Mesure d'audience ROI statistique webanalytics par litterature"WebAnalytics"

Avertir le modérateur

Littérature et essais ad hominem

  • Michel Onfray encore et encore car la bêtise insiste toujours

     

     

                          

     

                          Un pape noir ainsi qu'un prêtre noir dans un village français, c’est de la décadence Monsieur Onfray ? - Vidéo à la 14.40
     
     
     
    ***
     
     
                         "Je me suis pensé mort alors que je suis encore vivant et j'ai pleuré, pleuré, pleuré longtemps et d'autres avec moi aussi. C'était fort, c'était beau, c'était bon, c'était grand."
     
     
                        Accro aux médias, Onfray est de retour avec un ouvrage : "Décadence".
     
    Plus les années passent, plus le constat suivant s'impose au sujet de ce graphomaniaque ( production de deux à trois livres par an) : Onfray aujourd'hui, c'est... sans nul doute, la continuation de Zemmour par d’autres moyens ; comprenez : un discours plus conceptuel, plus proche de l'histoire des idées mais un discours pseudo-savant et sournois ; d'aucuns diront : un discours de faux-cul par manque de courage et de légitimité populaire, contrairement à Zemmour qui n'a pas besoin de prendre des gants avec quelque communauté que ce soit ; un Onfray qui n’assume rien car, bien qu'il s'en cache, son jugement est évidemment moral et idéologique. En filigrane, la grande peur du grand remplacement : l’Islam. 
     
    Les médias de masse étant sa seule famille (relativement jeune encore, Onfray est veuf, sans enfant et vit en province), pour continuer d'exister médiatiquement, Onfray choisit de rejoindre la bêtise ambiante ( participant à des émissions du même genre) et la scélératesse d'un système de pensée de l'abaissement dans les bas fonds de l'épuisement de l'humain et de la liquidation de l'intelligence.
     
    Son ouvrage "Décadence" finira droit chez Finkielkraut dans "Répliques" sur France Culture. Et il le sait.
     
                        Alors vraiment ... tout ça pour ça ? Plus de 80 livres pour en arriver là ?
     
     
     
                         Exonérer le Bouddhisme et le Judaïsme... plus important encore, tirer à boulets rouges sur l’Islam et le Christianisme - deux conditions à remplir pour recueillir l'assentiment des producteurs de télé et de radio -... au moins Onfray sait-il ce qu’il faut et qui il faut craindre : sûrement pas les imams ni les curés.
     
    Et Yann Moix de boire du petit lait chez Ruquier (la gourde de service !)  à l'écoute d'Onfray ; Yann Moix, cet orléanais, pas Jeanne d'Arc ni Robin des bois pour un sou - et pourtant, elles sont belles les forêts de la Sologne - , monté à Paris pour y faire fortune auprès de Bernard-Henri Lévy maintenant qu'il est dans ses petits papiers.
     
     
    ***
     
    Qu'à cela ne tienne ! 
     
                         "Le Christianisme, dites-vous Monsieur Onfray ?
     
                          Et bien... sachez qu'il me suffit d’écouter une cantate de Bach, de me rendre à Chartres, de feuilleter un ouvrage de peinture qui s’étend du VIe siècle au 16è siècle (plus près de nous : Salvador Dali) et de lire un ouvrage de Bernanos pour m’en faire une idée ; une belle et grande idée."
     
     
                    On ne manquera pas de noter ceci à propos de l'intervention de Michel Onfray que des médias complaisants nomment philosophe - intervention bavarde mais creuse comme à l'accoutumée : de peur de passer pour un passéiste et un réac, Onfray fait semblant d’accueillir favorablement ce qu’il appelle "le déclin et la décadence de l’Occident"...
     
    Faut bien dire que les imbéciles insistent toujours ; de plus, chaque matin à leur réveil, ils n'ont qu'un désir : se tirer une balle dans le pied. 
     
              Avec Onfray, la haine de soi n'est jamais très loin, l'ingratitude sous la forme d'un crachat dans la soupe non plus et la bêtise tout autant.

     _____________________

     

    Pour prolonger, cliquez : Quand Michel Onfray rentre à la maison

     

     

    Lien permanent Catégories : Littérature et essais ad hominem 0 commentaire
  • "Les nuits de Paris" de Nicolas Edme Rétif de la Bretonne

     

     

     1er de couv les nuits de paris.jpg

     

     

               

     

     

     

     

     

     

     

     

    « Les Nuits de Paris » : une œuvre de plus de 3000 pages rédigées entre 1786 et 1788 par un auteur-journaliste ("publiciste" on disait au 18è siècle) témoin d’une France urbaine et nocturne à l’aube de la chute de la monarchie ; notes dont les historiens feront des choux gras un siècle et demi plus tard. 

    Contemporain de Sade et Laclos, Nicolas Edme Rétif de la Bretonne est resté méconnu deux siècles durant. Si Sébastien Mercier auteur d’un "Tableau de Paris" de plusieurs milliers de page a devancé Rétif de la Bretonne de quelques années en tant que premier auteur d’un récit urbain à la fois mythologique et pittoresque, Rétif y ajoutera une dimension picaresque et plus important encore : un auteur-conteur, acteur, témoin, spectateur... noctambule de surcroît.

    Trait essentiel de l’originalité de ces « Nuits de Paris »  est le regard que Rétif porte sur ses contemporains. Sade le disait « écrivain poissard » … car il peignait souvent un tableau misérabiliste.

    Conteur-né, ses nuits parisiennes parfois émouvantes collent au vivant et à l’événement…à l’aise dans le quotidien et sa fiction ; et si la nuit renforce l’acuité du regard et le silence l’ouïe, notre hibou-spectateur du ruisseau – tel on le nommait -, se régale, et ses lecteurs aussi.

    Des centaines de récits courts, incisifs, d’une diversité peu commune :  tous les sujets sont traités, tous les métiers, tous les lieux publics et privés, toutes les classes des « filles du commun » aux domestiques à l’artisan, de la noblesse à la bourgeoisie, filles publics (prostituées) voleurs, escrocs, bandits, oisifs, mendiants, débrouillards,  et une Marquise , vraie ou fausse,  réelle ou fictive, (c’est la Schéhérazade des contes des mille et une nuits) ; elle sera sa première auditrice ; Rétif lui contera ses anecdotes nocturnes, fruits de ses promenades, avant de rentrer à l’aube dans son logis de la rue de la Bûcherie. Une Marquise bienfaitrice dont il sollicitera la charité et le salut pour ceux et celles qu’il prendra sous son aile au cours de  ses pérégrinations nocturnes, tel un pasteur…  ouailles  en perdition ou en grand danger de l’être, car, à ses yeux, l’action individuelle étant garante de la bonne conscience.

     

                Alors que la noblesse de province faisait monter leurs filles encore adolescentes à la cour de Versailles pour les marier (les vendre ?) aux plus offrants des vieillards moribonds, la petite bourgeoisie du coeur de Paris courait la nuit, à la lueur des bougies de leurs domestiques, à la recherche de leur fille cadette qu’un séducteur bavard et cynique déflorait à grand renfort de beaux discours et de promesses qui n'engageaient le plus souvent que celles qui les recevaient, sous les portes cochères…

    Rocambole un demi siècle avant son auteur, tantôt à l’affût, tantôt en mouvement mais sans précipitation, excepté lorsqu’il lui faut échapper à des poursuivants aussi malfamés que mal intentionnés, appelant à la garde quand les risques sont trop grands, Rétif nous rapportera un fait peu connu de cette époque : les viols collectifs en public, de jour comme de nuit, par des bandes savamment organisées lors des fêtes de rue  et des feux d’artifice qui mobilisent des foules entières ; toutes les classes s’y retrouvent : on choisit soigneusement une victime, une jeune fille de préférence mais pas toujours, on l’entoure, on l’encercle, on l’isole de ses parents ou de ceux qui l’accompagnent pour lui faire subir dans le tumulte, le bruit et la fureur des festivités de rue – cris, fusées et pétards -, tous les outrages avant de s’éclipser  sans être inquiétés.

    Précisons ici que toute l’œuvre de Rétif ne vit que par les femmes et pour les femmes, tout comme son auteur ; femmes de tous les âges et de toutes les conditions, faibles et crédules ou parfois dans la nécessité d’exercer des activités que la morale réprouve mais auxquelles la société tout entière a recours sans sourciller. Il sera souvent question de jeunes filles, abusées, meurtries ou dont la vertu en danger semble galvaniser chez Rétif un courage physique aussi rare que précieux car dans ce Paris de la fin du XVIIIe siècle, jamais les femmes du peuple et de la petite bourgeoisie auront été autant en danger ; chair à plaisir convoitée par tous les hommes  de tous les âges et là encore, de toutes les conditions : les petits Sade sont légion à cette époque ; le marquis a fait d’innombrables émules qui ne leur demanderont pas leur avis.


                 En rupture avec la tradition romanesque d’un Antoine Prévost,  ces « Nuits de Paris » n’ont pas d’histoire suivie car la diversité des récits y contribue guère ; de plus, les personnages que l’on rencontre  et côtoie avec l’auteur ont pour seule réalité, une réalité collective, quasi sociologique : toute une époque donc !


    Rétif annonce Balzac mais sans le Père Goriot ou Flaubert mais sans Madame Bovary. Pas de figures archétypales sinon des conditions de vie, des comportements et des manières d’être au monde emblématiques d’un ordre social qui appartient à la fois au passé et à l’avenir ; un avenir révolutionnaire : la noblesse déclinera avant de sombrer au profit d’une bourgeoisie qui aura pour unique exigence : que les affaires tournent ! Petites et grandes ; honorables ou affligeantes… pour les siècles des siècles... 

     

                 La rue est le domaine de la marginalité, et la nuit, celui du malheur qui accable des êtres déjà bien fragilisés ; c’est le Paris du peuple dans son entier à une époque où toutes les classes sociales cohabitent encore : la ségrégation est seulement verticale ; elle dépend de l’étage. Un Paris « occupé » par une main d’œuvre chassée des provinces par la disette ; c'est le Paris des cabarets et des coupe-gorge ; cours, jardins, escaliers étroits, Rétif ira jusqu’à pénétrer l’intimité des logements parfois à l’insu des occupants pour écouter, entendre, observer, comprendre ou bien secourir…

    Ce sera quelques dizaines d’années plus tard, le Paris de Balzac, d’Eugène Sue et d’Hugo.

    Et c’est aussi le Paris du piéton et le Paris pré-révolutionnaire même si dans ses récits, aucune révolution semble pointer le bout de son nez - il faudra se reporter à cette autre œuvre nocturne de Rétif qui porte le nom de « Nuits révolutionnaires » ; car si la nuit, tous les chats sont gris, les révolutionnaires eux cuvent leurs idées comme d’autres leur vin, et face au sommeil nous sommes tous égaux.

    C’est le Paris de l’île de la Cité, de l’hôtel Dieu, le cœur de la Capitale qui comportait alors que six arrondissements… place Maubert, rue de la Bûcherie, le Paris des imprimeurs et des libraires (Rétif était lui-même imprimeur), l’Ecole de médecine et des hurlements de femmes en couches. C’est le Marais… la rue Saintonge… les Halles, sans oublier les faubourgs : Saint-Germain et Saint-Marcel.

     

               rétif de la bretonne,paris,révolution,1789,littérature,sébastien mercier, récits,feuilleton,zola,balzac,flaubert,hugo,sade,contes,mille et une nuits,schéhérazade,disette,eugène sue,nuits révolutionnaires,nuits de paris, Né en 1734 d’un père paysan aisé et instruit, Rétif de la Bretonne sera l’ainé d’une famille de sept enfants (ainsi que de sept demi-frères du premier mariage de son père) ; de culture chrétienne, il se considérait lui-même comme faisant partie des « couches inférieures de la roture ». Typographe de formation - il en fera son métier -, Rétif s’élèvera grâce à son intelligence et son talent. Ascension qui renforce chez ce travailleur infatigable une solidarité indéracinable pour les « infortunés ». Et c’est ce regard-là, regard compassionnel, qui lui fera écrire : « Ce sont une multitude de petites choses vues et senties par l’Observateur qui fréquente toutes les classes qui échappent les plus souvent aux autres hommes ».

    Les ancêtres huguenots de Rétif, sa formation janséniste à Auxerre puis à Bicêtre feront de lui l’ennemi de l’oisiveté : « la religion veut que l’on s’occupe utilement pour soi-même et pour les autres » ; volontiers sermonneur de haut de sa chaire de moraliste réaliste, rigoriste et parfois, franchement austère, sa vie privée n'aura pas été pour autant un modèle de vertu : en effet, on lui connaît une relation incestueuse avec sa fille ainée.

    Sans doute s’agit-il là encore d’une histoire de paille et de poutre et d’un « Faites ce que je dis mais pas ce que je fais ! »… pour ne rien dire d’un « Pour vous la vertu, pour moi la licence ! »

    C’est Molière qui n’a de cesse d’avoir raison.

     

                Confiant dans la science, disciple de Buffon et proche de Rousseau, les "Nuits de Paris" sont souvent éclairées des idées philosophiques et politiques de l'auteur ; chaque récit peut avoir alors pour conclusion nombre de propositions destinées à mettre fin à une carence, à une insuffisance ou à un excès dommageable pour le bien commun car, comme pour tous les honnêtes gens, l’intérêt général était  son souci premier.

    Avec Rousseau, Rétif réaffirme que le peuple est la seule réalité politique. Le Souverain n’est que le « réunisseur du Pouvoir », et le peuple la nation.

    Il craignait néanmoins les fermentations populaires : « Comme mon bras doit toujours obéir à ma tête, toute résistance des membres affaiblit  un corps.» Ni révolutionnaire ni utopiste même s’il imagina pour ses lecteurs "l’An 1888", prudent, il pensait « que l’on ne doit attaquer les préjugés du peuple qu’avec ménagement et lorsqu’ils sont réellement nuisibles ».


    Ennemi du luxe, du superflu, toujours sans le sou et endetté - les visites les plus fréquentes à son domicile étaient celles des hommes de loi, huissiers de préférence -, il pensait que le « riche » est utile aussi longtemps qu’il œuvre en faveur du développement.

    Se rangeant du côté des stoïciens - lucidité et réalisme - contre les Epicuriens – à chaque jour suffit sa peine -, une série de livres sur ce qu’il appelait «  la réformation » verra le jour aux côtés d’autres ouvrages (une quarantaine de titres) rédigés dans le souci d’une recherche d’un mode de gouvernement qui placera le bien public au centre de son action. Il était contre la propriété du sol. Il se méfiait des physiocrates et des économistes (nos libéraux d'aujourd'hui en matière économique) ; il les considérait comme des « systématiques dangereux » ; des idéologues dogmatiques.

    Il nous quittera en 1806 après avoir lancé à la cantonade : « Quand le supplice est trop grand pour le crime (et a fortiori pour un délit), on n’effraie pas (on ne dissuade pas) : on indigne. »

    Et c'est déjà la voix d'un Emile Zola.

     

    ***

     

               Entre rêve et réalité, les Nuits parisiennes de Rétif de la Bretonne - nuits en noir et blanc -, et son clair-obscur, inspireront Baudelaire, Nerval, les grands romans populaires du XIXe siècle, puis Apollinaire, Soupault, Breton, Aragon et Carco : Paris la nuit, encore et toujours…

     

               Car... « Le spectateur nocturne est aussi acteur par l’écriture, il projette son ombre sur la scène, un personnage tout nouveau : il fait alors éclater Paris dans la littérature » - Jean Varbot.

     

    Lien permanent Catégories : Littérature et essais ad hominem 0 commentaire
  • Emma Bovary ou l’impossibilité du deuil de la transcendance

     

                  Dieu n’est pas simplement mort ; non, il s’est aussi retiré en nous laissant derrière lui l’ennui mortel, le spleen baudelairien. Arrive alors la grande dépression et une exaltation qui ne charrie ni de déplace rien d’autre que du vent : on se croit arrivé alors que l’on n’est même pas encore parti ; on n’a pas bougé d’un pouce ; c’est l’illusion du mouvement, de l’action, un surplace vertigineux : on finit par trébucher avant de sombrer sans rémission.

                  Comment identifier en nous cet infini qui, chez certains êtres, hurle à la vie, à l’action et parfois même à la mort ?

    La faculté de l’être humain de se croire autre qu’il n’est est sans limite. Fiction, réalité… mais alors, qu’est-il raisonnable d’espérer pour soi et d’attendre des autres ? Si c'est dans l’échec qu’on apprend, il n’est pas sûr du tout qu’Emma Bovary ait appris quoi que ce soit. A-t-elle seulement eu le temps ?

    Madame Bovary fut la première aux yeux du monde. Des millions d’autres -  par centaines - partageront le même sort. Tête creuse, privée de concepts pour penser cet ennui, ce vide, ce manque, son malaise, sa maladie et son remède, Emma Bovary c'est aussi l’insaisissable désir de plénitude dans un monde de canailles : et jamais ce monde n’a été aussi actuel !

     

                Charles Baudelaire misogyne et finalement conservateur, un Baudelaire libéral dans les mœurs (pour son bon plaisir en particulier avec les femmes des bordels de son siècle) mais traditionnel dans son attachement à un ordre social dans lequel d’aucuns sont nés pour commander, d’autres pour obéir, tout en haïssant la bourgeoisie issue de la Révolution française et de la révolution industrielle…

    Ce Baudelaire-là admirait Emma Bovary âme ombragée mais impulsive, passionnée, déraisonnée ; il l’opposait aux femmes intellectuelles qu’il détestait. Il voyait en Emma l’animal : pas de cerveau mais des pulsions, de l’instinct propre aux femmes qui, soit dit en passant, se font souvent « balader » par les hommes et leur baratin ; à ce sujet, la mauvaise foi aidant, il est vraiment surprenant que Flaubert n’ait pas été accusé de misogynie. Sans doute est-ce parce qu’Emma est indéfendable ; comprenez : personne ne peut vouloir lui ressembler car un tel désir signifierait un aveu d’impuissance et de sottise. Personne n’aura ce courage.

    Mais alors, cette maladie de l’ennui qui s’étendra sur toute la société ne pouvait donc être incarnée que par une femme ? Un « Monsieur Bovary » est-il concevable et pas seulement littérairement ? L’homme au masculin, cet agité du bocal et de l’action qui a le sens des affaires, le goût des sciences et qui ne peut s’empêcher de nourrir l’histoire de l’Art, cet homme-là aurait-il pu sombrer dans une mélancolie aussi médiocre que trompeuse ?

     

                    Si Madame Bovary est un archétype, en revanche, Bartleby de Melville qui voit le jour trois ans avant Emma, est bien un personnage au sens le plus plein du terme : un individu unique doté d’une conscience hors du commun. Bartleby n’est pas simplement l’anti-Bovary - lucidité et intelligence -, il est la conscience qui manquait à Emma car Bartleby avait compris que tout ce qui nous serait proposé de vivre ainsi que les conditions à réunir pour le vivre, serait frappé d’immoralité telle une faillite sans précédent qui nous condamnerait à l’anéantissement : nous tous vivants mais morts.

    Car, Madame Bovary incarne très tôt toutes les « Bovary » à naître, à vivre et à mourir. En revanche Bartleby se compte sur les doigts d’une seule main. Sans doute n'y a-t-il qu’un Bartleby par génération. Et encore ! Rien n’est moins sûr.

    Bartleby est un personnage souverain, un génie qui plus est ; Emma est esclave ; dépourvue de talent, le génie du bovarysme est à chercher chez son créateur-auteur, Flaubert, qui n’était pas, contrairement à ce qu’il a pu affirmer, Emma Bovary, même s’il semble avoir couru de près, de très près, ce risque ; celui d’un bovarysme dévastateur ; y aurait-il succombé qu’il n’aurait jamais pu alors écrire ce roman-là et tous les autres.

    Si Bartleby est plus grand, bien plus grand que son auteur-créateur, Madame Bovary est très en dessous de Flaubert. Sans doute l'auteur a-t-il créé ce personnage comme pour conjurer le mauvais sort ; « Emma Bovary » tel un roman anti-dote du bovarisme, un peu comme un vaccin qui inocule le virus pour mieux le combattre ?

    Assurément.

     

                 Les grands malheurs, ceux qui s’étendent à toute la société, commencent toujours par les petits, uniques car personnels et pourtant déjà universels dans leur caractère exemplaire. Il est vrai que cet ennui qui est aussi sans aucun doute un produit du système social et politique, cet ennui-là frappe en priorité les êtres qui n’ont pas su se trouver à s’occuper ; il faut alors que l’Etat les divertisse : patriotisme, « Enrichissez-vous bonnes gens ! », la guerre, la haine et le bouc-émissaire, l’envie qu’il ne faut pas confondre avec le désir ; le désir c’est devenir qui on est ; la convoitise, c’est convoiter l’autre. Nuance importante.

    Bien avant les Rolling-Stones qui ont poussé le grand cri de l’insatisfaction sans toutefois nous l’expliquer, René Descartes, dans une de ses méditations, avait des choses profondes à dire à ce sujet.

    Insatisfaction permanente, mélancolie médiocre accoucheuses de rien - ce rien bien moins que rien aujourd’hui excepté pour des psys aux élans médiatico-mystico-pantoufle qui se font grassement rémunérer -, difficile d’être lucide quand on est incapable d’une telle exigence envers soi ; la tromperie du bovarysme touche autant soi que les autres car dans le « bovarysme » tout est erreur de jugement ainsi qu’erreur de discernement. Emma l’apprendra à ses dépens.

     

                   

                                              Madame Bovary de Claude Chabrol - 1991 : l'agonie.

                      Agonie cruelle et interminable d'Emma Bovary : Prémonitoire, est-ce là tout notre siècle malade que vomit Emma ?

     

    ***

     

                      Il n’a pas de vie banale ni de destin obscur qui méritent que l’on se méprise avant de se méprendre. Il n’y a que la beauté d’une existence conforme à sa propre existence dans un environnement tout aussi en accord. Une existence vraie dans un environnement qui ne ment pas car la vérité, le vrai c’est la définition même du beau : une belle existence est une existence vraie loin de toute considération quant à la réussite matérielle.

                     L’idéal amer a eu raison d’Emma qui a voulu vivre alors qu’elle aurait dû se contenter de rêver : la littérature - le roman en particulier - soutenue par un lectorat majoritairement féminin, c’est fait pour ça après tout ! Et pas seulement les romans de gare.


    Artistes peintres, auteurs, musiciens… pour ceux-là, c’est l’Oeuvre qui les sauve. Sans talent, sans don, Madame Bovary était donc condamnée très tôt. Artiste, elle aurait survécu à son malheur. Sans œuvre, elle se condamnait à une fin tragique, le suicide, pour ne pas avoir à affronter la honte d’un fourvoiement pathétique et ses conséquences : les assumer aurait été au-dessus de ses forces ; la honte d’une trahison imbécile aussi (avoir trompé son mari et son monde pour en arriver là !), trahison stérile, en pure perte, sans profit ; trahison idiote qui ne vous laisse rien, démunie ; la nature de cette trahison-là  y est pour beaucoup dans cette décision d'en finir avec sa vie, sa maigre vie. N’en doutons pas un seul instant : il y a des chutes peu glorieuses qui frôlent le pathétique ou bien pire encore : l’indifférence. Des chutes pour rien. Encore le rien ! On n’a alors qu’un souhait, qu’un désir, un seul impératif absolu : s’effacer, disparaître et si possible dans une souffrance spectaculaire comme pour en mettre plein la vue une dernière fois à un entourage que l'on sait déjà perdu et bientôt hostile : un plus grand mal comme moindre mal , le sien propre avec l'espoir d'y faire naître un peu de mansuétude ?

    Après tout, on ne fait pas de procès à un mourant.

     

                      Jamais le réalisme en littérature aura autant servi la fiction d’une représentation de soi ; plus Emma s’égare, plus le monde réel s’impose à elle et au lecteur ainsi qu’à l’auteur. A quel moment nous est-il donné de plaindre Emma Bovary ? A quel moment décide-t-on de céder à la compassion, d’accepter de faire un bout de chemin avec elle dans sa déchéance ? Difficile d’identifier ce moment. Et puis, le lecteur se décidera-t-il à céder à cet élan compassionnel ? Emma Bovary manque décidément de qualités humaines. Et ça n'aide pas. L’auteur alors ? Rien ne l’indique. Flaubert clôt son roman, tire le rideau, boucle ses valises sans état d’âme même s'il n'épargne personne ; sur Emma Bovary et la société qui l'entoure, il nous propose le regard clinique de l’ethnologue doublé d’un sociologue. Il n'y aura personne à sauver même pas Charles Bovary, l'époux, le double d'Emma, son alter-égo dans la sottise. Et ça, c'est déjà un parti pris, voire... une déclaration de guerre au genre humain.

    Flaubert misogyne et misanthrope ? Il récidivera à deux reprises avec "Bouvard et Pécuchet" et "L'éducation sentimentale".

     

                    Mais au fait, qui sommes-nous ? Qui est Madame Bovary ?

                    Fatiguée, usée par une grande énergie illusionniste d’un matérialisme responsable d’un bon nombre de déséquilibres (psychologiques et autres), d'un "romantisme à la manque" Madame Bovary n’aura convaincu hélas personne. Dans cet ouvrage, l’Europe ne saura pas y lire un avertissement au siècle à venir ; le personnage était encore trop vert sans doute ; il manquait de maturité ; à moins que ce ne soit ses lecteurs.

     

    ***

     

    bovary.jpg

                     Cent cinquante ans ont passé.

                     Trop-plein, harcèlement consumériste, autoritarisme des modes, saturation, impasse écologique et ontologique, l’illusion lève le voile. Le miroir cesse de mentir. La grande dépression touche à sa fin. Emma Bovary sort de son cauchemar ; elle a retrouvé les premiers étonnements de l’enfance : c’est la re-découverte des saisons qui se succèdent et c’est aussi la plénitude du fait d’être au monde, tout simplement ; c’est la belle simplicité du beau et du simple conformes à leur objet qui nous rappelle que la feuille n’est pas la branche ; la branche le tronc. La force n’est pas tout ; le frémissement du plus faible a autant d’importance que l’immobilité mastodonte du roc. Et puis, qu’on n'oublie pas que l’arbre ne pourrit pas toujours par ses racines.

                    Née en 1856, déjà à l'agonie dès les premiers jours de sa naissance, Emma Bovary qui, pour son malheur, ne connaissait pas les bienfaits de la contemplation heureuse car prudente, meurt épuisée après un siècle et demi de souffrances bien inutiles. C’était couru d’avance : s’ouvrir à l’infinité des possibles quand on peut tout juste mettre un pied devant l’autre… quelle idée folle !

    Malheur métaphysique d’une modernité jamais démentie, il semblerait que ce malheur ait aujourd’hui atteint enfin son épuisement. Le mal est bel et bien identifié ; la guérison peut donc commencer. Et puis...

     

                      

     

                  "Romantisme à la manque" disions-nous à propos d'Emma Bovary ?

                   Que celui ou celle qui n'y a jamais cru un jour, même une heure, lui jette la première pierre.

     ______________

     

    Pour prolonger, cliquezPenser le 21e siècle avec Emma Bovary

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Littérature et essais ad hominem 0 commentaire
  • George Steiner : un diamant d'intelligence

     

    9782070126927

                "Un souci extrême de la vérité cache très certainement une passion dévorante pour le mensonge. Quant à savoir comment l'esprit se masque lui-même cette probabilité...

    Dominer cette dualité, c'est être envers soi-même un agent double, c'est se nourrir à un ultime degré d'ironie à la fois juvénile et raffinée, de la trahison de soi-même."

     

    George Steiner à propos de l'historien et critique d'art Anthony Blunt, espion britannique, agent double au profit de l'URSS.

     

               

    george-steiner-chroniques-new-yorker-L-2.jpeg

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Ecrivain anglo-franco-américain, né à Paris le 23 avril 1929. Théoricien de la traduction, expert en littérature comparée et docteur honoris causa d’un grand nombre d’universités de par le monde, George Steiner est plus connu du grand public comme essayiste, critique littéraire et philosophe.

     

     

                  Sur Soljenitsyne...

    Sciemment ou non, quiconque offre une explication diagnostique, si pieuse, voire réprobatrice soit-elle, érode, aplanit jusqu'à vouer à l'oubli l'irrémédiable concrétude de la mort sous la torture de tel homme ou de telle femme, de la mort de faim de cet enfant-ci. La sainteté du détail infime obsède Soljenitsyne. Comme chez Dante, les noms propres sortent en cascade de sa plume. Si nous voulons prier pour les torturés à mort, il le sait, nous devons mémoriser leurs noms et les articuler, par millions, dans un incessant requiem de nomination.

     

                  A propos de l'oeuvre de Graham Greene...

    Greene sait que le plus esseulé des hommes est celui qui n'a point de secret - ou, plus exactement, qui n'a personne auprès de qui trahir un secret.

     

                  Thomas Bernhard : Vienne et l'Autriche...

    Le pays, la société, qu'il a mille fois raison de fustiger pour son passé nazi, sa bigoterie et ses risibles autosatisfactions est aussi le berceau et le cadre d'une large part de ce que la modernité compte de plus fécond et de plus significatif. La culture qui a accouché d'Hitler a aussi nourri Freud, Wittgenstein, Mahler, Rilke, Kafka, Kraus, Broch, Musil...

     

    George Steiner - Serge ULESKI.jpgAprès la chute du mur de Berlin...

    Seule la violence tyrannique peut étouffer l'égotisme humain, l'appétit de gaspillage et d'ostentation. Et ceux qui exercent cette violence se flétrissent à leur tour dans la corruption. Cette connaissance nous diminue car, elle amplifie le beuglement de l'argent.

     

     

    Naturellement, il n'est pas insignifiant que Steiner soit un lecteur fabuleusement savant, qu'il parle couramment plusieurs langues et qu'il soit aussi à l'aise pour disserter de Platon, Heidegger et de Simone Weil que pour nous entretenir de Fernando Pessoa ou d'Alexandre Soljenitsyne (Robert Boyers - en introduction à l'ouvrage " Chroniques du New Yorker).

     

                 Sur B.B, plus connu sous le nom de Bertolt Brecht...

    Aucun poète lyrique, aucun dramaturge, aucun pamphlétaire n'a donné une voix aussi perçante aux hymnes à l'argent, n'a rendu plus tangible la puanteur de la cupidité.

     

                 Et puis cette longue élégie, cette souffrance amoureuse pour un peuple martyr...

    L'histoire russe est faite de souffrances et d'humiliations presque inconcevables. Mais le tourment comme l'abjection nourrissent les racines d'une vision messianique... jusqu'à se traduire dans l'idiome du slavophile orthodoxe ou dans le sécularisme du communisme. Le seul fait que la Russie ait survécu sous un Staline, comme sous un Ivan le Terrible témoigne d'une étrangeté de destinée créatrice ; et tous les grands écrivains russes sont là pour en témoigner.

     

                   Sur Céline...

    La haine chez Céline est le ressort de l'imagination, du déchaînement d'éloquence. D'ordinaire la haine a le souffle court mais chez une poignée de maîtres une misanthropie enragée, une nausée à la face du monde engendrent de grands desseins. Le monotone de l'abomination devient symphonique. Mettez "l'homme" là où une formule insensée indique "le y...pin", et vous aurez chez Céline des passages d'une grandeur biblique.

     

                 Au sujet du "couple" de Gaulle-Malraux...

    Pour l'un comme pour l'autre, la vie était essentiellement affaire de style. Tous deux avaient une conscience presque sensuelle des grands mouvements de l'éternité. En de Gaulle, Malraux reconnut l'incarnation suprême du "pouvoir comme geste imaginatif". En Malraux, de Gaulle perçut un témoin idéal et le mémorialiste de son propre scénario de grandeur (La condition humaine, L'espoir...).

     

               Soudain, une apparition-recension d'outre-tombe : Celan

    La syntaxe est comprimée dans une sorte de tension implosive. Les modificatifs, les détours pronominaux, les conjonctions  qui ont donné au discours occidental moderne sa fluidité logique, son ouverture à la compréhension et à la paraphrase sont finement éliminés au burin. Celan frappe d'anathème la causerie qui est le contraire du "dire".

     

                Et d'autres encore... Simone Weil, Russel, Canetti, Koestler, Foucault...

     

                 Plus de cent trente articles écrits par George Steiner pour le prestigieux magazine américain The New Yorker entre 1967 et 1997.

     

    __________________

     


    Pour prolonger, cliquez : Serge ULESKI en littérature

    Lien permanent Catégories : Littérature et essais ad hominem 0 commentaire
  • Un hiver séculaire

     

     

    actualité,hiver,maupassant,contes,livres,littérature

                C’est l’hiver. La terre tremble de froid, et sous son étreinte, dans un instant, elle se fendra en deux. Un froid palpable et tangible marche sur le monde : celui des anciens temps, revenu là pour en finir avec l’immense peuple des marais, des joncs et des grands herbages.

    Rien n’est plus troublant, plus inquiétant, plus effrayant que ce silence des marais gelés avec ces brouillards épais qui cachent des corps livides, des bouches muettes de vase ; dernier germe de vie dans une eau piégée sous la glace.

    Une rumeur passe dans les roseaux avant le retour d’un silence profond que le froid impose à quiconque tente d’afficher un semblant de vie. Même les brumes qui traînent sur les troncs d’arbres et qui enveloppent leurs branches les plus basses comme des voiles blancs de reines veuves restent là en suspend, figées.

    Soudain un cri, puis le gémissement bas d’une dernière clameur de vie. En chasse, le froid a frappé une nouvelle fois ; les yeux de sa victime le regardent résignée : un monde inconnaissable qui a eu sa vie propre, ses cris, ses voyages et ses mystères, palpite encore dans sa poitrine. Mais pour combien de temps encore ? Déchirée sa chair avant d’être brûlée par un froid du feu de dieu !

     

    actualité,hiver,maupassant,contes,livres,littérature

     

                Au même instant, une chose noire au ventre d’argent tombe comme si l’on avait coupé la corde qui la tenait suspendue, laissant dans sa chute apparaître de longues taches rapides sur le firmament : c'est la mort hivernale qui raidit les joncs, fige le silence et gèle les eaux comme on glace le sang ; c'est le froid qui pénètre l'âme du monde.

    Quelque part au-dessus des marais, maintenant durs comme la pierre, un diamant en forme de cône s’élève lentement. Le cœur en feu, il monte à la rencontre d’un soleil qui n’éclaire plus : il est midi et il fait nuit.

    Une dernière plainte courte, répétée et déchirante après un cri strident... cette âme sans voix que le froid a abattue, a crié là sa dernière espérance de vie et son dernier adieu. 

     

                         Texte inspiré par la lecture de "l’Auberge" et "Amour" : deux contes de Guy Maupassant.

     

     

     actualité,hiver,maupassant,contes,livres,littérature


     

     

    Toutes les photos sont "copyright Serge ULESKI"

     

                   Pour prolonger, cliquez : Serge ULESKI en littérature

     

     

    Lien permanent Catégories : Littérature et essais ad hominem 0 commentaire
  • "Ses seins ufologiques. Son pubis ovniaque. Ses yeux Alienés" - un texte d'Andy Vérol

     

     20130222233937-44967980-cu_s9999x300.jpg

     

     

     

     

     

     

    Par Andy Vérol

     

                 

     

                 " Je voulais faire l'amour avec quelques murs démolis, encore, curer entre les dents les briques, et m'infiltrer. Je voulais m'effacer pour que ça n'empire pas, que cela cesse. J'étais tiraillé entre la sœur soudaine et le daddy répétitif. Qu'avais-je fait pour que ma vie soit une telle impasse puante, un temps stagnan...t dans la serviette mouillée sueur de leur haine réciproque ?


    Dans la boîte aux lettres, ils m'avaient envoyé une lettre pour me dire que j'étais condamné à vivre dans leur congélateur...

    Le docteur ouvrit son bide, en sortit ses boyaux brillants et les balança sur le bureau.

    «Vous voyez ça? Ce sont mes intestins. Et ces intestins, voyez-vous, ils sont perclus de métastases. Alors vous savez quoi? Votre rhume, votre dépression et vos lamentations concernant les coups portés par votre père, vous pouvez vous les foutre au cul !

    Qui aurait accepté de redevenir l'esclave usiné que furent les grands-parents? Qui aurait voulu se présenter chaque matin devant la porte de la fabrique pour gagner sa pitance quotidienne? Daddy n'en voulait pas, trop heureux de palper son RSA, bouffer gras/sucre amerloque, mater son catch, bricoler ses poubelles Mustang 60'/70' et se beurrer la gueule en regardant le grand désert d'en-face. Ça ne l'empêchait pas de réclamer des barrières douanières et « qu'on refoute ces feignasses de français au travail au lieu d'le donner à ces saloperies d'bougnoules »... Le drapeau pendouillait comme une bite molle sur le fronton de notre ghetto de spectres.

    Sa laideur était sa beauté. Sa face taillée au couteau lui donnait un charisme tel que l'on ne pouvait que se laisser envoûter. Dans la symétrie ou dissymétrie d'un visage, on pouvait entendre la musique qui en sortirait.


    Je n'avais pas à essayer d'entrer dans la peau d'un criminel en puissance: il était dans ma propre chair, dans mes cellules, dans mon ADN. Il était logé là, partout, quelque part, nulle part, sorte de muezzin des ténèbres qui lançait chroniquement l'appel à la destruction. Seule l'écriture m'offrait la possibilité d'en faire une richesse, un monde, une guerre menée à la vue de tous.

    Nous étions juste houspillés par la guerre que se livraient l'intérieur et l'extérieur de soi. C'était un luxe ça, surtout quand tu n'avais pas ton bol de bouillie à chercher chaque jour.


    Après s'être regardé un documentaire sur les Aston Martin de James Bond et un autre sur les UFO, je vis Daddy bouffer une boîte de choucroute froide avec les doigts. Ma sœur était enfermée dans la chambre d'amis et faisait des petits bruits d'archéologue de tiroirs...

    Sa pastille Vichy sous la langue, il semblait s'apaiser, laissant son appareil génital et gélifié en paix, regardant avec l’œil trouble des programmes sur la pêche en eau vive. En l'espace de quelques minutes, il en devenait presque rassurant.


    « Moi je sais que Jésus et Mahommet, ces petits bonimenteurs qu'ont fait fortune, c'est rien à côté de moi et ma Nation! Tu vois ma fille, ici, c'est ma Nation et toi t'es une étrangère. Et tu sais c'que je fais à l'étranger moi?! ».

    Il frappait violemment sur la porte au point de la faire trembler. Elle hurlait derrière, l'implorait de la laisser tranquille.


    Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé.

    Petit pilleur de mes tombes pour se bâtir un trône fabriqué avec la merde de mon cadavre Petit pilleur de mes tombes pour se bâtir un trône fabriqué avec la merde de mon cadavre Petit pilleur de mes tombes pour se bâtir un trône fabriqué avec la merde de mon cadavre Petit pilleur de mes tombes pour se bâtir un trône fabriqué avec la merde de mon cadavre.

    Certains murs, surtout ceux de l'arrière, avaient été rafistolés avec des planches de bois qui laissaient passer l'air, le sable charrié par le Zéphyr. Ça se foutait partout, dans le café au lait et ses croûtons de pain, sur les cendriers, la toile cirée, le tissu usé marron du canapé, les grains de beauté se muant en crabe, les poils des guibolles, les rigoles encombrées de crasse, le carrelage historiquement noir, présentement terre, ... partout. Absolument partout... Je passais ma langue sur la façade de mes dents de devant et des grains de sable minuscules se ruaient contre l'émail de mes molaires encore solides.


    Il n'y a pas de dénouement pour la salive qui forme un lac croupissant sous la langue.


    Ses seins « ufologiques ». Son pubis « ovniaque ». Ses yeux « Alienés ». Sur le matelas taché de pisse, ma sœur allongée sur le dos et maintenue fermement par Daddy le corps sudation le muscle cuivré."

     

                  Bribes-extraits du roman en cours d'écriture "La Diaspora des derniers jours/Un homme clitoridien".

     

    _______________________

     

    Les éditeurs d'Andy Vérol sont les suivants :

    L'ivre-Book

     

    Agence éditoriale Bruit Blanc

     

    Editions du Camion Blanc

     

    Editions Scali

     

    Editions de ta Mère

     

    Editions Pylône

     

    Editions Hannibal (Autriche/Allemagne)

     

     ________________________

     

     

                Serge ULESKI à propos d'Andy Vérol : "j'aime l'écriture de cet auteur né avec Internet, comme nous tous ici ! Son écriture et sa mise en scène aussi, sans doute pour la raison suivante : son écriture ne sera jamais la mienne car enfin.... comment réconcilier disons... Pierre Boulez et les Sex Pistols ?"

     

     La suite...ICI  aussi

     

    Lien permanent Catégories : Littérature et essais ad hominem 0 commentaire
  • Littérature : lâché de chiens et de leurs cousines les hyènes...


     

    ... Par les Editions Gallimard.

     

     

    319NOrobP6L.jpg

     

    Richard Millet

    Auteur de « Langue fantôme - Eloge littéraire d’Anders Breivik :

     

    "... Afin d'aider à la reconnaissance de ce tueur incompris (Anders Breivik) dont le jugement sera prononcé le 24 août, Richard Millet, qui tient «l'antiracisme pour un terrorisme», publie un «Eloge /littéraire d'Anders Breivik»  où les 77 gamins assassinés étaient «de futurs collaborateurs du nihilisme multiculturel, métissés et incultes» et où «Breivik est ce que méritait la Norvège», laquelle a sacrifié les chants grégoriens au «chant du muezzin»..."

     

    ***

     

    En attendant...  on ne chérira jamais assez la liberté d'édition.

     

              Mais alors... que les langues se délient ! Et que l'on sache une bonne fois pour toutes à qui nous avons affaire ! Tout en n'oubliant pas d'observer le silence des uns (qui ne dit mot consent ?), les cris d'orfraie des autres et l'indignation des pompiers pyromanes quand Millet prend pour cible le plus faible, à savoir... le Musulman français et la Religion du même nom.

     

             Remplacez donc le Musulman Français par le Juif ou le Rom ou le Tzigane français...

     

             Il est vrai qu'au sujet des Musulmans, de l'Islam, et plus généralement des Arabes, ici en France et partout ailleurs en Europe, tout, absolument tout est permis, avec l'appui sans faille de tous les médias.

      

    ______________________________

     

    A LIRE SUR LE SUJET :

     

     Enquête: Richard Millet, le kamikaze

     

     Millet reste chez Gallimard

     

     Jean-Marie Laclavetine: «Millet va de plus en plus loin dans la provocation»

     

     Alexis Jenni : «Millet fait de la littérature, pas de la politique»

     

     Qu'y a-t-il dans le livre de Richard Millet?

     

    Lien permanent Catégories : Littérature et essais ad hominem 0 commentaire
  • "Ainsi soit-elle" de Benoîte Groult

     

                   De la génération des féministes mariées et mères de famille - avant l’arrivée dans les années 90 de féministes sans enfant, sans mari, sans famille ni foyer -, Benoîte Groult, romancière et essayiste, figure du féminisme français, nous a quittés en juin dernier.

     benoîte groult, féminisme, misogynie,littérature, ainsi soit-elle, auteures féministes, libération de la femme,

    De cette auteure, la lecture de « Ainsi soit-elle » publié en 1975 est plus que salutaire car cet ouvrage nous permet de réaliser d’où sont parties les féministes des années 60 et 70 ; d’où… dans le sens : à quelles conditions d’existence la femme qu’elle soit épouse, mère ou bien célibataire sans enfant, issue des classes populaires ou de la bourgeoisie, était rattachée.

    La liste est longue des pourfendeurs de l’émancipation féminine, du XVIIIe au XXe siècles : Rousseau, Baudelaire, Nietzsche, Robespierre, Freud, Coubertin, Byron, Balzac, Charcot, Mirabeau, Talleyrand, Auguste Comte :

     

    « On n’a rien tenté pour les femmes parce que chacune est isolée dans son foyer, isolée dans sa cellule familiale et dans l’amour de ses propres enfants. Et toutes ces solitudes additionnées ne font pas un mouvement homogène, seule force capable d’obtenir justice. De par le monde, si les femmes demeurent aujourd’hui encore la survivance la plus massive de l’asservissement humain, c’est qu’il reste facile d’exploiter chacune d’elles séparément. » 

     

                      « Quand suis-je devenue féministe ? » s’interroge l’auteure au début de l'ouvrage : « Je ne m’en suis même pas aperçue. C’est arrivé beaucoup plus tard et sans doute parce que j’avais eu tant de mal à devenir féminine. Toute cette jeunesse paralysée par le trac de ne pas correspondre à la définition imposée, donc de ne pas trouver preneur, m’est remontée à la gorge quand j’ai vu la jeunesse de mes trois filles, leur liberté. La vie n’est pas devenue facile pour elles, bien sûr… Mais du moins les problèmes qu’elles rencontrent ne sont-ils plus liés à cette désespérante notion de « vraie femme », hors de laquelle il n’était pas de salut et qui exerce encore ses ravages aujourd’hui. »

    Quand Benoîte Groult est-elle donc devenue féministe ? Si l'auteure peine à répondre à cette question, en revanche, au cours de notre lecture, une remarque pourrait bel et bien fournir un début de réponse : le jour où elle s’est aperçue que le destin des femmes contrairement à celui des hommes, était toujours une fatalité biologique ou une vocation, c’est-à-dire quelque chose qu’il était interdit aux femmes de refuser.

     

                   Transmettre la vie ne dispense pas de la vivre ! 

                              

                  Aux hommes qui s’interrogeaient dans les années 70 à propos du mouvement féministe, en ces termes « Mais qu’est-ce qui leur prend, soudain, aux femmes ? » Benoîte Groult n'avait qu'une réplique à leur adresser : « Il nous prend sans doute que nous en avons assez d’être des harkis et d’oublier notre vérité et nos intérêts pour servir celle et ceux des autres. Nous avons un immense retard à combler et un immense amour à partager non plus seulement avec les hommes mais avec toutes ces femmes refermées sur un secret qui n’a jamais intéressé personne et qu’elles sont en train de mettre au monde aujourd’hui très lentement dans la douleur, l’émerveillement et l’amitié. »

     

                   "Aimer un être, c‘est tout simplement reconnaître qu’il existe autant que vous" de la philosophe Simone Weil, décédée en 1943.

               

                   Combien sommes-nous à savoir que la Révolution française n’a pas amélioré la condition féminine (1) ?  Assurément, elle n’a pas fait de la femme une citoyenne à part entière. Un décret du 24 mai 1795 le confirme : « Toutes les femmes se retireront jusqu’à ce qu’autrement soit ordonné en leurs domiciles respectifs. Toutes celles qui seront trouvées attroupées dans les rues au-dessus du nombre de cinq seront dispersées par la force armée et mises en état d’arrestation. »

     

                    Benoîte Groult a quelques mots à nous dire sur la galanterie française qu’elle qualifie d’attrape nigaud(e)s car enfin, avez-vous déjà vu un homme prendre la valise d’une femme moche ?

                     "Que l’on nous fasse grâce de la galanterie !" exhorte Benoîte Groult  "d’autant plus qu’il ne s’agit que d’une manifestation de l’instinct sexuel !"

     

                      L’Antiquité - Egypte, Grèce et Rome -, aura finalement mieux traité la femme que la relève chrétienne avec l’Eglise comme dépositaire, notamment en ce qui concerne la maternité et les conditions de l’accouchement : la vie de la mère sera préservée sous l’antiquité, sacrifiée sous l’ère chrétienne – cette « flaque sombre » qu’est la femme -, après des heures de charcutage comme autant de supplices sanglants à coups de crochet de rétameur. Il leur fallut attendre mille ans pour être délivrées de ce joug, à partir du XVIe siècle, tout en n’étant pas au bout de leur peine pour autant.

                   Respect mystificateur ou injure, passant sans transition de la mère à la putain, au cours de ces derniers siècles, difficile de ne pas être d'accord avec l'auteure lorsqu'elle affirme que l’homme au masculin n’a jamais été autant insulté que la femme, excepté peut-être l’homme noir.

    Aussi, contrebalançant les droits que les femmes venaient d’acquérir par l’avilissement, la souillure et la torture  - la cruauté, comble de l’amour, censée répondre  à la nature profonde de la femme et de l’homme : masochisme de l’une et agressivité naturelle de l’autre -, c’est alors qu’arriva le culte de Sade et le snobisme de ce culte (comme si Freud n’avait pas suffi !) avec des auteurs cravatés, à la fois proxénètes et clients tels que Henry Miller, Norman Mailer,  Georges Bataille, Michel Leiris, Barthes et Sollers si justement qualifiés par Benoîte Groult de « pseudo-révolutionnaires » et de « pseudo-modernes » : en effet, leurs contributions s’articulèrent autour de la plus classique des régressions sadico-anales. Quant à la Révolution que ces mœurs étaient censés faire advenir, on sait aujourd’hui ce qu’il faut en penser : une fois que la sirène de l’usine a retenti à 17H, c’est le proxénétisme qui prend le relais d’une lutte des classes partie se reposer : il est vrai…  à chaque jour suffit sa peine.

     

                  Dans cet ouvrage, Benoîte Groult nous rappelle que l’oppression féminine s’est toujours fondée sur des mensonges ; elle n’hésitera pas non plus à préciser que la démolition de la sexualité chez la femme a été souvent confondue avec la vertu. Aussi, on n’oubliera pas de sitôt, pour l’avoir lue et relue à plusieurs reprises, cette citation de l’ethnologue Germaine Tillon : « Il n’existe nulle part un malheur étanche uniquement féminin ni un avilissement qui blesse les filles sans éclabousser les pères, ou les mères sans atteindre les fils. » Et puis celle-ci aussi, complémentaire, de Dominique Fernandez : « Les femmes écrasées fabriquent des sous-hommes vaniteux et irresponsables et ensemble ils constituent les supports d’une société dont les unités augmentent en nombre et diminuent en qualité. »

                  Si l’on admet avec Germaine Greer que la violence masculine est le facteur fondamental de la dégradation des rapports humains… Benoîte Groult précise que « L’histoire nous prouve qu’on n’extirpera pas plus le sexisme que le racisme. Dans les ex-colonies d’Afrique, les Noirs n’ont pas réussi à rendre les Blancs moins racistes, ils se sont tout simplement soustraits (en partie, en toute petite partie seulement ! Hélas !… ndlr) à leur pouvoir. De la même façon, il faut que les femmes enlèvent aux hommes le pouvoir de leur nuire. »

    Le verdict est donc sans appel : celles qui s’imaginent encore pouvoir manœuvrer le monde et y faire leur chemin par la séduction (et la putasserie), sont des imbéciles aux tactiques d’esclave. Il est vrai que « la solidarité est une notion neuve pour les femmes si longtemps sorties de la maison d’un père pour entrer dans celle d’un mari. » précise une Benoîte Groult lucide.

    Quarante ans après la parution de "Ainsi soit-elle", chez les Verts, l'affaire Maupin, cet iceberg dont on aperçoit à peine la partie émergée, nous le rappelle cruellement.

                  Au cours des 200 pages qui compte cet ouvrage, Benoite Groult n'aura de cesse de démontrer, page après page, avec minutie,  à quel point « le langage nous contraint à mal penser » tout en reconnaissant dès 1975 que le salut des femmes ne viendra que d’elles-mêmes après une prise de conscience de la nécessité d’une lutte spécifique :

                   « Il nous faut cesser d’avoir peur du mot féministe auquel on a habilement réussi à donner une nuance si péjorative que personne n’ose plus se poser en défenseur des femmes sous peine de mériter cette étiquette. Insérer le malaise et les craintes des femmes dans un sentiment commun de leur oppression dans la société, c’est précisément  ce qui constitue l’indispensable prise de conscience. »

     

     

    1On aura une pensée pour Olympe de Gouges guillotinée à Paris le 3 novembre 1793, femme de lettres française, devenue femme politique. Elle est considérée comme une des pionnières du féminisme français. Auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, elle a laissé de nombreux écrits en faveur des droits civils et politiques des femmes et de l’abolition de l’esclavage des Noirs.

     

    Lien permanent Catégories : Littérature et essais ad hominem, politique, quinquennat Hollande et PS 0 commentaire
  • Karl Marx expliqué par Francis Cousin

     

     

                  Karl Marx serait donc l’auteur du 19è siècle de la nécrologie du Capital du 21e siècle. Marx aurait tout dit à propos du Capitalisme, de ses origines à sa mort prochaine, toujours annoncée, toujours remise à plus tard car le capitalisme n’en finit pas, pour les uns, de crever, pour les autres, de se transformer ; dans ce dernier cas, on remarquera qu’il n’est pas question d’adaptation car le Capitalisme a eu rarement à s’adapter ne faisant que tout aussi rarement l’objet d’une remise en cause qui le menacerait jusque dans ses fondements à la fois culturels, matériels et psychiques…

    Non ! Le Capitalisme ne s’adapte pas ; il contourne les quelques obstacles qui se dressent de temps à autre devant lui pour mieux continuer de s’étendre et de conquérir de nouvelles parts de marché car le Capitalisme est son propre marché ; de plus, c’est un « leader né » : il conduit tout autant qu’il éconduit. On dira, un rien taquin, qu'il est depuis le Moyen-Age « l’auto-mouvement d’éternité du monde en le monde » pour reprendre une formulation de Francis Cousin à propos des communautés primitives.

                 Pour revenir à l’œuvre de Marx, à son travail titanesque, on oublie un peu trop rapidement qu’il se pourrait bien que Marx ait décrit la nécrologie du communisme en pensant écrire celle du Capitalisme qui n’a pas cessé de s’étendre et de triompher jusqu’au tout marchandise ! Et quand on pense au grand projet de ce Capitalisme qui n'aime rien tant que de se fixer de nouveaux défis, un projet pour les siècles à venir qui concerne encore et toujours l’être humain, avec pour cible non pas son psychisme (cette tâche est déjà accomplie : la relation humaine n'est maintenant concevable dans un cadre exclusivement marchand ou à des fins marchandes) mais bien plutôt son corps : le trans-humanisme pour ne pas le nommer ; l’homme augmenté ; et d’une pierre deux coups : l’humain rayé de la carte...

    On peut légitimement penser que ce Capitalisme-là saura admirablement gérer notre propre mort bien avant que nous tous soyons à même de précipiter la sienne.

     

               Francis Cousin est philo-analyste, et si cela peut en rassurer plus d'un, docteur en philosophie ; émetteur et transmetteur de l’œuvre de Karl Marx sous l’œil bienveillant (dans le désordre) de Rosa Luxembourg, Simone Weil, Protopkine, Guy Debord, Marx, Engels, Hegel et des pré-socratiques - Empédocle, Héraclite et Parménide -, de mauvaises langues seront très certainement très vite tentés de qualifier Francis Cousin de « groupie marxiste» puisqu’il semblerait que Marx ait toujours raison, qu’il a tout prévu et qu’après Marx, on ne peut que radoter ou bien, travailler à la périphérie…  ce qui peut en énerver plus d’un.

    Or le malheur veut que la vérité soit dans les détails, comme pour le diable : Marx n’avait pas prévu que Henry Ford fabriquerait des automobiles pour ses salariés aliénés ; en d’autres termes, Marx n’avait pas prévu l’embourgeoisement de la classe ouvrière ou du prolétariat : congés payés pour tous, vacances et loisirs pour le plus grand nombre… et puis enfin : la télé , et là, franchement, plus aucun espoir n’est permis.

    Force est de conclure qu'il n’y aura donc pas de dictature du prolétariat  - même avec le mouvement "Nuit debout" et une action syndicale tenace de la CGT ( je plaisante ! ) -, mais la bonne vieille dictature de l’argent et de ceux qui le servent.

    N'empêche que... Francis Cousin laboure son champ - marxiste de surcroît -, qui est aussi son pré-carré ; il n’en sort jamais tout en nous invitant à l'y rejoindre…

    Francis Cousin serait donc à l’origine d’un nouveau concept : le groupie philologue ?

    Allez savoir !

     

                    Ci-dessous, quelques reprises de l'exposé de Francis Cousin au cours de son intervention chez Meta-TV :

                   - L’anti-fascisme est le pire produit du fascisme et de la dictature de la marchandise tout comme l’antiracisme est le pire produit du racisme et de la domination du patronat...

                   - Prolétariat : condition de l’anti-humain ; classe d’hommes et de femmes qui n’ont aucun pouvoir sur leur condition d’existence...

                   - Classe capitaliste :  la liquidation de la bourgeoisie propriétaire des moyens de production issue de la révolution française date de 1914. Cette bourgeoisie a été supplantée par des oligarques, des fondés de pouvoir, salariés non propriétaires des moyens de production de la dictature marchande (industrie, services, commerce et médias)...

                    - Révolution bolchévique : Marx est l’anti-thèse radicale du bolchévisme. Marx prône la disparition de l’Etat et de la dictature de l’argent...

                    - Franc-maçonnerie : avant-garde du Capital...

                    - Satanisme : le satanisme, c’est le culte de la marchandise ; de l’impuissance à conduire sa vie, son existence, à pouvoir peser sur elle (réification de l’être humain, de l’être primordial), arrive alors le transfert sur la souffrance de l’autre...

                    - Terrorisme, ingénierie sociale… tout est immanent ; immanence du fétichisme aliénatoire de la marchandise et de son despotisme qui se répand sur le monde...

                    - Tradition primordiale chez Marx : l’essentiel et le début, le primordial est à la fois ce qui est important (qui arrive en premier) et ce qui est au début. La tradition primordiale, cette aspiration, cette invariante sacrale qui, depuis la dépossession de notre être, subsiste en chacun de nous, est la cause de notre insatisfaction avec le monde contemporain car avant la scission de l’homme avec l’homme et de l’homme avec la nature, durant des millénaires nous avons vécu en communauté organique, sans Etat, sans argent, sans exploitation...

                    - Le sacral n’est pas le sacré. Le sacral c’est l’être achevé ; le sacral est anti-religieux, c’est le sacré sans la religion. Le sacral c’est le tout du monde (voir les pré-socratiques : Héraclite, Parménide) ; un monde insécable. Alors que le sacré à côté du profane est le liquidateur judiciaire du sacral.

                    - Révolution néolithique : naissance du capitalisme ; stock agraire, surplus de production ; naissance de l’échange, du troc entre groupes externes puis internes ; d’où la destruction de la communauté avec l’échange.

                    - Proudhon versus Marx : Proudhon veut équilibrer la contradiction de la marchandise ; le bon côté de l’économie venant tempérer le mauvais ; une solution : le mutualisme, la coopérative pour amender les excès du capitalisme. Alors que pour Marx, le capitalisme et le fétichisme de la marchandise ne sont pas amendables ni améliorables car toute l’économie politique débouche sur la même exploitation.  On n’aménage pas, on le détruit. Pas d’économie nouvelle, pas de système bancaire nouveau : il faut supprimer la politique, l’échange et l’argent.

                    - La révolution agraire : transfert des campagnes vers les villes, cette révolution marque la naissance du règne de la marchandise en permettant la naissance d’un capitalisme industriel et moderne. 1789, acte militaire, est censé mettre la France à l’heure des pendules de la révolution industrielle anglo-saxonne.

                    - Marx et le Judaïsme : le Judaïsme est l’appendice de l’argent ; les textes religieux juifs codifient une alliance commerciale abrahamique.

                    - Une remise en cause que le Capital ne peut pas admettre, récupérer, dépasser ou recycler, c’est la remise en cause du « tout marchandise » ; remise en cause du consumérisme, du mercantilisme.

                    - Seule la colonisation permet au Capital de résoudre les crises : colonisation, captation des richesses, des territoires, des ressources pour affaiblir la concurrence ou mettre hors-jeu des régions entières : le Moyen-Orient depuis les années 90, Syrie en tête qui a le tort de résister à l’hégémonie des USA et de ses alliés.

                    Et Francis Cousin de nous rappeler à toutes fins utiles : "Depuis le 11 septembre - manipulations monétaires (économie financière sans lien avec la production) et manipulations terroristes (le capitalisme dans sa phase supérieure veut le chaos du monde pour mieux maîtriser des territoires stratégiques) sont indissociables. Le terrorisme est le cœur stratégique de la production de la terreur ; pour créer l’union nationale il faut le terrorisme : l’endormissement et le renoncement à une autre organisation de l’existence en remettant en cause le mondialisme.

    Dans ce contexte, Islam et le djihadiste accouchent de mouvements archaïques incapables de menacer la suprématie étasunienne sur un plan technologique et économique."

    Lien permanent Catégories : Art et culture, Histoire et révisionnisme, Littérature et essais ad hominem, politique, quinquennat Hollande et PS 0 commentaire
  • Penser la dissidence aujourd'hui avec Bartleby de Hermann Melville

     

            La nouvelle de Herman Melville (l’auteur de Moby Dick) parue en 1853, n’en a jamais fini avec la postérité semble-t-il : année après année, elle creuse son sillon. Chouchou des philosophes, de nombreux penseurs se sont emparés du personnage de Melville et de son « I would prefer not to » qui fera le tour du Monde.

     

    ______________

     

             Un petit rappel des faits avant d'aller plus loin : le narrateur est un homme de loi de Wall Street qui engage dans son étude un dénommé Bartleby pour un travail de « scribe » : il recopie des textes. Au fil du temps cet employé ne parlant à personne mais travailleur et consciencieux, refuse certains travaux que lui demande son patron ; il ne les refuse pas ouvertement, il dit simplement qu'il « préférerait ne pas » les faire. Peu à peu, Bartleby cesse de travailler, mais aussi de sortir de l'étude ; il y prendra ses repas et y dormira. Finalement congédié, il refusera de quitter les lieux forçant son employeur à déménager laissant au bailleur le soin de traiter le problème « Bartleby » : il sera emprisonné et se laissera mourir d’inanition.

     

    Après le décès de Bartleby « tombé, recroquevillé par terre, face immobile devant le mur de la prison », un petit  appendice nous apprend qu’il a longtemps travaillé à la poste au service des « Lettres au rebut » - service qui gère les courriers qui ne peuvent trouver leur destinataire. Le narrateur s'intéressera à cette information pour la raison suivante : “Imaginez un homme condamné par la nature et l’infortune à une blême désespérance ; peut-on concevoir besogne mieux faite pour l’accroître que celle de manier continuellement ces lettres au rebut et de les préparer pour les flammes ?”

     

    ***

     

               Si Bartleby n’est pas « L’écriture du désastre » (Blanchot), en revanche, Bartleby est bien l’histoire d’un gâchis humain, voire même... de son sacrifice. Alors que la littérature européenne du XIXè nous proposera des personnages juvéniles, fantasques, hédonistes, raisonneurs centrés sur eux-mêmes, mais finalement jouisseurs à la petite semaine, c’est bien une bombe à retardement que Melville a transmise à la postérité : celle d’un discrédit porté, un siècle avant son apogée, sur une révolution industrielle et un productivisme consumériste corrupteurs des âmes jusqu’à l’assèchement, sans oublier le saccage d’une nature bouc émissaire, et ce bien longtemps avant Hiroshima dont les applaudissements sous les hourra et autres cris de joie (parce que la bombe a bien rempli son office - exploser ! -, et la cible a été atteinte en son cœur – impact optimal)… résonnent encore dans les couloirs de toutes les chancelleries.

     

    Située au croisement conflictuel des lignes politiques et morales qui déchirent notre modernité post-moderne, Bartleby serait donc une Œuvre prophétique ?

    Premier personnage littéraire « résistant »  - nous sommes en 1850 -, avec la désobéissance de Bartleby dont la mesure est en lien direct avec ce à quoi elle s’oppose, Melville nous propose un personnage en suspens, figé et qui, manifestement, se trouve – et c’est peu de le dire -,  bien en peine de pouvoir célébrer quoi que ce soit ; un personnage dans l’incapacité de rendre le moindre hommage à cette société déjà marchande, industrielle et financière qui l’a vu naître manifestement et rétrospectivement à son corps défendant.

    Melville était-il donc lui aussi bien en peine de célébrer et de sauver quoi que ce soit de son époque ? Et aujourd'hui, plus d’un siècle et demi après, ne peut-on pas nous aussi nous poser la question : qu'est-ce qui nous reste à célébrer et à sauver ?

    La réponse ne tardera pas : sûrement pas la vie ! La fin, nous sommes ! La fin et les moyens... et rien d'autre. Plus rien devant nous, plus rien derrière. Plus rien ne nous précède. Plus rien ne nous dépasse ! Aussi, il ne nous reste plus qu'à nous consommer tous autant que nous sommes avant de nous entre -dévorer, jour après jour, anthropophages et cannibales. Et tout ça n’a plus aucune importance car quelque part au fond de nous-mêmes, nous savons tous que nous sommes tous... déjà morts. 

    Cette formule de Bartleby « I would prefer not to » serait donc la dernière parole d’un monde défunt, sa dernière volonté : ne plus rien vouloir ni défendre ni sauver ? Peut-on aller jusqu’à parler d’une formule d’extrême onction ?

    La parole Bartleby traduite en français par « je ne préférerais pas », ou « je préférerais ne pas » ou encore « j'aimerais mieux pas » (on remarquera l’usage du conditionnel) clôt tous les débats. Elle n’ouvre aucune porte, elle les ferme toutes, à la fois chez Bartleby et chez celui qui la reçoit en pleine face comme un défi, une insulte et une humiliation. Plus Bartleby en fait usage, plus insoutenable elle devient. Chaque occurrence de cette formule réduit au silence son interlocuteur, comme si elle le   vidait. Forcés au silence, de frustration en humiliation, seul l’usage de la violence à l’encontre de Bartleby délivrera et soulagera ses collègues de bureau, symboles d’une société répressive qui se sent menacée et attaquée par cette formule-refus pourtant explicitée sans haine, sans ironie ni provocation, d’une voix décidée mais douce et avec tous les égards dus à l’interlocuteur (d’où le conditionnel) ; une formule d’une radicalité d’une extrême politesse.

     

    ***

     

             Si l’on en croit la lecture d’un Deleuze pour lequel ce n’est pas Bartleby qui est malade mais la société, et au-delà, l’Occident, en conséquence, on comprend aisément que cet anti­-héros de la moitié du XIXe siècle soit aujourd’hui élevé au rang de super-héros des temps modernes, en objecteur de toutes les consciences qui ne préfère plus rien car il souhaite ne plus rien vouloir sinon se laisser mourir ; ultime conséquence de ce refus. Et Deleuze de conclure par un : « Bartleby, le nouveau Christ, notre frère à tous ! »

    Derrida voyait en Bartleby un sacrificateur… il se serait agi manifestement d’un sacrifice pour rien puisque… pensé en 1853, Bartleby, personnage et symbole tout à la fois, n’aura aucune main, aucun poids sur les événements du siècle à venir.

    Christ, sacrificateur, victime de la violence sociale… toutes ces lectures sont pourtant aux antipodes de ce que Melville nous donne à lire.

    Qu’à cela ne tienne… une fois livré aux lecteurs, le personnage échappe à son auteur, et l’interprétation d’un Deleuze prouve une fois encore qu’en littérature, le meilleur personnage qui soit est bien le lecteur car, c’est lui qui « fait » le livre. Il suffit de penser à tout ce que le lecteur-intellectuel-philosophe est capable d’investir dans sa lecture de la nouvelle de Melville.

     

    *** 

     

    « Que savez-vous de votre douleur en moi ?».

     

               Il semble donc que tous ont trouvé dans Bartleby  le contraire exact de ce que Melville nous donne à comprendre. Mais alors… et si le personnage de Bartleby nous renvoyait plus simplement à la schizophrénie ou aux psychotiques bien des années avant Eugen Bleuler qui fut à l'origine de ces diagnostics vers la fin du XIXe ? Chez Melville, la pétrification et l’anorexie de Bartleby ne sont pas des symboles mais des faits d’une objectivité quasi clinique. Melville mentionnera à propos de son personnage “un désordre inné et incurable”, un “mal excessif et organique”. 

    Melville souhaitait-il ôter à Bartleby, préventivement, toute dimension politique ou prophétique, toute métaphysique ? Son personnage l’aurait-t-il effrayé au point que Melville aurait alors cherché à s’en retirer sur la pointe des pieds comme pour mieux nous laisser un Bartleby simplement dérangé ? Bartleby ne serait donc qu'une mise en scène textuelle de la folie, la première depuis Sade ?

    Melville insiste : la folie de Bartleby n’est pas due qu’à la seule nature : « Imaginez un homme condamné par la nature et l’infortune à une blême désespérance ».

    Difficile d’oublier le fait que Bartleby est un contemporain de Baudelaire, et à partir de là, difficile de ne pas penser à son poème Spleen du recueil « Les fleurs du mal » daté de 1857 ; poème symptôme de la grande peste mélancolique qui en Europe fait déjà des ravages avec Baudelaire comme figure de proue : « Quand la terre est changée en un cachot humide/Où l'Espérance, comme une chauve-souris/S'en va battant les murs de son aile timide/Et se cognant la tête à des plafonds pourris...) ; on pensera aussi au tableau Le cri de Charles Munch ; et enfin, la dépression, mal du XXe siècle et très certainement des siècles suivants car nous sommes encore loin d'en avoir fini avec la déshérence et  la dépossession.

     

               Le patron de Bartleby demeure impuissant face son employé. Après s’être enfui (il fermera son étude et déménagera ses bureaux) il reviendra vers Bartleby submergé par une immense vague de pitié qui, plus tard, se changera en compassion - faiblesse de toutes les faiblesses -,  et plus tard encore, en commisération puis en naufrage fusionnel jusqu’à la communion (des saints ?).

    Dans l’esprit, difficile de nier que la nouvelle de Melville exalte entre autres vertus, la charité. Face à Bartleby, personnage comme « mort au monde » (Artaud), très vite le narrateur choisit l’anéantissement et ce nouveau commandement insufflé en lui par Bartleby : « Je ferai tout ce que vous voudrez ! » avant de confesser - Bartleby devenant alors le confesseur de son employeur -, du bout des lèvres : « Que savez-vous de votre douleur en moi ? » ; aveu d’une révélation chez le narrateur : la révélation de son propre néant.

     

                 Que le récit soit porteur d’une vérité humaine universelle, c’est certain. Métaphore poétique inédite, parabole, fable ou conte, c’est bien de la condition humaine qu’il est question : gâchis, catastrophe et sacrifice puis, une fois défait, un genou à terre, rédemption du narrateur dans l’abandon de sa volonté : le renoncement à sa propre vitalité, un quasi renoncement au monde au côté de Bartleby.

     

                A propos du personnage de Melville, on a parlé de solitude et d'incommunicabilité, d’échec de la communication entre un être et la société, de son incapacité à nouer un contact avec autrui, même futile. Comment Melville avait-il pu sentir bien avant tous les défroqués donneurs de sens et d’explications à la pelle du siècle à venir, jusqu’à nos rêves les plus intimes, de Freud aux divans des psys des télés et des radios, que sans une communication avec les autres, sans le récit de soi-même, c’est  l’effondrement ? Un Melville qui reconnaîtra en 1853 la nécessité humaine de cette communication pour conjurer le danger psychotique qui guette quiconque souhaite s’y soustraire.

    C’est l’enracinement qui permet le nomadisme : parce que l’on sait d’où l’on vient, nous sommes alors capables de nous en détacher ; dans le cas contraire, mettre la charrue avec les boeufs, c’est ouvrir la porte à tous les déséquilibres possibles jusqu’à l’anéantissement par la violence. Dans ces conditions, c’est le rapport essentiel entre le langage et le silence qui doit être inversé. Le langage est une libération, - pouvoir se raconter, communiquer -, et le silence une prison. C’est donc par la communication avec autrui, et non par le silence et l’abstention que la vie sociale, et la vie tout court, se dégèle et s’échauffe.

     

              L’amour de la vie ne devrait-il pas nous permettre de nous réconcilier avec ses inconséquences, ses imperfections, voire ses horreurs ? « I would prefer not to », cette formule en forme de procès fait au monde, n’est-elle pas une tentative de fuite hors de l’existence ? Une fascination nostalgique, un “sentiment océanique” porteur de l’idée d’un grand tout universel, ou plus modestement, une mare amniotique pour s'y baigner, embryon jamais venu au monde, fœtus du refus (océan/néant) qu’une mère aura retenu - elle n'a jamais accouché, elle l’a gardé pour elle seule et pour lui seul -, refusant de le jeter en pâture à l’horreur de notre monde dans toute son horreur... monde que l'on ne peut décidément pas refuser d'habiter, volontairement ou bien, comme contraint par un envoutement aujourd'hui encore mystérieux  qu'au prix d'un énorme préjudice à soi-même.

    Poussée jusqu’à son ultime conséquence, Bartleby en aura fait l’amère expérience ; une expérience amère et fatale.   

          

                                                                                       ***

      

                  Où sont aujourd’hui les Bartleby ? Tous ceux qui s'abstiennent comme d'autres se retiennent entre deux «  je préférerais plutôt pas » - véritable sésame de tous les objecteurs de conscience politique, morale et éthique, face à ceux qui toujours tranchent et se jettent à l'eau, et quand ils se noient, ce n'est jamais seuls ; ils prennent toujours soin d'emporter les autres avec eux...

    Il faut avoir lu la nouvelle de Melville et vu Bartleby tel que Maurice Ronet (1) l’a vécu, lui qui savait tout, et plus que quiconque, de la douleur des autres en lui parce qu’elle était aussi la sienne, pour réaliser à quel point ce refus du monde était bien plus grand que le personnage de Melville, bien plus grand que tout ; il y a avait dans son refus tous les refus passés et à venir, grands et petits, anonymes, ignorés de tous, renoncements qui sauvent et protègent... mais fallait-il pour autant porter ce renoncement jusqu’à l’ultime refus et souhaiter mettre un terme à l’aventure    humaine ?

    Certes ! On survit à tout, c’est vrai. Et c’est la raison pour laquelle tout peut arriver. Et c‘est aussi la raison qui fait que finalement... tout arrive. On décide de survivre à l’horreur et à la douleur. C’est notre capacité d’endurance qui rend possible toutes les horreurs. Notre obstination à vouloir vivre coûte que coûte, notre résistance font que l’horreur sera toujours sûre. Si seulement nous étions tous incapables de survivre à cette horreur ! Si seulement nous n'avions pas la folie de lui tenir tête, notre espèce, pour ne pas disparaître, ferait tout pour l’éviter, car la prochaine horreur signerait la fin de l'espèce humaine.

    Bartleby avait-il compris qu'aussi longtemps que nous survivrons à cette horreur, jamais nous n’y mettrons fin ? 

    Cachez toutes ces horreurs que je ne saurais voir ! Bartleby qui n’appartient plus à son créateur Melville depuis longtemps déjà, maintenant autonome, ce Bartleby-là a sans doute refusé d’être un tartuffe de l'horreur et de son indignation car, qu'on le veuille ou non, survivre à cette horreur, c’est accepter qu’elle nous frappe à nouveau, sans discernement comme un aveugle frappe le sol avec sa canne pour ne pas trébucher sur un obstacle ; obstacle qui lui serait fatal. Pour un peu, et à son sujet, on en viendrait à penser qu'il cherche à retrouver quelque chose qu'il aurait perdu car, quel boucan cette canne qui frappe le bitume ! Un vrai boucan d’enfer, cette canne qui cherche à retrouver quelque chose mais... devant elle ! Oui ! Devant elle ! Toujours ! Un quelque chose comme perdu... pour demain.

     

    ***

     

                   Eugène de Rastignac, Frédéric Moreau, Julien Sorel, Antoine Roquetin, aucun personnage de la littérature française n'est à la hauteur d'un Bartleby, notre contemporain avec près de 200 ans d'avance. On doit donc à la littérature de langue anglaise un personnage sculpté dans le marbre et taillé à la mesure de deux siècles déjà écoulés et de ceux qui sont encore à venir.

     

    ______________________________

     

     

     Bartleby réalisé en 1976 par Maurice Ronet, avec Maxence Mailfort (Bartleby), Michael Lonsdale ; film aujourd’hui oublié, salué en son temps et à sa sortie comme un chef d’œuvre. Un Maurice Ronet anti-Delon par excellence – culture, intelligence et sensibilité – que ce même Delon "tuera" à deux reprises dans les films suivants : Plein soleil et La piscine ; l’industrie du cinéma préférant la plastique d’un Alain Delon, une beauté opaque et aveugle, sans hauteur ni profondeur, sans perspective, une beauté cul-de-sac comme la bêtise qui n’ouvre aucune voie et ne fait résonner aucun appel, contre la beauté blessée d'un Maurice Ronet qui a tenu, souvenons-nous, le rôle d’Alain dans l’adaptation de Louis Malle "Le feu follet" de Pierre Drieu la Rochelle ;  un Alain pendant moderne de Bartleby ?

    Lien permanent Catégories : Littérature et essais ad hominem 0 commentaire
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu