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Serge ULESKI - art, essais, écriture et littérature - Page 3

  • George Soros, toute critique interdite...

     

                      Valeurs actuelles a publié une enquête (ICI) le 9 mai sur l’homme d’affaires hongrois George Soros. Pour le magazine, « l’empire » de George Soros, « n’hésite pas à employer sa fortune pour influencer la société ». Enquête qui a fortement déplu à certains intellectuels français, juifs majoritairement et/ou proches d'Israël ; et d'autres encore, ni juif ni rien... sans doute pour que l'on ne puisse pas leur reprocher d'avoir rater le coche : celui du chantage à l'antisémitisme. 

     

    ________________

     
     
                      Peut-on critiquer Soros ? La question est posée car elle se pose bel et bien.
     
                      Autre question : Soros est-il au-dessus de la critique parce que juif ?
     
                      Et puis encore : Soros est-il d'abord juif avant d'être un acteur sur la scène mondiale critiquable comme tout un chacun ?
     
                      Celle-ci aussi : qui peut bien avoir besoin de savoir ou pas que Soros est juif avant de dénoncer ce mondialiste qui prône la fin des frontières et des nations ? Un milliardaire généreux avec l'argent des autres - il a fait et continue de faire fortune en spéculant ( la Livre Sterling pour commencer puis les matières premières) faute d'être capable d'inventer quoi que ce soit ou de contribuer intellectuellement à l'élévation de la condition et de la conscience humaines).
     
                      Et puis enfin : qui a systématiquement recours au chantage à l'antisémitisme à l'endroit de ceux qui contestent la légitimité de l'influence de Soros sur les Etats et sur, entre autres, leur intégrité territoriale ?
     

    plenel et glucksmann fils au secours de george soros

                            Glucksmann Raphaël (qui n'est  jamais que le fils de son père) volant au secours de George Soros
     
     
                           La tentative de neutraliser et de discréditer toute critique, toute hostilité à l'égard de George Soros en la qualifiant d'antisémite doit impérativement être dénoncée tout en nous incitant à suivre de près les agissements de cet homme. Censurez, diffamez, plus virulente encore sera la critique !
     

    plenel et glucksmann fils au secours de george soros

     
                                    Idem pour Plenel qui souhaitait sans doute ne pas être en reste
     
     
    Aussi, face au chantage à l'antisémitisme (procédé crapuleux) c'est aujourd'hui devenu une nécessité de mener une investigation exhaustive quant aux finalités de l'action du personnage Soros.
     

     
     
     
     
    1 - A ce sujet, merci de vous reporter au billet de blog suivant : ICI
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  • Retour sur les Présidentielles 2017 au "QG Décolonial"

     

                       

                        Paroles engagées de militants chevronnés, paroles "amateur", paroles sacrées, paroles profanes, paroles d'universitaires, paroles d'autodidactes, paroles d'une parole propre, en son nom ou bien au nom de tous les autres, paroles de professionnels de la parole...

    Paroles de Français - ou de résidents - originaires d'Afrique noire et du Maghreb...

                     

     

                     Paroles stigmatisantes, paroles en forme de "procès" aussi, paroles re-fermées sur elles-mêmes, en boucle... contre un pays d'accueil, d'adoption ou de naissance... on ne manquera pas de noter à propos de cette parole, ceci : pas un mot pour la France, pas un mot en faveur de la France de la part des intervenants de ces quartiers populaires.

    Mais alors, s'agit-il de mots qui dépassent une pensée, puis une pensée qui dépasse la nature psychique et affective du lien qui relie cette pensée et ces mots à la communauté nationale en tant qu'entité une et indivisible, pareille à nulle autre (autres pays européens) de par sa langue et son histoire si tant est que ce lien existe bien, même enfoui, même inconscient, même refoulé ?

    Car enfin, comment vivre et survivre dans un environnement social raciste, racialiste et fasciste dans lequel il n'y aurait rien à sauver ? D'autant plus que la tentation de l'enfermement viendrait très vite apporter de l'eau au moulin d'une autre parole ; celle qui entretient le soupçon quant aux motivation réelles qui se cachent derrière toutes ces récriminations.

    Et puis arrive alors la question de l'obligation de résultats : est-ce que ce parti-pris laisse vos adversaires, voire vos ennemis, loin derrière vous ou bien loin devant ?

     

                    Nul doute : il faudra bien y revenir à ces paroles, c'est sûr ! Y revenir et y réfléchir dans le but d'y trouver des pistes de compréhension multiples ; de les identifier, de les explorer toutes ces pistes, toutes ces voies, autant que faire se peut.

    Paroles apprises, paroles auto-réalisatrices, paroles induites, paroles vécues, paroles par procuration, paroles automatiques comme l'écriture du même nom, paroles incantatoires, paroles auto-révélatrices, paroles exorcistes... d'une grande complexité la nature et les ressorts de ces paroles qui ouvrent un nombre conséquent de portes d'accès à un vécu et à une réalité composites ; complexité labyrinthique aux oreilles de celui qui n'a jamais connu le racisme, la discrimination raciale, la "gestion" sociale et psychique d'une appartenance multiculturelle, l'enfermement rhétorique ou une hyper-sensibilité à propos de sa condition d'être au monde.

                  Car enfin : qui parle à qui ? Et puis : qui écoute qui ? Et puis aussi : d'où parle celui qui parle ? Quel vécu vraiment vécu a inspiré cette parole ? Quel réel vraiment réel ? Quelles cohérences trouver dans le vécu et la dénonciation de ce même vécu ? Quelles incohérences y déceler ? Quelles retombées à la suite de ces paroles ? Où donc et auprès de qui ? Pour quel écho ? Avec quels résultats ? 

    Paroles pour soi ? Paroles pour l'autre ? Paroles raisonnées ? Paroles irraisonnables ? Paroles qui avancent ? Paroles qui reculent ? Paroles qui rapprochent ? Paroles qui éloignent ? Paroles qui vous sauvent ? Ou bien, paroles qui vous noient ? 

    La question suivante se pose aussi :  qu'est-ce qui a formé cette parole exclusive, privée de "mais", de "aussi" et de "pas seulement" ? L'expérience seule ? Un vécu seul ? Expérience directe ou indirecte ?

    Autant de questions adressées à la fois à celui qui reçoit ces paroles - celui et celle auxquels ces paroles sont destinées - ainsi qu'à celle ou celui qui porte cette parole qui fait sans doute autant de bien qu'elle fait de mal : chez l'auditeur autant que chez la voix émettrice ?

                     

     

    ***

     

                    A l'écoute de toutes ces paroles, surprenant ce refus - cette incapacité sans doute aussi -, d'analyser la nature d'un vote FN (en autres phénomènes politique, social et culturel !). Incapacité pour les uns, ignorance pour les autres (ignorance de la nécessité de faire cette analyse), et d'autres encore par dogmatisme idéologique (1)... avec cette absence d'analyse et de compréhension, c'est là encore une autre-réalité sociale qui est ignorée par ceux  qui, comme un fait exprès, dénoncent à juste titre, une autre ignorance : celle d'une France de l'immigration et de la colonisation victime de discriminations et de relégation ; deux réalités donc qui s'ignorent l'une l'autre et qui servent sans l'ombre d'un doute les intérêts (principalement carriéristes faute de pouvoir prétendre au pouvoir, au vrai pouvoir !) de ceux qui occupent l'Elysée et Matignon depuis 30 ans.

    Alors que les "mais" et "aussi" et les "pas seulement" n'ont aucune place dans les interventions de ce "QG décolonial" et que les vocables "fasciste" et "raciste" dans le contexte qui est le nôtre aujourd'hui, ne peuvent en aucun tout expliquer - même une partie de ce tout -, il semble que le piège de l'association "SOS racisme" tendu par le PS - pourtant dénoncé depuis sa création par ceux qui s'expriment dans les vidéos - et qui a pour principale caractéristique "l'instrumentalisation du racisme", se soit refermé sur eux tous tel un étau : eux tous ayant intégré le procès en dé-légitimation de l'autre, de son vécu, de sa parole et de ses griefs.

    Aussi, force est de constater que la réconciliation n'est donc pas pour demain au sein des classes populaires.

                          Mais alors, comment avons-nous pu nous laisser piéger aussi facilement ?

     

    1 - Aveuglement idéologique plus ou moins "prémédité" de la part d'intervenants universitaires, issus des minorités qui plus est, et qui, sans doute par on ne sait quel miracle, ont réussi à vaincre un environnement social sans espoir, hostile à leur égard,  en parvenant pourtant à rejoindre une communauté d'enseignants d'élite : le corps universitaire - "miracle" qu'ils se gardent bien d'expliquer à ceux auxquels il ne manque jamais de rappeler qu'il n'y a rien à attendre d'une communauté nationale raciste et fasciste ;  lourde est leur irresponsabilité dans ce refus. 

    _________________

     

    Pour prolonger, cliquez : Paroles d'honneur

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  • Paroles d'honneur - QG décolonial : rebonds

     

                       Après la publication du billet Les Présidentielles 2017 au "QG Décolonial" : paroles de militants des quartiers populaires sur Agoravox (ICI) un complément d’argumentation s’est très vite imposé.

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                Chez ces intervenants réunis au "QG décolonial", intervenants de tous les âges, de tous les sexes, de toutes les conditions sociales, du prof d’université au chômeur ou salarié précaire -  notons au passage le nombre très réduit de femmes voilées présentes à cette soirée, et parmi elles, leur non-intervention, et sans que cela soit remarqué et souligné - à propos de cette France dite "monstrueuse composée d’islamophobes, de racistes et de fascistes qui a placé le FN et Macron au 2è tour de la présidentielle de 2017", tout en n’épargnant pas Mélenchon non plus du soupçon d’islamophobie et de racisme…

    Les analyses qui nous sont proposées sont à ce point irrévocables, sans appel donc, qu’un tel raccourci doit inévitablement cacher un « univers émotionnel » d’une ambivalence et d’une complexité inouïes, quasi ingérable par les intéressés eux-mêmes, jeunes de préférence : d’où une simplification à outrance des raisons de leur mal-être au monde - oui, au monde ! puisqu’un retour vers une « patrie » des origines n'est pas une option et donc une solution non plus.

    Précisons au passage ceci : à propos des discours tenus par des adultes matures cette fois-ci, discours identiques dans ses conclusions à ceux des adolescents, on n'hésitera pas à faire intervenir la notion de responsabilité dans la transmission de grilles d'analyses qui condamnent l’adolescent ou le jeune adulte à une interprétation aussi désespérée que mortifère de son environnement social présent et à venir. Ces adultes, universitaires le plus souvent, auraient été bien avisés de nuancer des conclusions empreintes de déception, de dépit et de colère, tout en rappelant ceci : jeter le bébé avec l'eau du bain, c'est se condamner à ne jamais trouver de remède au mal.

                   Dans leur refus de nuancer leurs diagnostics et leurs conclusions à propos de la France, doit-on y voir un lapsus qui nous donnerait à comprendre ce qui suit : l’ambivalence chez tout citoyen français issu de la colonisation et/ou de l’immigration, indépendamment de la présence de discriminations avérées, de ses sentiments à l’égard de son pays d’adoption - pays autre que celui de ses origines, ou bien celui d'une partie d'entre elles ; pays d’accueil d'un de ses parents, sinon les deux, pays de rapatriement ou de secours tel une roue, faute de mieux et par crainte du pire…

    Citoyen français qui peut aussi avoir été lésé, sinon abandonné, par l’histoire culturelle de cette autre identité dont il lui faut assumer l’histoire - pour ne rien dire de cette appartenance culturelle et affective multiple, double, triple, voire quadruple dans le cas de figure d'un français algérien musulman chômeur (qui peut bien vouloir s’y coller à cette quadruple identité dans le contexte de la France ?) - et la difficulté de cet héritage à la racine de laquelle on trouvera un pays des origines dont les mœurs lui sont quasi étrangères ; et parfois même, pays de la honte car entaché de non-droit, corruption, injustices, massacres de masse, pauvreté et parfois misère que des médias impitoyables ne manqueront pas, sans retenue ni nuances, de relayer jour après jour ; médias qui ne s’occupent que des crimes et châtiments de l’Homme qui n’est qu’un loup pour quiconque a la faiblesse de se montrer brebis…

    Et alors que ce Français du Maghreb ou d’Afrique noire aura pour principal référant appartenant à une ethnie et une histoire ultra-majoritaire, la figure tutélaire d’un homme blanc au passé colonial couvert d’opprobre - du moins telle est le plus souvent la représentation qui lui sera faite de ce passé détestable -, mais qu’il ne peut haïr qu’au prix de ce qui pourrait bien s'avérer représenter un préjudice psycho-affectif important, tout en restant confronté, encore et toujours, à cette identité des origines

    Français à qui il peut être donné de réussir, ici, dans ce pays auquel il se trouvera bien en peine de rendre quoi que ce soit, d'autant plus que ce pays, la France, refusera très certainement ce don au prix, là encore, d'un malaise identitaire préjudiciable pour la société tout entière…

    Prenant en compte tous ces éléments et d'autres encore, qui pourra nier le fait suivant : derrière chaque adoption il y a toujours un abandon ; et rien ni personne, jamais, ne peut remplacer ce qui aurait dû être sa famille, qu’elle ait été absente ou bien, écrasée par le poids culturel d’une autre famille dite d’accueil,  et plus encore lorsque l’histoire et la culture de cette famille des origines sont jugées par une grande partie de la société infréquentables jusqu’à… l’irreprésentable (1).

                      Aussi, ne finit-on pas par mordre la main qui vous a accompagné bon an mal an quand le destin vous a refusé une autre main qui aurait dû, elle aussi, contribuer à faire de vous un adulte autonome et responsable ? Une main qui, pour votre malheur, n’aura ni su ni pu le faire…

    Reste alors ce verdict qui pourrait bien s'avérer n'être dans les faits qu'un lapsus compensatoire : « La France monstrueuse qui vote FN, Macron et Mélenchon » sans autre formalité.

     

    1 – Reconnaissons en toute bonne foi et en toute lucidité…  qu’il est très certainement plus facile de se lever le matin quand on est un Français-italien avec pour références la grandeur de Rome et la splendeur de la Renaissance, ou bien un Français-juif avec Marx, Freud et Einstein.

    Ne sommes-nous pas aussi tout ce que nos prédécesseurs et nos contemporains ont tenté d'accomplir ? Pays, Etats, régimes, nations, continents, cultures, individus, seuls ou bien en grappes indissociables, tous... n'héritons-nous pas de leurs échecs comme de leurs réussites ?

     

    ***

     

                   A contrario… suite aux réactions que ces vidéos ont suscitées… apportons les précisions suivantes :

                    - Parler négativement de multiculturalisme c’est déjà faire, et c’est encore faire, le procès de ceux qui, discriminés et relégués, souhaitent trouver des solutions pour eux-mêmes en l’absence d’un engagement ferme en leur faveur de la part de la communauté nationale : Etat, partis de gouvernement et électeurs.

    Parlons de "repli et rejet" et traitons bien plutôt la tentation isolationniste dont on pourra distinguer deux sources :

    - "Vous ne voulez pas de nous, eh bien, nous on ne veut pas de vous !" - notons qu’il a bien été question un temps de désir d’intégration - d’être acceptés et de se fondre dans la masse - de ceux qui optent en désespoir de cause, épuisés et désillusionnés, pour l’isolement et le repli qui ne peut être que communautaire puisqu’à l’origine de cette décision, on trouvera une communauté ethnique et historique facilement identifiable victime de cette discrimination, voire du racisme - c’est donc une lapalissade qui n’explique rien et ne rend compte de rien que de parler de repli communautaire.

    - "Vos valeurs occidentales, pour ne rien dire de votre hypocrisie constante à notre égard, nous n’en voulons pas. Nous ne vous demandons rien d’autant plus que nous n’avons pas choisi de naitre en Europe. Simplement : ignorez-nous... nous on s’occupe de nous" – Dans ce cas figure, on peut en déduire qu’aucun désir d’intégration ne s’est jamais manifesté ; un désir d’appartenance à la communauté nationale majoritairement européenne de culture n’est pas à l’ordre du jour. Reste à savoir si derrière ce refus catégorique, on ne trouvera pas un peu de dépit. Un refus d’origine religieuse simplifiera l’analyse ; aucun doute possible alors, il s’agit bien d’une remise en cause des valeurs de la majorité.

    Indépendamment de ces deux cas, précisons ceci : nos sociétés occidentales sont multiculturelles : Europe, Afrique Asie sont les trois continents qui les composent à la hauteur de près de 15% de leur population. Aussi, comment pourrait-il en être autrement ? Qu’on nous l’explique.

    Si on peut parler d’échec à une intégration citoyenne « pleine et entière » tout en établissant des responsabilités multifactorielles, à la fois exclusives et inclusives, responsabilités tantôt partagées, tantôt non-mutualisables, on ne peut factuellement ni moralement parler « d’échec du multiculturalisme » sans tomber dans une essentialisation d’une mauvaise foi consommée de cet échec puisque nos sociétés sont devenues depuis les années 70 des sociétés multiculturelles de fait.

                      - La « discrimination positive » est évoquée négativement ici et là ; précisons ceci à son sujet : quiconque est vraiment sérieux, vraiment soucieux de combler le retard accumulé par des populations discriminées, ne pourra pas s’y opposer d’autant plus que les bienfaits surpassent de loin les inconvénients pour les intéressés et la société dans son ensemble. Le procès fait à la "discrimination positive" cache le plus souvent une indifférence, voire une complaisance coupable, à propos du sort injuste et cruel des discriminés dans les sociétés occidentales.

     

                     - Affirmer que prendre le parti de présenter les discriminations raciales  « comme la conséquence des préjugés qui traversent la société » empêcherait toute critique sociale c’est oublier un peu vite que la dénonciation des préjugés reste une nécessité absolue car... avec le FN, la question de l’immigration post-coloniale et des Français qui en sont issus est au cœur de la rhétorique de ce parti ; il est donc bien question aussi d’une responsabilité individuelle en tant que citoyen et électeur et pas simplement de s’en prendre au "système social" lui-même ; de plus, dénoncer ces préjugés et l’indifférence à leur sujet c’est aussi et c’est encore faire de la critique sociale ; celle du pouvoir des médias dans la propagation de ces préjugés par exemple. 

    Car, avec ce souci de vouloir coller au plus près de la critique sociale, s’il doit être encore question d’un "Classes populaires (travailleurs !) unissez-vous !", il serait bon qu’on n'oublie pas le fait que le chômage touche parfois jusqu’à 30 à 50% de ces "populations".

    Aussi : "Dure, dure l’unité des luttes sur les lieux de travail auprès d’une population qui en est absente !"

     

     ***

     

                     C'est sûr : ces deux vidéos de « QG décolonial » doivent nous alerter car elles nous révèlent comment au fil des ans la fêlure s'est accentuée pour devenir une véritable rupture du lien, rupture d'appartenance, notamment chez les plus jeunes - jeunes filles en particulier - qui font usage d’une rhétorique sans nuance, d'un verdict sans appel (notez que les interventions des universitaires n’arrangeront rien !) d'une virulence qui ferme toutes les portes et qui les condamne à plus de rejet et à plus d’isolement et de discrimination.

    Certes, il s’agit là d’intervenants hyper-conscients socialement ((j’allais dire à tort... hyper-politisés) des mécanismes de l’exclusion alors même qu’il existe encore, sur un plan individuel, des possibilités de rejoindre la communauté nationale... il est vrai qu’il ne peut s’agir pour l’heure que de tenter individuellement sa chance ; aussi, à la lecture de ces vidéos, il se pourrait bien qu'il nous faille arriver au constat suivant : les sœurs refusent maintenant de s’en sortir sans les frères ; et les frères sans leurs parents ; ce qui complique singulièrement le problème.

                       Après avoir visualisé ces deux vidéos, parviendrons-nous  à déchiffrer, comprendre et accepter finalement les discours qui nous sont "jetés" à la figure avec une injustice et une violence rares ?

     

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  • Slate.fr : un journalisme de Tartufe

    erdogan la turquie les musulmans français slare.fr

                Le sujet de cet article de Slate.fr n'est pas Erdogan, tout le monde l'aura compris, et en particulier, les lecteurs de bonne foi et vigilants qui savent décrypter un article de presse, qui plus est...  issu de la rédaction de Slate.fr .

    Cet article c'est bien évidemment la continuation par d'autres moyens - sans doute pour ne pas être en reste -, de la campagne de dénigrement systématique à l'endroit des Musulmans français au côté des Unes insultantes de Charlie Hebdeo semaine après semaine et de tous ceux qui s'en donnent à coeur joie depuis des années quand il s'agit de stigmatiser toute une communauté.

    En effet, force est de constater que... tout ce que la rédaction de Slate souhaite faire passer comme "message" à ses lecteurs - plus groupies que lecteurs soit dit en passant (se reporter aux commentaires sur Facebook) c'est bel et bien celui-ci : "Regardez ces Musulmans français qui préfèrent la Turquie d'Erdogan à la France qui a tant fait pour eux tous !".  Car, plus faux-cul que Slate.fr (webzine atlantiste, mondialiste et très proche d'Israël - cherchez l'erreur dans cette coincidence pour peu qu'il y en ait une.... et ça, c'est pas sûr du tout !)... vous ne trouverez pas !

    Mais... qu'à cela ne tienne ! Jouons le jeu des questions et des réponses.

     

    ***

    "Pourquoi Erdogan séduit tant de jeunes musulmans franco-maghrébins ? "

     

                  Pourquoi, demandez-vous ? Tout simplement pour retrouver un peu de fierté, de considération (la Turquie musulmane est un pays qui compte sur la scène internationale) et  reprendre un peu de "pouvoir"... avec Erdogan à la tête de la Turqui, même si la seule question qui vaille devrait être  : pourquoi nos Musulmans français en sont "réduits" à regarder du côté de la Turquie pour retrouver un peu de dignité ?

    Question qui en appelle une série d'autres : de quoi un Musulman français peut-il bien être fier en ce qui concerne ce qui aurait dû être son pays, la France ? De la destruction de la Libye, de la Syrie, de l'Irak et de l'Afghanistan ? Des Unes de Charlie Hebdo semaine après semaine ? Des sorties médiatiques d'un Zemmour et d'un Finkielkraut ? Et de la lâcheté incommensurable de l'Europe vis à vis d'Israël et de sa politique envers leurs "frères palestiniens" ? Pour ne rien dire, car beaucoup a déjà été dit, du passé colonial de la France, de l'Europe et l'humiliation de l'Afrique et du Maghreb ?

    Et comme un malheur n'arrive jamais seul : des années durant, depuis leur plus jeune âge... les cas psychiatriques d'une délinquance multirécidiviste, une délinquance de délinquants sans solution pour eux-mêmes et nous pour eux, ont trouvé une résolution et une sortie définitive, hors du monde qui plus est : l'Islam.

    Sales temps pour cette religion !

                  Mais alors, que Slate.fr assume ses partis-pris ; que ce webzine nous dise qu'il n'en a rien à battre du ressenti des Franco-musulmans ; mais surtout, que Slate.fr ne vienne pas nous faire croire qu'il n'y comprend rien  à ce "désamour" d'une partie des Français Musulmans pour la France ou plus simplement des Français issus de la culture arabo-musulmane.

     

     

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  • Première guerre mondiale : Stanley Kubrick contre Jean Renoir

                    A 20 ans d'intervalle, deux films, deux réalisateurs sur un sujet identique : la Première guerre mondiale ; c'est un océan qui sépare ces deux films et ces deux réalisateurs. 

     

    renoir kubrick sur la première guerre mondiale

    La Grande Illusion de Jean Renoir - 1937

     

    Encensé par tout ce qui ressemble de près ou de loin à un cinéphile, à un critique… "La grande illusion" a le prestige, le mérite ou bien, l'inconvénient de l’unanimité ; autant dire, un film culte. Aussi, bon courage à qui s’avisera de formuler quelques réserves à propos de ce monument d’un unanimisme moutonnier ! Grand mal lui en prendra, pour sûr ! Et pourtant…

    Première Guerre mondiale...

    Huit millions et demi de Français seront appelés ; un sur cinq y laissera sa vie, sa pauvre et maigre vie, à raison de 900 par jour, et autant de mutilés - un bras, une jambe, des yeux, la vue… -, en Flandres, en Artois, dans la Somme, en Île-de-France, au Chemin des Dames, en Champagne, à Verdun et en Lorraine…

    Tenez ! 27000 morts en une seule journée le 22 août 1914 «à coups de crosse, à coups de poignards, à coups de bombes et de mitraille». 

    Pour une guerre joyeuse dans ses premières semaines… on peut dire qu’en 4 ans, le spectacle tournera au cauchemar puis à la tragédie car cette boucherie et ce scandale qu’est cette guerre dont on cherche encore aujourd’hui la grandeur.

     

               Jean Renoir dans « La grande illusion » nous présentera un conflit mené dans un esprit chevaleresque et aristocratique, alors qu’il s’est le plus souvent agi de bouchers gantés, le petit doigt sur la couture du pantalon civil et militaire, impeccables certes !  Habiles dans le maniement de leur lorgnon, c’est vrai ! mais bouchers quand même ! Et leurs épouses, marraines de guerre, n’y changeront rien ; chacun de leurs colis viendra ajouter une touche obscène à ce sacrifice sans scrupule et sans objet qu’est cette première guerre mondiale.

    S’il faut parfois savoir se taire avant de parler, décidément, il y a des réalisateurs qui feraient bien de retenir un « Moteur ! » avant de donner le signal de faire tourner la caméra d'un projet cinématographique qui soumettra à notre perspicacité des questions qui n’en sont pas et des réponses… pas davantage. En effet, les de Boëldieu et les von Rauffenstein (les rentiers et les banquiers), héros d’un film fâcheux d'un fils dont le père était quand même mieux inspiré, pinceau d’une main, palette de l’autre, n’étaient au mieux qu’une exception qui confirme la règle, au pire une fiction d’une naïveté insultante pour les millions de pauvres bougres qui y laissèrent leur vie. Dans les faits, les Rauffenstein et de Boëldieu de ces années-là avaient la rancune sournoise ; n'en doutons pas un seul instant, ils étaient bien trop contents de précipiter sous la mitraille des gueux souvent grévistes et revêches, sans doute pour leur apprendre à obéir une fois pour toutes les fois, la dernière, où ils auront été tentés de n’en faire qu’à leur tête d’ouvriers et d’artisans décidément indomptables.

    Quelques jours avant sa mort et le début d'un grand chambardement, Jaurès ne s'est-il pas adressé à eux en ces termes :

                  « Quoi qu’il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n’y a plus, au moment où nous sommes menacés de meurtre et, de sauvagerie, qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c’est que le prolétariat rassemble toutes ses forces qui comptent un grand nombre de frères, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes et que nous demandions à ces milliers d’hommes de s’unir pour que le battement unanime de leurs cœurs écarte l’horrible cauchemar ». Discours de jean Jaurès – le dernier -, contre la menace de la guerre totale cinq jours avant son assassinat - prononcé à Lyon-Vaise le 25 Juillet 1914.

     

    renoir kubrick sur la première guerre mondiale grande illusion sentiers de la gloire

    Les sentiers de la gloire : Stanley Kubrick - 1957

     

                  Cette boucherie de 14-18  qui semble avoir échappé à Renoir - durant la Première guerre mondiale, il sera affecté dans une escadrille  de reconnaissance - et les de Boëldieu de ce conflit, c'est Stanley Kubrick qui nous les servira sans réserve dans un film militant basé sur des faits réels (affaire des caporaux de Souain).

    "Les sentiers de la gloire", véritable cri anti-guerre,  retentira comme un appel vibrant à la fraternité  humaine : "Soldats de tous les pays, unissez-vous contre votre hiérarchie et vos gouvernements !" car le soldat, chair à canon, simple pion, n'a qu'un seul ennemi : cette même hiérarchie et ces mêmes gouvernements.

     

    ***

             

                  Longtemps on pourra regretter que la critique cinématographique ( celle de la tradition d'un Michel Ciment - plus groupie que critique notamment envers tous les réalisateurs dits "culte") restera absente dans la dénonciation de cette faute à la fois morale et historique qu'est "La grande illusion" ; et  si cette « illusion » sur grand écran  a été bien accueillie par la critique et le public dès sa sortie en 1937 – contrairement à « La règle du jeu » tournée une année plus tard -, c’est sans doute parce que  personne ne s’y est trompé : seule la vérité dérange,  le mensonge, lui, en rassure plus d’un et plus d’une.

     

     

    1 - A noter le fait que Renoir proposera ses services à Vichy dès 1940. Esprit confus que celui de Renoir ! sans doute parce qu'il n'a pas reçu d'éducation politique, morale et philosophique poussée. Double discours aussi : "La règle du jeu" et "La grande illusion" : Renoir valide quoi dans ces deux films ? Où est Renoir et avec qui ? On pensera au "... en même temps" de Macron et d'autres : ce fameux centre, le ventre mou de la morale et de l'engagement. Souvenons-nous de cette remarque du personnage Octave tenu par le réalisateur dans la Règle du jeu : "Tout le monde a une bonne raison d'être ce qu'il est et de faire ce qu'il fait". Le mot (l'adjectif) en trop est "bonne"... car une raison n'est pas nécessairement une "bonne" raison. Cette nuance a échappé à Renoir tout au long de son oeuvre : Renoir semble ne juger ni le mal ni le bien : relativisme lâche et opportuniste ? - retour alors à la case départ : la première ligne de ce commentaire-ci.

     

     

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  • Penser la dissidence aujourd'hui avec Bartleby de Hermann Melville

     

            La nouvelle de Herman Melville (l’auteur de Moby Dick) parue en 1853, n’en a jamais fini avec la postérité semble-t-il : année après année, elle creuse son sillon. Chouchou des philosophes, de nombreux penseurs se sont emparés du personnage de Melville et de son « I would prefer not to » qui fera le tour du Monde.

     

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             Un petit rappel des faits avant d'aller plus loin : le narrateur est un homme de loi de Wall Street qui engage dans son étude un dénommé Bartleby pour un travail de « scribe » : il recopie des textes. Au fil du temps cet employé ne parlant à personne mais travailleur et consciencieux, refuse certains travaux que lui demande son patron ; il ne les refuse pas ouvertement, il dit simplement qu'il « préférerait ne pas » les faire. Peu à peu, Bartleby cesse de travailler, mais aussi de sortir de l'étude ; il y prendra ses repas et y dormira. Finalement congédié, il refusera de quitter les lieux forçant son employeur à déménager laissant au bailleur le soin de traiter le problème « Bartleby » : il sera emprisonné et se laissera mourir d’inanition.

     

    Après le décès de Bartleby « tombé, recroquevillé par terre, face immobile devant le mur de la prison », un petit  appendice nous apprend qu’il a longtemps travaillé à la poste au service des « Lettres au rebut » - service qui gère les courriers qui ne peuvent trouver leur destinataire. Le narrateur s'intéressera à cette information pour la raison suivante : “Imaginez un homme condamné par la nature et l’infortune à une blême désespérance ; peut-on concevoir besogne mieux faite pour l’accroître que celle de manier continuellement ces lettres au rebut et de les préparer pour les flammes ?”

     

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    « Que savez-vous de votre douleur en moi ?»

     

               Si Bartleby n’est pas « L’écriture du désastre » (Blanchot), en revanche, Bartleby est bien l’histoire d’un gâchis humain, voire même... de son sacrifice. Alors que la littérature européenne du XIXè nous proposera des personnages juvéniles, fantasques, hédonistes, raisonneurs centrés sur eux-mêmes, mais finalement jouisseurs à la petite semaine, c’est bien une bombe à retardement que Melville a transmise à la postérité : celle d’un discrédit porté, un siècle avant son apogée, sur une révolution industrielle et un productivisme consumériste corrupteurs des âmes jusqu’à l’assèchement, sans oublier le saccage d’une nature bouc émissaire, et ce bien longtemps avant Hiroshima dont les applaudissements sous les hourra et autres cris de joie (parce que la bombe a bien rempli son office - exploser ! -, et la cible a été atteinte en son cœur – impact optimal)… résonnent encore dans les couloirs de toutes les chancelleries.

     

    Située au croisement conflictuel des lignes politiques et morales qui déchirent notre modernité post-moderne, Bartleby serait donc une Œuvre prophétique ?

    Premier personnage littéraire « résistant »  - nous sommes en 1850 -, avec la désobéissance de Bartleby dont la mesure est en lien direct avec ce à quoi elle s’oppose, Melville nous propose un personnage en suspens, figé et qui, manifestement, se trouve – et c’est peu de le dire -,  bien en peine de pouvoir célébrer quoi que ce soit ; un personnage dans l’incapacité de rendre le moindre hommage à cette société déjà marchande, industrielle et financière qui l’a vu naître manifestement et rétrospectivement à son corps défendant.

    Melville était-il donc lui aussi bien en peine de célébrer et de sauver quoi que ce soit de son époque ? Et aujourd'hui, plus d’un siècle et demi après, ne peut-on pas nous aussi nous poser la question : qu'est-ce qui nous reste à célébrer et à sauver ?

    La réponse ne tardera pas : sûrement pas la vie ! La fin, nous sommes ! La fin et les moyens... et rien d'autre. Plus rien devant nous, plus rien derrière. Plus rien ne nous précède. Plus rien ne nous dépasse ! Aussi, il ne nous reste plus qu'à nous consommer tous autant que nous sommes avant de nous entre -dévorer, jour après jour, anthropophages et cannibales. Et tout ça n’a plus aucune importance car quelque part au fond de nous-mêmes, nous savons tous que nous sommes tous... déjà morts. 

    Cette formule de Bartleby « I would prefer not to » serait donc la dernière parole d’un monde défunt, sa dernière volonté : ne plus rien vouloir ni défendre ni sauver ? Peut-on aller jusqu’à parler d’une formule d’extrême onction ?

    La parole Bartleby traduite en français par « je ne préférerais pas », ou « je préférerais ne pas » ou encore « j'aimerais mieux pas » (on remarquera l’usage du conditionnel) clôt tous les débats. Elle n’ouvre aucune porte, elle les ferme toutes, à la fois chez Bartleby et chez celui qui la reçoit en pleine face comme un défi, une insulte et une humiliation. Plus Bartleby en fait usage, plus insoutenable elle devient. Chaque occurrence de cette formule réduit au silence son interlocuteur, comme si elle le   vidait. Forcés au silence, de frustration en humiliation, seul l’usage de la violence à l’encontre de Bartleby délivrera et soulagera ses collègues de bureau, symboles d’une société répressive qui se sent menacée et attaquée par cette formule-refus pourtant explicitée sans haine, sans ironie ni provocation, d’une voix décidée mais douce et avec tous les égards dus à l’interlocuteur (d’où le conditionnel) ; une formule d’une radicalité d’une extrême politesse.

     

    ***

     

             Si l’on en croit la lecture d’un Deleuze pour lequel ce n’est pas Bartleby qui est malade mais la société, et au-delà, l’Occident, en conséquence, on comprend aisément que cet anti­-héros de la moitié du XIXe siècle soit aujourd’hui élevé au rang de super-héros des temps modernes, en objecteur de toutes les consciences qui ne préfère plus rien car il souhaite ne plus rien vouloir sinon se laisser mourir ; ultime conséquence de ce refus. Et Deleuze de conclure par un : « Bartleby, le nouveau Christ, notre frère à tous ! »

    Derrida voyait en Bartleby un sacrificateur… il se serait agi manifestement d’un sacrifice pour rien puisque… pensé en 1853, Bartleby, personnage et symbole tout à la fois, n’aura aucune main, aucun poids sur les événements du siècle à venir.

    Christ, sacrificateur, victime de la violence sociale… toutes ces lectures sont pourtant aux antipodes de ce que Melville nous donne à lire.

    Qu’à cela ne tienne… une fois livré aux lecteurs, le personnage échappe à son auteur, et l’interprétation d’un Deleuze prouve une fois encore qu’en littérature, le meilleur personnage qui soit est bien le lecteur car, c’est lui qui « fait » le livre. Il suffit de penser à tout ce que le lecteur-intellectuel-philosophe est capable d’investir dans sa lecture de la nouvelle de Melville.

     

    *** 

     

     

               Il semble donc que tous ont trouvé dans Bartleby  le contraire exact de ce que Melville nous donne à comprendre. Mais alors… et si le personnage de Bartleby nous renvoyait plus simplement à la schizophrénie ou aux psychotiques bien des années avant Eugen Bleuler qui fut à l'origine de ces diagnostics vers la fin du XIXe ? Chez Melville, la pétrification et l’anorexie de Bartleby ne sont pas des symboles mais des faits d’une objectivité quasi clinique. Melville mentionnera à propos de son personnage “un désordre inné et incurable”, un “mal excessif et organique”. 

    Melville souhaitait-il ôter à Bartleby, préventivement, toute dimension politique ou prophétique, toute métaphysique ? Son personnage l’aurait-t-il effrayé au point que Melville aurait alors cherché à s’en retirer sur la pointe des pieds comme pour mieux nous laisser un Bartleby simplement dérangé ? Bartleby ne serait donc qu'une mise en scène textuelle de la folie, la première depuis Sade ?

    Melville insiste : la folie de Bartleby n’est pas due qu’à la seule nature : « Imaginez un homme condamné par la nature et l’infortune à une blême désespérance ».

    Difficile d’oublier le fait que Bartleby est un contemporain de Baudelaire, et à partir de là, difficile de ne pas penser à son poème Spleen du recueil « Les fleurs du mal » daté de 1857 ; poème symptôme de la grande peste mélancolique qui en Europe fait déjà des ravages avec Baudelaire comme figure de proue : « Quand la terre est changée en un cachot humide/Où l'Espérance, comme une chauve-souris/S'en va battant les murs de son aile timide/Et se cognant la tête à des plafonds pourris...) ; on pensera aussi au tableau Le cri de Charles Munch ; et enfin, la dépression, mal du XXe siècle et très certainement des siècles suivants car nous sommes encore loin d'en avoir fini avec la déshérence et  la dépossession.

     

               Le patron de Bartleby demeure impuissant face son employé. Après s’être enfui (il fermera son étude et déménagera ses bureaux) il reviendra vers Bartleby submergé par une immense vague de pitié qui, plus tard, se changera en compassion - faiblesse de toutes les faiblesses -,  et plus tard encore, en commisération puis en naufrage fusionnel jusqu’à la communion (des saints ?).

    Dans l’esprit, difficile de nier que la nouvelle de Melville exalte entre autres vertus, la charité. Face à Bartleby, personnage comme « mort au monde » (Artaud), très vite le narrateur choisit l’anéantissement et ce nouveau commandement insufflé en lui par Bartleby : « Je ferai tout ce que vous voudrez ! » avant de confesser - Bartleby devenant alors le confesseur de son employeur -, du bout des lèvres : « Que savez-vous de votre douleur en moi ? » ; aveu d’une révélation chez le narrateur : la révélation de son propre néant.

     

                 Que le récit soit porteur d’une vérité humaine universelle, c’est certain. Métaphore poétique inédite, parabole, fable ou conte, c’est bien de la condition humaine qu’il est question : gâchis, catastrophe et sacrifice puis, une fois défait, un genou à terre, rédemption du narrateur dans l’abandon de sa volonté : le renoncement à sa propre vitalité, un quasi renoncement au monde au côté de Bartleby.

     

                A propos du personnage de Melville, on a parlé de solitude et d'incommunicabilité, d’échec de la communication entre un être et la société, de son incapacité à nouer un contact avec autrui, même futile. Comment Melville avait-il pu sentir bien avant tous les défroqués donneurs de sens et d’explications à la pelle du siècle à venir, jusqu’à nos rêves les plus intimes, de Freud aux divans des psys des télés et des radios, que sans une communication avec les autres, sans le récit de soi-même, c’est  l’effondrement ? Un Melville qui reconnaîtra en 1853 la nécessité humaine de cette communication pour conjurer le danger psychotique qui guette quiconque souhaite s’y soustraire.

    C’est l’enracinement qui permet le nomadisme : parce que l’on sait d’où l’on vient, nous sommes alors capables de nous en détacher ; dans le cas contraire, mettre la charrue avec les boeufs, c’est ouvrir la porte à tous les déséquilibres possibles jusqu’à l’anéantissement par la violence. Dans ces conditions, c’est le rapport essentiel entre le langage et le silence qui doit être inversé. Le langage est une libération, - pouvoir se raconter, communiquer -, et le silence une prison. C’est donc par la communication avec autrui, et non par le silence et l’abstention que la vie sociale, et la vie tout court, se dégèle et s’échauffe.

     

              L’amour de la vie ne devrait-il pas nous permettre de nous réconcilier avec ses inconséquences, ses imperfections, voire ses horreurs ? « I would prefer not to », cette formule en forme de procès fait au monde, n’est-elle pas une tentative de fuite hors de l’existence ? Une fascination nostalgique, un “sentiment océanique” porteur de l’idée d’un grand tout universel, ou plus modestement, une mare amniotique pour s'y baigner, embryon jamais venu au monde, fœtus du refus (océan/néant) qu’une mère aura retenu - elle n'a jamais accouché, elle l’a gardé pour elle seule et pour lui seul -, refusant de le jeter en pâture à l’horreur de notre monde dans toute son horreur... monde que l'on ne peut décidément pas refuser d'habiter, volontairement ou bien, comme contraint par un envoutement aujourd'hui encore mystérieux  qu'au prix d'un énorme préjudice à soi-même.

    Poussée jusqu’à son ultime conséquence, Bartleby en aura fait l’amère expérience ; une expérience amère et fatale.   

          

                                                                                       ***

      

                  Où sont aujourd’hui les Bartleby ? Tous ceux qui s'abstiennent comme d'autres se retiennent entre deux «  je préférerais plutôt pas » - véritable sésame de tous les objecteurs de conscience politique, morale et éthique, face à ceux qui toujours tranchent et se jettent à l'eau, et quand ils se noient, ce n'est jamais seuls ; ils prennent toujours soin d'emporter les autres avec eux...

    Il faut avoir lu la nouvelle de Melville et vu Bartleby tel que Maurice Ronet (1) l’a vécu, lui qui savait tout, et plus que quiconque, de la douleur des autres en lui parce qu’elle était aussi la sienne, pour réaliser à quel point ce refus du monde était bien plus grand que le personnage de Melville, bien plus grand que tout ; il y a avait dans son refus tous les refus passés et à venir, grands et petits, anonymes, ignorés de tous, renoncements qui sauvent et protègent... mais fallait-il pour autant porter ce renoncement jusqu’à l’ultime refus et souhaiter mettre un terme à l’aventure humaine ? 

    Certes ! On survit à tout, c’est vrai. Et c’est la raison pour laquelle tout peut arriver. Et c‘est aussi la raison qui fait que finalement... tout arrive. On décide de survivre à l’horreur et à la douleur. C’est notre capacité d’endurance qui rend possible toutes les horreurs. Notre obstination à vouloir vivre coûte que coûte, notre résistance font que l’horreur sera toujours sûre. Si seulement nous étions tous incapables de survivre à cette horreur ! Si seulement nous n'avions pas la folie de lui tenir tête, notre espèce, pour ne pas disparaître, ferait tout pour l’éviter, car la prochaine horreur signerait la fin de l'espèce humaine.

    Bartleby avait-il compris qu'aussi longtemps que nous survivrons à cette horreur, jamais nous n’y mettrons fin ? 

    Cachez toutes ces horreurs que je ne saurais voir ! Bartleby qui n’appartient plus à son créateur Melville depuis longtemps déjà, maintenant autonome, ce Bartleby-là a sans doute refusé d’être un tartuffe de l'horreur et de son indignation car, qu'on le veuille ou non, survivre à cette horreur, c’est accepter qu’elle nous frappe à nouveau, sans discernement comme un aveugle frappe le sol avec sa canne pour ne pas trébucher sur un obstacle ; obstacle qui lui serait fatal. Pour un peu, et à son sujet, on en viendrait à penser qu'il cherche à retrouver quelque chose qu'il aurait perdu car, quel boucan cette canne qui frappe le bitume ! Un vrai boucan d’enfer, cette canne qui cherche à retrouver quelque chose mais... devant elle ! Oui ! Devant elle ! Toujours ! Un quelque chose comme perdu... pour demain.

     

    ***

     

                   Eugène de Rastignac, Frédéric Moreau, Julien Sorel, Antoine Roquetin, aucun personnage de la littérature française n'est à la hauteur d'un Bartleby, notre contemporain avec près de 200 ans d'avance. On doit donc à la littérature de langue anglaise un personnage sculpté dans le marbre et taillé à la mesure de deux siècles déjà écoulés et de ceux qui sont encore à venir.

     

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     Bartleby réalisé en 1976 par Maurice Ronet, avec Maxence Mailfort (Bartleby), Michael Lonsdale ; film aujourd’hui oublié, salué en son temps et à sa sortie comme un chef d’œuvre. Un Maurice Ronet anti-Delon par excellence – culture, intelligence et sensibilité – que ce même Delon "tuera" à deux reprises dans les films suivants : Plein soleil et La piscine ; l’industrie du cinéma préférant la plastique d’un Alain Delon, une beauté opaque et aveugle, sans hauteur ni profondeur, sans perspective, une beauté cul-de-sac comme la bêtise qui n’ouvre aucune voie et ne fait résonner aucun appel, contre la beauté blessée d'un Maurice Ronet qui a tenu, souvenons-nous, le rôle d’Alain dans l’adaptation de Louis Malle "Le feu follet" de Pierre Drieu la Rochelle ;  un Alain pendant moderne de Bartleby ?

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  • Coupe du monde de football 2018 oblige !

             Billet de blog publié en 2016 

     

     Karim Benzema ou la dénonciation du racisme mise à la portée des opportunistes, des imbéciles et des voyous

     

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             Une affaire de "tentative d'extorsion de fonds" aux dépens de Mathieu Valbuena -basée sur l'existence présumée d'une sextape d'images d'ébats avec sa compagne - a valu à Karim Benzema une mise en examen, comme quatre autres co-accusés dont un ami d'enfance. De fait, l'attaquant vedette "n'est plus sélectionnable"en équipe de France, a prévenu la Fédération française de football, à six mois de l'Euro 2016 en France.

     

    ***

     

    5 mois plus tard...

     

                 Bien que dans l'équipe de France de Football le Maghreb et l'Afrique noire ont toujours été représentés, voire... sur-représentés, ce que des individus comme Finkielkraut et d'autres ont pu lui reprocher à l'occasion du Mondial de 1998 - "Pas assez blanche cette équipe !"...  et alors que la critique suivante : "La sur-représentation de l'Afrique en équipe de France caractérise une société seulement capable de proposer à ses minorités visibles le sport comme unique voie d'expression et d'excellence" eut été bien plus constructive...

    Karim Benzema a déclaré mercredi dernier, dans une interview à un média espagnol que s'il n'a pas été pas sélectionné dans l'équipe de France "c'est parce que Didier Deschamps a cédé à la pression d'une partie raciste de la France".

    Dont acte.

     

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                       Benzema est à l'image de ce qu'est devenu le football à un point tel qu'aucune étude au sujet de ce sport ne pourra se passer d'analyser la personnalité, le caractère et les agissements d’individus tels que ce joueur  : Benzema est un archétype ; porteur d'aucune valeur, qu'elle soit sportive ou autre, il n'a certainement pas sa place dans une équipe nationale ; et c'est une bonne chose  que Deschamps l'ait compris très tôt car enfin, le cynisme dans les affaires a ses limites. Or, dans les Coupes du monde et d'Europe il est aussi question de business.

     

                   Pour nombre d'entre nous, ça fait un bail que la conclusion suivante s'impose : il n'y a plus rien à sauver dans le sport professionnel en général et dans le football en particulier : ni les joueurs, ni les supporters, ni le ballon car, tout y est pourri dans ce sport, tout y est gâté, comme un fruit tombé de l'arbre : déchéance éthique et morale.

    Aussi, que le joueur international de nationalité française et d'origine algérienne qu'est Karim Benzema qui se dit algérien et non français, puisse penser que sa non-sélection dans l'équipe de France... "C'est du racisme !", ne nous y trompons pas : il s'agit tout simplement d'un Benzema qui n'assume rien à propos de sa mise en examen pour tentative de chantage crapuleux. Quant à y voir autre chose, en ce qui concerne la déclaration de ce joueur, comme par exemple"... une sorte de piège identitaire des racismes réciproques" (le journal Le monde), là, c'est vraiment mettre à la portée des opportunistes, des imbéciles et des voyous la dénonciation du racisme et celle de l'antisémitisme avec, à ce sujet, le réalisateur-acteur Yvan Attal : et bonjour la confusion et la mauvaise foi alors !

    Il est vrai que sous le règne d'un argent roi, pris dans la nasse du code pénal, au fond de son entonnoir, Benzema se dé-bat (et se venge) comme il peut car, comme beaucoup d'autres avant lui, Benzema a très vite appris puis compris ceci : "Je suis millionnaire ; par conséquent, tout m'est permis comme à tous les autres !"...

    Arrogance, recherche d'impunité et d'immunité... seulement, le malheur veut que Benzema n'a pas l'autorité "morale" d'un Thuram car, à la lumière de sa mise en examen pour "tentative d'extorsion de fonds", Benzema, c'est aussi et c'est surtout "The wrong guy at the wrong place at the wrong time" sur un sujet tel que le racisme que ce joueur aurait, semble-t-il, découvert la semaine dernière ; en effet, durant toutes ces années, contrairement à Lilian Thuram qui a eu des choses à dire à ce propos, Benzema s'est montré plutôt laconique.

                    Qu'à cela ne tienne ! Rappelons ceci : sur un sujet comme la dénonciation du racisme, il faut vraiment être capable d'afficher une rectitude et une éthique professionnelles et relationnelles au-dessus de tout soupçon tout en sachant choisir son heure - celle d'un racisme avéré -, car, avec le racisme, avant l'heure ce n'est pas l'heure, et après, ça ne l'est déjà plus. Et c'est alors que le discrédit vient ternir cette lutte qui n'en a vraiment pas besoin.

     

    ***

                    Albert Camus n'a-t-il pas écrit : "Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois ». Il s'agissait à n'en point douter d'une autre époque car aujourd'hui, force est de conclure toujours à propos de cette morale du football : l'homme, joueurs et supporters confondus, est menteur, tricheur, insultant et sans morale". 

     

     
    Thuram sur Benzema  par FranceInfo

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  • La critique dans la littérature

     

                    Ah ! ces critiques qui, et cela n’aura échappé à personne, ne découvrent le plus souvent, et parfois même exclusivement, la littérature qu'à travers le service de presse des éditeurs…

    En effet, on n’a jamais vu un critique acheter un livre car un critique… ça raque pas !

    Dommage d’ailleurs, car, comme pour le cinéma, s’ils devaient débourser quelques euros pour faire leur métier, cela changerait du tout au tout la donne : pour commencer, ces critiquent liraient beaucoup moins de livres… moins et mieux ; et nul doute qu’ils seraient plus exigeants et donc, moins indulgents avec des livres pour lesquels il leur aura fallu débourser quelque argent !

    Aussi... soit dit en passant, et pour cette raison qui en vaut bien d’autres... un conseil : évitez de prendre pour argent comptant l’avis de ceux qui n’en dépensent jamais ! Et gardez-vous bien de côtoyer ces professionnels de la lecture - professionnel non pas dans le sens de « compétent » mais… dans le sens de… « qui tire un revenu de son activité » !

     

                     A la fois récipiendaires et garçons de course des services de presse, marathoniens de la lecture, compte-rendu après compte-rendu qu’ils appellent abusivement critiques… pour ne rien dire de ceux qui ne commentent que les livres qu’ils ont aimés (1) parmi ceux qui leur sont adressés par des éditeurs qui jettent leurs livres par les fenêtres comme d’autres leur argent...

    Tout bien considéré, et toute chose étant égale par ailleurs, même si on sera bien en peine de savoir qui et quoi…

    Curieux tout de même ce métier de critique, quand on y pense ! Car, tout comme les libraires dont on ne sait déjà plus quoi faire, difficile d'ignorer, quand on prend la peine et le temps d'y réfléchir un peu... le fait que tous ces tâcherons passeront finalement leur vie de lecteurs-critiques-professionnels à ne découvrir une littérature que seuls les éditeurs auront bien voulu leur faire connaître… et pas n’importe quels éditeurs : une trentaine tout au plus, tous confinés, à quelques exceptions près, dans notre belle capitale que plus personne ne peut d’ailleurs s’offrir le luxe d’habiter, excepté en célibataire, ou à deux, couple stérile de préférence, ou bien franchement hostile à toute vie familiale, dans un 40m2 bien tassés.

     

                     Un autre conseil alors : côté lecture, détournez-vous de ceux qui jamais ne choisissent les ouvrages qu'ils lisent ou vendent - critiques et libraires confondus.

    Une dernière chose : une idée... comme ça ! Et si demain on décidait d’interdire cette activité de critique, de toute façon ingrate et superflue (2), aux auteurs ? Oui ! Aux auteurs qui, le plus souvent, font de la critique comme d'autres font la plonge chez Mc Donald pour payer leurs études, tout en gardant à l’esprit ce qui suit : passer son temps à lire les livres des autres, quand on sait le temps que ça prend d'écrire les siens (3)...

    Alors oui ! A tous ces auteurs, si on leur interdisait de faire de la critique… la littérature s'en porterait beaucoup mieux, et puis aussi, cela permettrait, en partie, de mettre fin aux conflits d’intérêts que cette double identité-activité d'auteur-critique engendre inévitablement : complaisance à l’égard des auteurs appartenant au même éditeur que notre critique ; et plus sournois encore : critiques dithyrambiques comme autant d'appels du pied vers la maison d’édition que ce même critique meurt d’envie de rejoindre…

    Combien de membres cette corporation perdrait-elle si cette interdiction devait être appliquée ?

    D’aucuns pensent qu’il ne resterait que le tronc pour une activité sans queue ni tête.

     

     

    1 - La bonne blague ! Comme si cela nous importait qu’ils les aient aimés – ils feraient bien mieux de les comprendre et de se demander d’où vient leur rejet !

    2 - A quelques exceptions près – pour rester sur le Net, notre maison commune à tous… pensez à visiter le site STALKER

    3 – Un auteur qui se respecte ne lit que les livres dont il a besoin pour écrire les siens ; et ces livres-là, ne sont pas si nombreux !

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  • Oedipe roi - de Pasolini

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                 "Je suis à l'abri car j'ai la vérité avec moi. Mais… qu'il est horrible  de savoir alors que ce n'est d'aucune utilité pour celui qui sait. Je savais. J'ai voulu oublier. " Tirésias - l'oracle -, s'adressant à Oedipe, roi de Thèbes.

     

    ***

     

                   Personne n’a autant pris au sérieux nos mythes et leur transmission que Pasolini, d'autant plus qu'avec ce cinéaste exigeant et sans concessions, c’est toujours à prendre ou à laisser. Alors on prend, bien sûr ! car l'on sait déjà que Pasolini nous rendra même ce qu'on lui a pris ; on en sera donc doublement récompensés.

                   Pasolini n’est pas un faiseur doué et malin, c’est un visionnaire et un militant. Tourné au Maroc, pour Œdipe roi (tragédie de Sophocle ;  429 av.J.C) porté à l’écran en 1967, Pasolini choisit un décor antique en l'état. Hurlements, cris, plaintes, rythmes, chants et musiques de tous les continents (Asie via le Japon), Œdipe roi de Pasolini c'est la leçon d'Artaud ; Artaud et son théâtre de la cruauté : le texte se tait, plus de bavardage ; c’est aussi un Art brut… brut de décoffrage avec ses visages "rupestres", arides, hommes, femmes et enfants du désert et d'un dur labeur sous la chaleur ; parures et armures fruits d’un choix à la fois extravagant et rustique, le tout appuyé par un casting composé d’amateurs entourés de quelques professionnels, la mise en scène primant sur la psychologie.

    Anti-intellectuel, anti-culturel, a-historique, l’Œdipe de Pasolini peut traverser le temps sans craindre de prendre une ride, une seule ou de s’attirer les quolibets d’un public indigent et avachi, aujourd'hui bien incapable de relever tout défi quel qu'il soit : esthétique, humain, artistique ou politique.

    Plus surprenant encore, ce cinéma-là de Pasolini, c’est aussi Jean Rouch et ses contes du Niger, avec ses mythes et ses jeux de rôles à tour de rôle.

    Et s'il faut bien reconnaître que... in fine, tous peignent, écrivent, composent et tournent le plus souvent pour les pires de la société (la bourgeoisie), l’œuvre de Pasolini (poèmes, romans, essais, films) est irrémédiablement anti-bourgeoise et anti-institutionnelle ; un parti pris quasi unique, cette volonté qui fut la sienne, de ne rien céder à qui et à quoi que ce soit, jusqu’à la fin, tragique au demeurant.

     

                  Aujourd’hui, le monde occidental ne survivrait pas à un film de Pasolini ; et c’est sans doute la raison pour laquelle il les ignore. Aussi, c’est un miracle que l’industrie du cinéma ne lui ait pas coupé les ailes en son temps puisque tout le cinéma de Pasolini est un cinéma contre l’industrie et la rentabilité (saint Matthieu, Médée).

    Le tiroir caisse ? Pasolini connaît pas ! Autant pour tous ces porcs - même quand ils n’en mangent pas - qui placent l’argent au centre de leur existence car ils ignorent tous autant qu’ils sont que l’indépendance financière ne sert pas à acheter une Ferrari mais à dire la vérité.

     

                     Pier Paolo Pasolini est sans doute un des dix réalisateurs  pour lequel on sera encore disposés à se tenir devant un écran de cinéma trois heures durant dans la pénombre d’une salle obscure, pour peu qu’on puisse y trouver un silence propice au recueillement nécessaire à ce 7e Art privé année après année de sa majuscule.

     

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  • Aquarius : les tartuffes de l'Europe donnent de la voix contre l'Italie

                              

     

               Edouard Philippe, après Macron, s'achète une bonne conscience en fustigeant l'Italie dans son refus d'accueillir le bateau chargé de réfugiés : Aquarius (1).

     

    ***

     

                         A boulet rouge contre l'Italie donc... alors qu'une partie de l'Europe ( dont la France) s'est pourtant suffisamment moquée de ce pays et de la Grèce (pays exsangues) des années durant, se sachant "couverte" par une  convention signée en Irlande (cette convention stipule ceci : le pays dont les côtes sont concernées par un afflux de réfugiés est seul responsable du traitement de ces réfugiés en détresse) qui fait que les pays les plus riches et les moins exposés peuvent se laver les mains de leur obligation de participer à la prise en charge du secours apporté aux naufragés ou aux bateaux en perdition ainsi que de la suite à donner à cette prise en charge !

    Convention scélérate  d'une U.E du "chacun pour soi" car c'est bien ça leur Europe finalement : une perpétuelle fuite devant les responsabilités... une Europe de tartuffes patentés ; une Europe du « démerde-toi avec tes problèmes ! » - chômage, pauvreté, violence, terrorisme, réfugiés, politique d'immigration...  mais gare à ton déficit ! Une Europe-tremplin pour des carriéristes qui n'oublient jamais de se coucher devant cette Commission garde-chiourme d'un modèle mondialiste qui n'accepte aucune remise en cause : pas d'adhésion, pas de carrière... tous le savent.

    Or, c'est là leur seul projet finalement : la carrière ! Jamais ils n'ont fait avancer quoi que ce soit d'autre ; jamais ils n'ont  travaillé à l'éveil d'une conscience européenne chez tous les Peuples de ce Continent moralement à terre, pourri par un cynisme éhonté et consommé : l'intervention de Edouard Philippe et de Macron contre l'Italie en est une illustration parfaite : l’important c’est de charger l’autre de tous les maux : c’est au plus rapide ; c’est donc le premier qui s'y colle qui sauve sa mise… morale en particulier.

     

    1 - Quelle est cette ONG propriétaire du  navire ? Qui la finance ? D'où viennent ces réfugiés ? A quel moment ont-ils été chargés sur ce bateau ? 

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