un peu de sens et de vie : en vain.

                 Et puis, pour ces trois individus, quels peuvent bien être les enjeux ? Aucun. Pour s'en convaincre, il suffit de se pencher sur leur littérature : ce qu’ils écrivent, sur quoi et comment ils l'écrivent.

     

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    "La jalousie" et le nouveau roman

     

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    A la lecture de l’ouvrage emblématique de ce qui s’est appelé « le nouveau roman » dans les années 60, « La jalousie », publié en 1957, le lecteur en vient très vite et très tôt à redouter chaque mot, chaque phrase, et dans chacune d’entre elles, les noms communs plus particulièrement : un fauteuil, un arbre, une feuille … bouffée de chaleur assurée, le lecteur transpire à grosses gouttes. Tenez ! Le mot « camion » apparaît-il au détour d’une phrase, voilà le lecteur assailli et pris de panique à l’idée que l’auteur ne lui donne trois pages à lire sur la description de la roue avant droite de ce même camion. Il est vrai que le lecteur aura toujours le loisir de parcourir ces pages dédiées à l’industrie automobile, « filière poids-lourd » d’un regard furtif ; sa lecture s’en trouvera alors grandement facilitée car enfin, quand on a commencé un « roman », faut bien le finir même lorsque l’on peine à trouver une raison, une seule, de continuer sa lecture.

    Est-ce parce que le lecteur a payé ce livre qui lui tombe des mains et qu’il n’a de cesse de ramasser ? Sans oublier le fait que personne n’aime jeter l’argent par les fenêtres !

    Là, on peut envier les critiques littéraires qui ne paient jamais les livres qu’ils lisent ou ne lisent pas, tout en étant payés pour le faire et ne pas le faire.

     

                  Trois pages sur une scutigère écrasée d’un coup de torchon roulé en bouchon et sur la surface salie d'un mur, une gomme qui vient tout effacer, il semblerait que Robbe-Grillet n’ait eu à déplorer dans toute son œuvre qu’une mort, une seule : celui d’un mille-pattes.

    Toute une vie d’homme, toute notre humanité, pour sûr, dans cet épisode héroïque !

                   « La jalousie », c’est une histoire africaine de volets roulants, de persiennes, de camion, de boys (domestiques), de chaleur, d’humidité ; des Blancs, A… un « personnage » au féminin, (clin d’œil de Robbe-Grillet à l’œuvre de Kafka ! Faut dire que Joseph K, c’est quand même autre chose !), préposée au seau à glace, à la bouteille de Cognac et aux verres : A… reçoit, sert son invité, toujours le même, Franck… car chez Robbe-Grillet, pas féministe pour un sou, seuls les hommes bossent, transpirent, s’activent… un dénommé Franck, Christiane son épouse à la santé fragile, et un quatrième larron, le narrateur en personne, sans doute l’époux de A… viennent à la fois ouvrir et fermer le ban.

    Chants indigènes…

               Et là, en revanche, rien à ce sujet… sinon une ligne. Dieu soit loué : manifestement, Robbe-Grillet ne connaît rien à la musique, africaine de surcroît, à ses monodies, à ses rythmes, à ses temps et contre temps. Dans le cas contraire, on pouvait légitimement craindre le pire : un traité de musicologie ethno-africaine en guise de roman.

    … quelques préjugés sur les Noirs ; ce qu’ils sont, ne sont pas… au volant d’un camion notamment… encore les camions ! Bananeraies, plantations, sans doute pour faire le lien avec le lecteur que Robbe-Grillet envoie le plus souvent se faire bananer… mille-pattes sans nombre que l’on écrase du pied après les avoir sonnés avec un torchon (mais de ça, on en a déjà parlé !) ; là c’est Buffon qui fait une apparition (faut dire que Robbe-Grillet a été scolarisé au lycée Buffon de Brest !)

     

    Tangentes, ellipses, ce traité de géométrie rudimentaire, à peine savante, qu’est aussi « La jalousie », sorte de chronique ordinaire de la vie tout aussi ordinaire aux colonies - Afrique noire, toute noire mais blanche de la couleur de la trique et de la baguette, c’est comme on voudra ! -, qui font marcher l’autochtone indigène au pas et droit, c’est la bourgeoisie, même anti-coloniale (mais celle de Robbe-Grillet l’est-elle vraiment ?), qui fait sa littérature, sa petite, toute petite littérature avec de toutes petites choses, trois fois rien, moins encore mais… avec force détails.

    Là encore : n’est pas Joseph Conrad qui veut !

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                  Franck, Christiane, A… et le narrateur... ils sont donc quatre ; quatre et un camion ; vocation contrariée de Robbe-Grillet qui se destinait sans doute au métier de « garagiste-carrossier » ou de « routier », sympa au demeurant ?

    Ils sont quatre mais trois à table, et seulement trois. Christiane l’absente, jeûne-t-elle toute l’année durant ? Franck, son mari, en revanche, ne rate pas un seul repas avec A… et le narrateur observant couteau et fourchette, jusqu’à la dernière miette de pain sur la nappe.

                 Littérature d'une classe oisive qui tente bon an mal an de remplir ce temps, pourtant compté, qui sépare la vie de la mort, au lieu de se décider à aller « bosser » (Robbe-Grillet, s'il n'a pas de métier, avait au moins un diplôme : celui d'ingénieur agronome) si les jalousies et autres stores laissent voir au travers sans être vu, la jalousie, elle, la vraie, celle qui comme la haine vous détruit de l’intérieur, est introuvable dans ce récit qui se voudrait en rupture avec tous les autres récits qui l'ont précédé : « Combien de temps s’est-il écoulé depuis la dernière fois qu’il a fallu en réparer le tablier du pont de rondins qui franchit la petite rivière ? » demandera l’auteur. Hélas, c’est là sans doute la seule question que Robbe-Grillet pose à ses lecteurs et à toute la littérature passée, présente et à venir.

                 La littérature de Robbe-Grillet, c’est une littérature du mensonge bien évidemment car, occupée à rédiger une lettre, et contrairement à ce qui nous est affirmé, jamais la chevelure de A… ne captera les oscillations du poignet, ne les amplifiera ni ne les traduira en frémissements inattendus qui allumeront des reflets roux.

                 L’art c’est la surprise. Robbe-Grillet n’est donc définitivement pas un artiste ; et la question fatidique tombe : qui a bien pu persuader Robbe-Grillet pas simplement d’écrire mais de chercher à se faire publier ?

    Mystère.

    Mais alors, que celui-ci ou celle-là ait le courage de se lever et de faire son mea culpa à haute voix !

     

                  Avant-gardiste à la traîne, Robbe-Grillet finira à l’Académie française, fier et content de lui, après avoir enseigné aux USA en révolutionnaire à rebours incapable de comprendre, et les autres avec lui - critiques et animateurs de télé -, que la littérature était morte depuis longtemps déjà, même si son œuvre, aujourd’hui encore, ne cesse de nous le rappeler à chaque ligne : Robbe-Grillet c’est la littérature qui ne veut pas mourir alors que les médecins qui se sont penchés sur elle, n’ont pu que constater son décès, encéphalogramme plat - Non ! Pire encore : encéphalogramme négatif  !-, cadavre dans un état de décomposition avancée.

     

    ***

     

                    Si Robbe-Grillet n’est pas à la littérature ce que Pierre Boulez est à la musique, c’est sans doute parce qu’il est plus difficile d’être novateur et pertinent avec les mots qu’avec les notes car, les compositeurs – Messiaen, Boulez, Ligeti -, les peintres des années 20 aux années 50 - Picasso, Dali, Rothko, Pollock - et les cinéastes que sont Fellini, Tarkovski et Bergman ont fait mieux, tellement mieux, chacun dans sa discipline !

    Dans les faits, la littérature de Robbe-Grillet et son "nouveau roman", c'est cet art contemporain fossoyeur de l' Art moderne ; art conceptuel en particulier dont les concepts feraient hurler de rire tout étudiant en première année de philosophie.

    Névrose et enfermement ! A la trappe l’Universel ! Aucune tentative de sortir de soi ! Aucune vision digne de ce nom : celle de l'artiste visionnaire, novateur et précurseur au service d'une finalité bouleversante et incontestable dans sa maîtrise et son inspiration ; témoin indiscutable d‘années de recherche solitaire et têtue.

                    Doit-on rappeler qu'en littérature, il y a « style » à chaque fois qu’il nous est donné à lire une langue re-construite, une langue recomposée et ré-assemblée. Or avec Robbe-Grillet, on ne trouvera aucun travail sur la langue. Aussi… campons-nous sur nos positions : la poésie reste le seul lieu de toutes les révoltes et de toutes les remises en cause avec Damas, Césaire Senghor, Glissant, Chamoiseau et les autres, Afrique et Caraïbe, comme figures tutélaires ; auteurs qui ont littéralement troué le cul de la langue française comme personne d'autres avant et après eux ; faut dire que pour ces auteurs les enjeux étaient tout autres : dominés, issus d’une culture humiliée, révoltés, chez eux, l’écriture était une arme… arme de libération, et une bonne leçon donnée à l'oppresseur pendant que des Robbe-Grillet auto-satisfaits et blasés enculaient des diptères pour le compte d’une littérature de pattes de mouche et tentaient d'exister encore un peu, tout en s'agitant du fond de cet ennui propre à une classe repue, pourrie gâtée, sans plus de vitalité intellectuelle ni de projet.

                   Certes, d'aucuns, et pas des moindres (se reporter à Lucien Goldmann et son ouvrage "Sociologie du roman"), ont avancé que le nouveau roman consacre la réification (ou "le fétichisme de la marchandise") telle qu'elle a été décrite par Marx : homme-objet,  seul l'homo economicus a droit de cité dans une société contemporaine où, pour en revenir à la littérature et au roman "les sentiments humains expriment des relations dans lesquelles les objets ont une permanence et une autonomie que perdent progressivement les personnages."

                    N'empêche ! Personne n'interdisait à l'auteur de nourrir comme ambition de dénoncer cette société-là pour mieux nous en proposer une autre !

                    Il est vrai que Robbe-Grillet appartenait à une société bourgeoise qui place la réussite sociale, le prestige et les honneurs au-dessus de tout : l'Académie française en ce qui concerne notre auteur.

                    Côté radicalité, on était donc loin du compte. C'est sûr !

     

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  • Bernard-Henri Lévy chez Ruquier… et ailleurs…

     

                             Bernard-Henri Lévy  dans "On n'est pas couché" du 13 février 2016.

     

     

    "Ta mère fit un pet foireux
    Et tu naquis de sa colique" - G. Apollinaire.

     

                       Si nous tous savons qui il est - un des leaders du lobby israélien en France  -, en revanche personne ne sait à quelle profession, à quelle discipline, à quel savoir (et savoir-faire) Bernard-Henri Lévy est supposé se rapporter puisque ce dernier n'est reconnu par aucun journaliste digne de ce nom, aucun intellectuel, aucun philosophe, aucun écrivain, aucun cinéaste, aucun artiste...

                        ... qu'à cela ne tienne : Guy Debord a peut-être une idée à ce sujet.

     

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                Extraits de « Commentaires sur La Société du Spectacle » -1988, Guy Debord (1).

     

               « La discussion creuse sur le spectacle, c’est-à-dire sur ce que font les propriétaires du monde, est organisée par lui-même. On préfère souvent l’appeler, plutôt que spectacle, le médiatique. Ce qui est communiqué par ce « médiatique » ce sont des ordres où ceux qui les donnent sont également ceux qui sont autorisés à dire ce qu’ils en pensent.


    Le gouvernement du spectacle qui à présent détient tous les moyens de falsifier l’ensemble de la production aussi bien que de la perception, est maître absolu des souvenirs comme il est maître incontrôlé des projets qui façonnent le plus lointain avenir.


    La société modernisée jusqu’au stade du spectaculaire intégré se caractérise par l’effet combiné de cinq traits principaux qui sont : le renouvellement technologique incessant ; la fusion économico-étatique ; le secret généralisé ; le faux sans réplique ; un présent perpétuel.


    Le secret généralisé se tient derrière le spectacle, comme le complément décisif de ce qu’il montre et, si l’on descend au fond des choses, comme sa plus importante opération. Le seul fait d’être désormais sans réplique (sans critique, sans pouvoir opposer un avis contraire sur les lieux mêmes où le "spectacle" sévit… ndlr) a donné au faux une qualité toute nouvelle. C’est du même coup le vrai qui a cessé d’exister presque partout, ou dans le meilleur cas s’est vu réduit à l’état d’une hypothèse qui ne peut jamais être démontrée. Le faut sans réplique a achevé de faire disparaître l’opinion publique, qui d’abord s’est trouvée incapable de se faire entendre, puis très vite, par la suite, de se former.


    La première intention de la domination spectaculaire était de faire disparaître la connaissance historique en général ; et d’abord presque toutes les informations et tous les commentaires raisonnables sur le plus récent passé.


    Un pouvoir absolu supprime d’autant plus radicalement l’histoire qu’il a pour ce faire des intérêts ou des obligations plus impérieux, et surtout selon qu’il a trouvé de plus ou moins grandes facilités pratiques d’exécution. Staline avait poussé loin la réalisation d’un tel projet ; il restait néanmoins une vaste zone du monde inaccessible à sa police où l’on riait de ses impostures. Le spectaculaire intégré a fait mieux avec de très nouveaux procédés, et en opérant mondialement. L’ineptie qui se fait respecter partout, il n’est plus permis d’en rire ; en tout cas il est devenu impossible de faire savoir qu’on en rit.


    Le précieux avantage que le spectacle a retiré de cette mise hors la loi de l’histoire, d’avoir déjà condamné toute l’histoire récente à passer à la clandestinité, et d’avoir réussi à faire oublier très généralement l’esprit historique dans la société.
    Avec la destruction de l’histoire, c’est l’événement contemporain lui-même qui s’éloigne aussitôt dans une distance fabuleuse, parmi ses récits invérifiables, ses statistiques incontrôlables, ses explications invraisemblables et ses raisonnements intenables. A toutes les sottises qui sont avancées spectaculairement, il n’y a jamais que des médiatiques qui pourraient répondre, par quelques respectueuses rectifications ou remontrances, et encore en sont-ils avares car, outre leur extrême ignorance, leur solidarité, de métier et de cœur, avec l’autorité générale du spectacle, et avec la société qu’il exprime, leur fait un devoir, et aussi un plaisir, de ne jamais s’écarter de cette autorité, dont la majesté ne doit pas être lésée. Il ne faut pas oublier que tout médiatique, et par salaire et par autres récompenses ou soultes, a toujours un maître, parfois plusieurs ; et que tout médiatique se sait remplaçable.


    Contrairement à ce qu’affirme son concept spectaculaire inversé, la pratique de la désinformation ne peut que servir l’Etat. En fait, la désinformation réside dans toute l’information existante ; et comme son caractère principal. On ne la nomme que là où il faut maintenir, par l’intimidation, la passivité. Là où la désinformation est nommée, elle n’existe pas ; là où elle existe, on ne la nomme pas.


    Le jugement de Feuerbach, sur le fait que son temps préférait « l’image à la chose, la copie à l’original, la représentation à la réalité » a été entièrement confirmé par le siècle du spectacle et cela dans plusieurs domaines où le XIXè siècle avait voulu rester à l’écart de ce qui était déjà sa nature profonde : la production industrielle capitaliste. »

     

                    A propos de la présence de Yann Moix, Léa Salomé et Alain Ruquier :


          « Des réseaux de promotion-contrôle, on glisse insensiblement aux réseaux de surveillance-désinformation. Cette surveillance a commencé à mettre en place des supplétifs à côté des « spécialistes » universitaires, sociologues ou policiers, du passé récent.


    Ces divers spécialistes des apparences de discussions que l’on appelle encore, mais abusivement, culturelles et politiques, ont nécessairement aligné leur logique et leur culture sur celles du système qui peut les employer ; non seulement parce qu’ils ont été sélectionnés par lui mais surtout parce qu’ils n’ont jamais été instruits par rien d’autre.


    Le pouvoir de la domination rencontre de nombreux appuis parmi des individus qui y trouvent leur avantage. Parmi les « médiatiques » nombreux sont ceux qui se flattent de connaître beaucoup de choses par relations et par confidences. Celui ou celle qui est dans la confidence n’est guère porté à la critique ni à remarquer que dans toutes les confidences, la part principale de réalité lui sera toujours cachée car les bribes d’information infectées de mensonge que l’on offre à ces médiatiques familiers de la tyrannie mensongère, sont incontrôlables et manipulées. Elles font plaisir néanmoins à ceux qui y accèdent, car ils se sentent supérieurs à tous ceux qui ne savent rien tout en ayant la bêtise de croire qu’ils peuvent comprendre quelque chose, non en se servant de ce qu’on leur cache mais en croyant ce qu’on leur révèle. »

     

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                  Jamais censure n’a été plus parfaite. Jamais l’opinion de ceux à qui l’on fait croire encore, dans quelques pays, qu’ils sont restés des citoyens libres, n’a été moins autorisée à se faire connaître, chaque fois qu’il s’agit d’un choix qui affectera leur vie réelle. Jamais il n’a été permis de leur mentir avec une si parfaite absence de conséquence. Le spectateur est seulement censé ignorer tout, ne mériter rien. Tout ce qui n’est jamais sanctionné est véritablement permis.

     

     

    1 - Avec l’ouvrage  «  La société du spectacle », publié en 1967, Guy Debord a voulu que l’Internationale situationniste (L’I.S.) qui était dans ces années-là le groupe extrémiste qui avait le plus fait pour ramener la contestation révolutionnaire dans la société moderne, ait un livre de théorie.

    Cette Société du Spectacle, brume poisseuse qui s’accumule au niveau de toute l’existence quotidienne et qui a aujourd’hui tout recouvert, dans le sens de «  tout dissimulé » au plus grand nombre composé d’une masse abrutie de travail et de fatigue, peut se flatter de n’avoir jamais été démenti par les événements de ces cinquante dernières années. De plus, cet ouvrage a montré et continue de montrer ce que le spectacle moderne était déjà : le règne autocratique de l’économie marchande ayant accédé à un statut de souveraineté irresponsable, et l’ensemble des nouvelles techniques de gouvernement qui accompagnent ce règne.

                 En 1988, Guy Debord est revenu sur son ouvrage avec la publication de « Commentaires sur la société du spectacle » - extraits PDF ICI

     

     


    Bernard-Henri Lévy vu par Alain Soral (entretien de 2011)

     

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  • LES BREVES (plus ou moins brèves) DE SERGE ULESKI

     

    Soutenir un auteur, c'est le lire et en parler autour de soi

     

    Merci à celles et ceux qui me soutiennent en commandant mes ouvrages

     

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                La vérité tient en quelques mots, et le mensonge... en tout un roman.

     

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    En proie à la nostalgie... 

    Et si, ce qui nous attire, nous séduit, nous émeut dans tout ce qui touche de près et de loin à hier, était le fait que ce morceau de vie qu'est le passé, est derrière nous ? Et on ajoutera, soulagés : "Ouf ! Plus de peur que de mal !" 

    Car... qui nous rappellera que vivre demeure une expérience que l'on préféra toujours avoir derrière soi et non... devant ?

     

     

    Fragments, figures de style, effets rhétoriques, parfois satiriques ou caricaturales…

    Maximes, syllogismes, aphorismes, tantôt inédits, tantôt glanés dans les textes de l’auteur (romans et billets de blogs)…

    Plus de trois cents brèves – plus ou moins brèves -, pour se dépêcher d’en sourire ou d’en rire ; ou bien encore, d’y réfléchir.

     

     

    Il faut taire les crimes, ceux de tous les jours car, les nommer, tous ces crimes d'exception, anonymes et insoupçonnables, c'est en faire des maux incurables, des maux privés de l'espoir de l'oubli.  

    Heureuse soit la victime à qui la société n'a pas notifié et qualifié le crime commis sur elle ! Car, elle n'aura alors qu'un seul poids à porter : celui de son propre jugement et seulement le sien. Et là, ô miracle ! L'esprit peut se révéler d'une magnanimité surprenante, lui qui est capable d'accueillir le pardon, ou bien l'oubli comme le naufragé accueille son sauveteur.

     

     

    L'ouvrage est disponible ICI

     

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  • Des apôtres, des anges et des démons - entretien

     

                 Texte libertin, assurément ! Dans la tradition du 18è siècle (Diderot ?) : libertinage de libre penseur dans l'exercice d'une prospective qui ouvre la porte à toutes les fictions sociales et politiques.

     

     

     

     

    Entretien réalisé par Jan Kaprisky

     

     

    J.K. - Corrige-moi si je me trompe : la construction du titre "Des apôtres, des anges et des démons" est la suivante : un chapitre, un personnage. Chaque nouveau chapitre introduit un nouveau personnage, tout en gardant le précédent. Il y a quatre personnages, au quatrième chapitre, ils sont donc tous réunis.

     

    S.U. - C’est bien ça.

     

    - Gros pavé de près de 600 pages, édité en deux volumes... avec ce titre, on est dans la satire, l'humour noir, l'ironie, le pamphlet, l'absurde : tout est bon, la fin justifiant les moyens.


     - Il ne faut pas avoir peur. La littérature pourvoira. Elle saura nous absoudre.

     - En introduction à ce texte, il y a ces quelques mots : "Le monde moderne regorge de disgraciés obscurs, de déclassés sans nombre, d'otages en sursis dans l'attente de la sentence que ne manquera pas de prononcer une organisation de l'existence qui a pour seul moteur : la haine de l'échec. Alors... aujourd'hui, en toute impunité et sans risquer d'être contredit, on peut sans honte crier à l'endroit de tous les Bouvard et Pécuchet et Don Quichotte de la réussite : Malheur aux ratés !" Flaubert aurait quelque chose à voir avec "Des apôtres, des anges et des démons" ? 


    - Oui, sans doute.


    - Même si toi, en revanche, et à aucun moment, tu ne te moques de tes personnages, même si tu peux avoir, à leur égard, quelques jugements cruels.


    - Disons que je suis un peu plus lucide qu'eux.

     
    - Ton texte aborde de nombreux sujets : le journalisme, la médecine, les femmes, la traite négrière, le show-business, l'art contemporain, la publicité, le marketing, le milieu de l'édition, le couple, la vie urbaine, l'évolution de notre espèce, la guerre, le ressentiment et la revanche de "classe", l'ingénierie sociale, l'anthropologie politique et la génétique...

     

    - Disons que ce texte touche à tout ce qu'on appelle "la modernité".

     

    - J'ai pensé, en ce qui concerne la forme - et parfois aussi, le fond - à Diderot et à Voltaire ; et pour le dernier chapitre, à Rousseau. Ce qui nous donne : Jacques le fataliste, Candide et Emile. Plus près de nous, y a-t-il d’autres auteurs qui ont retenu ton attention ?

     

    - Chevillard m’a intéressé un temps ; la forme surtout ; car sur le fond, le propos est plutôt creux ; son discours cache difficilement un esprit nostalgique et désabusé ; un esprit conservateur, finalement : « Avant, c’était mieux ! » Et ça, tu penses bien que ça m’intéresse beaucoup moins.

     

    - Tous tes personnages ont un point commun : l'échec ; avoir entrepris, avoir échoué et le prix qu'ils doivent payer. Chacun d'eux a une manière personnelle de vivre cet échec.

     - Comment juger, sans brouiller les pistes d'un réel réellement possible, ce qu’il est encore raisonnable d’espérer ? Dans la tentation de ne plus rien tenter de peur de devoir rendre des comptes, un risque existe : le monde peut nous échapper. On peut très bien passer à côté de lui sans le voir et sans le comprendre ; et puis, la perte du sens des réalités fait le reste sans autre formalité : elle nous sépare de tout.

     

    - De tous tes personnages – on en compte quatre -, Matthieu, avec deux « t » on aura noté, est le plus complexe, le plus riche, le plus imprévisible aussi.


    - C'est le personnage idéal. Avec lui, je sais que je peux tout envisager. Il dit, il fait tout ce que les autres taisent ou ne font pas, ou bien qu’à moitié. Il va jusqu'au bout : il n'a aucun tabou.


    - Avec cet autre personnage qu’est Paul, tu restes neutre. Tu te contentes de le mettre en scène. Tu fais peu de commentaires.


    - Paul est un mercenaire. Son métier, c'est la guerre.


    - Après les "Bouvard et Pécuchet" que peuvent être les deux autres personnages, Luc et Gabriel, arrive Don Quichotte dans le chapitre 4 : la "ballade de Matthieu". Dis-nous quelques mots à son propos.
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    - Imagine que Don Quichotte ait vécu, disons entre 1920 et 1990, et que ses références n'aient pas été la littérature chevaleresque du XVIe siècle mais la déclaration des Droits de l'Homme : on obtient quoi ?
    .

    - On obtient, non pas Cervantès mais "la ballade de Matthieu" : "Votre plus grand crime, c’est d’avoir abusé des mots, de tous les mots, en les mystifiant. Vous nous avez parlé de droits naturels, inaliénables et sacrés. Vous nous avez dit que nous étions tous égaux en droits, alors que nous le sommes... qu'une fois morts et enterrés ! Vous nous avez dit que nous étions tous libres mais vous vous êtes bien gardés de réunir les conditions nécessaires à la jouissance de cette liberté puisque vous nous avez concocté un monde dans lequel... sans argent, point de salut et point de liberté, si par liberté, on entend la liberté de faire des choix qui nous permettent de vivre... debout et dignes ! Vous nous avez déclaré la main sur le cœur que nul ne doit être inquiété pour ses opinions pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public. Alors, dites-nous comment fait-on pour ne pas vous déranger si nos opinions ont pour objet de dénoncer votre ordre qui n’a de public que le cercle restreint de votre caste dirigeante qui a le monopole du pouvoir, des médias et de l‘argent ? Est-ce là une reconnaissance du droit de prêche dans le désert ?" Etc... etc... Matthieu reprend un à un les articles de cette déclaration et demande des comptes. Puisque nous y sommes, venons à cette question des Droits de l‘Homme. Je cite un dialogue qui met en scène Luc et Matthieu : "Mais alors... le progrès, la justice et puis, cette histoire de droits de l'homme ? Plus de progrès, plus de justice... plus de droits, plus plus plus... pour tout le monde ! - Une parenthèse cette histoire de droits de l'homme, de progrès et de justice dans ce processus de conservation de nos atomes et de nos molécules".


    - Je me suis évertué à placer cette période qui va de la fin du 17e siècle jusqu'à nos jours, celle des Lumières donc… dix mille ans avant et dix mille ans après, et nous au milieu. Une perspective absurde mais qui force la réflexion, le questionnement. Dans dix mille ans, je ne suis pas sûr que les Droits de l'Homme soient toujours à l’ordre du jour, si on entend par Droits de l'Homme autre chose que le droit de vaquer à ses occupations et de faire des affaires juteuses.


    - Toujours dans ce passage qui met en scène Luc et Matthieu : "Les droits de l'homme ? Il s'est très certainement agi d'un accident de parcours. Un caprice, une lubie, une sorte de... laisser-faire. Je sais pas moi, on a dû se dire : les droits de l'homme, la justice, le progrès, pourquoi pas, après tout ! Et puis, on a du temps devant nous... parce que... quand on y réfléchit : qu'est-ce que trois cents ans sur une période de vingt mille ans ?"


    - Dans l'avenir, je doute que l'homme soit plus intelligent et plus juste envers ses semblables, alors qu'il a su durant des milliers d’années ne pas s'en soucier. Je doute que nous allions vers plus d'intelligence, plus de générosité et plus de justice. Pour faire court, je doute que le plus faible soit moins en danger demain qu'hier. Le plus faible est au centre de la période dont onparle : celle de la définition des Droits de l'Homme et de leur application : comment le protéger, comment lui garantir une vie décente, comment l'aider à lutter contre tous les déterminismes de sa naissance, comment faire en sorte que le faible le soit un peu moins, comment réduire la force du fort. Sans oublier le fait qu'à une certaine période, le faible a pu devenir le fort et le fort le faible.


    - Toujours dans le même passage : "La finalité ? Eh bien, c'est la conservation de notre espèce : molécules et atomes. C'est tout. La finalité... ce sont les moyens qu'il nous a fallu et qu'il nous faudra encore et toujours développer pour assurer notre survie : la conservation de notre espèce."


    - Il se pourrait bien que le fort s'affranchisse de toutes considérations pour ce qu'on appelle encore aujourd'hui les Droits de l'Homme, recouvrant le monopole de la force, même si je pense que d'ici là, on ne raisonnera plus qu'en terme de préservation de notre espèce : molécules, atomes...

     

    -Tu fais référence à une sorte de processus automatique. Mais...les processus automatiques, on peut les interrompre ? L'homme, la politique et l'action l'ont déjà fait.

     

    - Oui, justement ! On l'a déjà beaucoup fait avec les droits de l'homme. C'a demandé beaucoup d'énergie. Et toutes les énergies s'épuisent un jour.

     

    - Ta conclusion tient en peu de mots : "Notre finalité, c'est la conservation de notre espèce et sûrement pas, les Droits de l'homme".

    - Mais... c'est énorme comme projet ! Et louable en plus ! Regarde : c'est la mère qui cherche à protéger son enfant pour qu'il vive le plus longtemps possible. C'est de ça dont on parle : la mère, c'est la science, la technique ; et l'enfant, c'est notre espèce. Et personne n'y trouvera à redire. C'est là toute notre histoire. Il n'y en a pas d'autre à ma connaissance ; et il n'y en aura pas d'autre non plus. Vraiment, je pense qu'il s'agit de la plus honnête et de la plus réaliste des prospectives concernant le genre humain. Notre souci majeur, quoiqu'on en dise, c'est de mourir le plus tard possible et de souffrir le moins possible. Et vouloir souffrir le moins possible, pour certains d'entre nous, cela peut aussi vouloir dire, mourir le plus tôt possible. Alors, entre ceux qui auront tout intérêt à mourir le plus tôt possible - puisque leur vie sera invivable - et ceux qui auront toutes les chances de pouvoir mourir le plus tard possible, le monde s'organisera autour de ces deux aspirations, toutes deux légitimes. Comme tu peux le constater, tout cela n’a pas grand-chose à voir avec les Droits de l'Homme.

    - Je cite un autre passage. C'est Luc qui s'exprime avec une touche d'ironie : "Il ne reste au soleil que quelques milliards d’années à vivre. Alors, le temps presse ! Les dégâts engendrés par notre système de production pèseront lourd, très lourd sur nos enfants qui devront vivre dans ce gâchis. Des entreprises ont confisqué notre environnement. Résultat : notre environnement est à l’agonie. Aujourd'hui, ces mêmes entreprises s’intéressent à notre identité génétique, alors, on peut légitimement être inquiets ! Et si "La fin du monde" existait bien ? Oui, la fin de la morale et de la justice comme "Fin du monde" car seule l‘économie - une économie sans visage et par conséquent, sans morale et sans honneur car, sous le couvert de l'anonymat tout est permis - seule cette économie-là a voix au chapitre. Elle et ses alliées - la science et la technique - monopolisent tous les savoirs pour mieux étouffer tous les principes. Alors, vous pouvez en être sûrs : ils feront de nous et de notre identité ce qu’ils ont fait de notre environnement."


                                                                

     

    - Là, je défie quiconque qui ne soit pas un imbécile d'avancer un argument contraire.


    - Autre passage. C’est Paul qui s'exprime : "Aujourd’hui, on ne valorise qu'un seul type de relation : la relation vendeur-acheteur. Mais à condition que vous sachiez vendre et que vous puissiez acheter cette relation à sens unique. Sinon, tu peux bien crever. Alors, je vous le dis : l’environnement, la santé, la sécurité, le droit à la vie... tout y passera ! Et nous devrons tous prochainement nous soumettre à cette relation marchande souverainement barbare, inculte et cynique. Les chantres de cette relation n’ont qu’un seul maître : Al Capone ! C’est lui, le maître à penser cette relation... et à pourrir tout ce qui ne l’a pas encore été. Oui, c’est bien lui : Al Capone ! Alors... qu’on se le dise : la racaille marchande et illettrée contrôlera ce nouveau siècle - et même si nous y entrons à reculons et sur la pointe des pieds, sans tambour ni trompette, en retenant notre souffle, dans ce nouveau siècle réglé d'avance - c’est bien cette racaille-là qui contrôlera tout."

    .

    - Encore une fois, qui peut prétendre le contraire ?

    .

    - Autre citation. Toujours Paul : "Le monde est contrôlé par les multinationales, la pègre et leurs valets lâches et veules, à savoir : les états et leurs gouvernements qui ont baissé les bras et qui sont au pouvoir ce que la liberté est à la contrainte et la torture à la confession. Dans cet univers, un être humain n’est qu’une merde sans nom car, si vous tentez de dénoncer ce trio infernal, vous mourez ! On n’hésite pas un seul instant : on vous tue ! A côté de ces gens-là, nos tueurs en série qui occupent la une de nos journaux adeptes de la diversion, ne sont que de pathétiques gesticulateurs !"


    - Je suis allé peut-être un peu vite. Ce n'est pas encore tout à fait la réalité, mais ça ne va pas tarder.


    - Revenons à "La ballade de Matthieu". Pour la première fois, tous les personnages sont réunis dans un même lieu : Matthieu, Gabriel, Luc et Paul. Nouvel extrait ; c'est Paul qui parle : "Passez-moi toute cette assemblée au peigne fin et au crible ! Criblez-leur le cul nom de Dieu ! Une bonne louche pour une bonne bouchée. Et s’ils mordent, triplez la dose. Mettez-vous y à deux, à trois, mais... démerdez-vous ! Il faut qu’on avance ! Souillez-les ! Polluez-les ! Un bon renvoi d'ascenseur ! Un Tchernobyl dans le cul !“ C'est le massacre des "prétendants". Prétendants qui prétendent à tous les monopoles : pouvoir, argent, parole -, et qui décident de tout. Paul c'est Ulysse. Dans ce chapitre, tu laisses clairement entendre qu'il s'agit du retour d'Ulysse. Il est de retour mais il n'est pas seul. Il est entouré d'un groupe d'individus, hommes et femmes relégués, condamnés au silence et à la non-existence. Ithaque, dans ton récit, c'est ce Château dans lequel tous se donnent rendez-vous. Arrive alors le cinquième chapitre. Le narrateur est seul. Ses personnages ne sont plus de ce monde. Et ce narrateur va plonger dans la réalité qu'il n'a pas cessé de nous décrire. Il est entre les mains d'un anthropologue, d'un biologiste, et de ce qu'on aurait pu appeler à une autre époque, un commissaire politique ; tous les trois alcooliques.

    .

    - Ce chapitre, c'est le roman de Kessel "Le zéro et l‘infini" mais... inversé. Dans ce chapitre - pour schématiser -, ce n’est pas la démocratie associée au capitalisme qui dénonce le stalinisme, c'est la démocratie qui triomphe aux côtés de ses deux alliées que sont l'économie mondialisée et les techno-sciences ; alliées qui menacent de nous mener tout droit en enfer ; et ce nouvel enfer est explicité par une voix qui se situe au-delà de tous les clivages idéologiques puisque cette mondialisation et les techno-sciences ne se situent ni à gauche ni à droite mais... ailleurs... par-delà le bien et le mal comme aurait dit l'Autre.

    .

    - Ironie de l'Histoire.


    - Ironie toute relative en ce qui concerne le capitalisme. Depuis près de deux siècles maintenant, les hommes n'ont pas cessé de dénoncer le capitalisme comme étant aussi une machine de guerre, une machine à provoquer et à faire la guerre, ainsi qu’une machine à broyer les  individus : tout ce combat ouvrier et syndical pour humaniser le capitalisme que l'on semble avoir oublié.


    - L'instructeur politique, l'anthropologue et le biologiste sont mis en scène d'une manière grotesque. Je cite un passage ; c'est l'anthropologue qui parle : "Les psychiatres, les sociologues, tous ces représentants d’une science approximative et mollassonne, sans oublier les commentateurs, les politologues, les éditorialistes, les éducateurs et animateurs de quartiers, chefs de bandes compris... tous ces gens-là ne progressent plus dans leurs analyses depuis des années ; ils font du surplace. Ils bégayent. Ils tergiversent sans fin et sans but et sans résultats. Mais on va les mettre tous d‘accord car l’entrée dans le nouveau siècle se fait sous l’empire des sciences fondamentales, sciences pures et dures ; biologie génétique et anthropologie en tête. Finies donc... les sciences discursives, pareuses et lâches ! Fini l'amour de son prochain par amour pour soi ! Finie la charité ! Finie l'aumône ! Fini le soulagement de la souffrance pour atténuer le malaise de ceux que cette souffrance dérange ! Finie la culpabilité intermittente et éphémère parce que... culpabilité d'humeur et non de conviction, des classes supérieurement émotives ! Finies les tentatives de médiations, d'explications et d'insertion et de réinsertion structurantes. A compter d'aujourd'hui, on ne cherche plus les arrangements à l'amiable. On n'explique plus, on n'insère plus ! On ordonne et on exige le silence ! Nous avons élaboré une stratégie de substitution face à l’incurie de tous ces acteurs politiques et sociaux. Déboutés, ils sont ! Car, nous sommes sur le point de conclure et de transformer tous les essais. L'anthropologie et la génétique sont maintenant capables d’apporter des solutions à tous les problèmes. Comprenez bien une chose : l’histoire de l'humanité est une bombe à retardement qui court à sa perte. On peut assister, les bras croisés, à cette déchéance et à cette perte de conscience lentes, progressives et laborieuses de l’humanité mais... on peut aussi faire quelque chose, et vous savez quoi ? Supprimez l’être humain en tant que tel. Voilà ce qu'on doit faire. Sachez qu'on ne guérit un malade mortellement atteint qu‘en le supprimant. Et supprimer l’être humain, c’est supprimer sa déchéance." Sans jamais le nommer, tu parles de "l'homme génétiquement modifié" à des fins de supprimer cet homme ?


    - Oui. Ou plutôt non : à des fins qu'il n'ait plus rien à voir avec ce que nous sommes et avons été tout au long des siècles. Un homme sur mesure, disons.


    - Je cite un autre passage : "Nous sommes au début d'une conclusion et d'une forclusion exemplaires : celles de l'homme concluant, définitif et forclos dans une finitude à sens unique et sans issue : sans échappatoire ! Un vrai cul de sac, cette forclusion ! Enfin libre et responsable, l'homme n'aura plus qu'une seule origine : lui-même comme début et comme fin avec pour seul géniteur : la science. La seule origine de l'homme sera sa naissance, le jour de sa naissance et seule la science sera autorisée à se pencher sur son berceau. L'homme sera à lui tout seul... le père, le fils, la mère, l'œuf, le coq, la poule et seule la science sera autorisée à pondre. Nous supprimons l’être humain pour mieux le libérer des malédictions de sa condition et des imperfections de sa nature car, c’est au delà de l’humain et de son histoire chaotique que nous irons chercher les outils nécessaires à la construction d’un monde enfin prévisible, un monde qui saura triompher de la nature humaine : nature égoïste, paresseuse, immature ; nature rebelle et réfractaire au changement et au sacrifice. Nous voulons un homme qui n’aura d’humain que le nom, un homme coulé dans un moule unique, indifférencié, un homme né sans cordon ombilical, un homme au-dessus de tout soupçon, sans mémoire, sans tradition et fatalement sans imagination, sans conscience et sans contradictions."

    .

    - Eh bien voilà. Tout est dit.


    - Un mot sur le dernier chapitre : le sixième ; chapitre-épilogue qui fait vingt lignes. Il semble nous dire que le pire n'est jamais sûr.


    - Pas tout à fait. Ce qui est sûr c'est le fait de croire que le pire n'est jamais sûr. De ça, on peut être certain. Nous préférons croire que le pire n'est jamais sûr tout simplement parce que nous n'arrivons jamais à l'éviter, faute de pouvoir le prévenir.

     

     

    - Je cite un passage ; référence à Shakespeare : "La tempête est passée finalement et nous tous ici, avons survécu. Oui, nous avons..."survécu" puisque le pire n'est jamais sûr et puis, à quoi bon le nier : nous sommes faits aussi et surtout... d'optimisme, et nous le sommes... incurablement. Et l'étoffe de cet optimisme, c'est notre sommeil et le rêve qui l'accompagne : nous tous ici, éveillés mais... pas trop ; juste assez pour nous rendormir crédules et sereins." On dort debout ? C'est ça ?


    - Oui. Bien sûr. Toujours !

     

    -Quel extrait de l’œuvre tu nous proposes ?

     

    -Le deuxième chapitre

     

    -Celui consacré à Gabriel ?

     

    -Oui.

     

    -Bonne découverte à tous donc.

     .

     

       Extrait proposé - cliquez   Des apôtres extrait.pdf

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  • Paroles d'hommes - entretien avec l'auteur

         

                Arrive un jour où l'on décide de tout quitter. Sur son chemin, on croise le rédacteur en chef auto-proclamé d'un magazine à la publication aussi hasardeuse qu'hypothétique qui a comme projet un reportage sur une communauté rurale soupçonnée d'abriter des hommes aux mœurs d’une sauvagerie inqualifiable. Sans emploi et sans attaches, on se dit : "Va pour l’enquête ! Et puis... vogue la galère !"

                On prend la route. Les rencontres et les interviews se succèdent, l'enquête progresse mais... patatras ! L’itinéraire emprunté est un piège, et notre enquêteur malheureux progressera pas à pas vers une crucifixion sans gloire, sans honneur et sans rédemption.

     

     

     

    Entretien réalisé par Michel Tarkovski 

     

     

    M. T.  – En exergue du titre "Paroles d'hommes" on pourra lire ceci : « Ce qui est n'est pas, car il s'agit toujours d'autre chose ; autre chose et autre part ; et puis... ailleurs aussi. »

     

    Serge ULESKI – Il s'agit de ce que nous sommes tous réellement et de ce que nous donnons à voir, à entendre, à comprendre aux autres, et ce que nous sommes capables de comprendre de et sur nous-mêmes. Dans ce récit, il s'agira toujours question d'autre chose : ce qui sera dit ne sera jamais ce qui est important de dire ou de comprendre, jusqu'au moment où chacun de ces hommes, dont notre enquêteur recueille les témoignages, finira par « avouer » - dans le sens de « se confesser » ; même si les choses sont dites de telle manière que l'on n'est jamais sûr d'approcher une quelconque vérité concernant toutes ces confessions.

    - Tu ouvres le titre « Paroles d’hommes » avec une série de « J'ai tout quitté » : il y en a une bonne trentaine. Le narrateur n’a de cesse de nous dire qu’il a tout quitté, alors que c’est son entourage qui l'a forcé à tout abandonner : femme, enfants et travail.


     

    - C’est vrai, dès les premières pages, on est déjà dans le simulacre ; dans une perception de la réalité, pour le moins, très particulière.


     

    - Ton synopsis commence ainsi : « Arrive un jour où l'on décide de tout quitter. Sur son chemin, on croise le rédacteur en chef d'un magazine qui a comme projet un reportage sur une communauté rurale soupçonnée d'abriter des hommes aux mœurs d’une sauvagerie sans nom. » La ruralité auquelle ce rédacteur en chef se réfère relève du pure fantasme…

     

    - Oui, sans aucun doute. Il s’agit bien d’une ruralité fantasmée ; une pseudo-ruralité absurde et grotesque dépourvue de toute réalité socio-économique.

    - Aspect sans lequel on est à peu près assuré de passer à côté de son sujet.

    - Sans oublier le fait qu’il y a autant de « ruralités » qu’il y a de ruraux.

    - Et plus tard dans ce récit, on découvrira une autre facette du rédacteur en chef de la revue pour laquelle le personnage principal effectue son reportage : ses analyses des témoignages que l’enquêteur recueille, nous rapprochent-elles de la vérité ? Vérité qui semble, à chaque fois, échapper au narrateur-enquêteur.

    - Moi-même, je ne le sais pas. Ce rédacteur en chef peut très bien mentir pour des raisons qui ont plus à voir avec le côté commercial de son projet : éditer une revue et la vendre ; sa version des faits serait disons, plus "vendeuse". Ou bien, son projet de départ - cette enquête auprès d'une communauté rurale soupçonnée d'abriter des hommes aux mœurs d’une sauvagerie sans nom -, n'a peut-être aucun rapport avec l'édition d'une revue. Et puis, ce rédacteur en Chef que l’on retrouve à l'avant-dernier chapitre, qui nous dit qu'il s'agit bien du même personnage ? Si le narrateur est aussi le personnage principal, à savoir l'enquêteur, pense au fait que moi, Serge ULESKI, je peux très bien décider de finir le roman à la place du narrateur ; je peux très bien vouloir reprendre la main et "lâcher" les deux personnages que sont l’enquêteur et le rédacteur en chef, pour suivre une autre route ; une route qui dépasse de loin le cadre de l'enquête qui a été confiée au personnage principal.

    - Une route sacrément plus large et plus longue. On passe d'un chemin forestier à une autoroute. C'est à ce moment qu'arrive la référence à Jules Romain et sa pièce Knock. Je te cite : "Ce rédacteur en chef auto-proclamé qui est aux sciences sociales ce que Knock est à la médecine..."

    - Dans Knock - pièce d’un Jules Romains prophétique -,  la question est : qui est malade, qui le sera et qui l’est potentiellement. Et la réponse est la suivante : tout le monde puisqu'un bien portant n’est qu’un malade qui s’ignore. Dans "Paroles d‘hommes", il sera finalement question de pouvoir, de contrôle et plus important encore, du monopole du jugement de culpabilité : qui est coupable, qui le sera, qui l’est potentiellement et qui est autorisé à rendre ce verdict de culpabilité, tout en affirmant qu’un innocent n'est qu’un coupable qui s’ignore.                                                                                                                                                        - Revenons à cet avant-dernier chapitre. Je cite un passage ; c’est le rédacteur en chef qui parle : « Sachez une chose Monsieur le reporter : ce qui est n'est pas car, il s'agit toujours d'autre chose ; autre chose et autre part et puis, ailleurs aussi. Le but affiché n'est pas le but qu'on se propose d'atteindre puisqu'il n'est pas le but qui a été secrètement fixé. Aussi, ne vous étonnez surtout pas si l'itinéraire conseillé n'est jamais le chemin qu'il faut emprunter car, quand vous y serez arrivé, tout en pensant y être allé avec les autres, eh bien, vous y serez arrivé mais... seul ! Car, dans les faits, personne, n'aura souhaité vous y accompagner ou vous y retrouver puisque ce n'est pas là qu'il fallait être. Alors, on peut dire sans risquer de se tromper, qu'ici, tout est leurre, diversion et boniment. Et ceux qui prétendent à la cohérence et à la vérité sont à l'intelligence ce que les feux d'artifices sont aux miracles : le secret de polichinelle d'un esprit infantile. »

    - Là, on est dans la farce et le mensonge, ou ce que j’appelle le « boniment ». Je suis persuadé qu’il y a un lien entre ce monde qui n’est pas ce qu’il est - et qui ne s'affiche jamais comme tel -, et notre personnalité en trompe l'œil.

    - L’homme serait un énorme mensonge à lui tout seul ?

    - Mensonge et farce, on dira.

    - Nous serions tous leurre, diversion et boniment ? Et par ricochet et comme par voie de conséquence, le monde entier avec nous ?

    - C’est une question de proportion : quelle place occupe la part, qui en nous, n’est que leurre, diversion et boniment ? Et cette part qui relève du mensonge et de la farce, est destinée à qui ? Cette part est dirigée contre qui ? Sans oublier les cas où, à notre insu ou consciemment - stratégie de survie, dans ce cas -, cette part est dirigée, vers ou bien, contre nous-mêmes. Si le monde est un énorme mensonge doublé d’une énorme farce, nous sommes aussi ce mensonge et cette farce. Et plus on est puissant, plus ce mensonge a de poids sur le monde extérieur ; plus nous sommes faibles, isolés, limités dans notre capacité à pouvoir agir sur le monde, plus ce mensonge n’a d’incidence que sur nous-mêmes et sur notre entourage.

    - Les puissants auraient donc les moyens du mensonge qui toucherait le monde entier ; et les faibles, les moyens d’un mensonge qui ne toucherait qu’eux-mêmes et leurs proches ?

    - Oui. On peut résumer ça comme ça. »

     

    L'ouvrage est disponible ICI

     

     

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  • Eric Vuillard dans le texte

    eric vuillard,houellebecq,congo,conquistadors

     

                    A l'heure du retour de Houellebecq sur la scène médiatique... un Houellebecq "grenouille qui veut se faire pour grosse que le boeuf", qui n'a de cesse d'avaler plus qu'il ne peut mâcher, toujours sans écriture, sans métier ni technique, sans perspective ni profondeur, un peu comme un peintre du dimanche...

    Eric Vuillard, lui, creuse son sillon, sans bruit mais avec brio... car il a compris qu'en littérature... écrire n'est rien, seul le travail compte ! Expressionniste, le soc de son oeuvre, c'est la profondeur de champ de sa réflexion dans et avec la langue écrite.

     

    ***

     

                  Des extraits de deux de ses ouvrages vont sont proposés en lecture : Congo (Actes Sud) et Conquistadors (ed Léo Scheer)

     

     

    -                                Congo.

     

     

    «  Les Aros, les Ioghos, les Ijaws, les Ibidjos avaient remonté les rivières en jouant du tambour ; puis ils avaient chargé les captifs dans leurs canots, et sillonnant les marais, entre les grandes araignées végétales, ils avaient rejoint les estuaires et renversé sur le sable leurs brouettes d’hommes. »

     

    « Peut-être Henry Morton Stanley a-t-il traversé des milliers de fois l’océan de ses pensées, prolongé indéfiniment ses séjours dans le rêve afin de trouver dans les couleurs d’un archipassé qu’il  ne comprenait pas et dans les algues fabuleuses de sa conscience je ne sais quelle épreuve ou signe. Et peut-être est-il allé tout au fond de la tristesse, au Congo, espérant trouver le même signe, la même trace, et peut-être a-t-il eu l’impression, quelquefois, comme beaucoup d’autres, qu’une toute petite chose se tenait là, juste à côté de lui (encore plus petite que son plus petit malheur) et qu’elle était là depuis le début, muette, fragile. »

     

    « Ah ! On saurait maintenant que le Verbe ne s’est pas fait chair, il s’est fait caoutchouc, tabac, charbon, il s’est fait directorship de banques, de compagnies de chemin de fer, d’industries ! Financier ! Breloque ! Pignouf ! Roi du Congo ! Oui, partout, il y avait quelque chose de plus grand et de meilleur, de plus beau, de plus désirable : papillon noir, forêt, un champ de coton ; et la vague venait tonner entre les fentes de pierre. »

    «  Mais alors, dans sa vie paisible  de professeur, je ne sais pas où il mettra tout ça, les coups, les cris, le sang et la puanteur, je ne sais où il ira les perdre et les oublier, comme de vilains enfants qu’on ne veut plus voir »

     

     

    -                               Conquistadors

     

     

    «  Il fallait continuer, suer, s’enfoncer dans un pays vide et nu, dans les pampas vierges, les canyons stériles, grimper le long de gorges humides, sans savoir ce qu’on allait découvrir. Allait-on le rencontrer ce peuple fou et divin qui jetait dit-on, de l’or dans un lac ? Allait-il venir à leurs pieds déposer les colliers et le silence de leurs dieux ? Existait-il ce jardin où chaque animal est représenté en or, grandeur nature et où les statues s’agenouillent pour boire ? »

    « On n’y voyait rien. La forêt était une grande bête sombre, un long couloir de feuilles et de pluie. Et cette énorme fertilité de la nature avait quelque chose d’écoeurant. Lianes, serpents géants, gommes, résines, baumes, tout n’était que vie, mort. Chaque instant, cent choses naissaient et cent autres mouraient, pourrissaient. Ici, la vie offrait tout ce qu’elle savait faire de beau et de précieux, tout ce qu’elle pouvait baver de ronces et de venin. Ici, la vie suintait de toutes parts son secret de jeune et de vert. C’était comme au cœur d’un ruche, là où la reine pond ses œufs, sans cesse. »

    « Toutes les réputations sont établies sur des rêves. Rien ne surgit de soi et nul achèvement ne se produit. La fin est simplement la fatigue et la mort. Il y a toujours une brèche par où la chose échappe, par où le sable glisse. Pizarre le sait bien, nulle perfection n’arrive, et c’est cela que l’on  nomme vivre, c’est cela qui permet les mouvements innombrables de la pensée. Pizarre ne voulait arriver à rien, à rien d’autre que cela : une souveraineté accidentelle, une gamelle de fer-blanc. »

     

    « On raconte que, pendant la nuit, vingt mille chenilles avaient rampé depuis le camp indien, vingt mille petites chenilles noires dans la nuit, ombres haletantes glissant entre les rouleaux de terre et venant tout autour de la ville former un fin collier d’yeux. Et ralentir leur haleine précipitée par leur longue gymnastique, la fondre dans leur carcasse, fut durant la nuit leur seule besogne. Mais, malgré toute l’attention possible, il arrivait que les ombres bougent, que les muscles lâchent et qu’une étrange convoitise les force à tendre la main dans le noir. Alors,  les conquistadors entendaient un bruit, frottement de corps, et imaginaient autour d’eux tout un animal de griffes et de crocs. On raconte que l’Inca avait envoyé ces vingt mille hommes en embuscade. Atahualpa  était certain que les Espagnols profiteraient de la nuit pour fuir, que la petite bande funeste allait se retirer. Dans la nuit, ils feraient leurs sacs et fouetteraient leurs porteurs jusqu’à ce qu’ils soient loin. Et l’Inca voulait qu’on les saisisse un par un, comme une tremblante nichée de rats. »

     

    « Partout, il y avait des corps immobiles, morts et vivants, on ne savait pas. Des morts se tenaient la main, pour ne plus se perdre. Et des mourants s’adossaient aux murs, à la recherche de fraîcheur. Lorsqu’un homme meurt, on dirait qu’il se vide de sa chair. Un mort ressemble à un petit tas d’os sous un drap. Un jus sale coule de ses lèvres. Puis le cadavre gonfle. Le grabat est inondé de fiente. Il est trop tard pour l’embaumer, il faut le jeter dans un trou. La tombe va lentement le moudre et fournir au terreau sa farine amère. Les os cèderont toutes leurs poussières. A la fin, il ne reste que du vent. »


    « Le monde est une fièvre. Les pierres tiennent debout dans les champs. Cimetière sans murs. Le désert est partout. Martin Bueno regarde, il regarde les baïonnettes de pierre, la terre neuve, les javelles de cailloux. Il compare la grandeur du pays à son propre isolement. »

     

    « Hernando pensait à une femme. Elle était anglaise, « con nombre de Victoria ». Il avait fait sa connaissance à Tolède. Elle était mariée. Maintenant, six ans étaient passés. Sa vie avait pris un tour inattendu. Avec ses frères, il s’était lancé à l’assaut d’un peuple. Mais qu’est-ce que ça voulait dire ? Ca voulait dire beaucoup de soif et d’effort, ça voulait dire bien de la peine pour vivre auréolé d’une nuée de taons. Car où étaient les femmes, les lits moelleux, les bals ? Il y avait seulement des putains et des Indiennes articulant leurs phrases flottillantes, qu’il ne comprenait pas. Il aimait, lui, les femmes élégantes, les dames. Il aimait l’ivoire poli, les beaux membres. Où étaient passés les jeux, les balcons ? Par moments, Hernando se sentait une poutre rongée par les vers, ça le rongeait tout doucement, mais un jour il n’y aurait plus rien. Pourquoi était-il parti ? Et cette femme, pourquoi l’avait-il laissée ? Bah ! Elle aurait vieilli, elle aussi, elle serait devenue une de ces vieilles poutres qui pèlent dans les granges. Et, lui, le bon Hernando, à cheval comme ces insectes qu’une aiguille transperce et tient droits sur un petit bouchon, il sentait en réalité à peine le mal, il s’inventait des douleurs pour passer le temps. Mais au fond, sa seule blessure, le froid la lui avait faite. Il avait la lèvre fendue. »

     

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