Mesure d'audience ROI statistique webanalytics par litterature"WebAnalytics"

Avertir le modérateur

Littérature et essais ad hominem

  • Penser la littérature aujourd'hui avec Louis-Ferdinand Céline

     
                  La réédition des écrits antisémites de l'auteur de Voyage au bout de la nuit est annoncée par Gallimard. Le premier ministre de Macron soutient cette initiative : "On ne peut ignorer la place centrale de Céline dans la littérature française (il aurait pu rajouter .... " dans la littérature mondiale") ; l'avocat Serge Klarsfeld (chasseur infatigable de nazis aujourd'hui le plus souvent centenaires), s'indigne.
     
                  Pour et contre cette ré-édition... un homme a tranché, un homme et une voix,  il y a longtemps déjà : "La haine chez Céline est le ressort de l'imagination, du déchaînement d'éloquence. D'ordinaire la haine a le souffle court mais chez une poignée de maîtres une misanthropie enragée, une nausée à la face du monde engendrent de grands desseins. Le monotone de l'abomination devient symphonique. Mettez "l'homme" là où une formule insensée indique "le y...pin", et vous aurez chez Céline des passages d'une grandeur biblique..." - Georges Steiner
                                                                                  

                                                                   
                                                                                                              

    _________________

     

                     Louis Ferdinand Céline ou la littérature de l'échec et du trauma

     

                 Si derrière un auteur et son œuvre, on trouvera toujours une blessure, quelles interprétations donner à la haine célinienne, et pas seulement dans les pamphlets (1) ?

    D’aucuns s’interrogent sans fin, les raisons à la fois inavouables et inconscientes de cette haine semblant échapper à l’auteur lui-même qui, sur le fond, ne s’en excusera jamais : « J’ai eu le tort de l’ouvrir ; j’aurais mieux fait de rester à ma place. Mais aujourd’hui encore, je défis qui que ce soit de m’apporter la contradiction sur ce que j’ai pu écrire à cette époque ».

                Qu'à cela ne tienne ! Rien ne remplace une biographie ! Celle de l’enfance ; sans oublier, en ce qui concerne notre auteur, la généalogie de la famille Destouches.                                                       

    _________________ 

     

    céline,politique,actualité,littérature,auteurs,livres,ulesk

                 Fils de Fernand Destouches issu d'une famille de petits commerçants et d'enseignants, et de Marguerite Guillou, famille bretonne venue s'installer en région parisienne pour travailler comme artisan…

    Le Père de Céline, homme lettré mais incapable d'épargner à sa famille la hantise du prochain terme à payer (hantise qui sera très longtemps aussi celle de Céline) était opposé aux études, gardant à l'esprit sa propre expérience : "Les études, c’est la misère assurée » disait-il à son fils".

    Une mère dentellière, travailleuse indépendante qui vivra péniblement de son métier et de sa boutique…

    Lourd de sens, Céline ajoutera : « On a toujours été travailleurs dans ma famille : travailleurs et bien cons ! » (c'est là le fils d'une mère artisan et d'un père déclassé qui s'exprime, et non un fils d'ouvrier ; distinction importante).

    Certificat d’études en poche, un rien désœuvré, Céline s'engage dans l’armée très tôt, même si, en 1919, il reprend le chemin de l’école, passe son Bac - il a alors 26 ans -, avant d’embrasser la médecine, sa véritable vocation dès l’enfance ; il se dit « guérisseur dans l’âme ». Il étudiera la médecine dans les livres, seul, le soir, tout en travaillant le jour, même si jamais cette médecine ne lui permettra de joindre les deux bouts (… de payer son terme) ; il fermera son cabinet de Courbevoie très vite après son ouverture – fait lourd de conséquences.

    Céline conjurera ce qui n’est pour l’heure qu’une déconvenue, en se lançant dans l’écriture, et entreprendra un long, un très long Voyage (2)

    Il poursuivra sa vocation de médecin auprès des pauvres – dans les dispensaires -, non pas par charité mais, de par son appartenance sociale et après l’échec de son installation à Courbevoie, Cécile ne pouvait en aucun cas prétendre à une meilleure situation et à une autre clientèle.

                                                                                     

    ***

     

    céline,politique,actualité,littérature,auteurs,livres,ulesk

                 Sur un plan générationnel, Céline demeure un pur produit de la France de l’après boucherie de 14-18, avec le traumatisme de la trahison de l’espoir et les humiliés de Bernanos ; génération sacrifiée dont nul n’attendait le meilleur ; l’époque l’interdisait : elle n’en avait plus besoin (à ce sujet, difficile de ne pas penser au père de Céline). Aussi, ce meilleur dont l’époque ne savait que faire, cette génération l’a accumulé jusqu’à devenir une force. Et quand cette force s’est libérée, de quoi a-t-elle accouché ? De quelles actions vertueuses ? Ou bien, de quels desseins monstrueux pour avoir trop longtemps macéré dans la frustration, le ressentiment, l’impuissance, la retenue et le dépit ?

    Cette force a alors donné naissance au pire qui est souvent, en littérature, le meilleur.

               Céline se dit athée et mystique ; craignant sans doute tout autant l’étiquette d’humaniste que celle d’anti-humaniste, il revendique le fait de ne pas s’intéresser aux hommes mais aux choses. Ecrivain et chroniqueur, pour Céline, écrire c’est mettre sa peau sur la table : la grande inspiratrice, c’est la mort ; à la fois risque et certitude que cette mort.

    Craintif, très certainement dépourvu de courage physique (3), homme sans joie, chez Céline, le vulgaire, c’est l’homme qui fait la fête ; l’homme qui souffre est seul digne de considération ; et pour cette raison, rien n’est plus beau qu’une prison, puisque les hommes y souffrent comme nulle part ailleurs. Et son Voyage s'en fera largement l'écho... jusqu'au bout de la nuit...

                 Nuit noire... pour une littérature de l'échec et du trauma : échec en tant que médecin (sa seule véritable vocation : on ne le rappellera jamais assez !) ; échec de la mère de l'auteur qui mourra épuisée et aveugle à l’ombre du ressentiment d’un mari déclassé ; trauma de la première guerre mondiale.

                 Avant de mettre le feu à la littérature,  l’exercice de cette médecine qui ne le mettait nullement à l’abri du besoin a sans doute pu contribuer à son dégoût plus social qu’humain (Céline n'a pas toujours su faire un tel discernement) pour cette organisation de l'existence dans laquelle on ne fait décidément que l’expérience de l’échec car, dans les années trente, nonobstant le succès littéraire de son Voyage (à la fois succès commercial et succès d’estime), Céline devra faire face à un nouvel échec : celui de son intégration sociale malgré sa tentative désespérée de rallier à lui les classes dominantes - ou pour faire court : toutes les forces qui combattront le Front Populaire -, à coups de pamphlets antisémites et plus encore, pendant l’occupation, en commettant l’erreur (4) de soutenir un régime et une idéologie par avance condamnés à l’échec.

    Encore l'échec !

                                                                                              

    ***

     

    céline,politique,actualité,littérature,auteurs,livres,ulesk

                         Céline n’a jamais vraiment quitté son milieu familiale ni sa classe : il n'a jamais cessé de "penser" comme elle ; il n’a jamais su s’en affranchir. L’aurait-il fait… nombreux sont ceux qui affirment qu’il nous aurait privés d’une œuvre incomparable. Certes ! Mais... échec après échec, ne sommes-nous pas aussi tout ce que nos prédécesseurs et nos contemporains ont tenté d'accomplir ? Pays, Etats, régimes, nations, continents, cultures, individus, seuls ou bien en grappes indissociables, nous tous, n'héritons-nous pas de leurs échecs comme de leurs réussites ?

    Si, pour citer notre auteur, l'amour, c'est l'infini mis à la portée des caniches, Céline n’a jamais cessé d’être ce caniche et tous ses personnages avec lui ; personnages pour lesquels le calice de la réussite est passé loin, très loin d'eux ; calice qu’il ne leur a jamais été permis d'entrevoir, encore moins de saisir, eux tous pourtant à la tâche, jour après jour, indéfectibles, comme d’autres... au temple, zélés et fervents...

    Choisissant alors de retourner toute la violence de son échec et celle d'un déterminisme social dont les parents de l'auteur furent les victimes muettes et résignées, non pas contre lui-même - ce qui nous aurait privés de son œuvre -, mais contre ses contemporains ; et les "heureux élus" auront pour noms : les plus faibles pour commencer - les pauvres qu’il a soignés sans profit ; puis la communauté juive – communauté incarnant la réussite sociale ; et en médecine, cette communauté n’était pas la dernière à s’imposer non plus…

    Violence donc… bientôt étendue à toute la société ; et pour finir : à tout le genre humain.

                                                                                    

    ***

     

                 N’en déplaise à Nietzsche :  et si le ressentiment à son paroxysme qu'est la haine était le sel de la terre, un moteur créatif sans rival et qui ne cessera jamais de nous surprendre ? Après Matthieu, Céline accouchant d’un évangile d’un nouvel ordre : un évangile vengeur... même privé d’une revanche digne de ce nom.

    Mais alors, Céline aura-t-il été de ceux qui, à leur insu semble-t-il, auront longtemps poursuivi en vain une quête qui cachait un besoin insatiable d'absolu à la racine duquel on trouvera très certainement une recherche effrénée de leur propre salut ?


    _________________________

     

    1- On ne le précisera jamais assez : la haine célinienne est déjà bien présente dans "Voyage au bout de la nuit".

    2 - Il se vantera d’avoir écrit son "Voyage au bout de la nuit"… avec pour seul souci : être à l’abri du besoin, assuré qu’il était du succès de son récit : « cet ouvrage, c’est du pain pour un siècle de littérature, le prix Goncourt assuré pour l’éditeur qui s’engagera ».

    Céline avait vu juste : ce sera le succès, mais le prix Renaudot pour consolation.

    3 - Sa courte expérience de la guerre 14-18 aurait-elle révélé chez Céline des manquements - tel que le courage ou la solidarité ?! - face à ses non-compagnons d'armes, zélés jusqu'à la bêtise d'un patriotisme et d'une mort sans profit pour eux ; manquements qui ont très bien pu ternir l'image qu'il avait de lui-même et du genre humain et qu'il ne se serait jamais pardonné ; d'où un sentiment de culpabilité dont il lui a fallu, pour survivre... se libérer en imputant ces manquements à tout le genre humain : lâcheté, naïveté, fanatisme et bêtise incommensurable chez les plus humbles et les plus modestes ?

    4 - A la décharge de l'auteur... on précisera : erreur due à l’absence de culture politique et historique au sein d’une classe dépourvue des outils conceptuels propres à la compréhension de l’organisation d'une société.

    On pensera aussi au suicide social d'un Céline pour qui le peuple n'est qu'une masse sans forme et sans distinction "... dont le sadisme unanime procède avant tout d'un désir de néant profondément installé dans l'Homme... une sorte d'impatience amoureuse, à peu près irrésistible, unanime, pour la mort" et à ce sujet, il semble que Céline ait partagé ce désir et cette impatience.

                 Pour ce qui est de l'idée de décadence qu'il partageait avec Drieu la Rochelle, entre autres, ne l'a-t-il pas épousée comme personne cette décadence en soutenant un régime décadent par excellence : celui des Nazis ?!

    Quant à ce monde dans lequel il n'y aurait rien à sauver, Zola dont Céline aurait très bien pu être le fils naturel - il en avait toutes les dispositions -, n'a-t-il pas su, dans le ruisseau de la condition humaine y chercher et y trouver de l'espoir et parfois même, du sublime ?

    Céline choisira « l’Assommoir » comme référence - titre qui convenait tout à fait à l’idée qu’il se faisait des pauvres en général, et des ouvriers en particulier -, omettant sans doute volontairement « Germinal » ; lui pour qui rien ne devait germer, jamais, de l’espèce humaine mais bien plutôt, pourrir.

               Au sujet de Zola, se reporter au texte de Céline : Hommage à Zola - Médan octobre 1933

     

    ____________

     

    Pour prolonger, cliquez : Marc-Edouard Nabe sur Céline

    Lien permanent Catégories : Littérature et essais ad hominem 0 commentaire
  • Autour du marquis de Sade : complaisance et omissions

           

                  « Célébration » du bicentenaire de la mort de Sade, exposition au Musée d’Orsay… manifestement, on n’en a jamais fini avec Sade ! Il va, il vient ; des universitaires,  des chercheurs, des auteurs  et autres « animateurs culturels médiatiques » nous le rappellent régulièrement à notre bon souvenir.

     


    Conférence inaugurale "Sade. Attaquer le soleil... par musee-orsay

     

                   Le 17 octobre 2017 à 12h - Auditorium du musée d'Orsay - ouverture de la conférence de presse : Annie Le Brun, écrivain, et Laurence des Cars, directrice du musée de l'Orangerie, toutes deux commissaires de l'exposition, discutent de Sade. 

    Annie Lebrun aura ces mots : « Sade, c’est un changement de sensibilité

                      Tout est dit. Nous sommes maintenant prévenus.

     

    _________________

     

    sade,bicentenaire de sade,littérature,pornographie,érotisme,sociopathe,sadisme,musée d'orsay,la philosophie dans le boudoir,sade attaquer le soleil,angot christine,célinephoto - copyright Serge ULESKI

     

     

               Mais au fait, qui est Sade ?  Et qui sont celles et ceux qui s’évertuent à le faire exister tout en omettant soigneusement de préciser que Sade était un pornographe grapho-maniaque, sociopathe et tortionnaire ?

              sade,bicentenaire de sade,littérature,pornographie,érotisme,sociopathe,sadisme,musée d'orsay,la philosophie dans le boudoir,sade attaquer le soleil,angot christine,céline

     

     

    C’est tout le sujet de l'ouvrage Marquis de Sade - complaisance et omissions dont toutes les citations (en italique) sont extraites de  « La philosophie dans le boudoir » qui a pour auteur Donatien Alphonse François de Sade, tantôt comte, tantôt marquis : l'ouvrage est disponible ICI chez Amazon.

     

     Bonne lecture à toutes et à tous.

     

    ***

     

    Extrait :

     

                    De Noëlle Châtelet, Laurence des Cars… philosophe, auteure… à Annie le Brun, commissaire générale de l’exposition 2014 « Sade. Attaquer le soleil » au musée d’Orsay, en passant par Catherine Millet de la revue Artpress, depuis Simone, la « de Beauvoir », femme enrubannée, Sade n’a pas cessé d’exercer sur la femme lettrée de la bourgeoisie une fascination emprunte d’un intellectualisme mondain complaisant, bavard et souvent creux.

    Certes ! Nous ne sommes pas complètement dupes : célébrer  le Marquis de Sade quand on est une femme, n’est-ce pas le signe d’une tolérance à toute épreuve et d’une maturité accomplie ? L’entourer de ses soins, n’est-ce pas affirmer que l’on a fait la paix avec le sexe opposé mais néanmoins ami ? Et puis, n’est-ce pas finalement et tout simplement à la fois gratifiant et « fashion » - un snobisme « germanopratin » y jouant un rôle certain -, de prendre sous son aile ce petit marquis victime  des sentences d’excommunication d'un régime, d'une société, d'une organisation de l'existence qui n’auraient rien compris à ce chérubin bouc-émissaire d’un siècle étriqué et liberticide ? 

              Les femmes de la bourgeoisie ont Sade ; les filles et les femmes de la classe ouvrière, le magazine « Détective » et les biographies des tueurs en série étasuniens de préférence, de gros pavés de 700 pages traduits de l’américain ; il est vrai que comparés à ces tueurs (jusqu’à 60 victimes sur toute une vie), nos tueurs en série à nous européens, ne sont que des artisans, voire des amateurs ; normal ! Ces tueurs étasuniens appartiennent à la première puissance au monde destructrice de l’environnement, de la culture et des nations.

               Revenons aux lectrices de Sade. Qu’est-ce à dire ? Ces femmes de la bourgeoisie contemporaine seraient-elles férocement attirées par les conduites sadiques ? Ces femmes lettrées rejoindraient-elle Sade dans son opinion à propos des femmes et de leur cruauté ? Cruauté non assumée le plus souvent ; d’où leur repli sous l'ancien régime et après,  vers des œuvres de charité pour conjurer un penchant auquel le siècle de Sade n’offrait plus d’exutoire, voire de bouc émissaire, depuis la fin des jeux de la Rome antique ?

    Mais... motus et bouche cousue de ces femmes sur ce sujet : pas un mot pour ou contre. Il est vrai qu’il y a des pages qui se tournent précipitamment pour en lire d’autres, sans doute moins dérangeantes.

              Les hommes, en revanche, n’ont que peu de temps à accorder à Sade, mais un peu plus de temps quand même s’ils sont payés pour ça : universitaires et chercheurs. Car très vite, ils s’y ennuient : ce que Sade a en partie fantasmé, en partie exécuté, ce avec quoi il s’est amusé, et ce à quoi il consacré son existence, les hommes l’ont mille fois approché, dompté et apprivoisé avant de s’en débarrasser d’un haussement d’épaule salutaire ; certains ricanent même à la lecture de Sade car ils n’en croient pas un mot : Justine - cette œuvre subversive car obscène, et seulement pour cette raison -, peut bien souffrir à longueur de pages, non, elle ne souffre pas… pas vraiment du moins ! Il n’est question que d’un auteur, Sade, qui tente de nous épater - plus esbroufeur que Sade, vous ne trouverez pas ! -, tout en cherchant une issue à ce labyrinthe, principalement mentale qu'est son existence  - en effet, Sade c’est une expérience existentielle principalement fantasmatique, voire fantasmagorique -, dans laquelle il se débat et se noie un peu plus chaque jour ; gigantesque cul-de-sac et prison tout à la fois.

              Les femmes soutiennent Sade, c'est sûr ! Renée-Pélagie de Montreuil, son épouse, ne fut d’ailleurs pas la dernière à tenter de le sauver des années durant ; aujourd'hui, les femmes le portent encore à bout de bras tentant de le sauver quand tous l’abandonnent ; elles y reviennent toujours, génération après génération, la mère, la fille… elles le ressuscitent quand l’oubli menace,  tout en le redoutant quand même un peu, lui et ses turpitudes, hallucinées, car Sade c’est le serpent pourtant aveugle qui vous fixe du regard et vous cloue sur place ; sa langue frénétique qui ne connaît aucun repos - son dard, son sexe ? -, vous jauge, puis, à la vitesse de la lumière, vif comme l’éclair, plus rapide encore que le sabre d’un Samouraï qui tranche une gorge, une tête, un membre, il frappe. Et c’est alors qu’elles l’ont « dans le cul » ! Dans le sens de « se faire avoir » ; ce qui signifie : ne pas goûter à ce à quoi elles pouvaient raisonnablement craindre de devoir se soumettre ; car Sade et « sa philosophie-lupanar », philosophie fourbe qui frappe toujours par derrière, c’est aussi un grand bluff, un gigantesque bluff.

             Oui ! Les femmes lettrées de la bourgeoisie contemporaines courent après Sade comme on court après ce qui ne vous rattrapera jamais, dans une vie hyper-sécurisée ; alors… elles courent… histoire sans doute de côtoyer, sur le papier, ce à quoi elles n’auront jamais la malchance d’être confrontées : à l’arbitraire et à l’humiliation des dominés, pour ne rien dire d’une cruauté sans regrets et sans remords, tout en n'oubliant pas aucun des sévices du catalogue de notre marquis et aucun des instruments de sa panoplie non plus.

    Voyez l’auteure Christine Angot venue à la littérature par l’inceste et qui n’a, dans les faits, rien compris à Sade et ses lectrices très très majoritaires non plus. Rien de surprenant à cela, Angot n’a pas les bons diplômes – Agrégation, doctorat -, et ne fréquente pas les réseaux appropriés ; plus navrant encore : elle n’est pas issue de la bourgeoisie mais de la petite classe moyenne, très moyenne, de la province ; car seule la bourgeoise - lettrée et d’affaires - porte Sade en elle ; sans jamais vraiment se décider à l’accoucher, elle le garde au chaud, elle le trimballe dans ses valises depuis deux siècles, des mouroirs de la première Révolution industrielle à la Grande guerre ; patrons et Généraux pour décider de qui montera au front, sous le feu et qui en sera exemptés, disposant d’un quasi droit de vie et de mort sur toute une population de pauvres bougres et autres hères à la merci : des classes dures au labeur qui, chaque matin, assument le principe de « réalité »  d’un monde de production et d’optimisation de la ressource humaine – bras, jambes, sueur et sang.

    L’auteure Angot et ses lectrices croient comprendre que Sade c’est une histoire de vocabulaire : soyez crus, appelez un chat un chat et vous ferez du Sade ! « Bite » et « con » ; dans la cour d’une école primaire : « pipi et caca » ! Un peu comme ces auteurs qui croient qu’il suffit d’être antisémites pour faire du Céline, alors que la folie de ce marquis de Sade désœuvré prend racine dans le fait qu’il ait pu penser un instant qu’il soit possible, souhaitable et hautement louable même d’être « Sade »  et de le clamer haut et fort, tout en revendiquant une impunité totale ; folie qui ne trouvera jamais sa cure de son vivant, même si, depuis, ses lecteurs et tous les travaux à son sujet, lui ont sans doute permis de trouver un peu de repos, là-haut, de là où il nous observe tous. Et l’on peut raisonnablement craindre qu’il ne soit hilare en lisant une partie de la production qui lui est consacrée.

            Sade a beaucoup écrit. C’est vrai. Grapho-magniaque Sade ? On serait tentés de le penser : des milliers de pages… répétitives car, avec Sade comme avec Wagner et Nietzsche, il est toujours question d’un éternel retour : le retour éternel de Sade qui ne lâche pas l’affaire… la grande affaire… l’affaire de sa vie ! Et c’est alors que Tristan et Iseult cèdent la place au couple "domination-humiliation", "foutre et merde". De plus, accordons à Sade le fait qu’il aura été sans doute le seul auteur dont la folie  - une folie irrémissible -, a eu comme première manifestation la plume car il n’a rien gardé pour lui le marquis ! Il a tout écrit, tout partagé ; il nous a tout livré en pâture et en vrac. Alors que le problème d’une Catherine Angot, pour en revenir à cette dernière, n’est pas la folie car n’est pas fou qui veut, mais son seul souci : vendre des livres en écrivant des livres qui se vendent.

     

                                    L'ouvrage ICI chez Amazon.

     


    Francis Cousin à propos de l'oeuvre du Marquis...

     

    Lien permanent Catégories : Littérature et essais ad hominem, politique, quinquennat Hollande et PS 0 commentaire
  • "La lettre au père" de Franz Kafka : la menace de l'ennemi de l'intérieur

    actualité,société,lettre au père de franz kafka,littérature sur internet,père tyrannique,la métamorphose de kafka,le château de kafka,le procès de kafka,prague et kafka,empire austro-hongrois,le procès version cinématographique d'orson welles avec anthony

                                    Une des rares photographies d'un Franz Kafka souriant

     

    ________________

     

                   Cette lettre écrite en 1919 (cinq ans avant la mort de l'auteur âgé alors de 37 ans) et destinée au père de Franz Kafka (1) est sans aucun doute à la fois un témoignage et un véritable réquisitoire contre un homme, un seul qui demeurera au centre de l’œuvre de l’auteur. Réquisitoire qui ne sera jamais remis à son destinataire. Dans le cas contraire, quelle aurait été la réaction de ce dernier ? On ne le saura jamais.

    C’est maintenant établi, enfant, Franz Kafka n'a pas seulement vécu dans l’ombre de son père mais sous sa terreur ainsi que ses soeurs ; une fois adulte, c’est ce même père qui n’aura de cesse de se tenir dans l’ombre de son fils, penché sur son épaule, à l’affut, telle une terreur certes contenue au fil des ans mais pas moins indéfectible pour autant.

    Le procès de ce père restera à jamais en suspens même si l’œuvre à venir de Kafka mettra en scène un véritable système de répression arbitraire dans lequel tout le monde est en faute et là où nul ne doit se sentir en sécurité : niveau de confiance, capacité à garder une estime de soi, contribution à la création de valeurs, construction identitaire… système au sein duquel toute sécurité ontologique est donc inenvisageable avec pour conséquence : défiance de soi-même, peur perpétuelle des autres, perte de confiance dans ses propres actes.

    Telle fut l’identité ontologique de Franz Kafka selon l’aveu de l’auteur lui-même.

    Qui suis-je ? Que puis-je espérer devenir ? Qui décidera de quoi ? Kafka n’aura pas toujours les moyens de répondre à ces trois questions, et pour cause :

     

                 «  Quand j’entreprenais quelque chose qui te déplaisait et que tu me menaçais d’un échec, mon respect de ton opinion était si grand que l’échec était inéluctable. »

    C'est Kafka qui s'adresse à son père.

     

                     L'auteur perdra très tôt le sens de la famille, prenant ses distances, dans le but illusoire de s'en détacher ; son activité littéraire devait faire partie de cette tentative de détachement, de fuite et d'indépendance : cette entreprise restera inachevée car on n’échappe pas aux conséquences d’une enfance à ce point brutalisée : une dépendance émotionnelle de chien battu sera toujours tentée de revenir alors vers son maître… comme aspirée pour une force qui n’admet aucun jugement ni abandon.

    Un Franz Kafka écrasé donc, jusqu’à se trouver lamentable, par la simple existence physique du père qui restera insensible à la souffrance de ses trois enfants dont un garçon en particulier : l'auteur.

    Avec un fils qui, par sa personnalité et son caractère, blessait le sentiment de la propre valeur du père comme une remise en cause de cette dernière à chacune de ses respirations, naîtra de cette expérience limite, un sentiment d’illégitimité d’être au monde qui culminera dans trois œuvres : « La métamorphose » dans laquelle Franz se fait tout petit, insignifiant, insecte ; « Le procès » (2), œuvre onirique dans laquelle la vie devient un véritable cauchemar en rêve ; délire paranoïde aux mille persécutions ; et puis enfin : la disparition administrative et physique du sujet dans « Le château ».

                 Devant ce père qui s’autorisait tout ce qu’il interdisait et pour lequel seules ses opinions étaient justes et celles des autres extravagantes même quand il n’en avait pas sur un sujet en particulier, il ne restait plus rien en dehors de lui, et même pas son fils Franz.

    Adepte de l’éducation par l’humiliation, incapable de s’empêcher, de se vaincre, en revanche, le père vaincra tous ceux qui se trouvent à sa portée soufflant le chaud et le froid ; c'était selon... selon son humeur.

    Pervers narcissique, le père de Franz Kafka ? Sadique ?

    Corps gigantesque comparé à « une petite carcasse chétive », voix de stentor, auprès d’une telle figure paternelle, Franz Kafka devra chercher son chemin tout seul, à tâtons, dans l’obscurité d’une enfance ruinée, tout en sachant qu’une bonne partie du tracé de ce chemin avait été décidé très tôt par un père tyrannique avec sa famille mais aimable en dehors, et plus particulièrement à l'endroit des notables de la ville  et des clients de sa « maison de commerce » très prospère au demeurant.

    Un vrai commerçant ce père, pour sûr !

    Au cours de sa lettre, Kafka n’oublie pas d’évoquer ces enfants qui, dans un tel contexte familial, optent pour un dérivatif qui permet de se décharger sur un plus faible que soi : la tentation du bouc-émissaire, véritable souffre-douleur pour toutes les humiliations endurées au quotidien et à propos desquelles aucun compte ne sera rendu. Les sociopathes viennent aussi de là : de ce dérivatif qui, à l’âge de raison, n’a plus rien envisagé d’autre.

    Pour son salut, on pourra toujours se réjouir du fait que Kafka n’ait eu aucune inclinaison pour une telle substitution dérivative. C’est l’hypocondrie qui trouvera néanmoins dans cette souffrance de chaque jour, un champ libre pour se déployer.

    S’ensuit alors la honte et le procès permanent que l’existence semble lui intenter à chacune de ses paroles, de ses pensées, de ses gestes, de sa manière d’être au monde, jusqu’à en perdre l’usage de la parole.

     

                   « Les injures pleuvaient si fort sur les autres que, petit garçon, je ne voyais pas pourquoi elles ne m’auraient pas été destinées, les gens que tu injuriais ne te donnant sûrement pas plus de mécontentement que moi. »

     

                     Plus tard, Franz cherchera dans le Judaïsme le moyen de se libérer de l’emprise de son père, dans un premier temps, et dans un second, une possibilité de dialogue avec ce dernier ; là encore, ce fut un échec ; le père de Kafka n’était pas pratiquant ; il fréquentait la synagogue quatre fois l’an.

    Torah ? Vous avez dit Torah ? « Du charabia, ta Torah Franz ! » lui répliquera Hermann Kafka, son père.

    Mais alors, les évangiles peut-être ? Oui ? Non ? Bon, bon, j’insiste pas herr Kafka Hermann !

     

                   Reprenons.

                  Au cours de la rédaction de sa lettre, Franz Kafka n’oublie pas sa mère ; une mère infiniment bonne qui aimait son mari et ses enfants, dévouée mais incapable de représenter une « puissance spirituelle indépendante » dans le combat que menait l’auteur même si elle a su préserver son indépendance sans toutefois être assez forte pour refuser la manière qu’avait le père de juger et de condamner ses enfants.

    Angoisse, faiblesse, mépris de soi, à propos du mariage, Kafka assistera impuissant à l’échec de deux tentatives et alors que pour l’auteur se marier, fonder une famille était l’extrême degré de ce qu’un homme peut atteindre : « Toutes les forces négatives que j’ai décrites comme le résultat de ton éducation, c'est-à-dire la faiblesse, le manque de confiance en soi, le sentiment de culpabilité, s’y sont rassemblées avec furies et ont établi un véritable cordon de troupes entre le mariage et moi. »

    Kafka ne fondera donc jamais une famille ; il se pensait incapable d'être un bon mari et un bon père parce qu'il s'en jugeait indigne. A-t-il aussi souhaité conjurer le risque de reproduire ce qu’il a vécu et subi ? Il ne s’engagera jamais, jamais vraiment, auprès d’une femme.

     

                   Et pour finir… cela ne surprendra pas le lecteur : le père avait une profonde aversion pour l’activité littéraire de son fils dont il ignorait pourtant tout de l’œuvre ; il ne la lisait pas. En revanche, assez surprenant est le fait que ce père n’interviendra pas dans le choix des études et plus tard, dans le choix de la profession de son fils ; est-ce parce qu’il le jugeait incapable de prendre sa suite : celle de sa maison de commerce ? Et puis parce que... hors du commerce, point de salut ?! Aussi, à quoi bon interférer !

    Aucun succès n’était un réconfort pour l’auteur ; du moins, pas longtemps puisque son appréciation de lui-même était en grande partie dépendante de son père.
    Avant sa mort, Kafka chargera par écrit son exécuteur testamentaire Max Brod de détruire tous les manuscrits non publiés jusqu’à sa correspondance : « S'il y a des lettres qu'on ne veuille pas te rendre, il faudra qu'on s'engage du moins à les brûler. » Franz Kafka lui-même détruira ou fera brûler par son amie Dora Diamant divers manuscrits.
                    Le père a donc eu raison du fils : il triomphe au plus près de l’activité littéraire de Franz Kafka et de l'importance qu'il accordait à sa propre oeuvre : manifestement, elle aussi devait disparaître avec lui qui se jugeait à travers le jugement de son père, apathique, sec et dégénéré. Rien moins.

     

    ***

     

                    "La lettre au père"... un opuscule de 90 pages ! Or, en dix pages, tout pouvait être dit car très vite on comprend à quelle personnalité nous lecteurs sommes confrontés avec la figure de ce père en tyran pervers dont on pourra toutefois se demander à quel prix la cruauté de celui-ci a été forgée, de quelles humiliations s'est formé peu à peu ce dédain pour ses propres enfants ; un père qui n’aura rien souhaité savoir, rien souhaité comprendre d'eux tout en pesant de tout son poids sur leur quotidien et sur leur destiné ; un père dont le mépris le dispensait, du moins le croyait-il, de regarder en face la souffrance qu’il infligeait à sa famille.

                    Disons les choses : ce texte de Kafka condamne au chômage tous les psys quels qu’ils soient, ces curés des temps modernes d’une religion assommante. Ces derniers devront assurément quitter leur cabinet douillet et se priver de revenus confortables – une bonne partie net d’impôts soit dit en passant ! -, pour aller bosser comme tout un chacun.

    Désolé Mesdames, Messieurs sangsues et parasites des temps modernes ! Franz nous a éclairés ; nous disposons maintenant d’une grille d’analyse… d’auto-analyse qui plus est, à toute épreuve et en particulier à l’épreuve de vos consultations tarifées au-delà du service rendu !

    Mais c’est là le propre des escrocs, c’est sûr !

     

                  « Qu’il crève donc ce chien malade ! » disait le père de Kafka à propos d’un de ses employés tuberculeux ; maladie dont son propre fils, après en avoir perdu deux en bas âge, succombera à l’âge de 41 ans.

                     Aujourd'hui ce père est oublié ; certes, les salauds partent en dernier puisque le père de l'auteur décèdera 7 ans après son fils mais la postérité, elle, est sans pitié pour eux ; seul a survécu Franz Kafka pour l'éternité ; ce qui n'est que justice.

                    Si l’œuvre de Kafka est censé refléter un monde déshumanisé, si tant est qu’il ait été un jour humain - nous sommes avec cette lettre dans la deuxième décennie du XXè siècle, la boucherie de 14-18, c'était hier -, et si d’aucuns ont vu dans l’œuvre de cet auteur la prémonition de tous les totalitarismes à venir - Etats policiers où règnent l’arbitraire : assassinats politiques, séquestration ; Etats concentrationnaires aussi -, et puis d’autres encore, qui y ont vu, en creux, la grande « purge » des Juifs d’Europe des années 40, ironie suprême, à la lecture de ce réquisitoire qu’est « La lettre au père » qui n’appelle aucune clémence, force est de conclure que le père de l’auteur - un père narcissique, sadique, pervers, impitoyable avec les êtres sans défense -, était sans aucun doute un des tout premiers Nazis d'une histoire qui n’était pas encore en train de s'écrire faute d'avoir été vécue.

                   La menace venait donc de l'intérieur, tout entière de l'intérieur : Nazi le père de Franz Kafka ! Le Nazi juif d’une fratrie juive.

    Encore une fois, l’ironie fera que Kafka n’a eu qu’un seul ennemi durant sa courte vie : son père et une santé précaire d'une origine très certainement psychosomatique, et non la menace de l'antisémitisme propre aux interprétations de l'œuvre de l'auteur et de l'histoire des sociétés à travers le prisme d’une vision communautariste et ethnocentrique exacerbée ; prisme qui signe l'arrêt de mort et de la vérité et de toute prospective réaliste car avisée.

     

                   (On retrouvera ce danger de l'intérieur, cette menace sur la communauté juive avec la recommandation de leurs leaders de se conformer à l'obligation du port de l'étoile jaune à la demande du régime de Vichy. Et bien des années plus tard, on retrouve ces leaders médiatiques juifs, tous unis derrière Israël, qui n'ont de cesse de qualifier de "mauvais Juif" tous ceux qui, dans cette communauté, auraient le malheur d'exprimer quelques réserves quant à la politique de cet Etat étranger (se reporter au traitement réservé à Rony Brauman par le CRIF) qui n'a rien à offrir au monde et dont il n'y a plus rien à sauver depuis 1967 ;  cette pression exercée sans vergogne ni respect pour la liberté de conscience sur les Français juifs par des offices israéliennes implantées sur notre sol (CRIF, LICRA et UEJF), leur fait courir un véritable danger... danger de mort, qui plus est, étant donné la nature de l'Etat et du régime israéliens (à ce sujet,  une étude est disponible ICI): un Etat qui semble n'être capable d'organiser que le malheur pour lui-même et ses voisins.

     

    ***

     

                    Etant donné le destin de Kafka, doit-on pour autant regretter de ne pas avoir eu un père tyrannique aussi prometteur ? Prometteur d’un fils au talent littéraire qui rayonne aujourd’hui encore dans toute l’Europe et au-delà, alors que nombre de pères ont longtemps eu pour seule ambition que leur fils devienne le cadre moyen ou supérieur gestionnaire d’une économie de services superfétatoires dont tout un chacun pourrait justement faire l’économie si seulement ils savaient renoncer à tous ceux qui savent si bien monnayer tout le bien qu’ils nous veulent.                             

                   A titre de conclusion, qu’il soit permis ici d’affirmer ceci : l’échec d’une résilience aujourd'hui tant prisée dont on nous rebat les oreilles et autour de laquelle des « carrières médiatiques » très lucratives prospèrent, après l’expression idiote de « faire son deuil » du verbe « faire » comme on « fait la cuisine », cet échec programmé car personne ne peut surmonter une épreuve aussi traumatisante, celle d'une enfance ruinée - n’en déplaise aux bonimenteurs -, cet échec… c’est bien là toute l’œuvre de Kafka qui, dans la souffrance d’un combat quotidien contre une fatalité paralysante, celle d'un déterminisme ontologique qui ne pouvait qu'être désastreux, a su nous atteindre, nous et une universalité exemplaire dont nombre d’auteurs feraient bien aujourd’hui de retenir la leçon.

     

     

    1 - Franz Kafka est né à Prague en 1883, alors capitale de la Bohême, partie de l'empire austro-hongrois. Il est le fils de Hermann Kafka (1852-1931) et de Julie Kafka, née Löwy (1856-1934). Sa langue maternelle est l'allemand. Il décède le 3 juin 1924 des suites d’une pneumonie.

    2 - A ce propos, on pourra sans hésitation se reporter à l’adaptation cinématographique époustouflante de cette oeuvre par Orson Welles et l’interprétation tout aussi exceptionnelle de l’acteur Anthony Perkins né Kafka.

     

    Lien permanent Catégories : Littérature et essais ad hominem 0 commentaire
  • "Les nuits de Paris" de Nicolas Edmé Rétif de la Bretonne

    rétif de la bretonne,paris,révolution,1789,littérature,sébastien mercier,récits,feuilleton,zola,balzac,flaubert,hugo,sade,contes,mille et une nuits,schéhérazade,disette,eugène sue,nuits révolutionnaires,nuits de paris

     

     

     

     

     

     

     

    « Les Nuits de Paris » : une œuvre de plus de 3000 pages rédigées entre 1786 et 1788 par un auteur-journaliste ("publiciste" on disait au 18è siècle) témoin d’une France urbaine et nocturne à l’aube de la chute de la monarchie ; notes dont les historiens feront des choux gras un siècle et demi plus tard. 

     

    Contemporain de Sade et de Laclos, Nicolas Edmé Rétif de la Bretonne est resté méconnu deux siècles durant. Si Sébastien Mercier auteur d’un "Tableau de Paris" de plusieurs milliers de pages a devancé Rétif de la Bretonne de quelques années comme premier auteur d’un récit urbain à la fois mythologique et pittoresque, Rétif y ajoutera une dimension picaresque et plus important encore : un auteur-conteur, acteur, témoin, spectateur... noctambule de surcroît.

    Trait essentiel de l’originalité de ces « Nuits de Paris »  est le regard que Rétif porte sur ses contemporains. Sade le disait « écrivain poissard » … car il peignait souvent un tableau misérabiliste. Conteur-né, à l’aise dans le quotidien et sa fiction, ses nuits parisiennes collent au vivant et à l’événement ; et si la nuit renforce l’acuité du regard et le silence l’ouïe, notre hibou-spectateur du ruisseau – tel on le nommait -, se régale, et ses lecteurs aussi.

    Des centaines de récits courts, incisifs, d’une diversité peu commune ;  tous les sujets sont traités, tous les métiers, tous les lieux publics et privés, toutes les classes aussi, des « filles du commun » aux domestiques en passant par les  artisans ; de la noblesse à la bourgeoisie, des filles publics (prostituées) aux voleurs, escrocs, bandits, oisifs, mendiants, débrouillards,  et puis, une Marquise ; vraie ou fausse,  réelle ou fictive, (c’est la Schéhérazade des contes des mille et une nuits), elle sera sa première auditrice ; Rétif lui contera ses anecdotes nocturnes, fruits de ses promenades, avant de rentrer à l’aube dans son logis de la rue de la Bûcherie ; une Marquise bienfaitrice dont il sollicitera la charité et le salut pour celles et ceux qu’il prendra sous son aile au cours de  ses pérégrinations nocturnes, tel un pasteur avec ses ouailles  en perdition ou en grand danger de l’être, car, à ses yeux, seule l'action individuelle est garante de la bonne conscience.

     

                Alors que la noblesse de province faisait monter leurs filles encore adolescentes à la cour de Versailles pour les marier (les vendre ?) aux plus offrants des vieillards moribonds, la petite bourgeoisie du coeur de Paris courait la nuit, à la lueur des bougies de leurs domestiques, à la recherche de leur fille cadette qu’un séducteur bavard et cynique déflorait à grand renfort de beaux discours et de promesses qui n'engageaient le plus souvent que celles qui les recevaient, sous les portes cochères…

    Rocambole un demi-siècle avant son auteur, tantôt à l’affût, tantôt en mouvement mais sans précipitation, excepté lorsqu’il lui faut échapper à des poursuivants aussi malfamés que mal intentionnés, appelant à la garde quand les risques sont trop grands, Rétif nous rapportera un fait peu connu de cette époque : les viols collectifs en public, de jour comme de nuit, par des bandes savamment organisées lors des fêtes de rue  et des feux d’artifice qui mobilisent des foules entières, là où toutes les classes se retrouvent : on choisit soigneusement une victime, une jeune fille de préférence, mais pas toujours, on l’entoure, on l’encercle, on l’isole de ses parents ou de ceux qui l’accompagnent pour lui faire subir dans le tumulte, le bruit et la fureur des festivités de rue – cris, fusées et pétards -, tous les outrages avant de s’éclipser  sans être inquiétés.

    Précisons ici que toute l’œuvre de Rétif ne vit que par les femmes et pour les femmes, tout comme son auteur ; femmes de tous les âges et de toutes les conditions, faibles et crédules, ou parfois dans la nécessité d’exercer des activités que la morale réprouve mais auxquelles la société tout entière a recours sans sourciller, il sera souvent question de jeunes filles abusées et meurtries ou dont la vertu en danger semble galvaniser chez Rétif un courage physique aussi rare que précieux car dans ce Paris de la fin du XVIIIe siècle, jamais les femmes du peuple et de la petite bourgeoisie auront été autant en danger ; chair à plaisir convoitée par tous les hommes  de tous les âges et là encore, de toutes les conditions : les petits Sade sont légion à cette époque ; le marquis a fait d’innombrables émules qui ne leur demanderont pas leur avis.


                rétif de la bretonne,paris,révolution,1789,littérature,sébastien mercier,récits,feuilleton,zola,balzac,flaubert,hugo,sade,contes,mille et une nuits,schéhérazade,disette,eugène sue,nuits révolutionnaires,nuits de paris En rupture avec la tradition romanesque d’un Antoine Prévost,  ces « Nuits de Paris » n’ont pas d’histoire suivie car la diversité des récits y contribue guère ; de plus, les personnages que l’on rencontre  et côtoie avec l’auteur ont pour seule réalité, une réalité collective, quasi sociologique : toute une époque donc !


    Rétif annonce Balzac mais sans le Père Goriot ou Flaubert mais sans Madame Bovary. Pas de figures archétypales sinon des conditions de vie, des comportements et des manières d’être au monde emblématiques d’un ordre social qui appartient à la fois au passé et à l’avenir ; un avenir révolutionnaire : la noblesse déclinera avant de sombrer au profit d’une bourgeoisie qui aura pour unique exigence : que les affaires tournent ! Petites et grandes ; honorables ou affligeantes… pour les siècles des siècles... 

                 La rue est le domaine de la marginalité, et la nuit, celui du malheur qui accable des êtres déjà bien fragilisés ; c’est le Paris du peuple dans son entier à une époque où toutes les classes sociales cohabitent encore : la ségrégation est seulement verticale ; elle dépend de l’étage. Un Paris « occupé » par une main d’œuvre chassée des provinces par la disette ; c'est aussi le Paris des cabarets et des coupe-gorge ; cours, jardins, escaliers étroits, Rétif ira jusqu’à pénétrer l’intimité des logements parfois à l’insu des occupants pour écouter, entendre, observer, comprendre ou bien secourir…

    Ce sera quelques dizaines d’années plus tard, le Paris de Balzac, d’Eugène Sue et d’Hugo. Et c’est aussi le Paris du piéton et le Paris pré-révolutionnaire même si dans ses récits, aucune révolution semble pointer le bout de son nez - il faudra se reporter à cette autre œuvre nocturne de Rétif qui porte le nom de « Nuits révolutionnaires » ; si la nuit, tous les chats sont gris, les révolutionnaires eux cuvent leurs idées comme d’autres leur vin car face au sommeil nous sommes tous égaux.

    Le Paris de Rétif de la Bretonne, c’est le Paris de l’île de la Cité, de l’hôtel Dieu, le cœur de la Capitale qui comportait alors que six arrondissements… place Maubert, rue de la Bûcherie, le Paris des imprimeurs et des libraires (Rétif était lui-même imprimeur), l’Ecole de médecine et des hurlements de femmes en couches. C’est le Marais… la rue Saintonge… les Halles, sans oublier les faubourgs : Saint-Germain et Saint-Marcel.

     

                Né en 1734 d’un père paysan aisé et instruit, Rétif de la Bretonne sera l’ainé d’une famille de sept enfants (ainsi que de sept demi-frères du premier mariage de son père) ;  il se considérait lui-même comme faisant partie des « couches inférieures de la roture ». Typographe de formation - il en fera son métier -, Rétif s’élèvera grâce à son intelligence et son talent. Ascension qui renforce chez ce travailleur infatigable une solidarité indéracinable envers les « infortunés ». Et c’est ce regard-là, regard compassionnel, qui lui fera écrire : « Ce sont une multitude de petites choses vues et senties par l’observateur qui fréquente toutes les classes qui échappent les plus souvent aux autres hommes ».

    Les ancêtres huguenots de Rétif, sa formation janséniste à Auxerre puis à Bicêtre feront de lui l’ennemi de l’oisiveté : « la religion veut que l’on s’occupe utilement pour soi-même et pour les autres » ; volontiers sermonneur de haut de sa chaire de moraliste réaliste, rigoriste et parfois, franchement austère, sa vie privée n'aura pas été pour autant un modèle de vertu : en effet, on lui connaît une relation incestueuse avec sa fille ainée.

    Sans doute s’agit-il là encore d’une histoire de paille et de poutre et d’un « Faites ce que je dis mais pas ce que je fais ! »… pour ne rien dire d’un « Pour vous la vertu, pour moi la licence ! »

    C’est Molière qui n’a de cesse d’avoir raison.

     

                Confiant dans la science, disciple de Buffon et proche de Rousseau, les "Nuits de Paris" sont souvent éclairées des idées philosophiques et politiques de l'auteur ; chaque récit peut avoir alors pour conclusion nombre de propositions destinées à mettre fin à une carence, à une insuffisance ou à un excès dommageable pour le bien commun car, comme pour tous les honnêtes gens, l’intérêt général était  son souci premier.

    Avec Rousseau, Rétif réaffirme que le peuple est la seule réalité politique. Le Souverain n’est que le « réunisseur du Pouvoir », et le peuple la nation.

    Il craignait néanmoins les fermentations populaires : « Comme mon bras doit toujours obéir à ma tête, toute résistance des membres affaiblit  un corps.» Ni révolutionnaire ni utopiste même s’il imagina pour ses lecteurs "l’An 1888", prudent, il pensait « que l’on ne doit attaquer les préjugés du peuple qu’avec ménagement et lorsqu’ils sont réellement nuisibles ».


    Ennemi du luxe, du superflu, toujours sans le sou et endetté - les visites les plus fréquentes à son domicile étaient celles des hommes de loi, huissiers de préférence -, il pensait que le « riche » est utile aussi longtemps qu’il œuvre en faveur du développement.

    Se rangeant du côté des stoïciens - lucidité et réalisme - contre les Epicuriens – à chaque jour suffit sa peine -, une série de livres sur ce qu’il appelait «  la réformation » verra le jour aux côtés d’autres ouvrages (une quarantaine de titres) rédigés dans le souci d’une recherche d’un mode de gouvernement qui placera le bien public au centre de son action. Il était contre la propriété du sol. Il se méfiait des physiocrates et des économistes (nos libéraux d'aujourd'hui en matière économique) ; il les considérait comme des « systématiques dangereux » ; des idéologues dogmatiques.

    Il nous quittera en 1806 après avoir lancé à la cantonade : « Quand le supplice est trop grand pour le crime (et a fortiori pour un délit), on n’effraie pas (on ne dissuade pas) : on indigne. »

    Et c'est déjà la voix d'un Victor Hugo et d'un Emile Zola.

     

    ***

     

               Entre rêve et réalité, "Les Nuits parisiennes" de Rétif de la Bretonne - nuits en noir et blanc -, avec son clair-obscur, inspireront Baudelaire, Nerval, les grands romans populaires du XIXe siècle, puis Apollinaire, Soupault, Breton, Aragon et Carco : Paris la nuit, encore et toujours…

     

               Car... « Le spectateur nocturne est aussi acteur par l’écriture, il projette son ombre sur la scène, un personnage tout nouveau : il fait alors éclater Paris dans la littérature » - Jean Varbot.

     

    Lien permanent Catégories : Littérature et essais ad hominem 0 commentaire
  • Un hiver séculaire

     

     

    actualité,hiver,maupassant,contes,livres,littérature

                C’est l’hiver. La terre tremble de froid, et sous son étreinte, dans un instant, elle se fendra en deux. Un froid palpable et tangible marche sur le monde : celui des anciens temps, revenu là pour en finir avec l’immense peuple des marais, des joncs et des grands herbages.

    Rien n’est plus troublant, plus inquiétant, plus effrayant que ce silence des marais gelés avec ces brouillards épais qui cachent des corps livides, des bouches muettes de vase ; dernier germe de vie dans une eau piégée sous la glace.

    Une rumeur passe dans les roseaux avant le retour d’un silence profond que le froid impose à quiconque tente d’afficher un semblant de vie. Même les brumes qui traînent sur les troncs d’arbres et qui enveloppent leurs branches les plus basses comme des voiles blancs de reines veuves restent là en suspend, figées.

    Soudain un cri, puis le gémissement bas d’une dernière clameur de vie. En chasse, le froid a frappé une nouvelle fois ; les yeux de sa victime le regardent résignée : un monde inconnaissable qui a eu sa vie propre, ses cris, ses voyages et ses mystères, palpite encore dans sa poitrine. Mais pour combien de temps encore ? Déchirée sa chair avant d’être brûlée par un froid du feu de dieu !

     

    actualité,hiver,maupassant,contes,livres,littérature

     

                Au même instant, une chose noire au ventre d’argent tombe comme si l’on avait coupé la corde qui la tenait suspendue, laissant dans sa chute apparaître de longues taches rapides sur le firmament : c'est la mort hivernale qui raidit les joncs, fige le silence et gèle les eaux comme on glace le sang ; c'est le froid qui pénètre l'âme du monde.

    Quelque part au-dessus des marais, maintenant durs comme la pierre, un diamant en forme de cône s’élève lentement. Le cœur en feu, il monte à la rencontre d’un soleil qui n’éclaire plus : il est midi et il fait nuit.

    Une dernière plainte courte, répétée et déchirante après un cri strident... cette âme sans voix que le froid a abattue, a crié là sa dernière espérance de vie et son dernier adieu. 

     

                         Texte inspiré par la lecture de "l’Auberge" et "Amour" : deux contes de Guy Maupassant.

     

     

     

    actualité,hiver,maupassant,contes,livres,littérature


     

     

    Toutes les photos sont "copyright Serge ULESKI"

     

                   Pour prolonger, cliquez : Serge ULESKI en littérature

     

     

    Lien permanent Catégories : Littérature et essais ad hominem 0 commentaire
  • "Les Porcs" : dernier ouvrage de Marc-Edouard Nabe


                      

                       Marc-Édouard Nabe a publié « Les Porcs », livre autobiographique et politique : Internet, la dissidence, les années 2000 ; Alain Soral, Dieudonné et beaucoup d'autres qui ont côtoyé l'écrivain. Cela faisait plus de quatre ans que la sortie du livre était annoncée.

    Dans cette interview, Nabe traite de la chronologie des faits. Mon commentaire, ci-après, concerne la prestation de Nabe chez Taddéï en 2014 ; c'est son retour dans les médias (retour éphémère) ; son sujet  : la galaxie Soral et Dieudonné accusée de « complotisme ».

     


       

                            Les raisons avancées par Nabe à propos de son attaque frontale contre Soral et Dieudonné (leur complotisme) chez Taddéï en 2014 (vidéo ci-dessous), après une longue absence forcée, ne pèsent guère en comparaison des attaques dont ces deux protagonistes font l’objet par le Système depuis dix ans car, dans les faits,  la démarche de Nabe chez Taddéi ( un des épisodes les plus fameux des prestations télévisées de l'auteur) servait admirablement les détracteurs de ces deux activistes ; l’attaque de Nabe apportait de l’eau à leur moulin, sans l’ombre d’un doute ; le fait que Nabe n’en ait tiré aucun profit (Nabe a pour réputation d’être antisémite) ne change rien à l’affaire : Nabe a joué avec le système pour contribuer à discréditer et diaboliser Dieudonné et Soral (après l'antisémitisme - rajout d'une  nouvelle charge portée par Nabe : le complotisme ). D’autant plus que la thèse d’un Dieudonné et d’un Soral complotistes est difficilement soutenable. La guerre faite à Soral et à Dieudonné concerne principalement le fait qu’ils aient "dit la vérité "  quant à l’influence du sionisme sur la France : influence sur la  politique étrangère de la France, contrôle de la parole dans les médias, intervention dans les affaires culturelles ; culpabilisation et diabolisation de tout soutien des populations françaises d’origine arabo-musulmane en majorité, en faveur de la cause palestinienne ; chantage à l'antisémitisme... pour résumer : leur dénonciation à tous les deux de la LICRA, de l’UEJF et du CRIF comme officines israéliennes, est la principale raison de leur persécution. 
        

     
                         

     

                    Nabe ne peut pas avoir ignoré que le Système buvait du petit lait ce soir-là chez Taddéï . Nabe, dans le déni, fait donc preuve d’une mauvaise foi consommée, mâtinée sans doute aussi d’une gêne proche de la honte (et le remords ?) lorsqu'il affirme trois ans plus tard, le contraire car, dans les faits, chez Taddéï, Nabe a bel et bien cherché à retrouver le chemin des médias après de nombreuses années de boycott et à faire le buzz sur le dos d’un Soral et d’un Dieudonné. Il faut dire que Nabe n’a jamais assumé ses choix et leurs conséquences : le bannissement des médias mainstream ; médias qui, dans les années 70 et 80 ont "fait" Marc-Edouard Nabe ; et c’est là toute sa faiblesse contrairement à Soral et à Dieudonné qu’Internet à sauver de l’oubli tout en gardant à l’esprit que  ces derniers se sont données très vite les moyens de rebondir après leur exclusion de la scène médiatique pour l'un et de la scène "tout court" pour l'autre. Nabe, hélas pour lui, n’a rien mis en œuvre à la suite de son bannissement. De cette exclusion, de cet isolement, il en souffre, c’est sûr ! Il n'a jamais cessé d'en souffrir ; pour cet enfant ui a pour père un  artiste de music-hall, le clarinettiste Zanini, rien n’est pire pour lui que ce silence, cette indifférence de la scène médiatique à son égard.

    Son attaque contre Soral et Dieudonné, c’est indéniablement une attaque contre leur succès car force est de reconnaître Dieudonné et Soral n’ont jamais été aussi présents que depuis qu’ils sont absents.

     _____________

     

                      A propos des attentats du 11 septembre 2001 : Nabe face à Thierry Meyssan…

                      Nabe s’est mal remis de l’échec de sa tentative en 2001 de rallier à lui tous ceux qui, en France, s’étaient réjouis des événements du 11 Septembre - il souhaitait cibler en priorité les Français de culture arabo-musulmane -, avec la publication de l’ouvrage "Une lueur d’espoir" – comprenez : espoir pour les Nations arabes suite à ces événements  -, qui fait l’éloge de Ben Laden, ange exterminateur et vengeur d’une Amérique dont il n’y a plus rien à sauver.

    Précisons ceci : profondément blessé par le rejet du Système à son égard  - l'édition, les médias, la classe politique française - , depuis les années 80, Nabe, ce pas-tout-à-fait français (origines italienne, libanaise et grecque)  avait épousé, sans condition, sans nuance, sans vigilance ni auto-critique, la cause, ou du moins ce qu'il croyait être...  la cause du monde arabe -  Arabes musulmans, Musulmans arabes... population la plus détestée, la plus stigmatisée en Europe - contre la France, sa culture, son histoire, son passé et son présent.

    Après son bannissement des médias bien des années plus tôt, ce nouvel  échec de Nabe, cette-fois à propos de son interprétation des événements de septembre 2001, isolera Nabe de la sphère "dissidente"  qui s'était repliée sur Internet  car Nabe commettra une erreur : il refusera de questionner la version de ces événements. Comment le pouvait-il quand on connaît ses motivations réelles ? A ses yeux, ces événements devaient être l’œuvre de Ben-Laden seul. Or, les « Arabes de France » ont voulu le beurre et l’argent du beurre : un « Ben Laden tout puissant » et la dénonciation des opérations sous fausses bannières, ou faux drapeaux, de l’Etat profond américain (CIA et NSA) ; Thierry Meyssan, lui, l’a fait ; il parlera d’imposture à propos de la version US des événements du 11 Septembre et c’est lui qui « raflera la mise ».

                Dépité, Nabe choisira de se faire oublier ; il aura au moins réussi ça ! Après un ouvrage sur DSK jugé "ingérable" par les médias... très vite, Nabe est allé cuver son échec comme on cuve un mauvais vin ; il est retourné à la peinture… ou bien plutôt… au dessin, coloriste pas dépourvu de talent 

     

                      Pour poursuivre, cliquez : Nabe, un regard sur ses années 2000

    Lien permanent Catégories : Littérature et essais ad hominem 0 commentaire
  • M comme Malédiction

     

    To the memory of an angel...

     

    A la mémoire de Béatrice Athévain

     

             Et alors qu'on ne lui avait rien demandé (et ses enfants non plus - leur père s'étant fait la belle, lui qui n'avait aucun goût pour tout ce qui touchait de près ou de loin à la littérature - il ne lisait... ou plutôt, il ne regardait... que de la BD), en une quinzaine d'années, Béatrice aura tout sacrifié à l'écriture avant de tirer sa révérence.

    Son oeuvre ?

    Un ouvrage retenu par un éditeur dans les années 90 "Fragments, interstices et incises" (oui, je sais ! Le titre ne lui aura été d'aucun secours) ; éditeur qui... depuis, a mis la clé sous la porte ; et six titres restés à ce jour inédits et... introuvables - ce qui n'arrange rien.

    Existent-ils ? N'existent-ils pas ces inédits ? Ont-ils été détruits par son auteur juste avant qu'elle ne décide de... ?

    Affaire à suivre... pour peu qu'il y ait des volontaires.

     

    ***

     

    m le maudit,lang,uleski,livres,littérature,auteurs,écriture,art

     

              Ce billet est aussi dédié à tous les obsessionnels compulsifs de l'écriture. 

     

     

             Ils ne se déplacent jamais sans un stylo et un carnet ; leur hantise : se trouver dans l'impossibilité de pouvoir noter une idée, une phrase, un mot ; et de ce fait : les oublier.

    Une peur panique pareille à une phobie : plutôt mourir que de courir ce risque !

     

                   Mais... comment taire cette voix qui hurle à l’intérieur, ou bien qui chuchote ? Cette voix qui ne vous lâche pas jusqu’au moment où n’y tenant plus, on sort un carnet pour noter à la hâte trois mots, dix lignes, tout en sachant que l‘on y reviendra cent fois, mille fois, et que ce n’est que le début d’un travail harassant.

    Ils ne vivent que pour elle, tous ces don Quichotte de la littérature,  y retournant sans cesse, et n’y trouvant qu’un soulagement, qu’une libération bien éphémère.

    Après toutes ces années, qui ne chercherait pas à lui échapper, même pour un temps ? Qui ne serait pas tenté d’apprendre à l’ignorer ou bien, à contrôler son débit, et même, pouvoir faire “comme si de rien n’était”, comme si cette voix n’était pas là... cette voix qui, sans relâche vous force, et vous pousse jusqu'à ce que vous lui cédiez et qu’elle s’apaise en vous en attendant la prochaine fois, la prochaine heure ?

    Tous vous le confirmeront : une malédiction cette voix pour laquelle ils ont tout sacrifié ; un supplice qui absorbe, qui recouvre tout, qui vous prend tout et qui ne vous rend rien.

    Maudits ils sont !

     

                      Mais alors... qui les délivrera de cette malédiction qu'ils portent en eux comme une brûlure ?

     

     

    ______________

     

     

    Photos : M le Maudit, film de Fritz Lang de 1931

    .

     

     

     

    Lien permanent Catégories : A découvrir : Serge ULESKI, ouvrages et entretiens, Littérature et essais ad hominem 0 commentaire
  • Revel, Aron and co

     

    Résultat de recherche d'images pour "des vaches dans un pré"

     

                Ils font partie de ces intellectuels (1) qui ont passé leur vie à regarder les peuples monter dans les trains de l'Histoire, debout sur le quai, un rien suffisant, le commentaire méprisant - "Ne vous inquiétez pas, ça leur passera !" -, incapables de proposer une réelle analyse critique des systèmes qui ont poussé toutes ces populations à prendre tous ces trains sur tous les continents depuis la révolution russe de 1917 (et la Révolution française !) jusqu'à la chute du mur, une fois l'URSS vaincue (et tant mieux ! Car cette vieille garce puait la mort).

                   Nombreux sont ceux qui ont fait leur beurre sur le dos de la guerre froide : feu follet hypnotique, tel un leurre, qui a longtemps paralysé et gelé la pensée de nombreux intellectuels.

     

    Revel content de lui.jpg Jean-François Revel n'étant pas le premier ni le dernier avec Raymond Aron
    Aron content de lui.jpg en chefs de file et patriarches - secondés plus tard par les sbires de la Fondation Saint-Simon -, pour affirmer, qu'après la chute du système soviétique,  l'Histoire enfin arrivée à bon port, il n'y aurait plus lieu de s'inquiéter, et que tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes, incapables tous ces intellectuels de penser l'après guerre froide et le nouvel enfer qui nous attend d'ici 2050 : un marché triomphant qui aura tout emporté - états, démocratie, nations, peuples, liberté, indépendance.

    Tous ces penseurs (3) ont donc visé à côté et leurs analyses nous laissent aujourd'hui sans armes ; tout en sachant que s'ils étaient encore dans les parages, nul doute qu'ils feraient leur beurre sur le dos de la menace islamiste et le péril jaune : "La Chine ? Vous n'y pensez pas, malheureux ! Cet Etat voyou, capitaliste sans retenue ; et pollueur avec ça !"

    Aussi...

    Face à ces intellectuels porteurs d'une seule promesse, nous faire tous mourir idiots et vaincus, pourquoi devrait-on enlever notre chapeau au passage de leurs cercueils qu'accompagne un nuage de mouches à m.... ?

    Car...

    Le vrai danger est là, et bien là : dans la libéralisation des marchés financiers, l'hyper-mobilité des capitaux et la désintégration des processus de production ; des milliards d'êtres humains livrés à la logique d'une économique mondiale sans morale et sans esprit autre que mercantile ; individus qui, à terme, n'habiteront plus aucun monde.

    Confrontées à cette nouvelle donne, les sciences politiques ne nous sont d'aucune utilité. Il faut revenir à la philosophie qui seule est capable de poser les bonnes questions ; à la philosophie donc et aux Grecs : l'Homme étant la seule mesure de toute chose.

    Ensuite, seulement, serrons-nous assurés de pouvoir tirer les bonnes alarmes comme on tire les bonnes cartes.

     

    1 - Revel et Aron ont  été médiatiquement très présents dans les années 60 et 70 pour nous parler, entre autres, des chars russes qui défileraient sur les Champs Elysées si par malheur, la gauche était élue, et aujourd'hui, force est de constater qu'il ne nous a rien donné ni laissé à penser.

    2 - Des aroniens utopistes ?! Les sartriens ont dû hurler de rire ! Faut croire que l'utopie, tout comme la politique, a horreur du vide : en l'occurrence, celui laissé par le miroir aux alouettes qu'a été le communisme d'URSS et d'ailleurs.

     3 - Rien de surprenant que tous ces intellectuels ne nous aient rien légué : trop occupés par le présent, tous ces penseurs circonstanciels de la guerre froide ont fini, inévitablement, par ne penser qu'au passé ; l'avenir et ses bouleversements passant à la trappe. D'où le vide qui les entoure aujourd'hui.

     

    Lien permanent Catégories : Histoire et révisionnisme, Littérature et essais ad hominem, Medias, désinformation et ré-information 0 commentaire
  • Littérature et écriture : n'avoir pour seul avenir qu'une poignée de mots

     

                     Et si en littérature, le meilleur personnage qui soit était le lecteur ?! Car, n’est-ce pas le lecteur qui « fait » le livre ? Il suffit de penser à tout ce qu’un lecteur est capable d’investir dans la lecture d’un texte : sans doute, le pire comme le meilleur !

     

    _________________

     

     

    La littérature...

    Celle qui nous transmet Homère en héritage, et qui poursuit son petit bonhomme de chemin avec Cervantès, Shakespeare, Diderot, de Nerval, Lautréamont, Baudelaire, Rimbaud, André Breton, Kafka, Brecht, Beckett, Bernanos, Ionesco, Perec, René Char, Jean-Edern Hallier, Dario Fo...

     

    Et l’écriture… qui commence bien avant l’acte d’écrire car, l'écriture, tout comme l'Art, c'est une manière de vivre.

                Certes ! Plus on lit, plus c'est difficile d’écrire. Aussi... heureux celle ou celui qui n'a pas lu ! Car sa plume pourra alors glisser sur le papier - ou ses doigts sur le clavier -, sans retenue, sans regret ni remords.

                L'écriture, c'est la langue. Le style, c'est la culture de l'auteur, son point de vue, un regard sur le monde qui lui est propre : c’est un angle de vue particulier, un angle d’attaque aussi - pour peu qu’il soit guerrier.

    Il y a « style » à chaque fois qu’il nous est donné à lire une langue re-construite, une langue re-composée et ré-assemblée.

    Un auteur ne doit pas renoncer aux nouvelles formes d'expressions. Avec l'aide de la poésie contemporaine, seul et dernier lieu où l'on peut encore trouver une écriture et du vocabulaire, on cherchera une langue inclassable, une diversité formelle, de nouvelles structures, avec le concours de la musique et du cinéma qui devront contribuer à l'enrichissement de la littérature d'aujourd'hui et de demain.

    Les intrigues, les portraits psychologiques, la nécessité de vrais personnages importeront peu ; la quête sera esthétique : esthétique de la forme, esthétique de l'écriture.


    Ne pas hésiter : il faut aller à la fois… contre et dans le sens du lecteur, vers ce que peuvent être ses préjugés, ses peurs... la catharsis s'opérant dans l'intimité de sa lecture, dans les plis et les dédales d'une conscience labyrinthique ; et cette catharsis ne regarde que lui.

    A l'intention de ce même lecteur, on doit pouvoir inventer une nouvelle forme de "prise de contact" et mettre en place une organisation différente du temps tout relatif qu'est celui de la lecture : écoulement lent, rapide du temps qui lui est "volé", à son insu ou bien, consciemment, avec ou sans son consentement.

    Viendront ensuite les clins d’œil aux auteurs du passé, à ceux d'aujourd'hui aussi, et à ceux de demain ; ces derniers pouvant être connus de l’auteur seul.

    La citation (à comparaître ?!), c'est une dette que l'on paie et que l'on acquitte envers celui que l'on cite ; la citation permet aussi de sortir de l'oubli un auteur injustement négligé, voire ignoré.

    Les clins d’œil puis... les sinuosités de la pensée car, on en sait un tout petit plus sur nous-mêmes que les autres, mais guère plus, si on oublie le côté factuel de la vie : ce qu'on a fait ou pas fait ; là-dessus, on en saura toujours plus que quiconque - hors amnésie.

     

                En tant qu’auteur, on n’a pas à s’excuser : la littérature est notre confesseur, elle nous absout ; on peut aussi n'avoir qu'un souhait : que son projet d'écriture, une fois arrivé à son terme, se transforme en un véritable projet de lecture de la part du lecteur.

    Le sens à donner à la lecture (pourquoi je lis ? Qu’est-ce que je lis... là, maintenant ?) doit faire l’objet d’une création et re-création permanentes ; dans le fait de lire un texte, inutile d’y chercher - à l’instant même où on le  lit -, un sens établi une fois pour toutes, un sens certifié par son auteur ou qui que ce soit d'autre...


    Que l’interprétation et la compréhension d’un texte soient donc aussi et surtout, la projection des certitudes et des préjugés du lecteur et que le texte rencontre ses lacunes, ses insuffis
    ances et ses interrogations ! Lecteur qui, parfois, pourra échouer à donner un sens au texte qu’il lit, et par voie de conséquence, au fait même de lire... mais qui... opiniâtre, mènera l’expérience de cet échec jusqu'à son terme car, cette expérience est tout aussi digne d‘être vécue que l’autre expérience - bien connue celle-là : celle d’une compréhension totale d‘un texte et du pourquoi de sa lecture ; compréhension et certitude tout aussi illusoires que la découverte de n’importe quelle vérité sur quoi que ce soit : vérité prétendument globalisante et irréversible.

     

                  La réalité psychologique de l’écriture est très complexe : tactique et stratégie y occupent une place importante. L’inspiration n’est pas tout : le but que l‘on s‘est fixé importe aussi.

    Mais alors, que dit-on, comment, pourquoi, et à qui le dit-on ?

    - Accéder à une liberté sans responsabilité que seule la littérature peut offrir.

    - Dépasser les distinctions génériques telles que poésie, prose, roman, récit, essai etc...

    - Expérimenter l'ensemble des potentialités de l'écriture dans une dissolution du Moi en une multiplicité de voix, de sujets possibles - tantôt entiers, tantôt fragmentés -, jusqu’à abolir les notions mêmes d’objectivité et de subjectivité et embrasser l’infini et l’éternel mais aussi... l’individu et la masse, l'esprit claire et solide, les yeux et la bouche grands ouverts pour mieux tout saisir et tout absorber...

                 Et bien que les pensées naissent des événements de notre vie...

    - Avoir pour seul moteur d'inspiration le désordre du monde, son chaos et les tensions entre désir de vie et désir de mort...

    - A la fois poursuivi et poursuivant, gibier et chasseur, sans plus de distinction entre le dedans et le dehors, l'homme et la nature…

    - Vaincre l'angoisse face à la fatalité de violence qu'exerce le monde sur toute tentative de recherche d'autonomie, avec sa menace d'extinction envers ceux qui seraient tentés d'y prétendre...

                   Et même si l'échec menace toujours...

    - Faire briller en plein soleil, une épée de toute beauté : celle de la colère, pointe acérée, lame tranchante, tout devant céder sous elle, sans arguties car, aujourd'hui, quiconque n'est pas en colère est soit un idiot, soit un escroc, soit un salaud.

     

                Si aujourd'hui, nous ne sommes sûrs de rien ni de personne, c'est que nous sommes infiniment plus nombreux qu’hier à chercher à savoir ; et plus nous serons nombreux à trouver et moins les évidences auxquelles il nous a si longtemps été demandé d'adhérer s’imposeront à notre esprit.

    Ainsi va la recherche ! Vers un savoir de plus en plus complexe mais sans surprise car, ce savoir doublé d'une compréhension dévastatrice nous renverra fatalement à ce que nous sommes aussi - d'aucuns ajouteront -, et surtout : à cette nature en trompe l’œil, dissimulatrice, accapareuse et rétentrice qu'est la nôtre.

    Porteuse de tous les dangers, cette recherche expansionniste toujours plus performante et exigeante : le danger de nous laisser sans évidences et sans certitudes.

    Du grain à moudre pour la littérature... ce danger ! Nul doute !

    Aussi, n’hésitons pas à exposer tous les avis ! Affichons toutes les certitudes possibles, contradictoires de préférence. Au lecteur de faire son choix, s'il en a envie ; il peut aussi se contenter de tous les avis ; et à défaut, du sien propre, pour peu qu'il en ait un.


                   Comme un poisson dans l'eau... dans le vrai comme dans le faux, dans le bien comme dans le mal jusqu'à brouiller leurs frontières... pourquoi pas ? Tout en sachant comme nous le savons maintenant, que nous avons tous de bonnes raisons d'être ce que nous sommes et de le penser aussi (que nous avons de bonnes raisons) ; et bien malin ou présomptueux qui saura opposer La Vérité - et toute la vérité ! - au mensonge et exalter le Bien comme pour mieux conjurer tout le Mal qui est en nous et ce, sans sourciller et douter une seule seconde, insoucieux du fait suivant :

                      Ce qui est... n'est pas ! Car il s'agit toujours d'autre chose ; autre chose et autre part... et puis, ailleurs aussi.

     

                Un auteur qui se respecte, se doit d'être sale à l'intérieur mais... impeccablement mis à l'extérieur, un auteur au linge irréprochable. Oui ! Propre à l'extérieur et sale à l'intérieur car, porteur de toutes les ignominies dont notre espèce est capable, cet auteur d'une nécessité absolue, jusqu'à ce que... une fois la morale évacuée ou expurgée, il ne reste plus que des hommes et des femmes, enfants, vieillards, pères, mères, sœurs, frères, filles, fils, bourreaux et victimes, eux tous terrés au fond d'un gouffre implorant le ciel, et la nuit, les étoiles, à la recherche d'une lumière rédemptrice pour les plus coupables d'entre nous, et consolatrice, pour les plus humbles, abandonnés de tous, face à un lecteur non seulement témoin mais... acteur, incarnant pour l'occasion... le dernier des hommes.

    Car… avec la civilisation, nous avons gagné la liberté et quelque espoir de justice pour le plus grand nombre, mais nous avons perdu une grande partie de notre capacité à construire et à entretenir des rapports authentiques avec nos semblables qui ont tous la prétention de ne pas nous ressembler ; la communion devient impossible en dehors des grandes messes qui nous sont imposées par des média intéressés, complaisants et paresseux.


    Avec l'écriture, on rétablit ce lien. L'écriture, c'est un îlot de liberté au milieu d'un océan de contraintes, d'injonctions, de censure, et la pire de toute : l'auto-censure.

                   Aujourd'hui, la création seule permet, en partie, de combler le gouffre effroyable qui nous éloigne et qui n'aura de cesse de nous séparer de notre propre humanité, siècle après siècle, jusqu'à ne plus être capable d'en soupçonner, jadis, son union même ! ...

    ...divorce consommé.

     

    ___________________

     


    Pour prolonger, cliquez : Serge ULESKI en littérature

     

    Lien permanent Catégories : A découvrir : Serge ULESKI, ouvrages et entretiens, Littérature et essais ad hominem 0 commentaire
  • Proust ou la négation de la modernité

     

                 Chez un auteur, le style, c’est un point de vue, un regard sur le monde qui lui est propre ; c’est un angle de vue particulier sur les choses, les êtres, la réalité ; un angle d’attaque aussi, pour peu qu'il soit guerrier. Le style, c'est aussi la culture de l'auteur. En littérature, il y a « style » à chaque fois qu’il nous est donné à lire une langue re-construite, une langue recomposée et ré-assemblée. 

    Prenons Proust et sa tentative de réconciliation des humanités avec les sciences sociales (démarche très certainement inconsciente) - la littérature avec la sociologie...

    Proust donc ! Et à son sujet… tout ce qu'il n'a pas écrit et tout ce qu’il ignorait de et sur lui-même, ainsi que la question : pourquoi a-t-il fait cette œuvre-là et pas une autre ?

    Proust et la fulgurance du passé ; fulgurance du souvenir - celui de l’enfance, de l’adolescence et des premières années de l’âge adulte -, qui vient comme un boomerang terrasser Proust, et le cloue au lit.

     

    Même si l'on ne chasse pas le passé comme on chasse une mouche d'un revers de la main, chez Proust, tout appartient au passé dont le moindre rappel lui fait l'effet d'un événement capital, d'une importance démesurée : une importance extra-ordinaire. Indissociable de sa personne, ce passé commence dès son plus jeune âge : à 20 ans, il est déjà dans le passé de ses 10 ans ; à 30, dans celui de ses 20 ans. Passé dont les souvenirs n'en finissent pas d'envahir sa conscience d'être au présent.

    Proust ne disait-il pas : " Un livre est un cimetière" ?

     

    ***

     

    Moins on a d'avenir, plus on a besoin du passé (1).

     

                  En tant qu’être humain - être humain au sens moderne du terme : s’entreprendre et advenir -, Proust a cessé d’avoir un avenir, très tôt. Pour cette raison, Proust ne peut que se retourner sur lui-même. Et plus il se retourne, plus ses souvenirs le terrassent d’émotion.

    Proust est né très vieux dans un monde très jeune. C’est le paradoxe. N’oublions pas que Proust a 29 ans en 1900 ; et ce siècle qui arrive est le siècle d’avenir par excellence, quand on sait ce qu’il adviendra. A l’entrée de ce nouveau siècle qui grandira très très vite, Proust est déjà un homme du passé dans la conduite de sa vie, en ne lui donnant, justement, à cette vie, aucune direction, sinon une seule : le passé, et alors que l'avenir est la seule direction envisageable pour un individu de son âge. De là à penser que Proust (rentier-boursicoteur) serait la négation même de la modernité - s’entreprendre, advenir, mettre en échec tous les déterminismes...

    D'autre part, on ne manquera pas de noter que l'oeuvre de Proust est le plus souvent une oeuvre-refuge pour ses admirateurs inconditionnels ; un rempart, l'oeuvre de Proust, contre ce monde moderne dont la nécessité historique leur échappe : tout ce qui nous y a conduit et continuera de nous y conduire ; même si l’on se gardera bien de leur demander d’y adhérer. En effet, comment pourraient-ils, comment pourrait-on, nous tous ?

    Proust serait-il alors un auteur vers lequel on se tourne une fois que l’on a baissé les bras et que l’on s’est juré de ne plus porter aucun livre – à bout de bras, justement ! –, en y cherchant dans la lecture de son oeuvre, sa propre terminaison, prisonnier d’une chambre tombeau ; dernière sépulture de vie pour les convalescents et les agonisants de l’existence ?

    C'est à voir.

     

    ***

     

                  Certes, vivre, c'est accumuler du passé. Etre capable, à tout moment, de convoquer ce passé, c'est prétendre à l'immortalité : adoration perpétuelle de soi jusqu'à l'extase ; grandissement épique de sa propre histoire familiale et sociale avec l'éternité pour leurre et le mensonge comme clé de voûte car, le plus souvent, se souvenir, n'est-ce pas se mentir ?

    Aussi, chez Proust, chaque souvenir est un traumatisme en puissance car le présent, qui fait l'objet d'aucun investissement de sa part, faute d'en reconnaître la nécessité, et à propos duquel il est décidément plus difficile de se mentir, ne sera jamais à la hauteur de son passé... passé mythifié à loisir ( jusqu'à la mystification ?).

    Et si, ce qui nous attire, nous séduit, nous émeut dans tout ce qui touche de près et de loin à hier, était le fait que ce morceau de vie qu'est le passé, est derrière nous ? Et on ajoutera, soulagés : "Ouf ! Plus de peur que de mal !" Car... qui nous rappellera que vivre demeure une expérience que l'on préféra toujours avoir derrière soi et non... devant ?

     

     

                 L’expérience existentielle de Proust - expérience initiatique -, c’est une vérité sur lui-même, et cette vérité le désarçonne, lui fait perdre tous ses moyens et le condamne très tôt, à son insu et tous ses personnages avec lui, à l'immobilisme, l'oisiveté et la mort - et pas seulement à cause d’une santé fragile -, avec pour seul secours : l’écriture ; et seul recours : le souvenir et l’émotion suscitée par cet exercice épuisant de remémoration qui a tous les accents d’une... auto-commémoration.

     

    Tel est son style.

     

                          Aussi,  reconnaissons en toute bonne foi que “La nausée” de Sartre, à côté de cette expérience fulgurante qui frappe Proust de plein fouet et au plus profond, c’est trois fois rien : juste une petite déprime.

     

     

    Raoul Ruiz : "Le temps retrouvé" - chef d'oeuvre cinématographique absolu.

     

     

    Lien permanent Catégories : Littérature et essais ad hominem 0 commentaire
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu