Mesure d'audience ROI statistique webanalytics par litterature"WebAnalytics"

Avertir le modérateur

Rejoignez-moi dès maintenant sur serge-uleski.overblog.com !! - Page 9

  • Les annonces de Macron ou l'injonction à la résignation et à la mort pour les classes populaires frappées par la pauvreté

    gustave doré les annonces de macron la pauvreté bafouée

    (Gargantua - illustration de Gustave Doré)

     

     

     

    Ce qu'il faut retenir des annonces d'Emmanuel Macron :

     
     
    - Rien pour le salarié à plein temps, quand il a la chance d'un contrat à plein temps, à 1150 euros par mois dont le frigo est vide (ce salarié ne paie pas d'impôt sur le revenu - aussi toute réforme fiscale n'aura aucun effet) : seul un découvert bancaire permet de le remplir en partie…
     
    - Rien pour le retraité qui, dès le 15 du mois, doit partager la nourriture de son chien ou de son chat ( l'indexation des petites retraites à partir d’ une inflation à 1.5%, c'est entre 10 et 15 euros par mois de revenus supplémentaires).
     
                    Quant aux mesures de recouvrement des pensions alimentaires, c'est vraiment méconnaître le comment et le pourquoi d'une femme qui élève seule un ou deux enfants dans la pauvreté quand on sait que la plupart des conjoints sont insolvables ou bien introuvables... pour ne rien dire des cas où aucune demande n’a été déposée par la mère.
     
                     Rien pour et contre la lutte contre la pauvreté donc, rien pour près de 15 voire 20 millions de nos compatriotes.
     
                     Une information qui ne trompe personne : le MEDEF est satisfait des mesures annoncées ; il s’est senti soulagé : plus de peur que de mal.
     
     
                     Faut dire que Macron, ses troupes,  et le "système" connaissent le taux d’abstention chez les classes populaires ; et cette abstention massive, eux tous la plébiscite ! 
     
    Les pauvres cessaient alors de voter ? Le rêve pour tout ce beau petit monde !
     
    Jugez plutôt : MLP au second tour, une abstention de 35%... et voilà Macron (ou tout autre locataire de l'Elysée) ré-élu en 2022 avec 18% des inscrits au premier tour comme en 2017 ! Soit un vote en faveur de ce locataire qui se situe entre 35 et 40% des inscrits : ce que l‘on peut appeler "l'électorat garant du système" composé d’une majorité des classes moyennes et de la totalité des classes supérieures ; classes qui ont fait sécession face à la pauvreté de millions de nos compatriotes :
     
                         " Comment ça ? Des retraités indigents qui ne servent à rien ! Un salariat sans instruction employé dans des métiers destinés à terme aux excédents humains du continent africain ! Que tous se taisent donc !"
     
    Toute une population au rebut alors (1) ?
     
     

                                           
     
           
                    Aussi, que ceux qui vivent dans la pauvreté, les Gilets Jaunes et ceux qui les soutiennent, sachent que l'on partage déjà leur déception, et encore et toujours, et plus que jamais leur colère aussi dans leur refus d'accepter de sombrer socialement et de disparaître physiquement en silence, dans l’indifférence ou bien l’ignorance car ce qu’on ne voit pas n’existe pas.
     
     
     
     
    1A ce sujet .... une réflexion vous est proposée ICI 
     

    ______________________

     

    Pour prolonger, cliquez : Les gilets jaunes - le dossier 

     

    Lien permanent Catégories : Gilets Jaunes 0 commentaire
  • "Livre d'image" : le retour de Jean-Luc Godard - c'était en 2016

    livre d'image  de godard

     

               La critique a été d'une telle complaisance à l'égard de Jean-Luc Godard et de son "cinéma" depuis un bon demi-siècle que notre réalisateur a fini par croire qu'il avait vraiment quelque chose à dire et qu'il le disait bien, voire... mieux que quiconque. 

    Pauvre de nous alors... nous, spectateurs.

               Si le cigare est toujours là - on n'est pas fils de banquier suisse pour rien - sachez que Godard donne dans la conjugaison au passé antérieur... et ça c'est plutôt nouveau. A quand le subjonctif imparfait ?

    Précisons aussi qu'il n'y a pas une seule image "propre" dans ce livre, - saturées qu'elles sont du côté de la couleur ! - sans doute parce "ça fait style...". Mais ça, ça l'est moins... nouveau. C'était déjà dans le cas dans "Film socialisme" de 2010. Quant au son...

    En ce qui concerne la musique, il aurait vraiment fallu  - mais il est sans doute trop tard aujourd'hui -, que quelqu'un s'occupe de l'éducation de notre réalisateur dans ce domaine. Tous ces pastiches récurrents de musique romantico-pantoufle ou bien celle d'un répertoire classique écuré dans les hypermarchés, dénotent un manque de culture musicale qui ne date pas d'hier : dans "Le mépris" (1963) - film putassier, prétentieux et bête, film-esbroufe -, 90 minutes durant sous la dictée du "compositeur" Georges Delerue, on pouvait déplorer l'absence d'un choix musical qui soit à la hauteur des ambitions affichées.

    Nouvelle vague, nouvelle vague... plus ça change plus...

               J.L Godard confirme : assurément contemporain, de son temps donc, un peu escroc  - contrairement à ce qu'il aimerait nous faire croire, Godard ne travaille pas, ni les textes  ni ce qui devrait être son art, le 7è du nom -, en cela on peut craindre que la postérité soit sans pitié à son égard, JLG  demeure sans aucun doute le réalisateur français le plus sur-évalué qui soit car avec cette nouvelle production, certes, on réalise à quel point Godard aime les images (de cinéma ou pas ) mais bien davantage encore et surtout, à quel point les autres réalisateurs ont été et sont bien plus doués que lui quand il s'agit d'en fabriquer, d'en produire et d'en diffuser... de ces images que Godard aime tant.  

               Tenez, une dernière chose, trois fois rien mais n'empêche : plus une image sur la Palestine, plus une... mais un seul mot, chuchoté, presque honteux... ou bien craintif ?  Alors que notre réalisateur avait toujours quelques images et quelques mots en faveur de ce petit peuple sans défense, humilié, volé et tué à petit feu.  

    Godard a donc été mis au pas. Dont acte. A moins qu'il ne s'y soit mis tout seul comme un grand qu'il n'est pas car il a du flair notre réalisateur.

                "Livre d'image" libre dans la contrainte et la soumission alors ? 

     

                Le "livre" se termine sur l'Arabie telle qu'elle se nommait dans les années 20 du 20è siècle ; un long charabia sans direction ; un radotage qui achève de nous assommer d'ennui.

                Aussi, si la vieillesse est un naufrage, pour d'autres elle est aussi une noyade et d'autres encore, un enterrement. Souhaitons alors à JLG de très belles obsèques. 

     

    _______________

     

    Pour prolonger, cliquez : Godard or not Godard

    Lien permanent Catégories : Cinéma de film en film 0 commentaire
  • Marxistes, Léninistes, Communistes, l'URSS et les historiens

                 

                  Pourquoi  finalement ont-ils tous besoin de "vivre dans le crime"  - ce crime qui les habite et les habille tous ! - en couvrant ceux des uns contre et avec ceux de tous les autres même et surtout des décennies après leur accomplissement ?

     

               marxistes,léninistes,communistes,urss et historiens

                             ***

     

                C'est l'historienne marxiste-léniniste Annie Lacroix-Riz qui, à la lecture de ses nombreuses conférences diffusées sur internet, a réveillé chez quelques uns d'entre nous l'interrogation suivante ; interrogation qui a pourtant longtemps semblé sans objet depuis disons les années 70 (pour les plus tardifs d'entre nous), à savoir : quel bilan et quels enseignements doit-on tirer de l'expérience soviétique ? Bien qu'il nous ait toujours paru surprenant que les partis dits "communistes" d'Europe de l'Ouest, français en particulier, se soient si longtemps cru dans l'obligation de soutenir cette URSS alors que son fiasco ne faisait déjà plus débat depuis des lustres : fiasco  économique, fiasco politique (crimes de masse, assassinats politiques sans nombre), fiasco culturel et artistique (musiciens, écrivains, peintres, cinéastes, danseurs condamnés à l'exil, à l'assignation à résidence, à l'internement  psychiatrique, au Goulag... c'est au choix !), et puis, fatalement... fiasco humain encadré par une police politique infâme qui n'offrira à des populations écrasées, Russes ou non, une seule et unique échappatoire : le refuge dans un alcoolisme endémique.

    Car, si les Chinois avaient le petit livre Rouge pour apprendre à penser, les populations de l'URSS avait la vodka pour ne plus penser du tout. 

                     Vraiment surprenant de la part d' Annie Lacroix-riz, grande pourfendeuse de ses confrères historiens pleutres et carriéristes, indécrottables adeptes des falsifications de l'histoire et du mensonge par omission, une Annie Lacroix-riz pourtant intraitable à juste titre, avec une classe politique européenne de tout temps aux ordres de la Banque et des Multinationales... surprenant donc qu'elle n'ait pas su à son tour faire preuve de la même exigence à la fois professionnelle et morale à l'endroit de cette grande catastrophe humaine qu'a été l'expérience soviétique (1).

                   Vraiment curieux cette fidélité envers cette expérience de la part d'individus pourtant éduqués ( majoritairement universitaires), avisés et informés ! D'autant plus qu' il s'est agi d'un régime que l'on peut sans difficulté associer à cette autre catégorie politique qu'est le fascisme ;  plus près donc du fascisme que de toute idée de  communisme quelle qu'elle soit... cette URSS !

    Jugez donc : culte de la personnalité (en la personne de Staline), culte du parti, culte de l'armée, et de la défense de la patrie, Etat paranoïaque ("complotiste" on dirait aujourd'hui) ; Etat qui aura érigé la délation, celle de son prochain souvent voisin - délation sous la forme de dénonciations calomnieuses - en vertu cardinale de toute société bien organisée. 

    Tel était fasciste (de gauche) celle ou celui qui se croyait communiste ? 

                    Mais alors, cela ferait donc chic de soutenir contre vents et marées et contre tous, que l'expérience soviétique a été globalement positive ?

    Pauvre Marx... on lui aura vraiment tout fait (2) !

     

                    Inutiles de s'inquiéter néanmoins. Soyons bien tranquilles car trois faits peuvent nous conforter ; trois faits qui rendent  futile  tout débat autour du bilan de l'expérience soviétique ainsi que toute tentative de le ranimer  ; tentative que l'on jugera ubuesque, voire excentrique, mâtinée d'un snobisme un rien transgressif cultivé par des dandy de la politique et de l'histoire.

    Aussi, continuons de dormir sur nos deux oreilles car enfin... 

    - de l'avis de tous les marxistes qui ont lu et compris Marx, en particulier dans son association avec Engels - son mécène (avec l'argent du père de ce dernier) -,  et le Manifeste communiste de 1848, l'URSS n'avait, n'a jamais et n'aura jamais quoi que ce soit à voir avec le Communisme... 

    - aucun des peuples qui a vécu sous la botte de l'URSS, celle de Staline en particulier, ne regrette la chute de cette (vieille garce que l'on disait increvable) d'URSS...

    - seuls celles et ceux qui n'ont jamais vécu sous cette botte ont soutenu ce régime,  confortablement installés à l'Ouest... un peu comme si "l'URSS, c'est pour les autres, toujours !"

              Cela étant établi, personne ne contestera le fait suivant :  l'URSS a représenté, c'est sûr, pour quiconque avait la faiblesse de se penser "communiste" et l'URSS avec lui,  une véritable opportunité, une sorte de coin de paradis, car pour ce qui s'est très vite avéré être une nomenklatura encartée dans un régime d'une nature oligarchique, pour tous ces "princes rouges" d'un capitalisme d'Etat, c'était...  datcha au bord de la mer Noire, grosse berline, grosse et puissance et caviar de Bakou dans l'assiette !

               Une nouvelle fois, la question se pose : pourquoi cette fidélité à ce fiasco et cette escroquerie criminelle ? Pourquoi  finalement ont-ils tous besoin de "vivre dans le crime" en couvrant ceux des uns contre ceux de tous les autres ? 

    Tant d'années après la fin du cauchemar, là, nous sommes encore dans l'obligation de nous interroger et forcés aussi, faute d'alternative, d'appeler à la rescousse la psychologie, voire la psychanalyse ;  et puis aussi, pour les cas les plus ardus : la psychiatrie. 

     

                    Décidément, cette fidélité quasi religieuse  - la religion soviétique qui avait pour centre officiel l'URSS comme le Christianisme le Vatican -,  d'une classe bourgeoise athée en manque de Dieu ou d'un petit père des peuples (contraints - la servitude ou la mort), aujourd'hui encore en la personne de Madame Annie Lacroix-Riz, cette complaisance inouïe envers la corruption généralisée du régime, gangrène de l'âme et de l'esprit civique, ses manquements, ses violences et ses crimes de masse, n'a définitivement rien à partager avec une quelconque fidélité à cet idéal Communisme, ce désir d'une grande fraternité soucieuse du bien commun dans la plénitude de tout notre potentiel en tant qu'être humain. 

     

     

    PS : Ce qui devrait retenir particulièrement notre attention c’est ce besoin de « vivre dans le crime » (Traite négrière, colonialisme, Hitler, Hiroshima, Staline, Mao, les crimes des USA durant la Guerre froide et après, le sionisme) d'un certain nombre d'intellectuels car refuser de le reconnaître pour ce qu’il est - un crime -, c’est le cautionner ; le cautionner c’est vivre dans le crime... c’est en reconnaître l’absolue nécessité : il faut soumettre, voler et tuer le plus souvent et le plus possible ! certes, par procuration quand il s’agit d’événements passés mais n’empêche...

     
    Ce qui peut en surprendre plus d'un à propos de l'historienne Lacroix-Riz, c’est qu’en définitive, elle ne dénonce pas les crimes parce que le crime est condamnable en soi mais bien parce qu’il s’agit des crimes de ses ennemis politiques ; et c’est alors qu’on réalise qu’elle aussi a manifestement besoin de vivre dans le crime en couvrant ceux de « son camp » qu’elle dit être celui du Communisme alors que... comme expliqué, la reconnaissance de la catastrophe humaine qu’à été l’URSS ne remet absolument pas en cause l’idéal communiste.
     
    Mais alors, la question suivante s'impose : combien peut-il y avoir de lecture du "Manifeste communiste de Marx et d’Engels de 1848" ? Mille ? Autant de lectures qu’il y aurait de partisans de la négation des crimes politiques de massent ( qui cachent des crimes aux motivations le plus souvent économiques à l'Ouest - ou chez les pays dits du Nord), et pire encore, de leur justification ?
     
    D’autant plus que l’idéal communiste, ce n’est pas qu'un parti, pauvre parti, ce n'est pas un label, ce n’est pas non plus du marketing... l'idéal Communisme, sa nécessité, c’est une chronologie, tout un déroulé historique d’événements et de penseurs qui nous y mènent ; ce sont des textes fondateurs, des faits...
     
    Quel lien alors avec l’URSS et sa catastrophe humaine longtemps défendue bec et ongles, aujourd'hui encore, par ceux qui se disent communistes ?
     
     

     

     

    1 - Au sujet de la complaisance dont fait preuve Lacroix-Riz à propos de l’URSS merci de vous reporter aux vidéos suivantes :

    https://www.youtube.com/watch?v=wlPNOq5gkp4 : dans les 15 dernières minutes au moment où son audience tente de s’interposer.... on réalise alors que Lacroix-Riz est incapable de la moindre analyse ou commentaire critique vis à vis du PCF et de l’URSS... 

    https://www.youtube.com/watch?v=eBAx91qMQzQ : comment Annie Lacroix-Riz et son entourage noient le poisson (ou le poison) - la catastrophe humaine qu'a été l'URSS - dans la dénonciation d’un anti-communisme primaire. Diversion scélérate... avec l'appui d'un ouvrage "le livre noir de l'anti-communisme" censé répondre à cet autre ouvrage dévastateur paru chez Laffond en 2000 : "Le livre noir du communisme". 

     

     

    - Au sujet des marxistes qui  fricotent avec une droite pétainiste, maurrassienne et mussolinienne  (si, si ! ça existe !), on pourra se reporter au philo-analyste Francis Cousin : ICI

                   

    Lien permanent Catégories : Histoire et révisionnisme 1 commentaire
  • Charles de Gaulle : amnésie et complaisance

                       La Cinquième République a 60 ans et plus : osons un regard en biais sur son premier, seul et dernier chef d'Etat : Charles de Gaulle, selon le principe qui veut que rien n'éclaire autant la vérité que le dévoilement du mensonge même et surtout par omission.

    de gaulle,algérie,mai 68

                      De Gaulle par-ci, de Gaulle par-là... à l'heure où les souverainetés nationales sont malmenées par une construction européenne tentaculaire, profondément autoritaire et méprisante, ci-après, quelques rappels de faits historiques indissociables d'un personnage que d'aucuns voudraient univoque et qui, semble-t-il, force l'admiration avec une complaisance surprenante et parfois même, un enthousiasme déplacée ; enthousiasme symptomatique d'une mémoire défaillante ou bien, sélective à dessein ?

     

     

    ***

     

    Le 9 septembre 1944, un gouvernement d'unanimité nationale est constitué sous la présidence de Gaulle jusqu’en janvier 1946.

     

    1945 - Massacres de Sétif, Guelma et Kherrata : répressions sanglantes d'émeutes nationalistes dans le département de Constantine, en Algérie française.

    8 mai 1945 : fin des hostilités et la victoire des Alliés, un défilé est organisé. Les partis nationalistes algériens, profitant de l'audience particulière donnée à cette journée, décident par des manifestations d'abord pacifiques de rappeler leurs revendications patriotiques. Un policier tire sur un jeune Algérien tenant un drapeau de l'Algérie et le tue, ce qui déclenche des émeutes entre Algériens et Européens, avant que l'armée n'intervienne.

    Il y aura parmi les Européens plus d'une centaine de morts et autant de blessés.

    Après l’intervention de l’armée, en représailles, le nombre des victimes autochtones (algériennes), est difficile à établir aujourd’hui encore ; les autorités françaises de l'époque fixèrent le nombre de tués à 1 165 ; pour les historiens, le nombre varie de 8 000 à 15 000 victimes.

     

    ***

     

    Le 29 mai 1958, René Coty fait appel à Charles de Gaulle qui deviendra ainsi le premier Président de la Vè République.

     

    Guerre d'Algérie : dès 1959, de Gaulle en revient à une solution classique de répression militaire ; jusqu'à l'hiver 1961/62, il choisira de poursuivre la guerre, au prix d'un accroissement de l'usage de la torture. Jusqu'à la fin de 1961, la lutte contre le FLN est menée avec autant de vigueur, et même davantage, qu'auparavant : selon Constantin Melnik, conseiller spécial de Michel Debré chargé de coordonner les services secrets, il y eut environ 500 assassinats politiques entre 1958 et 1961.

     

    Dans la nuit du 17 au 18 octobre 1961 à Paris, au lendemain de l'assassinat de policiers par des militants du FLN, une manifestation, interdite par les autorités françaises, fut organisée : les manifestants algériens protestaient contre le couvre-feu imposé en métropole aux ressortissants d'Afrique du Nord. Cette manifestation fut férocement réprimée. Selon l'historien Alain-Gérard Slama, le chiffre total est de l'ordre d'une centaine de victimes. Le préfet de police Maurice Papon couvrira ses policiers et le gouvernement l'ensemble de ses fonctionnaires.

    Quelques mois plus tard, le 8 février 1962, toujours à Paris, lors d'une manifestation interdite, huit manifestants « français » contre la guerre d’Algérie sont tués par les forces de police au métro Charonne et un autre mourra à l'hôpital ; on retrouvera le même duo : de Gaulle et le préfet de police Maurice Papon.

     

     

    ***

     

     

    26 mai 1967 : grève et massacre en Guadeloupe : des ouvriers du bâtiment réclament 2% d’augmentation et la parité en matière de droits sociaux.

    Alors que des négociations sont en cours, des CRS prennent position. Très vite, la tension monte. Les CRS lancent des grenades lacrymogènes pour disperser la foule et chargent à coup de matraques, à coups de crosses... et à coups de pieds. Le massacre qui s’ensuit fera 87 victimes civils guadeloupéennes (Papon auait-il été muté aux Antilles ?!) tués par des gendarmes et parachutistes français.

     

                   Décidément...

                   A la lumière des tous ces faits tragiques, force est de constater que… tout comme Racine et Shakespeare - mais sans le génie de ces derniers... de GAULLE TUE BEAUCOUP !

     

    ***

     

                    En Mai 68, au cours de la plus grande grève dans l'histoire du mouvement ouvrier français, on retiendra que l'on ne doit l'absence de bain de sang qu'à un Préfet de Police nommé Maurice Grimaud qui a succédé à Maurice Papon et à un Georges Pompidou, (sans oublier, côté étudiants, le fait que les parents des fils et filles de Mai étaient gaullistes), alors que le Général de Gaulle avait clairement fait savoir (on ne se refait pas, manifestement !) que la police ne devait pas hésiter à tirer sur les manifestants-grévistes pour rétablir l’ordre (se reporter aux mémoires du préfet Grimaud : En mai, fais ce qu'il te plaît).

    Avec ces derniers événements…

    Entre panique, incompétence et ignorance de cette France avec laquelle il n’hésitait pourtant pas à rebattre les oreilles du monde entier, ironie de l'Histoire,  et même si comparaison n'est pas raison, on ne pourra s'empêcher de penser au Pétain des années 40. En effet, de Gaulle a près de 80 ans au moment des événements de Mai : en juin, un vote de soutien tout relatif, lié au désir de l'électorat de retrouver un Etat fort, le maintiendra dans ses fonctions avant une démission précipitée dix mois plus tard ; démission sans gloire, dans une indifférence quasi ... générale ; de Gaulle n'étant déjà plus une solution d'avenir pour la société française.

     

     

    _____________

     

     

                     Haut en couleurs (celles de notre drapeau avec le rouge comme couleur dominante… celle du sang ?!) ce personnage « culte » semble forcer autant l'amnésie que l’admiration ou le dédain chez ses détracteurs ; ceux d'une gauche modérée ou à l'extrême d'une droite qui aujourd’hui encore n’est pas loin de lui reprocher de ne pas avoir tué assez.

    Aussi...

    Il serait temps que l'Histoire reconnaisse les milliers de cadavres qui jonchent le parcours de cet homme équivoque à l’autoritarisme finalement bien moins éclairé qu’il n’y paraît. Et si au royaume des imbéciles et des aveugles, les borgnes et les admirateurs sont rois, nul ne saurait nous empêcher de renvoyer dos à dos les uns et les autres pour mieux nous empresser d’emprunter d’un pas léger et confiant le chemin qui mène à un belvédère à la vue imprenable : celle des faits.

    Et pour peu qu’un kiosque à musique, non loin, nous propose une nouvelle interprétation d’un Chant des partisans qui, nul doute, au sortir de la Deuxième guerre mondiale, méritait une autre postérité et d’autres hommes avec lesquels partager cet héritage ( ces mêmes hommes qui refuseront aux peuples indochinois et algérien ce pour quoi ils s'étaient tous mobilisés contre l'ennemi nazi envahisseur)… on pourra, une fois encore, constater à quel point les héros d’hier voyagent mal dans le temps lorsqu’ils s’obstinent à vouloir encore, et contre toute raison, influencer son cours.

     

     

    PS - Dans ce billet, j’ai souhaité en priorité évoquer des événements à caractère politique : contestations, revendications, exercice d'une liberté de parole et d'action ; événements qui seuls permettent d’évaluer le "niveau" de liberté toléré par un régime ; en l’occurrence celui d’un de Gaulle.

    Au sujet de Mai 68, si ses fils et filles avaient été algériens, africains ou antillais, et si le passé nous est d’un enseignement quelconque, on doit malheureusement pouvoir légitimement penser que Pompidou aurait un peu moins insisté auprès de Gaulle pour qu’il n’y ait aucun bain de sang. Et si, sur un plan politique, de Gaulle a su se rendre indispensable tant en France qu'à l'étranger, et si ce Général a aimé la France, Pinochet a très certainement lui aussi aimé le Chili, et Staline l’URSS ; et tous deux ont su se rendre tout aussi indispensables.

    Quant à la politique de non-alignement vis à vis des Etats-Unis, celle-ci n’était pas plus louable et courageuse que celle d’un Tito vis à vis de l’URSS.

    Encore une fois, on doit pouvoir questionner ce personnage équivoque à l’autoritarisme finalement bien moins éclairé qu’il n’y paraît. En d’autres termes, plutôt euphémistiques, il faut bien reconnaître que de Gaulle, qui était un militaire et qui l'est resté, a eu beaucoup de mal avec la liberté en général (surtout quand il s'est agi de celle des autres) - la liberté d'expression en particulier -, la démocratie et la justice sociale : sous son régime, pas de redistribution des fruits d'une croissance pourtant record ; pour s'en convaincre, il suffit de se pencher sur la condition ouvrière avant Grenelle : salaires, droits des travailleurs et syndicaux. Et s’il lui est arrivé d’avoir une très haute idée de la France - une France sans Peuple ? -, c’était très certainement parce qu’il avait une très, très haute idée de lui-même et de la classe dont il était issu : une classe née pour guider, diriger...

    Devinez qui ou quoi ?!

    Des oies, ou bien plutôt... pour rendre à de Gaulle les propos qui lui appartiennent : des veaux.

     

    Lien permanent Catégories : Histoire et révisionnisme, Politique et actualité 0 commentaire
  • Après les médias, les partis de gouvernement, la police, voici le temps de la sécession des classes moyennes contre les Gilets Jaunes

     

     

    rosa luxembourg, gilets jaunes

     

    Rosa Luxembourg : " Mon oeuvre est dans la rue et dans les luttes"

     

     

                        « La Révolte des élites et la trahison de la démocratie » est un ouvrage du sociologue Christopher Lasch, publié en 1995 qui pose l'hypothèse que ce qui menace désormais la vie démocratique, c’est la coupure de plus en plus prononcée entre le peuple et les «élites» ; une coupure économique, matérielle, éducative (d’aucuns s’aventurent à mentionner une coupure intellectuelle ; cela reste à voir étant donné l’effondrement du niveau de réflexion des dits intellectuels médiatisés en particulier et de l’université française en générale) ; avec pour conséquence un repli des privilégiés sur eux-mêmes.

    Elites par-ci, élites par-là… encore faut-il définir ce qu’on entend par « élite » en 2019 car cette sécession est loin de ne concerner que les 1% les plus « on ne sait trop quoi » : les plus riches ? Les plus éduqués ? Les « plus, plus, plus ? »

    Un fait est certain : il ne saurait être question d’élites morales et intellectuelles ; une classe qui serait donc la moins cynique et la plus futée. Dans les faits, il s’agit d’une élite essentiellement économique, non entrepreneuriale pour autant car pas assez de talent pour ça ni de courage ! mais élite économique tout de même ; une élite qui, pour sûr,  n’a aucun problème de début et de fin de mois : meilleurs salaires et conditions de travail ainsi que de carrières ; propriétaires de leur logement situés dans les régions à fort potentielle, dans les meilleures villes et dans les meilleurs quartiers ; la classe « Maastricht » et « Constitution européenne - traité de Lisbonne » - et « Euro » si l’on veut bien se donner la peine de dire les choses. Chez tout ce beau petit monde, tellement propre sur lui, on trouvera des taux de participation aux élections de l’ordre de 90% : pas bêtes ils sont ! Car « Le Grand soir » pour tous ces gens c’est maintenant, et tous les jours de la semaine ; et pas dans dix mille ans dans la perspective d'un RIC révocatoire, par exemple.

    Notons au passage que cette crainte ou bien plutôt, cette peur qui la leur, cette peur est vieille de mille ans ; c’est la peur de la bourgeoisie,  petite ou grande, quand, en bas, ça bouge ; une peur propre à ceux qui voient leur confort moral et leur confort matériel menacés ; car tout au fond de lui, le Bourgeois sait qu’il est un salaud ; il sollicitera la violence des armes et des véhicules blindés si son statut et ses privilèges sont contestés.

                    Sécession des classes supérieures voilà trente ans ; sécession des médias à la même période, avec, en particulier, aujourd'hui, leur absence délibérée d’honnêteté face au mouvement Gilets Jaunes ; sécession d’une grande partie de la classe politique (du PS aux LR) : tous contre les classes populaires ! Sécession de la police dans son hyper-violence qui nous a permis de rafraîchir notre mémoire historique (répression dans le sang des soulèvements ouvriers ; occupation allemande et guerre d'Algérie) : en effet,  il n'y a pas de police républicaine ; il n'y a qu'un Etat républicain ou non, et par voie de conséquence : une chaîne de commandement et des ordres républicains ou bien anti-républicains.

                    Ne nous y trompons pas  ; cette tentative de description de ceux qui ont fait « sécession » ne devrait certainement pas concerner que les classes supérieures et l’hyperclasse (loin s’en faut !)  mais aussi et bien plutôt, une partie des classes moyennes « tout court » et la quasi-totalité des classes moyennes supérieures, y compris les retraités aux revenus confortables sans être pour autant très aisés ; en termes électoraux, on peut alors sans difficulté estimer cette sécession non plus des élites seules mais des classes et catégories nommées précédemment, électorat du Système, entre 30 et 35% ( avec MLP au second tour et un taux d'abstention élevé, cet électorat est assuré d'avoir "le candidat dont ils ont besoin" à chaque élection) ; comprenez bien : jamais cet électorat ne prendra le moindre risque avec une réforme de nos institutions, la monnaie Euro et notre assujettissement à une U.E sous domination allemande ; une U.E relais d’un mondialisme sans honneur ni justice.

    Vous pourrez mentionner la misère, la pauvreté, l’injustice des conditions d’existence de millions de nos compatriotes, notre démocratie croupion qui ne satisfait que ceux qui n’en ont pas besoin car tout leur va bien finalement : tous n’en démordront pas car c’est à volonté et en coeur qu’ils vous rétorqueront : « Si c’était différent, ce serait pire encore pour eux tous ! »

    Il n’est que de se rappeler la première qui fut aussi la dernière manifestation des « Foulards Rouges » en opposition aux Gilets Jaunes ; leurs témoignages à tous ne manquent pas de nous faire comprendre que cette France des classes moyennes retraitées ou actives, n'a manifestement qu'un seul besoin : un besoin d'ordre, toujours plus d'ordre et de silence de la part de ceux qui refusent de se taire plus longtemps, une fois la honte vaincue, à propos de leurs difficultés quotidiennes ; une France sécessionniste face à tous ceux qui ont besoin de tout ; leurs témoignages à tous ces hommes et ces femmes sans problèmes de milieu ni de fin de mois, ne représentent-ils pas ce que l'on pourrait appeler "le fond du panier d'une conscience sociale et politique" d'une France profondément anti-sociale, à la limite de la "socio-pathie", dans leur absence, tout aussi irréductible, de compassion pour la colère de ceux qui refusent de survivre avec des revenus humiliants ? 

    Et tous se refusent à entendre parler de la pauvreté de leurs concitoyens ; tous se refusent à envisager qu’ils puissent se donner les moyens d’obtenir « justice ».

    L’acteur François Berléand, du cinéma et d’un théâtre pourtant subventionnés, les incarnera tous à merveille : « Depuis le début, ils nous font chier ces Gilets Jaunes ! ».

    A les entendre… on jurerait vraiment que leur prospérité à tous a toujours dépendu de la pauvreté des autres : des retraités à 900 euros par mois et des salariés au SMIC horaire.

    Et bien…  savez-vous ? Il se pourrait que ce soit le cas.

    Et si comparaison n’est pas raison, toute abjection gardée dans sa proportion, à propos de l’ultra-violence policière et de ses victimes,  de l’indifférence qui l'a comme "couverte" et "absoute", on pensera au Chili, au régime Pinochet et à la répression criminelle contre l’électorat de son président Allende après son exécution, avec le soutien des classes moyennes et de la bourgeoisie chiliennes…

    A les écouter, à les regarder, tout comme leur mentor et idole Macron - Robin des bois des riches, enfant-roi, arrogant, orgueilleux et vaniteux - d’une hostilité envers les Gilets Jaunes que même des journalistes pourtant sans gêne et dévoyés ne peuvent se permettre ( bien qu’une grande partie d’entre eux peine à se retenir), force est d'observer que tout ce petit monde est à l’humanité ce que sont, dans la chaîne alimentaire du monde animal en général et de la savane en particulier, le lion, la hyène et le vautour tout à la fois, ou bien plutôt « en même temps » : avec eux, rien ne se perd car il ne doit rien rester ou si peu…

    Mais alors, comment en sont-ils arrivés là eux tous qui refuseront de mettre la main à la poche pour que des retraités sans le sou et leur animal de compagnie cessent de partager  la même nourriture dès le 15 du moins ? 

    De ces classes qui ont fait sécession face à la pauvreté de millions de leurs compatriotes (des retraités indigents qui ne servent à rien ? Un salariat sans instruction employé dans des métiers destinés à terme aux excédents humains d'Afrique ? Toute une population destinée au rebut ? ), on n'oubliera pas d'inclure leur "incarnation politique" : ces gringalets primo-élus de LREM (on pourra aussi se reporter à "l'étude comportementale" de ces derniers : ICI), hommes et femmes en nombre, spécialistes d’une rationalité idiote qui n’est que la marque de leur ignorance ; et pas n’importe laquelle d’ignorance ; celle qui a pour origine l’assurance du débutant qui a cessé d’apprendre à compter du jour où il était pourtant d’une importance vitale de connaître et de comprendre.

     

    ***

     

                                 

     

                    Rappelons-le : la grande richesse de ce mouvement des Gilets jaunes né hors des usines, ces funambules de la subversion, c’est son caractère épiphanique : la révélation au grand jour du fait que l'organisation de notre société repose sur un seul et unique mensonge, «  le Grand mensonge » : la soi-disant recherche de la concorde et de la justice des conditions d'existence pour tous comme ultime projet commun au sein de l’espace France et de l’U.E ; projet qui se serait voulu d'essence humaniste qui plus est. Et ce mensonge est arrivé en fin de vie.

                       Aussi, quel que soit le destin de ce mouvement in-colonisable, mouvement Gilets Jaunes, ce Peuple du travail sans lequel la France ne pourrait tout simplement pas fonctionner, faut-il le rappeler, peuple longtemps invisible qui aura vaincu la peur - peur du mépris et du ridicule, peur des coups, peur de ne recueillir le soutien que d’une infime minorité de nos compatriotes -, qu’il soit dit ici avec la plus grande solennité que tous demeurent aujourd’hui les seuls que l’on puisse accueillir à notre table sans état d’âme, sans doute aucun quant à leur respectabilité, leur légitimité et leur autorité…

    Car cette France n'aura jamais besoin du déclassement et de la paupérisation de son voisin pour continuer de prospérer ou de se maintenir à flot ou bien encore, pour ne pas déchoir ; une France pour laquelle la vitrine fracassée d'une boutique des Champs Elysée ou celle d'une banque, ne décidera jamais du chemin que prendra son bulletin de vote ni son opinion en réponse à un sondage… 

                  Alors, oui ! Cette France-là, cette grande aspiration à une communauté humaine, à sa communion, est bien la seule France fréquentable aujourd’hui ; et pour longtemps !

     

    ______________ 

     

    A propos des Gilets Jaunes, merci de vous reporter à Jacques RancièreICI  ; à Raphaël Challier  LA ; à l'Assemblée des assemblées des Gilets Jaunes LA encore.

     

                         Pour prolonger, cliquez : Les Gilets Jaunes - le dossier

     

    Lien permanent Catégories : Gilets Jaunes 0 commentaire
  • Le cinéma de Joël Séria

                       

                   Jean-Pierre Marielle vient de nous quitter.

                   Peut-on dire qu'il est né avec le cinéma de Joël Séria ?

                  Grande est la tentation. 

     

                                                                       ____________________

     

    cinéma,films,ciné,joël seria,joel séria,«  ne nous délivrez pas du mal »,« charlie et ses deux nénettes »,« les galettes de pont-aven »,« les deux crocodiles »,« comme la lune »,jean-pierre marielle,jeanne goupil,artistes,septième art

      

                

     

     

     

     

     

     

     

              «  Ne nous délivrez pas du mal », « Charlie et ses deux nénettes », « Les Galettes de Pont-Aven », « Les deux crocodiles »,  « Comme la lune »...

    Le cinéma de Joël Séria, cinéma des années 70 et 80, c’est tout ce que l'on ne peut plus aujourd'hui faire, dire et montrer sans passer pour un affreux jojo machiste, misogyne, franchouillard et beauf...

    Ce qu’on pourra vivement regretter.

     

                Absent des rediffusions télévisées, mais alors, ce cinéma de Joël Séria a-t-il été oublié ?

                Cinéma truculent, cinéma de la vie que l'on prend comme elle vient ... cinéma les deux pieds sur terre et la tête dans les nuages, cinéma de l'absolu, extravagant, proche d'un Bertrand Blier ou d'un Mocky mais tellement plus riche, plus "documenté", plus ambitieux aussi... Joël Séria a tout inventé, ou presque, de son cinéma.

     

    cinéma,films,ciné,joël seria,joel séria,«  ne nous délivrez pas du mal »,« charlie et ses deux nénettes »,« les galettes de pont-aven »,« les deux crocodiles »,« comme la lune »,jean-pierre marielle,jeanne goupil,artistes,septième art

                 Né en 1936, élevé en Anjou, le cinéma de Joël Séria c’est un portrait de notre province française, et parfois... d'une France profonde, dont il ne reste plus dans son évocation et dans sa représentation que l’image qu’en donneront la troupe de théâtre Les Deschiens dans les années 90.


    Cette province, Joël Séria la parcourt avec tendresse, amour et passion car, le cinéma de Joël Séria, c’est la célébration de cette province héroïque qui n’a pas vraiment connu le Mai 68-estudiantin ; une province qui s’est « libérée toute seule » ; province des cours de fermes et des maisons villageoises qui donnent sur la rue… une province que Paris ne parviendra jamais à appréhender car jamais cette province-là ne se laissera mettre en bouteille.


                  Cinéma anti-Claude-Sautet, cinéma anti-Truffaut dont le cinéma "costume cravate" de petits bourgeois de centre-ville peine aujourd’hui à nous enthousiasmer, à l’exception peut-être de « Les quatre-cents coups » et « l’Enfance sauvage » en ce qui concerne Truffaut... l'oeuvre de Joël Séria, auteur, réalisateur, dialoguiste, ne doit rien à la littérature ou aux faits divers ; un vrai tour de force en soi.

    VRP, dépanneurs en électroménager, commerçants itinérants, bistrotiers, si la politique est absente des films de Joël Séria, pour Joël Séria en Bergman rabelaisien, les troubles de la société ne sont qu’une grande et vaste scène de ménage ; scène de la vie conjugale ; on se rabiboche, on pardonne ; on se sépare ; on revient  : le plus heureux n’est pas toujours le plus avisé mais bien plutôt celui ou celle qui accepte de ne pas tout savoir, de ne pas tout comprendre, de ne pas tout dominer, comme pour mieux se laisser porter et guider, quitte à se faire "rouler dans la farine" car, on a confiance a priori ; même si a posteriori, on se voit dans l'obligation de réviser son jugement tout en continuant néanmoins d’espérer car la déception et la trahison font partie de ce voyage qu’est la vie, de vie à trépas ; et si on ne meurt jamais dans le cinéma de Joël Séria, jamais vraiment, c’est sans doute l’amour du réalisateur pour ses personnages et ses acteurs qui leur garantit cette immortalité.

     

                  Certes, chez  Joël Séria, entre les hommes et les femmes, la bataille est rude ; ils ne se font pas de cadeaux même si jamais la rupture n’est consommée : c’est la comédie de la vie, comédie à l’italienne aussi ; et si les cons sont flamboyants, grandes gueules, sûrs d’eux-mêmes, ils restent modestes finalement…car ils ne prétendent qu’à un peu d’attention ; loin d’eux l’idée de dominer le monde  car enfin, nul n'ignore que l'on ne doit et qu'on ne peut compter que sur soi et sur ses proches, tout proches car seule la proximité vous sauve.

    Belle leçon pour notre époque.

    Mais cons, le sont-ils vraiment  tous ces personnages attachants, le plus souvent masculins ? Ne sont-ils pas plus simplement occupés à continuer de prendre leurs rêves pour la réalité car il faut le savoir : les personnages de Joël Séria, hommes et femmes, rêvent encore, rêvent toujours ; c’est comme une seconde nature chez eux.

                  Il est dit que, jeune adulte, Joël Séria était monté à Paris pour devenir poète ; sans doute ne savait-il pas qu’il l’était déjà et qu’il n’avait donc pas à le devenir car on ne devient pas poète, on l’est et on le demeure jusqu’à sa dernière illusion, illusionniste de son état.

    Qu’à cela ne tienne : Joël Séria n’aura rien perdu puisque…  film après film, notre réalisateur aura fait de son acteur fétiche, Jean-Pierre Marielle (ainsi que Bernard Fresson venu en soutien), son alter égo, un poète généreux et habité ; et de Jeanne Goupil : sa compagne pour la vie.

     

    ***

     

                Cinéma pas si populaire que ça finalement que l’œuvre de ce réalisateur ! puisqu’il faut bien le reconnaître : le cinéma de Joël Séria semble destiné en priorité à ceux qui souffrent d’une indigestion de cinéma guindé de cadres moyens et supérieurs : celui des années 70.

    Avec des personnages hauts en couleurs, Joël Séria souhaitait échapper au réel, s’évader ; ironie du sort, socialement et géographiquement bien ancrés, tous ses films nous y plongent et nous y re-plongent sans fin dans ce réel comme tout bon surréaliste qui se respecte.

    La bouffe, le cul et l’argent vite dépensé parce que c’est fait pour ça l’argent ! Si au lit, la vie de couple est fatalement un échec après un temps - et c'est dans l'ordre des choses, aussi pourquoi s'en désoler ! -, cet échec offre néanmoins pour l'homme comme pour la femme, tous deux parfois égaux, plus souvent complémentaires, de nouvelles voies insoupçonnées et des passages secrets libérateurs.

    Tendresse, amour et sexe... d’une énergie rare puisée au fin fond d’une libido, d’une pulsion de vie qui emporte tout sur son passage, le cinéma de Joël Séria ne connaît pas l’instinct de mort avec sa pulsion destructrice d’un pessimisme noir et complaisant.

    L’accordéon est toujours de la fête, le tango ainsi que la musique brésilienne et cubaine. Joël Séria qui connaît bien la sociologie de ses personnages, n’hésite pas à donner dans le mauvais goût ; les intérieurs sont saturés de tout, de rien, de tout ce dont on a pu faire l’acquisition dans les années 60 et 70, « Les trente glorieuses » oblige ! Reste que les tenues vestimentaires de ses « nénettes » sont colorées et aguichantes ; Jean- Pierre Marielle, lui, est vêtu comme un prince du haut de ses 1m95.

     

                   Le cynisme est absent chez Joël Séria ; seules l’ironie et la dérision ont voix au chapitre, et celui qui a le dessus n’est pas le plus malin mais celui qui a raison ; et le plus talentueux aussi. Moraliste Séria ? C’est sans doute là son côté « Billy Wilder » !

    Dialogues puissants, au ras des sentiments, du réel et des étoiles, la langue de notre cinéaste est d’une invention de chaque instant, à chaque mot, à chaque phrase, après chaque virgule… une écriture digne des meilleurs dialogues du cinéma français des années 30 avec Prévert et d’autres, plus tard avec Jeanson ;  cette langue qui est la sienne a très tôt compris la nécessité de sauver cette tradition avant qu’elle ne sombre totalement.

     

                  Dix ans d’éducation religieuse, d’école en école - messe le matin, confession tous les 15 jours -, ont bien failli avoir raison de notre cinéaste qui n’était pas encore Joël Séria mais Joël Lichtlé – nom d’origine alsacienne.

    Après dix ans de cet étouffement carcéral, le cinéma offrira à notre réalisateur la possibilité de respirer la vie à plein poumons ; il ne s’en privera pas, et ce… dès son premier long métrage, tout entier du côté du vécu.

                  Joël Séria ne connaît ni la caricature ni le pastiche, et moins encore la parodie ; il a beaucoup trop d’imagination pour ça ! Et puis… ne sait-il pas de quoi il parle lorsqu’il nous en parle ?

    Un temps imité mais jamais égalé car le succès attire les plagiaires et ceux pour lesquels le cinéma est une affaire de recette de cuisine, chez Séria, les femmes ont tous les âges : généreuses et naïves, les plus jeunes n’ont de cesse de vouloir croquer la vie, tandis que les moins jeunes s’accrochent et les hommes aussi.

    Quant aux féministes d'aujourd'hui, en particulier celles qui n'ont rien compris aux femmes qui ne le sont pas "féministes" (si l'on met de côté la question de l'égalité des salaires homme-femme dans laquelle toutes les femmes peuvent se reconnaître, et pour peu qu'il s'agisse là d'un combat que l'on peut qualifier de "féministe" !), sans doute s'arracheront-elles les cheveux car le cinéma de Joël Séria c’est l’homme et la femme non pas réconciliés puisque chez notre réalisateur, il n'y a jamais eu divorce, mais bien plutôt l'homme et la femme qui se regardent dans les yeux, se parlent au plus près de l’oreille, s'effleurent et puis finalement et fatalement, se mélangent et s'unissent dans un élan irrésistible, d’une nécessité absolue ; sel de la vie là où nichent les expériences émotionnelles et esthétiques les plus fortes ; et si la jalousie et le ressentiment peuvent quelquefois prévaloir, jamais la haine ni l’envie prennent le dessus car les personnages de Joël Séria ne sont pas résignés mais bien plutôt sages… sages d’une sagesse d’autant plus sage qu’elle a épuisé tous les excès possibles et toutes les expériences.

     

    ***

     

              Trente ans plus tard, ne comptez plus sur un nouveau Joël Séria car il faudrait pour ça que le cinéma français d’aujourd’hui ait quelque chose à nous dire, à nous montrer, autre que le nombril de ses réalisateurs (archétype de ce cinéma pour rien ou pour si peu, celui de la famille Garrel) et celui de leurs petites amies actrices - un cul chassant l’autre -, eux qui n’ont rien vécu, ou bien si peu, et qui n’ont rien cherché, rien vu et rien trouvé. La littérature et les faits divers n’y changeront rien car, in fine, le cinéma doit pouvoir reposer sur son propre imaginaire loin de ces deux béquilles ; ce que le cinéma de Joël Séria a largement prouvé, film après film ; l’admiration que voue Joël Séria à Fellini n’y est sans doute pas pour rien non plus.

     

                    Dans une interview en 2011, Joël Séria regrette de ne pas avoir pu tourner plus de films (une dizaine au total), à l’heure où, en France, chaque année, des centaines de millions d’euros sont dépensés dans des productions médiocres, voire affligeantes.

    Et là, il faudra bien le dire : ce qui condamne aussi notre époque, c’est le fait que ce cinéma de Joël Séria ne soit même plus envisageable pas seulement parce qu'il ne correspondrait plus à une réalité sociale mais bien plutôt parce que la bien-pensance l’interdirait : personne ne misera donc un Kopeck dessus.

    En revanche, les comédies fleurissent comme autant de mensonges qui se prennent pour la vérité (La famille Bélier, Les intouchables, Les Ch'tis, Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu) ; dans les faits, un cinéma non pas populaire (il suffit de penser au cinéma de Christian Jaque en comparaison) mais un cinéma du pauvre, très pauvre, sans saveur ni vérité aucune. Ersatz d’une réalité insaisissable, tellement le talent lui fait défaut, avec l'ultime recours à la caricature et à la parodie, tout y est faussement vrai dans ce cinéma-là à un niveau sans doute jamais égalé dans la longue histoire du Mensonge qui se prend pour la vérité.

                     Aussi, pour cette raison, ne cessons jamais de défendre l’œuvre de Joël Séria contre tous les pourfendeurs de la vie car cette oeuvre-là en déborde, incontrôlable et imprévisible.

    ________________

     

    Pour prolonger, cliquez : Joël Séria en entretien

    Lien permanent Catégories : Art et culture, Cinéma de film en film 0 commentaire
  • André Salmon : un poète de la fraternité dans la tourmente... chanté par Charles Aznavour

                 andré salmon,aznavour,picasso,poète,max jacob,apollinaire  

     

     

     

     

     

     

     

     

    Né à Paris en 1881 et décédé en 1969 à Sanary-sur- mer (83 - Var), André Salmon aura connu, pour s'y être battu, la guerre de 14-18, puis la défaite et l'occupation de juin 40.

    Ecrivain, poète, romancier, journaliste, critique d'art, Apollinaire, Picasso, Max Jacob furent ses amis... la faim et le froid ses ennemis, et la bohème... son unique drapeau.

     

     

     ____________________

     

     

    Fraternité



     

     

     

    Nous rentrions très tard, mêlant
    Des vers purs à des chants obscènes
    Et l'on s'asseyait sur un banc
    Pour regarder rêver la Seine.

     

    Sur l'eau, rien ne vivait encore
    Ainsi qu'une ouvrière lasse
    Pressant sur son flanc ses fils morts
    La Seine dormait dans sa crasse.

     

    Nos cœurs d'ivrognes s'emplissaient
    D'une bienfaisante latrie
    Si le soleil levant dorait
    Les marronniers des Tuileries.


    Pour mieux évoquer certains soirs,
    Le plâtre et le vin des tavernes
    Égayaient nos vieux habits noirs
    Et nos plastrons d'hommes modernes.

    Alors, ayant honte, vraiment,
    De nous connaître aussi lyriques
    Nous offrions un coup de blanc
    Au balayeur mélancolique.


    Vaine ruse ! et l'on découvrait
    Dans le balayeur un poète,
    Si bien que les verres tremblaient
    Sur le comptoir, autel de fête !

    Et pour que ce soir sans égal
    Fût perpétué, un pandore
    En dressait le procès-verbal
    Parsemé d'attendus sonores.

    Lien permanent Catégories : Art et culture, Charles Aznavour 0 commentaire
  • Léon Blum : autopsie par l'historienne Annie Lacroix-Riz

     

                    Historienne banni des médias dominants ( elle aussi !) de France Culture à France Inter, et de la production de documentaires historiques, Annie Lacroix-Riz ne reconnaît qu'une histoire : la grande Histoire, celle que nous comptent les archives.

    Vent debout contre les historiens du "consensus", mou qui plus est, des historiens comme en panne, Annie Lacroix-Riz s'est spécialisée dans la période qui s'étend de 1870 à  la fin des années 40. Période tabou. Période où tout est tabou. 

    Dans cette vidéo qui suit, notre historienne  - tendance "médecin légiste" -, choisit de se pencher sur le cadavre de Léon Blum, tout en prenant soin de dénoncer ceux qui n'ont pas cessé depuis trente ans de nous vendre un Blum-de-gauche qui, dans les faits... car les faits sont têtus, n'a jamais existé ou bien si peu, dans les marges, en fin de soirée peut-être ou bien après un repas bien arrosé, ou bien encore : pendant son sommeil. Un Léon Blum-France culture ; une radio publique qui ne raconte le plus souvent que des cracks quand il s'agit de l'Histoire. 

    Léon Blum se serait donc rêvé "de gauche" et "à gauche" et tous les gens de droite avec lui ? Mais alors, fallait-il être sacrément de droite pour penser que Blum était de gauche ?

    Oui et non. Il suffisait simplement d'être un bourgeois de centre-ville des beaux quartiers, universitaires ou non, historiens ou non, qui vote PS depuis les années 70. 

     

                    A propos des documentaires et des ouvrages de ces trente dernières années qui ont pour sujet la personne de Léon Blum - sa vie, son oeuvre -, dithyrambes, hagiographies en-veux-tu-en-voilà ! Annie Lacroix-Riz ne manquera pas de citer des noms ; elle mentionnera Serge Berstein Pierre Birnbaum, Ilan Greilsammer, biographes attitrés de Blum, figures emblématiques d'auteurs communautarisés et communautaires qui sont à l'Histoire ce qu'est la voyance à la science, l'art contemporain à l'Art tout court et McDonald's à la tradition culinaire de dizaines de pays de notre belle planète. Car, à propos de Léon Blum, tous, ouvrage après ouvrage, nous proposeront "un produit" sur-fait, voire carrément fantaisiste, une sorte de fable... sans toutefois la pertinence ni le talent de notre Jean de la Fontaine national. Et c'est regrettable car cette pertinence et ce talent auraient pu les sauver à nos yeux.

    Mais qu'à cela ne tienne... passons maintenant aux faits. 

                      

    ***

     

    Léon_Blum_1937.jpg

     

     

     

     

    Né le 9 avril 1872 à Paris, Léon Blum entre en politique à la fin du 19è siècle.

    Issu de la grande bourgeoisie parisienne, coopté et soutenu durant toute sa carrière par la Synarchie ( les fameuses "50 Familles" - et non pas 200 :  les grandes banques et les syndicats patronaux -  Les Houillères et le Comité des Forges : Schneider, de Wendel, la banque Worms -  qui décident du sort économique et politique de la France - tout comme aujourd'hui  car jamais le politique n'a dicté quoi que ce soit à l'économie et à la finance), anti-communiste forcené, figure de la social-démocratie et de la SFIO (le PS aujourd'hui... et pour ce qu'il en reste) Blum décédera le 30 mars 1950 à Jouy-en-Josas ( 78 - les Yvelines).

    Avocat d'affaires, en contact permanent avec le Grand Capital, entre les 2 guerres, il participera  à de nombreux gouvernement briseurs de grèves et répressifs à l'endroit de la classe ouvrière.

     

                               

     

                      « L’entrée des socialistes dans un gouvernement bourgeois n’est donc pas, comme on le croit, une conquête partielle de l’État bourgeois par les socialistes, mais une conquête partielle du parti socialiste par l’État bourgeois » - dixit la grande Rosa Luxembourg ignorée des historiens médiatiques. 

     

                     Situé à la droite non pas du Père mais d'une SFIO centriste, et bien qu'il n'ait jamais côtoyé la classe ouvrière, Blum a 66 ans lorsqu'il occupe le siège de Président du conseil en 1936 dans le premier gouvernement du Front Populaire.

    A ce poste durant un an et quelques mois, il n'aura qu'une préoccupation : combattre les Communistes et la CGT. 

    Pour cette raison, le Front populaire et son succès, bien que de courte durée, ne devra rien à ce président du Conseil mais tout à la mobilisation des salariés.

    Notons au passage que son Gouvernement qui n'aura pas le courage de braver la droite en refusant de se porter au secours des Républicains espagnols menacés par le coup d'état du général Franco. Et c'est Daladier, l'homme des accords de Munich, ministre du gouvernement Blum qui lui succédera ; un blum qui se dira soulagé après la signature des dits accords.

     

    léon blum autopsie d'un conte et d'une légende

     

                      Quant à l'héritage de Blum... Annie Lacroix-Riz nous rappelle que ce dernier fera deux émules : François Mitterrand et François Hollande qui ne s'y sont pas trompés ; ils ont retenu la leçon, toutes les leçons, une en particulier :  parler à gauche, vivez, agissez et faites commerce à droite.

    Tout est dit, la boucle bouclée. 

     

                       Une question demeure néanmoins : comment cet homme frileux, a-t-il pu passer pour une des figures majeures de la gauche française, notre gauche ?

    Dans son intervention radiophonique, Annie Lacroix-Riz nous apporte des éléments de réponse d'une pertinence difficilement contestable. 

     

     

    1 - Proche du parti communiste au temps de l'URSS, aujourd'hui du Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF), restant lucides, on peut légitimement soupçonner notre historienne  affranchie d'être susceptible de faire preuve de complaisance à l'endroit de l'URSS ; aussi, on se gardera bien de commander à Annie Lacroix-Riz une biographie de... disons Staline, de peur de devoir lui reprocher ce qu'elle dénonce chez ses confrères historiens mais néanmoins collègues : le mensonge par omission ;  et plus particulièrement à ce qui pourrait la concerner, un militantisme déplacé étant donné le sujet : une URSS de l'échec économique et humaniste ;  crimes de masse ; des millions de  Russes qui se réfugient dans l'alcoolisme ; tous tenus en laisse par une police politique infâme.  

    ______________

     

    Pour prolonger, cliquez : Les conférences d'Annie Lacroix-Riz

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Histoire et révisionnisme 0 commentaire
  • Gaston Bachelard : Alchimie et symbolisme

     

     

                "L'expérience alchimique, plus que toute autre, est double : elle est objective ; elle est subjective.

    La condamnation de l'Alchimie a été portée par des chimistes et par des écrivains. Au XIXe siècle, tous les historiens de la Chimie se sont plu à reconnaître la fureur expérimentale des alchimistes ; ils ont rendu hommage à quelques-unes de leurs découvertes positives ; enfin ils ont montré que la Chimie moderne était sortie lentement du laboratoire des alchimistes. Mais, à lire les historiens, il semble que les faits se soient péniblement imposés malgré les idées, sans qu'on ne donne jamais une raison et une mesure de cette résistance. Les chimistes du XIXe siècle, animés par l'esprit positif, ont été entraînés à un jugement sur la valeur objective, jugement qui ne tient aucun compte de la cohésion psychologique remarquable de la culture alchimiste.

    Du côté des littérateurs, le jugement est encore plus superficiel : l'alchimiste est représenté comme un esprit dérangé au service d'un cœur avide.

     

           L'alchimiste est, pour nous, l'amant, jamais comblé, d'une Chimère, et nous devrions bien plutôt nous étonner que des doctrines si vaines pussent continuer à se propager, au cours même du progrès scientifique, jusqu'à nos jours. On pourrait poursuivre cet examen tout le long du XIXe siècle. On verrait l'attrait de l'Alchimie sur des âmes nombreuses, à la source d’œuvres psychologiquement profondes comme l’œuvre de Villiers de l'Isle-Adam. Le centre de résistance doit donc être plus caché que ne l'imagine le rationalisme naïf. L'Alchimie doit avoir, dans l'inconscient, des sources plus profondes.

              Pour expliquer la persistance des doctrines alchimiques, certains historiens de la Franc-maçonnerie, tout férus de mystères, ont dépeint l'Alchimie comme un système d'initiation politique, d'autant plus caché, d'autant plus obscur, qu'il paraissait avoir, dans l'œuvre chimique, un sens plus manifeste. Ainsi M. G. Kolpaktchy, dans un intéressant article sur l'Alchimie et la Franc-maçonnerie écrit : « Il y avait donc derrière une façade purement alchimique (ou chimique) très réelle, un système initiatique non moins réel... ce système initiatique se retrouve à la base de tout ésotérisme européen, à partir du XIe siècle, par conséquent à la base de l'initiation rosicrucienne et à la base de la franc-maçonnerie ».

    Mais cette interprétation ne peut nous donner une vraie mesure de la résistance psychologique de l'obstacle alchimique devant les attaques de la pensée scientifique objective. Il faut donc en venir à examiner des conditions psychologiques plus intimes pour expliquer un symbolisme aussi puissant, aussi complet, aussi durable. Ce symbolisme ne pouvait se transmettre comme de simples formes allégoriques, sans recouvrir une réalité  psychologique incontestable. Pour être enseigné, il faut qu'un symbolisme s'attache à des forces symbolisantes qui préexistent dans l'inconscient.

    Examinée au foyer de la conviction personnelle, la culture de l'alchimiste se révèle alors comme une pensée clairement achevée qui reçoit, tout le long du cycle expérimental, des confirmations psychologiques bien révélatrices de l'intimité et de la solidité de ses symboles. En vérité, l'amour d'une Chimère est le plus fidèle des amours. Pour bien juger du caractère complet de la conviction de l'alchimiste, nous ne devons pas perdre de vue que la doctrine philosophique qui affirme la science comme essentiellement inachevée est d'inspiration moderne. Il est moderne aussi, ce type de pensée en attente, de pensée se développant en partant d'hypothèses longtemps tenues en suspicion et qui restent toujours révocables. Au contraire, dans les âges pré-scientifiques, une hypothèse s'appuie sur une conviction profonde : elle illustre un état d'âme. Ainsi, avec son échelle de symboles, l'alchimie est un memento pour un ordre de méditations intimes. Ce ne sont pas les choses et les substances qui sont mises à l'essai, ce sont des symboles psychologiques correspondant aux choses, ou mieux encore, les différents degrés de la symbolisation intime dont on veut éprouver la hiérarchie. Il semble en effet que l'alchimiste « symbolise » de tout son être, de toute son âme, avec son expérience du monde des objets. C'est plus que les biens terrestres que poursuivent ces rêveurs, c'est le bien de l'âme. Sans cette inversion de l'intérêt, on juge mal le sens et la profondeur de la mentalité alchimique.

    Dès lors, si l'action matérielle attendue venait à manquer, cet accident opératoire ne ruinerait pas la valeur psychologique de la tension qu'est cette attente. On n'hésiterait guère à négliger cette expérience matérielle malheureuse : les forces de l'espérance resteraient intactes car la vive conscience de l'espérance est déjà une réussite.

    Qu'une expérience d'Alchimie ne réussisse pas, on en conclut tout simplement qu'on n'a pas mis en expérience la juste matière, les germes requis, ou même que les temps de la production ne sont pas encore arrivés. On pourrait presque dire que l'expérience alchimique se développe dans une durée biologique et psychologique. Il faut à chaque être, pour qu'il croisse, pour qu'il produise, son juste temps, sa durée concrète, sa durée individuelle. Dès lors, quand on peut accuser le temps qui languit, la vague ambiance qui manque à mûrir, la molle poussée intime qui paresse, on a tout ce qu'il faut pour expliquer, par l'interne, les accidents de l'expérience.

     

    bachelard,alchimie,chimie,mysticisme,sciences modernes,villiers de l'isle-adam,chimère,méditations intimes,philalethe,eyrénée philalèthe,george starkey,nature,jacob boehme


    (Bruegel, L'Alchimiste, détail, 1556)

     

            Mais il y a une façon encore plus intime d'interpréter l'échec matériel d'une expérience alchimique. C'est de mettre en doute la pureté morale de l'expérimentateur. Manquer à produire le phénomène attendu en s'appuyant sur les justes symboles, ce n'est pas un simple échec, c'est un déficit psychologique, c'est une faute morale. C'est le signe d'une méditation moins profonde, d'une lâche détente psychologique, d'une prière moins attentive et moins fervente.

    Comment l'alchimiste purifierait-il la matière sans purifier d'abord sa propre âme ! Comment l'ouvrier entrerait-il tout entier, comme le veulent les prescriptions des maîtres, dans le cycle de l'ouvrage s'il se présentait avec un corps impur, avec une âme impure, avec un cœur avide ? Il n'est pas rare de trouver sous la plume d'un alchimiste une diatribe contre l'or. Le Philalethe écrit : « J'ai de l'aversion pour l'or, l'argent et les pierres précieuses, non pas comme créatures de Dieu, je les respecte à ce titre, mais parce qu'elles servaient à l'idolâtrie du monde ». Souvent, l'alchimiste devra, pour réussir son expérience, pratiquer de longues austérités : un cœur honnête, une âme blanche, animée de forces saines, réconciliant sa nature particulière et la nature universelle trouvera naturellement la vérité. Il la trouvera dans la nature parce qu'il la sent en lui-même. La vérité du cœur est la vérité du Monde. Jamais les qualités d'abnégation, de probité, de patience, de méthode scrupuleuse, de travail acharné, n'ont été si intimement intégrées au métier que dans l'ère alchimique.

    En effet, l'Alchimie, tout bien considéré, n'est pas tant une initiation intellectuelle qu'une initiation morale. Aussi, avant de la juger du point de vue objectif, sur les résultats expérimentaux, il faut la juger, du point de vue subjectif, sur les résultats moraux. Ainsi, au-dessus de l'interprétation matérialiste de l'Alchimie doit trouver place une psychanalyse anagogique de l'Alchimiste.

    C'est dans les lentes et douces manœuvres des matières, dans les dissolutions et les cristallisations alternatives comme le rythme des jours et des nuits, que se trouvent les meilleurs thèmes de la contemplation morale, les plus clairs symboles d'une échelle de perfection intime, cette illumination spirituelle et cette initiation morale. La nature peut être admirée en extension, dans le Ciel et la terre. La nature peut être admirée en compréhension, dans sa profondeur, dans le jeu de ses mutations substantielles. Mais cette admiration en profondeur, comme elle est, de toute évidence, solidaire d'une intimité méditée ! Tous les symboles de l'expérience objective se traduisent immédiatement en symboles de la culture subjective. Infinie simplicité d'une intuition pure ! Le soleil joue et rit sur la surface d'un vase d'étain. Le jovial étain, coordonné à Jupiter, est contradictoire comme un dieu : il absorbe et réfléchit la lumière, sa surface est opaque et polie, claire et sombre. L'étain est une matière terne qui jette soudain un bel éclat. Il ne faut pour cela qu'un rayon bien placé, qu'une sympathie de la lumière, alors il se révèle. N'est-ce pas là pour un Jacob Boehme « le vrai symbole de Dieu, de la lumière divine qui, pour se révéler et se manifester, avait besoin d'un autre, d'une résistance, d'une opposition ; qui, pour tout dire, avait besoin du monde pour s'y réfléchir, S'y exprimer, s'y opposer, s'en séparer ».

              Si la contemplation d'un simple objet, d'un vase oublié aux rayons du couchant, nous procure tant de lumière sur Dieu et sur notre âme, combien plus détaillée et plus évocatrice sera la contemplation des phénomènes successifs dans les expériences précises de la transmutation alchimique ! Ainsi comprise, la déduction des symboles ne se déroule plus sur un plan logique ou expérimental, mais bien sur le plan de l'intimité toute personnelle. Il s'agit bien moins de prouver que d'éprouver. Qui saura jamais ce qu'est une renaissance spirituelle et quelle valeur de purification a toute renaissance, s'il n'a dissout un sel grossier dans son juste mercure et s'il ne l'a rénové en une cristallisation patiente et méthodique, en épiant la première moire cristalline avec un cœur anxieux ? Alors retrouver l'objet c'est vraiment retrouver le sujet : c'est se retrouver à l'occasion d'une renaissance matérielle. On avait la matière dans le creux de la main. Pour qu'elle soit plus pure et plus belle, on l'a plongée dans le sein perfide des acides ; on a risqué son bien. Un jour l'acide adouci a rendu le cristal. Toute l'âme est en fête pour le retour du fils prodigue. Il est frappant que toutes les expériences alchimiques se laissent interpréter de deux manières, chimiquement et moralement.

                Mais alors une question surgit : où est l'or ? Dans la matière ou dans le cœur ? L'Alchimie est une culture intime. C'est dans l'intimité du sujet, dans l'expérience psychologiquement concrète qu'elle trouve la première leçon magique. Comprendre ensuite que la nature opère magiquement, c'est appliquer au monde l'expérience intime. Il faut passer par l'intermédiaire de la magie spirituelle où l'être intime éprouve sa propre ascension pour comprendre la valorisation active des substances primitivement impures et souillées : la Nature agit magiquement. Mais c'est là une découverte tardive ; il faut la mériter moralement pour qu'elle éblouisse, après l'esprit, l'expérience.

    Cette magie n'est pas une thaumaturgie. La lettre ne commande pas l'esprit. Il faut une adhésion du cœur, non des lèvres. Et toutes les plaisanteries faciles sur les mots cabalistiques que murmurait l'expérimentateur méconnaissent précisément l'expérience psychologique qui accompagnait l'expérience matérielle. L'expérimentateur se donne tout entier, et lui d'abord. L'Alchimie règne dans un temps où l'homme aime plus la nature qu'il ne l'utilise. Ce mot Amour entraîne tout. Il est le mot de passe entre l'ouvrage et l'ouvrier. On ne peut, sans douceur et sans amour étudier la naissance et le comportement des substances chimiques. Brûler d'un tendre amour est à peine une image pour qui sait chauffer un mercure à feu doux. Lenteur, douceur, espoir, voilà la secrète force de la perfection morale et de la transmutation matérielle ». Si l'on accepte ces images d'un amour plus sacré que profane, on ne s'étonnera plus que la Bible ait été un ouvrage de pratique constante dans les laboratoires des alchimistes. On pourrait sans peine trouver, dans les paroles des Prophètes, des milliers d'exemples où le plomb, la terre, l'or, le sel disent les vertus et les vices des hommes. L'Alchimie n'a fait souvent que codifier cette homologie. En effet tous les degrés de la transmutation magique et matérielle apparaissent à certains comme homologues aux degrés de la contemplation mystique.

     

    ***

     

          Ce paragraphe sur la culture alchimique nous permet de comprendre ce qu'il y a de trop concret, de trop intuitif, de trop personnel dans une mentalité préscientifique. Quelquefois, en enseignant la Chimie, j'ai eu l'occasion de suivre les traînées d'Alchimie qui cheminent encore dans de jeunes esprits.  Devant cet intérêt pour tout ce qui foisonne et grandit, pour tout ce qu'on pétrit, je me souvenais de ces anciennes paroles d'Eyrénée Philalèthe : « Réjouissez-vous donc si vous voyez votre matière s'enfler comme de la pâte ; parce que l'esprit de vie y est enfermé et dans son temps, par la permission de Dieu, il rendra la vie aux cadavres. »

    Ainsi dans la classe de chimie moderne comme dans l'atelier de l'Alchimiste, l'élève et l'adepte ne se présentent pas de prime abord comme de purs esprits. Au spectacle des phénomènes les plus frappants, l'homme va naturellement avec tous ses désirs, avec toutes ses passions, avec toute son âme. On ne doit donc pas s'étonner que la première connaissance objective soit une première erreur."

     

              Extrait de l'ouvrage : La Formation de l'esprit scientifique. Contribution à une psychanalyse de la connaissance objective : essai d'épistémologie de Gaston Bachelard (1884-1962) publié en 1938. Bachelard y propose une analyse de la transition entre l'esprit pré-scientifique et l'esprit scientifique au tournant des XVIIIe et XIXe siècles.

     

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais 0 commentaire
  • Police et suicide : le flic et l'homme

    suicide dans la police

                         Pour être sortie ainsi de son devoir de réserve - elle avait créé son association après la grave attaque contre des policiers à Viry-Châtillon (Essonne) en 2016 -, la gardienne de la paix avait été un temps dans le collimateur de l’IGPN. Une sanction sous forme d’avertissement avait un temps été évoquée, mais la hiérarchie policière avait décidé de ne pas y faire suite. « Rien n’a changé après Viry-Châtillon », expliquait-elle encore début novembre.

    ***

                        Des collègues témoignent ; des syndicats de police aussi.... mais si cette femme a mis fin à ses jours c'est aussi et surtout parce qu'elle s'est sentie isolée, non soutenue, abandonnée dans son combat.

     

    ____________________

     

    police et suicide

    Si c’est la fonction qui fait l’homme, la fonction de policier est sans doute une des fonctions les plus accaparantes, les plus dévorantes qui soient, car, en effet, c’est bien à l’intérieur et de l’intérieur que cette fonction agit. 

    Aussi, ce qu'il y a d’émouvant - ce qui fait qu’on y prête une attention toute particulière -, dans le suicide d’un policier qui le redevient après avoir été longtemps considéré comme un flic, un flic de plus aux pouvoirs aussi étendus qu'exceptionnels - force de loi sans loi parfois aussi -, c’est qu’avec ce suicide, c'est l'homme et non plus le flic et le policier, qui reprend "la main" sur la fonction qui a été la sienne ; maintenant vulnérable et fragile, sa fonction cesse de le définir ; c’est alors que ce policier dont on ne voyait plus que la fonction - fonction qui nous cachait l'homme - se tient là devant nous... "tout nu", débarrassé de cette fonction qui l’a tué en le poussant à mettre fin à ses jours - dans le cadre d’un suicide professionnel avéré comme tel.
     
    Avec son suicide, dans son suicide, le flic, puis le policier, semble avoir retrouver en lui l’homme qu'il est, a été... et nous avec lui ; l’homme et sa conscience, conscience de soi, conscience d’être au monde, autour de questions souvent moquées : "Qui suis-je ? Quel sens donner à cette fonction qui m’a totalement dévoré ? Quel sens ma vie a-t-elle ?"
     
    Oubliez l’homme derrière une fonction quelle qu’elle soit, et c’est un homme doublement homme qui vous fait face comme une révélation inattendue et donc surprenante ; deux fois l’homme que l’on avait oublié tellement sa fonction le définissait à nos yeux.
     
    D’où cette émotion et ce questionnement particuliers à l’annonce du suicide d’un flic-policier-homme.
     
    Une courte réflexion sur le couple Etat-Police ICI

    _______________

     


                         

                          La condition policière avec A. Langlois du syndicat Vigi

    Lien permanent Catégories : Medias, désinformation et ré-information, Politique et actualité 0 commentaire
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu