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Cinéma de film en film

  • Igmar Bergman : une intelligence supérieure au service du 7è art

    le cinéma d'igmar bergman

               La honte (1968) : bientôt l’orage, le tonnerre et la foudre déchireront le ciel en deux ; et au même moment, un aigle suspendra son vol  comme on retient son souffle, avant le septième sceau et l‘apocalypse qu’une peste endémique annonce sans détour.

     

    ***

     

                  Indépendamment de son oeuvre cinématographique et de ses mises en scène de théâtre, difficile de ne pas prendre en compte le fait suivant : Ingmar Bergman ( 1918 -2007) réalisateur de cinéma de nationalité suédoise, est, sans aucun doute, un des hommes les plus intelligents de la seconde moitié du 20è siècle ; intelligence, entre autres, dans sa compréhension de la psychologie humaine et son psychisme ; relation entre les hommes et les femmes en particulier (1).

    Cette intelligence mérite d'être saluée car, comme chacun sait, l'intelligence des réalisateurs de cinéma est à trouver, le plus souvent, chez les auteurs dont ils adaptent les oeuvres ( à noter que 80% de la production cinématographique a pour origine une oeuvre dite littéraire - d'une qualité qui peut varier).

    Autre trait précieux car rare à propos de ce créateur prolifique : privés d'images, on reconnaît un film de Bergman à sa signature sonore : la langue suédoise et la voix de ses acteurs.

     

     

    1 - A noter au passage que les enfants sont "physiquement absents" du cinéma de Bergman ; ni champ ni hors-champ même s'il peut être fait mention de leur existence, notamment lorsque c'est un couple que Bergman met en scène comme c'est souvent le cas.  

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  • Bukowski, Gazzara, Ferreri and co

     

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    Style is the answer to everything.
    Fresh way to approach a dull or dangerous day.
    To do a dull thing with style is preferable to doing a dangerous thing without style.
    To do a dangerous thing with style, is what I call art.
    Bullfighting can be an art.
    Boxing can be an art.
    Loving can be an art.
    Opening a can of sardines can be an art.
    Not many have style.
    Not many can keep style.
    I have seen dogs with more style than men.
    Although not many dogs have style.
    Cats have it with abundance.

    When Hemingway put his brains to the wall with a shotgun, that was style.
    For sometimes people give you style.
    Joan of Arc had style.
    John the Baptist.
    Jesus.
    Socrates.
    Caesar.
    García Lorca.
    I have met men in jail with style.
    I have met more men in jail with style than men out of jail.
    Style is a difference, a way of doing, a way of being done.
    Six herons standing quietly in a pool of water, or you, walking
    naked out of the bathroom without seeing me.

     

    ***
         

     

     

    Extrait de Tales of Ordinary Madness de Marco Ferreri d'après le roman de Charles Bukowski (1920–1994).

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    And the sun wields mercy but like a jet torch carried to high.

    And the jets whip across its sight
    and rockets leap like toads…

     

    Peace is no longer, for some reason, precious
    Madness drifts like lily pads
    on a pond circling senselessly…

     

    The painters paint

    Dipping their reds and greens and yellows
    poets rhyme their loneliness
    musicians starve as always

    and novelists miss the mark…


    But not the pelican , the gull
    Pelicans dip and dive, rise
    shaking shocked half-dead
    radioactive fish in their beaks…

     

    The sky breaks red and orange

    Flowers open as they always have opened

    but covered with thin dust of rocket fuel

    and mushrooms, poison mushrooms…

     

    And in a million rooms, lovers lie entwined and lost and sick as peace…
    Can’t we awaken?

    Must we forever, dear friends, die in our sleep?

     

     

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    Extrait du poème And the sun wields mercy de Charles Bukowski

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  • Jean Eustache : saint et martyr

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    "La Maman et la putain" - 1973

     

                     Une longue prière émouvante... sans fin ou quand "la nausée est un malaise noble."

     

                   "Tu as recommencé à vivre sans que l’angoisse t’étreigne. Tu crois que tu te relèves, alors que tu t’accoutumes lentement à la médiocrité. Après les crises, il faut tout oublier, tout effacer."

     

     

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    Auteur à trois voix ; celui d'un choeur qui nous laisse... sans voix.

    Veronika, Alexandre et Marie

    Jean-Pierre Léaud, Françoise Lebrun et Bernadette Lafont

     

     

     

                  "... J’allai voir Jean Eustache qui habitait chez sa grand-mère. Quand je le rencontrai, il me fit l’effet d’être très timide et très vrai (...) avec ses longs cheveux raides tombant sur ses épaules et ses fines lunettes à monture dorée, l’air ailleurs.  (...) Jean Eustache était un grand solitaire dont le malheur fut de n’avoir pas su s’accommoder du crétinisme ambiant de son époque (critiques, producteurs, etc.) : Samuel Brussell, éditeur et écrivain.

     

     

     

    Jean Eustache, né à Pessac en 1938, se suicidera à Paris en 1981.

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    Pour rebondir et prolonger... cliquez Cinéma, de film en film

     

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  • "Livre d'image" : le retour de Jean-Luc Godard - c'était en 2016

    livre d'image  de godard

     

               La critique a été d'une telle complaisance à l'égard de Jean-Luc Godard et de son "cinéma" depuis un bon demi-siècle que notre réalisateur a fini par croire qu'il avait vraiment quelque chose à dire et qu'il le disait bien, voire... mieux que quiconque. 

    Pauvre de nous alors... nous, spectateurs.

               Si le cigare est toujours là - on n'est pas fils de banquier suisse pour rien - sachez que Godard donne dans la conjugaison au passé antérieur... et ça c'est plutôt nouveau. A quand le subjonctif imparfait ?

    Précisons aussi qu'il n'y a pas une seule image "propre" dans ce livre, - saturées qu'elles sont du côté de la couleur ! - sans doute parce "ça fait style...". Mais ça, ça l'est moins... nouveau. C'était déjà dans le cas dans "Film socialisme" de 2010. Quant au son...

    En ce qui concerne la musique, il aurait vraiment fallu  - mais il est sans doute trop tard aujourd'hui -, que quelqu'un s'occupe de l'éducation de notre réalisateur dans ce domaine. Tous ces pastiches récurrents de musique romantico-pantoufle ou bien celle d'un répertoire classique écuré dans les hypermarchés, dénotent un manque de culture musicale qui ne date pas d'hier : dans "Le mépris" (1963) - film putassier, prétentieux et bête, film-esbroufe -, 90 minutes durant sous la dictée du "compositeur" Georges Delerue, on pouvait déplorer l'absence d'un choix musical qui soit à la hauteur des ambitions affichées.

    Nouvelle vague, nouvelle vague... plus ça change plus...

               J.L Godard confirme : assurément contemporain, de son temps donc, un peu escroc  - contrairement à ce qu'il aimerait nous faire croire, Godard ne travaille pas, ni les textes  ni ce qui devrait être son art, le 7è du nom -, en cela on peut craindre que la postérité soit sans pitié à son égard, JLG  demeure sans aucun doute le réalisateur français le plus sur-évalué qui soit car avec cette nouvelle production, certes, on réalise à quel point Godard aime les images (de cinéma ou pas ) mais bien davantage encore et surtout, à quel point les autres réalisateurs ont été et sont bien plus doués que lui quand il s'agit d'en fabriquer, d'en produire et d'en diffuser... de ces images que Godard aime tant.  

               Tenez, une dernière chose, trois fois rien mais n'empêche : plus une image sur la Palestine, plus une... mais un seul mot, chuchoté, presque honteux... ou bien craintif ?  Alors que notre réalisateur avait toujours quelques images et quelques mots en faveur de ce petit peuple sans défense, humilié, volé et tué à petit feu.  

    Godard a donc été mis au pas. Dont acte. A moins qu'il ne s'y soit mis tout seul comme un grand qu'il n'est pas car il a du flair notre réalisateur.

                "Livre d'image" libre dans la contrainte et la soumission alors ? 

     

                Le "livre" se termine sur l'Arabie telle qu'elle se nommait dans les années 20 du 20è siècle ; un long charabia sans direction ; un radotage qui achève de nous assommer d'ennui.

                Aussi, si la vieillesse est un naufrage, pour d'autres elle est aussi une noyade et d'autres encore, un enterrement. Souhaitons alors à JLG de très belles obsèques. 

     

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    Pour prolonger, cliquez : Godard or not Godard

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  • Le cinéma de Joël Séria

                       

                   Jean-Pierre Marielle vient de nous quitter.

                   Peut-on dire qu'il est né avec le cinéma de Joël Séria ?

                  Grande est la tentation. 

     

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              «  Ne nous délivrez pas du mal », « Charlie et ses deux nénettes », « Les Galettes de Pont-Aven », « Les deux crocodiles »,  « Comme la lune »...

    Le cinéma de Joël Séria, cinéma des années 70 et 80, c’est tout ce que l'on ne peut plus aujourd'hui faire, dire et montrer sans passer pour un affreux jojo machiste, misogyne, franchouillard et beauf...

    Ce qu’on pourra vivement regretter.

     

                Absent des rediffusions télévisées, mais alors, ce cinéma de Joël Séria a-t-il été oublié ?

                Cinéma truculent, cinéma de la vie que l'on prend comme elle vient ... cinéma les deux pieds sur terre et la tête dans les nuages, cinéma de l'absolu, extravagant, proche d'un Bertrand Blier ou d'un Mocky mais tellement plus riche, plus "documenté", plus ambitieux aussi... Joël Séria a tout inventé, ou presque, de son cinéma.

     

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                 Né en 1936, élevé en Anjou, le cinéma de Joël Séria c’est un portrait de notre province française, et parfois... d'une France profonde, dont il ne reste plus dans son évocation et dans sa représentation que l’image qu’en donneront la troupe de théâtre Les Deschiens dans les années 90.


    Cette province, Joël Séria la parcourt avec tendresse, amour et passion car, le cinéma de Joël Séria, c’est la célébration de cette province héroïque qui n’a pas vraiment connu le Mai 68-estudiantin ; une province qui s’est « libérée toute seule » ; province des cours de fermes et des maisons villageoises qui donnent sur la rue… une province que Paris ne parviendra jamais à appréhender car jamais cette province-là ne se laissera mettre en bouteille.


                  Cinéma anti-Claude-Sautet, cinéma anti-Truffaut dont le cinéma "costume cravate" de petits bourgeois de centre-ville peine aujourd’hui à nous enthousiasmer, à l’exception peut-être de « Les quatre-cents coups » et « l’Enfance sauvage » en ce qui concerne Truffaut... l'oeuvre de Joël Séria, auteur, réalisateur, dialoguiste, ne doit rien à la littérature ou aux faits divers ; un vrai tour de force en soi.

    VRP, dépanneurs en électroménager, commerçants itinérants, bistrotiers, si la politique est absente des films de Joël Séria, pour Joël Séria en Bergman rabelaisien, les troubles de la société ne sont qu’une grande et vaste scène de ménage ; scène de la vie conjugale ; on se rabiboche, on pardonne ; on se sépare ; on revient  : le plus heureux n’est pas toujours le plus avisé mais bien plutôt celui ou celle qui accepte de ne pas tout savoir, de ne pas tout comprendre, de ne pas tout dominer, comme pour mieux se laisser porter et guider, quitte à se faire "rouler dans la farine" car, on a confiance a priori ; même si a posteriori, on se voit dans l'obligation de réviser son jugement tout en continuant néanmoins d’espérer car la déception et la trahison font partie de ce voyage qu’est la vie, de vie à trépas ; et si on ne meurt jamais dans le cinéma de Joël Séria, jamais vraiment, c’est sans doute l’amour du réalisateur pour ses personnages et ses acteurs qui leur garantit cette immortalité.

     

                  Certes, chez  Joël Séria, entre les hommes et les femmes, la bataille est rude ; ils ne se font pas de cadeaux même si jamais la rupture n’est consommée : c’est la comédie de la vie, comédie à l’italienne aussi ; et si les cons sont flamboyants, grandes gueules, sûrs d’eux-mêmes, ils restent modestes finalement…car ils ne prétendent qu’à un peu d’attention ; loin d’eux l’idée de dominer le monde  car enfin, nul n'ignore que l'on ne doit et qu'on ne peut compter que sur soi et sur ses proches, tout proches car seule la proximité vous sauve.

    Belle leçon pour notre époque.

    Mais cons, le sont-ils vraiment  tous ces personnages attachants, le plus souvent masculins ? Ne sont-ils pas plus simplement occupés à continuer de prendre leurs rêves pour la réalité car il faut le savoir : les personnages de Joël Séria, hommes et femmes, rêvent encore, rêvent toujours ; c’est comme une seconde nature chez eux.

                  Il est dit que, jeune adulte, Joël Séria était monté à Paris pour devenir poète ; sans doute ne savait-il pas qu’il l’était déjà et qu’il n’avait donc pas à le devenir car on ne devient pas poète, on l’est et on le demeure jusqu’à sa dernière illusion, illusionniste de son état.

    Qu’à cela ne tienne : Joël Séria n’aura rien perdu puisque…  film après film, notre réalisateur aura fait de son acteur fétiche, Jean-Pierre Marielle (ainsi que Bernard Fresson venu en soutien), son alter égo, un poète généreux et habité ; et de Jeanne Goupil : sa compagne pour la vie.

     

    ***

     

                Cinéma pas si populaire que ça finalement que l’œuvre de ce réalisateur ! puisqu’il faut bien le reconnaître : le cinéma de Joël Séria semble destiné en priorité à ceux qui souffrent d’une indigestion de cinéma guindé de cadres moyens et supérieurs : celui des années 70.

    Avec des personnages hauts en couleurs, Joël Séria souhaitait échapper au réel, s’évader ; ironie du sort, socialement et géographiquement bien ancrés, tous ses films nous y plongent et nous y re-plongent sans fin dans ce réel comme tout bon surréaliste qui se respecte.

    La bouffe, le cul et l’argent vite dépensé parce que c’est fait pour ça l’argent ! Si au lit, la vie de couple est fatalement un échec après un temps - et c'est dans l'ordre des choses, aussi pourquoi s'en désoler ! -, cet échec offre néanmoins pour l'homme comme pour la femme, tous deux parfois égaux, plus souvent complémentaires, de nouvelles voies insoupçonnées et des passages secrets libérateurs.

    Tendresse, amour et sexe... d’une énergie rare puisée au fin fond d’une libido, d’une pulsion de vie qui emporte tout sur son passage, le cinéma de Joël Séria ne connaît pas l’instinct de mort avec sa pulsion destructrice d’un pessimisme noir et complaisant.

    L’accordéon est toujours de la fête, le tango ainsi que la musique brésilienne et cubaine. Joël Séria qui connaît bien la sociologie de ses personnages, n’hésite pas à donner dans le mauvais goût ; les intérieurs sont saturés de tout, de rien, de tout ce dont on a pu faire l’acquisition dans les années 60 et 70, « Les trente glorieuses » oblige ! Reste que les tenues vestimentaires de ses « nénettes » sont colorées et aguichantes ; Jean- Pierre Marielle, lui, est vêtu comme un prince du haut de ses 1m95.

     

                   Le cynisme est absent chez Joël Séria ; seules l’ironie et la dérision ont voix au chapitre, et celui qui a le dessus n’est pas le plus malin mais celui qui a raison ; et le plus talentueux aussi. Moraliste Séria ? C’est sans doute là son côté « Billy Wilder » !

    Dialogues puissants, au ras des sentiments, du réel et des étoiles, la langue de notre cinéaste est d’une invention de chaque instant, à chaque mot, à chaque phrase, après chaque virgule… une écriture digne des meilleurs dialogues du cinéma français des années 30 avec Prévert et d’autres, plus tard avec Jeanson ;  cette langue qui est la sienne a très tôt compris la nécessité de sauver cette tradition avant qu’elle ne sombre totalement.

     

                  Dix ans d’éducation religieuse, d’école en école - messe le matin, confession tous les 15 jours -, ont bien failli avoir raison de notre cinéaste qui n’était pas encore Joël Séria mais Joël Lichtlé – nom d’origine alsacienne.

    Après dix ans de cet étouffement carcéral, le cinéma offrira à notre réalisateur la possibilité de respirer la vie à plein poumons ; il ne s’en privera pas, et ce… dès son premier long métrage, tout entier du côté du vécu.

                  Joël Séria ne connaît ni la caricature ni le pastiche, et moins encore la parodie ; il a beaucoup trop d’imagination pour ça ! Et puis… ne sait-il pas de quoi il parle lorsqu’il nous en parle ?

    Un temps imité mais jamais égalé car le succès attire les plagiaires et ceux pour lesquels le cinéma est une affaire de recette de cuisine, chez Séria, les femmes ont tous les âges : généreuses et naïves, les plus jeunes n’ont de cesse de vouloir croquer la vie, tandis que les moins jeunes s’accrochent et les hommes aussi.

    Quant aux féministes d'aujourd'hui, en particulier celles qui n'ont rien compris aux femmes qui ne le sont pas "féministes" (si l'on met de côté la question de l'égalité des salaires homme-femme dans laquelle toutes les femmes peuvent se reconnaître, et pour peu qu'il s'agisse là d'un combat que l'on peut qualifier de "féministe" !), sans doute s'arracheront-elles les cheveux car le cinéma de Joël Séria c’est l’homme et la femme non pas réconciliés puisque chez notre réalisateur, il n'y a jamais eu divorce, mais bien plutôt l'homme et la femme qui se regardent dans les yeux, se parlent au plus près de l’oreille, s'effleurent et puis finalement et fatalement, se mélangent et s'unissent dans un élan irrésistible, d’une nécessité absolue ; sel de la vie là où nichent les expériences émotionnelles et esthétiques les plus fortes ; et si la jalousie et le ressentiment peuvent quelquefois prévaloir, jamais la haine ni l’envie prennent le dessus car les personnages de Joël Séria ne sont pas résignés mais bien plutôt sages… sages d’une sagesse d’autant plus sage qu’elle a épuisé tous les excès possibles et toutes les expériences.

     

    ***

     

              Trente ans plus tard, ne comptez plus sur un nouveau Joël Séria car il faudrait pour ça que le cinéma français d’aujourd’hui ait quelque chose à nous dire, à nous montrer, autre que le nombril de ses réalisateurs (archétype de ce cinéma pour rien ou pour si peu, celui de la famille Garrel) et celui de leurs petites amies actrices - un cul chassant l’autre -, eux qui n’ont rien vécu, ou bien si peu, et qui n’ont rien cherché, rien vu et rien trouvé. La littérature et les faits divers n’y changeront rien car, in fine, le cinéma doit pouvoir reposer sur son propre imaginaire loin de ces deux béquilles ; ce que le cinéma de Joël Séria a largement prouvé, film après film ; l’admiration que voue Joël Séria à Fellini n’y est sans doute pas pour rien non plus.

     

                    Dans une interview en 2011, Joël Séria regrette de ne pas avoir pu tourner plus de films (une dizaine au total), à l’heure où, en France, chaque année, des centaines de millions d’euros sont dépensés dans des productions médiocres, voire affligeantes.

    Et là, il faudra bien le dire : ce qui condamne aussi notre époque, c’est le fait que ce cinéma de Joël Séria ne soit même plus envisageable pas seulement parce qu'il ne correspondrait plus à une réalité sociale mais bien plutôt parce que la bien-pensance l’interdirait : personne ne misera donc un Kopeck dessus.

    En revanche, les comédies fleurissent comme autant de mensonges qui se prennent pour la vérité (La famille Bélier, Les intouchables, Les Ch'tis, Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu) ; dans les faits, un cinéma non pas populaire (il suffit de penser au cinéma de Christian Jaque en comparaison) mais un cinéma du pauvre, très pauvre, sans saveur ni vérité aucune. Ersatz d’une réalité insaisissable, tellement le talent lui fait défaut, avec l'ultime recours à la caricature et à la parodie, tout y est faussement vrai dans ce cinéma-là à un niveau sans doute jamais égalé dans la longue histoire du Mensonge qui se prend pour la vérité.

                     Aussi, pour cette raison, ne cessons jamais de défendre l’œuvre de Joël Séria contre tous les pourfendeurs de la vie car cette oeuvre-là en déborde, incontrôlable et imprévisible.

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    Pour prolonger, cliquez : Joël Séria en entretien

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  • Louis de Funès : la réhabilitation

              Une rétrospective Louis de Funès à la cinémathèque en 2020 fait grincer quelques dents

     

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                    Acteur tantôt ignoré, tantôt décrié par la critique des années 60 et 70, souvent conspué par les cinéphiles de ces mêmes années autant pour ses films que pour ses rôles, mal aimé par tous ceux qui ont tourné avec lui - techniciens et réalisateurs inclus -, mais populaire chez tous les autres...

    A l'heure où Fernandel et Bourvil sont plongés dans l'oubli (leurs scénaristes, dialoguistes et réalisateurs avec eux), de Funès rayonne et trône. Télérama, le quotidien Le Monde... toute la presse rend hommage à cet acteur-onomatopée et mauvais mime ; un ouvrage lui tresse des lauriers ; la jeunesse ne tarit pas d’éloges à son sujet : oui, les jeunes aiment de Funès ! On évoque des « de Funès-party » jusque tard dans la nuit.

                     Autre temps, autres mœurs : on a perdu Fernandel, Michel Simon, on nous imposera de Funès... de Funès auprès de Bourvil, avant de perdre ce dernier aussi. On a perdu l'homme de la rue, droit, réservé, honnête, plutôt généreux, un peu naïf par la force des choses… et pour toute consolation, on nous a servi un personnage sans qualité, cupide, inculte, arriviste, violent et accapareur, sans un seul regard critique de ceux qui le mettaient en scène, des scénaristes, des dialoguistes... dans des films sans point de vue, le plus souvent.

    En effet, on remarquera l'absence totale d'humour et d'auto-dérision, voire de distance, dans les personnages qu'incarne de Funès ; rien non plus dans son jeu d'acteur. Au cirque, chez les clowns, et pour peu qu'il ait pu y trouver une place - et rien n'est moins sûr -, de Funès ne serait non pas l'Auguste (personnage au nez rouge, loufoque, grotesque et attachant), mais le contre-pitre (celui qui ne comprend rien à rien), et pas n'importe lequel : un contre-pitre qui se prendrait alors - sans toutefois soupçonner un instant en lui cette supercherie -, pour le clown blanc (personnage digne, élégant, malicieux), et fatalement... pour cette grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf, et ce bien qu'il ne possède aucune des qualités de l'une ni de l'autre.

     

                      Fort d'un soutien populaire qui ne s'est jamais relâché, ce personnage égocentrique dont chacun de ses rôles est dépourvu de qualités humaines, fait donc aujourd'hui l'unanimité dans la presse cinéphile comme dans l'édition et même chez France Culture.

    Ce qui frappe, c’est l’absence de regard critique chez tous les agents de ce qu’il faut bien appeler « la réhabilitation de Louis de Funès » ; tous n’ont pas de mots assez forts pour exprimer leur admiration pour cet acteur "génial" et de célébrer, un petit homme au visage ingrat, un personnage-archétypal sur-excité, mesquin, méprisant, avare, obtus, borné, envieux, impitoyable avec les faibles et docile avec les puissants.

            

                       Sans doute dupes de ce qui nous est donné à rire - même si, après tout, rien ne nous empêche de nous demander au détriment de qui et de quoi on rit -, célébrer aujourd’hui le cinéma d’un de Funès sans y jeter un regard critique, n’est-ce pas célébrer la loi du plus lâche face aux puissants ainsi que la loi du plus méchant face aux plus faibles ?  Car, à  y réfléchir de plus près : tout ce qui est mal n'est-il pas bon, et ne fait-il pas du bien ? Aussi, rire avec Louis de Funès, à défaut de rire de lui, n’est-ce pas rire de tout ce qu’on n’ose pas soi-même assumer car, tout ce qu’on a rêvé, de Funès ne l’a t-il pas fait ?

    Rire exutoire que ce rire-là ; rire du faible à propos d’un plus faible que lui. Belle revanche des vaincus ou des humiliés qui s’ignorent, heureux de l’être ! Et aujourd’hui encore, ce rire n'en finit pas de résonner, génération après génération… tocsin de l'âme... âme funès-te pour une société humaine en décomposition.

    Malheur aux vaincus !

     

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    Pour prolonger, cliquez : Cinéma... de salle en salle

     

     

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  • « Trois places pour le 26 » de Jacques Demy : le film de trop ?

     

                       

     

                   « Trois places pour le 26 » était un projet vieux de dix ans  lorsque le film sort en novembre 1988 ; aussi, à propos de ce film de Jacques Demy, son dernier, qui aurait donc dû sortir dans les années 70, il semblerait qu’il soit arrivé trop tard pour tout le monde : Yves Montand en premier ; puis Michel Legrand qui a perdu en route, ou à qui l’on a fait prendre, son génie mélodique reconnu internationalement ; un Michel Legrand qui trouve difficilement sa place dans ce brouhaha musicale des années 80 avec ses percussions (batterie et autres) électroniques d’une pauvreté "de timbre" certaine et "de touché" aussi et dont le mixage déplorable n’arrange rien,  même si, en revanche, ce film arrive pile-poêle  pour Mathilda May à propos de laquelle on se gardera bien de trouver quoi que ce soit à lui reprocher. Quant à la chorégraphie, difficile de porter un jugement ; beaucoup de jambes en l’air et de bras aussi mais peu de décollage et d’envolées.  Faut dire qu’il a toujours été difficile de porter un jugement sur toutes les chorégraphies dans les films de Jacques Demy (excepté lorsque cGene Kelly qui prend en main sa propre chorégraphie dans "les demoiselles de Rochefort") : chorégraphies du samedi-soir pour des productions à la « Maritie et Gilbert Carpentier » des années 70 ?

                 Cela précisé… avoir consacré à la carrière de « Yves Montand chanteur interprète » un long métrage, était-ce bien raisonnable ? Un Montand qui peine à exister sur l’écran, à la voix inaudible… un Yves Montand, tout bien considéré, qui n’aura été durant une partie de sa carrière au music-hall qu’une pâle copie de tout ce que Hollywood, la comédie musicale, le vaudeville, Broadway ont été capable de produire à partir des années 30 jusqu’à la fin des années 50 ; un Yves Montand "Fred Aster de comité d’entreprise ", animateur pour retraités désoeuvrés à qui il aurait manqué deux jambes.

    Bien qu’il demeure en tant qu’acteur un des meilleurs de sa génération, et ce quel que soit le choix de ses rôles, le tour de force de « 3 places pour le 26 » c’est sans doute d’avoir mis en scène un Yves Montand qui peinera à exister, à occuper l’écran, à y imposer sa présence à défaut de le « crever » cet écran, Mathilda May éclipsant souvent l’acteur, lui volant la vedette ; un acteur condamné alors à n’être que l’ombre de lui-même.

    Est-ce à cause d’une mise en scène défaillante ? Le projet était-il disproportionné par rapport au personnage d’Yves Montand dont la carrière et l'oeuvre en tant que chanteur ne méritaient pas tant de tapage ? Etait-ce l’âge ? La fatigue ? Une sorte de lassitude ?

    Sorti en 1988, Montand décédera en 1991 ; Jacques Demy, un an plus tôt. Aussi, « 3 places pour le 26 » aura-t-il été une sorte d’enterrement, et pour le malheur de Yves Montand, un enterrement de seconde classe ?

    Un Montand un temps proche du parti communiste, qui débutera dans la carrière comme cowboy " ...dans les plaines du far-ouest" dans les années 40 auprès d’un bivouac pour finir chez les Reagan (Nancy et Ronald) à la Maison Blanche, à leur invitation, armé d’ un gros flingue « modèle Colt Python 357 » sorti tout droit de « Police Python 1976 - A. Corneau » au cours duquel il abattra sans sourciller ( le public et la critique non plus)  d’une balle dans le dos un braqueur en fuite, inoffensif, tellement la police est bonne quand c’est Montand qui l’incarne tout en croyant lui rendre hommage, adressant à cette police de l 'antigang un coup de chapeau… coup de chapeau plutôt sinistre pour l’occasion.

    Comment peut-on alors se fourvoyer à ce point ?

    Une réponse s’impose : fils d’immigré italien, employé dans les chantiers navals de la Ciotat, Montand est l’archétype de l’ouvrier sorti du rang qui commence Cowboy et finit flic pour le compte de la bourgeoisie qui a pourtant maltraité ses parents et ceux des autres, des générations durant et qui continue de les maltraiter et de les exploiter. C’est donc un cliché affligeant et désespérant que cet ouvrier qui croit devoir sa réussite aux classes supérieures jusqu’à les servir et parfois même, jusqu’à singer leurs mœurs.

    Pensez seulement au couple Signoret-Montand qui se voyait déjà à l’Elysée. La bêtise n’a pas de limite quand elle prend le dessus. Et si la vieillesse est un naufrage, elle peut aussi être une noyade et un enterrement.

    Que l'on se rassure : Signoret et Montant auront de très belles obsèques car les beaux quartiers savent rendre hommage à ceux qui les ont servis, amplement servis, surtout après avoir longtemps tenu responsables ses occupants, la bourgeoisie, de tous les malheurs du monde  - à juste titre pourtant !

     

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                Ne nous y trompons pas néanmoins :  « Nouvelle vague » ou pas, malgré l’échec artistique et cinématographique de « 3 places pour le 26 », Jacques Demy demeure sans aucun doute le seul réalisateur-cinéaste-artiste français, qui ait été à la tête de projets cinématographiques réellement novateurs, et ce dès les années 60 : « Les parapluies de Cherbourg », pour commencer, d'une audace sans précédent au côté d'un Michel Legrand et de son traitement, là encore novateur, de l'association mélodie, voix et texte (1) ; tous deux prenant alors tous les risques ; risques  financier et artistique que peu de réalisateurs et de producteurs ont osés avant et après eux.

     

     

    1 - Legrand et Demy connaissaient-ils "Le Sprechgesang" ?

    "....Un style de récitation à mi-chemin entre la déclamation parlée et le chant, créé par Engelbert Humperdinck connu pour avoir été utilisé pleinement par Schönberg dans le Pierrot lunaire (1912) considéré comme la première œuvre "100% sprechgesang".  - Wikipédia

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  • Retour sur le cinéma de Claude Sautet

     

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    Aujourd'hui, sommes-nous seulement encore à même de comprendre à quel point les films de Sautet nous rappellent que les années 70 ont reposé sur très peu de choses, trois fois rien qui aura néanmoins permis d'occuper, de combler, de remplir (de colmater ?) une vie, toute une vie d’hommes et de femmes : une bande de copains, un repas au restaurant, des maîtresses, quelques amants, des amours sages de cadres moyens et supérieurs aux carrières professionnelles ascendantes, aux métiers prestigieux ou plus simplement... métiers bien rémunérés qui permettent de changer de voiture tous les ans... 

    Films à l'image de leur époque ; la réussite de chacun se mesurera à l'aune de la réussite matérielle seule : pouvoir d'achat et pouvoir tout court.

    Aussi, est-ce réellement surprenant aujourd'hui le fait que tout soit remis en question et démantelé sans rencontrer une défiance farouche et déterminée : contrat de travail, rémunérations, protection sociale... santé et retraite, rapports sociaux (homme/femme inclus) et rapports de force ?

    Certes, on savait que les capacités d’adaptation des hommes sont nettement supérieures à leurs capacités de révolte ! Aussi, sur la durée, c’est bien dans l’indifférence quasi générale - à l'exception d'une infime minorité mobilisée, que le démantèlement de ces années-là s’impose à tous ; derrière cette indifférence, la résignation ; et derrière cette résignation n’y trouve-t-on pas le sentiment que tout ce qui a été acquis dans les années 60 et 70 jusqu’aux années 80, l’a été non seulement à crédit mais bien plus important encore… sur le dos de la vie, la vraie, dans un climat d’amnésie générale quant au passé, là d’où l’on vient, toute une génération étant portée par un confort à la fois matériel et moral sans précédent ?

                Et c'est alors qu'une culpabilité à caractère à peine refoulée, une culpabilité comme errant là, au bord, tout au bord de notre conscience d'être au monde - mais pour y faire quoi déjà ? -, une culpabilité qui peut emprunter des itinéraires surprenants, vous laisse sans réaction et sans voix au moment où il est question de tout reprendre de ce confort d'un matérialisme naïf et sans responsabilité : bien mal acquis - dans le sens de "bêtement" -, ne profite donc qu'un temps ?

             Chez Sautet, les épouses sont  le plus souvent comme... suspendues aux désirs de leur mari ou de leur amant, dans l'attente... à attendre...  très dépendantes sur un plan émotionnel ; les maîtresses, elles, sont souvent inconstantes.

    Alors que les hommes ne savent que faire des enfants dont ils sont pourtant les pères - il est vrai que les mères veillent - on ne manquera pas de remarquer la place qu'occupent ces enfants chez Sautet ; ces derniers étant cantonnés aux rôles de figurants, comme des biens meubles qui viennent compléter un cadre réservé en priorité aux adultes et à leurs histoires : métiers, carrières, coucheries, argent et loisirs.

    Autre symptôme d’une amnésie et d'un oubli dommageables : l’absence d’une France pourtant tout aussi présente qu’aujourd’hui : la France des Français issus de l’immigration - pas sûr que ce ne  soit qu'un détail ;  invisibles ils sont dans leurs conditions de vie reléguée.

     

             La bourgeoisie qui a longtemps voté PS et qui n’a pas fait d'enfants et n'en fait toujours pas - Télérama et les animateurs-journalistes de télés de cette époque - voue un véritable culte aux films de Claude Sautet. Faut dire que les films de ce réalisateur s'apparentent à des contes pour adultes car la trame du cours de l'histoire des années 70 relève du conte de Noël… et d'une négation : la négation d'une réalité qui engage l’avenir face et contre une autre réalité reflet d'un état en mouvement mais figé, un état propre à toutes les périodes agitées mais « stériles » (Jacques Tati a eu des choses à dire à ce sujet) qui ont la folle prétention d’arrêter le cours de l’Histoire qui, elle, finit toujours par trouver le temps long ; il faut alors qu'elle bouge : « Tout leur est donné, vous dites ?! Et si on leur reprenait tout ? »

             Les années 2000, et nous n'en sommes qu'au début, verront la décomposition des années 70 ; et c’est alors que les films de Sautet n’en prendront que plus d’importance : un véritable bain de jouvence hyper-matérialiste accompagné d’un confort moral de carton-pâte mais encore résistant et étanche, les films de Sautet !  

    Et c’est sans doute la raison pour laquelle ces films prennent toute leur saveur trente ans après, non pas comme peut le faire un bon vin, mais bien plutôt comme peut opérer le charme discret et pernicieux mais irrésistible de la nostalgie ; une nostalgie... dernier refuge contre le devoir d’affronter une nouvelle réalité qui semble vouloir, d’une main, rependre tout ce qu’elle a plus souvent accordé que cédé, de l’autre : "Avant, on n’avait pas à penser à l’avenir et moins encore à ce qui était important, à savoir : que deviendrions-nous si nous perdions tout ?"

    Perdre tout ? Un confort matériel, et seulement matériel, qui nous permet seul de tenir debout ?

     

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             Hyper-matérialisme, cinéma sans dépassement, cinéma refermé sur lui-même et sur la sociologie de ses personnages...

                     et Dieu dans tout cela (1) ?

     

             Il semblerait que d’autres, en revanche, aient déjà anticipé cette question ; faut dire qu’ils ont eu tout le temps d’y penser, laissés sur le bord de la route comme ils l'ont été durant toutes ces années "à la Claude Sautet" au rythme du tic-tac d’une bombe à retardement, nous tous aujourd'hui sonnés et maintenant K.O.

     

     

    1 - Dieu ou la métaphysique... Dieu ou la transcendance ; quelque chose au-dessus de nous disons ; quelque chose qui serait plus grand que nous... qui nous dépasserait d’une tête, voire deux, et vers lequel lever les yeux.

                                 à ce sujet, merci de vous reporter au texte : Sonate d'automne

     

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  • "Le locataire" de Roman Polanski et la France des années 70...

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                 "Le Locataire chimérique" est un roman de Roland Topor, publié en 1964. 

                 "Le locataire" dans son adaptation cinématographique met en scène un jeune homme trentenaire, d'origine étrangère, qui emménage dans un petit deux-pièces parisien dont la locataire (Simone Choule) qui l'a précédé s'est suicidée ; il suscitera d'emblée l'hostilité du propriétaire et de ses voisins

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                  Univers sournois, hostile, étouffant, à la fois sordide et morbide... délire de persécution, délire paranoïaque... c'est sûr, avec ce long métrage du réalisateur Roman Polanski, l'oeuvre de Kafka n'est pas loin.

    Laideur des lieux, laideur des visages (un casting sur mesure nous est présenté), laideur des comportements... seul le personnage confié à Isabelle Adjani - Stella - trouvera grâce aux yeux du réalisateur  ; un personnage attentionné, modeste et sans prétention aucune. 

                   Logé dans un immeuble de pétitionnaires et de délateurs (on pétitionne contre les plus faibles : une mère et sa fille paralysée âgée de 12 ans)...  dan sun appartement occupé par une Simone Choule qui l'on dit " ...ne pas aimer les hommes" (une Simone Choule très certainement lesbienne donc - et ça peut avoir son importance dans le contexte de cet immeuble hostile et les années 70), Le locataire  - le rôle titre est tenu par le réalisateur lui-même ;  ce qui n'est certainement pas anodin -, petit bonhomme au corps chétif, à la voix fluette et à l'accent étranger (le seul accent étranger du film même si le casting fait appel en partie à des acteurs anglophones dont les voix sont doublées), naturalisé français - il y tient ! -, ce locataire nommé Trelkovsky n'a de cesse de compenser en se montrant en toute occasion accommodant et serviable auprès d'un entourage composé principalement de ce qu'il faut bien nommer des "porcs" ( le personnage de Bernard Fresson et sa bande - collègues de bureau du Locataire)  et des "salauds" (les locataires et le propriétaire de l'immeuble).

    Laideur, encore la laideur ! 

    Force est de constater qu'il ne peut s'agir d'une simple coïncidence un tel parti pris à la fois sociologique,  esthétique et psychologique ! Ce choix délibéré a bel et bien sa raison d'être. Aussi, grande est la tentation de voir dans "Le locataire" l'expérience personnelle de Roman Polanski  à son arrivée ( et retour) dans l'hexagone ainsi qu' un portrait sans concession de la société française dressé par un "étranger" qui n'a pas oublié, dans les années 60 et 70 ( et l'auteur Roland Topor dans d'autres circonstances), cette expérience décevante et humiliante avec la France bien qu'il y soit pourtant né dans les années 20 avant de rejoindre la Pologne à l'âge de trois ans.

                  Portrait de la société française  "Le locataire" ? La France des années 70 et cet étranger qui n'a qu'à bien se tenir ?  Avec "Le locataire"... manifestement Polanski a gardé en mémoire  les années de "vaches maigres", l'ostracisme et le dédain de notre industrie du cinéma à son égard ; personne n'étant désireux de lui faire une place.

    Rappelons ceci : n'arrivant à rien, Polanski quittera la France pour Londres.

     

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                    Certes, de "Polanski, le sur-doué", nos réalisateurs - en particulier ceux de "La nouvelle vague" aux grosses lacunes techniques et scénaristiques  -, avaient tout à craindre car leur cinéma à eux tous restera longtemps très très en deçà de tout ce que Polanski aura déjà produit ; formé en Pologne dans la célèbre Ecole de cinéma de Lotz à la sortie en salle du "Locataire" en 1976, Roman Polanski a plus de quinze années de cinéma derrière lui ; cinéma primé aux USA, à Berlin, à Venise et à Londres ;  lui si jeune encore : il a à peine 40 ans.

     

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                   Poli, faible, soumis, mal installé dans le monde, humilié et manipulé, dans cette parabole allégorique, la révolte du Locataire sera sa soumission à cette injonction qu'il a cru devoir faire sienne :  "Soyez Simone Choule" - comprenez : "Revivez le suicide de la locataire qui vous a précédé !" 

    Une révolte dans la soumission donc comme tant d'autres avant lui, qui ont choisi de dire "Non !" en hurlant "Oui !", se conformant, la rage au coeur, à la volonté d'un entourage sans vergogne jusqu'à surpasser ses attentes. La seule révolte que les êtes sans défense puissent s'offrir.

                    Conte macabre -  au cours d'une scène brève, dans le cadrage, et encore une fois, avec le choix de l'acteur dans le rôle d'un commissaire de police, c'est Vichy qui est là, présent, encore, comme à l'affût -, nous sommes en 1976, sous la présidence de Giscard d'Estaing,  et pourtant la période de la collaboration n'est pas loin ; on la sent tout près. C'est Polanski qui nous met la tête sous l'eau à propos d'un épisode de notre histoire pas encore contée ni élucidée dans ces années-là.

    Satire de la bêtise humaine et de sa cruauté, exploration de la folie et de son cheminement - trouble de la personnalité en particulier : thème récurrent chez le réalisateur -, la dernière réplique du locataire Trelkovsky  "Vous êtes tous des assassins !" n'est sûrement pas à mettre sur le compte de cette folie seule. Cette accusation sonne comme un verdict ; un verdict dans l 'excès, une sentence disproportionnée qui s'appuie sur l'émotion plus que sur la raison... - raison des faits historiques en particulier -, cependant,  il y a dans ce dernier cri comme une vérité après plus de deux heures passées au côté de ce Trelkovski sans histoire mais dont l'Histoire de toute sa vie,  brève et immense puisqu'il n'en aura pas d'autre, aura pour sortie, très théâtrale au demeurant, un saut dans le vide d'une existence devenue non-négociable et par voie de conséquence : inassimilable. 

                     Il faut bien dire, à la décharge de tous, que l'être  humain est sans rival lorsqu'il s'agit d'enfermer et de s'enfermer à double tour. Le personnage  de Polanski ne se sera, semble-t-il, accordé aucune chance d'éviter cette tentation qui lui ressemblait trop sans doute.

     

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     Post-scriptum de janvier 2017

     

    A l'aune des accusations de viol portées contre le réalisateur - accusations le plus souvent avérées -, que l'on rappelle ici que tous les films de Polanski, les meilleurs de ses films, ne parlent que de ça : trouble de la personnalité, ligne rouge franchie sous l’emprise de pulsions irrépressibles ; pensez à Chinatown et la confession du personnage joué par John Huston  qui, soit dit en passant, vole la vedette à tous les acteurs masculins de la distribution ; confession comme suit : « Peu d’hommes savent qu’au cours d’une vie, dans certaines circonstances, n’importe qui peut commettre le pire » - référence à l’inceste et au viol en ce qui concerne Chinatown. Voyez  "Répulsion", "Tess" (encore le viol) ; La Jeune Fille et la Mort (confession d'un  tortionnaire-violeur sous le régime de Pinochet : « J’ai aimé le faire à ces femmes aux yeux bandés et terrorisées »......

    Hors de la fiction, dans la vie, la vraie, témoignage après témoignage, il semblerait bien que l’on s'oriente définitivement vers cette évidence : avec Polanski, il est manifestement question d'un pervers sexuel et violeur multirécidivistes d’adolescentes et de femmes très jeunes. 

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  • Charles Boyer : l'acteur aux cent films et aux trois Oscars !

     

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              De 1920 à 1976, Charles Boyer a tourné avec les plus grands, en France comme aux USA - Lubitsch, Preminger, Cukor,...

    Bien qu'élève du conservatoire, chez lui, tout était inné ; dans son jeu, il ne montrait rien, il se contentait d'être ; une diction parfaite, un style unique, inimitable, un physique qui n'avait rien à envier à qui que ce soit... il parlait autant avec sa voix qu'avec son regard... un regard mélancolique et compassionnelle.

     

                                         

                    Né à Figeac (Lot), décédé à Phoenix (Arizona-USA), aujourd'hui oublié, Charles Boyer est sans doute notre plus grand acteur des années 30 aux années 50, et le seul Français élevé au rang de star avec une quarantaine de films de metteurs en scène étasuniens tous plus prestigieux les uns que les autres.

     

                    Une pensée pour lui et pour les fées qui ont longtemps veillé à son chevet car rares sont les acteurs que la nature a autant gâtés !

     

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