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Serge ULESKI - Page 5

  • Laurent Chollet : « L’insurrection situationniste »

     

     

                  "L’IS (Internationale Situationniste) a su développer autour d’elle, contre elle ou concurremment à elle un courant de pensée radicale qui sans nul doute marque aujourd’hui plus que jamais  l’évolution des idées politiques en général. Il est sûr que le radicalisme  de l’IS a plus fortement marqué son temps  qu’aucun autre courant n’avait pu le faire."

     

                 Roland Biard, Dictionnaire de l’extrême gauche, de 1945 à nos jours 1978.

     

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              « Souvent calomniés et souverainement occultés pendant près d’un quart de siècle, alors que leurs idées étaient pillées de toute part, les situationnistes même si on n’identifie ni ne distingue pas toujours très bien le sens de l’épithète, occupent une place à part dans l’historiographie contemporaine. On songe, dans les meilleurs cas, aux événements de Mai 68, à une organisation, et à une revue homonyme appelée Internationale situationniste (IS), ainsi qu’à deux ouvrages : « La Société du spectacle » de Guy Debord et le « Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations » de Raoul Vaneigem sortis en 1967 n’ont pas seulement anticipé sur le « Printemps des enragés » ( Mai 68 - ndlr), ils ont rencontré leur époque. En revanche, on oublie ou l’on ignore que l’aventure situationniste a dépassé, et de loin, le cadre de la seule IS, fondée en 1957 et autodissoute en 1972, puisque cette organisation a donné naissance à partir du milieu des années soixante à un vaste mouvement international dont l’âge d’or se situa dans les années soixante-dix. Il n’est donc pas étonnant d’en avoir trouvé la trace au cœur des mouvements Provo en Hollande, punk en Angleterre, autonome en Italie ou alternatif en Allemagne.

    La structure, née de la fusion de plusieurs groupes d’avant-garde artistique, a compté 70 membres de 16 nationalités différentes, en douze ans et six mois d’existence. La pratique coutumière des exclusions  et des démissions a cependant  toujours limité à une dizaine  le nombre de participants simultanément présents en son sein. Autre source d’allégations fantaisistes : leur projet révolutionnaire. Cette cause, fruit d’une singulière rencontre entre radicalités artistique et politique, ils avaient choisi de la fonder eux-mêmes. L’origine, le parcours, le tempérament et les aspirations de ces agitateurs s’avéraient pour le moins atypiques. « Insurgés », les définirait d’un mot. Ces adeptes d’un « refus total » s’étaient d’abord révoltés au sortir de l’adolescence contre la vie même. « Ne travaillez jamais !», assénaient-ils, en commençant par donner l’exemple à travers des conduites en tout point « scandaleuses », tout à la fois fondements et applications de leurs premières théories. « Bohèmes » par choix, et en majorité autodidactes, ils s’étaient dressés contre les mouvements dadaïste et surréaliste, dont ils étaient les héritiers directs et les enfants terribles, une rupture salvatrice destinée à assurer leur complète émancipation. Ce combat contre l’ordre du monde, ils le préparèrent  en se composant progressivement un vaste champ culturel, mêlant à des auteurs ou des créateurs d’avant-garde (Breton, Artaud, Malevitch, Joyce…), les œuvres de romanciers(Sade, De Quincey…) et de poètes (Lautréamont…) de mémorialistes (Le cardinal de Retz, Casanova…) et d’essayistes (Machiavel, Clausewitz, Hegel…). Leur politisation résulta, elle, d’une lecture critique des écrits de Marx, de Bakounine, de Fourier et de Nietzsche, sans ignorer ceux des « marginaux » du marxisme (Korsch, Pannecoek, Lukacs…) et de l’anarchisme (Stirner, Darien…). Pétris d’histoire, ils manifestèrent un intérêt tout aussi vif pour les bandits « sociaux » (Cartouche,Mandrin…) et « asociaux » (Villon, Lacenaire…), les grands insurgés oubliés (Makhno , Durruti, Villa…), ainsi que les hérésies et autres mouvements religieux millénaristes. Cette culture livresque, liée à l’étude du mouvement ouvrier, de la Commune de Paris à la Catalogue libertaire de 1937, les conduisit rapidement à propulser la social-démocratie, le marxisme-léninisme et l’orthodoxie anarchiste dans les poubelles de l’histoire, pour faire du courant situationniste une pratique, une critique et une théorie radicales.

    Considérablement influencés par les travaux de quelques pionniers dont ils croisèrent souvent la route (Isou, Lefebvre, Castoriadis…), et par la fusion qu’avaient forgée les surréalistes, à partir des mots d’ordre de Rimbaud et de Marx, les situationnistes souhaitaient à leur tour « changer la vie » et « transformer le monde », en « réalisant » l’art et la philosophie. Se voulant  l’aiguillon d’une révolution intégrale, ils considéraient que le prolétariat, organisé en conseils ouvriers, pouvait désormais accomplir sa « mission historique » grâce à l’automation et à la cybernétique, en réalisant le vieux rêve d’une société sans maîtres ni esclaves. L’abolition du travail, du salariat, du capital et de la marchandise devait ouvrir une ère nouvelle. La vie quotidienne libérée, reposerait sur une suite ininterrompue de situations, autrement dit  « de moments construits de la vie », dont on ne connaissait encore que les contours par le biais d’un ensemble de comportements expérimentaux.

    Dans leur optique insurrectionnelle, les situationnistes ont d’abord pensé utiliser la culture comme ligne de front, avant d’opter pour une stratégie ouvertement politique, à distance des organisations et des partis existants. L’IS, compte tenu de ses origines et ses interventions, entendait ne plus opérer de distinctions entre les domaines politique et culturel.

    La modernité que représentait l’IS, au-delà de ses analyses et de ses propositions, reposait aussi sur sa manière de s’exprimer. Grands lecteurs de « romans populaires », de Dumas à Sax Rohmer, ils ont chéri les bandes dessinées, la Série noire et ses adaptations cinématographiques ou la science-fiction, soit l’univers des productions « commerciales » découvertes depuis la Libération, que les bien-pensants tenaient déjà pour une sous-culture des plus douteuses.

    Dès 1963, on pouvait en effet lire dans son bulletin : « L’IS ne peut pas être une organisation massive et ne saurait même accepter des disciples, l’IS ne peut être qu’une conspiration des Egaux, un état-major qui ne veut pas de troupes ».

    Le diminutif de « situ » désigne tous ceux qui ont soutenu et développé des perspectives situationnistes en dehors de l’IS. 

               Le « mouvement situationniste » quant à lui, loin d’être un concept fourre-tout, inclut de fait l’ensemble des structures et individus, organisés ou non, qui se sont reconnus dans tout ou partie des pratiques, des analyses et des théories de l’Internationale situationniste.

    S’ils n’ont partagé aucune des illusions soviétique, Khmers rouges et de l’engrenage terroriste, cette insurrection à épisodes, à la fois artistique, politique et sociale, cette entreprise de dépassement de l’art, de sa réalisation dans la vie quotidienne à partir d’expériences nouvelles, jusqu’aux créations picturales, architecturales, cinématographiques (Themroc, l’An 01) ou autres, réflexions politiques… ceux qui se sont risqués à renverser leur vie, au sein du mouvement ou sous son influence, la délinquance politisée, la lutte armée, la pratique d’un terrorisme burlesque, le combat pour la libération des mœurs ou la libéralisation des médias… toute cette effervescence a composé ce qu’on pourrait appeler un puzzle situationniste dont il est urgent de réunir les pièces. »

                         

                           Laurent Chollet.  "L'insurrection situationniste" public en 2000 chez Dagorno ;  toujours disponible.

      

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  • Progrès et innovation

     

    "J'aimerais tant avoir la science infuse...

                                     enfin, entre deux tasses de thé".

     

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    « Les opinions vous savez, ça va, ça vient. Du reste je ne suis pas contre l’opinion aussi saugrenue soit-elle qui consiste à penser qu’il est important d’avoir des opinions sur tous les sujets sur lesquels il est notoirement recommandé d’en avoir...  et même si la majeur partie d’entre nous a des opinions sur un nombre restreint de sujets, il faut bien avouer qu’ici bas, seuls les sujets qui nous touchent sont des sujets sur lesquels nous ne pouvons éviter d’avoir une opinion, tout en gardant à l'esprit le fait qu’une opinion est une bonne opinion si celle-ci se rapporte à un sujet qui nous terrasse avant de nous anéantir si par malheur nous ne formulons pas, dans la seconde qui précède cette menace d’anéantissement, une opinion tranchée et réflexive, une opinion que personne n’osera contester car la contestation efficace d’une opinion est une contestation qui anéantit l’opinion de l’autre sur un sujet qui le mine et le tue à petit feu, comme dans une séance d'auto-flagellation, ou bien de plein fouet au volant d’une voiture qui vous percute, elle, de biais pour faire diversion et créer un effet de surprise qui ne vous laissera pas le temps de formuler une opinion sur le choc mortel que vous venez de subir.

    Écoutez ! L’important c’est d’être encore capable de dormir la nuit avec ou sans opinion car, si vous perdez cette faculté, c’est fini. Il n’y a plus de repos compensateur... il n’y a plus d’espoir : l’espoir d’avoir la paix quelques heures par jour. D’ailleurs, au train où vont les choses... on parle de nostalgie, et certains la dénoncent, mais je vais vous dire une chose : la nostalgie ne finit-elle pas là où commence le grave déséquilibre psychologique de l'espèce humaine occasionné par cet environnement qui fait que l’être humain se sent de plus en plus, jour après jour, étranger à ce qu’il est... indubitablement ? Oui, étranger ! Comme... absent de lui-même parce qu’il n'adhérera jamais à cet environnement. La science et toutes les psychothérapies avec leur cohorte de psys défroqués n'y changeront rien : ce dénominateur commun, le plus petit dénominateur commun qui unit notre espèce, non pas dans sa géographie contemporaine mais dans sa nature et son histoire, eh bien, c'est ce plus petit dénominateur universellement commun-là qui fait que nous sommes tous capables de donner un sens à cet environnement qui nous rappelle, quotidiennement d’où nous venons et où nous allons. Et j’entends par environnement, tout ce qui conditionne notre manière de penser et d’agir. Alors, dites-vous bien une chose : ce n'est pas de nostalgie qu'il s'agit mais de manque ; ce sont bien des pans entiers de notre humanité qui vivent dans le manque et qui souffrent. Vous comprenez ?


    Mais… diable ! Qu'est-ce qu'on nous a fait perdre et qu’est-ce qu’on a perdu au cours des siècles qui se sont écoulés ? Qu'est-ce qu'on a perdu et qu'on n'aurait jamais dû perdre et qui nous sera fatal pour notre malheur à tous ? On a sûrement gagné quelque chose en chemin mais en gagnant, on a aussi perdu.

    Alors, je vous le dis tout net : on ne peut plus balayer d'un revers de main tous ces gémissements et toutes ces plaintes. Quelque chose de précieux et de vital a sûrement été perdu. Mais comment savoir ? Comment identifier ce qui a été perdu et qu'on ne retrouvera plus et qu'on n'aurait jamais dû perdre ? Ou bien alors, comment être sûr que ce qui a été abandonné ne fragilise pas nos chances de laisser derrière nous et à ceux qui nous survivront, un monde encore et, un tant soit peu, humainement humain ? Et c'est pas fini ! Si on continue à nous dépouiller, on finira plumés, sans un rond, à sec, à poil, sans droits, sans valeurs et sans un être humain à l'horizon. On sera des milliards mais on ne comptera pas un seul être humain parmi nous. Alors... bien sûr, il y a la science, cette satanée science ! Cette science qui hurle son arrogance dans un monde scientifiquement appréhendé et pris en otage. Mais cette science, dont les découvertes aujourd'hui n'en finissent pas de nous faire bâiller, est-elle seulement capable d'identifier ce quelque chose qu'on a perdu et qui nous fragilise et nous condamne tous davantage chaque jour, nous tous, collectivement ? Plus nous innovons, plus nous gagnons de la vitesse, certes ! Mais... plus nous innovons, plus les chances de progrès semblent s'éloigner de nous car, le progrès, ce n'est pas l'innovation, le progrès, c'est tout ce qui renforce la justice ; et la justice, c'est ce qui nous protège du pire et nous éloigne de la barbarie, de l'arbitraire et du ressentiment dévastateur de ceux qui se sentent dépossédés ou bien, relégués et qui ne manqueront pas de nous le faire savoir avant de nous le faire payer. »

     

     
    Extrait du titre  : "Paroles d'hommes" - chapitre 5 - copyright Serge ULESKI.

     

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    Françoise Bonardel sur la crise de l'identité 

     

                  Nietzsche, Simone Weil et l'enracinement, Thomas Mann, Bernanos, Julien Benda  :

     

    " ... on mentionnera un exil intérieur pour nombre d'Européens en perte de repères, vacillant entre une identité nationale frappée de suspicion et une identité supranationale qui n'est qu’un cache misère abstrait puisque c'est sous la bannière de la société marchande que s'étend à l'échelle planétaire un déracinement humain généralisé ."

     


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  • Mourir pour Charlie Hebdo

     

                     Charlie Hebdo : 4 ans déjà !

     

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    Billet de blog publié en Janvier 2016

     

                       Le 5 Janvier 2016, un hommage a été rendu aux victimes de la rédaction de Charlie Hebdo ; victimes de ce qui peut être considéré comme un assassinat politique. Une plaque commémorative a ainsi été inaugurée à Paris sur les lieux de l'attentat.

     

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                    Philippe Val, patron de Charlie Hebdo avant sa nomination à France Inter sous Sarkozy en 2009.

     

     

    Attentat dans les locaux du journal Charlie Hebdo

     

    Wolinski et Cabu, deux membres historiques de ce journal sont décédés.

     

                  Longtemps on pourra se demander ce que ces deux caricaturistes, figures majeures de la presse satirique, faisaient encore à Charlie Hebdo qui, depuis dix ans, a fait de l'insulte, de l'humiliation de l'Islam et de son prophète à coups de pleines pages plus dégradantes les unes que les autres, son fonds de commerce au nom d'une liberté d'expression sans but ni raison, sans queue ni tête, une liberté à fonds perdus qui n’explique rien et n’entrevoie rien ; une liberté sans conscience ni intelligence : pas d’analyse ni de mise en perspective ; une liberté d’enfants terribles qui, tragiquement, ont oublié les enjeux politiques et géo-stratégiques derrière l'instrumentalisation d'un Islamisme aveugle et cruel, à l’heure de la volte face diplomatique de la France menée par le trio Hollande-Valls-Fabius en violation de notre tradition ; une France qui se tient désormais aux côtés de l’Empire (Atlantisme, sionisme et monarchies pétrolières) sans nuances et sans complexe.

    Aussi, on peut être légitimement autorisés à se demander ce qui faisait courir Charlie Hebdo : la liberté d’expression ?

     

              Tous ceux qui pensent pouvoir tenir le monde en respect un crayon à la main à coups de caricatures souvent talentueuses devront au plus vite réaliser que le refus de prendre en compte le monde qui est le nôtre aujourd’hui, dans toute sa complexité et plus important encore, dans toute sa perversité, ce refus-là devra manifestement se payer très cher au moment où « l’humanité est sur le point de connaître en quelques décennies, le plus important changement global de toute son histoire, le choix de la stratégie du chaos étant ouvertement assumé par les puissances de l’argent. »

    Cette politique du chaos ciblera une terre en particulier, celle de l'Islam : Moyen-Orient, Proche-Orient et une partie du grand Maghreb.

    Il semblerait que Wolinski et Cabu, septuagénaires, aient décroché de cette réalité-là depuis une bonne vingtaine d’années et qu’ils en aient payé le prix le plus élevé : la mort. Philippe Val, un temps leur patron, qui a conduit le virage idéologique de Charlie Hebdo avant d'être nommé à la tête de France Inter en 2009 sous la présidence de Sarkozy (1) - virage qui rapprochera l'hebdomadaire d'une idéologie mondialiste, atlantiste et sioniste -, portera une lourde responsabilité dans l'acharnement vécu comme anti-musulman d'une rédaction contre une religion en particulier.

    Le dessinateur Siné, licencié par Val, aura été le premier à vivre avec violence cette volte-face éditoriale qui ne pouvait que conduire l'hebdomadaire et ses salariés droit dans le mur. 

     

                 Mais alors, fallait-il, et faut-il mourir pour Charlie Hebdo ?

    Bêtes et méchants - tels  ils se revendiquaient -, il semblerait que Wolinski et Cabu aient fini par trouver plus méchants qu'eux, et sans doute aussi, plus bêtes. Et la question suivante s'impose : pourquoi ces deux-là sont-ils restés si longtemps, non pas "méchants" mais "bêtes" ?

    Intégrisme religieux contre intégrisme anti-religieux (2), la liberté de représenter le prophète de la deuxième religion de France, Mahomet nu couché sur le ventre les fesses à l’air, tout en accompagnant cette représentation du commentaire  suivant : « Et mes fesses, tu les aimes mes fesses ? »… fallait-il mourir pour cette liberté-là ?

    Il est vraiment temps que l’on nous remémore dans quelles circonstances le combat pour la liberté d’expression a gagné ses titres et ses lettres de noblesse qui sont les siens aujourd’hui.

     

               Rappelons que la critique de la religion, le Catholicisme en particulier, ici en France, a toujours reposé sur la dénonciation d’une chape de plomb sur les consciences et la lutte contre une organisation de l’existence liberticide et intransigeante, parfois cruelle, tentaculaire, de l’Ancien régime à la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, et bien après encore… jusque dans le dernier village français, jusqu’à la dernière chasuble et soutane et le dernier viol d’une conscience qui aspire à une liberté seule capable de hisser l’être humain au sommet de tous les possibles.

    Tout au long de cette lutte, les représailles de l'institution religieuse n'épargneront personne.

    La critique du sionisme, bras armé du Judaïsme, trouve elle sa justification dans le fait que cette idéologie a pris en otage les Juifs de France (3), les médias et occupe tous les lieux de pouvoir et de la représentation politique jusqu’au plus haut niveau de l’Etat français ; cette critique sans complaisance, critique jusqu’à la dernière kippa, trouve sa légitimité dans la lutte contre une idéologie qui divise notre pays, ternit son image sur la scène mondiale et paralyse son pouvoir d’initiative au service de l’instauration d’un autre rapport au monde entre les Etats, les Continents, les Nations, les Cultures et les Civilisations.

    Là encore, dans cette lutte contre cette idéologie d'une intolérance inouïe - soumettez-vous ou disparaissez ! -, les représailles n'épargnent personne. Dieudonné, entre autres, en paiera le prix fort : le bannissement ; car c'est en 2003 qu'un pays s'est laissé dicter que la liberté d'expression s'arrêtait à Dieudonné. Depuis, l'étau ne s'est pas desserré.

     

                 En revanche, s’en prendre à l’Islam, semaine après semaine, une religion, la religion la plus pauvre de France, une religion sans pouvoir, sans moyens, sans représentation autre que dégradante à dessein - notez que les plus lettrés, articulés et avisés de cette communauté sont le plus souvent ignorés ou exclus par les médias dominants -, dont les fidèles ont pour lieux de prière des locaux sordides et dont une grande partie partage une condition sociale déterminée par l’occupation d’emplois ingrats et pénibles… tout ça avait-il vraiment quelque chose d’héroïque ?

    Quant aux groupes qui, de par le monde, commettent des actes inqualifiables au nom d’une certaine conception de l’Islam, s’en repaître à longueur de colonnes, des mois durant, et là encore, sans travail d’information digne de ce nom, - qui sont-ils ? D'où viennent-ils ? Qui les finance ? Quels intérêts servent-ils ? -, relevait d’une conception quelque peu immature et irresponsable de ce que sont la presse, l’information, le lecteur et ce à quoi Charlie Hebdo pouvait bien penser contribuer : à une meilleure compréhension de tous les mécanismes de désinformation et de manipulation destinés à nous renvoyer l’image d’un monde décidément illisible et ainsi nous inciter à nous en désengager ?

    De ça, on peut en douter.

     

    ***

     

               "Ne vous arrêtez jamais à la mort car elle n'éclaire à la fois rien et tout !"

     

                Cet attentat très ciblé - véritable assassinat politique - arrive au pire moment pour la communauté musulmane prise en tenaille, d'aucuns diront "pris en otage", entre les livres de Zemmour et de Houellebecq, les interventions d'un Finkielkraut ou d'une Elisabeth Lévy,  et des médias impliqués dans une course à l’audience qui les condamne inévitablement à commettre les pires outrages contre l’intelligence et la justice dans la stigmatisation d'une communauté et d'une géographie (les quartiers, les banlieues...) qui n’avaient vraiment pas besoin d’une telle attention.

     

                De plus, avec un Président au fond du trou, un Crif toujours sur le pied de guerre, une presse subventionnée courageuse mais pas téméraire, souvent de parti pris, et des médias de masse qui feront, nul doute, entre deux pauses publicitaires, des choux gras de cette tragédie… le moment est vraiment venu de se taire et de les observer tous autant qu’ils sont : ils nous en apprendront tellement sur eux-mêmes et sur le monde qu’ils nous préparent pour demain. Il sera toujours temps alors de revenir et d’en tirer les conclusions qui s’imposent.

    On pense déjà au pire.

     

     

                Charlie Hebdo par Denis Robert

     

     

    1 - Qui, dans les années 70 et 80 aurait pu prédire que le rédacteur en chef de Charlie Hebdo serait nommé par la droite, et qui plus est, par un Sarkozy... à la direction de France Inter ? Avec Val, Charlie Hebdo a tranquillement descendu la même pente que le PS. Profits records... distribution de dividendes de plusieurs centaines de milliers d'Euros pour Val et Cabu, les deux principaux actionnaires.

     

    2 - On peut douter qu’il y ait jamais eu ce qu’on peut appeler « une pensée » chez un Wolinski ou chez un Cabu ; moins encore chez un Choron professeur auto-proclamé...

    Et l'on se souviendra que cette "petite bande de joyeux lurons" avait quand même beaucoup de mal avec ceux qui ne pensaient pas comme eux. On les disait plutôt sectaires... pour ne rien dire de leur caricature récurrente du Français moyen - et toute la classe ouvrière avec lui -, systématiquement assimilé à un beauf raciste, alcoolique, et antisémite, accompagnée d'une représentation le plus souvent machiste et dégradante des femmes.

     

    3 - Le questionnement à propos du danger que représente l'élite juive sioniste pour le Juif du quotidien (en France ou en Israël) n'est pas nouveau. Le dernier questionnement concerne le génocide nazi. Une étude qui répond au titre de "Quels juifs furent exterminés ?" est disponible ICI ; une étude qui interroge l'histoire du génocide des Juifs à travers le prisme de "la lutte des classes" au sein de cette communauté : à partir de 1933, qui a décidé, au sein de la communauté juive, de "qui pourra quitter l'Europe - pour la Grande Bretagne, la Palestine ou les USA -, et qui ne le pourra pas" ; "Qui vivra et qui mourra".

     

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  • Mouvement les Gilets Jaunes : les abonnés absents

     

     

    les gilets jaunes les grands abonnés absents

                        Mai 68 ouvrier, l’École libre avec son million de manifestants sous Mitterrand, les mobilisations lycéennes des années 90, la longue grève de 1995, les émeutes de 2005 dans les « banlieues » de nos métropoles, les Bonnets Rouges, Notre Dame des Landes…

    Les modes de contestation et les modalités des luttes de type Gilets Jaunes (GJ) apportent aujourd’hui la confirmation irréfutable suivante : la « Rue » dans son acceptation la plus large - mégapole, urbain, péri-urbain, campagne-urbaine et campagne profonde -, est bien le  premier et dernier lieu d’une expression à la fois citoyenne et populaire d’une radicalité qui seule permet de contrer des politiques qui hurlent à l’injustices.

     

    gilets jaunes tous ensemble.jpg

     

                  Reste néanmoins à déplorer les grands absents aux côtés des Gilets jaunes :

     

    Ces français issus de l’immigration pour commencer, et alors que cette catégorie de Français est sur-représentée au sein des classes populaires : salaires, conditions de travail, conditions de vie ; enclavement et stigmatisation ; population que l'on trouve dans le RER dès 6H le matin embauchée dans l'hôtellerie (femmes de chambre), les entreprises de nettoyage - bureaux, métro, chaussées et autres, collecte des déchets, le bâtiment, la restauration, les Travaux publics, le personnel hospitalier, et celui des HEPAS,  les ambulanciers, les manutentionnaires...

    Une analyse des raisons de cette absence est urgente ; et s’ils sont peu nombreux à s’y coller (sociologues et journalistes) c’est sans doute pour la raison que toute analyse pourrait tordre le bras du politiquement correct car force est de constater que ce refus de s’engager pourrait révéler un problème de légitimité citoyenne et sociale à l’origine de laquelle on trouvera tout un pan de notre société sur lequel les médias n’ont pas cessé de « taper », leurs éditorialistes en tête, avec une complaisance inouïe, et ce en toute impunité : auto-dépréciation, doute sur sa propre légitimité ( Qui suis-je pour me révolter ?), dissuasion, intimidation… si le cœur n’y est pas c’est que le courage a sombré face à trente ans et plus de procès d’intention et d’instrumentalisation de tout un territoire et de toute une communauté dépréciée et culpabilisée sans vergogne. Faut dire que tous les attendent au tournant. Toutes les banderoles sont déjà prêtes et les Unes des médias aussi : « Daesch est dans les rues ! Aux armes citoyens de souche européenne ! Aux armes ! »

    Quant à l’économie souterraine qui nourrit des milliers de familles et sans laquelle ces dernières seraient en grande difficulté, ses leaders, ses acteurs et ses petites mains seraient mal avisés d’attirer l’attention : le silence est d’or, la discrétion et la loyauté aussi, et la parole interdite dans ces cercles.

    Ces lieux dits quartiers, dits ban-lieues (lieux au ban de la société ?) sont aussi terriblement marqués socialement, éthiquement et religieusement ; il y règne un esprit de corps, un esprit communautaire qui fait que tous bougent ensemble ou bien personne (souvenons-nous des révoltes de 2005 !). D’autant plus que peu nombreux sont ceux qui souhaitent défendre ces territoires qui plombent les CV ; aussi, dès que la situation d’un de ses habitants le permet, celle-ci ou celui-ci n’a qu’un désir : en sortir - passer à l’Ouest : de Bobigny à Courbevoie ; de Bondy à Issy les Moulineaux.

    Si d’aucuns peuvent se réjouir de leur silence et de leur passivité à tous ( L’Elysée, Matignon, les Médias et la quasi-totalité de la classe politique : LR, LAREM, RN en tête), il n’en reste pas moins que le revers de la médaille de cette absence a pour nom :  un sentiment d’appartenance à notre Nation qui s’étiole année après année.

     

    gilets jaunes les abonnés absents

                  Autre absence : celle des agriculteurs (à 300 euros par mois !) et éleveurs qui n’ont sans doute même plus la force de se mobiliser et que la Confédération paysanne et la FN-SEA ont abandonnés à la faillite et au suicide.

    Là encore, si on trouvera toujours du monde pour s’en féliciter (un problème de maintien de l’ordre en moins à gérer !), il est vain de chercher à nier le fait que notre pays profondément divisé, atomisé, n’est plus capable que d’une chose : exclure des millions de nos concitoyens…  a fortiori les plus anciens d’entre nous de par leur métier, leur savoir-faire et leur lieu de vie ; des agriculteurs victimes d'un système qui fera mourir de soif celui qui apporte l'eau, et de faim celui qui cultive la terre.

     

                 A noter aussi l’absence dans les médias et sur les ronds-points de nos dits "Intellectuels" à quelques exceptions près : Todd, Onfray et Éric Hazan - ce dernier étant un spécialiste de l’insurrection, il est vrai ! et une lettre de Claude Michéa ICI à propos du mouvement des Gilets Jaunes ; Frédéric Lordon qui est intervenu dans les premiers jours, aujourd’hui est silencieux ; pourtant, il avait toute sa place autour du mouvement Gilets Jaunes ; effrayé par E. Chouard, il s’est très vite retiré : courageux mais pas téméraire Lordon !

    Rien de surprenant à cela finalement car... le peuple quand il n'est pas là, tous en parlent et le déplorent ; quand il pointe le bout de son nez, tous vont voir ailleurs. 

    Si tout ce beau petit monde d'Intellectuels est resté muet c’est qu’ils ont compris très vite qu’il n’y avait aucune place pour eux dans ce mouvement livré à lui-même certes, mais pas si désorganisé que ça ; aucune place, aucune porte d’entrée, aucune voie de passage, aucun intermédiaire susceptible de les y faire entrer. Ce qui prouve, si besoin était, que nos intellos de service n’ont aucun contact avec ceux qui ne leur ressemblent pas : les jeunes futurs diplômés du mouvement "Nuit debout" : oui ! Les Gilets Jaunes dans toute leur diversité populaire : non ! Mille fois non !

     

                    La dite « dissidence 2.0 »… absente elle aussi ; une dissidence qui a trouvé refuge sur internet depuis plus de 10 ans maintenant : cette dissidence se contente de commenter les événements de loin, de très loin ; ce qui prouve le niveau de relégation des classes populaires isolées, reléguées, parquées ; quand elles bougent, personne n’est capable de faire le lien avec elles.

     

                  Et maintenant...

                 Convergence des luttes ? Vous avez dit « convergence des luttes » ? Mais alors, qui a pu croire un instant, ne serait-ce qu’un quart de seconde, à cette vieille lune ?  Sûrement pas les centrales syndicales de nos Routiers d’ordinaire si sympas ; après quelques aboiements, le gouvernement s'est fait dessus, et nos syndicalistes sont partis comme des voleurs distribuer quelques euros à leur troupe maintenant satisfaite.

    Dommage ! Vraiment ! Tous ces gros poids lourds,...  tout ce potentiel de nuisance, quand on y pense  ! Nous tous, nous commencions à rêver à un…

    Enfin…

    Et que penser de l'absence des Vtcistes des plateformes Uber et autres ? 12H de conduite par jour pour un SMIC à la fin du mois ? Qu'est-ce qui peut bien les retenir tous de crier leur "ras le bol !" ? 

     

                    Abandonnés par tous les corps intermédiaires indépendants et autonomes (corps situés entre le citoyen et l'Etat qui a le monopole du droit  et du recours à la violence), viennent maintenant à l’esprit, les syndicats dits "partenaires sociaux".... : partenaires privilégiés de l'oligarchie et de la ploutocratie qui nous gouvernent ?

    Pensons ne serait-ce qu'au million d’enseignants ( il est vrai que l’on ne trouvera guère parmi eux un personnel payé au SMIC ; de plus, il s’agit d’une corporation cadenassée, tenue en laisse par des syndicats autoritaires) ; le personnel de santé aussi (les aides-soignantes non soutenues par leurs syndicats hésiteront sans doute longtemps avant de se mobiliser).

    Ces syndicats de salariés ne seront donc pas les derniers à regarder ailleurs pendant que les Gilets Jaunes parviennent semaine après semaine, à retrouver leur dignité en sortant de leur isolement pour mieux renouer le contact avec ceux qui partagent leur sort, les mêmes conditions de non-vie et de non-existence faute de moyens et de considération : potentiellement entre 15 et 20 millions de nos compatriotes – foyers avec ou sans enfants ; actifs ou non.

    Certes, les syndicats de police comblent ce manque ; tous sont présents sur les plateaux-télé.

    A propos de cette absence des syndicats, on pensera à la CGT dont on était en droit d’attendre une autre attitude de la part de sa direction ; une direction frileuse, figée, dogmatique, incapable d’adaptation, incapable de la moindre prise de risque ; lâcheté et incompétence qui expliquent le taux de syndicalisation dans les entreprises du privé ; une structure refermée sur elle-même, une verticalité abusive de maître-chien à la tête d’un chenil ; caractéristique qui a pour origine une seule motivation, ancrée, chevillée au corps, et ce dès les premières heures, les premières années de leur engagement à tous avant la trahison : échapper au travail, à la dictature du salariat et à son humiliation pour ne pas, ne plus, ne jamais partager ses conditions d’existence. Et puis... la carrière ! Gravir les échelons du non-travail au sein d'une structure elle aussi anti-démocratique, arriviste et vénale.

     

    cgt à l'elysée.jpg

    Pour s’en convaincre, il n’est que de les observer tous autant qu'ils sont lorsqu’ils se rendent qui à Matignon, qui à l’Elysée, la poignée de main chaleureuse, sourire grand format – sourire de rescapé-échappé du monde du travail -, habités  par une fierté de garçons de course flattés d’être reçus dans les lieux prestigieux d’une négociation venue chercher les miettes d’une vie digne et riche en opportunités.

    Vous pensez ! Cette même CGT s’avérera incapable de faire payer le Groupe Casino qui refusera de verser une prime de fin d’année à ses salariés - et de s’en plaindre dans les médias ! - alors qu’il suffisait de quitter son poste et de baisser le rideau pour mieux priver d’activité tous les centres commerciaux du Groupe deux semaines avant les fêtes.

    Certes, on pourra toujours objecter ce qui suit : "Mais... mon bon Monsieur... depuis la fin des années 70, juste avant l'arrivée du PS au "pouvoir", les syndicats, c’est plus fait pour les classes populaires !"

    Dont acte.  

     

    lyceens à genoux.jpg

     

                 Et puis aussi... les Lycéens.

    Saluons au passage leur tentative de se faire entendre ; hélas, ces Lycéens n’étaient pas ceux de 1995 : ils n'ont pas fait long feu ; à la première alerte, à la première menace, à la première injonction – mains sur la tête, à genoux  ! -, de notre police tellement républicaine dans ses mœurs, tous sont rentrés chez Papa et Maman ( surtout Maman !) ; plus de 20 ans après, on a découvert des Lycéens craintifs : des lycéens dévirilisés ?

    Sans doute avions-nous oublier que depuis les années 90, l’industrie du divertissement numérique était passée par là. Ce qui fait que… le virtuel ne représente pas simplement un danger d’une déconnexion face à la réalité… le virtuel vous amaigri moralement, physiquement et psychologiquement : il vous inhibe au-delà de toute attente ; quand on en prend conscience, c’est déjà trop tard :  on l’a dans le baba !…

    Et c’est alors que l’escargot n’a qu’un réflexe : rentrer dans sa coquille ; d’autres mentionneront une niche.

    Une chose est maintenant avérée : tous les marchands peuvent dormir tranquilles ; leurs clients sont bien partis pour obéir au doigt et à l’œil.

     

                 Début décembre, la rumeur suivante a couru, au sprint qui plus est : le gouvernement craindrait la possibilité d’une connivence des forces de l’ordre avec les Gilets jaunes ; une sorte de retenue de leur part dans ce qui était exigé d’elles : le rétablissement et le maintien d'un ordre profondément injustice et méprisant. Du moins, c’est ce que les médias ont tenté de nous vendre, histoire sans doute de mettre un peu de piment dans l’actualité du mouvement : là encore, une poignée d’euros suffiront à écarter ce danger inexistant.



                           

     

    Faut dire que l’expression de l'éventualité et de la réalité de ce risque de défection n’était que la marque de l’ignorance…car c’était oublier, ou bien ignorer, l’histoire des mouvements ouvriers et autres mouvements tout au long des deux siècles derniers : la répression dans le sang des Communes de 1830, 1840, 1848 ; 1871 ; c’était oublier les ouvriers grévistes tout au long du 19è siècle passés par les armes ;  plus tard, notre belle police républicaine sous l’Occupation ; puis l’Affaire algérienne : cadavres descendant les eaux crasseuses de la Seine et d'autres découverts pendus aux arbres de notre belle forêt de Fontainebleau ; ne reculant devant rien, grâce à cette même police, on trouvera aussi des corps près des bouches de métro (Charonne) en 1962.

    Aussi, si la police demeure républicaine... force est de constater qu’elle s’y maintient dans notre République sous condition qu’on ne lui demande pas de donner un coup de canif, ou bien de hache (ça dépend de la période et de l’insistance avec laquelle la requête est présentée) dans cet engagement qui serait le sien - engagement républicain indéfectible - pourtant aussi intermittent que friable sur la longue durée : celle des massacres de classes laborieuses et des minorités.

                                           

                    Et puis enfin, à propos du tabassage gratuit de centaines de Gilets Jaunes par une police maintenant indigne de toute considération, on ne pourra pas ne pas déplorer le silence assourdissant des médecins des hôpitaux qui traitent des mains arrachées, des visages défigurés, la perte d'un oeil, des hématomes aux séquelles à vie ; l'absence de réaction de l'ordre des avocats, de la ligne des droits de l'homme (LDH) et de la classe politique et médiatique.

     

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                 Partis politiques disqualifiés, syndicats inopérants, médias dont l’engagement en faveur d’une information honnête s’est effondré depuis 20 ans au profit de la gestion de carrières au sein d’un univers de pigistes payés au ras de pâquerettes (ce qui ne les empêche pas tous... d’entretenir l’espoir d’un titularisation et pourquoi pas, à terme, d’une nomination à la tête d’une rédaction), des médias « ... censés représenter un 4è pouvoir qui ont fusionné avec les 3 premiers - exécutif, législatif et judicaire», les Intellos et autres universitaires (les sociologues entre autres) tous impuissants à nouer un contact quel qu’il soit avec les Gilets Jaunes - la France de l’abstention - sinon en tant que professionnels spécialisés dans la scrutation de « bêtes sociales aussi curieuses que rares »...

    Espérons que tous ces absents seront en tirer les conclusions qui s'imposent à leur sujet : "A quoi, à qui servons-nous in fine ?"

     

    ***

     

                  Dévoilement, révélation d’un effondrement moral, intellectuel et culturel sans précédent, perte du sens des responsabilités chez les journalistes et les élus,  devoirs civique et citoyen mis au rebut par ces derniers… la grande richesse de ce mouvement, son apport inespéré, c’est son caractère épiphanique : la révélation de ce qui est, de ce que les médias, les Intellectuels, les élus (si mal élus !), les centrales syndicales sont devenus ; révélation de leurs motivations réelles et de leur niveau d'engagement à tous et pour quel profit et pour qui ; révélation du vrai visage de notre République : cette gueule cassée, borgne, énuclée de ses classes populaires et du souci d'une justice sociale pour tous ; révélations qui nous apportent  la confirmation, au-delà de toute erreur possible,  de ce que nous sommes nombreux à soupçonner depuis des années : l'organisation de notre société repose sur un seul et unique mensonge... la soi-disant recherche de la concorde et de la justice des conditions d'existence comme ultime projet... projet d'essence et d'esprit humaniste qui plus est. Et ce mensonge est arrivé en fin de vie. La catastrophe est maintenant proche.

     

    les gilets jaunes les grands abonnés absents du mouvement

     

                   Et c’est alors, et c’est maintenant que Facebook, Youtube et Twitter deviennent les alliés (même si la censure y fait rage !) très involontaires de la contestation d’un ordre économique, financier et politique aussi crapuleux qu’égoïste et lâche dûment assumé par les Jean-foutre d’une classe aussi méprisante que vénale.

     

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  • "Soumission" : sixième roman de Michel Houellebecq

     

     

    Billet de blog rédigé en 2015 

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                        Si une vision politique discutable ou indigente et une faiblesse littéraire ne sont pas indissolublement liées - en effet ceux qui pensent mal ou de travers ne sont pas systématiquement de mauvais écrivains, Ferdinand Céline l’a prouvé jusque dans ses pamphlets antisémites considérés comme des perles littéraires par un George Steiner auquel rien n’échappe -, avec Houellebecq, il en va tout autrement : mauvais penseur, mauvais écrivain pour sûr ! Même si la critique semble mettre des années à le réaliser et à l’accepter. Il est vrai qu’il est plus valorisant de reconnaître que l’on avait raison, qui plus est seul contre tous les autres, que de confesser ceci : « On s’est tous plantés à propos de Houellebecq ! »

     

                   Michel Houellebecq aurait dû être l'auteur d'un seul ouvrage : « Extension du domaine de la lutte » en 1994, d'un intérêt certain en tant que symptôme d’une société libérale très avancée qui a placé l'efficience et la performance au coeur de son projet, pour chacun d'entre nous, à nos risques et périls... pour les plus indigents, car Houellebecq n'a jamais été autre chose qu'un symptôme : il a représenté – et ce n’était pas un rôle de composition chez lui -, une catégorie d’hommes – homme au masculin -, susceptible d'intéresser davantage les sociologues et que les critiques littéraires ; une catégorie directement concernée par la question de la misère sexuelle qui est le lot de l’homme dépourvu de qualités physiques face à « l’homme machine » réduit au seul critère d’une performance économique et sexuelle, à la fois objet et marchandise ; et plus encore, lorsque cet homme déshérité a des prétentions de conquête très largement au-dessus de ce que peut vous laisser espérer un réalisme à la fois esthétique et social ; et Houellebecq, de par son physique et sa place dans la société, avant son statut d’auteur célébrissime, était bel et bien au cœur de cette problématique, il faut le reconnaître.

    Un Houellebecq symptôme donc. Or, un écrivain n'est pas un symptôme, mais bien plutôt une maladie et son remède, médecin et patient ; et quand il est bon, vraiment bon : un écrivain c’est une épidémie avec toute la logistique médiatico-humanitaire qui accompagne une telle calamité qui menace au pire un continent, au mieux... la planète toute entière, prix Nobel à la clé.

     

                  Avec Houellebecq, roman après roman, force est de constater qu’il s’est aussi et surtout agi d’une catégorie d’hommes qui, dans les faits, supporte mal « l’affirmation du désir féminin » par les femmes elles-mêmes sans la médiation d’hommes bien disposés envers elles : les Vadim et les Truffaut qui ont su aussi se servir au passage. Désir au sens le plus large : sexe, réussite sociale, pouvoir et contrôle ; désir inaccessible à cette catégorie d'hommes faute d’en connaître non seulement l’histoire mais aussi ses véritables motivations et ses ressorts ; désir face auquel ces hommes peinent à trouver une place : la pauvreté de leur physique et sans doute aussi une enfance dont les conflits, ou pire encore, l'absence de conflits « mère-fils », « père-fils » faute de candidats, n’ont pas trouvé leur résolution dans une vie d’adulte épanouie ne leur étant d’aucun secours. Arrive alors le constat amer : un physique ingrat condamne à une vie tout aussi ingrate, une vie effacée, sans joie, sans charme ; des hommes dont les corps n’exulteront pas ; toute exaltation leur sera interdite dans une société où le « savoir jouir » a pourtant tout recouvert.

    Manifestement, Michel Houellebecq a toujours trouvé la punition injuste et sa biographie personnelle n’a rien arrangé en tant qu’enfant d’une société post-soixantehuitarde aux parents absents dont le laxisme cachait une indifférence et un refus d'assumer ses responsabilités en tant que parents... qui s’affichait « tolérance » ou « quête de soi »… de voyage en voyage, de lit en lit.

             

               Question lancinante donc : quel avenir et quel devenir pour les moches, les fauchés qui plus est, sur le marché du sexe… qui est à la fois un marché et de la performance physique et de la performance économique et financière ? Bander longtemps, avoir un beau petit cul et une carte de crédit de VIP.

    Incidemment, et cela aurait dû alerter les critiques littéraires, Houellebecq n’a pas compris, ou bien plutôt, n’a pas voulu, ou bien encore, n’a pas su se résoudre à accepter de reconnaître que ce déterminisme-là était tout aussi impitoyable avec les femmes qu’avec les hommes que la nature et la réussite sociale n’ont pas favorisés. Dans le cas contraire, il est vrai que Houellebecq aurait très vite réalisé que toutes ses récriminations contre les femmes, ce procès permanent contre la femme, livre après livre, une femme responsable de tous nos malheurs, étaient nulles et non-avenues ; mais faut croire que la mauvaise foi en littérature paie toujours.

    Ironie de la situation : Houellebecq n'aura eu besoin d'aucune religion finalement, tout en n'ayant rien à envier à aucune d'entre elles, quand il s'est agi de fomenter un tel procès d'intention contre tout ce qui touche au féminin.

     

                  Avec « Soumission », cette France islamisée en 2022 et la victoire du parti de la «Fraternité musulmane», Houellebecq et son éditeur sont allés chercher non pas le lecteur, celui d'un Christian Bobin ou d'un Eric Vuillard, mais le non-lecteur ; celui qui n'ouvre qu'un livre, un seul, tous les dix ans, et dans lequel ce non-lecteur ira retrouver son propre ressassement.

    On saluera ici la logique économique d'un tel choix, les lecteurs se faisant de plus en plus rares, autant aller chercher ceux qui ne lisent pas mais qui gambergent à l'excès autour de l'Islam, entre autres obsessions.

                 Le mal français ?

                 La femme libérée et l'Islam.

                Après Zemmour, Houellebecq ! Certes, ce dernier est autorisé à croire qu'il pense quand il pense ce qu'il pense et qu'il l'écrit jusqu'à en faire un "roman" qui nous sera alors vendu comme tel. En revanche, ce que l’on ne pourra que difficilement pardonner c'est le fait que le monde de l'édition ait tenté depuis 20 ans de faire de Houellebecq un écrivain avec la complicité de la critique, et de nous en convaincre livre après livre, et ce sans ménagement aucun. Or, le vernis « littéraire » et « politique » de Houellebecq ne résiste pas à une interview un tant soit peu compétente. De plus, un écrivain, ç'a du flair, une tête bien faite, une écriture, un vocabulaire... tout ce qui a toujours manqué à Houellebecq.

    Mais tout se tient finalement : l’Art contemporain contre l’Art moderne, Houellebecq maître en littérature, politique et complaisance face à la corruption généralisée, l’extrême droite sous la protection de l'abstention et des médias, jusqu’à la confusion qui en arrange plus d'un : on peut être socialiste et travailler pour la Banque, en venir et y retourner une fois que l’on a épuisé tout son crédit auprès d’électeurs maintenant écoeurés qui enragent.

     

                  Après la publication de « Soumission », il est vraiment surprenant  que toute la critique soit à ce point navrée comme si Houellebecq n'était pas toujours passé à côté du fait que la littérature c’est aussi un mode d’étude : sciences sociales, journalisme, droit, histoire, philosophie, psychologie…

    Pour le dire autrement : la littérature c’est du travail, beaucoup de travail, un travail à plein temps.

    En comparaison, écrire n’est rien.

    "Politiquement correct" oblige ! La critique condamnera alors l'islamophobie d'un Houellebecq, voire sa misogynie, sans toutefois remettre en cause la politique éditoriale de ceux qui n'ont pas cessé, à de très rares exceptions près, de nous imposer ce littérateur "monté de toutes pièces" : un vrai coup tordu pour la crédibilité de la littérature.

    D'autres moins hypocrites mais plus pervers... tel un Eric Conan de Marianne, dénonceront le sexisme d'un Houellebecq pour mieux valider en catimini son islamophobie.

     

    ***

     

                 Autant le compagnonnage autour de Dieudonné ou d’Alain Soral à propos de la dénonciation d’un mondialisme au service de l’Empire (atlantisme, sionisme et monarchies pétrolières : chaos et chantage) qui n'est qu'une guerre faite aux Etats providence, nations et peuples, réunit des cœurs sincères et vaillants, épris de justice et d’indépendance, en revanche la « fausse question musulmane » semble n’attirer que le rebut médiatico-intellectuel d’une société adepte de délires à la fois paranoïaques et savamment calculés parce qu’idéologiques : revanche historique à propos de la décolonisation (l’Afrique noire et le Maghreb en priorité), sionisme articulée à travers une allégeance indéfectible à Israël, racisme à peine masqué derrière un suprémacisme blanc, avec la complicité à la fois tacite, objective et plus rarement inconsciente faute de formation et de compétence dans ce dernier cas, des médias dominants ; il suffit alors de penser entre autres à ceux-ci : Eric Zemmour, Richard Millet, Alain Finkielkraut, Elisabeth Levy, Cukierman, Renaud Camus et maintenant Michel Houellebecq, à grand renfort de publicité : mille interviews, mille passages télé et radio… mille commentaires.

                   Bêtise, diversion, ignorance et scélératesse : taper sur la victime, sur le plus faible, toujours et encore ! Exonérer les coupables qui arrangent si bien les affaires de notre auteur et ses éditeurs successifs depuis 20 ans…

                   Aussi, bienvenue au club de la lie non-pensante, Monsieur Houellebecq !

     

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    Pour prolonger, cliquez  Houellebecq, le Forrest Gump de la littérature

     

     

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  • Michel Houellebecq : le Forrest Gump de la littérature

     

             Rentrée littéraire 2018-2019 : Michel Houellebecq a encore sévi  : contre la ville de Niort - commune d'un enjeu civilisationnel d'une importance colossale il est vrai ! Comme quoi, la littérature n'a vraiment peur de rien.

                             

                              Mais attention :

     

                            "A polémiquer sans péril, on buzz sans gloire !"

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                 Un auteur c’est un plat qui se mange froid. Or, Houellebecq est un auteur froid. Aussi...

     

                    Si "au commencement était le Verbe"... dans ses deux premiers titres - Extension du domaine de la lutte et Les particules élémentaires -, qu'est-ce que nous disait Michel Houellebecq (si d'aventure cet auteur tentait de nous dire quelque chose) ?

    Ce chérubin semblait vouloir nous dire, avant de s'en désoler, qu'il vaut mieux être riche et beau (et puis, jeune aussi) quand on veut tirer (1) de belles nanas, que pauvre et laid.

    Cette affirmation qui ne souffrira aucune contestation ferait donc de Houellebecq un grand écrivain doublé d'un grand moraliste car, si Houellebecq avait été riche et beau à une époque où il ne l'était pas, il aurait bien évidemment et très certainement cherché à séduire des filles pauvres et laides...

    C'est donc ça ?

                      Alors maintenant, à quand un auteur mais... de génie celui-là, qui nous expliquera, contre toute attente, combien il est préférable d'être issu d'une catégorie sociale dite "privilégiée" plutôt que d'appartenir à une catégorie sociale dite "défavorisée" ? (défavorisée ????? Qualificatif outrageusement euphémisant quand on constate l'ampleur des dégâts sur cette classe) quand on veut, non seulement séduire de belles nanas, mais aussi et surtout, se faire une place au soleil...

    A quand cet auteur de génie ? Parce que... bon... on s'impatiente là !

     

     

    1 - Tirer des nanas : oui parce que... Houellebecq, les nanas, il voulait les tirer, c'est tout. Et elles ne s'y sont pas trompées bien sûr ! Elles qui ne supportent pas, lorsqu'elles en ont besoin, qu'on leur dise qu'elles en ont envie, et vice versa. Mais ça................... Houellebecq l'ignorait.

     

    ***

     

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                 Plus tard, avec un titre comme "Plateforme", et dernièrement avec "La Possibilité d'une île" et "La carte et le territoire", il semblerait que Houellebecq ait souhaité élargir quelque peu son champ de vision et qu'il se soit décidé à nous donner des nouvelles du monde.

    Si Houellebecq connaît réellement notre monde contemporain (2), et si on oublie un moment une inspiration souvent absente ou poussive, force est de constater que les informations de l'auteur à ce sujet semblent avoir pour sources principales, sinon unique, le journal de 20H (TF1 ou France 2, c'est au choix), Envoyé Spécial pour s'être attardé devant son écran (somnolant ?), et maintenant qu'il réside en Espagne : TV5 ; ce qui, tout le monde en conviendra, n'arrangera rien, bien évidemment.

    Ecrivain de surface, sans profondeur ni écriture, en cela, Houellebecq est bien un homme de son temps : bâclage, esbroufe, absence de travail dans le sens de "travailler son sujet". D'aucuns rétorqueront : c'est guère nécessaire aujourd'hui puisque tout le monde triche : écrivains, artistes plasticiens, journalistes, critiques littéraires inclus ; et les lecteurs sont sans culture. 

     

    2 - Houellebecq est décidément un auteur très approximatif, un auteur très vague ! Aussi, gare au mal de mer !

    Tout comme il a une vague idée de la science fiction et des sectes dans "La possibilité d'une île",  Houellebecq a juste une vague, très vague idée du fait que l'art contemporain n'est, le plus souvent, qu'une vaste fumisterie sans talent ; mais il ignore le plus important : c'est une fumisterie très sérieuse qui nous est servie par des individus (artistes, mon oeil !) sans humour qui se préoccupent de tout et qui ne plaisantent sur rien ; ce qui aggrave sensiblement leur cas à tous. Rien à voir donc avec la démarche d'un Marcel Duchamp.

    Et les interviews de l'auteur n'arrangent rien. De là à penser qu'il ne faut ni lire ni écouter Houellebecq si l'on ne veut pas douter de lui et de ceux qui n'ont de cesse de nous signifier qu'il est irremplaçable...

     

    ***

     

                    Mais alors... à prendre ou à laisser Houellebecq  ? Un Houellebecq qui est à l'écrit ce que Mylène Farmer est à la musique et à la danse (on me dit que tous les deux partagent le même fans-club !)...

    Au diable la culpabilité ! Vraiment ! Sans regret et sans remords, on doit pouvoir laisser Houellebecq ainsi que les fossoyeurs de la littérature qui l'ont promu au rang d'auteur (3) qu'il faut avoir lu sous peine d'être frappé d'inconséquence ou de nullité, là où ils ne seront jamais, à savoir : dans un lieu qui ressemble fort à un avenir car, il y a des auteurs qui savent voir loin et acheminer l'attention de leurs lecteurs plus loin encore, et surtout, là où personne ne peut décemment souhaiter être  mené : à tous les drames et à toutes les tragédies, nous tous glacés d'effroi, face au pire.

    En revanche - et on l'aura compris -, Houellebecq ne nous mènera guère plus loin que dans sa salle de bains qu'il ne fréquente que rarement, pour une douche qu'il ne se résoudra jamais à prendre en gosse mal léché, difficile et laborieux quant à l'acquisition des apprentissages de la petite enfance... et sur son pot aussi, lieu de toutes les rétentions, en pré-ado attardé...

    Et ce, alors que le monde d'aujourd'hui et de demain a et aura besoin de titans !

     

     

    3 - Auteur d’un intérêt plus sociologique que littéraire nous affirme-t-on, comme pour s'excuser ; même si, en toute bonne foi, il semblerait qu’il n’y ait pas que des imbéciles pour affirmer que « Houellebecq, c’est important !»

    En effet, Houellebecq n’aura-t-il pas été le premier à donner une voix aux laissé-pour-compte… non pas économiques mais sexuels ? Préoccupation éminemment de droite (famille de pensée de Houellebecq ; choix effectué pour emmerder une mère beatnik : la sienne) car, pour ce qui est de la fausse-gauche( gauche PS des années durant), moche ou pas, elle n’a jamais eu de problème de ce côté-là : les ouvriers et les militants ont toujours beaucoup baisé, gratis qui plus est, et pas qu’avec des moches ; dans ce milieu, la gauche donc, les femmes sont fraternelles et compatissantes, alors qu’à droite, les femmes sont mesquines, rétentrices et arrivistes (on couche et on se marie « utile ») ; c’est la raison pour laquelle la bourgeoisie a toujours tissé et entretenu avec la prostitution des liens très très étroits (pour bien faire : les maquereaux sont notoirement de droite et les prostitués aussi ; ou bien apolitiques, ce qui revient au même), considérant comme un fatalité le fait de devoir débourser, quand on est sans un sou et/ou moche, quelque argent pour avoir droit à deux minutes d’affection, sinon d’hygiène.

    Jusqu’au jour où un Houellebecq décide de se révolter contre cette fatalité tarifée, prenant par la même occasion le féminisme comme bouc émissaire : « Si les nanas ne veulent pas de moi, c’est pas parce que je suis pauvre, de droite et moche mais… parce qu’elles ne baissent plus, ou alors, qu'entre elles ; et quand elles baissent avec le sexe opposé : c'est avec des minés !»

    Doit-on pour autant conclure que le fan-club de cet auteur serait majoritairement composé d'hommes "imbaisables" ou pour le dire autrement... d'hommes non compétitifs sur le marché d'une offre sexuelle a priori non tarifée, un peu à l'image de leur star qu'est Houellebecq ? Fan-club tel un écho involontaire et ironique des propos tenus contre le mouvement féministe en son temps : "Toutes des mal-baisées, ou pas baisées du tout parce que... imbaisables !"

    A vérifier donc !

               (si les fans de l'auteur voulaient bien se montrer un peu pour que l'on puisse juger sur pièce !)

     

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             Il faut le savoir : un auteur digne de ce nom, un auteur qui se respecte, se doit d'être sale à l'intérieur mais... propre à l'extérieur, un auteur au linge irréprochable ; et à ça, Houellebecq ne s'y résoudra jamais ! 

    Oui ! Impeccablement mis à l'extérieur et sale à l'intérieur cet auteur à venir, d'une nécessité absolue ; auteur-porteur de toutes les ignominies dont notre espèce est capable, jusqu'à ce que... une fois la morale évacuée ou expurgée, il ne reste plus que des hommes, femmes, enfants, vieillards, pères, mères, soeurs, frères, filles, fils, bourreaux et victimes, eux tous terrés au fond d'un gouffre, les yeux tournés vers le ciel, et la nuit, les étoiles, à la recherche d'une lumière rédemptrice pour les plus coupables d'entre eux, et consolatrice, pour les plus humbles, face à un lecteur non seulement témoin mais... acteur, incarnant pour l'occasion...

    Le dernier des hommes.

     

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  • Tout un monde friable

    Contrôle de routine. Un de plus, un de trop ? Après quelques examens complémentaires, le diagnostic tombe et le mot interdit est prononcé : un corps est devenu fou… fou à l’intérieur, incontrôlable ; cellules démultipliées au-delà du raisonnable ; cellules saines et puis les autres, surtout les autres !

     

     

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    Il lui sera beaucoup pardonné à cette réalité intraitable si d’aventure il nous vient à l’esprit de lui rendre la pareille en vomissant dans le lavabo de la salle de bains ou dans les toilettes, le dernier traitement administré à la séance de ce matin, nauséeuse et épuisée, prête à tout lâcher, à tout rendre.

     

    Femmes accompagnées et soutenues. Femme seule, délaissée qu’un conjoint aura quittée sur la pointe des pieds au pire moment.

     

    Vient alors le temps des visites et des amies qu’il faut soutenir. Et là, c’est à se demander qui est le visiteur et le patient, tellement la peur de l’un se confond avec la peur de l’autre.

      

               Veillées celles qui ont survécu, et qui ont dû abandonner leur vie – celle d’avant –, et de leur intimité, la part la plus représentative à leurs yeux ; quand il ne s’agit pas d’une partie plus intime encore.

     

    Veillée jusqu’au terme de sa vie, l’amie qu’une maladie voleuse et sans gêne aura emportée. Veillée près d’un lit, à son chevet, sans jamais pouvoir imaginer un seul instant échanger son sort contre le sien.

     

    Veillée cette sœur d’arme, allongée là, épuisée, avec une poignée de mots fraternels ; ces mots qui forcent leur passage dans l’air, prononcés avec le souffle, du fond de la gorge, la poitrine lourde. On se retient pour ne rien ajouter au tragique et pour ne pas éclater en sanglots, ne pas dire qu’on est désolée et qu’elle ne méritait pas ça.

     

    Et puis l’angoisse vient éclairer le visage du visiteur. La patiente, elle, n’a déjà plus de force, le visage nu. L’épuisement a eu raison de son corps et de son esprit. Reste seulement la représentation de cet épuisement qui occupe et envahit tout. Dans ces moments là, le regard du visiteur se porte sur les murs, le lit, les draps, l’appareillage de perfusion, pensant pouvoir très certainement en réchapper. Le regard de la patiente, lui, scrute la fenêtre, dehors, là où tout était encore possible voilà quelques semaines ; et pour qu’elle puisse y voir une route, un chemin hors des ténèbres, c’est un feu de Dieu qu’il faudrait allumer à cette patiente perdue dans sa chambre – dernière retraite pour celle que la maladie a vaincue ; une ombre, son regard qui vous donne à voir toutes les années encore à venir pour elle qui ne les connaîtra pas.

     

                  Double regard, double infini dans ces deux visages dépouillés : celui de la naissance pour toutes les deux – il y a cinquante ans et plus –, et celui de la mort, pour l’une d’entre elles.

     

     

    ***

     

      

    La menace sera toujours là. Quels projet maintenant pour avancer et éloigner le souvenir de la maladie et du décès de celle qu’on aura accompagnée jusqu’à sa dernière heure ? Tabac, alcool ! Il faudrait pouvoir y renoncer. Pour la pilule, c’est déjà fait, l'âge aidant et puis, c’est trop tard : on a donné ! Trente ans de bons et loyaux services et une génération, la première, pour essuyer les plâtres.

     

    Une nouvelle hygiène de vie nous est proposée. Tout à faire ! Tout à refaire donc ! Dommage, vraiment, qu’il n’y ait pas eu autant de voix pour nous prémunir et nous guider alors qu’elles sont pléthores aujourd’hui à entretenir la peur, à la susciter, à nous la suggérer cette peur et la culpabilité avec...

               

              Comme si toutes les conditions avaient été réunies pour nous permettre d’effectuer un tel choix de vie !

     

     

     Si l’on ne remplace jamais rien, ces maladies en sont la preuve irréfutable et cruelle car, la mort n’irradie personne. Elle est une énigme pour les imbéciles seuls qui passeront le restant de leur vie à tenter de la déchiffrer car rien n’est plus réel que la mort, rien n’est plus transparent, plus limpide, plus clair que la mort. Elle rafle tout la mort et sous terre point de deuil et point de chant funèbre : l’indifférence et le silence règnent en maîtres incontestés. Elle saisit, elle se sert. Elle commande. Elle se goinfre, la mort !

     

    Gargantuesque, c’est avec les doigts qu’elle mange et qu’elle festoie et c’est avec le manche qu’elle s’essuie et c’est avec nos larmes et notre sang qu’elle se désaltère pour à nouveau, se précipiter sur les plats, hilare, outrageusement immodeste. Elle ne connaît pas la magnanimité. Elle ne connaît que son action et son résultat. Elle ne cherche pas. Elle trouve. Elle ne lutte pas, elle gagne. Face à elle, on n’a qu’un droit et qu’un devoir quand elle triomphe sans conteste : ôter son chapeau, comme au passage d’une procession et de son cercueil ; et pour celles et ceux qui n’en portent jamais : lui faire la plus belle des révérences, la plus respectueuse aussi.

     

    Rien de surprenant que tous les tyrans en usent et en abusent de cette arme qu’est la mort ; eux qui ne respectent que la force pour s’empresser d’y répondre par la force ; force d’une brutalité égale.

     

    Symétrie parfaite donc !

     

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    Extrait du titre : La consolation - copyright Serge ULESKI

     

     

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  • "Le locataire" de Roman Polanski et la France des années 70...

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                 "Le Locataire chimérique" est un roman de Roland Topor, publié en 1964. 

                 "Le locataire" dans son adaptation cinématographique met en scène un jeune homme trentenaire, d'origine étrangère qui emménage dans un petit deux-pièces parisien dont la locataire qui l'a précédé s'est suicidée ; il suscitera d'emblée l'hostilité du propriétaire et de ses voisins."

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                  Univers sournois, hostile, étouffant, à la fois sordide et morbide... délire de persécution, délire paranoïaque... c'est sûr, avec ce long métrage du réalisateur Roman Polanski, l'oeuvre de Kafka n'est pas loin.

    Laideur des lieux, laideur des visages (un casting sur mesure nous est présenté), laideur des comportements... seul le personnage confié à Isabelle Adjani trouvera grâce aux yeux du réalisateur  ; un personnage attentionné, modeste et sans prétention aucune. 

                   Logé dans un immeuble de pétitionnaires et de délateurs (on pétitionne contre les plus faibles : une mère et sa fille de 12 ans paralysée)...  ce locataire  - le rôle titre est tenu par le réalisateur lui-même ;  ce qui est loin de n'être qu'un détail... anodin qui plus est -, petit bonhomme au corps chétif, à la voix fluette et à l'accent étranger (le seul accent étranger du film même si le casting fait appel en partie à des acteurs anglophones), naturalisé français - il y tient ! -, ce locataire nommé Trelkovsky n'a de cesse de compenser en se montrant en toute occasion accommodant et serviable sans doute dans l'espoir d'être accepté par son entourage composé principalement de ce qu'il faut bien nommer des "porcs" (ces collègues de travail en l'occurrence)  et des "salauds" (les locataires et le propriétaire de l'immeuble).

    Laideur, encore la laideur ! 

    Force est de constater qu'il ne peut s'agir d'une simple coïncidence un tel parti pris à la fois sociologique,  esthétique et psychologique ! Ce choix délibéré a bel et bien sa raison d'être. Aussi, grande est la tentation de voir dans "Le locataire" l'expérience personnelle de Roman Polanski  à son arrivée ( et retour) dans l'hexagone ainsi qu' un portrait sans concession de la société française dressé par un "étranger" qui n'a pas oublié, dans les années 60 et 70 ( et l'auteur Roland Topor dans d'autres circonstances), cette expérience décevante et humiliante avec la France bien qu'il y soit pourtant né dans les années 20 avant de rejoindre la Pologne à l'âge de trois ans.

                  Portrait de la société française ? La France et cet étranger qui n'a qu'à bien se tenir ?  Avec "Le locataire"... manifestement Polanski a gardé en mémoire  les années de "vaches maigres", l'ostracisme et le dédain de notre industrie du cinéma à son égard ; personne n'étant désireux de lui faire une place.

    Rappelons ceci : n'arrivant à rien, Polanski quittera la France pour Londres.

     

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                    Il est vrai que.... de "Polanski le sur-doué", nos réalisateurs - en particulier ceux de "La nouvelle vague" aux grosses lacunes techniques et scénaristiques  -, avaient tout à craindre car leur cinéma à eux tous restera longtemps très très en deçà de tout ce que Polanski aura déjà produit ; formé en Pologne dans la célèbre Ecole de cinéma de Lotz à la sortie en salle du "Locataire" en 1976, Roman Polanski a plus de quinze années de cinéma derrière lui ; cinéma primé aux USA, à Berlin, à Venise et à Londres ;  lui si jeune encore : il a à peine 40 ans. 

                   Parabole allégorique -  au cours d'une scène brève, dans le cadrage, et encore une fois, avec le choix de l'acteur dans le rôle d'un commissaire de police, c'est Vichy qui est là, présent, encore, comme à l'affût ; nous sommes en 1976 certes, sous la présidence de Giscard d'Estaing,  et pourtant la période de la collaboration n'est pas loin ; on la sent tout près. C'est Polanski qui nous met la tête sous l'eau jusqu'à la suffocation  à propos d'un épisode historique pas encore contée ni élucidée dans ces années-là...

    Satire de la bêtise humaine et de sa cruauté, exploration de la folie et de son cheminement - trouble de la personnalité en particulier : thème récurrent chez le réalisateur (1)-, la dernière réplique du locataire Trelkovsky  "Vous êtes tous des assassins !" n'est sûrement pas à mettre sur le compte de cette folie seule. Cette accusation sonne comme un verdict ; un verdict exagéré, disproportionné sans doute, un verdict qui s'appuie sur l'émotion plus que sur la raison... - raison des faits en particulier -, cependant,  il y a dans ce dernier cri comme une vérité après plus d'une heure-trente passée au côté de ce petit homme sans histoire mais dont l'Histoire de toute sa vie,  brève et immense puisqu'il n'en aura pas d'autre, aura pour sortie, très théâtrale au demeurant , un saut dans le vide d'une existence devenue non-négociable et par voie de conséquence : inassimilable. 

    Il faut bien dire, à la décharge de tous, que l'être  humain est sans rival lorsqu'il s'agit d'enfermer et de s'enfermer à double tour. Le personnage  de Polanski ne se sera, semble-t-il, accordé aucune chance d'éviter cette tentation qui lui ressemblait trop sans doute.

     

     

    1 - A l'aune des accusations de viol portées contre le réalisateur - accusations le plus souvent avérées -, que l'on rappelle ici que tous les films de Polanski, les meilleurs de ses films, ne parlent que de ça : trouble de la personnalité, ligne rouge franchie sous l’emprise de pulsions irrépressibles ; pensez à Chinatown et la confession du personnage joué par John Huston  qui, soit dit en passant, vole la vedette à tous les acteurs masculins de la distribution ; confession comme suit : « Peu d’hommes savent qu’au cours d’une vie, dans certaines circonstances, n’importe qui peut commettre le pire » - référence à l’inceste et au viol en ce qui concerne Chinatown. Voyez  "Répulsion", "Tess" (encore le viol) ; La Jeune Fille et la Mort (confession du violeur : « j’ai aimé le faire à ces femmes terrorisées »......

    Hors de la fiction, dans la vie, la vraie, témoignage après témoignage, il semblerait bien que l’on s'oriente définitivement vers cette évidence : avec Polanski, il est manifestement question d'un pervers sexuel et violeur multirécidivistes d’adolescentes et de femmes très jeunes. 

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  • La ballade de Luc : "Je veux rentrer chez moi !"

     

     

                     "Quand je pense à la majesté de cette nature qui ne ressemble à rien d‘autre qu‘à sa propre image et qu’à sa propre nature qui est d’être ce qu’elle est, sans chercher à être ce qu‘elle ne sera jamais. Il faut l’avoir vue cette nature et y avoir vécu dans cet environnement pour réaliser à quel point la force paisible et rassurante de cet environnement si banalement cohérent parce que... cohérent de l’intérieur… à quel point l’évidence de cette cohérence vous rend fort et respectueux. Là-bas, je me sentais protégé, dans ces grands espaces car j’étais à l’abri de l’arbitraire dans ces forêts denses mais hospitalières, là où rien n’existe, là où rien ne jaillit sous la contrainte d’une recherche effrénée d'une prise de pouvoir.
    - C’est sûr Luc ! On vit toujours mieux là où on vivait bien ; et plus encore quand une fois ailleurs, on vit mal.

    - Te moque pas Matthieu ! Là-bas, l’expérience de la nature est immédiate. Le temps s’écoule - c’est vrai ! -, les heures, les semaines, les mois, les années mais le temps reste immobile aussi car je sais que je retrouverai toujours ce que j’ai quitté la veille au soir ou la saison dernière. Et... seule la nature est capable de vous rappeler qu‘hier, c‘est demain et qu‘aujourd‘hui...  c‘est aussi hier. C’est comme un éternel retour... en boucle : un vrai cycle, cette boucle qui a la forme d’une roue…

    - Je vois.

    - Tu sais de quoi j'ai besoin, finalement ?

    - Non, Luc. Dis un peu pour voir.

    - Je veux du statique, Matthieu ; de la stagnation. Je veux qu’on me repasse les mêmes plats, toujours ! Qu’ai-je à faire de leur Histoire universellement humaine et de ses soubresauts ? Matthieu, je veux de la monarchie ! Oui, de la monarchie mais... sans monarque ! Et puis, non ! Je sais ! Je veux... du féodal. Mieux encore, Matthieu ! Je veux de l’antique. Non, et non ! C’est pas encore ça.

    - Encore un effort Luc, tu vas y arriver.

    - Je veux des grottes, des cavernes, des horizons bouchées par la peur de l’inconnu... cet inconnu qui nous menace quotidiennement et contre lequel rien n‘est envisageable parce que rien n‘est possible parce qu‘on ne saurait rien de rien sur rien. Non, on ne saurait rien, Matthieu. Tu imagines un peu ? On ignorerait tout sur tout. Alors, je veux l’ignorance crasse de ceux qui ignorent tout car je veux ne plus rien savoir. Je veux une absence totale d’imagination et de compréhension. Je ne veux plus d’interrogation, plus d’anticipation et plus de suspense. Matthieu, ça y est : j'ai trouvé ! Je veux de la pré-histoire. Oui, c’est bien ça ! Je me fous des grandes marches en avant, des luttes armés et de ce progrès qui serait un progrès. Il n’y a de place pour personne dans ce mouvement abstrait de la production et de l’exploitation à tout va. M’approprier ce temps que l’on dit historique pour m’assurer que demain sera irréversible et commencer chaque jour à faire le deuil de la minute qui vient de s’écouler, à quoi bon ? Je veux vivre loin de cette contemporanéité en perpétuel mouvement, et dans laquelle je sais que je serai sacrifié. Oui, Matthieu, je serai englouti et sacrifié en pure perte dans cet environnement. Alors… pourquoi irai-je docilement à l’abattoir ? Hein ? Pour être sûr, je veux être un étranger de l’histoire de mon temps et des temps à venir. Plus rien ne doit s’acheminer ou tendre vers moi. Je veux tirer le rideau. Je ne veux plus y prendre ni... en prendre ma part. Je veux qu’au cadran de ma montre il soit midi... toujours et encore ! Je veux que midi vienne me sonner les cloches à toutes les heures du jour et de la nuit. Je veux un ordre immuable, mythique et cyclique. Je veux retrouver les mêmes couleurs, les mêmes odeurs dans la succession des saisons immuables. Je ne veux pas orienter dans le temps, dans la production, dans la transformation, dans l’accumulation, l‘expansion, l'optimisation, la découverte et dans l‘expérimentation à tout craindre, d'un environnement qui serait malléable et corvéable à merci. Je veux... ne rien pouvoir et ne rien vouloir. Je ne veux plus rien produire et je ne veux plus que l‘on produise quoi que ce soit pour moi. Je ne veux plus que l’on commande et qu’on... me... commande quoi que ce soit ; que ce soit au comptoir, au bar ou bien, à table. D’ailleurs, je quitte le banquet. Je n’ai plus faim... plus faim de rien du tout. Je te le dis Matthieu : je ne veux plus que l’on cherche à me communiquer quoi que ce soit. Je veux de l’indicible. Je veux le gèle, l’hiver, le froid. Je veux retrouver une réalité commune dans la permanence du temps qui s’écoule et qui me revient comme un écho des temps immémoriaux, loin de la menace de l’oubli. Je veux du réversible, de la marche arrière, du rétrograde, du ringard. Je veux qu’aujourd’hui soit demain et demain... la veille, comme quand on veille et qu'on s‘endort... pour mieux renaître, somnambule. Je veux une histoire sans pouvoir, une histoire stérile et impuissante. Je veux qu’on lui coupe les couilles à l’Histoire et les ovaires aussi ! Je ne veux plus de procréation. Je veux une histoire qui n’accouche plus de rien du tout ; une histoire qui n’engendre pas d’histoires à raconter et à hurler de rire pour se dépêcher de ne pas en pleurer de honte et de dégoût. Je ne veux pas du temps qui passe et qui efface toutes les traces. Je veux un temps qui revient, à heure fixe, chaque année et à chaque saison. Je veux entendre la même musique, jouée par le même orchestre sous la même baguette cinglante d’un chef sans vision, sans projet, sans ambition et sans lubies. Un chef éteint, à l‘ampoule grillée. Je veux aussi une histoire sans heurts, figée pour hier, aujourd’hui et demain. Je veux un temps présent perpétuellement présent et qui ne soit pas rongé par une histoire en marche. Je veux de l’inépuisable. Je rêve d’un espace clos et moi dedans mais libre de ne rien vouloir. Je ne veux plus d’orientation et... ensuite et... enfin... à la fin des fins, je passerai dans l’au-delà, là où plus rien ne se passe, et là où rien ne passe. Mais... en attendant et entre temps, dans le compte à rebours, je veux vivre dans le mythe, tel un mythe, en équilibre, tel un funambule entre ce qui a été et ce qui sera... de tout temps... ce temps qui est ce qu'il a toujours été, loin des passions messianiques. Quant aux utopies millénaristes, je leur souhaite qu’une chose : de crever de leur belle mort d’illusions paradisiaques de pacotilles millénaristes. Je veux, aux mêmes conditions et dans les mêmes termes, retrouver encore et toujours, les mêmes conditions de vie et de mort. Je ne veux plus de lieux personnalisés, historiquement chargés d’histoires à dormir debout. Je veux tout arrêter, prendre mes jambes à mon coup et crier : "Au secours !" pour mieux m'en retourner ; et puis, une fois arrivé sur place, me dire que plus jamais rien ne viendra bouleverser cet ordre retrouvé dans l’ancien ordre qui sommeillait en moi comme une enveloppe d‘éternité. Matthieu, je veux être un arbre, un chêne, planté là sur mes deux troncs en forme de pattes et mes deux pattes en forme de jambes et je veux être reconnu comme tel. Je veux de l’ordre ancien comme cet arbre ancien enraciné dans la mémoire des plus anciens maîtres. Je ne veux plus de flexibilité. Je ne veux plus de dissolution. Je ne veux plus d’appropriation ni d‘expropriation. Je ne veux plus de mouvement général et de processus historique. Je me veux fossile et momie. Je ne veux plus rien de collectif. Je me veux, moi, tout entier et... personnel. Je veux comme seule réponse aux maux et aux crimes de notre époque, attendre l’imminence de mon grand retour parmi les sauvages et les primitifs, et avec eux, je veux me bercer d’illusions jusqu’au vertige et jusqu’à l’ivresse. Je ne veux plus d’histoires avec personne. Je veux qu’on me foute la paix ! Je veux qu’on me serve les mêmes balivernes, sempiternelles balivernes, parce que celles-là, au moins, on sait d’où elles viennent. Tu comprends, Matthieu ? Car, elles viennent de loin, de très loin même, toutes ces vieilles balivernes de vieille lanterne qui n‘éclaire plus rien au-delà de sa propre myopie chronique et mythique ! Matthieu, est-ce que tu comprends ?! Je veux la nature mais ... sans l’homme et sans cette société. Je veux... tout et plus encore, tout ce que l’on veut quand on ne veut plus rien du tout ; et... contre toute attente... et alors... et aussi... je veux rentrer chez moi Matthieu ! Oui ! Je veux rentrer à la maison !

    - Je comprends Luc ! Je comprends. Bon. En attendant, il faut que je retourne à ma table de travail. Je te laisse. Je vais lutter contre les ténèbres. Lutter et vaincre !

    - C’est ça Matthieu, c’est ça. Va ! Ca t‘occupera."

     


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    Extrait du titre : « Des apôtres, des anges et des démons » - copyright Serge ULESKI

     


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  • Francis-Karl Marx à propos du Mouvement Les gilets jaunes

                     

     

                   Les Gilets jaunes : un regard marxiste sur son potentiel insurrectionnel 

     

     

                  RIP ou RIC  (référendum d'initiative populaire et citoyenne) : le logos de la radicalité face à la jacasserie constitutionnelle.

    RIC cul-de-sac ! RIC dont tous les médias se sont emparés car pour eux tous, cette revendication représente une diversion inespérée permettant à terme, de tuer dans l'oeuf la dynamique du mouvement des Gilets Jaunes qui lâche la proie de la mobilisation et de l'occupation pour l'ombre d'une avancée "constituante" aussi irréaliste que vaine. 

                 Mais il y a une bonne nouvelle : paradoxalement, le mouvement des Gilets Jaunes et tous les mouvements qui l’ont précédé (Bonnets rouges, Notre dame des Landes) ont prouvé que l’on devait, que l’on pouvait enfin se passer du soutien des élus, des médias et des syndicats pour arracher ce qui doit être obtenu. 

     

                      Pour prolonger, cliquez : Marx vu par Francis Cousin  - résignation et soumission ?

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