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Littérature et essais ad hominem

  • Jean de La Fontaine ou le clair-obscur de la raison politique et humaniste dans la fable

     

     

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    Le chat, la belette et le petit lapin *


    Jean de la Fontaine
    (-- Livre septième – Fable XV – La source de cette fable est une fable de Pilpay - Brahmane hindou (3es. ?) « D’un chat et d’une perdrix » tirée du livre des Lumières.
     
     
    ***



    Du palais d'un jeune Lapin
    Dame Belette un beau matin
    S'empara ; c'est une rusée.
    Le Maître étant absent, ce lui fut chose aisée.
    Elle porta chez lui ses pénates un jour
    Qu'il était allé faire à l'Aurore sa cour,
    Parmi le thym et la rosée.


    Après qu'il eut brouté, trotté, fait tous ses tours,
    Janot Lapin retourne aux souterrains séjours.
    La Belette avait mis le nez à la fenêtre.
    O Dieux hospitaliers, que vois-je ici paraître ?
    Dit l'animal chassé du paternel logis :
    O là, Madame la Belette,
    Que l'on déloge sans trompette,
    Ou je vais avertir tous les rats du pays.


    La Dame au nez pointu répondit que la terre
    Etait au premier occupant.
    C'était un beau sujet de guerre
    Qu'un logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant.


    Et quand ce serait un Royaume
    Je voudrais bien savoir, dit-elle, quelle loi
    En a pour toujours fait l'octroi
    A Jean fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume,
    Plutôt qu'à Paul, plutôt qu'à moi.


    Jean Lapin allégua la coutume et l'usage.
    Ce sont, dit-il, leurs lois qui m'ont de ce logis
    Rendu maître et seigneur, et qui de père en fils,
    L'ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis.
    Le premier occupant est-ce une loi plus sage ?
    - Or bien sans crier davantage,
    Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis.
    C'était un chat vivant comme un dévot ermite,
    Un chat faisant la chattemite,
    Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
    Arbitre expert sur tous les cas.


    Jean Lapin pour juge l'agrée.
    Les voilà tous deux arrivés
    Devant sa majesté fourrée.
    Grippeminaud leur dit : Mes enfants, approchez,
    Approchez, je suis sourd, les ans en sont la cause.
    L'un et l'autre approcha ne craignant nulle chose.
    Aussitôt qu'à portée il vit les contestants,
    Grippeminaud le bon apôtre
    Jetant des deux côtés la griffe en même temps,
    Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre.
    Ceci ressemble fort aux débats qu'ont parfois
    Les petits souverains se rapportant aux Rois.

     

     

     * La Fontaine aurait-il été proudhonien avant l'heure :"La propriété, c'est le vol" ? Ou bien encore, La Fontaine aurait-il été un apologiste de la rapine, à la fois révolutionnaire et gangster pour finalement botter en touche : ni la rapine ni le droit qui aurait pour fondement l'usage et la coutume, loin de la justice, mais bien plutôt...  la soumission à l'arbitrage du plus fort ? Ou alors, la dénonciation de cet arbitrage et du risque encouru par tous ceux qui seraient tenter d'y recourir ?

     

    _____________________

     

     

                      " Loin de ces rapports de force très crus entre maître et esclave qui faisaient, selon la légende, de chaque intervention d'Esope, une stratégie d'esquive et de survie face à la violence du monde... d'un redoutable potentiel critique, si La Fontaine adopte au seuil du premier recueil de ses fables la posture humble de simple "traducteur" d'Esope, il ne manque pas, dans sa préface, de faire état des libertés qu'il s'est données vis à vis de ses modèles.

    Si l'on en croit toute une tradition critique, La Fontaine aurait donc réalisé ce petit miracle : en devenant en quelque manière "notre Homère", il aurait pour longtemps "reterritorialisé" le genre le plus nomade, exportable, atopique qui soit : la fable. Mais cet encrage profond dans une situation précise (la France du règne personnel de Louis XIV), n'est en rien un enfermement : ces fables (apologues), en s'enracinant plus fortement que leurs devanciers (1) dans un terreau socio-politique spécifique, n'en auront acquis que plus de "pouvoir" encore ultérieurement.

    Qui ne pourrait témoigner de l'aptitude sans précédent des Fables de La Fontaine à s'émanciper de leur contexte immédiat, à éclairer d'autres types d'actualité, à venir hanter d'autres états de l'imaginaire collectif et de la langue ?

    (...) C'est que la fable selon La Fontaine, cet objet ténu, d'apparence aussi humble que celle du roseau, a résisté là où bien des chênes d'allure plus impérieuse ont basculé dans le néant de l'oubli. Cette souplesse extrême, elle le doit d'abord, à sa puissance intégrative sans égale : du premier recueil (1668) au second (1678-79), on assiste à une prodigieuse extension du domaine de la fable et les commentateurs ont souvent comparé, à juste titre, l'apologue lafontainien à un "creuset" où tant de traditions viennent se mélanger, et où les éléments d'autres genres -épopée, poésie lyrique, tragédie, contes et nouvelles, comédie surtout... - se fondent en d'improbables métissages, sans que pour autant ces rencontres surprenantes de tonalités, de registres et de styles virent immanquablement au burlesque, école de liberté elle aussi présente dans les Fables, mais le plus souvent étrangère au "tempérament" recherché par La Fontaine.

    Par la grâce de cette souplesse savante et rusée, la fable pourra plier à tous les vents que feront souffler sur elle les vicissitudes de l'histoire. Or, cette souplesse ne tient pas seulement à cette aptitude exceptionnelle à parasiter les autres genres et à les faire communiquer par des voies imprévues, elle doit beaucoup également à la mise en échec de toute parole excessivement dogmatique. Dans le grand voyage des Fables, les dogmatismes locaux semblent systématiquement voués au ridicule et au malheur. Par ailleurs, une expérience de plus de trois siècles a amplement démontré que les interprétations univoques de telle ou telle fable n'ont pas résisté bien longtemps. C'est que, semblable en cela à l'essai montaignien, la fable ainsi conçue se prête mieux sans doute que tout autre genre, à une pensée de la situation, de l'occasion, de la contingence. Elle se dérobe à toute signification allégorique définitive et stricte ; et la recherche des influences et des sources qui l'irriguent, si elle peut fasciner en soulignant la virtuosité des transpositions, ne restreint généralement  en rien la gamme des interprétations possibles - bien au contraire."

                                                          Jean-Charles Darmon - 2002

     

     

     

    1 – Esope, Phèdre, Epicure, Horace, Erasme, Cesar Pavesi…

     

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  • M comme Malédiction

     

    To the memory of an angel...

     

    A la mémoire de Béatrice Athévain

     

             Et alors qu'on ne lui avait rien demandé (et ses enfants non plus - leur père s'étant fait la belle, lui qui n'avait aucun goût pour tout ce qui touchait de près ou de loin à la littérature - il ne lisait... ou plutôt, il ne regardait... que de la BD), en une quinzaine d'années, Béatrice aura tout sacrifié à l'écriture avant de tirer sa révérence.

    Son oeuvre ?

    Un ouvrage retenu par un éditeur dans les années 90 "Fragments, interstices et incises" (oui, je sais ! Le titre ne lui aura été d'aucun secours) ; éditeur qui... depuis, a mis la clé sous la porte ; et six titres restés à ce jour inédits et... introuvables - ce qui n'arrange rien.

    Existent-ils ? N'existent-ils pas ces inédits ? Ont-ils été détruits par son auteur juste avant qu'elle ne décide de... ?

    Affaire à suivre... pour peu qu'il y ait des volontaires.

     

    ***

     

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              Ce billet est aussi dédié à tous les obsessionnels compulsifs de l'écriture. 

     

             Ils ne se déplacent jamais sans un stylo et un carnet ; leur hantise : se trouver dans l'impossibilité de pouvoir noter une idée, une phrase, un mot ; et de ce fait : les oublier.

    Une peur panique pareille à une phobie : plutôt mourir que de courir ce risque !

     

                   Mais... comment taire cette voix qui hurle à l’intérieur, ou bien qui chuchote ? Cette voix qui ne vous lâche pas jusqu’au moment où n’y tenant plus, on sort un carnet pour noter à la hâte trois mots, dix lignes, tout en sachant que l‘on y reviendra cent fois, mille fois, et que ce n’est que le début d’un travail harassant.

    Ils ne vivent que pour elle, tous ces don Quichotte de la littérature,  y retournant sans cesse, et n’y trouvant qu’un soulagement, qu’une libération bien éphémère.

    Après toutes ces années, qui ne chercherait pas à lui échapper, même pour un temps ? Qui ne serait pas tenté d’apprendre à l’ignorer ou bien, à contrôler son débit, et même, pouvoir faire “comme si de rien n’était”, comme si cette voix n’était pas là... cette voix qui, sans relâche vous force, et vous pousse jusqu'à ce que vous lui cédiez et qu’elle s’apaise en vous en attendant la prochaine fois, la prochaine heure ?

    Tous vous le confirmeront : une malédiction cette voix pour laquelle ils ont tout sacrifié ; un supplice qui absorbe, qui recouvre tout, qui vous prend tout et qui ne vous rend rien.

    Maudits ils sont !

     

                      Mais alors... qui les délivrera de cette malédiction qu'ils portent en eux comme une brûlure ?

     

     

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    Photos : M le Maudit, film de Fritz Lang de 1931

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  • Quelque chose de perdu... pour demain

     

     

     

                     "Assumer l'ultime confirmation de l'hégémonie de la métaphysique sous la forme de la déréliction ontologique de l'étant" (Heidegger)

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    "Mais bien sûr ! Je vous remets maintenant ! Vous êtes celui qui voulait mourir.

    - En effet.

    - Mais alors, vous avez survécu ? Vous n’avez pas su... ou bien, vous n’avez pas voulu mourir ?

    - Non, c’est pas ça. La vérité, c’est qu’on survit à tout parce qu’on se console de tout. Mais... moi, à cette époque, je ne le savais pas.

    - Oui. On survit à tout. C’est la raison pour laquelle tout peut arriver. Et c‘est aussi la raison qui fait que finalement... tout arrive. N’est-ce pas ? Et pourtant, rien ne sert de souffrir car il vaut mieux mourir à temps. Cette volonté de vivre est devenue une habitude que les générations se transmettent ; et dans ce domaine, on peut dire que la transmission a bien eu lieu. Y'a pas de doute ! Elle n'a pas été interrompue car, il ne s’agit pas d’un instinct qui vous échappe et qui s’impose à vous et ce, malgré vous ; non ! Il s’agit bien d’un choix conscient : on décide de survivre à l’horreur et à la douleur.

    - C’est vrai ! On a la lâcheté ou la faiblesse de survivre à toute cette horreur.

    - C’est votre capacité d’endurance qui rend possible toutes les horreurs. Votre obstination à vouloir survivre coûte que coûte, votre résistance font que l’horreur sera toujours sûre. Alors... aussi longtemps que vous survivrez à cette horreur, nous n’y mettrons jamais fin. Cet instinct pervers de conservation fait que l’horreur se reproduit sans fin. Si seulement vous étiez tous... incapables de survivre à cette horreur ! Si seulement vous n'aviez pas la folie de lui résister, je suis sûr que votre espèce, pour ne pas disparaître, ferait tout pour l’éviter, car la prochaine horreur signerait la fin de l'espèce humaine dans sa totalité.

    - Cachez toutes ces horreurs que je ne saurais voir ! Nous sommes donc tous des tartuffes de l'horreur ? C'est ça ?

    - Oui ! Bien sûr ! Car, à trop voir, on finit par s’éblouir soi-même. Alors, ne cherchez plus ! Je vous le dis : vous ne vous débarrasserez pas de cette horreur aussi longtemps qu’un seul d’entre vous sera disposé à lui tenir tête. Dites-vous bien que dans l’état actuel des choses, l’aventure humaine ne vaut plus la peine d’être poursuivie. Il faut tout arrêter. On reprendra le cours de cette aventure une fois que l’homme aura cessé de survivre à toute cette horreur. Un cauchemar récurrent, cette horreur ! Fermer les yeux sur toutes ces horreurs, c’est inviter l'horreur à votre table et dans votre lit. Survivre à cette horreur, c’est accepter qu’elle vous frappe à nouveau, sans discernement comme un aveugle frappe le sol avec sa canne télescopique pour ne pas trébucher sur un obstacle ; obstacle qui lui serait fatal. Pour un peu, et à son sujet, on en viendrait à penser qu'il cherche à retrouver quelque chose qu'il aurait perdu. Quel boucan, cette canne qui frappe le bitume ! Un vrai boucan d’enfer, cette canne qui cherche à retrouver quelque chose qu'elle a perdu mais... devant elle ! Vous remarquerez ! Oui ! Toujours ! Devant elle et comme… perdu pour demain."

     

    Copyright Serge ULESKI. Tous droits réservés - texte et illustration sonore.

     

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    Extrait du titre "Confessions d'un ventriloque"

    A propos de l'ouvrage... cliquez Confessions

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  • Roger Garaudy : réhabilitation et justice

     

     

                 « Toujours à contre-nuit, comme un pont de lumière entre l’Europe et l’Orient»

     

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    Spiritualisme, morale marxiste, marxisme et Chrétiens, Islam…

     

                   Né le 17 juillet 1913 à Marseille, résistant, communiste, enseignant, député, sénateur, écrivain et philosophe, humanisme et marxisme, Bernanos de gauche, membre du parti communiste dès 1933, arrêté en 1940 sous le régime de Vichy, déporté en Algérie... après la libération Roger Garaudy entre au comité central du PCF.

    Très tôt, Roger Garaudy ouvrira un dialogue avec l’autre versant de la réflexion révolutionnaire dans l’ouvrage « L'église, le communisme et les Chrétiens » car pour Roger Garaudy, révolution et transcendance sont indissociables.

    En bon communiste discipliné et aveugle, il sera sans pitié pour Victor Kravtchenko (l'auteur de Chose Freedom, un livre dénonçant le système soviétique, publié à New York en 1946) même si, tel un effet boomerang, bien des années plus tard, à propos d'un de ses ouvrages, il lui faudra, lui aussi, faire face à une vendetta qui n’aura rien à envier à celle que Kravtchenko en 1947devra affronter au moment de son procès en diffamation contre l’accusation d’agent américain lancée par le PCF ; un Kravtchenko seul et abandonné par toute la classe intellectuelle dite de gauche, dite progressiste.

    L'invasion de la Tchécoslovaquie par l’URSS lui inspirera deux ouvrages : "Pour un modèle français du socialisme" et le questionnement suivant : "Peut-on être communisme".

    Au cours des années soixante il s’orientera vers une approche « auto-gestionnaire », voire « libertaire » de l’organisation de l’existence ; il penchera pour l’émancipation de la classe ouvrière des appareils des partis politiques et des syndicats : PCF – CGT en tête.

    En 1970 il est exclu du PCF. Il se tourne alors vers la religion : le Christianisme de son enfance avant de se convertir à l'Islam en 1982 après avoir vu dans le Coran la continuité du message de Christ : Jésus et les Evangiles. Il viendra à l’Islam « l’Evangile d’une main et le Capital de l’autre » précisera-t-il.            

     

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                (Partout les mêmes images : Gaza, Syrie, Irak, Yémen, Libye, Afghanistan - partout les USA, Israël, l'Arabie Saoudite, le Qatar, les djihadistes coalisés et une Europe supplétive : France et Grande Bretagne en tête)

     

                  Tous les titres des ouvrages de Roger Garaudy (plus de 60) témoignent d’un esprit d’une clairvoyance rare :

    - Les Fossoyeurs – Un nouvel appel aux vivants

    - Avons-nous besoin de Dieu ?

    - Vers une guerre de religion ? Débat du siècle

    - L'Islam et l'intégrisme

    - Les États-Unis avant-garde de la décadence,

    - Le Procès de la liberté

    - Le XXIe siècle – Suicide planétaire ou résurrection

    - Le Terrorisme occidental

     

                       Dans les années 90, il fut un des premiers à dénoncer un nouvel ordre mondial qui n’est que la continuité de l’ancien désordre colonial.

    L'ouvrage "Les mythes fondateurs de la politique israélienne" publié en 1995 fera de lui la victime d’un long acharnement qui n’aura rien à envier aux procès staliniens des années 30 et 40… jusqu’à sa « chute » et son bannissement professionnel et médiatique.

    L’ouvrage en question se compose de trois chapitres principaux : « Les mythes théologiques », « les mythes du XXe siècle » et « l'utilisation politique du mythe ».

                      Roger Garaudy explique le pourquoi de cet ouvrage :

     
    " ... les intégrismes, générateurs de violences et de guerres, sont une maladie mortelle de notre temps. Ce livre fait partie d'une trilogie que j'ai consacrée à les combattre : Grandeur et décadence de l'Islam , dans lequel je dénonce l'épicentre de l'intégrisme musulman : l'Arabie Saoudite. Deux ouvrages consacrés à l'intégrisme catholique romain qui, tout en prétendant "défendre la vie", disserte sur l'embryon, mais se tait lorsque 13 millions et demi d'enfants meurent chaque année de malnutrition et de faim. Ces ouvrages s’intitulent : Avons-nous besoin de Dieu ? et Vers une guerre de religion ? 

    Le troisième volet du triptyque, Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, dénonce l'hérésie du sionisme politique qui consiste à substituer au Dieu d'Israël l'Etat d'Israël, porte-avions nucléaire et insubmersible des Etats-Unis qui entendent s'approprier les pétroles du Moyen-Orient.

    Une politique aussi inavouable en son fond exige le camouflage que mon livre a pour objet de dévoiler. D'abord, une prétendue justification "théologique" des agressions par une lecture intégriste des textes révélés, transformant le mythe en histoire : la terre conquise devenant "terre promise". Il en est de même pour l'Exode, cet éternel symbole de la libération des peuples contre l'oppression et la tyrannie, invoqué aussi bien par le Coran (XLIV, 31-32) que par les actuels "Théologiens de la libération".

    Et puis une mythologie plus moderne : celle de l'Etat d'Israël qui serait "la réponse de Dieu à l'Holocauste", comme si Israël était le seul refuge des victimes de la barbarie de Hitler, alors qu'Itzhak Shamir lui-même écrit: "Contrairement à l'opinion commune, la plupart des immigrants israéliens n'étaient pas les survivants de l'Holocauste, mais des Juifs de pays arabes, indigènes à la région."

     

                      Si à aucun moment Roger Garaudy ne niera le génocide juif, Roger Garaudy n'aura eu qu'un seul tort : dénoncer l'exploitation de ce génocide à des fins de domination et de spoliation ; ce qu'on nommera plus tard... la shoah-business, sujet de controverse lancé par le politologue et historien américain Norman G. Finkelstein dans un livre publié en 2000, sous le titre : L’Industrie de l’Holocauste : réflexions sur l’exploitation de la souffrance des Juifs.

     

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    (Se soumettre ou périr)

     

                       Agrégé de philosophie à 23 ans, d’une intelligence foudroyante d’une limpidité redoutable (pensée limpide dans la noirceur du siècle), suite à la publication de cet ouvrage sur l’Etat d’Israël et sa condamnation par les tribunaux à la demande des associations juives, le bannissement de Roger Garaudy de la vie intellectuelle française, peine de mort civile, annoncera la fin des débats politiques, intellectuels et spirituels en France au profit d’un « il n’y a pas d’alternative » dévastateur, qui scellera une défaite sans précédent de la pensée, comme autant de réactions en chaîne d’une décadence intellectuelle et d’une rupture de la transmission d'une tradition philosophique humaniste ; décadence qui propulsera au devant de la scène, après une chute vertigineuse de tous les niveaux de la réflexion intellectuelle et historique, un contingent arrogant, bruyant, d’une intolérance inouïe - obscurantisme, terreur et mensonges : trou noir cauchemardesque de la pensée -, relayé par des médias aux ordres qui, d'une pierre deux coups, enterreront sans sourciller, six pieds sous terre, leur métier de journaliste : Bernard-Henri Lévy, Bernard Tapie, Jack Lang, Bernard Kouchner, Alain Finkielkraut, Eric Zemmour, La Licra, le CRIF, Nicolas Sarkozy, Carla Bruni, Manuel Valls, François Hollande…

     

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    (Autre confirmation de la fin de tous les débats - Gaza 2008)

     

                 Infortuné, Roger Garaudy décédera le 13 juin 2012 dans le silence assourdissant d'une caste médiatique et intellectuelle terrifiée à l'idée de lui rendre justice : en effet, le premier qui s'y risquerait... sauterait.

    Qu'à cela ne tienne : Roger Garaudy aura été sans aucun doute un homme du futur… «… l'homme qui a brisé les frontières idéologiques artificielles du XX° siècle » : religion et marxisme. 

     

                        Mais alors, qui donc aujourd’hui osera témoigner en sa faveur sans craindre la relégation ?

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  • Michel Onfray encore et encore car la bêtise insiste toujours

     

     

                          

     

                          Un pape noir ainsi qu'un prêtre noir dans un village français, c’est de la décadence Monsieur Onfray ? - Vidéo à la 14.40
     
     
     
    ***
     
     
                         "Je me suis pensé mort alors que je suis encore vivant et j'ai pleuré, pleuré, pleuré longtemps et d'autres avec moi aussi. C'était fort, c'était beau, c'était bon, c'était grand."
     
     
                        Accro aux médias, Onfray est de retour avec un ouvrage : "Décadence".
     
    Plus les années passent, plus le constat suivant s'impose au sujet de ce graphomaniaque ( production de deux à trois livres par an) : Onfray aujourd'hui, c'est... sans nul doute, la continuation de Zemmour par d’autres moyens ; comprenez : un discours plus conceptuel, plus proche de l'histoire des idées mais un discours pseudo-savant et sournois ; d'aucuns diront : un discours de faux-cul par manque de courage et de légitimité populaire, contrairement à Zemmour qui n'a pas besoin de prendre des gants avec quelque communauté que ce soit ; un Onfray qui n’assume rien car, bien qu'il s'en cache, son jugement est évidemment moral et idéologique. En filigrane, la grande peur du grand remplacement : l’Islam. 
     
    Les médias de masse étant sa seule famille (relativement jeune encore, Onfray est veuf, sans enfant et vit en province), pour continuer d'exister médiatiquement, Onfray choisit de rejoindre la bêtise ambiante ( participant à des émissions du même genre) et la scélératesse d'un système de pensée de l'abaissement dans les bas fonds de l'épuisement de l'humain et de la liquidation de l'intelligence.
     
    Son ouvrage "Décadence" finira droit chez Finkielkraut dans "Répliques" sur France Culture. Et il le sait.
     
                        Alors vraiment ... tout ça pour ça ? Plus de 80 livres pour en arriver là ?
     
     
     
                         Exonérer le Bouddhisme et le Judaïsme... plus important encore, tirer à boulets rouges sur l’Islam et le Christianisme - deux conditions à remplir pour recueillir l'assentiment des producteurs de télé et de radio -... au moins Onfray sait-il ce qu’il faut et qui il faut craindre : sûrement pas les imams ni les curés.
     
    Et Yann Moix de boire du petit lait chez Ruquier (la gourde de service !)  à l'écoute d'Onfray ; Yann Moix, cet orléanais, pas Jeanne d'Arc ni Robin des bois pour un sou - et pourtant, elles sont belles les forêts de la Sologne - , monté à Paris pour y faire fortune auprès de Bernard-Henri Lévy maintenant qu'il est dans ses petits papiers.
     
     
    ***
     
    Qu'à cela ne tienne ! 
     
                         "Le Christianisme, dites-vous Monsieur Onfray ?
     
                          Et bien... sachez qu'il me suffit d’écouter une cantate de Bach, de me rendre à Chartres, de feuilleter un ouvrage de peinture qui s’étend du VIe siècle au 16è siècle (plus près de nous : Salvador Dali) et de lire un ouvrage de Bernanos pour m’en faire une idée ; une belle et grande idée."
     
     
                    On ne manquera pas de noter ceci à propos de l'intervention de Michel Onfray que des médias complaisants nomment philosophe - intervention bavarde mais creuse comme à l'accoutumée : de peur de passer pour un passéiste et un réac, Onfray fait semblant d’accueillir favorablement ce qu’il appelle "le déclin et la décadence de l’Occident"...
     
    Faut bien dire que les imbéciles insistent toujours ; de plus, chaque matin à leur réveil, ils n'ont qu'un désir : se tirer une balle dans le pied. 
     
              Avec Onfray, la haine de soi n'est jamais très loin, l'ingratitude sous la forme d'un crachat dans la soupe non plus et la bêtise tout autant.

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    Pour prolonger, cliquez : Quand Michel Onfray rentre à la maison

     

     

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  • Privés de serrure, de porte, de murs, de toit, ils n'avaient pour seule demeure… qu'une clé.

                       Deux étages que l'on monte à pied dans la précipitation, une porte que l'on ouvre et que l'on s'empresse de refermer, et c'est le monde dans son entier qui meurt sur le seuil comme une nécessité absolue, une rage de vaincre et d’abandonner ce monde à sa belle mort ; et sans regrets.

    Une petite chambre sans confort les accueille. Ils n'en espéraient pas plus. C'est leur cinquième rencontre. Ils ne sont pas vus depuis quatre semaines. Jouir de l'instant : tel est l'objet de leurs retrouvailles ; un instant suspendu entre ce qu'ils ont quitté et ce qu'ils devront retrouver dans quelques heures.

    Plantés au milieu de la chambre, ils se regardent un long moment, immobiles et muets, un peu essoufflés. Ils se sourient. Lui a pensé : « Ce qui importe c'est que mon premier geste soit le bon. Le premier geste ! Tout est dans ce premier geste. »

    Elle ferme les yeux un instant puis les ouvre. Elle lève la tête ; son visage à lui affiche un air grave, celui d'une émotion contenue, fruit d'une concentration qui n'a qu'un seul souhait : savourer son émoi à elle. Il caresse ses cheveux, cherche ses lèvres, les trouve, les effleure puis les embrasse tendrement pour, quelques instants plus tard, dévorer sa bouche, sa langue, son visage... tout ce qui se trouve à sa portée, s'y donnant tout entier comme si le temps lui manquait.

    Défaillance sublime ! Une fois de plus, le charme de son amant se change en désir ; le désir en frénésie et la frénésie en une fièvre incontrôlable.

    Une énigme déconcertante, cette réaction immédiate au toucher ! Une connaissance frissonnée par tous les pores de sa peau, chair et sang, cette prise de conscience inédite car, rien dans son quotidien ne pouvait se rapprocher de cette félicité irréfléchie qui n'a plus rien à attendre du passé, sans appréhension face à l'avenir... puisque tournée vers un devenir éternellement présent au jour le jour et à chaque heure !

    Leurs mains se joignent, démentes puis s'élèvent comme pour prendre leur envol. C'est l'adieu aux armes ; le triomphe inespéré et impudique d'une espérance folle enfin comblée. D'une main légère, il relève lentement sa jupe sans cesser de l'embrasser pour prévenir et taire toute objection. Son autre main se perd là où ses doigts rencontrent immanquablement un terreau humide. Patiemment, il extirpe d'elle sa nudité. Elle ferme les yeux.

    Chacun de ses gestes contribue à son glissement aveugle vers une extase lente dans la soumission, l'acquiescement tacite, un flot de volupté miraculeux en cadeau d'où aucune gêne, aucun remords ne sortiront.

    Fasciné, comme... hypnotisé, il la regarde avec une extrême attention. Il contemple un court instant son corps porteur d'une énergie folle et qui laisse présager des excès sans nombre et inédits ; un corps mince mais plein car, rien ne manque. Tout est là ! Oui ! Là ! Bien là ! Tout est là, lourd et céleste... tout à la fois.

    Debout, lui faisant face, les yeux baissés dans la mémoire des timidités de l'adolescence, mise à nu plus nue que la nudité nue, sans plus de mystère, la poitrine dressée avec au centre d'une gravité solennelle et précieuse, une toison clairsemée, elle cherche une dernière fois son regard dans l'espoir d'y trouver l'assurance d'une acceptation totale avant de refermer les yeux.

    Il s'agenouille lentement et coule inexorablement à ses pieds comme une fontaine. Il descend à sa source, assoiffé. Il y descend tandis que ses deux mains glissent sur son dos, puis ses reins, pour finir leur parcours sur ses hanches d'une finesse de peau surprenante. Il embrasse longuement son ventre rond avant d'entrouvrir ses cuisses d'un geste précis et doux mais rapide. Il lève une de ses jambes pour la faire reposer sur son épaule et sans mot dire, son visage disparaît.

    Vorace, il est allé chercher ce qu'il était assuré de trouver : la lumière ! Sa lumière à elle ; et un chant aussi : un long cantique.

     

                                                   ***

     

                    Frisson prémonitoire. C'est la rupture avec tout ce qu'elle aurait pu imaginer. Sûr de lui, de sa maîtrise émerge un sang-froid qui ignore tout de l'équivoque pour mieux privilégier l'audace jusqu'à ce qu'elle en perde tous ses moyens car, des doigts humectés l'ont contournée et cherchent, déterminés, là... où son imagination n'aurait jamais pu la conduire, une issue extravagante, une ligne qui la sépare en deux, une voie d'éblouissement entre deux obscurités.

    Comme tombe un couperet mais sans verser de sang, dans sa tête, un dérangement sans précédent est venu tout bouleverser : les idées, les préjugés, les croyances, les lieux, les itinéraires. Elle n'a plus d'assise. Un déluge d'émotions la paralyse. Un éclat effarant, son visage congestionné sous l'activité innommable de ses doigts. Ses genoux se mettent à trembler. Dans ses veines, une panique se déverse. En bas, son ventre bout. Ses mains à elle saisissent son visage, ses cheveux, pour y chercher un appui précaire.

    Le sol lui manque. Elle a pensé à la chute comme pour mieux la précipiter. Elle va rompre. Elle le prévoit et le redoute. Elle va céder et elle le sait. Elle va céder comme une attache, un nœud à bout de résistance car, son centre à elle qui jusqu'à présent la maintenait debout et forte, son centre a perdu ce qu'il ne faut jamais perdre en de pareilles circonstances, à savoir : son équilibre vital.


    Perdue d'angoisse, coulée comme dans de la chaux, elle s'effrite, elle s'émiette, elle se consume, elle se désintègre et elle s'évapore. Pour un peu, elle en viendrait à penser qu'elle n'existe plus que pour lui seul. Encore un instant et tout en elle chavirera dans le consentement.

    Ses jambes fléchissent. Flageolante, sa petite masse s'apprête à vaciller, faute de pouvoir trouver un appui ferme. Anticipant l'inévitable, il fait basculer son corps mince et le renverse sur le lit.

    Malade, il n'a plus qu'une seule conscience : celle de son désir tendu et dressé comme un impératif. Plus qu'une seule réalité : l'ambition impérieuse et démesurée d'une fièvre brûlante. Plus qu'une seule préoccupation : son apaisement.

    Sans attendre, ses doigts ouvrent en deux l'abîme d'une ligne tirée sur une peau ferme et tendre pour reprendre, déterminés, leur chahut innommable. C'est au tour de sa langue. Une langue surhumaine, puis à nouveau ses doigts puis sa langue et encore ses doigts qui redoublent d'audace.

    Couchée sur le ventre, ce qu'elle s'apprête à vivre lui a ôté toute faculté d'action et de réflexion. Incapable de faire le moindre geste et de prononcer un mot, elle accepte tout, enfermée dans l'instant : celui de la conduite de son amant et d'une appréhension jusque là, inconnue.

    Voilà qu'elle s'entrouvre et dans un instant, elle s'ouvrira à la plénitude de son désir. La tête renversée, les flancs à découvert, son écorce se fend. Il touche au but et elle, y aboutit déliquescente. Elle fond. Elle n'en finit pas de fondre. Elle se dilate et se liquéfie sous l'action extravagante de ses doigts qui ne veulent pas renoncer. Elle s'entrouvre, tout illuminée, et à la pointe, à la cime, c'est l'enivrement ; au pied et sur le tronc, ça palpite; plus bas encore, c'est la peur et au centre, dans son plein milieu à elle, c'est l'abandon et le desserrement.

    Ô ! Admirable sillon creusé pour lui ! Admirable et inespéré ce tracé sans lacets pour s'égarer et qui le conduira sans détour vers une ouverture sans précédent, une échappée vierge, entrée et sortie tout à la fois, et dans laquelle il achèvera de transpirer toute sa fièvre.

    Une folie, sa fièvre ! Une folie, cette marée destinée au déferlement de son délire ! Instinct de vie qui disloque les volontés les plus déterminées et les plus morbides, cette charge, cette folie des sens ! Car, elle s'entrouvre et c'est l'émotion qui l'étouffe. Trop pour un seul homme ! Beaucoup trop. Il aurait fallu être à plusieurs pour partager cette déflagration inédite et rendre possible sa gestion, trouver un second souffle car, qu'est-ce que la jouissance comparée à la pénétration torrentielle d'un sens inné pour l'extase, sinon un voluptueux déchirement qui n'en finit pas de fendre, dans son accomplissement, la carapace d’interdits inconscients, fruits d'une retenue qui ignore tout maintenant de sa propre inhibition.

    Abolition de toutes les limites et de tous les interdits. Maître mot que cette transgression qui vous laisse non pas orphelin mais pantois face à cette démesure et cette frénésie qui nous élève, nous grandit, divinisés que nous sommes. Mais... une divination séculière alors ! Une divination humaine qui ne transcende rien mais qui nous cloue dans ce monde de chair et de sang.

    Immanence parfaite donc ! De quoi rassurer les mystiques les plus exigeants avant de les désarçonner, en les ramenant vers nous et avec nous ; seule condition qui puisse nous les rendre enfin fréquentables car, de ce monde, on ne se retranche plus. Non ! On l'habite la joie collée au visage ; une joie qui déploie son rayonnement par ricochet et qui engendre dans sa démultiplication, l'hilarité générale des êtres qui se reconnaissent enfin pour ce qu'ils sont… qui est ce qu'ils n'auraient jamais dû cesser d'être.

    Il ne s'agit pas d'un paradis perdu puis retrouvé... mais d'un constat qui ne souffrira aucune contestation : notre vie est bien ici et pas ailleurs !

    Alors... non ! Elle ne sera plus jamais superficielle. Jamais plus ! Désormais, elle sera... avisée et profonde, immensément profonde car, une fois l'extase des possibilités infinies consommée, mille désordres éperdus hanteront longtemps, longtemps encore, sa mémoire en bataille, chahutée par un tohu-bohu de voix, de cris et de rires venus du fond des âges.

     

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  • La liseuse

     

     

                     N'avoir pour seul avenir qu'une poignée de mots ! Ceux des auteurs qui l'accompagnent tard dans la nuit. Car, lorsque Internet ne lui offre pas ce qu'elle attend, elle lit jusqu'à l'épuisement ; la lecture devient alors le sablier qui la conduit au sommeil.

                     Si lire c'est s'oublier soi-même et le monde tel que nous le vivons pour mieux en habiter un autre - celui qui au quotidien nous demeure étranger, impénétrable ; lire c'est aussi redécouvrir qu'il encore possible de toucher du doigt une vérité sur chacun de nous ; mille témoignages d'une vie hors des livres : la vraie vie, celle qui fait du succès une montagne à la vue imprenable et de l'échec, une tombe.

    Bonne ou mauvaise, la littérature nous absout et nous réconcilie, tout comme ce silence qu'elle impose à ses lecteurs : silence avec soi-même. Elle ne va pas y chercher une guérison ; ses lectures ne résorbent aucune de ses fièvres ; elle y abandonne le plus souvent les dernières forces de la journée qui s'achève.

    Lumière et obscurité ; partir loin de soi pour mieux y revenir ; dérives infinies. Miroir de sa propre existence, seule avec le monde, ses lectures tracent les cartes de territoires innombrables qui, en ce qui la concerne, ont la fâcheuse habitude de s'ouvrir et de se refermer sur des contrées inhospitalières, aux invocations et aux suppliques sans nombre ; lectures qui la submergent, la pénètrent et l'engloutissent.

    Un bouquant d'enfer, ses lectures ! Une page d'espérance, une page de désespoir, c'est bien sa propre vie qu'elle va chercher dans une littérature de substitution jusqu'à se perdre dans le labyrinthe de l'oubli de soi en tant qu'impuissance.

    Les livres, elle les ouvre au hasard, elle les feuillette et puis soudain, elle plonge et les dévore dans une lecture obsessionnelle : une flamme qui finit toujours par la brûler cette lecture ; et dans ces moments-là, c'est l'éternité qu'elle embrasse, pour un temps non répertorié, un temps sans partage possible ; un temps pour sentir battre le monde avec sa veine gorgée de sang et des larmes qu'elle ne peut plus verser sur elle-même.

    Ce qu'on fait de mieux dans ce qu'il y a de pire ! D'un état ordinaire, on descend vers l'abîme, et là, les exemples ne manquent pas : amours aussi extravagantes qu'impossibles, inceste, tueurs en série, femmes humiliées, couples défaits, « La petite du Vel'd'hiv » ; des biographies qui mettent en scène des pères abusifs, des mères soumises, femmes afghanes ou africaines quand la lumière était encore sur elles, pour finir avec Proust qu'elle lit sans fin et sans force ; auteur vers lequel on se tourne une fois que l'on a baissé les bras et qu'on s'est juré de ne plus porter aucun livre - à bout de bras, justement ! -, en y cherchant dans cette lecture, sa propre terminaison, prisonnière d'une chambre tombeau, dernière sépulture de vie pour les convalescents et les agonisants de l'existence.

    Arrivée à saturation, c'est alors qu'elle chavire dans un sommeil de plomb, exténuée.

     

    ______________________

     

    Extrait du titre : "La consolation" - copyright Serge ULESKI

     

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  • "Les nuits de Paris" de Nicolas Edme Rétif de la Bretonne

     

     

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    « Les Nuits de Paris » : une œuvre de plus de 3000 pages rédigées entre 1786 et 1788 par un auteur-journaliste ("publiciste" on disait au 18è siècle) témoin d’une France urbaine et nocturne à l’aube de la chute de la monarchie ; notes dont les historiens feront des choux gras un siècle et demi plus tard. 

    Contemporain de Sade et Laclos, Nicolas Edme Rétif de la Bretonne est resté méconnu deux siècles durant. Si Sébastien Mercier auteur d’un "Tableau de Paris" de plusieurs milliers de page a devancé Rétif de la Bretonne de quelques années en tant que premier auteur d’un récit urbain à la fois mythologique et pittoresque, Rétif y ajoutera une dimension picaresque et plus important encore : un auteur-conteur, acteur, témoin, spectateur... noctambule de surcroît.

    Trait essentiel de l’originalité de ces « Nuits de Paris »  est le regard que Rétif porte sur ses contemporains. Sade le disait « écrivain poissard » … car il peignait souvent un tableau misérabiliste.

    Conteur-né, ses nuits parisiennes parfois émouvantes collent au vivant et à l’événement…à l’aise dans le quotidien et sa fiction ; et si la nuit renforce l’acuité du regard et le silence l’ouïe, notre hibou-spectateur du ruisseau – tel on le nommait -, se régale, et ses lecteurs aussi.

    Des centaines de récits courts, incisifs, d’une diversité peu commune :  tous les sujets sont traités, tous les métiers, tous les lieux publics et privés, toutes les classes des « filles du commun » aux domestiques à l’artisan, de la noblesse à la bourgeoisie, filles publics (prostituées) voleurs, escrocs, bandits, oisifs, mendiants, débrouillards,  et une Marquise , vraie ou fausse,  réelle ou fictive, (c’est la Schéhérazade des contes des mille et une nuits) ; elle sera sa première auditrice ; Rétif lui contera ses anecdotes nocturnes, fruits de ses promenades, avant de rentrer à l’aube dans son logis de la rue de la Bûcherie. Une Marquise bienfaitrice dont il sollicitera la charité et le salut pour ceux et celles qu’il prendra sous son aile au cours de  ses pérégrinations nocturnes, tel un pasteur…  ouailles  en perdition ou en grand danger de l’être, car, à ses yeux, l’action individuelle étant garante de la bonne conscience.

     

                Alors que la noblesse de province faisait monter leurs filles encore adolescentes à la cour de Versailles pour les marier (les vendre ?) aux plus offrants des vieillards moribonds, la petite bourgeoisie du coeur de Paris courait la nuit, à la lueur des bougies de leurs domestiques, à la recherche de leur fille cadette qu’un séducteur bavard et cynique déflorait à grand renfort de beaux discours et de promesses qui n'engageaient le plus souvent que celles qui les recevaient, sous les portes cochères…

    Rocambole un demi siècle avant son auteur, tantôt à l’affût, tantôt en mouvement mais sans précipitation, excepté lorsqu’il lui faut échapper à des poursuivants aussi malfamés que mal intentionnés, appelant à la garde quand les risques sont trop grands, Rétif nous rapportera un fait peu connu de cette époque : les viols collectifs en public, de jour comme de nuit, par des bandes savamment organisées lors des fêtes de rue  et des feux d’artifice qui mobilisent des foules entières ; toutes les classes s’y retrouvent : on choisit soigneusement une victime, une jeune fille de préférence mais pas toujours, on l’entoure, on l’encercle, on l’isole de ses parents ou de ceux qui l’accompagnent pour lui faire subir dans le tumulte, le bruit et la fureur des festivités de rue – cris, fusées et pétards -, tous les outrages avant de s’éclipser  sans être inquiétés.

    Précisons ici que toute l’œuvre de Rétif ne vit que par les femmes et pour les femmes, tout comme son auteur ; femmes de tous les âges et de toutes les conditions, faibles et crédules ou parfois dans la nécessité d’exercer des activités que la morale réprouve mais auxquelles la société tout entière a recours sans sourciller. Il sera souvent question de jeunes filles, abusées, meurtries ou dont la vertu en danger semble galvaniser chez Rétif un courage physique aussi rare que précieux car dans ce Paris de la fin du XVIIIe siècle, jamais les femmes du peuple et de la petite bourgeoisie auront été autant en danger ; chair à plaisir convoitée par tous les hommes  de tous les âges et là encore, de toutes les conditions : les petits Sade sont légion à cette époque ; le marquis a fait d’innombrables émules qui ne leur demanderont pas leur avis.


                 En rupture avec la tradition romanesque d’un Antoine Prévost,  ces « Nuits de Paris » n’ont pas d’histoire suivie car la diversité des récits y contribue guère ; de plus, les personnages que l’on rencontre  et côtoie avec l’auteur ont pour seule réalité, une réalité collective, quasi sociologique : toute une époque donc !


    Rétif annonce Balzac mais sans le Père Goriot ou Flaubert mais sans Madame Bovary. Pas de figures archétypales sinon des conditions de vie, des comportements et des manières d’être au monde emblématiques d’un ordre social qui appartient à la fois au passé et à l’avenir ; un avenir révolutionnaire : la noblesse déclinera avant de sombrer au profit d’une bourgeoisie qui aura pour unique exigence : que les affaires tournent ! Petites et grandes ; honorables ou affligeantes… pour les siècles des siècles... 

     

                 La rue est le domaine de la marginalité, et la nuit, celui du malheur qui accable des êtres déjà bien fragilisés ; c’est le Paris du peuple dans son entier à une époque où toutes les classes sociales cohabitent encore : la ségrégation est seulement verticale ; elle dépend de l’étage. Un Paris « occupé » par une main d’œuvre chassée des provinces par la disette ; c'est le Paris des cabarets et des coupe-gorge ; cours, jardins, escaliers étroits, Rétif ira jusqu’à pénétrer l’intimité des logements parfois à l’insu des occupants pour écouter, entendre, observer, comprendre ou bien secourir…

    Ce sera quelques dizaines d’années plus tard, le Paris de Balzac, d’Eugène Sue et d’Hugo.

    Et c’est aussi le Paris du piéton et le Paris pré-révolutionnaire même si dans ses récits, aucune révolution semble pointer le bout de son nez - il faudra se reporter à cette autre œuvre nocturne de Rétif qui porte le nom de « Nuits révolutionnaires » ; car si la nuit, tous les chats sont gris, les révolutionnaires eux cuvent leurs idées comme d’autres leur vin, et face au sommeil nous sommes tous égaux.

    C’est le Paris de l’île de la Cité, de l’hôtel Dieu, le cœur de la Capitale qui comportait alors que six arrondissements… place Maubert, rue de la Bûcherie, le Paris des imprimeurs et des libraires (Rétif était lui-même imprimeur), l’Ecole de médecine et des hurlements de femmes en couches. C’est le Marais… la rue Saintonge… les Halles, sans oublier les faubourgs : Saint-Germain et Saint-Marcel.

     

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    Les ancêtres huguenots de Rétif, sa formation janséniste à Auxerre puis à Bicêtre feront de lui l’ennemi de l’oisiveté : « la religion veut que l’on s’occupe utilement pour soi-même et pour les autres » ; volontiers sermonneur de haut de sa chaire de moraliste réaliste, rigoriste et parfois, franchement austère, sa vie privée n'aura pas été pour autant un modèle de vertu : en effet, on lui connaît une relation incestueuse avec sa fille ainée.

    Sans doute s’agit-il là encore d’une histoire de paille et de poutre et d’un « Faites ce que je dis mais pas ce que je fais ! »… pour ne rien dire d’un « Pour vous la vertu, pour moi la licence ! »

    C’est Molière qui n’a de cesse d’avoir raison.

     

                Confiant dans la science, disciple de Buffon et proche de Rousseau, les "Nuits de Paris" sont souvent éclairées des idées philosophiques et politiques de l'auteur ; chaque récit peut avoir alors pour conclusion nombre de propositions destinées à mettre fin à une carence, à une insuffisance ou à un excès dommageable pour le bien commun car, comme pour tous les honnêtes gens, l’intérêt général était  son souci premier.

    Avec Rousseau, Rétif réaffirme que le peuple est la seule réalité politique. Le Souverain n’est que le « réunisseur du Pouvoir », et le peuple la nation.

    Il craignait néanmoins les fermentations populaires : « Comme mon bras doit toujours obéir à ma tête, toute résistance des membres affaiblit  un corps.» Ni révolutionnaire ni utopiste même s’il imagina pour ses lecteurs "l’An 1888", prudent, il pensait « que l’on ne doit attaquer les préjugés du peuple qu’avec ménagement et lorsqu’ils sont réellement nuisibles ».


    Ennemi du luxe, du superflu, toujours sans le sou et endetté - les visites les plus fréquentes à son domicile étaient celles des hommes de loi, huissiers de préférence -, il pensait que le « riche » est utile aussi longtemps qu’il œuvre en faveur du développement.

    Se rangeant du côté des stoïciens - lucidité et réalisme - contre les Epicuriens – à chaque jour suffit sa peine -, une série de livres sur ce qu’il appelait «  la réformation » verra le jour aux côtés d’autres ouvrages (une quarantaine de titres) rédigés dans le souci d’une recherche d’un mode de gouvernement qui placera le bien public au centre de son action. Il était contre la propriété du sol. Il se méfiait des physiocrates et des économistes (nos libéraux d'aujourd'hui en matière économique) ; il les considérait comme des « systématiques dangereux » ; des idéologues dogmatiques.

    Il nous quittera en 1806 après avoir lancé à la cantonade : « Quand le supplice est trop grand pour le crime (et a fortiori pour un délit), on n’effraie pas (on ne dissuade pas) : on indigne. »

    Et c'est déjà la voix d'un Emile Zola.

     

    ***

     

               Entre rêve et réalité, les Nuits parisiennes de Rétif de la Bretonne - nuits en noir et blanc -, et son clair-obscur, inspireront Baudelaire, Nerval, les grands romans populaires du XIXe siècle, puis Apollinaire, Soupault, Breton, Aragon et Carco : Paris la nuit, encore et toujours…

     

               Car... « Le spectateur nocturne est aussi acteur par l’écriture, il projette son ombre sur la scène, un personnage tout nouveau : il fait alors éclater Paris dans la littérature » - Jean Varbot.

     

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  • Emma Bovary ou l’impossibilité du deuil de la transcendance

     

                  Dieu n’est pas simplement mort ; non, il s’est aussi retiré en nous laissant derrière lui l’ennui mortel, le spleen baudelairien. Arrive alors la grande dépression et une exaltation qui ne charrie ni de déplace rien d’autre que du vent : on se croit arrivé alors que l’on n’est même pas encore parti ; on n’a pas bougé d’un pouce ; c’est l’illusion du mouvement, de l’action, un surplace vertigineux : on finit par trébucher avant de sombrer sans rémission.

                  Comment identifier en nous cet infini qui, chez certains êtres, hurle à la vie, à l’action et parfois même à la mort ?

    La faculté de l’être humain de se croire autre qu’il n’est est sans limite. Fiction, réalité… mais alors, qu’est-il raisonnable d’espérer pour soi et d’attendre des autres ? Si c'est dans l’échec qu’on apprend, il n’est pas sûr du tout qu’Emma Bovary ait appris quoi que ce soit. A-t-elle seulement eu le temps ?

    Madame Bovary fut la première aux yeux du monde. Des millions d’autres -  par centaines - partageront le même sort. Tête creuse, privée de concepts pour penser cet ennui, ce vide, ce manque, son malaise, sa maladie et son remède, Emma Bovary c'est aussi l’insaisissable désir de plénitude dans un monde de canailles : et jamais ce monde n’a été aussi actuel !

     

                Charles Baudelaire misogyne et finalement conservateur, un Baudelaire libéral dans les mœurs (pour son bon plaisir en particulier avec les femmes des bordels de son siècle) mais traditionnel dans son attachement à un ordre social dans lequel d’aucuns sont nés pour commander, d’autres pour obéir, tout en haïssant la bourgeoisie issue de la Révolution française et de la révolution industrielle…

    Ce Baudelaire-là admirait Emma Bovary âme ombragée mais impulsive, passionnée, déraisonnée ; il l’opposait aux femmes intellectuelles qu’il détestait. Il voyait en Emma l’animal : pas de cerveau mais des pulsions, de l’instinct propre aux femmes qui, soit dit en passant, se font souvent « balader » par les hommes et leur baratin ; à ce sujet, la mauvaise foi aidant, il est vraiment surprenant que Flaubert n’ait pas été accusé de misogynie. Sans doute est-ce parce qu’Emma est indéfendable ; comprenez : personne ne peut vouloir lui ressembler car un tel désir signifierait un aveu d’impuissance et de sottise. Personne n’aura ce courage.

    Mais alors, cette maladie de l’ennui qui s’étendra sur toute la société ne pouvait donc être incarnée que par une femme ? Un « Monsieur Bovary » est-il concevable et pas seulement littérairement ? L’homme au masculin, cet agité du bocal et de l’action qui a le sens des affaires, le goût des sciences et qui ne peut s’empêcher de nourrir l’histoire de l’Art, cet homme-là aurait-il pu sombrer dans une mélancolie aussi médiocre que trompeuse ?

     

                    Si Madame Bovary est un archétype, en revanche, Bartleby de Melville qui voit le jour trois ans avant Emma, est bien un personnage au sens le plus plein du terme : un individu unique doté d’une conscience hors du commun. Bartleby n’est pas simplement l’anti-Bovary - lucidité et intelligence -, il est la conscience qui manquait à Emma car Bartleby avait compris que tout ce qui nous serait proposé de vivre ainsi que les conditions à réunir pour le vivre, serait frappé d’immoralité telle une faillite sans précédent qui nous condamnerait à l’anéantissement : nous tous vivants mais morts.

    Car, Madame Bovary incarne très tôt toutes les « Bovary » à naître, à vivre et à mourir. En revanche Bartleby se compte sur les doigts d’une seule main. Sans doute n'y a-t-il qu’un Bartleby par génération. Et encore ! Rien n’est moins sûr.

    Bartleby est un personnage souverain, un génie qui plus est ; Emma est esclave ; dépourvue de talent, le génie du bovarysme est à chercher chez son créateur-auteur, Flaubert, qui n’était pas, contrairement à ce qu’il a pu affirmer, Emma Bovary, même s’il semble avoir couru de près, de très près, ce risque ; celui d’un bovarysme dévastateur ; y aurait-il succombé qu’il n’aurait jamais pu alors écrire ce roman-là et tous les autres.

    Si Bartleby est plus grand, bien plus grand que son auteur-créateur, Madame Bovary est très en dessous de Flaubert. Sans doute l'auteur a-t-il créé ce personnage comme pour conjurer le mauvais sort ; « Emma Bovary » tel un roman anti-dote du bovarisme, un peu comme un vaccin qui inocule le virus pour mieux le combattre ?

    Assurément.

     

                 Les grands malheurs, ceux qui s’étendent à toute la société, commencent toujours par les petits, uniques car personnels et pourtant déjà universels dans leur caractère exemplaire. Il est vrai que cet ennui qui est aussi sans aucun doute un produit du système social et politique, cet ennui-là frappe en priorité les êtres qui n’ont pas su se trouver à s’occuper ; il faut alors que l’Etat les divertisse : patriotisme, « Enrichissez-vous bonnes gens ! », la guerre, la haine et le bouc-émissaire, l’envie qu’il ne faut pas confondre avec le désir ; le désir c’est devenir qui on est ; la convoitise, c’est convoiter l’autre. Nuance importante.

    Bien avant les Rolling-Stones qui ont poussé le grand cri de l’insatisfaction sans toutefois nous l’expliquer, René Descartes, dans une de ses méditations, avait des choses profondes à dire à ce sujet.

    Insatisfaction permanente, mélancolie médiocre accoucheuses de rien - ce rien bien moins que rien aujourd’hui excepté pour des psys aux élans médiatico-mystico-pantoufle qui se font grassement rémunérer -, difficile d’être lucide quand on est incapable d’une telle exigence envers soi ; la tromperie du bovarysme touche autant soi que les autres car dans le « bovarysme » tout est erreur de jugement ainsi qu’erreur de discernement. Emma l’apprendra à ses dépens.

     

                   

                                              Madame Bovary de Claude Chabrol - 1991 : l'agonie.

                      Agonie cruelle et interminable d'Emma Bovary : Prémonitoire, est-ce là tout notre siècle malade que vomit Emma ?

     

    ***

     

                      Il n’a pas de vie banale ni de destin obscur qui méritent que l’on se méprise avant de se méprendre. Il n’y a que la beauté d’une existence conforme à sa propre existence dans un environnement tout aussi en accord. Une existence vraie dans un environnement qui ne ment pas car la vérité, le vrai c’est la définition même du beau : une belle existence est une existence vraie loin de toute considération quant à la réussite matérielle.

                     L’idéal amer a eu raison d’Emma qui a voulu vivre alors qu’elle aurait dû se contenter de rêver : la littérature - le roman en particulier - soutenue par un lectorat majoritairement féminin, c’est fait pour ça après tout ! Et pas seulement les romans de gare.


    Artistes peintres, auteurs, musiciens… pour ceux-là, c’est l’Oeuvre qui les sauve. Sans talent, sans don, Madame Bovary était donc condamnée très tôt. Artiste, elle aurait survécu à son malheur. Sans œuvre, elle se condamnait à une fin tragique, le suicide, pour ne pas avoir à affronter la honte d’un fourvoiement pathétique et ses conséquences : les assumer aurait été au-dessus de ses forces ; la honte d’une trahison imbécile aussi (avoir trompé son mari et son monde pour en arriver là !), trahison stérile, en pure perte, sans profit ; trahison idiote qui ne vous laisse rien, démunie ; la nature de cette trahison-là  y est pour beaucoup dans cette décision d'en finir avec sa vie, sa maigre vie. N’en doutons pas un seul instant : il y a des chutes peu glorieuses qui frôlent le pathétique ou bien pire encore : l’indifférence. Des chutes pour rien. Encore le rien ! On n’a alors qu’un souhait, qu’un désir, un seul impératif absolu : s’effacer, disparaître et si possible dans une souffrance spectaculaire comme pour en mettre plein la vue une dernière fois à un entourage que l'on sait déjà perdu et bientôt hostile : un plus grand mal comme moindre mal , le sien propre avec l'espoir d'y faire naître un peu de mansuétude ?

    Après tout, on ne fait pas de procès à un mourant.

     

                      Jamais le réalisme en littérature aura autant servi la fiction d’une représentation de soi ; plus Emma s’égare, plus le monde réel s’impose à elle et au lecteur ainsi qu’à l’auteur. A quel moment nous est-il donné de plaindre Emma Bovary ? A quel moment décide-t-on de céder à la compassion, d’accepter de faire un bout de chemin avec elle dans sa déchéance ? Difficile d’identifier ce moment. Et puis, le lecteur se décidera-t-il à céder à cet élan compassionnel ? Emma Bovary manque décidément de qualités humaines. Et ça n'aide pas. L’auteur alors ? Rien ne l’indique. Flaubert clôt son roman, tire le rideau, boucle ses valises sans état d’âme même s'il n'épargne personne ; sur Emma Bovary et la société qui l'entoure, il nous propose le regard clinique de l’ethnologue doublé d’un sociologue. Il n'y aura personne à sauver même pas Charles Bovary, l'époux, le double d'Emma, son alter-égo dans la sottise. Et ça, c'est déjà un parti pris, voire... une déclaration de guerre au genre humain.

    Flaubert misogyne et misanthrope ? Il récidivera à deux reprises avec "Bouvard et Pécuchet" et "L'éducation sentimentale".

     

                    Mais au fait, qui sommes-nous ? Qui est Madame Bovary ?

                    Fatiguée, usée par une grande énergie illusionniste d’un matérialisme responsable d’un bon nombre de déséquilibres (psychologiques et autres), d'un "romantisme à la manque" Madame Bovary n’aura convaincu hélas personne. Dans cet ouvrage, l’Europe ne saura pas y lire un avertissement au siècle à venir ; le personnage était encore trop vert sans doute ; il manquait de maturité ; à moins que ce ne soit ses lecteurs.

     

    ***

     

    bovary.jpg

                     Cent cinquante ans ont passé.

                     Trop-plein, harcèlement consumériste, autoritarisme des modes, saturation, impasse écologique et ontologique, l’illusion lève le voile. Le miroir cesse de mentir. La grande dépression touche à sa fin. Emma Bovary sort de son cauchemar ; elle a retrouvé les premiers étonnements de l’enfance : c’est la re-découverte des saisons qui se succèdent et c’est aussi la plénitude du fait d’être au monde, tout simplement ; c’est la belle simplicité du beau et du simple conformes à leur objet qui nous rappelle que la feuille n’est pas la branche ; la branche le tronc. La force n’est pas tout ; le frémissement du plus faible a autant d’importance que l’immobilité mastodonte du roc. Et puis, qu’on n'oublie pas que l’arbre ne pourrit pas toujours par ses racines.

                    Née en 1856, déjà à l'agonie dès les premiers jours de sa naissance, Emma Bovary qui, pour son malheur, ne connaissait pas les bienfaits de la contemplation heureuse car prudente, meurt épuisée après un siècle et demi de souffrances bien inutiles. C’était couru d’avance : s’ouvrir à l’infinité des possibles quand on peut tout juste mettre un pied devant l’autre… quelle idée folle !

    Malheur métaphysique d’une modernité jamais démentie, il semblerait que ce malheur ait aujourd’hui atteint enfin son épuisement. Le mal est bel et bien identifié ; la guérison peut donc commencer. Et puis...

     

                      

     

                  "Romantisme à la manque" disions-nous à propos d'Emma Bovary ?

                   Que celui ou celle qui n'y a jamais cru un jour, même une heure, lui jette la première pierre.

     ______________

     

    Pour prolonger, cliquezPenser le 21e siècle avec Emma Bovary

     

     

     

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  • George Steiner : un diamant d'intelligence

     

    9782070126927

                "Un souci extrême de la vérité cache très certainement une passion dévorante pour le mensonge. Quant à savoir comment l'esprit se masque lui-même cette probabilité...

    Dominer cette dualité, c'est être envers soi-même un agent double, c'est se nourrir à un ultime degré d'ironie à la fois juvénile et raffinée, de la trahison de soi-même."

     

    George Steiner à propos de l'historien et critique d'art Anthony Blunt, espion britannique, agent double au profit de l'URSS.

     

               

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    Ecrivain anglo-franco-américain, né à Paris le 23 avril 1929. Théoricien de la traduction, expert en littérature comparée et docteur honoris causa d’un grand nombre d’universités de par le monde, George Steiner est plus connu du grand public comme essayiste, critique littéraire et philosophe.

     

     

                  Sur Soljenitsyne...

    Sciemment ou non, quiconque offre une explication diagnostique, si pieuse, voire réprobatrice soit-elle, érode, aplanit jusqu'à vouer à l'oubli l'irrémédiable concrétude de la mort sous la torture de tel homme ou de telle femme, de la mort de faim de cet enfant-ci. La sainteté du détail infime obsède Soljenitsyne. Comme chez Dante, les noms propres sortent en cascade de sa plume. Si nous voulons prier pour les torturés à mort, il le sait, nous devons mémoriser leurs noms et les articuler, par millions, dans un incessant requiem de nomination.

     

                  A propos de l'oeuvre de Graham Greene...

    Greene sait que le plus esseulé des hommes est celui qui n'a point de secret - ou, plus exactement, qui n'a personne auprès de qui trahir un secret.

     

                  Thomas Bernhard : Vienne et l'Autriche...

    Le pays, la société, qu'il a mille fois raison de fustiger pour son passé nazi, sa bigoterie et ses risibles autosatisfactions est aussi le berceau et le cadre d'une large part de ce que la modernité compte de plus fécond et de plus significatif. La culture qui a accouché d'Hitler a aussi nourri Freud, Wittgenstein, Mahler, Rilke, Kafka, Kraus, Broch, Musil...

     

    George Steiner - Serge ULESKI.jpgAprès la chute du mur de Berlin...

    Seule la violence tyrannique peut étouffer l'égotisme humain, l'appétit de gaspillage et d'ostentation. Et ceux qui exercent cette violence se flétrissent à leur tour dans la corruption. Cette connaissance nous diminue car, elle amplifie le beuglement de l'argent.

     

     

    Naturellement, il n'est pas insignifiant que Steiner soit un lecteur fabuleusement savant, qu'il parle couramment plusieurs langues et qu'il soit aussi à l'aise pour disserter de Platon, Heidegger et de Simone Weil que pour nous entretenir de Fernando Pessoa ou d'Alexandre Soljenitsyne (Robert Boyers - en introduction à l'ouvrage " Chroniques du New Yorker).

     

                 Sur B.B, plus connu sous le nom de Bertolt Brecht...

    Aucun poète lyrique, aucun dramaturge, aucun pamphlétaire n'a donné une voix aussi perçante aux hymnes à l'argent, n'a rendu plus tangible la puanteur de la cupidité.

     

                 Et puis cette longue élégie, cette souffrance amoureuse pour un peuple martyr...

    L'histoire russe est faite de souffrances et d'humiliations presque inconcevables. Mais le tourment comme l'abjection nourrissent les racines d'une vision messianique... jusqu'à se traduire dans l'idiome du slavophile orthodoxe ou dans le sécularisme du communisme. Le seul fait que la Russie ait survécu sous un Staline, comme sous un Ivan le Terrible témoigne d'une étrangeté de destinée créatrice ; et tous les grands écrivains russes sont là pour en témoigner.

     

                   Sur Céline...

    La haine chez Céline est le ressort de l'imagination, du déchaînement d'éloquence. D'ordinaire la haine a le souffle court mais chez une poignée de maîtres une misanthropie enragée, une nausée à la face du monde engendrent de grands desseins. Le monotone de l'abomination devient symphonique. Mettez "l'homme" là où une formule insensée indique "le y...pin", et vous aurez chez Céline des passages d'une grandeur biblique.

     

                 Au sujet du "couple" de Gaulle-Malraux...

    Pour l'un comme pour l'autre, la vie était essentiellement affaire de style. Tous deux avaient une conscience presque sensuelle des grands mouvements de l'éternité. En de Gaulle, Malraux reconnut l'incarnation suprême du "pouvoir comme geste imaginatif". En Malraux, de Gaulle perçut un témoin idéal et le mémorialiste de son propre scénario de grandeur (La condition humaine, L'espoir...).

     

               Soudain, une apparition-recension d'outre-tombe : Celan

    La syntaxe est comprimée dans une sorte de tension implosive. Les modificatifs, les détours pronominaux, les conjonctions  qui ont donné au discours occidental moderne sa fluidité logique, son ouverture à la compréhension et à la paraphrase sont finement éliminés au burin. Celan frappe d'anathème la causerie qui est le contraire du "dire".

     

                Et d'autres encore... Simone Weil, Russel, Canetti, Koestler, Foucault...

     

                 Plus de cent trente articles écrits par George Steiner pour le prestigieux magazine américain The New Yorker entre 1967 et 1997.

     

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