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Cinéma de film en film

  • Louis de Funès : la réhabilitation

             

                    Acteur tantôt ignoré, tantôt décrié par la critique des années 60 et 70, souvent conspué par les cinéphiles de ces mêmes années autant pour ses films que pour ses rôles, mal aimé par tous ceux qui ont tourné avec lui - techniciens et réalisateurs inclus -, mais populaire chez tous les autres...

    A l'heure où Fernandel et Bourvil sont plongés dans l'oubli (leurs scénaristes, dialoguistes et réalisateurs avec eux), de Funès rayonne et trône. Télérama, le quotidien Le Monde... toute la presse rend hommage à cet acteur-onomatopée et mauvais mime ; un ouvrage lui tresse des lauriers ; la jeunesse ne tarit pas d’éloges à son sujet : oui, les jeunes aiment de Funès ! On évoque des « de Funès-party » jusque tard dans la nuit.

     

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                     Autre temps, autres mœurs : on a perdu Fernandel, Michel Simon, on nous imposera de Funès... de Funès auprès de Bourvil, avant de perdre ce dernier aussi. On a perdu l'homme de la rue, droit, réservé, honnête, plutôt généreux, un peu naïf par la force des choses… et pour toute consolation, on nous a servi un personnage sans qualité, cupide, inculte, arriviste, violent et accapareur, sans un seul regard critique de ceux qui le mettaient en scène, des scénaristes, des dialoguistes... dans des films sans point de vue, le plus souvent.

    En effet, on remarquera l'absence totale d'humour et d'auto-dérision, voire de distance, dans les personnages qu'incarne de Funès ; rien non plus dans son jeu d'acteur. Au cirque, chez les clowns, et pour peu qu'il ait pu y trouver une place - et rien n'est moins sûr -, de Funès ne serait non pas l'Auguste (personnage au nez rouge, loufoque, grotesque et attachant), mais le contre-pitre (celui qui ne comprend rien à rien), et pas n'importe lequel : un contre-pitre qui se prendrait alors - sans toutefois soupçonner un instant en lui cette supercherie -, pour le clown blanc (personnage digne, élégant, malicieux), et fatalement... pour cette grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf, et ce bien qu'il ne possède aucune des qualités de l'une ni de l'autre.

     

                      Fort d'un soutien populaire qui ne s'est jamais relâché, ce personnage égocentrique dont chacun de ses rôles est dépourvu de qualités humaines, fait donc aujourd'hui l'unanimité dans la presse cinéphilique comme dans l'édition et même chez France Culture.

    Ce qui frappe, c’est l’absence de regard critique chez tous les agents de ce qu’il faut bien appeler « la réhabilitation de Louis de Funès » ; tous n’ont pas de mots assez forts pour exprimer leur admiration pour cet acteur "génial" et de célébrer, un petit homme au visage ingrat, un personnage-archétypal sur-excité, mesquin, méprisant, avare, obtus, borné, envieux, impitoyable avec les faibles et docile avec les puissants.

            

                       Sans doute dupes de ce qui nous est donné à rire - même si, après tout, rien ne nous empêche de nous demander au détriment de qui et de quoi on rit -, célébrer aujourd’hui le cinéma d’un de Funès sans y jeter un regard critique, n’est-ce pas célébrer la loi du plus lâche face aux puissants ainsi que la loi du plus méchant face aux plus faibles ?  Car, à  y réfléchir de plus près : tout ce qui est mal n'est-il pas bon, et ne fait-il pas du bien ? Aussi, rire avec Louis de Funès, à défaut de rire de lui, n’est-ce pas rire de tout ce qu’on n’ose pas soi-même assumer car, tout ce qu’on a rêvé, de Funès ne l’a t-il pas fait ?

    Rire exutoire que ce rire-là ; rire du faible à propos d’un plus faible que lui. Belle revanche des vaincus ou des humiliés qui s’ignorent, heureux de l’être ! Et aujourd’hui encore, ce rire n'en finit pas de résonner, génération après génération… tocsin de l'âme... âme funès-te pour une société humaine en décomposition.

    Malheur aux vaincus !

     

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  • 2001, l'Odyssée de l'espace : quand Hal is hell...

     

                   La figure extravagante du Docteur Folamour (de l'auteur Peter George), comédie satirique adaptée pour le cinéma par Stanley Kubrick, nous poursuivra longtemps,  entre rêve et cauchemar, réalité et fiction… en la personne de Peter Sellers sorti tout droit de Lolita, et qui excellera, jubilatoire, s’en donnant à cœur joie comme jamais plus au cinéma, si l’on en croit les confidences de l’acteur…

    Et pour peu qu’il nous soit donné de tout connaître et de tout comprendre un jour, jusqu‘à la ré-affirmation de l‘éternel retour  puisque tout ce qui est... a déjà été semble-t-il, c’est le compositeur György Ligeti qui viendra épauler un Kubrick toujours là où l’on ne l’attend pas, à l’ombre d’un monolithe mystérieux, pour une Odyssée qui marquera à jamais la seconde moitié du 20è siècle...

     


     

     2001, l'Odyssée de l'espace : un robot nommé Hal. 

    Mais... dites... pourquoi fallait attribuer une voix masculine à ce robot aussi borné que têtu ? 

     

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  • Intouchables : pourquoi fallait-il un Noir en face de ce Blanc tétraplégique ?

     

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                       Une vraie dynamique, quelques idées de cinéma, d’aucuns parleront de « bon boulot » à propos du film « Intouchables » sorti en 2011.

    Si les réalisateurs ont su le plus souvent éviter les pièges tendus par un scénario à haut risque - ceux, entre autres, du pathos, des larmes et des stéréotypes raciaux et de classes -, contrairement à ce qui a pu être écrit ici et là, pas de bien-pensance dans ce film pour la simple raison qu’on n’y trouvera aucune pensée, et c’est déjà ça de gagner ou de sauver s’empressera-t-on d’ajouter car, le travail passé des scénaristes-réalisateurs est là pour l’attester : si par malheur ces derniers avaient souhaité y prétendre… c’est bien avec une catastrophe qu’on aurait eu rendez-vous.

    Dans « Intouchables » sans doute pourra-t-on y voir en toute bonne foi, outre le souci de se remplir les poches, le désir sincère de raconter avec honnêteté une histoire… vraie de surcroît.

    Conte de fée sans morale donc (référence au fait qu’il n’y a pas de pensée) on pourra quand même regretter que les réalisateurs Toledano et Nakache aient pour les Blacks de la banlieue (1) qu’un seul projet : qu’ils torchent, lavent et essuient le cul des Blancs…

    Parce que ça, c’est quand même pas très nouveau !

    Sans oublier l’incontournable : « Touche pas à la femme blanche ! » - même sous le prétexte qu’elle puisse être lesbienne.

    Aux Etats-Unis, le film sera jugé raciste et choquant.

    Certes, il y a aux USA une vraie culture de l'antiracisme et de l'anti-négrophobie en particulier qui ne doit rien à ce PS bien de chez nous (composé exclusivement de Blancs) qui n'a pas cessé d'instrumentaliser cette lutte sans profit aucun pour ceux qui étaient concernés ; ce qui n'a pas empêché les membres de ce parti de faire de belle carrière autour de la lutte anti-raciste. 

    Le succès de 'Intouchables" n'est que le reflet d'une absence totale de culture telle que définie plus haut. Les bons sentiments n'expliquent ni n'excusent pas cette ignorance. Les réalisateurs ont su admirablement capitaliser dessus ; même la critique n'y a vu que du feu ; de leur part, seul le scénario a fait l'objet de commentaires "ironiques" et "moqueurs" sans pour autant remettre en cause le rôle tenu par un acteur qui se devait d'être noir puisque son personnage l'était.

    On retrouva le même engouement de la part du public pour "La ligne verte" de production américaine cette fois-ci ; film tout aussi scandaleux sur le fond.

     

    ***

                 Pour l’adaptation au cinéma de La case de l'oncle Tom, les volontaires n’ont jamais manqué à l’appel, et Omar Sy (2) semble fin prêt pour une nouvelle adaptation du roman de l'écrivain américaine Harriet Beecher Stowe dont les premières feuilles ont été publiées en 1852…

    En 2011, avec "Intouchables", qu'un acteur nommé Omar Sy ait prêté son concours à un tel projet, c’est déjà en soi une belle déception car enfin… difficile de ne pas se poser la question suivante : pourquoi fallait-il un Noir corvéable à merci ( un noir torche-cul)  en face de ce Blanc tétraplégique et millionnaire ?

    Devinez !

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    1 - Banlieue dont on ne sait pas quoi faire et que l’on commence à peine à savoir filmer… semble-t-il !

    2 - Canal+ oblige : génération grandes gueules et petites têtes.

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  • Igmar Bergman : une intelligence supérieure au service du 7è art

    le cinéma d'igmar bergman

               La honte (1968) : bientôt l’orage, le tonnerre et la foudre déchireront le ciel en deux ; et au même moment, un aigle suspendra son vol  comme on retient son souffle, avant le septième sceau et l‘apocalypse qu’une peste endémique annonce sans détour.

     

    ***

     

                  Indépendamment de son oeuvre cinématographique et de ses mises en scène de théâtre, difficile de ne pas prendre en compte le fait suivant : Ingmar Bergman ( 1918 -2007) réalisateur de cinéma de nationalité suédoise, est, sans aucun doute, un des hommes les plus intelligents de la seconde moitié du 20è siècle ; intelligence, entre autres, dans sa compréhension de la psychologie humaine et son psychisme ; relation entre les hommes et les femmes en particulier (1).

    Cette intelligence mérite d'être saluée car, comme chacun sait, l'intelligence des réalisateurs de cinéma est à trouver, le plus souvent, chez les auteurs dont ils adaptent les oeuvres ( à noter que 80% de la production cinématographique a pour origine une oeuvre dite littéraire - d'une qualité qui peut varier).

    Autre trait précieux car rare à propos de ce créateur prolifique : privés d'images, on reconnaît un film de Bergman à sa signature sonore : la langue suédoise et la voix de ses acteurs.

     

     

    1 - A noter au passage que les enfants sont "physiquement absents" du cinéma de Bergman ; ni champ ni hors-champ même s'il peut être fait mention de leur existence, notamment lorsque c'est un couple que Bergman met en scène comme c'est souvent le cas.  

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  • Première guerre mondiale : Stanley Kubrick contre Jean Renoir

                    A 20 ans d'intervalle, deux films, deux réalisateurs sur un sujet identique : la Première guerre mondiale ; c'est un océan qui sépare ces deux films et ces deux réalisateurs. 

     

    renoir kubrick sur la première guerre mondiale

    La Grande Illusion de Jean Renoir - 1937

     

    Encensé par tout ce qui ressemble de près ou de loin à un cinéphile, à un critique… "La grande illusion" a le prestige, le mérite ou bien, l'inconvénient de l’unanimité ; autant dire, un film culte. Aussi, bon courage à qui s’avisera de formuler quelques réserves à propos de ce monument d’un unanimisme moutonnier ! Grand mal lui en prendra, pour sûr ! Et pourtant…

    Première Guerre mondiale...

    Huit millions et demi de Français seront appelés ; un sur cinq y laissera sa vie, sa pauvre et maigre vie, à raison de 900 par jour, et autant de mutilés - un bras, une jambe, des yeux, la vue… -, en Flandres, en Artois, dans la Somme, en Île-de-France, au Chemin des Dames, en Champagne, à Verdun et en Lorraine…

    Tenez ! 27000 morts en une seule journée le 22 août 1914 «à coups de crosse, à coups de poignards, à coups de bombes et de mitraille». 

    Pour une guerre joyeuse dans ses premières semaines… on peut dire qu’en 4 ans, le spectacle tournera au cauchemar puis à la tragédie car cette boucherie et ce scandale qu’est cette guerre dont on cherche encore aujourd’hui la grandeur.

     

               Jean Renoir dans « La grande illusion » nous présentera un conflit mené dans un esprit chevaleresque et aristocratique, alors qu’il s’est le plus souvent agi de bouchers gantés, le petit doigt sur la couture du pantalon civil et militaire, impeccables certes !  Habiles dans le maniement de leur lorgnon, c’est vrai ! mais bouchers quand même ! Et leurs épouses, marraines de guerre, n’y changeront rien ; chacun de leurs colis viendra ajouter une touche obscène à ce sacrifice sans scrupule et sans objet qu’est cette première guerre mondiale.

    S’il faut parfois savoir se taire avant de parler, décidément, il y a des réalisateurs qui feraient bien de retenir un « Moteur ! » avant de donner le signal de faire tourner la caméra d'un projet cinématographique qui soumettra à notre perspicacité des questions qui n’en sont pas et des réponses… pas davantage. En effet, les de Boëldieu et les von Rauffenstein (les rentiers et les banquiers), héros d’un film fâcheux d'un fils dont le père était quand même mieux inspiré, pinceau d’une main, palette de l’autre, n’étaient au mieux qu’une exception qui confirme la règle, au pire une fiction d’une naïveté insultante pour les millions de pauvres bougres qui y laissèrent leur vie. Dans les faits, les Rauffenstein et de Boëldieu de ces années-là avaient la rancune sournoise ; n'en doutons pas un seul instant, ils étaient bien trop contents de précipiter sous la mitraille des gueux souvent grévistes et revêches, sans doute pour leur apprendre à obéir une fois pour toutes les fois, la dernière, où ils auront été tentés de n’en faire qu’à leur tête d’ouvriers et d’artisans décidément indomptables.

    Quelques jours avant sa mort et le début d'un grand chambardement, Jaurès ne s'est-il pas adressé à eux en ces termes :

                  « Quoi qu’il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n’y a plus, au moment où nous sommes menacés de meurtre et, de sauvagerie, qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c’est que le prolétariat rassemble toutes ses forces qui comptent un grand nombre de frères, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes et que nous demandions à ces milliers d’hommes de s’unir pour que le battement unanime de leurs cœurs écarte l’horrible cauchemar ». Discours de jean Jaurès – le dernier -, contre la menace de la guerre totale cinq jours avant son assassinat - prononcé à Lyon-Vaise le 25 Juillet 1914.

     

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    Les sentiers de la gloire : Stanley Kubrick - 1957

     

                  Cette boucherie de 14-18  qui semble avoir échappé à Renoir - durant la Première guerre mondiale, il sera affecté dans une escadrille  de reconnaissance - et les de Boëldieu de ce conflit, c'est Stanley Kubrick qui nous les servira sans réserve dans un film militant basé sur des faits réels (affaire des caporaux de Souain).

    "Les sentiers de la gloire", véritable cri anti-guerre,  retentira comme un appel vibrant à la fraternité  humaine : "Soldats de tous les pays, unissez-vous contre votre hiérarchie et vos gouvernements !" car le soldat, chair à canon, simple pion, n'a qu'un seul ennemi : cette même hiérarchie et ces mêmes gouvernements.

     

    ***

             

                  Longtemps on pourra regretter que la critique cinématographique ( celle de la tradition d'un Michel Ciment - plus groupie que critique notamment envers tous les réalisateurs dits "culte") restera absente dans la dénonciation de cette faute à la fois morale et historique qu'est "La grande illusion" ; et  si cette « illusion » sur grand écran  a été bien accueillie par la critique et le public dès sa sortie en 1937 – contrairement à « La règle du jeu » tournée une année plus tard -, c’est sans doute parce que  personne ne s’y est trompé : seule la vérité dérange,  le mensonge, lui, en rassure plus d’un et plus d’une.

     

     

    1 - A noter le fait que Renoir proposera ses services à Vichy dès 1940. Esprit confus que celui de Renoir ! sans doute parce qu'il n'a pas reçu d'éducation politique, morale et philosophique poussée. Double discours aussi : "La règle du jeu" et "La grande illusion" : Renoir valide quoi dans ces deux films ? Où est Renoir et avec qui ? On pensera au "... en même temps" de Macron et d'autres : ce fameux centre, le ventre mou de la morale et de l'engagement. Souvenons-nous de cette remarque du personnage Octave tenu par le réalisateur dans la Règle du jeu : "Tout le monde a une bonne raison d'être ce qu'il est et de faire ce qu'il fait". Le mot (l'adjectif) en trop est "bonne"... car une raison n'est pas nécessairement une "bonne" raison. Cette nuance a échappé à Renoir tout au long de son oeuvre : Renoir semble ne juger ni le mal ni le bien : relativisme lâche et opportuniste ? - retour alors à la case départ : la première ligne de ce commentaire-ci.

     

     

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  • Oedipe roi - de Pasolini

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                 "Je suis à l'abri car j'ai la vérité avec moi. Mais… qu'il est horrible  de savoir alors que ce n'est d'aucune utilité pour celui qui sait. Je savais. J'ai voulu oublier. " Tirésias - l'oracle -, s'adressant à Oedipe, roi de Thèbes.

     

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                   Personne n’a autant pris au sérieux nos mythes et leur transmission que Pasolini, d'autant plus qu'avec ce cinéaste exigeant et sans concessions, c’est toujours à prendre ou à laisser. Alors on prend, bien sûr ! car l'on sait déjà que Pasolini nous rendra même ce qu'on lui a pris ; on en sera donc doublement récompensés.

                   Pasolini n’est pas un faiseur doué et malin, c’est un visionnaire et un militant. Tourné au Maroc, pour Œdipe roi (tragédie de Sophocle ;  429 av.J.C) porté à l’écran en 1967, Pasolini choisit un décor antique en l'état. Hurlements, cris, plaintes, rythmes, chants et musiques de tous les continents (Asie via le Japon), Œdipe roi de Pasolini c'est la leçon d'Artaud ; Artaud et son théâtre de la cruauté : le texte se tait, plus de bavardage ; c’est aussi un Art brut… brut de décoffrage avec ses visages "rupestres", arides, hommes, femmes et enfants du désert et d'un dur labeur sous la chaleur ; parures et armures fruits d’un choix à la fois extravagant et rustique, le tout appuyé par un casting composé d’amateurs entourés de quelques professionnels, la mise en scène primant sur la psychologie.

    Anti-intellectuel, anti-culturel, a-historique, l’Œdipe de Pasolini peut traverser le temps sans craindre de prendre une ride, une seule ou de s’attirer les quolibets d’un public indigent et avachi, aujourd'hui bien incapable de relever tout défi quel qu'il soit : esthétique, humain, artistique ou politique.

    Plus surprenant encore, ce cinéma-là de Pasolini, c’est aussi Jean Rouch et ses contes du Niger, avec ses mythes et ses jeux de rôles à tour de rôle.

    Et s'il faut bien reconnaître que... in fine, tous peignent, écrivent, composent et tournent le plus souvent pour les pires de la société (la bourgeoisie), l’œuvre de Pasolini (poèmes, romans, essais, films) est irrémédiablement anti-bourgeoise et anti-institutionnelle ; un parti pris quasi unique, cette volonté qui fut la sienne, de ne rien céder à qui et à quoi que ce soit, jusqu’à la fin, tragique au demeurant.

     

                  Aujourd’hui, le monde occidental ne survivrait pas à un film de Pasolini ; et c’est sans doute la raison pour laquelle il les ignore. Aussi, c’est un miracle que l’industrie du cinéma ne lui ait pas coupé les ailes en son temps puisque tout le cinéma de Pasolini est un cinéma contre l’industrie et la rentabilité (saint Matthieu, Médée).

    Le tiroir caisse ? Pasolini connaît pas ! Autant pour tous ces porcs - même quand ils n’en mangent pas - qui placent l’argent au centre de leur existence car ils ignorent tous autant qu’ils sont que l’indépendance financière ne sert pas à acheter une Ferrari mais à dire la vérité.

     

                     Pier Paolo Pasolini est sans doute un des dix réalisateurs  pour lequel on sera encore disposés à se tenir devant un écran de cinéma trois heures durant dans la pénombre d’une salle obscure, pour peu qu’on puisse y trouver un silence propice au recueillement nécessaire à ce 7e Art privé année après année de sa majuscule.

     

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  • Le cinéma du réalisateur japonais Ozu : "Cachons ce Japon qu'on ne saurait voir !"

     

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                      Ah ! Le cinéma dOzu aux Japonaises et Japonais avenants, affables, courtois ! Aux foyers paisibles et harmonieux ; pas un mot plus haut que l'autre de tout ce beau monde ; douceur de vivre, sourires figés, regards compatissants et un peu niais, film après film... en 35 années de cinéma, dès les années 20 !

    Ozu serait-il le Edward Hopper du cinéma ? Un cinéma de la vacuité bouddhiste dont l'essentiel serait ailleurs ? Chez le cinéma des autres ?

                     Car enfin... des années 20 aux années 50, où est, dans l'œuvre de ce réalisateur, le Japonais qui a colonisé la Chine et la Corée ? Où est le Japonais qui torture, humilie les prisonniers britanniques (Thatcher, alors Premier ministre, refusera, sans jamais céder, de saluer l'Empereur du Japon). Où est le Japonais qui fit des femmes des pays occupés des prostituées au service de leurs troupes ? Le Japon allié d'une Allemagne nazi ? Et puis n'oublions rien : le Japon d'Hiroshima et de Nagasaki ? Et enfin : où est le Japonais contemporain dont le cinéma pornographique repose sur la maltraitance des femmes dans une représentation symptomatique de son statut dans la société japonaise ?

                    Mais alors, le cinéma d'Ozu ne serait-il qu’un grand mensonge ? Le cinéma d’un cinéaste amnésique en ce qui concerne l’Histoire et indifférent face à  la réalité des rapports sociaux au sien de la société japonaise?

    Soit dit en passant, d'aucuns ne s'y sont pas trompés car à l'extrême droite de l'échiquier politique européen, nombreux sont ceux qui  admirent la culture et la société japonaises ; société verticale  ethniquement "pure" : traditions, ordre, obéissance, discipline et soumission hiérarchique ( un pays sans grèves ni manifestations) ; et leurs aînés qui poussent encore des caddie à l'âge de 75 ans pour pouvoir boucler leur fin de mois.

                  Confronté à ce que le cinéma de Ozu nous a donné et nous donne à voir aujourd'hui encore, la question suivante s'impose (1) : si le cinéma de la même période a su mettre en lumière (des années 30 à nous jours) cet autre visage des moeurs de la société japonaise et de son organisation sociale - infériorisation de la femme, rapports sociaux régis par la contrainte et la soumission ; cruauté et sadisme -, pourquoi Ozu s'y est-il refusé obstinément, 35 années durant (notez à nouveau la période qui s'étend des années 20 aux années 50) alors que tout son cinéma n'a pas cessé de placer sa caméra et ses micros dans tous les lieux de la société japonaise de son temps : dans les foyers ( couples, enfants et jeunes adultes), dans les entreprises du tertiaire (les bureaux) et les bars et autres lieux de socialisation ?

    Et si finalement toute l'oeuvre de Ozu était une œuvre enfumoir - un vaste écran de fumée ? Ozu aurait alors filmé le Japon pour mieux nous le cacher ?

     

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    1 - A propos d'un commentaire d'un internaute suite à ma "critique" du cinéma d'Ozu - commentaire vindicatif à mon endroit -, voici ce que j'ai pu répondre : Ecrire "Le cinéma d'Ozu n'a aucun compte à rendre à personne. On aime ou on n'aime pas" est une affirmation émotionnelle aussi maladroite qu'irrecevable d'une nature asociale, anti-culturelle et anti-intellectuelle car toute l'histoire de l'Art ( qui est aussi l'histoire des oeuvres et de leurs créateurs) repose sur la confrontation et l'analyse d'œuvres qui ont, non pas des comptes à rendre, mais des devoirs au regard de l'histoire ; en effet, si ces œuvres nous questionnent, elles ont aussi l'obligation de répondre à nos interrogations avec ou sans le concours de ses créateurs parce qu'ils s'y refuseraient ou bien parce qu'ils ne seraient plus là pour nous répondre. Aussi, ma question est tout à fait légitime.

     

     

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  • Panique chez Julien Duvivier

     

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    "Panique" de Julien Duvivier

     

                  ... ou quand "l'amour c'est la beauté du monde" (1) dans toute sa laideur : trahison, meurtre, manipulation et lynchage.

                  Le corps d'une femme retrouvé étranglée dans un terrain vague ; un locataire Monsieur Hire, tellement différent qu'il en devient d'abord énigmatique, puis antipathique, bientôt franchement indésirable et maintenant coupable de meurtre ( l'Etranger de Albert Camus n'est pas loin avec ce personnage maintenant archétypal de Meursault, condamné à mort pour ne pas avoir pleuré à l'enterrement de sa mère).

    C'en est assez, c'en est de trop ! C'est la panique dans tout un quartier qui bascule alors dans une chasse à l'homme, homme- bouc-émissaire, plutôt réussie puisque l'homme, ou bien plutôt la bête est tuée.

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                  "Panique", sorti en 1946, adapté d'un roman de Georges Simenon ( une fois de plus !) d'une grande modernité dans sa réalisation et son traitement en "post-production" - notamment sur le plan sonore -, c'est aussi, et c'est surtout et encore un autre film qui permet de découvrir ou de re-découvrir le niveau d'excellence du cinéma français des années 30 et 40 ainsi que ceux qui l'ont servi : producteurs, scénaristes, dialoguistes, metteurs en scène et acteurs - ici, Michel Simon, un des plus grands... sinon, le plus grand de sa génération.

     

    1 - Chanson-titre qui ouvre et clôt le film.

     

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  • "High noon" de Fred Zinnemann

     

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    "Le train sifflera trois fois" (High noon - Gary Cooper - Grace Kelly) de Fred Zinnemann -1952 

     

                    Une histoire de courage et de lâcheté, de responsabilité individuelle et collective, dualisme et ambivalence de notre nature humaine...

    Une histoire d'abandon...

    Une histoire d'amour aussi ; un amour qui force la remise en cause de principes que l'on croyait intangibles par amour et pour l'amour de l'autre ; cet autre tellement plus grand que soi et dont notre abandon provoquerait la mort ; cette mort qui annoncerait alors notre déchéance morale.

    Un western est un grand western lorsqu'il est bien plus qu'un western...

                   Un sans faute d'une heure vingt ce film  aux enjeux clairs d'une grande lucidité du réalisateur autrichien Fred Zinneman !

     

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  • En cas de malheur...



     

    Bardot et Gabin

     

                Ce sont Georges Simenon et Claude Autant Lara qui scelleront en 1957 sur un thème du compositeur René Cloërec, le destin de Brigitte Bardot et de Jean Gabin, dans la chambre d’un modeste hôtel de la rue Monsieur le Prince.

    Et si en cas de malheur, et juste avant qu’il ne frappe une dernière fois, on ne pourra compter que sur l’amour pour le temps qu’il lui sera donné de nous soutenir, de nous illuminer et de nous porter jusqu’aux nues avant l’abîme et une désolation qui nous laisseront sans voix…

    On pourra toujours se dire : « Décidément non ! Il ne pouvait pas en être autrement !» tout en ajoutant que Brigitte Bardot teint là un de ses plus beaux rôles, avant de se féliciter qu’il ait été donné à Jean Gabin de l’y accompagner jusqu’à son terme et son dernier souffle de vie.

     

    ***

     


     

     

                        Mais qui donc rendra au film ce plan volé par une censure brutale et imbécile, et dans lequel Brigitte Bardot, nue sous sa jupe, propose gracieusement son corps à un Jean Gabin subjugué ?

     

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