Mesure d'audience ROI statistique webanalytics par litterature"WebAnalytics"

Avertir le modérateur

Art et culture

  • Johnny Halliday, le retour de l'enfant prodige : veau gras et célébration

     

     

    johnny halliday est mort

     

                 De sa première télévision au côté de Line Renaud à l’âge de 17 ans, en Jean-Philippe Smet effacé et timide, aux concerts-festins-gargantuesques d'un Johnny Halliday démiurge devant un public composé de plusieurs dizaines de milliers de fans dans les années 70 jusqu’aux années 2000…

    Nietzschéen sans le soupçonner pour n’avoir jamais lu Nietzsche, dans son parcours en forme de « Deviens qui tu es ! », Johnny Halliday aura aussi été, très certainement, un modèle pour son public dans l'intimité d'une relation d'une grande intensité émotionnelle  - modèle de volonté et de persévérance -, deux générations durant.

    Rage de vaincre, dans une dépense d'énergie exceptionnelle sur la durée, Johnny  a conquis la France comme s’il s’agissait de conquérir le monde : avec démesure et dans la surenchère : toujours plus de lumière, toujours plus de musiciens, plus de voix, plus de places à prendre d’assaut.

    Nous qui étions proches d’un Ferré, d’un Bernard Lavilliers, des auteurs- compositeurs-interprètes, dans ces mêmes années 70, jamais avares de mots lorsqu’il s’agissait de conspuer une "chanson de variété" sans queue ni tête, nous tous avons fini par nous y faire (1) : c’est sûr, Johnny Halliday ne partirait pas ; il faudra faire avec ; il sera là pour longtemps et aujourd’hui pour plus longtemps encore : l’éternité ?

    Il faut le rappeler : les publics de tous ces artistes ne se mélangeaient pas ; très clivées ces années 70, jusque dans la chanson dite populaire, à un point que l’on n'imagine pas aujourd’hui ! de Lavilliers à Claude François, de Maxime le Forestier à… Johnny Halliday justement, tous nous nous ignorions superbement. D’un côté l’ouvrier déjà à la tâche au sortir de son adolescence, en majorité mâle – les fans de Johnny, les lève-tôt, ceux qui n’ont pas le droit à l’erreur, lui qui avait tous les droits : droits à tous les excès ; les mêmes qui lui ont permis de se relever, mille fois,  et d’aller jusqu’au bout, tout au bout…toute énergie consommée ; de l’autre, les traînards des lycées et des facs, quelques glandeurs aussi,  qui souhaitaient changer le monde avant même d’y être entrés de plain-pied.

     

                       Authentique artiste populaire aux fans à la dévotion touchante d’une fidélité à toute épreuve, héros auprès d’un public qui ne s’y est pas trompé, il était leur "winner"  à tous ;  eux qui se situaient que trop rarement du côté des vainqueurs.

    Artiste de variété le plus moqué, son public un temps méprisé, avec  « la réconciliation » des années 90 puisque le jeu n’en valait plus la chandelle - avec la trahison du PS, il n’était plus nécessaire de se penser « à gauche » contre une droite et des beaufs -, tout rentra dans l'ordre : Maxime le Forestier écrira pour Johnny et le quotidien Libé saura en dire du bien : c’est vous dire, c’est tout dire ! Un Johnny qui  jouira alors d’une impunité à toute épreuve auprès de tous : public,  médias et classe politique.

    Trente glorieuses, société de consommation.... indissociable de  la frénésie  Rock n'Roll-esque, Johnny Halliday c'est aussi un fait social et un fait économique : il aura été aussi l'instrument  d'un nouveau concept  à but très lucratif venu tout droit, là encore, des USA : "La jeunesse" et le Jeunisme... "Johnny l'idole des jeunes" pilier d'un consumérisme encore en gestation mais qui ne demandera qu'à s'imposer partout, en tout lieu et pour finir, en chacun de nous.

    Caricaturé par tous ceux qui en ont fait un commerce (2), les sarcasmes ne l’atteignaient pas ; du moins, il s’est bien gardé de le montrer ; jamais capricieux, si Johnny Halliday a fait du cinéma, jamais il n’a « fait sa star ». 

    Finalement, c’est le public de Johnny qui s’est imposé à nous car nous aurions été mal venus de continuer de le bouder ou de le ridiculiser plus longtemps : à gauche on pouvait encore « snober » l’artiste mais pas son public ; pas ce public-là en tout cas : classe ouvrière oblige ; c’était donc devenu un devoir que de reconnaître le bien-fondé, la justesse de leur engouement et sa nécessité à la fois émotionnelle et psychique : le partage, l’appropriation, l’intériorisation et la fierté de soi retrouvée dans la communion et le soutien à cet artiste mille fois rappelé sur la scène et  dont ils entretenaient la célébrité et le tonus - ils le maintenaient en tension -  car c’est bel et bien le public de Johnny qui a fait Johnny Halliday et non le matraquage radiophonique et télévisuelle des Maisons de disques.

    La classe politique n’était pas en reste. Tous s’y précipitèrent, tous s’y frottèrent, s’y collèrent – s’y vautrèrent  -, auprès de cette figure maintenant iconique. Il faut croire que Johnny lavait plus blanc que blanc malgré lui qui ne savait pas leur dire non : Giscard, Chirac et Sarkozy. Tous ont gagné leur élection. Johnny porte chance.                      

     

                      Si Eddy Mitchell a épousé le Rock n’roll du bout des lèvres, avec parcimonie, précautionneux – à chaque jour suffit sa peine de chanter et de vivre ; son public plus féminin que celui d'Halliday, n’avait aucun goût pour l’hybris  -, Johnny choisira très vite de prendre  le Rock n'roll au mot, à la lettre ; acteur majeur de la scène Rock à la sauce française,  il y investira tout jusqu’à y laisser sa santé.

    Il s’est approprié le Rock, cette grande gifle rythmique des années 50, jusqu’à en faire une exclusivité française, bien française ; trop français alors Johnny comme on pouvait l’être dans les années 60 et 70, parmi une minorité de quelques millions d’invisibles durs au labeur ; d’où le fait qu’il ait été si peu suivi des Français issus d’une culture autre qu’occidentale.

    Symbole sexuel masculin par excellence, un des premiers dans le contexte français, il a joué, usé et abusé de son corps comme de sa voix ; dans le vacarme et la fureur de vivre, ses fans, au fil des ans, ont sans doute pu craindre qu'il ne soit plus à la hauteur de son destin après un précédent tragique : celui d'un Elvis décédé à l'âge de 44 ans.

    Il savait ce qu'on attendait de lui. Il s'y est plié. Même s’il n’a ni écrit ni composé aucune des chansons de son répertoire,  à l'exception de deux titres, c’est bien lui, en les interprétant, qui leur donnera la vie ; et quelle vie ! A chaque naissance, le nouveau-né dionysiaque venait au monde avec tapage ;  il pouvait alors  être tentant de  confondre les grandes gueules avec les grandes voix.

    Ce Mick Jagger français privé des Rolling Stone roulera sa bosse de scène en scène, 60 années durant. On peut soupçonner que Johnny n’a rien calculé ; d’autres s’en sont très certainement chargés ; lui fonçait tout droit, sans se poser de question, craignant ni le ridicule ni le faux-pas. Les amitiés qui l’entouraient n’étaient pas toujours désintéressées ; faut dire qu’on le disait généreux : il ne savait pas dire non,  là encore.

     

                       Sa mort, la mort de ce gladiateur du rock et de la scène, c’est aussi un retour : le retour de l’enfant prodige. Nul doute que son public saura tuer le veau gras car un Johnny Halliday, ça ne se commémore pas, ça se célèbre porté en triomphe. Aussi, rendons-leur à tous leur idole ;  donnons  à son public la primeur d’une célébration qui n’aura rien à devoir à personne.

    Lien permanent Catégories : Art et culture 0 commentaire
  • Premier... il sera le dernier

    aznavour,chanson,artiste,art,musique,music hall

                  Dès les années 50, et plus tard, à sa maturité, ainsi qu'au plus fort de son influence et de sa domination dans les années 70 et 80, Charles Aznavour aura été le chroniqueur des chambres à coucher, là où les couples se font et se défont : drame de la vie conjugale... union, désunion, trahison et ruine. Faut dire que cet artiste n'a jamais su se résoudre à "quitter la table" même et surtout "lorsque l'amour est desservi..."      

                   Authentique artiste populaire, aujourd'hui universel, faisant l'unanimité, ce petit homme (par la taille) a tout osé. Fils d'immigrés arméniens, de lui, il a tout inventé, tout créé... de lui et de son Art (1).

    Auteur-compositeur d'une comédie humaine qui n'en a jamais fini avec l'enfer et le paradis, la chute et l'ascension, il aura hissé le music-hall jusqu'au sommet ; même si l'émotion, et parfois la rage des sentiments, se sont peu à peu étiolées au fil des ans et de sa carrière internationale - sa carrière anglo-saxonne n'ayant rien arrangé : elle aura fait de lui un show-man, et pire encore... un crooner ; comme quoi, la chanson française n'a rien à gagner au contact de la langue anglaise !

     

     

    E io tra di voi (Et moi dans mon coin)

     

                  Dans une carrière menée tambour battant, en expert, jusqu’à ameuter le monde entier (dès les années 50, Aznavour travaillait déjà à la traduction en langue anglaise de ses chansons), les textes du maître couvriront tous les âges de la vie et tous les personnages : la femme, la mère, l’épouse, le mari, l’amant, le père de famille… ils évoqueront toutes les conditions, riches et pauvres, les minorités (Les immigrés), la condition homosexuelle des années 70 (Comme ils disent), les affres du Rideau de fer (Camarade), le compagnonnage fraternel (Au nom de la jeunesse – Nos vertes années) bucolique et juvénile.

                 Artiste composite, artiste de la synthèse, sans aucun doute la marque des plus grands, Aznavour combinera un Jacques Brel à fleur de peau avec son cœur à vif (Je bois), l’esprit caustique d’un Brassens avec l’appui de l’auteur Bernard Dimey, la fantaisie poétique d’un Trenet, Piaf Edith, figure malingre que la vie a ravagée et qui lutte encore debout faisant face… et puis le cabaret, temple des premières années d’un Léo Ferré, avec l’intérêt qu’il portera aux poètes de la bohême, la vraie, celle de la faim : André Salmon entre autres… auquel il offrira une de ses plus belles mélodies.

    Des musiques jazzées des années 50, au twist des Yéyés, puis, après mai 68, le col roulé du chanteur à texte, avant d’embrasser les années 70, années glamour - paillettes, coupe et tissu Ted Lapidus aux motifs extravagants, aux couleurs impossibles d’une élégance pourtant inégalée - en traversant toutes ces époques, toutes ces modes sous la contrainte et le danger d’une relégation et d’un oubli toujours possibles, d'une ambition colossale qui ne connaîtra jamais de repos faute d'assouvissement - plus, toujours plus de succès, de notoriété, de célébrité sur tous les continents -, Aznavour n’a jamais lâché la nécessité d’une qualité irréprochable, textes et mélodies, travaillant avec les meilleurs arrangeurs (Paul Mauriat, Raymond Lefèvre, Christian Gaubert, Del Newman, Kenny Clayton, Marvin Hamlisch) au côté de son beau-frère compositeur Georges Garvarentz. Et si les modes, d'importation principalement anglo-saxonnes, ont pu un temps menacer son Art, il les aura toutes domestiquées et dominées avant de les laisser loin derrière lui car "le style Aznavour" c’est un cocktail savamment dosé :

    - Un visage sans frontières, aux mille kilomètres parcourus et dont l'histoire semble bien plus grande encore que les yeux qu'il abrite et ce regard inquiet, agité, comme aux abois...

    - Un corps chétif qui menace toujours de basculer, oscillant, jamais vraiment stable : c'est ce corps-là qui porte la voix...

    - Une voix, un souffle et un phrasé hors norme...

    - Une gestuelle qui trahit une tension, un désir et une impatience :
    être entendu et convaincre...

    - Un texte impudique qui ne renonce jamais à dire dans le fond comme dans la forme, ce qui est le plus souvent tu ; texte ciselé pour servir un thème récurrent, véritable marque de fabrique de l’artiste : la déception amoureuse et l’usure des sentiments ; thème à la fois universel et d’une proximité et d’une intimité à toute épreuve...

    - Une structure mélodique à la fois savante (classique) et populaire (traditionnelle), métissée à grand renfort d'appoggiatura, de turns, de mordants et autres ornements musicaux que l'on peut aisément retrouver dans tous les chants traditionnels, toutes civilisations confondues, de l'Irlande à l'Asie, en passant par le Maghreb, le Proche et Moyen-orient...

    - Structures mélodique, harmonique et une orchestration, ou bien plutôt une couleur harmonique et instrumentale d’une efficacité redoutable car…  personne n’a les mots de la musique et la musique des mots comme cet artiste (Nougaro et Ferré peuvent seuls rivaliser)…

                  ............Corps, voix, gestes, texte et musique comme autant de personnages d’un théâtre de l’intime, mêlant sublime et catharsis, Aznavour est à la chanson ce que le théâtre est à l'expérience humaine : notre expérience à tous car, personne n'échappe à Aznavour. Et l'on y revient toujours à la première alerte amoureuse comme un amant sur les lieux de sa dernière conquête ou défaite, c'est selon. Et l'artiste le sait avant même que son public n'en fasse l'expérience jubilatoire ou bien amère.

     

                           "Dites-moi que je suis mauvais que je sois meilleur encore !"

     

                      Eternel challenger, lutteur acharné, pourtant favori et sans rival - toujours plus de travail, toujours plus d'entêtement ! -, compétiteur-né, sacrifiant tout à son métier, plus d'un demi-siècle durant, sûr de son talent et de la nécessité de son succès... tel un impératif catégorique, nul autre que cet artiste ne se sera autant construit sur l'échec et sur ce succès qui tardera à venir après 27 ans passés sur les planches - depuis l'enfance -, sur des critiques assassines qui le forceront à se hisser jusqu'au sommet de son Art, jusqu'à produire les meilleurs textes, les meilleures mélodies et les meilleurs arrangements. 

                    Premier dans une carrière internationale de plus de 60 ans, il aura accompagné jusqu'à leur dernière demeure plus de deux générations de chanteurs : de Piaf à Bécaud en passant par Claude François et Michel Delpech, Brel et Brassens, et plus récemment Johnny Halliday ; à l'international : Franck Sinatra et Sammy Davis, jr. D'une longévité hors du commun - à l'âge de 92 ans, Charles Aznavour se produit encore sur toutes les scènes des capitales du monde entier -, TIME Magazine et la chaîne CNN l'ont récemment élu "Artiste du siècle" devant Elvis et Bob Dylan. Toujours sur son 31, si Aznavour est le plus grand hommage qu'un artiste de music-hall puisse rendre à son public, il est aussi et surtout, sans l'ombre d'un doute... le dernier tragédien de la scène artistique populaire mondiale.

     
                                          

     

        

    1 - Néanmoins, Aznavour reconnaît la filiation artistique suivante : Maurice Chevalier pour la carrière internationale, Charles Trenet pour les textes et Piaf pour la dramaturgie scénique.          

    ____________________________

     

    Aznavour à travers le monde

     

    Une version de "Comme ils disent" par le transformer Lola Lasagne

     

     
                     

     

    Roy Clark dans une interprétation de la version anglaise de "Hier encore".  

     

     

     

    Ray Charles... La Mamma

     

     

     

    Nina Simone : "Tomorrow Is My Turn" sur la mélodie de "L'amour c'est comme un Jour"

     
    Bob Dylan dans la version anglaise (The times we've known) de "Les bons moments"

     

    Lien permanent Catégories : Art et culture 0 commentaire
  • Georges Brassens : la mort lente des idées et de l'engagement


                                             

     

                     "Mourir pour des idées, d'accord ! mais de mort lente."
     
                      Brassens aimé ! Brassens adulé  ! Brassens célébré ! Brassens, en veux-tu en voilà  ! France Culture, France Inter, RTL, Arte, France 2... Brassens est partout. Tout le show business a chanté et chante  un Brassens irréprochable, un Brassens tellement "futé", tellement caustique et drôle à la fois, un Brassens impertinent aussi... tenez : un Brassens anarchiste.
     
                       "Mourir pour des idées, d'accord ! mais de mort lente."
     
    Alors ? Rebelle Brassens ? Anticonformiste Brassens ? Sans doute a-t-il pensé qu'il suffisait d'être antimilitariste et anticlérical (la belle affaire !) pour se dire "anarchiste" et tenir debout en tant qu'homme ; Brassens ainsi que  son public et les médias qui n'ont pas cessé de nous "vendre" un Brassens courageux, téméraire et anticonformiste. D'autres, en revanche, savent quel prix il faut payer pour le rester " Homme" dans la paix comme dans la guerre, face à ceux qui veulent faire de vous un esclave.
     
    Le texte de la chanson présenté plus haut devrait nous éclairer : dans cette chanson, Brassens prend le parti d'assimiler  tout engagement à caractère politique, toute philosophie morale, à du fanatisme : les engagés sont des enragés ; les considérations morales et éthiques... de la moraline de la pire espèce ; tour de passe-passe bien commode quand on a pour "petite philosophie de vie" une seule préoccupation majeure : garder ses distances, se tenir éloigné de tout échauffement cérébral à caractère politique et/ou intellectuel.
     
    Et puis, le texte de cette autre chanson : "Les deux oncles" (1) ; texte dans lequel Brassens refuse d’opposer au chasseur de Juifs et de Communistes le Résistant : ses deux oncles en l'occurrence. Il est vrai que Brassens choisira le STO ; compromis entre le choix du collabo et celui du Résistant ? Ou bien, s'est-il agi de botter en touche (2) ?
     
     
                         "Mourir pour des idées, d'accord ! mais de mort lente."
     
                         Après l'évocation des qualités de rugbyman de ce troubadour nonchalant qu'est Brassens, une autre question s'impose : anti-intello primaire Brassens ? Philistin Brassens ? Il est vrai qu'il s'est vanté de connaître par cœur le répertoire de Louis Mariano  et de Tino Rossi : l'Espagne et la Corse : anisette et farniente - 40° à l'ombre ; de quoi contraindre tout un chacun à l'immobilité et à l'indifférence : "Trop chaud, trop, vraiment trop chaud !"
     
                   Il semblerait que Brassens, figure national, ait réussi, mine de rien, subrepticement pour ainsi dire, à l'insu de tous, et de son public en particulier,  ce tour de force qui consiste à passer à côté de son époque, de toutes les époques : dès 1940 donc. Comme quoi, on prend vite le pli quand on commence tôt : en effet, dans ses textes, on ne trouvera rien qui puisse nous ramener aux années 60 et 70 : aucune actualité, aucun de leurs enjeux sociétaux et politiques ( un Alain Souchon aura fait mieux, beaucoup mieux dans ce domaine, c'est vous dire !).
                    
                Que Brassens soit célébré, qu'il fasse l’unanimité dans tous les milieux de la chanson et dans la bourgeoisie ( de son vivant et aujourd'hui davantage encore puisque c'est bien cette bourgeoisie qui continue de mettre en scène sa postérité), mais quasiment ignoré chez l’ouvrier des années 60 et 70, rien de surprenant : les chansons de Brassens, le personnage,  réconcilient toutes les insouciances, tous les égoïsmes, toutes les indifférences, tous les individualismes bourgeois et tous les imbéciles heureux  car, manifestement, Brassens  ne s'est dérangé pour personne et n'a dérangé que quelques grenouilles de bénitier et autres culs serrés, contrairement à cette autre voix, symphonique celui-là et fort en gueule : Léo Ferré. Scandaleusement ignoré des grands médias , absent des célébrations, boudé par la jeune génération du show-business, Léo Ferré aura épousé tous les soubresauts de notre société - de la guerre d'Algérie à Mai 68, du monde du travail, d'une jeunesse à la recherche d'une cause à défendre à l'abêtissement de la société de consommation -, il aura été de toutes les époques, témoin et pourfendeur...
     
                 Et puis aussi, et puis surtout, il aura été le seul poète, authentiquement poète, sans rival excepté chez les plus grands (Baudelaire, Rimbaud, Apollinaire, Césaire, Char), que la chanson, le music-hall, la scène et une production discographique d'une richesse sans égale, aient  jamais porté jusqu'à tous les sommets.
     
                     Si un train peut en cacher un autre, Brassens, c'est le recours contre la célébration et la transmission de l'œuvre d'un "artiste total" finalement bien encombrant.
     
     
     
     
    1- Un lien utile à propos d'une autre  chanson « les deux oncles ».... : http://www.analysebrassens.com/?page=texte&id=88&corriger=0.646&analysebrassens=eaefe7465b4654c59bfcb4d125c60455
     
     
    2- Le sujet de ce billet ne consiste pas à juger l’attitude de Brassens durant l’occupation... mais sa discographie (deux chansons en particulier) et l’idée que s’en font son public, les gens du métier et les médias : ce que l’on a cherché à nous vendre avec Brassens ; un Brassens aujourd’hui omniprésent. Brassens adulé face à Ferré ignoré... ce n’est évidemment pas un accident ; la raison, on la trouve dans les chansons de Brassens et dans l’œuvre de Ferré. Aucune prise de risque , aucune mise en danger chez Brassens, il y a chez lui quelque chose qui relève de l'imposture et de la recherche d'un grand confort.
    •  
           
                  
                                          

     
     

     

    Lien permanent Catégories : Art et culture, politique, quinquennat Hollande et PS 0 commentaire
  • Harcèlement, chantage sexuel, agression…

     
     
                      Ca sert aussi à ça la notoriété, la célébrité, l'argent et le pouvoir : acteurs, artistes, chanteurs, animateurs de télé, journalistes, producteurs, élus politiques... se servir, s'en mettre plein la braguette : Strauss-Kahn en était l'archétype.
     
    Incapables de se contenter de celles qui disent " oui" ( et pourtant, il paraît qu'elles sont nombreuses dans certains milieux), il leur faut aussi celles qui disent "non !" Prédation sans fin… arrogants, sans pitié, pourris-gâtés, tous se paient aussi sur « la bête » comme sur cette actrice prête à tout pour tourner dans le film qui lancera sa carrière ; pour cette raison, elles sont toutes vulnérables et les hommes le savent. Mais qu’elles comprennent ceci : à chaque fois qu'une d'entre elles cède, elle prépare toutes les autres à subir le même sort ; après tout, il y a harcèlement lorsque la femme dit "non !"et que l'homme insiste. Lorsqu'elle dit "oui" .... la question ne se pose même plus.
     
    Mais alors : "Qui sont-elles toutes les autres pour dire "non ?" s'interroge le harceleur.
     

    Weinstein Producteur de cinéma, polanski accusé de viol, haziza suspendu de lcp, ramadan accusé de viol, harcèlement, chantage sexuel

     
       
     
     
     
     
     
     
     
     
                    A la lumière des récits qui sont rendus public par toutes ces femmes harcelées, on découvre sans surprise, là encore, ceci : celles qui ont dit manifestement "oui" et qui ont ainsi échappé aux affres du harcèlement, sont celles qui, après avoir été sans aucun doute récompensées, n'ont pas eu assez de mots culpabilisants pour décourager leurs congénères qui s'évertuent à dire "non", de rendre public des comportements du sexe opposé inacceptables ; en effet, les dernières révélations de toutes ces femmes qui s'étaient confiées ont révélé ceci : ces femmes victimes de harcèlement n'ont pu que déplorer le fait que leurs congénères, occupant le plus souvent des postes à responsabilité, les encourageaient à se taire ; et quand on sait que... plus il y aura de femmes ambitieuses et carriéristes, plus le harcèlement sera un recours pour ceux qui souhaitent profiter de leur position pour obtenir des faveurs d'ordre sexuel... celles qui disent « non » ont donc du souci à se faire car elles ne pourront manifestement pas compter sur la solidarité de celles qui ont dit "oui".
     
    Quant à celles que se sont tues durant toutes ces années pour ne pas compromettre leur carrière, c'est sûr : les hommes ne sont pas près de renoncer à tenter leur chance avec celles qui s'apprêtent à entrer dans cette même carrière. Quant à celles qui refuseront soit de se taire soit "d'y passer"... elles se sentiront bien seules puisque manifestement, elles ne pourront pas compter sur le soutien de leurs.... rivales.
     
    _________
     
    Lien permanent Catégories : Art et culture, Medias, désinformation et ré-information 0 commentaire
  • Bukowski, Gazzara, Ferreri and co

     

    politique,actualité,poésie,charles bukowski,marco ferreri,ben gazzara,uleski,livres,littérature

     

     

    politique,actualité,poésie,charles bukowski,marco ferreri,ben gazzara,uleski,livres,littérature

     

     

     

     

     

     

     

     

    Style is the answer to everything.
    Fresh way to approach a dull or dangerous day.
    To do a dull thing with style is preferable to doing a dangerous thing without style.
    To do a dangerous thing with style, is what I call art.
    Bullfighting can be an art.
    Boxing can be an art.
    Loving can be an art.
    Opening a can of sardines can be an art.
    Not many have style.
    Not many can keep style.
    I have seen dogs with more style than men.
    Although not many dogs have style.
    Cats have it with abundance.

    When Hemingway put his brains to the wall with a shotgun, that was style.
    For sometimes people give you style.
    Joan of Arc had style.
    John the Baptist.
    Jesus.
    Socrates.
    Caesar.
    García Lorca.
    I have met men in jail with style.
    I have met more men in jail with style than men out of jail.
    Style is a difference, a way of doing, a way of being done.
    Six herons standing quietly in a pool of water, or you, walking
    naked out of the bathroom without seeing me.

     

    ***
         

     

     

    Extrait de Tales of Ordinary Madness de Marco Ferreri d'après le roman de Charles Bukowski (1920–1994).

    politique,actualité,poésie,charles bukowski,marco ferreri,ben gazzara,uleski,livres,littérature

     

    And the sun wields mercy but like a jet torch carried to high.

    And the jets whip across its sight
    and rockets leap like toads…

     

    Peace is no longer, for some reason, precious.
    Madness drifts like lily pads
    on a pond circling senselessly…

     

    The painters paint

    Dipping their reds and greens and yellows
    poets rhyme their loneliness
    musicians starve as always

    and novelists miss the mark…


    But not the pelican , the gull
    Pelicans dip and dive, rise,
    shaking shocked half-dead
    radioactive fish in their beaks…

     

    The sky breaks red and orange

    Flowers open as they always have opened

    but covered with thin dust of rocket fuel

    and mushrooms, poison mushrooms…

     

    And in a million rooms, lovers lie entwined and lost and sick as peace…
    Can’t we awaken?

    Must we forever, dear friends, die in our sleep?

     

     

    ____________________________

     

    Extrait du poème And the sun wields mercy de Charles Bukowsk

    Lien permanent Catégories : Art et culture 1 commentaire
  • FIAC 2017 : quand l'anecdote côtoie l'insolite anecdotique

    fiac 2017

     

                            Fiac 2017 ....ou quand l'insolite anecdotique côtoie l'anecdote ! Car pour les acteurs et autres animateurs de l'art contemporain... "avant" il n'y avait rien ; "après" pas davantage ; quant au " pendant" ..... on retrouve à nouveau cet "avant "absent" et cet "après" plus que hypothétique.

    Regardez-moi... moi ! Telle est l'injonction de ce contemporain fossoyeur de l'Art moderne qui usurpe l'Art tout court. Et c'est alors que... privé d'œuvre digne de ce nom, l'artiste se place au centre de cette immense absence - immense vide - dans l'espoir de le combler ; mais plus il se montre, plus le vide crève les yeux de notre conscience. Nous finirons donc tous aveugles et sourds car l'art contemporain est une vraie machine à dé-cultiver la culture, c'est à dire l'Histoire.


                             

     

     

    Pour prolonger, cliquez : comment en finir avec l'art contemporain

     

    Lien permanent Catégories : Art et culture 0 commentaire
  • Danièle Darrieux - Jean Rochefort : leur dernier rôle...

    Danielle darrieux

     

                            Danielle Darrieux est décédée mardi 17 octobre 2017, à l'âge de 100 ans.

     

    ***

     

                            Un jeu d'une virtuosité inégalée, un physique d'exception, (synthèse féminine d'un Jean Piat pour le physique et le jeu, et d'un Gabin pour la longévité) Danielle Darrieux était née pour jouer et pour se jouer de tous ; son regard à l’écran – regard posé sur ses partenaires - était d'une justesse d'une intelligence précieuse car rare. Il faut bien dire toutefois qu'elle aura eu la chance "d'entrer dans la carrière cinématographique" en plein âge d'or du cinéma populaire français : celui des années trente, quarante et cinquante - nos  meilleurs dialoguistes, scénaristes et réalisateurs s'y sont tous donné rendez-vous.

    Nées trente ans plus tôt, d'autres actrices auraient pu sans doute connaître la même carrière (Jeanne Moreau et Annie Girardot) mais la nouvelle vague, l'arrivée d'un Louis de Funès - personnage de cinéma cynique, espiègle, arriviste et égocentrique - et plus tard, la concurrence internationale émergente dans lesquelles le cinéma français sera englouti, n'offriront jamais plus les mêmes opportunités de rôles et de films qui font aujourd'hui partie du patrimoine mondial ; et c'est alors que la qualité et l'excellence quitteront le cinéma populaire pour se réfugier dans les salles d'art et d'essais.

                           

     ___________________

     

    jean rochefort

                                  Le comédien, Jean Rochefort,  est mort à 87 ans dans la nuit de dimanche à lundi 9 octobre 2017.
     
    ***
     
     

                            Un des derniers acteurs à la diction parfaite. Il est vrai qu'il fait partie d'une génération qui a pris le temps, et auquelle on a aussi permis de prendre le temps,  d'apprendre à marcher avant de vouloir courir ; pour ne rien dire de ceux qui ne pensent qu'à piquer un sprint.

     

    Il suffit de comparer la prestation de l'acteur (l'articulation de son texte, sa mise en bouche : clarté, aisance, naturel, appropriation, intériorisation, rythme et variations...) dans "Ridicule" de Patrice Leconte (succès commercial d'un film très moyen finalement) à celle de ses deux partenaires -  sa fille et son futur gendre dans le film : Godrèche et Berling -, 20 ou 30 ans de plus chez l'une comme chez l'autre n'y changeront rien. Hélas.

     

     

    Pour prolonger, cliquez : Cinéma, de salle en salle...

    Lien permanent Catégories : Art et culture 0 commentaire
  • Twin Peaks, Carnivàle, Lost… Pacôme Thiellement à propos des séries TV



     

     

               Twin Peaks, Carnivàle, Lost… un entretien avec Pacôme Thiellement à propos des séries TV (américaines), relevant du fantastique ou de la science fiction en particulier (1).

     

                                                                                     ***

     

                   Pop-culture, Culture-pop et Gnose, la série TV serait au cinéma ce que Warhol est à l’art pictural ?

    Décryptage, mysticisme, hermétisme, Pacôme Thiellement qui semble avoir placé la série TV au centre de son existence… en fait l'exégèse, très impliqué, très inspiré : parfois trop ? 

                       Appropriation, intégration, intériorisation, kidnapping de l’œuvre par le téléspectateur… avec la série TV l'homme démuni reprend illusoirement le contrôle car, arrive un jour où la production - forces financières et économiques sans état d'âme ni vergogne -, décide de mettre un point final à la série sans se soucier de l’avis de ceux qui l’ont fait vivre, à savoir : les téléspectateurs qui l’ont rentabilisée ; arrêt vécu par le téléspectateur-fan sur-investi, sur-impliqué (parallèle avec le football et les supporters des Clubs peut-il être fait ?) comme une dépossession - perte de l’objet de son désir (les personnages de la série, leur devenir)  ; après l’engouement et  l’addiction arrivent alors  la déception, la frustration, le manque, la colère et le deuil.

    Mais alors, comment tous ces fans  vivent-ils ce deuil qui leur est imposé ? En passant à une autre série ? Sur le mode : une série de perdue, dix de retrouvées ?

     


     

                 Si la série, c'est le cinéma de l'homme seul devant son écran d'ordinateur ou télévisuel, cinéma de l'homme dans une société défaite, une société en rupture de lien -  un cinéma sur la durée aussi, longue, très longue durée (parfois sur deux décennies), pour cette raison force est de constater que la série favorise un investissement émotionnel à haut risque ; Pacôme Thiellement nous le rappelle salutairement.

     

                Mais alors, qui fera l’exégèse des inconditionnels des séries-télé principalement américaines (au contenu parfois anti-américain ou anti-occidental soit dit en passant ) et de leur exégètes ?

     

     

    1 - Notez que l'auteur (votre serviteur) n'a visualisé en entier et n'a apprécié que deux séries : Le prisonnier et Breaking bad ; 20 minutes consacrés à un épisode de X-Files et deux épisodes des Soprano.

     

    Lien permanent Catégories : Art et culture 0 commentaire
  • Solaris ou la célébration de la vocation de l’être humain à la conscience et à l’amour

    solaris 1972, tarkovski, stanislas lem,

     

     

                  Ecrit en 1961 par l'auteur polonais Stanislas Lem, avec Solaris, présenté à tort comme un roman de science-fiction (d'autant moins oeuvre de science-fiction que dans Solaris, la science est en situation d'échec - 1) car dans ce roman il y a surtout un imaginaire de prodige qui ne cesse d’interroger l’homme sans la science, l’homme d’avant la science et une idéologie positiviste et technicisme qui a tout emporté… nouvelle foi, nouvelle loi, nouvelle religion, nouveau crédo de ces deux derniers siècles : « Dans notre situation, médiocrité et génie, c’est du pareil au même ! Conquérir l’espace ? Nous cherchons un miroir. On s’épuisera à trouver un contact qui ne sera jamais établi. C’est de l’homme dont l’homme a besoin ! »...

    Dans et avec Solaris donc, s’il est question de soleil puisque Solaris signifie « ensoleillé » -, il sera surtout question d’un océan et d’une station orbitale en désordre, occupée par des chercheurs maintenant épuisés, venus pourtant étudier cet océan dit « protoplasmique » ; sorte de gigantesque cerveau liquide capable de dérouter les esprits les plus « rationnels » : et c’est là que réside le champ de forces de Solaris.  

     

     ***

     

                  Contacts d’ordre affectif pour les uns, contacts d’un tout autre ordre pour les autres, lui se souvient de tout ; elle de rien ; lorsqu’elle ferme les yeux, elle oublie son propre visage ; lui, Kris, psychologue de renom qui vient de rejoindre l’équipe de chercheurs de la station, la reconnaît : elle est son épouse défunte, Harey :

    « Comment as-tu vécu tout ce temps ? En as-tu aimé une autre ?

    - Je pensais à toi. Surtout quand ça allait mal.

    - Comment ça s’est fini avec l’autre ?

    - Tu veux dire avec toi ?

    - L’autre...

    - On se disputait. Ce n’était plus vivable. Alors, je suis parti. Trois jours plus tard, je suis revenu : je l’ai trouvée sans vie. Mais… tu ne te souviens donc de rien ?

    - Pourquoi ai-je fait… pourquoi a-t-elle fait ça ?

    - Elle avait sans doute senti que je ne l’aimais plus. Mais à présent, je l’aime, là, maintenant, je l’aime comme jamais ! »

     

     

                 Ces visiteurs qui ne savent pas qui ils sont ni d’où ils viennent, c’est à leurs hôtes de le leur expliquer pour peu qu’ils aient le courage de les accueillir et de les accepter car ces visiteurs dérangent, irritent, indisposent au plus haut point, jusqu’au traumatisme, la folie et le suicide. Et bien heureux celui qui aura ce courage-là !

    Dans le cas contraire, que faire ? Annihiler tous ces visiteurs venus réveiller, entre deux songes, le souvenir d’une mauvaise conscience ? Les détruire eux et Solaris qui semble être le lieu d'accueil et d'hébergement de cette conscience, n'est-ce pas détruire une conscience, bonne ou mauvaise, qui fait de nous pour quelque temps encore, des êtres humains ?

    Reste alors la honte, le seul salut à notre portée ; cette honte à la fois poison et antidote que ces visiteurs ont apportée avec eux ; visiteurs qui ne dorment pas ; le plus souvent, ils ne peuvent compter que sur une torpeur enveloppante alors que leurs hôtes dorment d’un sommeil propice à tous les excès… excès d’ordre onirique.

                 Qui sont ces visiteurs alors ? Une reproduction mécanique d’êtres humains qui ne sont plus de ce monde ? De quel monde ? De la terre ? De Solaris ? Pour tenter de trouver des réponses, doit-on renouer avec une cosmogonie oubliée, aujourd’hui impénétrable ? Une cosmogonie antérieure à un questionnement scientifique qui, en ouvrant en grand notre compréhension rationnelle du monde, en a verrouillé toute autre possibilité ?

     

    solaris-1972-featured-1400x590.jpg

                   Résurrection après résurrection, déjà morts, tous ces revenants n’en finissent pourtant pas de « mourir » puis de revenir à la « vie » entre deux convulsions et autres spasmes, à chacun de leurs retours ou bien plutôt : à chacune de leurs réapparitions ; et alors que personne ne semble à même de les sauver d'une errance qui ne connaît aucun repos, c’est Harey, fière mais désespérée, une Harey déterminée qui luttera jusqu’au bout, jusqu’à l’épuisement pour tenter d'obtenir la pleine reconnaissance de son « humanité solaristique » ; et Kris d’y croire avec elle, épris d'une compassion irrésistible, face à l'hostilité de ses compagnons d'infortune dans le contexte d'une station orbitale maintenant tout à fait délabrée au sein d'un environnement chaotique, jusqu’à ce que cette "Harey" devienne alors plus vraie à ses yeux, plus chère encore que toutes les vérités scientifiques de l’univers :

    « Dis-moi : je lui ressemble beaucoup ?

    - Comment ça ? Mais tu es Harey, tu es ma femme ! Tu es elle ! C’est toi. A présent, c’est toi la vraie Harey. Je ne retournerai pas sur terre. Je ne te quitterai plus. »

     

                   Promesse vaine car on ne vit pas avec les morts. Et puis, confronté à la souffrance, en cédant à la compassion, ne court-on pas le risque de se vider de sa propre substance ?

     

     

                      Qu'à cela ne tienne ! Il faut renoncer et rentrer, maintenant serein, la conscience apaisée, semble-t-il ; du moins, on peut être tenté de le croire car il est des voyages dont on ne rentre jamais vraiment ; et plus rien ne sera comme avant car c'est un long voyage jusqu'à Solaris, et plus long encore d'en revenir, trop long et profond, trop profond à côtoyer les tumultes d'un océan insondable et indéchiffrable : existence à jamais irrésolue, comme en suspens ; futur plus qu'incertain car privé de toute dimension spirituelle. Certes, le retour peut offrir le confort et l’assurance d’un lieu familier, que l’on croit retrouver... mais ne sait-on pas que l’on ne pourra plus l'habiter ?

    A notre insu, Solaris a sans doute déjà intégré, absorbé cette nouvelle donnée.

     

    ***

     

                    Avec Solaris, Stanilas Lem nous apporte là une vision poétique et sensuelle d'un romantisme foudroyant aussi rare que précieuse de ce que pourrait bien signifier la recherche d'une intelligence au-delà de notre système solaire ; il donne un sens et une destination à cette recherche qui nous ramènera très vraisemblablement, et inévitablement, à nous-mêmes, telle un miroir.

    Tarkovski, le cinéaste russe, dans son adaptation du roman en 1972, a partagé un rêve d’amour fou sur écran géant car, avec Solaris, Stanislas Lem a aussi rêvé l’immortalité (2) ; non pas la sienne d’immortalité, mais celle des êtres aimés qui n’auraient jamais dû nous quitter, que nous n’aurions jamais dû quitter, que l’on ne devrait jamais perdre et alors que l’on ne peut pas s’y résoudre. D’ailleurs, à ce sujet, peut-on dire finalement que l’on n’aime que ce que l’on peut perdre et que l’on perdra tôt ou tard fatalement car si la vie est une fatalité pour tous ceux qui naissent, la mort n’est jamais en reste : mort des sentiments, mort de la conscience, elle sait se tailler la meilleure part : celle de la lionne rugissante.

     

     

    1 - En cela, le roman et son adaptation cinématographique se situent à l'opposé de l'ouvrage de 2001 A Space Odyssey écrit en 1968 par Arthur C. Clarke, adapté au cinéma par Stanley Kubrick en 1969 - financé en partie par la NASA. Expérience émotionnelle, et dans une certaine mesure aussi, expérience spirituelle d'un côté ; expérience esthétique et métaphysique inédite de l'autre.

    2 - Proust et l'éternité dans le souvenir de ce qui a été et demeure présent à chaque instant sur simple convocation et appel ; remembrance intime qui perpétue le passé et le fait entrer dans le présent tout en portant en lui une promesse d'avenir car cette convocation peut être renouvelée sans restriction, à l'infini.

    Lien permanent Catégories : Art et culture 0 commentaire
  • Musique nouvelle pour guitare classique : Serge ULESKI compositeur

                    
     
                       

    Tempi insaisissables, rubato irreprésentable, écrite sur et avec l’instrument, bien que structurée, cette pièce d’une durée de 45 minutes, s’est développée dans un esprit d’improvisation ; une improvisation maintes fois re-visitée sur une période de trois ans.

    Oeuvre "en suspens" puisqu’il n’existe aucune raison structurelle pour qu’elle s’arrête, à propos de la forme, on dira que sa construction musicale repose sur ce qu'on pourrait appeler "l'effet écho" : plus la musique s...e déploie plus elle semble se référer à celle qui l'a précédée.

    Cette pièce est « pensée » d’un seul tenant, ici et maintenant ; erratique, instable, voire imprévisible (vers quoi, vers où la musique s'oriente-t-elle ?), ce n’est pas simplement l’émotion que cette musique va chercher mais la beauté ; c’est-à-dire, le meilleur son au bon endroit et au bon moment.

    "Pour la guitare" est dédiée à la mémoire de Oliver Hunt, compositeur anglais (pour la guitare principalement) et enseignant très inspiré de cet instrument.

     
    Déposée à la SACEM, protégée par le droit d'auteur (work under copyright law) - la partition de cette pièce est disponible chez Serge-ULESKI-éditions,  Amazon-distributeur, à l'adresse suivante : https://www.amazon.fr/Pour-guitare-Ho...
     
    _______________
     
     
                  Tempi ungraspable, rubato unrepresentable, this 45 minutes long piece  written "with and on" the instrument must be performed as if one is improvising for that this piece written during a period of over three years has developped in such a way ; that is the reason why the music, as it unfold, seems constantly to refer to what has already been heard.
     
    If the interpretation must favour an unpredictable and unstable rendering, this very temperamental piece  is not only looking for emotion but also for beauty - that is : the right sound at the right place at the right moment -, bearing in mind that the instrument is meant to sound like an orchestra whenever the writing offers this opportunity.
     
    Sections numbered from 1 to 8 are not to be assimilated to «movements » as in a sonata ; therefore, one must not pause for 45 minutes, the duration (acknowledging exceptional for the guitar), of the work.
     
                 "For the guitar - hommage" is dedicated to the memory of Oliver Hunt, english composer for the guitar (mainly) and a very inspired teacher of that instrument.
     
     
                      A proper score under copyright law is available on demand here : https://www.amazon.fr/Pour-guitare-Ho...
     
     
    Serge ULESKI – Août 2017
    Lien permanent Catégories : A découvrir : Serge ULESKI, ouvrages et entretiens, Art et culture 0 commentaire
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu