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Art et culture

  • Il était une fois un Prisonnier : Patrick Mc Goohan

                       

     

                        « Un agent secret britannique démissionne et s’apprête à quitter la Grande Bretagne ; gazé, il est ensuite enlevé. Quand il reprend conscience, cet agent ne tarde pas à comprendre qu’il est prisonnier dans un lieu inconnu, un village - le Village ! - d'où il semble impossible de s'échapper. Dépossédé de son identité, "Le Prisonnier" n'aura alors avec pour seul nom un numéro : le 6.  Très vite, il tentera tout pour quitter le Village bien que constamment épié, interrogé sur les motifs de sa démission, harcelé et traqué. »

                Qu’est-ce que cache la démission du numéro 6 ? A-t-elle pour but de vendre à prix d’or des informations au camp d’en face ? 

    De le découvrir, telle est la tâche de tous les « numéro 2 » (N2) qui gèrent le Village et qui se succéderont car, à chaque échec de ces N2 qui obéissent aux ordres d’un unique Numéro 1 (N1) (dont on nous privera de son visage et de sa voix), ils seront remplacés.

     

                                                                ___________________

     


                         

     

                 

                 "Le prisonnier" (1967-1968), c'est le Grand-œuvre de l’acteur, auteur, metteur en scène qu’est Patrick McGoohan (décédé en 2009), entouré du producteur David Tomblin,  du scénariste en chef George Markstein et de Lew Grade maître d'ouvrage de la série, fondateur de la chaîne ITC  ainsi que des auteurs et réalisateurs (une vingtaine au total)  qui se sont succédé durant la durée de la série et qui ont su assurer au fil des épisodes une cohérence et une continuité convaincantes et toujours novatrices ; car McGoohan est bien à l’origine de cette série mythique qui met en scène un agent des services secrets britanniques qui n’a eu qu’un seul tort : vouloir démissionner et passer à autre chose.  

                  Epopée épique…. surréaliste dans la forme, réaliste dans le fond, chef d’œuvre télévisuel inégalé, série au temps suspendu car au fil des épisodes, il est décidément impossible de déterminer combien de temps s’est écoulé depuis le premier jour de captivité du Prisonnier : un an, six mois, cinq ans ?  17 épisodes plus tard, on n’en saura toujours rien...

    Ambitieux et exigeant, dialogues ciselés d’un niveau bien supérieur à tout ce que l’on pouvait attendre des séries de la même période… c’est bien d’une liberté de création télévisuelle sans précédent dont l’acteur a pu jouir  comme peu de réalisateurs-télé avant lui et après lui  car nombreux sont ceux qui font le constat que rien depuis  n’a été fait comme cette série ; d’où son caractère précieux qui, génération après génération, n’a de cesse de susciter nombre de commentaires et d’analyses car tous y sont venus, y viennent et y viendront à cet OVNI télévisuel qu’est  « Le Prisonnier » car tous reconnaîtront qu’en 1967 on savait déjà regarder loin, loin devant et voir juste, qui plus est.

    Le prisonnier il était une fois Patrick Mc Goohan

     

                    Allégorie anxiogène au possible et visionnaire donc, avec « Le Prisonnier » ne nous y trompons pas : c’est  toute la société occidentale (et la société plus anglaise que britannique en particulier, avec ses rituels figés et l’arrogance des classes dirigeantes) qui, en pleine guerre froide, est mise en accusation : pseudo démocratie, pseudo liberté de penser, pseudo indépendance d’esprit, propagande à tous les étages, et ce 20 ans avant Noam Chomsky et Edward Herman et leur étude sur  « la fabrication du consentement dans les sociétés modernes ».

    Forme cyclique, suite récurrente, dans un éternel retour que Nietzsche n’aurait pas désavoué - retour au Village et à une détention psychiquement préjudiciable -, puisque le N6 n’a de cesse d’échouer dans toutes ses tentatives d'évasion… avec la série "Le Prisonnier" on retrouve le mythe de Sisyphe.

    Variations sur un thème unique - l’impossibilité d’une évasion pérenne et réellement libératrice, une libération non instrumentalisée –, avec « Le Prisonnier » c’est tout le concept de la liberté qui s’en trouve malmené.

                   Acteur aux critères moraux très exigeants… ( McGoohan refusera le rôle de James Bond jugé trop manichéen pour son goût), les deux derniers épisodes écrits et réalisés par l’acteur, confirmeront  le caractère allégorique de la série ainsi que le courage et le talent d’auteur de Mc Goohan.

    Un physique exceptionnel, une manière d’être à l’écran  à la fois détachée, sereine et inquiétante, c’est l’intelligence de Mc Goohan qui place cet acteur-auteur-réalisateur  au-dessus de ces contemporains ; le sommet est atteint lors du dénouement (épisodes 16 et 17), dans le face à face, le huit clos à la scénographie très contemporaine, de Becket et Ionesco à Pinter, entre le N6 et le N2, petit homme barbu, monomaniaque, l’acteur australien époustouflant Léo McKern,Le prisonnier il était une fois Patrick Mc Goohangesticulateur vindicatif ; sans doute le N2 le plus extravagant, le plus tonitruant que la série nous proposera.

    L’intelligence de McGoohan c’est aussi d’avoir compris qu’il importait peu, finalement, de connaître l’identité du N1 car l’enjeu est ailleurs ; McGoohan s’orientera alors, au grand désespoir des groupies de la série qui attendaient tout du dévoilement de cette identité, vers un choix jugé énigmatique et elliptique dans le contexte d’un projet destiné à une audience télévisuelle : celui de la figure de « l’ennemi de l’intérieur » ; concept complexe, aussi évasif qu’évanescent car il s’agirait de surcroît d’un ennemi logé en chacun de nous.

    Cet thèse de l’ennemi de l’intérieur, l’acteur nous  le confirmera comme suit : « Le N 1  pourrait tout aussi bien être l’alter égo du N6 » - et ce, bien que leur projet respectif diffère ;  en d’autres termes, il y aurait du N1 chez le N6 et vice-versa.

    Le Prisonnier serait  donc comme « en prison avec lui-même » : il serait alors à la fois geôlier, détenu et gardien de son propre emprisonnement.

    Dépersonnalisation achevée, le Village, son mode de fonctionnement ont bel et bien triomphé.

    « Ennemi de l’intérieur », « en prison avec lui-même »,  soit ! Et si tel est le cas, que la nuance suivante soit apportée à cette interprétation de Mc Goohan dont l’analyse (ou le diagnostic) omet de préciser que ce « lui-même", celui du Prisonnier ( ou/et ce "nous-mêmes" étendus au public de la série), ne lui appartenait plus depuis longtemps déjà ; en effet,  cet ennemi, c’est aussi et surtout un « ennemi extérieur » qui a vampirisé et qui peu à peu, dévore l'humanité du N6 et par ricochet, notre humanité à tous. Le « Je » est bel et bien définitivement un autre... à notre insu ou bien en toute conscience.

    Dans le cas contraire ("Nous sommes notre propre et seul ennemi"), cela reviendra à faire porter l’unique responsabilité d’un régime totalitaire sur les victimes et sur elles seules ; responsabilité bien trop lourde, bien trop abstraite pour expliquer la nature et les conditions de maintien dans le temps d’un tel régime (n’en déplaise à Soljenitsyne qui était d’avis que si l’on doit juger le régime soviétique un jour, c’est 250 millions de Russes qu’il faudra faire tenir dans le banc des accusés).

                Le N6 triomphera  (ou du moins croira avoir triomphé) une fois pour toutes du N2, le dernier, qu’il épuisera jusqu’à sa mort sur la question du « pourquoi » de sa démission puisque cette question n’obtiendra aucune réponse.

    Le N6 triomphant, reconnu comme tel, demandera à rencontrer le N1. Son vœu sera exaucé au-delà de ses attentes. En effet, il se verra proposer d’assumer le leadership du Village car il est maintenant un exemple, une exception qui enfreint la règle : il n’a pas cédé ; il est resté un « individu » capable de jugement autonome et d’une résistance à toute épreuve. Néanmoins, il refusera ce leadership, préférant la liberté : son départ du Village ; d’autant plus que pour McGoohan créateur de la série, l’enjeu est finalement ailleurs : ni dans la découverte de l'identité du N1 ni dans la fin de la captivité du N6 ; il est dans le potentiel inépuisable de l’allégorie que cette série décline épisode après épisode.

    Ce fameux N1 sans visage (sinon celui que le N6 hilare derrière le masque d’un chimpanzé nous proposera), et sans voix audible par le spectateur, cet ennemi à l’intérieur plutôt que cet « ennemi de l’intérieur », n'est-ce pas finalement ce qu’on nomme aujourd’hui le « Système » ? Une énergie, une force, une contrainte plutôt qu'une présence, qui ne connaît aucun repos, aucune baisse de régime ; le Système et ceux qui le servent ; ses « victimes » aussi ; victimes consentantes débarrassées de la « tentation victimaire » et de la nécessité de la révolte  : victimes comblées, qui en redemandent ? 

                  Mc Goohan dévoile son jeu et joue carte sur table ;  il nous fait remarquer le fait suivant dans la dernière scène du dernier épisode : recouvrant sa liberté, de retour chez lui, à Londres, accompagné du majordome qui n'a pas cessé de servir tous les  N2 qui se sont succédé, Le prisonnier il était une fois Patrick Mc Goohanet alors que ce dernier se dirige vers l'entrée de l’appartement de son nouveau « maître »,  appartement situé au rez-de-chaussée, la porte s’ouvrira sans son intervention tout comme lorsque le N6  entrait et sortait de son logement-prison situé dans le Village.

    A ce sujet, là encore, McGoohan est sans ambiguïté ; inutile de se bercer d’illusions : le Prisonnier restera prisonnier ; et tout recommencera, au Village ou ailleurs car sa nouvelle liberté est déjà sous surveillance et sous réserve ; le « Système » a déjà commencé à la "traiter".

    La liberté est un leurre pour chacun d’entre nous, conclut Mc Goohan. Il n’y aura pas d’exception.

     

    ***

     Le prisonnier il était une fois Patrick Mc Goohan

    Le trio final ( Le N2, le N6 et le majordome) 

     

     

                    Kafka, Edward Bernays, Huxley, H.G Wells, Orwell... tels sont les auteurs « fantômes » derrière cette série qui ne vieillit pas ; série hors du temps, intemporel, novateur ; sa critique d’un progrès technique au service d’une  technologie intrusive et intolérante - progrès que, soit dit en passant, l’on confond souvent avec l’innovation (car dans les faits, le progrès c’est tout ce qui nous rapproche de la justice… justice des conditions de vie et dans le fait d’être au monde avec les autres), demeure valide ; ce progrès-là  fera de nous, a déjà fait de nous tous, des instruments au service d’une finalité d’une force contre laquelle il est à la fois difficile de lutter  et de résister : celle du tout marchand ( McGoohan dénonçait dans une interview à la télé canadienne en 1977, tout en la plaçant au centre de nos préoccupations présentes et à avenir,  cette société  du tout marchand - "C’est le Pentagone, Hollywood et Wall-street qui commandent et qui font de nous des esclaves ...") aux effets dévastateurs sur un plan psychique (individuel) et sociétal (collectif) et le verrouillage de sa remise en cause.

    Aujourd’hui, nous ne sommes qu’au début de ce destin qui sera celui de l’humanité : de moins en moins d’humains, de plus en plus de pions sur un échiquier à couches multiples, dont le sens reste caché aux yeux du plus grand nombre, comme autant de strates impénétrables pour une réalité intimidante qui force  la résignation.

                    Habitants captifs, nous sommes tous dans ce Village tel qu’il nous a été donné de l’observer dans son mode de fonctionnement au cours de cette série saisissante qu’est « Le Prisonnier ».

    Saisissante ?  Voyez : il est encore question de captation ! On en n'aura donc jamais fini avec l'enfermement et l'anéantissement ?

     

                Pour prolonger, cliquez : Le Prisonnier - analyse complète en 4 parties.

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  • Nina Simone : il n'y a pas de cause heureuse

                          

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                   "Aucun homme n'a été insulté comme l'homme noir"

     

                                                                               A. Césaire

     

                      

                             "What happened, Miss Simone ?" - documentaire de 2015

     

     

                      « Artiste légendaire et militante passionnée des droits civiques, Nina Simone a marqué son époque autant que son époque l’a marquée. Comment une enfant prodige du piano est-elle devenue une icône controversée du Black Power ? "What Happened, Miss Simone ?" retrace le parcours hors-norme d’une des artistes les plus appréciées et les moins comprises du XXe siècle signé par la réalisatrice Liz Garbus. »        

     

                   Nina Simone (née en 1933 - décédée en 2003) n’a eu qu’un regret : n’être pas devenue la première pianiste noire concertiste alors qu’elle avait étudié pour ça.

    A l'heure où Aretha Franklin décorée par Bush junior courait les "talk shows" produits et présentés par des Blancs, Nina Simone, dans son engagement pour les droits civiques, y laissera sa carrière puisque cet engagement lui fermera plus de portes qu'il ne lui en ouvrira ; elle y laissera aussi sa santé mentale, et sa santé tout court.

     

                                   Résultat de recherche d'images pour "noirs pendus"

                "Dès mon plus jeune âge, avec les Blancs de la ville, je savais inconsciemment, je savais que si l’homme noir se soulève il serait assassiné."

     

                   

    Mr Backlash blues : « Du sang sur les feuilles, des corps noirs suspendus dans la brise du sud »

     

     

                        

                                         Texte de Louis Aragon : ICI - Mélodie de Georges Brassens

                           

                                   "Mon amour,mon bel amour, ma déchirure"

                  Chahutée, bousculée, malmenée puis battue dans sa chair, Nina Simone connaissait tout le malheur d'une mésalliance amoureuse : un compagnon brutal et sans nuances.

                  Aussi...

                 Si seulement tous les êtres malheureux étaient sans talent, sans importance, sans doute, n'aurions-nous alors jamais mené ce combat de tous les jours contre le malheur des conditions d'existence et le destin tragique individuel contre lequel les êtres restent parfois sinon souvent même, sans défense.

                  

     

                    

               (sur une mélodie de Charles Aznavour - "L'amour c'est comme un jour")

                                                      

                            "Finis les pleurs ! Finie la peur, demain c'est mon tour"

              

                     «  “Afro-américain, une race perdue ! Pas de pays, pas d’histoire, pas de maison, pas d’origines ; il nous faut tout savoir sur nous !

                     Quand le moment  des droits civiques a surgi soudainement j’ai pu exprimer ce que je ressentais depuis tout ce temps. Quand j’étais jeune, je savais que pour survivre en tant que famille noire on devait garder des secrets. On ne se plaignait jamais de la pauvreté, ni du fait d’être exploités ni d’être défavorisés, on devait se taire. Je savais donc que briser le silence signifiait la confrontation. »

     

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                       Années 80 et Nina Simone : « Les droits civiques ? Quels droits ? Il n’y a pas de droits civiques. Tout le monde a disparu. »

     

     

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                  44e président des États-Unis, élu pour un premier mandat le 4 novembre 2008 puis réélu, pour un second, le 6 novembre 2012, la présidence de Barack Hussein Obama touche à sa fin ; durant ces huit années, il aura été toujours autant périlleux d'être pauvres et noirs aux Etats-Unis ainsi qu'ouvriers payés à quelques Dollards de l'heure ; la candidature éphémère de Bernie Sanders et les événements dramatiques de "maintien de l'ordre" de la société américaine auront  au moins permis de le rappeler au monde entier. Autant pour ceux qui, en 2008, ont salué la victoire de ce Président noir, comme un miracle.

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  • Dis Cesaria, qui étais-tu quand tu n'étais pas encore Evora ?

     

                      Une voix formée dans les vapeurs d'alcool et la fumée des bars du Cap-Vert- volutes d'une célébrité à venir aussi improbable que méritée -, face à des clients, autochtones et touristes, pas toujours prévenants et attentifs... 

    Une voix au caractère forgé dans la poussière de Mindelo, sa ville natale... poussière levée par des pieds nus sous la menace d'un estomac dans les talons : celui d'une famille de quatre enfants à nourrir...

                       Regard doux mais sans illusions, dure à la tâche, pour Cesaria Evora le succès, même tardif, c'était... "... quand on n'a plus à s'inquiéter de savoir comment on va faire manger toute la famille".

    Et c'est ce même succès qui lui fera quitter son île, et non la pauvreté, contrairement à tant de ses compatriotes...

     

     

     

                       Elle a chanté Saudade d'Armando Zeferino Soares, enfin reconnu comme le véritable et unique auteur-compositeur de la chanson, après un long périple judiciaire, bien des années après sa création dans les années 50…

     

                      Saudade, qui est plus qu’une chanson, est l’expression d’un désir intense pour ce qui a été perdu - un pays, l'être aimé -, tout en gardant espoir, et puis sans doute aussi... l’expression de quelque brûlure de l'âme.

     

                       Epuisée (d'aucuns préféreront un "... pressée comme un citron par des tour-managers jamais rassasiés - commission oblige !), Cesaria Evora avait demandé à pouvoir se reposer : elle a été exaucée il y a quelques jours (le 17 décembre 2011) ; en revanche, on sera en droit d'espérer que sa voix ne connaisse, elle, aucun repos.

                       Mais... dis-nous Cesaria : qui as-tu été et comment as-tu vécu (vaincu ?) durant toutes ces années, et alors que tu n'étais pas encore Evora ?  

                          

     .

                  Pour prolonger... cliquez Cesaria Evora - site officiel

                           

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  • Musique nouvelle pour guitare classique : Serge ULESKI compositeur

                    
     
     
                       "Pour la guitare - hommage" ("For the guitar - tribute") - ou quand la musique atonale repose de la musique tonale et vice versa.

     

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    Tempi insaisissables, rubato irreprésentable, écrite sur et avec l’instrument, bien que structurée, cette pièce d’une durée de 45 minutes, s’est développée dans un esprit d’improvisation ; une improvisation maintes fois re-visitée sur une période de trois ans.

    Oeuvre "en suspens" puisqu’il n’existe aucune raison structurelle pour qu’elle s’arrête, à propos de la forme, on dira que sa construction musicale repose sur ce qu'on pourrait appeler "l'effet écho" : plus la musique s...e déploie plus elle semble se référer à celle qui l'a précédée.

    Cette pièce est « pensée » d’un seul tenant, ici et maintenant ; erratique, instable, voire imprévisible (vers quoi, vers où la musique s'oriente-t-elle ?), ce n’est pas simplement l’émotion que cette musique va chercher mais la beauté ; c’est-à-dire, le meilleur son au bon endroit et au bon moment.

    "Pour la guitare" est dédiée à la mémoire de Oliver Hunt, compositeur anglais (pour la guitare principalement) et enseignant très inspiré de cet instrument.

     
    Déposée à la SACEM, protégée par le droit d'auteur (work under copyright law) - la partition de cette pièce est disponible chez Serge-ULESKI-éditions,  Amazon-distributeur, à l'adresse suivante : https://www.amazon.fr/Pour-guitare-Ho...
     
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                  Tempi ungraspable, rubato unrepresentable, this 45 minutes long piece  written "with and on" the instrument must be performed as if one is improvising for that this piece written during a period of over three years has developped in such a way ; that is the reason why the music, as it unfold, seems constantly to refer to what has already been heard.
     
    If the interpretation must favour an unpredictable and unstable rendering, this very temperamental piece  is not only looking for emotion but also for beauty - that is : the right sound at the right place at the right moment -, bearing in mind that the instrument is meant to sound like an orchestra whenever the writing offers this opportunity.
     
    Sections numbered from 1 to 8 are not to be assimilated to «movements » as in a sonata ; therefore, one must not pause for 45 minutes, the duration (acknowledging exceptional for the guitar), of the work.
     
                 "For the guitar - hommage" is dedicated to the memory of Oliver Hunt, english composer for the guitar (mainly) and a very inspired teacher of that instrument.
     
     
                      A proper score under copyright law is available on demand here : https://www.amazon.fr/Pour-guitare-Ho...
     
     
    Serge ULESKI – Août 2017
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  • Fréhel et la condition humaine des années 20 et 30


                                   

                                                              Toute une vie déclinée en 3 minutes

     

                 Des mélodies impeccables, d'une grande efficacité et d'un grand classicisme, des orchestrations tirées au cordeau sur des textes rarement complaisants, c'est la chanson réaliste des années 20 et 30....  témoin de la condition humaine... condition féminine en particulier quand c'est la voix de Fréhel qui témoigne avec ses auteurs et ses compositeurs.


                                           

                                            "Les filles qui la nuit...." ... s'offrent au coin des rues

     


                                             

           Apologie de la pauvreté ou bien... dénonciation des taudis ? Chanson au texte polysémique ; plusieurs interprétations seraient donc possibles ?

     


                                           
                                               

                                                     Quand le "mâle" et les coups prévalaient

     

    Pour prolonger, cliquez : le meilleur de Fréhel

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  • Crise de la transmission et deuil de l'oubli

     

                       Ce que vous n'avez pas connu ne peut en aucun cas vous manquer !

                      En sommes-nous si sûrs aujourd'hui ?

     

     

    Léo Ferré. Paul Verlaine. Colloque sentimental

     

    Allain Leprest - Sur les pointes

     


     

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                 Léo ferré, Allain Leprest, François Béranger, Colette Magny, Jean Vasca...

    Qui les protègera de l'oubli, de cette perte de mémoire, de cette amnésie savamment organisée et entretenue par des marchands de succédanés et une économie de l'ersatz qui a tout emporté sur son passage ?

     

                 Au sujet de cet oubli, le véritable deuil, finalement, n’a pas pour objet la perte - à l'heure du numérique, plus rien ne se perd, et pour peu qu’il s’agisse d’une œuvre, celle-ci est indestructible : désormais, ce qui a été le sera à jamais !

    Non ! Aujourd'hui, le deuil a bien plutôt pour objet l’absence de transmission et l’ignorance certaine de ceux à qui aucune chance ne sera donnée de découvrir et de connaître tout ce dont il nous a été donné d'être les témoins...

    Car si Internet c'est toute la mémoire du monde, avec le concours de millions d'acteurs du web déterminés à transmettre le passé, même récent, encore faut-il soupçonner l'existence de tout ce qu'une génération a pu faire advenir intellectuellement et artistiquement.

     

                  Le deuil, c’est donc le deuil de la non-transmission avec lequel il nous faut vivre ; le deuil de notre incapacité à pouvoir transmettre et « raconter l’autre » qui n’est plus ; le raconter auprès d’un public absent, indisponible ; des millions d'êtres humains privés de leurs capacités à faire un pas en arrière car, aujourd’hui,  il n’est donné à personne de se retourner : "Pas le temps ! Et puis j'étais pas né !"

    Et ce deuil-là est sans recours ni consolation.

     

     

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                 Bernard Lavilliers... sans doute un des derniers auprès desquels trouver encore un peu de réconfort.

     

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  • Des nouvelles du Rap avec Kimto Vasquez

     

                 L'artiste s'entretient avec David L'Epée - intellectuel indépendant (tel qu'il se définit) de nationalité suisse engagé en politique.

     

     

                      Une tête bien faite, une maturité accomplie... serein, déterminé et sûr de lui... c'est Kimto Vasquez !

     

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    Tonton du café du commerce (recueil hérétique) - Kimto Vasquez

      

    Une très belle production

     

     

     

     

    Pour prolonger... cliquez Rap et rappeurs

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  • George Carlin : l'oncle d'Amérique de Dieudonné

                       Election américaine oblige !

     

     

                Décédé en 2008, à l'âge de 71 ans, George Carlin aura fait rire et penser, 50 années durant, des millions d'Américains et d'anglophones.

     

     

    Cliquez sur " paramètres" (settings) puis sur "subtitles" pour activer la traduction française


    "Ca s'appelle "le rêve américain" car, pour y croire, il faut être endormi".

     

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                        Dans un monde où la bêtise et le mensonge sont rois, rien n'est plus drôle et plus terrifiante que la vérité.

     

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                     Satiriste et polémiste d'origine irlandaise, George Carlin n'épargnera personne : Présidents, gouvernements et leur politique, la société moderne américaine, les religions, les communautés, les lobbies... il ne connaîtra aucun tabou, il s'autorisera tout ; il abordera tous les sujets sans retenue ni auto-censure.

     

     

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    Pour prolonger, cliquez : Les vidéos de George Carlin

     

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  • Musée Soulages : un Rodez d’acier à l’ombre d’une cathédrale

     

     

                 

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    Cinq volumes d’acier, le fruit d’une architecture réduite à sa plus simple dimension et absence d’expression ; cinq conteneurs abandonnés à la rouille – manque plus que les quais d’un port et le son d’une corne de brume -, au service d’une architecture où rien ne doit dépasser, pas un cheveu et sûrement pas une mèche rebelle ; architecture au ras de pâquerettes, rasée de près...

    Dès maintenant, précisons que les parties émergées du musée qui n’abritent aucune œuvre  - les 500 tableaux du peintre sont relégués dans un 2e sous-sol, parking et tombeau -, semblent dans les faits, et contre toute attente, davantage destinées à dissuader les visiteurs de franchir le seuil d’un hall sans accueil, d’une boutique et d’un restaurant... que de s'y ruer. 

     

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     A propos de ce restaurant-brasserie nommé "Café Bras", d’une imbécillité et d’une idiotie rares dans sa prétention à pouvoir assurer la continuité de l’ouvrage, matière, lumière et espace jusque dans l’assiette, une brochure ne reculera devant aucun commentaire : « Café Bras présente une offre alternant bistronomie et gastronomie dans l’esprit de l’œuvre de Soulages.»

    On ne savait pas que la peinture de Soulages était à ce point comestible. Mais alors, il doit s'agir très certainement d’une nourriture de l’âme ! Rassurez-nous !

     

                  Tout comme ce musée inénarrable, ce lieu de "restauration récréative" se voudrait ouvert sur la ville de Rodez et ses habitants ! Quand on connaît le prix moyen d’un repas... c’est à désespérer d’une bourgeoisie qui se paie une nouvelle fois la tête du populo ; et que ce populo soit aveyronnais ne change rien et ne nous sera d'aucune consolation.

    Verrouiller à double tour, imperméable, infranchissable, force est de se dire que ce qui se croit être de l’architecture a cent ans de retard car Le Corbusier n’aurait pas fait pire avec le béton et un bâtiment qui ferme la porte à toute convivialité ou rencontre fortuite avec l’œuvre de Soulages ; mieux vaut alors savoir où l’on va avant de se trouver nez à nez avec cet ouvrage impossible.

    Architecture de mort... et mort de l’architecture - mort représentée par ces bunkers et blockhaus venus tout droit du mur de l’Atlantique et des côtes normandes dans une sorte de fascination-répulsion à rebours pour les édifices du 3e Reich -, c’est donc toujours la même histoire que l’on nous raconte : la mort, encore et toujours la mort !

    Mais alors... à quand le rajout sur un de ces cinq cachots d'acier, d’une DCA qui prendrait pour cibles, pourquoi pas, la cathédrale de Rodez et tous les édifices dans un rayon de 60 kilomètres ne serait-ce que pour rappeler aux architectes à l’origine de cette architecture qui interdit tous les débats, tous les commentaires et toutes les conversations - car, de quoi peut-on bien parler devant une telle dictature de la matière ! -, qu’il a existé, une fois…  une Architecture avec un A majuscule.

     

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                 Si on lève les yeux, tournant le dos au musée, ou bien... passant outre, seule la cathédrale Notre-Dame sauve les lieux, trois cents mètres plus loin, et plus haut. On sera donc charitable pas tant envers les architectes Aranda, Pigem et Vilalta (agence RCR), espagnols-catalans qu'à l'égard du peintre Pierre Soulages dont «… les peintures sont des maisons zen ;  les trois quarts d'une maison zen dont le spectateur fait le quart restant. Ses tries noires, huilées, donnent à voir le rideau de fer baissé du magasin de Dieu. » C. Bobin 

     

                Nul doute qu'en ce qui concerne ce bâtiment qui se voudrait «musée », c’est bien là tout l’art contemporain (pop art, art brut, art conceptuel, peluches et fric, art trou de balle mon cul sur la commode !) qui triomphe encore une fois ; un art contemporain d'une prétention grotesque puisque cet art privé d'Art croit pouvoir encadrer, soutenir et prendre en charge l’Art moderne qui, il faut le rappeler, est l’aboutissement  d’une « tradition », d’une continuité qui va des grottes de Lascaux à Zao Wou-Ki en passant par Dali et Picasso : travail, métier, savoir-faire, recherche... un Art... art de vivre même et surtout fauchés.

    A aucun moment il n’est question de la main de l’homme à propos de ces bâtiments... comme la cathédrale de Rodez nous le rappelle tragiquement, mais bien plutôt de raccourcis-clavier, d’une souris laser et d’un logiciel de la marque Archicad pour une production d’espaces et de volumes à la queue leu leu, aux kilomètres carrés, en veux-tu, en voilà ! Car enfin... où est la fièvre de l’Art dans ces monolithes horizontaux ? Où trouver une fièvre spirituelle comparable à cette fièvre qui a érigé la cathédrale Notre-Dame de Rodez  - cordages, échafaudages,  poutres, sueur, sang et eau… "Ho ! Hisse ! Ho ! Hisse !", petites mains d’un Christianisme aux cent métiers, mille ans de savoir faire ?

    Et à défaut d’une fièvre… où trouver dans cette anomalie environnementale un enthousiasme pour l’architecture, une passion même contrôlée pour l’Art et le partage d’une inspiration ou d’un élan avec le plus grand nombre ?

     

                     Confrontés à une telle indigence conceptuelle, reste alors à développer autour de cette « pathologie » tout un discours… discours-escrocs, discours de commande du type : «... la rouille pestiférée, vecteur du tétanos, se mue en rhizomes de teinte brun-orangé et le noir, honni pour sa connotation mortuaire et satanique en plaques et lames sombres captant chaque variation de l’intensité lumineuse… »

    Il est dit aussi que l’équipe responsable de ce bâtiment est « férue d’une clarté spatiale des espaces » : il est vrai que le message est on ne peut plus clair et l’acier aussi. On nous précise que cet édifice qui se veut ou se voudrait un écho à l’œuvre de Soulages…, serait le fruit d’une admiration partagée, entre l’artiste et les architectes pour les églises romanes : et là, on reste sans voix.

    Certes, on pourra toujours se consoler et saluer le fait que ce bâtiment n’aura pas à vieillir car l'acier Corten, acier auto-patiné à corrosion superficielle forcée, utilisé pour son aspect et sa résistance aux conditions atmosphériques, a tout prévu : personne n’aura à gérer techniquement et financièrement sa décrépitude ; à peine né, le voilà déjà vieillard, pour l’heure encore enraciné dans le sol et encastré dans une colline ; il ne lui reste plus qu’à pourrir sur pied, avant de sombrer : pluies diluviennes, affaissement et glissement de terrain... 

    Pourvu que cela arrive un jour de fermeture !

    Les architectes, maintenant paysagistes - c’est une brochure qui affirme contre toute évidence que l’acier Corten s’intègre dans l’environnement paysager -,  évoquent sans rire un dialogue permanent entre la nature et l’acier ; quand on sait que ce bâtiment raye littéralement de la carte de Rodez le jardin public du Foirail…dont le kiosque de la fin du XIXe siècle modeste en superficie, et pour peu qu’on s’y attarde, a pourtant mille fois plus de présence et de charme que cette menace architecturale qu’est ce « musée »...

    Car enfin, des milliers de tonnes d’acier  et quelques plantes vertes n’ont jamais établi un dialogue quel qu’il soit avec qui et quoi que ce soit mais bien plutôt, dans le camp de l'acier, un  « Ferme ta gueule, c’est moi qui parle ! » sans contestation possible.

     

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                   Certes, Rodez reste une ville médiocre, sans architecture digne de ce nom ; mais alors quelle punition !

                   Qui donc décide dans cette ville, et depuis quand ? Marc Censi, le maire actuel ? Lui et son équipe de la communauté d’agglomération du Grand Rodez ?

    Certes, ce lieu ouvert depuis le mois de mai comble Pierre Soulages ; de plus, c’est une réussite commerciale, et comme l’argent sanctifie et le commerce aussi… on nous priera très certainement d’aller voir ailleurs si cela se fait que de déplorer, non pas tant ce projet car l’œuvre de Pierre Soulages méritent ce retour sur sa terre natale loin d’un Paris de happy-few de moins en moins heureux, mais bien plutôt ce mépris sans doute sans précédent pour l’être humain et pour la vue dans le domaine de l’architecture muséale qu’est cette construction si peu construite finalement.

     

                   Pauvre architecture ! Pauvre enseignement ! Pauvre modèle de prise de décision communale et démocratique ! Contraints et forcés, comme si l’organisation au quotidien de l’existence qui nous est imposée n’y suffisait pas, les Ruthénois, habitants de Rodez,  devront apprendre à vivre avec cette nouvelle violence qui leur est faite car les architectes oublient un peu trop souvent que  l’architecture est malheureusement « publique » : pas moyen d’y échapper et d’en réchapper !

     

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    Les outrenoirs de Pierre Soulages : une nouvelle géométrie par Serge ULESKI

     

                     Sauvons ce qui peut encore l’être : l’œuvre de l’artiste – les outrenoirs

     

               

    Diaporama des œuvres de Pierre Soulages (photos : copyright Serge ULESKI- reproduction interdite sans son accord)  

     

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  • Quand Léo Ferré est sans égal ni rival...

         

                 Léo Ferré qui nous a quittés un 14 juillet. C'était en  1993.

                          (d'aucuns prétendent qu'il a tiré sa révérence juste avant la retransmission télévisée du traditionnel défilé militaire des Champs-Elysées).

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                      Il n'écrivait et ne parlait qu'une seule langue, le Français... mais il parlait tous les langages et écrivait dans toutes les musiques ; il est à lui seul près d'un siècle et demi de poésie et de littérature.

    De Baudelaire à René Char en passant par Hugo, Bruant, Carco, Queneau, Léo Ferré a traversé toutes les Ecoles d'écriture - même automatique ; du langage insaisissable de la rue aux modes langagières éphémères, du Franglais à l'Argot, à la fois virtuose et vertigineux, surdoué, il pouvait dans un même texte, dans un même vers, dans une même phrase aux néologismes sans nombre,  les réconcilier tous.

                    Auteur, compositeur, orchestrateur et chef d'orchestre, artiste en cru, explosant toutes les formes musicales du genre, loin des esclaves de la rime et du quatrain, il était son meilleur interprète. Ironique, moqueur, cruel et tendre, toujours en colère, il aura été le premier slameur et sans doute aussi, le premier rappeur. 

    Des millions d'hommes et de femmes ont découvert nos poètes du 19e et 20e siècles ainsi que la musique symphonique au contact de son oeuvre, de Beethoven à Berlioz, du carton perforé de l'orgue de barbarie au piano à bretelles et au rock psychédélique du groupe ZOO.

                   Si chez Ferré on ne compte plus les chansons qui ont pour sujet La Femme et les femmes, on a évoqué un Ferré anti-féministe, voire misogyne … or, la misogynie de Ferré était celle de tous les hommes de sa génération face aux femmes cultivées et indépendantes d'esprit. Ces femmes, tous les hommes de la génération de Ferré les craignaient... (même Sartre avait du mal avec le féminisme d'une Simone de Beauvoir). Car, pour Ferré, il ne peut y avoir de Femme que celle qui accompagne l'homme, le soutien, le couve ; c'est la femme qui veut et fait des enfants et qui les élève ; et c'est aussi l'autre Femme, fatale de surcroît, pour laquelle on se damne après avoir vendu son âme sous la contrainte d'une nécessité qui nous échappe et qui nous condamne au malheur.

                    Quant à savoir si Ferré était un bourgeois comme semble l'indiquer sa belle-fille, Annie Butor, dans un ouvrage "Comment voulez-vous que j’oublie" paru chez Éditions Phébus), encore faut-il s'entendre sur le terme "bourgeois" : sûrement Ferré a-t-il accueilli le succès, l'argent et son confort de vie qu'il apporte avec soulagement après 20 ans de galère, 20 ans de vache enragée... 20 ans de "vie d'artiste"... mais on peut sincèrement douter qu’il ait pu être un bourgeois dans sa manière de concevoir l'organisation de la société : qui fait quoi, où, comment, à quel prix et sur le dos de qui.

     

                  Contemporain d’un siècle aux trois-quarts éventé, contradictoire et ambivalent, Léo Ferré a sans doute fait l’amère expérience d’une humanité qui, si elle méritait un meilleur sort, ne pouvait néanmoins s’empêcher de mendier sa dignité auprès de salauds qui se feraient un plaisir de la lui accorder mais à condition qu’elle se baisse plus bas encore, sur les genoux car, comme tous les grands misanthropes, Ferré avait un amour débordant de compassion pour les petites gens ; dans ses textes et ses chansons, il leur disait "tu" : "... pour l'enfant que tu portes au fond de l'autobus"(extrait du titre "Requiem").

    Et si la musique l’a saoulé de mots, les mots l’ont aussi saoulé de musique : en effet, personne mieux que Ferré n'a usé et abusé de tous ces mots, jusqu'à en inventer d'autres... tellement il pouvait les trouver très en deçà de ce qu'il attendait d'eux ; des mots d'une violence inouïe, parfois jusqu'à la terreur.

                Qu'il soit permis ici de prédire qu'après Léo Ferré... ce sera (mais... n'est-ce pas déjà le cas ?) la débâcle d'une langue qui s'est effondrée sous le poids d'une transmission en crise, à l'origine de laquelle on trouvera la recherche effrénée d'une rentabilité commerciale et d'une réussite à courte vue ; une réussite imbécile et sans profit pour notre humanité et son patrimoine.

     

     

    *** 

                 Léo Ferré aura été le seul poète, authentiquement poète, sans rival excepté chez les plus grands (Baudelaire, Rimbaud, Apollinaire, Aragon, Césaire, Char), que la chanson, le music-hall, la scène et une production discographique d'une richesse sans égale, aient  jamais porté jusqu'à tous les sommets.

     

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    "La mémoire et la mer"

    Léo Ferré - Paroles et musique

     

     

    "Ces mains ruminantes qui meuglent
    Cette rumeur me suit longtemps
    Comme un mendiant sous l'anathème
    Aimé Césaire ?!

    "Dieux de granits, ayez pitié
    De leur vocation de parure
    Quand le couteau vient s'immiscer
    Dans leur castagnette figure"
    René Char ?!

    "Quand j'allais, géométrisant,
    Mon âme au creux de ta blessure
    Dans le désordre de ton cul
    Poissé dans des draps d'aube fine
    Je voyais un vitrail de plus,
    Et toi fille verte, mon spleen"
    Baudelaire ?!

    "Je me souviens des soirs là-bas
    Et des sprints gagnés sur l'écume
    Cette bave des chevaux ras
    Au raz des rocs qui se consument"
    Rimbaud ?!

     

    La marée, je l'ai dans le coeur
    Qui me remonte comme un signe
    Je meurs de ma petite sœur, de mon enfance et de mon cygne
    Un bateau, ça dépend comment
    On l'arrime au port de justesse
    Il pleure de mon firmament
    Des années lumières et j'en laisse
    Je suis le fantôme jersey
    Celui qui vient les soirs de frime
    Te lancer la brume en baiser
    Et te ramasser dans ses rimes
    Comme le trémail de juillet
    Où luisait le loup solitaire
    Celui que je voyais briller
    Aux doigts du sable de la terre.
     
    Rappelle-toi ce chien de mer
    Que nous libérions sur parole
    Et qui gueule dans le désert
    Des goémons de nécropole
    Je suis sûr que la vie est là
    Avec ses poumons de flanelle
    Quand il pleure de ces temps là
    Le froid tout gris qui nous appelle
    Je me souviens des soirs là-bas
    Et des sprints gagnés sur l'écume
    Cette bave des chevaux ras
    Au raz des rocs qui se consument
    O l'ange des plaisirs perdus
    O rumeurs d'une autre habitude
    Mes désirs dès lors ne sont plus
    Qu'un chagrin de ma solitude.
     
     

    Et le diable des soirs conquis
    Avec ses pâleurs de rescousse
    Et le squale des paradis
    Dans le milieu mouillé de mousse
    Reviens fille verte des fjords
    Reviens violon des violonades
    Dans le port fanfarent les cors
    Pour le retour des camarades
    O parfum rare des salants
    Dans le poivre feu des gerçures
    Quand j'allais, géométrisant,
    Mon âme au creux de ta blessure
    Dans le désordre de ton cul
    Poissé dans des draps d'aube fine
    Je voyais un vitrail de plus,
    Et toi fille verte, mon spleen


    Les coquillages figurant
    Sous les sunlights cassés liquides
    Jouent de la castagnette tant
    Qu'on dirait l'Espagne livide
    Dieux des granits, ayez pitié
    De leur vocation de parure
    Quand le couteau vient s'immiscer
    Dans leur castagnette figure
    Et je voyais ce qu'on pressent
    Quand on pressent l'entrevoyure
    Entre les persiennes du sang
    Et que les globules figurent
    Une mathématique bleue,
    Sur cette mer jamais étale
    D'où me remonte peu à peu
    Cette mémoire des étoiles

    Cette rumeur qui vient de là
    Sous l'arc copain où je m'aveugle
    Ces mains qui me font du fla-fla
    Ces mains ruminantes qui meuglent
    Cette rumeur me suit longtemps
    Comme un mendiant sous l'anathème
    Comme l'ombre qui perd son temps
    À dessiner mon théorème
    Et sous mon maquillage roux
    S'en vient battre comme une porte
    Cette rumeur qui va debout
    Dans la rue, aux musiques mortes
    C'est fini, la mer, c'est fini
    Sur la plage, le sable bêle
    Comme des moutons d'infini...
    Quand la mer bergère m'appelle
     
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