Mesure d'audience ROI statistique webanalytics par litterature"WebAnalytics"

Avertir le modérateur

Cinéma de film en film

  • Première guerre mondiale : Stanley Kubrick contre Jean Renoir

                    A 20 ans d'intervalle, deux films, deux réalisateurs sur un sujet identique : la Première guerre mondiale ; c'est un océan qui sépare ces deux films et ces deux réalisateurs. 

     

    renoir kubrick sur la première guerre mondiale

    La Grande Illusion de Jean Renoir - 1937

     

    Encensé par tout ce qui ressemble de près ou de loin à un cinéphile, à un critique… "La grande illusion" a le prestige, le mérite ou bien, l'inconvénient de l’unanimité ; autant dire, un film culte. Aussi, bon courage à qui s’avisera de formuler quelques réserves à propos de ce monument d’un unanimisme moutonnier ! Grand mal lui en prendra, pour sûr ! Et pourtant…

    Première Guerre mondiale...

    Huit millions et demi de Français seront appelés ; un sur cinq y laissera sa vie, sa pauvre et maigre vie, à raison de 900 par jour, et autant de mutilés - un bras, une jambe, des yeux, la vue… -, en Flandres, en Artois, dans la Somme, en Île-de-France, au Chemin des Dames, en Champagne, à Verdun et en Lorraine…

    Tenez ! 27000 morts en une seule journée le 22 août 1914 «à coups de crosse, à coups de poignards, à coups de bombes et de mitraille». 

    Pour une guerre joyeuse dans ses premières semaines… on peut dire qu’en 4 ans, le spectacle tournera au cauchemar puis à la tragédie car cette boucherie et ce scandale qu’est cette guerre dont on cherche encore aujourd’hui la grandeur.

     

               Jean Renoir dans « La grande illusion » nous présentera un conflit mené dans un esprit chevaleresque et aristocratique, alors qu’il s’est le plus souvent agi de bouchers gantés, le petit doigt sur la couture du pantalon civil et militaire, impeccables certes !  Habiles dans le maniement de leur lorgnon, c’est vrai ! mais bouchers quand même ! Et leurs épouses, marraines de guerre, n’y changeront rien ; chacun de leurs colis viendra ajouter une touche obscène à ce sacrifice sans scrupule et sans objet qu’est cette première guerre mondiale.

    S’il faut parfois savoir se taire avant de parler, décidément, il y a des réalisateurs qui feraient bien de retenir un « Moteur ! » avant de donner le signal de faire tourner la caméra d'un projet cinématographique qui soumettra à notre perspicacité des questions qui n’en sont pas et des réponses… pas davantage. En effet, les de Boëldieu et les von Rauffenstein (les rentiers et les banquiers), héros d’un film fâcheux d'un fils dont le père était quand même mieux inspiré, pinceau d’une main, palette de l’autre, n’étaient au mieux qu’une exception qui confirme la règle, au pire une fiction d’une naïveté insultante pour les millions de pauvres bougres qui y laissèrent leur vie. Dans les faits, les Rauffenstein et de Boëldieu de ces années-là avaient la rancune sournoise ; n'en doutons pas un seul instant, ils étaient bien trop contents de précipiter sous la mitraille des gueux souvent grévistes et revêches, sans doute pour leur apprendre à obéir une fois pour toutes les fois, la dernière, où ils auront été tentés de n’en faire qu’à leur tête d’ouvriers et d’artisans décidément indomptables.

    Quelques jours avant sa mort et le début d'un grand chambardement, Jaurès ne s'est-il pas adressé à eux en ces termes :

                  « Quoi qu’il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n’y a plus, au moment où nous sommes menacés de meurtre et, de sauvagerie, qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c’est que le prolétariat rassemble toutes ses forces qui comptent un grand nombre de frères, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes et que nous demandions à ces milliers d’hommes de s’unir pour que le battement unanime de leurs cœurs écarte l’horrible cauchemar ». Discours de jean Jaurès – le dernier -, contre la menace de la guerre totale cinq jours avant son assassinat - prononcé à Lyon-Vaise le 25 Juillet 1914.

     

    renoir kubrick sur la première guerre mondiale grande illusion sentiers de la gloire

    Les sentiers de la gloire : Stanley Kubrick - 1957

     

                  Cette boucherie de 14-18  qui semble avoir échappé à Renoir - durant la Première guerre mondiale, il sera affecté dans une escadrille  de reconnaissance - et les de Boëldieu de ce conflit, c'est Stanley Kubrick qui nous les servira sans réserve dans un film militant basé sur des faits réels (affaire des caporaux de Souain).

    "Les sentiers de la gloire", véritable cri anti-guerre,  retentira comme un appel vibrant à la fraternité  humaine : "Soldats de tous les pays, unissez-vous contre votre hiérarchie et vos gouvernements !" car le soldat, chair à canon, simple pion, n'a qu'un seul ennemi : cette même hiérarchie et ces mêmes gouvernements.

     

    ***

             

                  Longtemps on pourra regretter que la critique cinématographique ( celle de la tradition d'un Michel Ciment - plus groupie que critique notamment envers tous les réalisateurs dits "culte") restera absente dans la dénonciation de cette faute à la fois morale et historique qu'est "La grande illusion" ; et  si cette « illusion » sur grand écran  a été bien accueillie par la critique et le public dès sa sortie en 1937 – contrairement à « La règle du jeu » tournée une année plus tard -, c’est sans doute parce que  personne ne s’y est trompé : seule la vérité dérange,  le mensonge, lui, en rassure plus d’un et plus d’une.

     

     

    1 - A noter le fait que Renoir proposera ses services à Vichy dès 1940. Esprit confus que celui de Renoir ! sans doute parce qu'il n'a pas reçu d'éducation politique, morale et philosophique poussée. Double discours aussi : "La règle du jeu" et "La grande illusion" : Renoir valide quoi dans ces deux films ? Où est Renoir et avec qui ? On pensera au "... en même temps" de Macron et d'autres : ce fameux centre, le ventre mou de la morale et de l'engagement. Souvenons-nous de cette remarque du personnage Octave tenu par le réalisateur dans la Règle du jeu : "Tout le monde a une bonne raison d'être ce qu'il est et de faire ce qu'il fait". Le mot (l'adjectif) en trop est "bonne"... car une raison n'est pas nécessairement une "bonne" raison. Cette nuance a échappé à Renoir tout au long de son oeuvre : Renoir semble ne juger ni le mal ni le bien : relativisme lâche et opportuniste ? - retour alors à la case départ : la première ligne de ce commentaire-ci.

     

     

    Lien permanent Catégories : Cinéma de film en film 0 commentaire
  • Oedipe roi - de Pasolini

    104679220.jpg

     

                 "Je suis à l'abri car j'ai la vérité avec moi. Mais… qu'il est horrible  de savoir alors que ce n'est d'aucune utilité pour celui qui sait. Je savais. J'ai voulu oublier. " Tirésias - l'oracle -, s'adressant à Oedipe, roi de Thèbes.

     

    ***

     

                   Personne n’a autant pris au sérieux nos mythes et leur transmission que Pasolini, d'autant plus qu'avec ce cinéaste exigeant et sans concessions, c’est toujours à prendre ou à laisser. Alors on prend, bien sûr ! car l'on sait déjà que Pasolini nous rendra même ce qu'on lui a pris ; on en sera donc doublement récompensés.

                   Pasolini n’est pas un faiseur doué et malin, c’est un visionnaire et un militant. Tourné au Maroc, pour Œdipe roi (tragédie de Sophocle ;  429 av.J.C) porté à l’écran en 1967, Pasolini choisit un décor antique en l'état. Hurlements, cris, plaintes, rythmes, chants et musiques de tous les continents (Asie via le Japon), Œdipe roi de Pasolini c'est la leçon d'Artaud ; Artaud et son théâtre de la cruauté : le texte se tait, plus de bavardage ; c’est aussi un Art brut… brut de décoffrage avec ses visages "rupestres", arides, hommes, femmes et enfants du désert et d'un dur labeur sous la chaleur ; parures et armures fruits d’un choix à la fois extravagant et rustique, le tout appuyé par un casting composé d’amateurs entourés de quelques professionnels, la mise en scène primant sur la psychologie.

    Anti-intellectuel, anti-culturel, a-historique, l’Œdipe de Pasolini peut traverser le temps sans craindre de prendre une ride, une seule ou de s’attirer les quolibets d’un public indigent et avachi, aujourd'hui bien incapable de relever tout défi quel qu'il soit : esthétique, humain, artistique ou politique.

    Plus surprenant encore, ce cinéma-là de Pasolini, c’est aussi Jean Rouch et ses contes du Niger, avec ses mythes et ses jeux de rôles à tour de rôle.

    Et s'il faut bien reconnaître que... in fine, tous peignent, écrivent, composent et tournent le plus souvent pour les pires de la société (la bourgeoisie), l’œuvre de Pasolini (poèmes, romans, essais, films) est irrémédiablement anti-bourgeoise et anti-institutionnelle ; un parti pris quasi unique, cette volonté qui fut la sienne, de ne rien céder à qui et à quoi que ce soit, jusqu’à la fin, tragique au demeurant.

     

                  Aujourd’hui, le monde occidental ne survivrait pas à un film de Pasolini ; et c’est sans doute la raison pour laquelle il les ignore. Aussi, c’est un miracle que l’industrie du cinéma ne lui ait pas coupé les ailes en son temps puisque tout le cinéma de Pasolini est un cinéma contre l’industrie et la rentabilité (saint Matthieu, Médée).

    Le tiroir caisse ? Pasolini connaît pas ! Autant pour tous ces porcs - même quand ils n’en mangent pas - qui placent l’argent au centre de leur existence car ils ignorent tous autant qu’ils sont que l’indépendance financière ne sert pas à acheter une Ferrari mais à dire la vérité.

     

                     Pier Paolo Pasolini est sans doute un des dix réalisateurs  pour lequel on sera encore disposés à se tenir devant un écran de cinéma trois heures durant dans la pénombre d’une salle obscure, pour peu qu’on puisse y trouver un silence propice au recueillement nécessaire à ce 7e Art privé année après année de sa majuscule.

     

    _________________

     

    Pour prolonger, cliquez : Cinéma, de film en film de salle en salle

    Lien permanent Catégories : Art et culture, Cinéma de film en film 0 commentaire
  • Le cinéma du réalisateur japonais Ozu : "Cachons ce Japon qu'on ne saurait voir !"

     

    ozu cinéma japonais

                      Ah ! Le cinéma dOzu aux Japonaises et Japonais avenants, affables, courtois ! Aux foyers paisibles et harmonieux ; pas un mot plus haut que l'autre de tout ce beau monde ; douceur de vivre, sourires figés, regards compatissants et un peu niais, film après film... en 35 années de cinéma, dès les années 20 !

    Ozu serait-il le Edward Hopper du cinéma ? Un cinéma de la vacuité bouddhiste dont l'essentiel serait ailleurs ? Chez le cinéma des autres ?

                     Car enfin... des années 20 aux années 50, où est, dans l'œuvre de ce réalisateur, le Japonais qui a colonisé la Chine et la Corée ? Où est le Japonais qui torture, humilie les prisonniers britanniques (Thatcher, alors Premier ministre, refusera, sans jamais céder, de saluer l'Empereur du Japon). Où est le Japonais qui fit des femmes des pays occupés des prostituées au service de leurs troupes ? Le Japon allié d'une Allemagne nazi ? Et puis n'oublions rien : le Japon d'Hiroshima et de Nagasaki ? Et enfin : où est le Japonais contemporain dont le cinéma pornographique repose sur la maltraitance des femmes dans une représentation symptomatique de son statut dans la société japonaise ?

                    Mais alors, le cinéma d'Ozu ne serait-il qu’un grand mensonge ? Le cinéma d’un cinéaste amnésique en ce qui concerne l’Histoire et indifférent face à  la réalité des rapports sociaux au sien de la société japonaise?

    Soit dit en passant, d'aucuns ne s'y sont pas trompés car à l'extrême droite de l'échiquier politique européen, nombreux sont ceux qui  admirent la culture et la société japonaises ; société verticale  ethniquement "pure" : traditions, ordre, obéissance, discipline et soumission hiérarchique ( un pays sans grèves ni manifestations) ; et leurs aînés qui poussent encore des caddie à l'âge de 75 ans pour pouvoir boucler leur fin de mois.

                  Confronté à ce que le cinéma de Ozu nous a donné et nous donne à voir aujourd'hui encore, la question suivante s'impose (1) : si le cinéma de la même période a su mettre en lumière (des années 30 à nous jours) cet autre visage des moeurs de la société japonaise et de son organisation sociale - infériorisation de la femme, rapports sociaux régis par la contrainte et la soumission ; cruauté et sadisme -, pourquoi Ozu s'y est-il refusé obstinément, 35 années durant (notez à nouveau la période qui s'étend des années 20 aux années 50) alors que tout son cinéma n'a pas cessé de placer sa caméra et ses micros dans tous les lieux de la société japonaise de son temps : dans les foyers ( couples, enfants et jeunes adultes), dans les entreprises du tertiaire (les bureaux) et les bars et autres lieux de socialisation ?

    Et si finalement toute l'oeuvre de Ozu était une œuvre enfumoir - un vaste écran de fumée ? Ozu aurait alors filmé le Japon pour mieux nous le cacher ?

     

    ozu.JPG

     

     

     

     

     

     

     

     

    1 - A propos d'un commentaire d'un internaute suite à ma "critique" du cinéma d'Ozu - commentaire vindicatif à mon endroit -, voici ce que j'ai pu répondre : Ecrire "Le cinéma d'Ozu n'a aucun compte à rendre à personne. On aime ou on n'aime pas" est une affirmation émotionnelle aussi maladroite qu'irrecevable d'une nature asociale, anti-culturelle et anti-intellectuelle car toute l'histoire de l'Art ( qui est aussi l'histoire des oeuvres et de leurs créateurs) repose sur la confrontation et l'analyse d'œuvres qui ont, non pas des comptes à rendre, mais des devoirs au regard de l'histoire ; en effet, si ces œuvres nous questionnent, elles ont aussi l'obligation de répondre à nos interrogations avec ou sans le concours de ses créateurs parce qu'ils s'y refuseraient ou bien parce qu'ils ne seraient plus là pour nous répondre. Aussi, ma question est tout à fait légitime.

     

     

    Lien permanent Catégories : Cinéma de film en film 0 commentaire
  • Panique chez Julien Duvivier

     

    panique, duvivier, michel simon, serge ulesk et le cinéma

    "Panique" de Julien Duvivier

     

                  ... ou quand "l'amour c'est la beauté du monde" (1) dans toute sa laideur : trahison, meurtre, manipulation et lynchage.

                  Le corps d'une femme retrouvé étranglée dans un terrain vague ; un locataire Monsieur Hire, tellement différent qu'il en devient d'abord énigmatique, puis antipathique, bientôt franchement indésirable et maintenant coupable de meurtre ( l'Etranger de Albert Camus n'est pas loin avec ce personnage maintenant archétypal de Meursault, condamné à mort pour ne pas avoir pleuré à l'enterrement de sa mère).

    C'en est assez, c'en est de trop ! C'est la panique dans tout un quartier qui bascule alors dans une chasse à l'homme, homme- bouc-émissaire, plutôt réussie puisque l'homme, ou bien plutôt la bête est tuée.

    panique de julien duvivier,michel simon viviane romance julien duvivier dans panique de 194,cinéma de julien duvivier

                  "Panique", sorti en 1946, adapté d'un roman de Georges Simenon ( une fois de plus !) d'une grande modernité dans sa réalisation et son traitement en "post-production" - notamment sur le plan sonore -, c'est aussi, et c'est surtout et encore un autre film qui permet de découvrir ou de re-découvrir le niveau d'excellence du cinéma français des années 30 et 40 ainsi que ceux qui l'ont servi : producteurs, scénaristes, dialoguistes, metteurs en scène et acteurs - ici, Michel Simon, un des plus grands... sinon, le plus grand de sa génération.

     

    1 - Chanson-titre qui ouvre et clôt le film.

     

    Pour prolonger : Cinéma, cinéma de film en film de salle en salle

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Art et culture, Cinéma de film en film 0 commentaire
  • "High noon" de Fred Zinnemann

     

    high noon, le train sifflera trois fois

    "Le train sifflera trois fois" (High noon - Gary Cooper - Grace Kelly) de Fred Zinnemann -1952 

     

                    Une histoire de courage et de lâcheté, de responsabilité individuelle et collective, dualisme et ambivalence de notre nature humaine...

    Une histoire d'abandon...

    Une histoire d'amour aussi ; un amour qui force la remise en cause de principes que l'on croyait intangibles par amour et pour l'amour de l'autre ; cet autre tellement plus grand que soi et dont notre abandon provoquerait la mort ; cette mort qui annoncerait alors notre déchéance morale.

    Un western est un grand western lorsqu'il est bien plus qu'un western...

                   Un sans faute d'une heure vingt ce film  aux enjeux clairs d'une grande lucidité du réalisateur autrichien Fred Zinneman !

     

    Lien permanent Catégories : Cinéma de film en film 0 commentaire
  • En cas de malheur...



     

    Bardot et Gabin

     

                Ce sont Georges Simenon et Claude Autant Lara qui scelleront en 1957 sur un thème du compositeur René Cloërec, le destin de Brigitte Bardot et de Jean Gabin, dans la chambre d’un modeste hôtel de la rue Monsieur le Prince.

    Et si en cas de malheur, et juste avant qu’il ne frappe une dernière fois, on ne pourra compter que sur l’amour pour le temps qu’il lui sera donné de nous soutenir, de nous illuminer et de nous porter jusqu’aux nues avant l’abîme et une désolation qui nous laisseront sans voix…

    On pourra toujours se dire : « Décidément non ! Il ne pouvait pas en être autrement !» tout en ajoutant que Brigitte Bardot teint là un de ses plus beaux rôles, avant de se féliciter qu’il ait été donné à Jean Gabin de l’y accompagner jusqu’à son terme et son dernier souffle de vie.

     

    ***

     


     

     

                        Mais qui donc rendra au film ce plan volé par une censure brutale et imbécile, et dans lequel Brigitte Bardot, nue sous sa jupe, propose gracieusement son corps à un Jean Gabin subjugué ?

     

    _____________

     

    Pour prolonger... cliquez Cinéma ! De salle en salle...

     

    Lien permanent Catégories : Art et culture, Cinéma de film en film 0 commentaire
  • Monsieur Klein, Franco Solinas, Joseph Losey et Alain Delon : ou quand un autre regard est possible

    monsieur Klein, losey, delon, solinas

                 En pleine Occupation de la France par une Allemagne victorieuse, Robert Klein, marchand d’art, rachète à bas prix des tableaux de maîtres à des Juifs qui tentent de fuir le territoire.

                 Quelques mois plus tard c'est la "Rafle du Vel-d'hiv" qui scellera le destin ce Monsieur Klein peu scrupuleux.

     

    ______________________

     

                     Encensé par tout ce qui ressemble de près ou de loin à un téléspectateur, à un cinéphile, à un critique… "Monsieur Klein" de Joseph Losey, produit par le rôle titre Alain Delon sur un scénario de l’écrivain italien Franco Solinas… ce long métrage sorti en 1976  a le prestige, le mérite ou bien, l'inconvénient de l’unanimité ; autant dire, un film culte "Monsieur Kein"!

    Aussi, bon courage à qui s’avisera de formuler quelques réserves à propos de ce monument d’un unanimisme moutonnier ! Grand mal lui en prendra, pour sûr !

    Et pourtant…

     

                    "Monsieur Klein" ne serait-il pas ce qu'on peut appeler un "film menteur", un de plus,  dont le cinéma est coutumier - et pas seulement Hollywood manifestement ? Car, en ce qui concerne la dernière scène et cette voix off qui l'accompagne - écho qui se voudrait sans doute à la fois ironique et moraliste dans le genre - "Bien mal acquis ne profite jamais !" - et puis aussi - "C'est bien fait pour Klein !" -   et contrairement à ce que le scénario semble affirmer,  il n'y a pas de justice : dans la vie, les méchants ne sont jamais punis  car il  n'y a pas de morale non plus  ; ou bien alors, il faudra admettre que ceux qui entourent Klein dans ce train, et  en particulier le personnage joué par Jean Bouise dans ce wagon (à bestiaux)… que tous sont donc tout aussi coupables que lui.

    Monsieur Klein, Franco Solinas, Joseph Losey et Alain Delon : ou quand un autre regard est possible

    Monsieur Klein, Franco Solinas, Joseph Losey et Alain Delon : ou quand un autre regard est possible

               (dernière scène du film : Klein définitivement à l'étroit dans le wagon d'un train en partance - supposément - pour l'Allemagne après une rafle dite "du Vel d'Hiv"  ; dans son dos,  le personnage de Jean Bouise, un Juif spolié par Klein quelques semaines plus tôt  ; personnage censé incarné une justice immanente hélas mensongère ; et c'est alors que  le piège d'une théorie aussi fumeuse que maladroite se referme sur le trio Solinas-Losey-Delon)

     

    Alors, tous coupables : Klein et tous les autres ? Il est vrai qu'il est tentant de faire le constat suivant au regard de notre histoire ; celle de tous  les massacres et autres liquidations de masse depuis la nuit des temps : Dieu ne sauve personne qui ne sache pas se sauver lui-même car Dieu qui sait tout sait qu'il n'y a personne à sauver. Et c'est alors que le scénario se referme, tel un  piège, sur tout le monde : le scénariste, le réalisateur, le producteur, les acteurs, la critique et le public.

                     Autre remarque à propos de ce film manichéen, moralement démagogique ( démagogie communautaire  - recueillir l’estime de la communauté juive ;  sans oublier la culpabilité du non-Juif à propos des événements de la Seconde guerre mondiale) et roublard par ignorance ou par bêtise (Solinas, écrivain et scénariste,  s'est sans doute laissé "abuser" par un Delon producteur du film ; un Delon qui n'a certainement pas la carrure intellectuelle - historique et philosophique non plus - pour "gérer" un tel sujet - 1) : ce "conte" qui, encore une fois, se veut moraliste aurait été bien plus proche de ce qu'est l'être humain, de sa nature, de ce dont il est capable et de ce qu'aura été aussi l'occupation  - et par conséquent,  le film bien plus riche et précieux artistiquement et intellectuellement - si Klein avait été juif (2).

                     Certes, tout ça n'enlève rien à la qualité de la réalisation de Losey ni au film dans sa forme même si le fond ressemble fort à une escroquerie destinée sans doute à assurer le succès du film sur un plan commercial car le public - et la critique ? - aime que le méchant soit sans ambiguïté - et les gentils aussi -...  et que ce méchant soit puni à la fin.

                     Il s'agit indubitablement d'un film destiné à faire l'unanimité ; unanimité que l'on doit toujours questionner ; la vigilance et la lucidité s’en trouvent alors renforcées ainsi que la raison du plus raisonnant par voie de conséquence.

                    Le débat est ouvert. Qui s‘en plaindra ?

     

     

    1 - A ce propos, il faut bien se résoudre à constater que  Delon a sombré le jour où il a cessé d'obéir au cinéma en produisant ses propres films et à ceux qui ont écrit et écrivent encore son histoire qui a maintenant plus de cent ans, en lettres d'or. 

     

    2 - Louis Malle avec son "Lacombe Lucien - 1974" (film a contrario puisqu'il s'agit d'un méchant qui "finit bien" : rédemption amoureuse oblige !) qui n'a pas fait l'unanimité - loin s'en faut -, est certainement bien plus près de la vérité ( vérité qui attire toujours autant d'ennuis manifestement, hier comme aujourd'hui) de notre nature, tous humains que nous sommes, et de cette période maintenant historique (l'Occupation sous la Seconde guerre mondiale), et donc bien loin du mensonge de ce "Monsieur Klein" de Losey-Solinas-Delon. 

     

    _____________

     

    Pour prolonger, cliquez : Cinéma, de film en film....

    Lien permanent Catégories : Art et culture, Cinéma de film en film 0 commentaire
  • “Le Guépard” ou quand Visconti est en "panne" de cinéma

    le guépard de visconti, la mafia sicilienne et Le Guépard (Il Gattopardo) est l'unique roman de l'écrivain et aristocrate italien Giuseppe Tomasi di Lampedusa, paru en 1958 à titre posthume 

                     Le Guépard (Il Gattopardo) est l'unique roman de l'écrivain et aristocrate italien Giuseppe Tomasi di Lampedusa, paru en 1958 à titre posthume adapté pour le cinéma par le réalisateur italien Luchino Visconti en 1963.

    _______________

     

                   .... adulé par toute la critique, génération après génération, dans un mimétisme sans courage ni discernement... (le premier critique de cinéma qui dira du mal de ce film perdra son boulot, c'est à croire !) "Le Guépard" ne souffre donc aucun reproche, aucune critique.

    Et pourtant ! Avec ce long métrage de 3 heures qui a toutes les allures d'une longue cérémonie d'ouverture d'un festival de cinéma (Cannes, pour ne pas le citer), il se pourrait bien qu'il s'agisse là d'un des films les plus sur-évalués qui soit ; un film hyper-académique dans sa mise en scène - c'est-à-dire : sans dynamisme, sans volonté ni imagination -, même si Burt Lancaster crève l'écran car cet acteur crève tous les écrans de tous les films dans lesquels il tourne.
     
    Un détail néanmoins, oh... trois fois rien ! Claudia Cardinale, pseudo icône féminine, fait franchement "bonniche" ; Alain Delon, lui, n'a que son sourire et une interpellation sur le mode "Mon oncle ! mon oncle ! mon oncle !....."(Burt Lancaster) aussi récurrente que superfétatoire puisque les deux personnages n'ont rien à échanger ; rien à dire, Delon n'a pratiquement rien à faire non plus et c'est peut-être mieux comme ça.
     

    Le Guépard (Il Gattopardo) est l'unique roman de l'écrivain et aristocrate italien Giuseppe Tomasi di Lampedusa, paru en 1958 à titre posthume, burt lancaster visconti

    Cela étant posé, autres parenthèses : le meilleur de Delon, on le trouve dans "Plein Soleil" trois ans plus tôt ; le cinéma ne lui confiera jamais un si bon rôle (rôle identique à celui de "La piscine" soit dit en passant, même si Deray n'est bien évidemment pas Clément - à noter le fait que Delon "tuera" à ces deux occasions, un homme, un acteur tellement plus "intéressant" que son "meurtrier Delon", dans la vie comme dans le cinéma : Maurice Ronet).
     
    Le Guépard (Il Gattopardo) est l'unique roman de l'écrivain et aristocrate italien Giuseppe Tomasi di Lampedusa, paru en 1958 à titre posthume
       
    Mais... revenons au fond du film... tout au fond...
     
    Hormis le fait que "Le guépard" c'est "Visconti en panne de cinéma"... difficile néanmoins de contester le caractère historique de ce qui nous est donné à voir et à entendre puisque ce film cache un ouvrage qui nous rappelle une vérité tout aussi historique : alors que la révolution garibaldienne fait irruption en Sicile en 1860, c'est bel et bien la Mafia qui s'apprête à succéder à l'aristocratie et non une hypothétique République sortie d'un chapeau car rien ne prédispose cette société sicilienne  à un tel destin historique ; rien ne l'y a préparée ; ce qui n'a, là encore, rien de surprenant puisque la Mafia repose sur le vol de la propriété d'autrui, de son travail et de son savoir-faire via le racket et le blanchiment de capitaux issus d'activités criminelles (traite humaine et drogue), et  l'aristocratie, elle, repose sur l'oisiveté : on fait travailler les autres ( le vol, encore le vol et le détournement des richesses !).
     
    Dans ces deux modes d'organisation de l'existence - captation, paternalisme et dépendance totale -, l'individu ne compte pas en tant que tel ; il n'a aucun droit sinon un seul qui n'est qu'un devoir : servir un collectif indivisible et indifférencié. La Mafia supplantera et singera donc l'aristocratie (1) : et c'est le cinéma qui ne s'y est pas trompé puisque...  aux USA et au Japon,  les réalisateurs que sont Coppola et Kitano filmeront cette Mafia comme Visconti, 20 ans plus tôt,  le prince Fabrizio Corbera de Salina (Lancaster), à son arrivée dans son domaine : des hommes, des femmes, des enfants se sont rassemblés : c’est « la main d’œuvre du prince » encadrée par un maire aussi flagorneur que déférant, aussi déférant que craintif, de courbettes en courbettes ; tous sont venus accueillir le maître des lieux, intimidés et reconnaissants car, révolution garibaldienne ou non, tous sont manifestement incapables d'imaginer un autre sort pour eux-mêmes.
     
    Inutile de préciser que la Mafia mettra un point d'honneur à les y enfermer à double tour dans cette résignation qui est la leur.
     
     
     
    1 - " Nous sommes des léopards , des lions et les chacals et les hyènes nous substitueront et tutti quanti , les lions , les chacals , les moutons, continueront à croire au sel de la terre »...... ainsi prophétise le conte Salina. Ce n'est que le point de vue de l'auteur (et de Visconti) ; point de vue fort discutable puisqu'il s'agit d'un point de vue partisan ; celui d'une classe : l'aristocratie. Dans les faits, la Mafia s'appuiera sur l'Aristocratie, son mode de fonctionnement et d'organisation de l'existence des Siciliens pour se développer et prospérer sans rencontrer d'opposition notoire puisque tout était déjà en place ; il suffisait simplement de changer les Maîtres.
     
    Le personne de Delon, républicain garibaldien,  ne croit pas si bien dire lorsqu'il affirme, un rien cynique comme pour rassurer son oncle (le conte Salina) : "Il faut que tout change pour que rien ne change".... car ce personnage oublie un détail important : ce n'est pas la République qui servira de paravent mais la Mafia. Et dans ce contexte, le personne de Delon n'y aura pas sa place. Il sera balayé. 
     
    Ce que semble ignorer nombre de commentateurs de l'ouvrage de Giuseppe Tomasi di Lampedusa.
     
    _____________
     
    Pour prolonger, cliquez : Cinéma, cinéma, de film en film...
     
     
    Lien permanent Catégories : Art et culture, Cinéma de film en film 0 commentaire
  • Le cheval de Turin : Béla Taar ou le refus... envers et contre tous

     

     

     

                  Pour la petite histoire, face au grand artiste qu’est Béla Taar, réalisateur hongrois, Le cheval de Turin film sorti en 2011, a pour origine un incident qui bouleversera la vie d’un certain Friedrich Nietzsche :  le 3 janvier 1889, alors qu'il effectuait un trajet en calèche dans la ville de Turin, le cheval cessa d'avancer. Incapable de le remettre en marche, le cocher battit la bête, ce qui suscita chez le philosophe un élan de compassion irrépressible d'une intensité hors du commun :  Nietzsche se pendit au cou de l'animal et passa, prostré, les dix dernières années de sa vie dans un état de démence.

    De là à penser que Béla Tarr, qui aurait été présent ce jour-là, n’aurait trouvé rien de mieux que de rentrer avec ce cheval et son cocher jusqu’à cette ferme isolée battu par une tempête du diable, un père taiseux et sa fille, une charrette et ce même cheval qu'on attellera puis détellera, une fois, dix fois... avant de renoncer...

    Grande est la tentation !

     

                  Film frugal tout comme le repas qu’un père et sa fille partageront jour après jour - des pommes de terre cuites à l’eau au gros sel -, tandis que dans la grange, un cheval refusera bientôt toute nourriture ; et à propos de cet animal, on sera tenté de se dire que si ce cheval avait eu le don de la parole, nul doute, serait-ce sans un mot qu’il aurait mené sa vie...

     

              

     

                   Cinéaste au rythme cardiaque très lent, cinéma en apnée car, si d'aucuns savent retenir leur souffle, d'autres savent retenir le temps comme personne, tout comme cette musique musclée - organum et cordes dans le grave  -, véritable bombe à retardement lancinante et récurrente (en do mineur), destinée à porter et à accompagner 30 plans-séquences de cinq minutes chacun, plans contemplatifs pour l'uns, pour d’autres,  moins compréhensifs ou pusillanimes, plans interminables...

    Ces plans trouveront pourtant leur raison d’être, leur force, leur efficacité, leur caractère aussi rare que précieux (comme chacun sait, le cinéma ce n’est pas ce qui nous est montré mais ce qui nous est révélé !) dans le fait que, tous ces plans, sans exception, forceront le spectateur à quitter l’image et l'écran pour rentrer dans lui-même et y poursuivre deux heures et demie durant, même et surtout somnolent, sa propre œuvre que devient alors sa vie pour le temps qu'il lui sera donné d'être le spectateur de Béla Tarr.

    Pour cette raison, Le cheval de Turin se rêve autant qu'il se voit. Aussi, et vraiment ! on peut affirmer qu’avec le cinéma de Béla Tarr c’est autant le spectateur qui fait le film que le réalisateur. Et nous devrions tous demander à partager avec lui l’Ours d’argent que le film a reçu à l'occasion du dernier festival de Berlin.

                   Artiste d’une radicalité qui n’a besoin ni de discours ni de justification, fascinés nous sommes face à la volonté de fer de ce réalisateur pour lequel aucun compromis n’est une option ! Et si au cinéma, le noir-et-blanc reste bien le choix de ceux qui ont encore quelque chose à dire, et la couleur, celle de l’industrie cinématographique, avilissant tout ce qu’elle touche et recouvre…

    Le cheval de Turin restera un gigantesque bras d’honneur adressé à cette modernité cinématographique imbécile et veule, film après film - un film chassant l'autre -, d'un Béla Tarr ennemi public numéro un de tous ceux qui ont la faiblesse, la bêtise ou la naïveté de penser que le cinéma n’est qu’un divertissement destiné à nous faire vivre par procuration des vies au suspense insoutenable, dans la fureur, le bruit, le sang, les larmes et la sueur de coïts sans nombre...

    Mais alors... qu'ils passent donc leur chemin ! Le  prochain Eastwood (Eh oui ! Déjà le suivant ! Car, c'est bien connu : les gens qui n'ont pas idée en ont cinquante par jour), avec ses acteurs- tâcherons d’une industrie sans art, y pourvoira, car quelque part, dans une province hongroise, un réalisateur  attend les plus exigeants d'entre nous.

     

    ***

     

                  Après le passage d'un groupe de tziganes que personne n’a invité, chassé à la hache, l’eau du puits s’est tarie,  la tempête s’est tue, le soleil a fondu et l’aube ne s’est plus levée...

     

    (Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin le puits se vide)

     

    Après l'eau, c'est une lampe à pétrole, au réservoir pourtant plein, qui refusera définitivement d'éclairer la demeure d'un père et de sa fille, et bientôt l'écran car,  plus de lumière, plus de cinéma !

     

    ***

     

                  Béla Tarr écrase tout sauf le spectateur, et longtemps on pourra se demander avec lui qui n’en a aucune idée aujourd’hui encore, et même après plus de dix films, quelle peut bien être l’origine (quelle scène primitive au traumatisme fondateur ?) d'un tel parti-pris artistique, d’un tel refus proche d'un Bartleby, obstiné et têtu, d'une telle démarche hors du commun, même si une réponse semble s'imposer :

    A l'origine de cette radicalité sans doute trouvera-t-on le refus (encore le refus !) d'un monde dans lequel il n'est plus possible de vivre sans tuer l’autre ou dans le meilleur des cas, sans pourrir irrémédiablement la vie de son voisin avant de ruiner sa vie propre dans une lutte acharnée et cruelle pour une survie qui n’est déjà plus une vie mais un commencement de mort lente et sinistre. 

                     Et si l'on tend l’oreille, on pourra très certainement entendre de la voix de Béla Tarr nous signifier ceci : « Dans ces circonstances, ce sera sans moi ! ». En effet, Le cheval de Turin est l'ultime film d'un cinéaste qui abandonne le cinéma.

     

    _____________

     

    Pour prolonger... cliquez Cinéma ! De film en film

     

    Lien permanent Catégories : Art et culture, Cinéma de film en film 0 commentaire
  • "Le bonheur" de Marcel l’Herbier : une étude de la Star et de son statut

    Marcel l’Herbier le bonheur gaby morlay, charles boyer, cinéma français des années 30, les réalisateurs de cinéma du front populaire

             " La Star, ce symbole de l'aliénation de notre société décadente ?" (René Prédal) 

     

     

                        Jamais assez choyée, jamais assez admirée, jamais assez aimée, jamais assez fêtée...

                        Le film « Le Bonheur »réalisé par Marcel l’Herbier en 1935 avec  Gaby Morlay dans le rôle de Clara Stuart… peut être vu comme une étude de caractère qui prend pour sujet "la Star" ainsi que ses acteurs centraux et périphériques : producteurs, agents et autres parasites.

                       Puits sans fond affectif, tonneau des Danaïdes, gouffre de désir aussi absolu que nocif... insatiable dans cette quête, sur la brèche, toujours ! Le plein de la vie est dans ce manque, ce vide qui ne cesse de se remplir pour mieux se vider…

    Aussi, malheur alors à celui qui tombera amoureux de ce manque car la tentative de le combler fera son malheur ; la Star choisira toujours la promesse de plus d’amour de son public, l’amour de la multitude, anonyme, à la fois si proche et si lointain, un amour sans visage, sans corps, sans bras, son main, un amour unisexe, un amour dans lequel la star demeure seul face à son miroir qu’est son public, le corps inaccessible, le corps intacte car impénétrable… contre l’amour d’un seul.

                     La star est à la fois un mensonge qui dit toujours la vérité, et une vérité qui a pour source le mensonge :  tout comme le cinéma ! Et la moindre tentative de rompre ce cercle vicieux – le refus d’en aimer  un seul et d'en être aimée -, échouera car sa suivie en tant que Star en dépend.

    Le bonheur n’a pas de place dans cette vie-là car le bonheur ne trouve une place que dans l'authenticité  ; est heureux celui qui est authentique, d'un seul tenant, d'un seul bloc pour ainsi dire ; le bonheur ne se fera donc aucune place auprès de la Star, et cette Star auprès de lui, dans sa vie, trop grande vie, cette vie qui ne s’appartient pas, et qui ne lui appartient pas non plus ;  le jour où le public se retirera, ce public qui lui aura tout donné alors qu’il croyait naïvement avoir tout reçu d’elle…. l'étoile s'éteindra. 

     

                                                                                                 

                    Où est la vérité chez la sSar, la vérité de la star, alors que tout n’est que mensonge ou bien plutôt tromperie de par et d’autre.

    La vie d'une Star n'est pas un roman mais un conte d’une trentaine de pages imprimé à des millions d’exemplaires, d’édition en ré-édition ; conte récurrent comme une ritournelle…  à l’image de cette addiction à l’affect… le mérite de Marcel l'Herbier dans "Le bonheur" c'est bien d'avoir mis à nu la vérité humaine de cette quête ; une mise à nu avec empathie mais sans faux-semblant. 

     

     _____________

     

    Pour prolonger, cliquez : Cinéma de salle en salle, de film en film

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Art et culture, Cinéma de film en film 0 commentaire
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu