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AA - Serge ULESKI, littérature et essais

  • Nietzsche : une histoire sans fin...

     France Culture consacre toute cette semaine à Nietzsche : c'est ICI

     

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                  Nietzsche est le penseur le plus mal lu et le plus mal compris par ceux qui se réclament de la gauche et par quelques esprits sommaires et confus (Michel Onfray entre autres). La droite, elle, l'a très bien compris ; c'est la raison pour laquelle ses intellectuels n'en parlent que rarement - et puis... culpabilité oblige, la récupération de Nietzsche par nombre de régimes concentrationnaires situés plutôt à droite du spectre politique de l'horreur, force le silence -, car la droite libérale sur un plan économique, voire ultra-libérale et mondialiste, répressive sur un plan sociétal, ne commente pas Nietzsche ; elle le vit.

                   Cependant, à défaut de réconcilier tout le monde, la pensée de Nietzsche semble convenir au plus grand nombre car tous y trouvent leur compte  : en effet, Nietzsche n'est-il pas le paillasson sur lequel tous peuvent allègrement s'essuyer les pieds, voire...  déposer sa petite crotte idéologique ?

                   Le romantisme infantile des "penseurs" des années 70 (avant les "French doctors" et les "French studies !") d'une complaisance inouïe envers la délinquance et la folie - n'en déplaise à Michel Foucault -, ont mis au goût du jour un Nietzsche diagnostiqué "psychotique" selon le principe qui veut qu'après le vin, c'est la folie qui conduit à la vérité, aveuglés qu'ils étaient par la moustache foisonnante du maître , car, au nom de "l'anti-psychiatrie" très vite érigée en dogme, tous ont ignoré le fait suivant  : à chaque fois qu'il est question des affaires humaines, les "fous" ne rêvent que de contrôle, de domination et de tordre le cou à tout ce qui résiste - humain et matière ; ceux qui connaissent "la parole des fous" savent que leur folie n'a rien de noble ; plus intolérante et plus autoritaire que la folie, vous ne trouverez pas ! Le fou est définitivement du côté de l'autoritarisme et de l'oppression ; il est le meilleur soutien d'un ordre social dans lequel les uns sont destinés à commander et les autres à obéir.

    Nietzsche n'est certainement pas l'exception qui confirmerait cette règle.

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    nietzsche,philosophie,politique

     

                  ... en continu, éternel retour de l’être cyclique face à lui-même, ressassement après ressassement compensatoires qui ne le sauveront pourtant pas.

     

     ***

     

                  Si une bonne partie de l’œuvre de Nietzsche annonce l’homme sans Dieu  - l'homme privé de foi, sans croyances, sans transcendance ni descendance - ainsi que les régimes policiers, totalitaires et génocidaires du 20è siècle - crimes de guerre, crimes contre l’humanité, holocaustes, en veux-tu en-voilà ! -, sa  pensée annonce une nouvelle ère : celle des grands malades mentaux à la tête des Etats.

    De dieu, Nietzsche, cependant, s'en donnera un : Dionysos, dieu et maître ; comme quoi, même pour un penseur comme Nietzsche, il est difficile de faire sans, manifestement !

    Dionysos donc ; dieu grec de l'ivresse et de la transe, à la fois dément et doux, grand trucideur sans merci, lubrique et anthropophage (vaste programme !) ; Dionysos le seul que Nietzsche considère à la hauteur, à sa hauteur ! Son seul semblable, l'unique... Nietzsche en sera comme "possédé" .... de ce Dionysos aussi décoiffant qu'effrayant. 

                 Homme masqué (Dionysos encore !), adepte du marteau et de l'enclume (Dionysos pour mieux taper sur le christianisme) agressif et violent dans ses écrits, tendre avec son entourage, misogyne dans ses textes, très prévenants  avec les femmes qu'il côtoyait, diagnostiqué maniaco- dépressif (maladie héritée de sa famille maternelle - merci Maman !), puis psychotique  - ce qui signera sa première mort, intellectuelle s'entend, en 1889 -, faute d’attention et de soins appropriés - si tant est que la médecine et la pharmacopée de son époque aient été capables de lui venir en aide (1) - jamais la maladie n'aura autant contrôlé et dirigé l'oeuvre d'un créateur. Et si Nietzsche est si populaire auprès des pensionnaires des hôpitaux psychiatriques qui sont, ne l’oublions pas, non seulement occupés par de pauvres bougres disgraciés mais aussi par des apprentis dictateurs et psychopathes car, on se soigne comme on peut - soit à l’hôpital, soit à la tête d’un Etat - c’est que les fous n’aiment rien tant que l’ordre et la force.

    Vous en doutez ? Ecoutez-les donc s’exprimer lorsqu’ils se mêlent de ce qui ne les regarde plus vraiment, à savoir de politique ; leurs propos vous donneront la chair de poule même si l’on sera toujours tentés de se dire : « Bah ! Les pauvres, ils ne savent pas ce qu'ils disent : ils n'ont pas idée ! »

                   Né posthume, déclaré poète pour nombre de nos poètes du XXe siècle à partir des années trente (René Char en tête), une fois sorti de l'oubli, poète de l'extase et de la "fuite des idées" - fuite torrentielle... rapport à sa maladie -, plus mystique  (il "voyait et entendait" ses livres avant de les écrire) que philosophe - Nietzsche était trop imprévisible, auto-centré et instable et bien trop dépendants  de circonstances sur lesquelles sa volonté et ses choix avaient peu d'influence (sa maladie dans toutes ses conséquences), pour que l'on puisse le considérer comme tel -, si l'oeuvre de Nietzsche, en partie hallucinatoire ( avec cet auteur, "Je" est vraiment un autre ; en cela il rejoint Rimbaud),  devra tout à sa maladie, entre deux crises de mélancolie aiguë précédées de migraines d'une intensité paralysante... force est de constater ce qui suit : quand notre penseur se pique de politique… la catastrophe n’est jamais bien loin car, si Nietzsche était né 50 ans plus tard, nul doute qu'il nous aurait quittés cinq et six ans plus tôt (faites le calcul, et vous comprendrez d'autant mieux pourquoi) ; et nombre de nos contemporains se garderaient bien aujourd’hui de nous le servir à tout bout de champ et à toutes les sauces car… il n’est pas difficile de deviner sous quelle bannière notre poète-philologue -philosophe (3 en 1) se serait rangé… même si… maigre des épaules et la poitrine creuse, Nietzsche serait sans aucun doute passé à la trappe le premier. 

    Pour une fois, les conseilleurs auraient subi le sort des payeurs... Qui donc s’en serait plaint ? 

    *** 

                "Volupté éternelle" accouplée à une "Volupté  d'anéantir" par-delà Bien et Mal, partisan de la table rase ( tout détruire pour mieux reconstruire), Si «  ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort » comme pouvait l'affirmer Nietzsche… on pourra tout autant affirmer que ce qui ne vous tue pas fait de vous un salaud ou un monstre, et parfois les deux ; il suffit de penser à la facilité avec laquelle une victime peut être tentée de passer du côté du bourreau ainsi qu’à l’enfance de tous nos tueurs en série, pour s’en convaincre.

    Nietzsche et le Surhomme, Nietzsche et la volonté de puissance... Nietzsche et la tentation de l'eugénisme : glorification du corps humain et masculin, ce corps athlète et guerrier, ce corps conquérant et triomphant...

    Décidément, compensation, tout n’est que compensation ! pour un Nietzsche qui tenait à peine debout, d’une santé précaire à la fois physique et mentale !

    Vampirisé par une culpabilité et un sentiment d'indignité (sentiment très lié à l'enseignement de la morale chrétienne), fils de pasteur, Nietzsche pensait que le Christianisme était la plus grande calamité au monde. A ce point vent debout contre le Christianisme que l'on ne lui connaît aucune relation sentimentale consommée avec une femme ; ses écrits confirment son dégoût envers toute relation charnelle (on ne ricane pas, svp).

    Autre détail biographique et historique : à l'occasion de son séjour dans la ville de Turin, face au spectacle d‘un cheval maltraité par son cocher, Nietzsche succombera à cette autre sensibilité qu’il jugeait pourtant décadente – la sensiblerie ; le déséquilibre entre l’extension indéfinie de notre empathie et une certaine capacité limitée à souffrir de la souffrance de tout ce(ux) qui souffre(nt) ayant atteint là son point de rupture. Nietzsche ne s'en remettra pas, à jamais silencieux. Avait-il aussi décidé de se ficher la paix une bonne fois pour toutes ? 

    Quant à l'éternel retour (concept grec qu'affectionnait notre philosophe que l'on peut aussi traduire par "genèse à nouveau"), là encore, ironie de l'existence, sa maladie le conduira sur une voie sans retour possible ; une ligne droite et un cul de sac  : le mur de la maladie à son stade terminal.

    Avec cette condamnation sans nuance du Christianisme, Nietzsche peut se vanter d'avoir "tué le père" ; le sien en l'occurrence ; et sa mère aussi, femme dévote (déicide, parricide et matricide, décidément, Nietzsche ne faisait rien à moitié ; toujours dans l'excès !), tout en étant, dans les faits, bien plus proche de la catéchèse pastorale que la plupart de ses contemporains : comme quoi, plus on tente de nier et de renier... plus, dans les faits, on lutte pour ne pas ou ne plus adhérer, acquiescer et se soumettre, un genou à terre, puis deux car plus on pense avancer plus on recule, plus on pense se libérer plus l'on s'enchaîne.

    Quant à l'inversion des valeurs (chrétiennes en autres), chère à notre philologue... révolution après révolution et révulsion, il semblerait qu'elle l'ait conduit à la case départ : le protestantisme  puritain de ses géniteurs. Et là, on est à des années lumières de Dionysos, c'est sûr !

     

                 Principes, valeurs, arguments, détestations... jamais l'oeuvre d'un penseur n'aura été autant la manifestation par excellence de son histoire, de son caractère, de sa personnalité et de sa maladie chronique ; jamais les affects n'auront autant déterminé son parcours philosophique - donnant raison à la théorie suivante : sans affect, aucune pensée n'est possible car ce ne sont pas les idées qui mènent le monde mais bien plutôt l'histoire : la petite et la grande, individuelle et collective.

    Pas d'idée puissante qui ne nous touche de plein fouet donc (2).

                  

                 Mégalomane discret, soupçonné par ses proches de posséder un orgueil démesuré, un orgueil dissimulé derrière un masque - celui de l'humilité, de la bienfaisance et de la conversation courtoise et aimable -, Nietzsche méprisait ses semblables qui étaient à ses yeux loin, très loin de lui ressembler ; il plaçait tous ceux qu'il fréquentait en dessous, très en-dessous de lui : là encore, seul Dionysos était à sa hauteur ; autant dire : haut, très haut perché. 

    Si la volonté d'affirmation était très forte chez notre penseur, nombreux sont ceux  qui oublient que dans "Nietzsche" il y a "niet" : le refus... refus, entre autres, de l'égalité en droit entre les hommes en général et en particulier, entre les hommes et les femmes car, grand pourfendeur des Lumières, Nietzsche préférait Joseph de Maistre et Voltaire (millionnaire de salon qui a fait fortune dans le commerce "triangulaire", aussi malin que bavard, à l'égo démesuré, grand défenseur de sa propre cause et pourfendeur du peuple et des gueux !) que Robespierre ; faut dire que notre aristocrate allemand haïssait le rêve des pauvres : l'être un peu moins... pauvres, tout simplement... ou même... plus du tout. Sa préférence allait vers ceux qui n'avaient besoin de rien parce qu'ils possédaient déjà tout. Quant à la dite "Inversion des valeurs" (ici morales et politiques).... aujourd'hui Nietzsche serait comblé : "1984", la prédiction orwellienne, a triomphé et la finance aussi dans sa quête insatiable d'optimisation de la ressource humaine : sa chair, ses muscles, son cerveau, sa sueur et son sang.

    Aussi, force est de constater que la dénonciation du caractère nihiliste de la religion chrétienne et sa profession de foi en faveur de l'inversion des valeurs, de toutes les valeurs, par notre pourfendeur azimuté tous-azimuts semblent s'être retournées contre son auteur. Tenez ! Aujourd'hui, il paraît même qu'il est plus grave de partir en quête de la vérité (ceux que les médias dénoncent comme "complotistes") que d'exhiber sa pédophilie passée, présentes et à venir, dans des médias complaisants et totalement corrompus.  

                Individualiste forcené  car sa maladie était la sienne et celle de personne d'autre - une maladie qu'on ne peut ni échanger ni partager -, doué d'un génie instinctif d'une intuition d'une amplitude exceptionnelle aux dérèglements géniaux, Nietzsche avait du nez, c'est sûr  ! Et de la moustache aussi .... sa célèbre moustache ! Et si d'aucuns prétendent qu'il y a un Nietzsche de gauche et un Nietzsche de droite (macroniste avant Macron notre penseur... voire centriste, genre "en même temps" ?) grand philologue... mais piètre penseur politique, si par penser on entend être un tant soit peu capable de proposer des solutions (3) quant à l’organisation pacifique de notre existence à tous au sein de l’imbroglio politique, économique, religieux et psychique propre aux sociétés humaines... des solutions autres que les camps de la mort, la loi de la jungle et l’extermination de tous ceux qui traîneraient la patte - cela va sans dire ; mais tellement mieux en le précisant -, Nietzsche était un grand marcheur, toujours en vadrouille ; on dit qu'il a passé la moitié de sa vie sur les routes et l'autre moitié allongé sur son lit, prostré par une migraine sans merci ; grand randonneur donc, aussi notre philologue pensait-il avec ses pieds et marchait-il le plus souvent sur la tête ; ce qui n’arrange rien, on en conviendra tous.

                    Pour finir, penchons-nous un instant sur tout ce que Nietzsche a pu écrire à propos de l'Allemagne ; bien des contre-vérités subsistent car le reproche majeur qu'il lui adressera c'est de ne pas avoir su le célébrer, lui et son oeuvre, de les avoir ignorés, marginalisés et méprisés car pour ses pairs, Nietzsche était un désaxé dont il fallait fuir la compagnie à tout prix et étouffer l'oeuvre.

    A propos de Richard Wagner, deux reproches principaux sont à souligner : avoir choisi les dieux et chevaliers teutoniques contre l'héritage grec (Dionysos en particulier ; et ça, c'est impardonnable !) et puis ceci : avoir répandu la rumeur d'un Nietzsche homosexuel-refoulé qui n'avait pour seule activité sexuelle que l'onanisme - une pratique moralement condamnée au siècle de notre penseur ; pratiquement "un crime" à leurs à tous ; et pour Wagner, une gageure.

                      Nietzsche sur les femmes, précisons ceci : de femmes, Nietzsche n’a connues - hormis sa mère et  une sœur hyper-possessive à son égard -, et n'en a approchées de près qu'une seule dans le cadre d'une relation platonique (cela va sans dire) : une dénommée Lou Andreas-Salomé, femme intelligente et cultivée, ce qui ne l’a pas empêché de disserter sans fin, fort de cet échantillon ô combien représentatif ( un panel de trois sondées), sur l’éternel féminin et sa place dans le monde, ou bien plutôt dans la cuisine avec pour seul horizon… les fourneaux, sans oublier les couches culottes de marmots pleurnichards.

    Mais… tout compte fait et en comptant bien, ne parle-t-on pas toujours mieux de ce que l’on ne connaît pas ? En effet, tout devient alors possible ! L’imagination peut s’ébattre sans entrave, libérée de la contrainte que sont des faits têtus et inhibiteurs. Nul doute, l’ignorance a bien pour royaume la fiction car, une fois que l'on sait, on n’a qu’une tentation : baisser la tête et se taire, couvert de honte.

     

    ***

     

                   Dans l'oeuvre de Nietzsche, trois termes reviennent le plus souvent : décadence, nihilisme et dégénérescence ; et ce penseur y associe quatre maux : le féminisme, le Christianisme, le Socialisme et le Romantisme. C'est là tout le procès de la compassion, de l'égalitarisme, de la métaphysique et de l'humanisme qui est fait.

    Suivez maintenant notre regard : celui que l'on posera sur les années 30 et une partie des années 40.

                  Combien sont-ils aujourd'hui à se proclamer "nietzschéens", parmi nos intellectuels ? Une majorité ; alors qu'il est permis d'affirmer que l'oeuvre de Nietzsche est bien trop personnelle pour que l'on puisse prendre, siècle après siècle, son train en marche. En revanche, il est tout à fait légitime d'étudier dans le texte de notre auteur, ses formes et sa langue parlée-écrite ; en cela, son oeuvre est bien plus proche de Homère et de son Odyssée que de nos philosophes canonisés tels que Descartes ou Kant.

    Aussi, le meilleur service que l'on puisse rendre à cet auteur en tant que lecteur, c'est de travailler à sa propre "Odyssée" sans maître ni gourou. Pour cette raison, que Nietzsche soit "très tendance" - un Nietzsche vintage ! - depuis une cinquantaine d’années  auprès d'intellectuels médiatico-économico-libertaires courageux à souhait depuis qu’ils savent que l’on n’attend plus d’eux qu’ils soient téméraires ; intelligentsia un rien blasée et complaisante qui aime s’encanailler, se faire peur et se salir un peu, bave et boue, aux universitaires béats face à l'oeuvre... tout cela ne change rien à l'affaire car, quand on sait lire, il n’est pas nécessaire d’être doté d’une intelligence supérieure pour voir dans l’ouvrage Antéchrist (4) (l'avant dernier ouvrage de notre penseur avant la chute de sa conscience et son effondrement psychique) pas seulement une imprécation contre le christianisme - à qui, soit dit en passant, on doit la compassion et le pardon - mais bien le manifeste de tous les systèmes totalitaires à venir. 

    Il est vrai que Dionysos - son maître -"en proie en la mania, fou de jouissance et d'ivresse, peut se muer en Dieu meurtrier et mangeur de chair crue".  Comme quoi… quand on ne veut pas voir… on reste aveugle et content de l’être. 

    Que ses lecteurs-dévoreurs et béats se rassurent : Nietzsche aurait été déclaré irresponsable.

     

                     Mais alors, pourquoi une telle complaisance pour l'oeuvre de Nietzsche ? Pourquoi cette amnésie livresque - refuser de lire ce qui est écrit en toute lettre ? Pourquoi cet aveuglement ?  Et bien, il semblerait que l'on pardonne tout à Nietzsche car il était, contrairement à nombre d'auteurs des deux siècles qui l'ont précédé, philosémite. Dans le cas contraire - si l'on avait pu trouver la moindre trace d'antisémitisme chez lui - soyez assurés de ceci : comme par magie, cette amnésie, cette complaisance et cet aveuglement honteux et condamnables se seraient évanouis en moins de temps qu'il faut l'écrire et le dire ; et c'est alors que plus rien de l'oeuvre de Nietzsche ne leur aurait échappé. 

                    Précisons aussi ceci : Nietzsche et son oeuvre n'auront rien de tragique puisque Nietzsche a tout prémédité et tout assumé avec autant de conscience que d'inconscience, de son propre fait autant que dans l'absence d'un libre arbitre imposée par sa maladie. Nietzsche était Nietzsche autant par choix que par nécessité. Et s'il s'est souvent plaint de la douleur et de l'épuisement nerveux qui ont pour cause des migraines dévastatrices, jamais il n'a insulté ou méprisé sa maladie sans laquelle aucune oeuvre n'aurait trouvé son chemin et sa voix.

     

    ***

     

                              "Nous avons besoin d'une doctrine assez forte pour exercer une action sélective ; fortifiant les forts, paralysant et brisant ceux qui sont las de la vie ; Ma philosophie apporte la pensée triomphante qui détruira finalement toute autre façon de voir ; les races qui ne la supporteront pas sont condamnées" ( Nietzsche -  La volonté de puissance 225 ; 229 - Tome 2)

     

                    A titre de conclusion provisoire, on pourra faire le constat suivant : la dévotion est traître ; si l'on n'y prend garde, elle rend bête, même et surtout séculière et tout auréolée d’une pseudo-liberté de pensée qui a souvent la fâcheuse habitude d’oublier de se débarrasser de ses œillères. Et nombre de lecteurs de Nietzsche partagent cette regrettable habitude.

                    Les penseurs, les philosophes doivent être critiqués ; et parmi leurs lecteurs, leurs "disciples" en premier chef, car le devoir de tout lecteur c'est bien de se garder d'une lecture passive, non-critique des oeuvres. Dans le cas contraire, ces lecteurs courent le risque de n'être que des groupies serviles en quête de gourous ; la pire des lectures. 

                   Quant à se dire « nietzschéen »... le revendiquer,  c'est croire encore aux fantômes car Nietzsche est mort avec Nietzsche (contrairement à Dieu, Allah,Yahweh qui ne se sont jamais aussi bien portés : toujours autant de raisons de trucider l'autre), d'autant plus que l’absurdité ou la naïveté de cette revendication est par trop flagrante car pour « être nietzschéen » il faudrait avoir partagé non seulement  l'histoire familiale et personnelle de Nietzsche, Nietzsche et son siècle, mais plus important encore : Nietzsche et son combat contre sa maladie, l’épuisement physique et mental face à la douleur ainsi que le travail colossal de compensation — oeuvre géniale de toute une vie, courte au demeurant et misérable -, que cette maladie a exigé de Nietzsche pour qu'il ne renonce pas tout à fait en mettant fin à son... calvaire. 

                  Mais alors, une oeuvre Golgotha-esque finalement que celle de Nietzsche ?........................................

                 Ironie de l’histoire, tout n’est qu’ironie ! Né dans le Christianisme avant de s'en départir à cor et à cri toute sa vie durant tout en s'y soumettant (comme on a pu le voir), l'Antéchrist a bel et bien fini sur la croix sans pour autant sauver qui que ce soit. 

                 Sacrifice en pure perte pour lui et l'humanité ? Pas exactement puisqu'il nous reste l'oeuvre, son oeuvre, autre Evangile. 

     

     

    1 - Hypomaniaque dans un premier stade - merci de vous reporter au billet de Philippe Cadiou - "Nietzsche et la mélancolie " qui met en parallèle et analyse la progression et les symptômes de la maladie de Nietzsche et ses écrits tout au long de la construction de son oeuvre indissociable semble-t-il de son état de santé, de la mélancolie à la mégalomanie jusqu'à sa psychose achevée. Des extraits en ligne sont disponibles ICI - à lire impérativement !

    A l'origine de cette publication de Philippe Cadiou on trouvera un ouvrage oublié mais remarquable d'expertise et d'implication - ceci explique sûrement cela ! - de Jacques Rogé aux éditions Odile Jacob - 1999 : "Le syndrôme de Nietzsche" ICI ou ailleurs sans doute, bien qu'épuisé. 

    2 - A ce sujet, on pourra se reporter à l'ouvrage de Frédéric Lordon ICI

    3 - Si on n’a pas la compassion, on aura les camps : et on les a eus et les avons aujourd'hui encore : Palestine... et tous les camps des réfugiés du monde entier.

    4 - Faites le test : relisez Antéchrist tout en gardant à l’esprit ce qu’a été, par exemple, le régime nazi... et vous verrez : à tous les coups, ça marche ! De même avec « Les confessions de saint Augustin » et les Talibans : mais ça, c’est une autre histoire.

           

             "Nietzsche consacre la permanence d'un monde hiérarchisé, où la volonté de vivre se condamne à n'être jamais que volonté de puissance. La formule "Dionysos le Crucifié" dont il signe ses derniers écrits, trahit bien l'humilité de celui qui n'a fait que chercher un maître à son exubérance mutilée. On n'approche pas impunément le sorcier de Bethléem. Le nazisme est la logique nietzschéenne rappelée à l'ordre par l'histoire. La question était : que peut devenir le dernier des maîtres dans une société où les vrais maîtres ont disparu ? La réponse fut : un super valet. Même l'idée de surhomme, si pauvre soit-elle chez Nietzsche, jure violemment avec ce que nous savons des larbins qui dirigèrent le IIIe Reich. Pour le fascisme, un seul surhomme : l'Etat." Raoul Vaneighem : Traité de savoir-vivre - 1967

     

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  • Serge ULESKI - ouvrages et entretiens

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    ____________de l'Art, de la littérature et autres considérations

     


                 Présenté sous la forme d’un Abécédaire, le matériau de cet ouvrage a pour origine le blog de l’auteur ; les articles reproduits ici appartiennent aux deux catégories suivantes : « Littérature, auteurs et écriture » - « Artistes pour, envers et contre tous »

               Angot, Antonioni, Arendt à propos de la crise de culture, Michel Audiard père et fils, Bobin Christian, Céline, Camus et Sartre, Casanova, Césaria Evora, Virginie Despentes, Dieudonné, Marcel Duchamp, Clint Easwood, Finkielkraut, de Funès, Godard, Haenel, Houellebecq, Lanzmann et d’autres encore… comme autant d’entrées et de sorties vers une meilleure, sinon une autre compréhension des auteurs, des artistes et autres, tantôt controversés, tantôt unanimement salués.

     

     L'ouvrage est disponible ICI

     

     

    ____________des apôtres, des anges et des démons

                                 

     

          

                « Le monde moderne regorge de disgraciés obscurs, de déclassés sans nombre, d'otages en sursis dans l'attente de la sentence que ne manquera pas de prononcer une organisation de l'existence qui a pour seul moteur : la haine de l'échec. Alors... aujourd'hui, sans honte et en toute impunité, et sans risquer d'être contredit, on peut crier à l'endroit de tous les Bouvard et Pécuchet et Don Quichotte de la réussite : Malheur aux ratés ! »

                Ce récit réunit dans le fond et dans la forme, les caractéristiques du roman, du conte, de l'essai et du pamphlet jusqu'aux confins de l'ironie et de la satire.

    Les trois premiers chapitres nous présentent un à un, Matthieu, Gabriel et Luc ; le lecteur aura tout le loisir de définir ce à quoi ces trois figures se rapportent, même si l'on peut d'ores et déjà parler d'abandon, d'échec et de folie, tantôt douce tantôt amère.

    Le quatrième chapitre introduit une dernière figure - Paul - et réunit, pour la première fois, les quatre personnages dans un même lieu, au cours d'une soirée d'une brutalité insoupçonnable.

    Le cinquième et avant-dernier chapitre abandonne Matthieu, Gabriel, Luc et Paul. Maintenant seul, comme coupé de ses personnages, un destin funeste viendra percuter de plein fouet notre narrateur.

    Dans le sixième et dernier chapitre qui n'occupe qu'une trentaine de lignes, une nouvelle voix se fait entendre en nous livrant une des nombreuses clés possibles de cette épopée.



    Thèmes abordés: le journalisme, la médecine, les femmes, la traite négrière, le show-business, l'art contemporain, la publicité, le marketing, le milieu de l'édition, le couple, la vie urbaine, l'évolution de notre espèce, la guerre, le ressentiment et la revanche de "classe", l'ingénierie sociale, l'anthropologie politique et la génétique.



              Texte libertin, assurément ! Dans la tradition du 18è siècle (Diderot ?) : libertinage de libre penseur dans l'exercice d'une prospective qui ouvre la porte à toutes les fictions sociales et politiques.

     

               A propos "Des apôtres..." cliquezentretien avec l'auteur

     

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    ________Cinéma ! De film en film, de salle en salle

     

                    Cinéma qui ne cessera jamais de hanter nos mémoires... sons, images, voix, musiques, lieux, acteurs, réalisateurs, auteurs, scénaristes, compositeurs, décorateurs, monteurs (le plus souvent monteuses), chefs opérateurs...


    Cinéma d’hier, de demain, encore à naître...

    Cinéma mort-né !


    Et puis, l’autre cinéma, déjà perdu pour tout le monde : films dont les scénarios dorment à jamais au fond des tiroirs ou dans l’imaginaire de ces mêmes auteurs, cinéastes et producteurs.

    Le Cinéma nous offrira toujours plus que ce qu’il nous donne à voir, à entendre et à comprendre. Art métaphysique par excellence, quand il y a « Cinéma », il y a… transcendance, toujours !

    A la fois indéfinissable et irrésistible, ce à quoi nous sommes confrontés est bien plus grand que nous… spectateurs ! Bien plus grand, et bien plus haut aussi !

    Transcendance donc, et puis… immanence !

    Car, cette imposante confrontation avec tous les réels qu’est le cinéma nous est bien destinée ; elle nous rejoint et nous aussi ; et c’est ensemble que nous cheminons.

    Aussi… à chacun son cinéma !

    Et c’est alors qu’on pensera à un FILM UNIQUE qui réunira tous les films... pour que jamais on n'en soit séparés et qu'on ne les oublie...

     

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    ___________Je me souviens

     

              Work in progresspar définition, et puis... par nécessité aussi, sinon par nature, ce "Je me souviens"puisqu’on n’en finit jamais de se souvenir comme on ne cesse jamais d’oublier !


    Dans la première partie de cet ouvrage, et dans une certaine mesure, l'esprit de mes "Je me souviens" s'inspirera des "Je me souviens" de Georges Perec venus tout droit de chez Joe Brainard dont, aujourd'hui encore, nul ne sait de qui il s'est inspiré pour écrire ses "I remember".

    Dans la seconde partie, c'est de... demaindont je tenterai de me souvenir : de demain... dans... disons 50 ou 100 ans.

                Quant à savoir si ma tentative aura pour but de " retrouver un souvenir presque oublié... commun, sinon à tous, du moins à beaucoup" …

    Comme il s'agira de demain, on comprendra aisément que cette section s'adresse en priorité à des lecteurs qui ont une très bonne mémoire de l'avenir : pas du leur mais de l'avenir de ceux qui les suivront et qu'ils auront - par voie de conséquence -, précédés de peu mais suffisamment pour qu'ils les considèrent déjà - tous ces suiveurs -, comme leurs successeurs.

     

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    ___________Pièce à conviction

     

     

    La vérité, c'est aussi et surtout dans les faits divers que vous la trouverez.

     

               Vous vous demandez dans quel monde vous vivez, dans quel pays, dans quelle ville, dans quel quartier ? Intéressez-vous donc aux faits divers et ne relâchez pas votre attention car tous ces faits divers sont aussi et surtout, des faits emblématiques de notre société qui demeure - quoi qu'on en dise - indomptable malgré tous ses garde-fous.

    Miroir déformant ou pas, le fait divers - pour peu qu'un traitement responsable lui soit réservé - viendra nous rappeler des logiques de comportement que l'on croyait révolues, une géographie urbaine ou rurale insoupçonnable, des conditions de vie scandaleuses mais aussi : mille transgressions, mille intolérances, mille traumatismes, mille injustices...

    Si la rubrique des faits divers est souvent celle des pauvres - rubrique-tombeau que personne n'ira fleurir - elle est aussi celle des fous.

     

    ***

     

    NB : ce texte n'est pas un polar !

     

                Trois longues années à découvrir les cadavres de dix adolescentes. Trois ans d'enquête à interroger des dizaines de suspects et des centaines de témoins éventuels, jusqu'au jour où l'on découvre dans le baluchon d'un sans-abri mort de froid, huit carnets. Après la lecture de ces carnets, la police ne tardera pas à faire un rapprochement entre ce cadavre et les viols et meurtres des dix adolescentes. Ce sont les analyses scientifiques qui finiront par établir avec certitude la culpabilité de l'auteur de ce "Journal" désormais considéré comme... "Pièce à conviction".

     

    Ce qui ne vous tue pas... fait de vous... un monstre !

     

    Comment revisiter le monde érotique et cruel du Marquis de Sade et chez Lautréamont, les forces obscures de l'irrationnel et de l'inconscient ?

    Ce récit est une tentative de réponse loin de toute analyse psychologique. D'où la forme adoptée : celle du "Journal intime".

    Parole de tueur donc ! Loin de la parole psychiatrique et, en ce qui concerne la parole du journalisme d'enquête, cette dernière est réduite à sa plus simple expression : celle de l'exposition des faits.

     

    Choix stylistique: celui d'une écriture subliminale censée incarner l'enfermement de notre tueur dans la négation de la réalité et du caractère injustifiable des actes qu'il commet. Des coupures de presse, insérées tout du long, renverront sans ménagement le lecteur à cette réalité décidément... têtue ! Aussi têtue que les faits qui nous sont rapportés dans ce journal.

     

     

    Extrait proposé -cliquez :  Pièce à conviction carnet 6 extrait.pdf

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                                                Extrait audio

     

     

     

    Entretien avec l'auteur : cliquez Pièce à conviction

     

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    ________Serge ULESKI - Morceaux choisis

     

     

                La réalité psychologique de l’écriture est très complexe : tactique et stratégie y occupent une place importante. L’inspiration n’est pas tout : le but que l‘on s‘est fixé importe aussi.

     
    Comme un poisson dans l'eau... dans le vrai comme dans le faux, dans le bien comme dans le mal jusqu'à brouiller leurs frontières... pourquoi pas ? Tout en sachant comme nous le savons maintenant, que nous avons tous de bonnes raisons d'être ce que nous sommes et de le penser aussi (que nous avons de bonnes raisons) ; et bien malin ou présomptueux qui saura opposer La Vérité - et toute la vérité ! - au mensonge et exalter le Bien comme pour mieux conjurer tout le Mal qui est en nous et ce, sans sourciller et douter une seule seconde, insoucieux du fait suivant :

                Ce qui est... n'est pas ! Car il s'agit toujours d'autre chose ; autre chose et autre part... et puis, ailleurs aussi.

     

    ***

     

                 Rédigé sous la forme d’un Abécédaire,le matériau de ces morceaux choisis est issu des textes de l’auteur – romans et récits -, chez AMAZONou bien, à paraître très prochainement chez ce dernier.

     

     

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    _____Dieudonné, une résistance inespérée

     

     

                   Banni des médias dominants - presse, télés, radios - depuis plus de dix ans à la suite d’un sketch sur FR3 qui mettait en scène un colon juif de Cisjordanie… Dieudonné a essuyé tous les affronts tout en faisant l’objet d’un nombre incalculables de mesures vexatoires et liberticides.

    D’une résistance et d’une persévérance hors du commun, Dieudonné a tenu bon ; et son public n’a jamais été aussi solidaire et nombreux qu’aujourd’hui.

     

    ***

     

                   Que l'on ne s'y trompe pas : « raconter » Dieudonné, ce phénomène... ce n'est pas seulement parler de Dieudonné ; c'est aussi, et surtout, s'intéresser à tous ceux qui ont tenté de l’empêcher de travailler et d’exercer librement son Art.

    Dates, noms, faits et gestes, ce qui a été dit et écrit par les uns et par les autres… raconter Dieudonné, c'est mettre à jour le fait suivant :  de cette étude, de cet examen, ni les magistrats, ni les médias, ni la classe politique, ni les gouvernements n'en sortent grandis, et moins encore les associations communautaires acharnées à abattre professionnellement et socialement un humoriste fils spirituel de Molière, de Voltaire et d'Alfred Jarry.

                   Ces chroniques sont présentées dans leur chronologie… de 2007 à aujourd’hui. On pourra ainsi mesurer l’évolution des analyses de l’auteur et le chemin parcouru par celui-ci vis-à-vis de la démarche d’un Dieudonné artiste et activiste politique.

     

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                     Et si en littérature, le meilleur personnage qui soit était le lecteur ?! Car, n’est-ce pas le lecteur qui « fait » le livre ?

    Il suffit de penser à tout ce qu’un lecteur est capable d’investir dans la lecture d’un texte : le pire comme le meilleur !

     

     

    ___________Paroles d'hommes 

     

                  Arrive un jour où l'on décide de tout quitter pour échapper à tout ce qui nous empêche d’être... ce que l‘on croit pouvoir être, pensant à tort qu’il est encore possible d’être quelqu’un d’autre. Sur son chemin, on croise le rédacteur en chef auto-proclamé d'un magazine à la publication aussi hasardeuse qu'hypothétique ; ce personnage qui est aux sciences sociales ce que Knock est à la médecine, a comme projet un reportage sur une communauté rurale soupçonnée d'abriter des hommes aux mœurs d’une sauvagerie inqualifiable.

    Sans emploi et sans attaches, pensant n'avoir plus rien à perdre, ayant déjà tout perdu ou presque, on se dit : "Pourquoi pas ? Allez ! Va pour l’enquête ! Et puis... vogue la galère !"On prend la route. Les rencontres et les interviews se succèdent, l'enquête progresse mais... patatras ! L’itinéraire emprunté est un piège, et notre enquêteur malheureux progressera pas à pas vers une crucifixion sans gloire, sans honneur et sans rédemption.

     

    Thèmes abordés: l'impossibilité du pardon - La trans-sexualité et la question ontologique - Pulsions libidinales : frustrations et conflits - L'incommunicabilité - Le dépit amoureux et la trahison - Manipulation : mensonge et/ou vérité ?

    Et bien d'autres thèmes encore puisque... comme annoncé précédemment : "Ce qui est, n'est pas car il s'agit toujours d'autre chose... autre chose et autre part... et puis, ailleurs aussi !"

     

    Choix stylistique: cette farce tragique est écrite comme on diffuserait un événement en direct : dans l'urgence, caméra sur l'épaule.

     

     

    Entretien avec l'auteur : cliquez Paroles d'hommes

     

     

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                   En tant qu'auteur, on peut n'avoir qu'un souhait : que son projet d'écriture, une fois arrivé à son terme, se transforme en un véritable projet de lecture de la part du lecteur.

     

    __________Cinq ans, cinq nuits

     

     

    Prix  "Littérature et Internet" Edition 2014

     

    ***

     

                    Seul existe ce que l'on fait exister, avec détermination, après un travail acharné, pour ne pas se contenter, négligeant et sans courage, de le rêver.

                     Substituant à une vie conjugale en situation d'échec une voie large et resplendissante qui devra la mener jusqu'à son parachèvement, une femme se propose d'intervenir dans son propre destin. Une rencontre, comme un nouvel éclairage inattendu sur une existence qui semblait à jamais figée, avec celui qui deviendra très vite son amant, et c'est l'ébranlement de tous les repères, l'abolition de tous les interdits.

    Dépendance totale ! Absorption, fusion ! A l'effort que fournira cette femme pour échapper à l'étouffement, on pourra mesurer la puissance de sa réaction contre un mariage insipide, sans souffle et épuisé. Dans cette quête d'un Nouveau Monde - fief de tous les excès - dans ce réarmement contre les forces de la désagrégation, ce sont vingt années qu'elle rachètera et expiera auprès de cet amant-étoile décroché contre toute raison ; vingt années d'une existence qui n'a connu de la volupté que le regret de son absence.

    Une ambition d'une intelligence folle et subversive, cet érotisme qui ne produit rien et qui n'a qu'un seul but : s'extraire d'un monde interdit d'extase. Mais... pour plus d'un, pour plus d'une, un outrage ce sursaut, cet élan, cette ambition démesurée !

    Alors... rien, non rien, ne lui sera épargné ni pardonné.

     

    ***

    Thèmes abordés: l'extase et la volupté, le culte de l'Autre, l'absence et le manque, vie conjugale et atrophie.

    Choix stylistique: préciosité et emphase jusqu'à l'exubérance et parfois même, l'extravagance mais... à dessein - bien évidemment ! -, puisqu'à la source de ce choix, on trouvera une provocation en règle et un procès d'intention contre toutes les formes de dépréciation de soi et contre une organisation de l'existence qui a pour seule mécanique infernale : la soumission à un moins-disant émotionnel et érotique qui engorge tous nos désirs.

     

              Extrait proposé :Cliquez cinq ans cinq nuits extrait blog.pdf

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    Extrait audio

     

     

    Cliquez: Entretien avec l'auteur

     


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    Soutenir un auteur c'est le lire et en parler autour de soi

     
     

    ______________LA CONSOLATION

     

     

                                     "Comment vivre sans choisir ? Comment vivre sans inconnu devant soi, sans espoir d'inédit, d'inattendu et d'inouï ?"

     

                Ce texte se déploie autour d'une femme divorcée après 25 ans de mariage. Les cinq premières années qui ont suivi son divorce sont des années fastes : elle recouvre, sa liberté. Mais très vite, à cinquante ans passés, c'est l'impasse : celle d'une organisation de l'existence au jour le jour.

     

                                "Depuis son divorce, voilà trois ans, elle a pris la vie, l'a quittée, l'a reprise, faisant l'impasse sur des jours, des semaines entières pendant lesquelles rien ne se passait et puis, hésitante, elle y est revenue à cette vie qui est la sienne aujourd'hui."

     

                La forme de ce roman est discursive. Le narrateur alterne le "elle" (le personnage de la femme), le "nous" (le personnage intégré à la communauté humaine) et le "on" que le lecteur (femme ou homme) aura tout le loisir de s’approprier ; il personnalise pour mieux dépersonnaliser, son personnage s'effaçant au profit d'une réalité plus vaste qu'elle : la condition de toutes celles - et accessoirement, de tous ceux - qui partagent... sacondition.

     

                               "Pourquoi nos vies seraient-elles si différentes puisque nous suivons tous, à quelques exceptions près, le même chemin ? Ne sommes-nous pas tous issus de la même branche, du même arbre, fruit d'une nécessité commune dictée par une loi dont les règles ne nous laissent guère le choix quand il s'agit de quitter les racines qui nous ont vus naître ?"

     

                Ce titre compte onze chapitres ; au neuvième, le lecteur possède tous les tenants et les aboutissants du personnage. Arrivent alors les deux derniers chapitres : le personnage a 55 ans et son destin, produit d’une sélection impitoyable, sera parfaitement accompli.

    Destin non conclusif, toutefois, puisque le lecteur se verra proposer un épilogue à deux voies, l'auteur ayant décidé de ne pas trancher.

     

                  Thèmes abordés: divorce, célibat, la souffrance au travail, la maternité, deuil, pardon et mémoire. 

           

               Extrait proposé: cliquez la consolation extrait.pdf

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    _________CONFESSIONS D'UN VENTRILOQUE

     

                 Et si nous nous taisions ? Oui ! Nous taire pour mieux tendre l'oreille...

    Vous l'entendez maintenant ? L'entendez-vous cette plainte ?
      Elle gonfle. Elle exhale. Elle pousse ! Elle enfle. Elle est énorme à présent, et dans un instant, elle va éclater... Et tout s'achèvera en larmes, bien sûr.

     

    ***


                   Qui parle quand on parle ? Qui parle à qui ? Et qui écoute qui ?

                  Une voix s'est imposée à moi ; une voix venue témoigner et confesser un enfant martyr, le meurtre d'une femme, le décès accidentel d'une autre, une résistance aussi héroïque que vaine, et pour finir : un vieillard désabusé. De quoi remplir une vie... sans aucun doute !

    Composé de touches d'imprécations, de réflexions, de déclamations, de soliloques joints en forme de dialogue, d'impulsions violentes et de moments de silences, ces confessions sont une tentative d'écriture atonale qui offre la possibilité de lire les quatre premiers chapitres dans l'ordre que l'on veut ; ce qui devrait autoriser un grand nombre de combinaisons de lecture.


    Thèmes abordés: l'irrécusable douleur de l'insurmontable ; la révolte face au tragique dans l'existence, et l'espoir de la résilience.

     

     

    Extrait audio

     

     

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    ______Les brèves (plus ou moins brèves) de Serge ULESKI

     

     

                  La vérité tient en quelques mots, et le mensonge... en tout un roman.

      

                 

    En proie à la nostalgie... 

    Et si, ce qui nous attire, nous séduit, nous émeut dans tout ce qui touche de près et de loin à hier, était le fait que ce morceau de vie qu'est le passé, est derrière nous ? Et on ajoutera, soulagés : "Ouf ! Plus de peur que de mal !" 

    Car... qui nous rappellera que vivre demeure une expérience que l'on préféra toujours avoir derrière soi et non... devant ?

     

     

    Fragments, figures de style, effets rhétoriques, parfois satiriques ou caricaturales…

    Maximes, syllogismes, aphorismes, tantôt inédits, tantôt glanés dans les textes de l’auteur (romans et billets de blogs)…

    Plus de trois cents brèves – plus ou moins brèves-, pour se dépêcher d’en sourire ou d’en rire ; ou bien encore, d’y réfléchir.

     

     

    Il faut taire les crimes, ceux de tous les jours car, les nommer, tous ces crimes d'exception, anonymes et insoupçonnables, c'est en faire des maux incurables, des maux privés de l'espoir de l'oubli.  

    Heureuse soit la victime à qui la société n'a pas notifié et qualifié le crime commis sur elle ! Car, elle n'aura alors qu'un seul poids à porter : celui de son propre jugement et seulement le sien. Et là, ô miracle ! L'esprit peut se révéler d'une magnanimité surprenante, lui qui est capable d'accueillir le pardon, ou bien l'oubli comme le naufragé accueille son sauveteur.

     

     

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    _______________TRANSIT(Théâtre)

     

                Les personnages principauxde cette pièce de théâtreen un acte sont les suivants : un juge, un philosophe, un syndicaliste et un député.

    Autres personnages : un médecin, un infirmier, une jeune femme et un tire-au-flanc manchot (bras droit amputé).

    Le lieu: la salle commune et vétuste d'un foyer d'hébergement.

                 Tout au long de la pièce, le silence sera la règle et la parole, l'exception : surdité, mutisme et immobilisme - on ne veut pas entendre, on ne veut pas répondre, on ne veut pas bouger.

    Ces silences devront néanmoins... être joués. Ils le seront par le syndicaliste et le juge seuls, sauf instruction contraire. Durant ces pauses, tous deux doivent se montrer très tendus, exaspérés et accablés : ils sont plongés dans leurs pensées, un poids énorme semble les écraser, à l'intérieur d'eux, se livre une bataille.

    A titre d'exemples, ils pourront utiliser des éclats de rires brefs, des ricanements, des haussements d'épaules, tête que l'on jette en arrière, gémissements ponctués de longs silences, soupirs lourds et bruyants, râles, gestes furtifs, des bribes de phrases incohérentes et des phrases courtes mais compréhensibles celles-là (ces phrases sont notées dans le texte).

     
    Le député qui ne connaît ni l'identité ni la fonction du juge, du syndicaliste et du philosophe, accueillera ces silences avec anxiété. Il n'aura qu'un souci : les rompre.

    Le philosophe, lui, demeurera étranger à tout ce qui peut se faire ou se dire dans la salle commune de ce foyer.

     

    ***


                        Qui a forcé tous ces personnages à se retrouver dans ce lieu ? Qu'est-ce qui les réunit ? Pourquoi ce silence que tous cherchent à imposer à l'exception du député ? 

    C'est là tout l'enjeu de cette pièce.

     

     

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    _____Marquis de Sade : complaisance et omissions

     

     

                « Célébration » du bicentenaire de la mort de Sade, exposition au Musée d’Orsay… manifestement, on n’en a jamais fini avec Sade ! Il va, il vient ; des universitaires,  des chercheurs, des auteurs  et autres « animateurs culturels médiatiques » nous le rappellent régulièrement à notre bon souvenir.

               Mais au fait, qui est Sade ? Et qui sont ceux qui s’obstinent à le faire exister ?  Pour(-)quoi et contre qui ?

              C’est tout le sujet de cet ouvrage dont toutes les citations (en italique) sont extraites de  « La philosophie dans le boudoir » qui a pour auteur Donatien Alphonse François de Sade, tantôt comte, tantôt marquis.

     

     

    ***

     

                   A l’ouverture de la conférence de presse, en tant que commissaire générale de l’exposition « Sade. Attraper le soleil », Annie Lebrun aura ces mots : « Sade, c’est un changement de sensibilité. »

                      Tout est dit. Nous sommes maintenant prévenus.

     

                           L'ouvrage est disponible ICI

     

     

    _______Ad hominem: Politique et médias

     


                 Présenté sous la forme d’un Abécédaire, les articles et billet publiés sous le titre "Ad hominem" appartiennent aux catégories suivantes du blog de l’auteur : Politique, médias, minorités, société et actualité…

               Hommes et femmes politique, hommes et femmes des médias, penseurs, historiens, acteurs de la dissidence sur Internet… on y retrouvera entre autres : Jacques Attali, Julien Assenge, François Bayrou, Bush junior, Michel Collon, Harlem Désir, Dieudonné, Robert Faurisson, Michel Glouscard, Bernard-Henri Lévy, Obama, Karl Marx, Audrey Pulvar, Michel Rocard, Saint Augustin, Nicolas Sarkozy, Alain Soral, Benjamain Stora, Christiane Taubira, Manuel Valls, Hubert Védrine, Zemmour… et beaucoup d’autres encore… dans un regard tantôt féroce, tantôt caustique, compassionnel aussi, sur ceux qui font l’actualité, parfois à leur corps défendant , et alors qu’ils souhaiteraient sûrement qu’on les oublie.


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    _______La France et le fascisme

     

     
                   Qu'en est-il de cette France que l'on dit "fille aînée du fascisme" ? A l'heure où  "Ni droite ni gauche. L’idéologie fasciste en France",  paru en 1983, est repris en collection de poche avec une nouvelle préface de l’auteur sur près de 150 pages ; en effet, à en croire l'historien Sternhell, la France serait aussi " la fille aînée du fascisme". Rien moins.

                   Cet opuscule d'une cinquantaine de pages se propose de répondre à cette question et d'en proposer d'autres à la réflexion du lecteur car, ce qui doit nous intéresser n’est pas tant de savoir si la France est la « fille aînée du fascisme » mais bien plutôt ce questionnement-ci : pourquoi certains historiens et politologues ont manifestement besoin de le penser alors qu'aucune définition du fascisme ne semble possible, tout en tenant compte du fait que jamais en France il n’a existé un Etat fasciste, et qui plus est… librement consenti ?

     

    Pour prolonger, cliquez: La France et le fascisme : autant de questions sans réponses 


                          L'ouvrage est disponible ICI

     

     

    __________La France et le sionisme : domination et chantage  

     

     

              A l’heure où, en voyage d’Etat en Israël en novembre 2013 , François Hollande, Président de la République française, adresse un chant d’amour éternel à Israël dans la résidence privée de Netanyahu, chef d’un gouvernement à la tête d’une coalition d’extrême droite…

    A l’heure du bannissement de Dieudonné - plus de dix ans de persécution -, à la suite d’un sketch qui dénonçait la politique d’un Etat qui n’a, aujourd’hui, plus rien à envier à l’Afrique du Sud du temps de l’Apartheid…

    Et alors que l'Etat israélien jouit, ici en France, d'un soutien quasi inconditionnel de la classe politique en général et du PS en particulier, et ce jusqu'au sommet de l'Etat français, soutien concomitant avec une adhésion pleine et entière à la politique de l’Otan et à un mondialisme qui n’est dans les faits qu’une remise en cause de tous nos acquis sociaux et démocratiques ainsi que de notre patrimoine culturel, le tout en violation de notre tradition diplomatique qui a fait notre rayonnement et notre force une tradition qui avait pour objectif la recherche d'un équilibre face à des pays et des cultures hégémoniques à la soif excessive de domination...

                Cet ouvrage se propose d’exposer au grand jour, jour après jour, la démission de l’Etat, de la quasi-totalité de la classe politique, des intellectuels, du monde de la culture et des médias, tous terrorisés à l’idée de s’opposer à la préséance d’une idéologie seulement capable, d’organiser le malheur partout où elle est dominante : là-bas : bombardements civils, assassinats et expropriation ; ici : division, violence, chantage et bannissement.

     

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  • Yann Moix : passé, présent - et avenir

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    Billet de blog publié en 2015      

                      

                    Contrairement à ceux dont le passé ne passe pas, celui de Yann Moix, récent, impétueux et à haut risque, est passé comme une lettre à la poste ; il a filé ce passé à une vitesse supersonique... et tout le monde a tout oublié ; du moins ceux qui, aujourd’hui, le soutiennent, le couvent et le récompensent.

    Il nous faudra donc nous y arrêter sur ce passé, ne serait-ce que pour comprendre le présent et peut-être aussi, l'avenir d'un Yann Moix.

    Mais... dans un instant car il nous faut, d'abord, parler de ce présent.

     

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                  Entre deux films et un roman, Yann Moix a  trouvé à s’occuper : il s’est assis depuis la rentrée de septembre aux côtés de Léa Salamé dans "On n'est pas couché", le talk-show présenté par Laurent Ruquier tous les samedis en deuxième partie de soirée sur France 2.

    Ce qui nous promet, soit dit en passant, de beaux et de grands conflits d'intérêts : pensez au jour où Moix devra  faire la recension d'un livre d'un auteur de sa propre maison d'édition Grasset !

    Pour remplacer Aymeric Caron, il est dit que Laurent Ruquier a pioché parmi ses fidèles même si on oublie un peu trop facilement que Ruquier n’a pas la réputation de décider quoi que ce soit pour qui que ce soit, et moins encore pour lui-même ; comme tous les animateurs du PAF, il se doit d’être aux ordres ; ce qui se solde par une émission qui reçoit ceux que tout le monde reçoit tout en bannissant tous ceux que ces mêmes médias bannissent ici, là, et partout ailleurs.

    Faut dire que Yann Moix colle aux baskets d'un Ruquier qui s'est fait une spécialité d'être omniprésent dans les médias du décervelage : Moix a donc fait aussi partie des pensionnaires des "Grosses têtes", l'émission que Laurent Ruquier présente tous les après-midis sur RTL. Avec l'animateur, il a également participé à "On va s'gêner" sur Europe 1 et à "L'Émission pour tous" sur France 2.

    C'est à se demander comment Yann Moix arrive encore à poser ses fesses sur un siège quel qu'il soit... même rembourré.

    Mystère.

     

                 Longtemps les auteurs dignes de ce nom ont pu vérifier que la littérature ne nourrissait pas son homme et que, par voie de conséquence, peu d’auteurs étaient disposés à se montrer à la hauteur du sacrifice que demande cette littérature décidément ingrate et qui se moque pas mal des conditions de vie de ceux qui la servent des années durant.

    Moix est-il la preuve vivante de cette vérité amère, car, avec cet engagement tous azimuts dans les médias, ce n’est plus de sacrifice qu’il s’agit mais d’un véritable acte d’héroïsme car enfin… toute cette activité, tout cet abaissement, c’est pas rien pour un auteur qui a très tôt juré une fidélité éternelle à une littérature à la fois exigeante et courageuse !

    Certes, on peut aussi porter un autre regard sur ce Moix omniprésent dans les médias car on peut toujours affirmer a contrario : la littérature n’affame pas, elle gave les auteurs ; et en ce qui concerne Moix, un Moix pourtant privé de lecteurs, cette littérature le gave comme personne d’autre avant lui ! Oui ! Elle le gave notre Moix ! Elle le... à moins que...

    A moins qu’il ne s’agisse non pas de littérature mais plus simplement d’être capable de s’entourer d’appuis qui comptent car la rumeur va bon train : comment Moix a-t-il obtenu le job de Caron, son prédécesseur chez Ruquier ? Est-ce BHL dont Moix est très très proche (1) et à qui les médias ne peuvent rien refuser, qui l'aurait imposé ? La question est posée.

    Rappelons à toutes fins utiles que Yann Moix qui a quitté sa province - Orléans pour Paris -,  sur ses grands chevaux, bien décidé à empoigner la littérature, est l’auteur d’une dizaine de romans."Naissance", son dernier ouvrage en date, a remporté le Prix Renaudot en 2013. Il a réalisé deux long-métrages, "Podium", avec Benoît Poelvoorde et "Cinéman" avec Franck Dubosc.

    Porté à bout de bras par Bernard Henri Levy, Yann Moix - la call-girl de BHL ! -, avec Caroline Fourest, mène la grande vie au prix de tous les abaissements et de tous les partis pris auxquels il est possible de se rallier, de se plier et de se conformer car BHL ne connaît pas les demi-soumissions ; avec BHL, il faut avaler, tout avaler, couleuvres et le reste ; il faut aussi accepter de se ranger à droite de l'échiquier politique, du côté de ceux qui cognent... sur les plus fragiles qui plus est, même si contrairement à Fourest qui ne sait rien faire, Moix n’est pas dépourvu de talent et toute personne de bonne foi ne saurait douter de l’authenticité de son engagement auprès de la Littérature et des auteurs, même si…

                  Tenez : deux avis opposés sur le talent de Moix en tant qu’auteur  vous sont proposés : ICI et puis LA.

    Arrangez-vous avec ces deux-là…moi, je n’ai pas d’avis sur la question. Je n’ai pas encore trouvé le temps de lire un ouvrage de Moix même si j’ai pu apprécier « Podium » qui, sans être un film important, a su nous surprendre : l'acteur Poelvoorde n'y est sans doute pas pour rien non plus. 

     

     

    1 - Moix anime un blog dans la revue en ligne créée et dirigée par Bernard-Henri-Lévy : La règle du jeu.

     

     ***

     

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     Docteur Yann et Mister Moix ?

     

     

                   Revenons maintenant au sujet de ce billet : le passé somme toute récent de Yann Moix.

    C’est un dénommé Paul-Éric Blanrue qui s’est chargé de nous le rappeler : ICI dans son intégralité.

    Paul-Eric Blanrue est un historien comme on les aime : un historien mal assis, en rupture de ban(c) ; un historien maudit et banni (Alain Decaux n'a qu'à bien se tenir !) Jamais vous ne le verrez à la Télé ou ne l’entendrez à la Radio même par mégarde ou par accident. C'est simple : quiconque l’invite... meurt… professionnellement s’entend. 

                 On apprend alors que Moix formait au début des années 2000 avec Blanrue et Marc-Edouard Nabe, un trio inséparable. Pour Paul-Eric, Yann Moix qui était employé à l’hebdomadaire Marianne classé très à gauche dans ces années-là, c'était « Mon Yannou ».

    Blanrue nous rappelle que pour Moix, Marc-Edouard Nabe, l’auteur de Au régal des vermines publié en 1985, un texte bien écrit mais plein de haine pour le genre humain (à noter que les Juifs n’étaient pas épargnés non plus ; et c'est important ; on verra pourquoi dans un instant) était un demi-dieu, un classique vivant de la littérature française.

    Rastignac orléanais (comprenez : arriviste venu tout droit d’Orléans) Moix fera sien un briquet à l’effigie du Duce (Mussolini), le dérobant à Blanrue. Faut dire que Moix n’était déjà pas un vitupérant gauchiste puisque Le Pen ne le déplaisait pas.

    Blanrue, ami personnel du professeur Robert Faurisson, précise que cette acquaintance n’était pas un secret pour Yann Moix qui connaissait depuis les années 90 les travaux de cet autre historien maudit et banni : "Rencontrant régulièrement le professeur à Vichy ou lors de ses venues dans la capitale, correspondant avec lui au quotidien par e-mail, la proximité que j’entretenais avec cette sulfureuse personnalité qui avait, d’ailleurs, peu de secrets pour toi, non seulement tu me le demandais, mais tu en redemandais, mon Yannou, et combien goulûment : qui en était ? Qui n’en était pas ? Ça te passionnait ! "

    Au sujet du professeur Faurisson, rappelons, en passant, qu'après un jugement favorable à son endroit - jugement qui renverra tous les historiens à leurs chères études -, une loi verra le jour :  la loi Gayssot : une loi qui est certes capable de plaisanter avec l'Histoire mais certainement pas avec le génocide des Juifs d’Europe par les Nazis (2).

    Et puis, voilà que Moix qui ne se sentait plus exister sans doute, accepte d’être le préfacier de l’ouvrage «  Le Monde contre soi – Anthologie des propos contre les juifs, le judaïsme et le sionisme » de son ami Paul-Eric Blanrue paru en 2007 ; ouvrage aujourd’hui interdit à la vente suite à un recours déposé par la LICRA en 2012.

    Chaud devant !

     

     

                A la fin des années 2000, Moix a longtemps prétendu s'être « rangé des voitures » rompant tout contact avec Paul-Eric Blanrue. Là encore, rien n’est plus faux, comme P.E.Blanrue le prouvera,documents à l'appui en bon historien qui travaille les archives, les siennes en l'occurrence :  ICI

    Blanrue continue : « Moix a ri aux éclats en assistant au spectacle “Mahmoud ». Moix avait fait le déplacement au théâtre de l’humoriste-activiste Dieudonné...

    Avant de conclure : "En quelque sorte, j’étais devenu ta bonne conscience : tout ce qui t’était interdit de dire en public, tu me le lâchais en privé ou me le faisais assumer en riant à gorge déployée à mes tirades transgressives. Docteur Yann et Mister Moix ! Je t’offrais la possibilité de vivre quelques heures par jour la vie que tu aurais voulue mener et d’exprimer en cachette les propos que tu aurais aimé tenir si tu n’avais pas choisi la voie du succès contre le monde du silence."

     

    La synthèse sur Yann Moix avec Alain Soral

     

    2 - Notez que je mets une majuscule à Nazi non pas parce que j’en suis un mais parce que le correcteur d’orthographe de Microsoft m’y invite très fortement ; aussi, pour toutes réclamations, adressez-vous aux développeurs de ce logiciel de traitement de texte.

     

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                    Marc-Edouard Nabe, Paul-Eric Blanrue et Faurisson, Dieudonné...

    Aujourd’hui, Moix  s'est définitivement rangé ; il a choisi BHL et la télévision ; grand bien lui fasse : il a donc choisi de disparaître, comme des milliers d'autres avant lui, une fois que les feux de la rampe se seront éteints ; et comme les voyages forment la jeunesse, en prime, cerise sur le gâteau d'une allégeance inconditionnelle et maintenant sans nuages, Moix est devenu israélophile et judéophile comme il n’est pas permis de l’être quand on est ni juif ni israélien ; et c’est bel et bien sur cette déférence que se sont portés mes soupçons, voilà quelques mois, car, comme chacun sait, il ne faut pas me tenter.

    Aussi, que cache-t-elle cette déférence ? Qu’est-ce que Moix, le petit orléanais monté à Paris a donc à se faire pardonner ? Que cherche-t-il à nous faire oublier ? Quand on sait que le meilleur ami des Juifs c’est le non-Juif critique à propos de la soumission inconditionnelle au Judaïsme et/ou à Israël d’une communauté française sous l'influence d'une idéologie mortifère qui représente un réel danger de mort pour cette communauté, le sionisme, tellement l'injustice et la cruauté de cette idéologie poussent à la colère et à la révolte, celle des plus faibles - le terrorisme -, on peut légitimement être soupçonneux.

                    Les réponses à mes questions, j’ai pu les trouver chez cet historien banni des médias : Paul-Eric Blanrue.

                    Qu’il en soit ici remercié. 

     

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    Pour prolonger, cliquez : Moix, le poète d'un crime crapuleux

     

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  • Penser la dissidence aujourd'hui avec don Quichotte et Sancho Panza

     

                    L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche ou L'Ingénieux Noble Don Quichotte de la Manche (titre original en espagnol El Ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha) est un roman en deux parties écrit par Miguel de Cervantes et publié à Madrid en 1605 et 1615.

     

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               Don Quichotte et Sancho Panza... mais... qui est l’un, et où est l’autre ?

     

     

                     Certes, à propos de cette oeuvre, un fait est avéré : le don Quichotte de Cervantès est bel et bien un mythomane paranoïaque, et son compagnon d'infortune, Sancho Panza, son «médecin» et sa tentative de cure ; Sancho est celui qui tentera, sans relâche, à chacune des hallucinations de son Maître, de le ramener à la raison : celle de la réalité de ce qui est, de ce qui existe contre tout ce qui n’est pas et qui n'est que le fruit d’un cerveau malade, celui de don Quichotte en l’occurrence.

                       Disons-le sans tarder : ce qui fait que ces deux figures de la littérature mondiale sont attachantes et parfois même émouvantes, c’est leur bonne foi totale, leur honnêteté à tous les deux. Ce qui fait que nous lecteurs, nous ne pouvons pas nous empêcher de les aimer, c’est l’absence de vice et d’arrière-pensée chez ces deux personnages car aucun d’eux n’est ni manipulateur ni menteur ; aucun d’eux ne manipule l’autre ni ne lui ment : respect, commisération, efforts redoublés, l’un tentant de sauver l’autre… et l’autre d’instruire l’un sur un idéal existentiel : l’esprit de chevalerie.

    Mais alors…

    Dans cette perspective-là - un don Quichotte paranoïaque et un Sancho Panza « médecin » -, et si les don Quichotte d’aujourd’hui, loin d’être attachants, ne faisaient plus sourire personne ? Car enfin, ne serions-nous pas tentés de les juger plutôt détestables tous ces négateurs d’une réalité délibérément travestie dans le but de servir non pas un esprit chevaleresque  - noblesse, loyauté, courage et générosité -, mais une idéologie, une seule, celle de la domination : la protection des intérêts de la classe dominante, ou plus exactement l’hyper-classe, oligarchie mondiale aux intérêts mondiaux ?

    Car ne nous y trompons pas : nous ne sommes plus en présente d’un don Quichotte paranoïaque mais bien plutôt d’un don Quichotte machiavélique : un stratège politique hors pair.

    Aussi, force est de réaliser que seuls les Sancho Panza d’aujourd’hui sont encore dignes de considération. Certes, ils ne sont plus « médecins curateurs » mais activistes lanceurs d’alertes ; et s’ils ont perdu leur jovialité, leur truculence… c’est qu’aujourd’hui, les enjeux sont d’un tout autre ordre : il n’est plus question de ramener à la raison un Don Quichotte égaré et agité, tendre et pacifique, fou à lier mais dont la folie n’est un danger pour personne excepté pour lui-même ; il s’agit bien plutôt de dénoncer et de tenter de contenir l’expansionnisme d’un Don Quichotte pour lequel le pouvoir c’est la domination et la fin…tous les moyens : manipulations , corruption, intimidations, assassinats, guerres ; un imprécateur de premier ordre.

                 Dans une autre perspective maintenant, à savoir… un don Quichotte homme des causes perdues qui se bat contre des moulins à vent alors que l’ennemi, le vrai, est ailleurs mais inaccessible - comme hors de portée -, un don Quichotte non paranoïaque donc... curieusement, il se pourrait bien que la réalité soit aujourd’hui incarnée par ce don Quichotte-là et la fiction, ou plus exactement dans le contexte qui est le nôtre, la falsification des faits aux fins de domination, le soit par un Sancho Panza qui n’aurait alors qu’un souci : faire passer notre don Quichotte pour un mythomane paranoïaque aujourd’hui calomnié en tant que "complotiste" et décrié par toute une classe politico-économico-médiatique au service de la domination.

    Et la dissymétrie entre ces deux personnages est telle que le combat est loin d’être gagné. Toujours dans cette perspective d’un don Quichotte non paranoïaque, force est de constater que dans les faits, pour ce don Quichotte-là, chaque jour est une défaite : don Quichotte homme des causes perdues s’effondra vaincu et mourra sans doute épuisé dans un combat pour la vérité d’une réalité de plus en plus évanescente… et Sancho Panza, l’homme de la mystification délibérée triomphera.

     

              Pour revenir à Cervantès et à son don Quichotte négateur du réel, dans le contexte d’une mondialisation liberticide, sans honneur et sans justice,  il semblerait que ce soit le défenseur de la fausse-réalité, celle de la société du spectacle à une échelle maintenant mondiale, qui ait triomphé - Don Quichotte donc, celui qui voit et dit ce qui n’est pas - avec pour conséquence le fait que Sancho Panza, le soi-disant complotiste pourfendeur de cette fausse réalité, a sans doute déjà perdu même si en ces temps de confusion et de faux-semblants, les puissants avançant masqués, il se pourrait bien que tout le monde soit le don Quichotte de l’un et le Sancho Panza de l’autre car tout est fait pour entretenir une telle confusion qui ne sert qu’un seul intérêt…

    Devinez lequel !

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                   Billet de blog rédigé en réaction à la conférence de Michel Onfray : « Le principe de don Quichotte » en mai 2013 : ICI ; un Onfray qui, comme à l’accoutumée, évite soigneusement de prendre quelque risque que ce soit, dans une approche et analyse plutôt œcuméniques (tout le monde pouvant y trouver son compte : réconciliation et consensus), en s'en prenant aux vieilles lunes du stalinisme et du débat "Sartre (don Quichotte) contre Aron (Sancho Panza)"... tout en se gardant bien de transposer cette fable de Cervantes dans un contexte pourtant bien plus brûlant : la falsification de la réalité, la distorsion des faits sans doute sans précédent dans l’histoire ( à savoir : qui fait quoi, à qui, où, comment, pourquoi et pour le compte de qui ?) par une coalition politico-économico-médiatique pour laquelle ce qui est ne doit pas être.

    Aussi, il semblerait bien que Michel Onfray ait lui aussi quelques problèmes avec la réalité liberticide d'une actualité de crises et de guerres aussi mensongères que dévastatrices.

    Il n'en reste pas moins qu'Onfray n’est définitivement ni un don Quichotte dans un cas ni un Sancho Panza dans un autre. Une seule réalité lui colle à la peau néanmoins : elle est commerciale et touche au marketing ; une réalité qui consiste à devoir vendre des livres au plus grand nombre : pas de vague donc ! Pas de vague, pas de vague,  jamais ! Excepté dans le microcosme parisien (avec un ouvrage contre Freud et un autre contre Sartre)… microcosme dont tout le monde se fout… et dont la réprobation ne vous fera jamais perdre un seul lecteur.

     

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                  Images extraites de l'adaptation d'Orson Welles pour le cinéma du roman de Miguel de Cervantes( 1605). Réalisation commencée dans les années 50 et achevée dans les années 70. Ni les acteurs, ni Orson Welles ne verront le film monté. Saluons au passage Akim Tamiroff (Pancho... un fidèle... souffre douleur de Welles) et l'acteur Francesco Reiguera, et toute l'équipe de la post-production : montage image, son, musique et voix.

     

     

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  • Antonin Artaud par Colette Magny : confessions

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    .                  Mort au monde... Antonin Artaud nous revient plus vivant que jamais avec ce texte lu par Colette Magny *

     

    Artaud, la voix de l'anti-psychiatrie ?

     

                  "... Je dis ce que j'ai vu et ce que je crois ; et qui dira que je n'ai pas vu ce que j'ai vu, je lui déchire maintenant la tête. Car je suis une irrémissible Brute, et il en sera ainsi jusqu'à ce que le Temps ne soit plus le Temps.

    Ni le Ciel ni l'Enfer, s'ils existent, ne peuvent rien contre cette brutalité qu'ils m'ont imposée, peut-être pour que je les serve… Qui sait ? En tout cas, pour m'en déchirer.

    Ce qui est, je le vois avec certitude. Ce qui n'est pas, je le ferai, si je le dois. Voilà longtemps que j'ai senti le Vide, mais que j'ai refusé de me jeter dans le Vide. J'ai été lâche comme tout ce que je vois. Quand j'ai cru que je refusais ce monde, je sais maintenant que je refusais le Vide. Car je sais que ce monde n'est pas et je sais comment il n'est pas. Ce dont j'ai souffert jusqu'ici, c'est d'avoir refusé le Vide. Le Vide qui était déjà en moi.

    Je sais qu'on a voulu m'éclairer par le Vide et que j'ai refusé de me laisser éclairer. Si l'on a fait de moi un bûcher, c'était pour me guérir d'être au monde. Et le monde m'a tout enlevé. J'ai lutté pour essayer d'exister, pour essayer de consentir aux formes (à toutes les formes) dont la délirante illusion d'être au monde a revêtu la réalité.

    Je ne veux plus être un Illusionné. Mort au monde ; à ce qui fait pour tous les autres le monde, tombé enfin, tombé, monté dans ce vide que je refusais, j'ai un corps qui subit le monde, et dégorge la réalité. J'ai assez de ce mouvement de lune qui me fait appeler ce que je refuse et refuser ce que j'ai appelé.

    Il faut finir. Il faut enfin trancher avec ce monde qu'un Être en moi, cet Être que je ne peux plus appeler, puisque s'il vient je tombe dans le Vide, cet Être a toujours refusé. C'est fait. Je suis vraiment tombé dans le Vide depuis que tout, - de ce qui fait ce monde, - vient d'achever de me désespérer. Car on ne sait que l'on n'est plus au monde que quand on voit qu'il vous a bien quitté.

    Morts, les autres ne sont pas séparés : ils tournent encore autour de leurs cadavres, et je sais comment les morts tournent autour de leurs cadavres depuis exactement trente-trois Siècles que mon Double n'a cessé de tourner.

    Or, n'étant plus je vois ce qui est. Je me suis vraiment identifié avec cet Être, cet Être qui a cessé d'exister. Et cet Être m'a tout révélé. Je le savais, mais je ne pouvais pas le dire, et si je peux commencer à le dire, c'est que j'ai quitté la réalité..."            

      

           Une pensée pour tous ceux qui se savent séparés d'eux-mêmes dans leur relation avec le monde ; monde que l'on ne peut décidément pas refuser d'habiter, volontairement ou bien comme contraint par un envoûtement aujourd'hui encore mystérieux (et la schizophrénie est un tel envoûtement, une telle maladie)... qu'au prix d'un énorme préjudice à soi-même.

             A leur famille aussi.

     

     


    * Une Collette Magny qui a pu, à un moment de sa vie, se sentir, elle aussi, comme... séparée.

     

     

    Spleen - Charles Baudelaire (1821 - 1867)


                          A Pierre.

     

     

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  • Jean-Jacques Rousseau raconté par Henri Guillemin

     

     

              « Le luxe fait vivre 1000 ouvriers dans nos villes mais il en fait mourir cent mille dans nos campagnes. »

              « Il n’y a guère de fortune qui ne repose pas sur le détroussement d’autrui. »

              « Comment admirer une société où le profit est en raison inverse du   travail ? »

              « Tout privilège est à la charge de la Nation qui l’accorde. »

     

                C‘est lui, c’est Jean-Jacques… Jean-Jacques Rousseau !

     

                Julie ou la Nouvelle Héloïse, Émile ou De l'éducation, Du contrat social, cette trilogie sociale complexe - la famille, l’individu et la société -, qui occupe le cœur de l'oeuvre de Rousseau, tentera de concilier l’individu, l’autorité légitime et la liberté.

     

                 Très tôt, Jean-Jacques Rousseau comprendra la nécessité d’agir sur la condition humaine ;  que l’homme ouvre les yeux sur l’iniquité sociale et sa condition d’exploité ; et si aucun homme n’a sur son semblable une autorité naturelle - ni la monarchie ni l’oligarchie - Rousseau posera la question suivante, lourde de conséquences : où trouver et comment fonder la légitimité de quelque autorité que ce soit ?

    Rousseau répondra : « La seule autorité légitime, c’est la volonté générale» et distinguera entre la volonté générale et la volonté de tous : la volonté générale c’est l’accord naturel, instinctif de toutes les volontés vers le bien car Rousseau n’a jamais renoncé à penser qu’au fond de chaque individu il y a une orientation spontanée vers le bien ; en revanche, la volonté de tous, qui n'est que l'accumulation de volontés individuelles divergentes, est contraire à la volonté générale, d’autant plus que si le nombre sanctifie (la majorité), il n’est en aucun cas le garant du bien.

     


                                             


    Henri Guillemin, conteur compassionnel , nous raconte Rousseau - Part 1

     

     

              Son ouvrage  « Les origines des inégalités » lui vaudra d’être persona non gratta en France comme dans la république de Genève ; Rousseau se réfugiera alors en terre prussienne : Neuchâtel ; plus tard à Londres à l’invitation de Hume.

    Il sera le philosophe de la persécution et de l’exil comme aucun autre avant lui et après.

    Rousseau "ennemi de la société, populiste, penseur « du bas », de la plèbe" ? Il leur répondra à tous : « Vous ne savez que parler des devoirs des faibles et des droits des forts !»

          

     

      
                                               

         Part 2

     

                     Pensée politique, pensée religieuse… une légende lie Voltaire à Rousseau ; lien antinomique car, son pire ennemi sera Voltaire ; un Voltaire faussaire et menteur, tout sera bon pour isoler Rousseau, le diaboliser et l’abattre.

                 Dans les faits, l'œuvre de Rousseau déclenchera la haine des Encyclopédistes (à l’exception de Diderot qui prendra ses distances avec les agissements de Voltaire à l'encontre de Rousseau) qui lui reprocheront de vouloir réhabiliter l'idée de "Dieu" ainsi que des nantis (souvenons-nous que Voltaire était un "millionnaire"), des Catholiques et des Protestants que Rousseau défie sur leur propre terrain.


    Les Catholiques l’accuseront de remettre en cause l’institution sociale et le bien-fondé de la domination de quelques uns sur la multitude. Les Protestants suisses ne lui pardonneront pas sa charge contre l’argent ; eux qui, banquiers, ont la fâcheuse habitude de dire « Dieu » quand ils pensent « argent ». Leur chef d’accusation sera le suivant : « Atteinte à notre sainte réformation ».

    Car toute l’œuvre de Rousseau est occupée par le religieux, la destination de l’homme : « Reconnaissant dans l’évangile une autorité divine, je crois à ce Jésus revêtu de cette autorité d’une sagesse plus qu’humaine ». Et puis aussi : « On ne peut être heureux qu’à proportion que l’on se rapproche de soi. Notre vrai moi n’est pas tout entier en nous » ; là, Rousseau rejoint Pascal.

    Il se dit chrétien mais sans le péché originel ; Rousseau y oppose la bonté originelle de l’homme : l’homme a été meilleur, il est devenu moins bon.

    Altération du caractère naturel de l’homme ? L’imperfection de l’homme fait que l’amour du bien se trompe d’objet ? On pensera alors un amour enténébré.

     

               Sous la poussée de Diderot et son influence, Rousseau tentera de se tourner vers l'homme primitif, l’homme de la nature non civilisé, le « bon sauvage »... avant de se dédire et de revenir à la nature de l’homme et à la bonté des origines.

     

    ***

     

               Philosophe de l'amour de et pour son prochain, philosophe de la solitude... Jean-Jacques Rousseau aura sans doute été le philosophe le plus insulté et le plus haï de l’histoire de la philosophie. Et jamais la vérité sur Jean-Jacques Rousseau ne sera dite de son vivant ; rares sont ceux qui lui rendront justice. En revanche, tous l’auront un jour trahi, tous l’auront persécuté jusqu’aux confins de la folie.

     

               Et « s’il n’y a pas de vertu sans combat », né le 28 juin 1712 à Genève Jean-Jacques Rousseau quittera, épuisé, un monde décidément inhabitable - d’aucuns diront « insortable » -, le 2 juillet 1778 à l'âge de 66 ans.

     

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                            En philosophie, un conteur hors-pair que ce Dominique Pagani ignoré de tous les médias ! Un signe d'excellence, sans aucun doute, cette indifférence, cette exclusion !

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    Pour prolonger, cliquez : Les conférences de Henri Guillemin

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  • Proust ou la négation de la modernité

     Toute cette semaine, en rediffusion, France Culture rend compte de Marcel Proust avec Céleste Albaret, sa gouvernante qui  l'épaula dans la rédaction de son oeuvre et veilla sur lui jusqu’à sa mort en 1922 : ICI

     

                                                          ____________________

     

    Billet de blog rédigé en 2008

     

                 Chez un auteur, le style, c’est un point de vue, un regard sur le monde qui lui est propre ; c’est un angle de vue particulier sur les choses, les êtres, la réalité ; un angle d’attaque aussi, pour peu qu'il soit guerrier. Le style, c'est aussi la culture de l'auteur. En littérature, il y a « style » à chaque fois qu’il nous est donné à lire une langue re-construite, une langue recomposée et ré-assemblée. 

    Prenons Proust et sa tentative de réconciliation des humanités avec les sciences sociales (démarche très certainement inconsciente) - la littérature avec la sociologie...

    Proust donc ! Et à son sujet… tout ce qu'il n'a pas écrit et tout ce qu’il ignorait de et sur lui-même, ainsi que la question : pourquoi a-t-il fait cette œuvre-là et pas une autre ?

    Proust et la fulgurance du passé ; fulgurance du souvenir - celui de l’enfance, de l’adolescence et des premières années de l’âge adulte -, qui vient comme un boomerang terrasser Proust, et le cloue au lit. 

    Même si l'on ne chasse pas le passé comme on chasse une mouche d'un revers de la main, chez Proust, tout appartient au passé dont le moindre rappel lui fait l'effet d'un événement capital, d'une importance démesurée : une importance extra-ordinaire. Indissociable de sa personne, ce passé commence dès son plus jeune âge : à 20 ans, il est déjà dans le passé de ses 10 ans ; à 30, dans celui de ses 20 ans. Passé dont les souvenirs n'en finissent pas d'envahir sa conscience d'être au présent.

    Proust ne disait-il pas : " Un livre est un cimetière" ?

     

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    Moins on a d'avenir, plus on a besoin du passé 

             

                  Si Proust décidera très tôt de vivre au jour le jour, principalement occupé à dilapider le patrimoine familial dans une oisiveté dispendieuse, Proust a tout aussi prématurément décidé qu’il n’aurait pas d’avenir et qu’il ne s’en donnerait pas, alors que l'avenir est la seule direction envisageable pour individu dans la force de l'âge : Proust à 29 ans en 1900.

    De là à penser que Proust (rentier-boursicoteur) serait la négation même de la modernité - s’entreprendre, advenir, mettre en échec tous les déterminismes...

    Mais alors, comment vivre sans avenir, sans " inconnu devant soi" ? Car si l’on n’envisage aucun avenir pour soi  - dans le sens de « se construire un avenir » -, que nous reste-t-il à entreprendre  et que nous reste-t-il tout court ?  

    Le présent ! rétorquera-t-on. Mais le présent, n'est-ce pas déjà de l’avenir car le présent ne travaille-t-il pas toujours à son avènement ?  Pire encore : le présent travaille aussi à la disparition du passé, d’autant plus qu'au début du 20è siècle, Proust adulte, l’Europe connaîtra des bouleversements sans précédent aux conséquences irréversibles.

                   Pas d’avenir, pas de présent... soit ! Reste alors le passé. Dernier refuge pour combler un vide qui vous donne le vertige - le vertige de son propre vide -, et vous condamne à terme à un dessèchement physique et moral. 

    Mais quel passé ? Un passé glorifié dans le cadre d'une auto-mystification délibérée ou bien inconsciente car rien n'est moins fiable que les souvenirs de l'enfance ?

                  Refus  de l'avenir, refuge dans "hier", pour cette raison, Proust ne peut que se retourner sur lui-même jour après jour. Et plus il se retourne, plus ses souvenirs le terrassent d’émotion car Proust est né très vieux dans un monde très jeune. C’est le paradoxe car ce siècle qui arrive est le siècle d’avenir par excellence, quand on sait ce qu’il adviendra. A l’entrée de ce nouveau siècle qui grandira et vieillira très très vite, Proust est déjà un homme du passé dans la conduite de sa vie, en ne lui donnant, justement, à cette vie, aucune direction.

    D'autre part, on ne manquera pas de noter que l'oeuvre de Proust est le plus souvent une oeuvre-refuge pour ses admirateurs inconditionnels ; un rempart, l'oeuvre de Proust, contre ce monde moderne dont la nécessité historique leur échappe : tout ce qui nous y a conduit et continuera de nous y conduire ; même si l’on se gardera bien de leur demander d’y adhérer. En effet, comment pourraient-ils, comment pourrait-on, nous tous ?

    Proust serait-il alors un auteur vers lequel on se tourne une fois que l’on a baissé les bras et que l’on s’est juré de ne plus porter aucun livre – à bout de bras, justement ! –, en y cherchant dans la lecture de son oeuvre, sa propre terminaison, prisonnier d’une chambre tombeau ; dernière sépulture de vie pour les convalescents et les agonisants de l’existence ?

    C'est à voir.

     

    ***

     

                     Ironie suprême : si Proust s’est interdit tout avenir, en revanche, il a gagné une postérité que bon nombre de ses contemporains auraient enviée. Aussi, un constat s’impose : seule la postérité est capable de se venger du dédain, voire du mépris, dont l’avenir aura été l’objet.

     

                  Certes, vivre, c'est accumuler du passé. Etre capable, à tout moment, de convoquer ce passé, c'est prétendre à l'immortalité : adoration perpétuelle de soi jusqu'à l'extase ; grandissement épique de sa propre histoire familiale et sociale avec l'éternité pour leurre et le mensonge comme clé de voûte car, le plus souvent, se souvenir, n'est-ce pas se mentir ?

    Aussi, chez Proust, chaque souvenir est un traumatisme en puissance car le présent, qui fait l'objet d'aucun investissement de sa part, faute d'en reconnaître la nécessité, et à propos duquel il est décidément plus difficile de se mentir, ne sera jamais à la hauteur de son passé... passé mythifié à loisir ( jusqu'à la mystification ?).

    Et si, ce qui nous attire, nous séduit, nous émeut dans tout ce qui touche de près et de loin à hier, était le fait que ce morceau de vie qu'est le passé, est derrière nous ? Et on ajoutera, soulagés : "Ouf ! Plus de peur que de mal !" Car... qui nous rappellera que vivre demeure une expérience que l'on préféra toujours avoir derrière soi et non... devant ?

     

     

                 L’expérience existentielle de Proust - expérience initiatique -, c’est une vérité sur lui-même, et cette vérité le désarçonne, lui fait perdre tous ses moyens et le condamne très tôt, à son insu et tous ses personnages avec lui, à l'immobilisme, l'oisiveté et la mort - et pas seulement à cause d’une santé fragile -, avec pour seul secours : l’écriture ; et seul recours : le souvenir et l’émotion suscitée par cet exercice épuisant de remémoration qui a tous les accents d’une... auto-commémoration.

     

    Tel est son style.

     

                          Aussi,  reconnaissons en toute bonne foi que “La nausée” de Sartre, à côté de cette expérience fulgurante qui frappe Proust de plein fouet et au plus profond, c’est trois fois rien : juste une petite déprime.

     


                           

     

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               Raoul Ruiz : "Le temps retrouvé" - chef d'oeuvre cinématographique absolu, indépendamment de sa source : l'ouvrage de Proust.

     

     

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  • A propos de la sortie en 1949 de l’ouvrage de George Orwell : 1984

     

    1984 de george orwell sorti en 1949 biographie de bernard Crick

     

     

     

     

     

     

     

    1984 fut chaleureusement accueilli à sa sortie et alors qu’il ne restait à l’auteur que quelques mois à vivre, tuberculeux chronique qu’il était, maintenant épuisé par des années de conduite à risque et de précarité.

    1984 se vendra dès la première année à près de 400 000 exemplaires ( Europe et USA) faisant d’Orwell un homme riche ; en fin de vie, il ne profitera donc jamais de cette fortune.

    Tout comme « La ferme des animaux », 1984 ne cessera de se vendre.

                  La plupart des critiques accueillirent favorablement le propos de l’ouvrage ; ils comprirent que l’auteur n’avait pas écrit un ouvrage à la Huxley ou Wells (utopie et anti-utopie), ni un conte dans la tradition d’un Swift (l’auteur qui a le plus influencé Orwell) ; il était évident qu’Orwell  avait « simplement étendu certaines tendances à l’œuvre en 1948 à l’année 1984 » - un ouvrage qui s’adresse à un futur proche donc - en décrivant de quelle façon l’ensemble des sinistres inventions  des développements de la guerre « ordinaire » opposaient tour à tour les régimes nazi, communiste, fasciste et capitaliste.

    D’autres évoqueront un roman puissant, passionnant et le plus précieux qu'Orwell ait jamais écrit. D’autres encore verront une mise en garde  tout en déplorant la tentation de l’instrumentalisation de l’ouvrage en machine à propagande anticommuniste oublieux sans doute du diagnostic sans appel rendu par Jean Jaurès à propos du capitalisme à l’aube de la Première guerre mondiale : "Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage", ainsi que des premiers romans d’Orwell - Keep the Aspidistra flying et Coming up for air (1)– qui, dès les années 30, dénonçaient déjà, le fascisme latent d’une société dédiée uniquement au culte de la marchandise, bien des années avant Guy Debord et son ouvrage « La société du spectacle » (comprenez : le spectacle du «  tout marchand » où, par conséquent, tout est à vendre et à falsifier : hommes, femmes, enfants, institutions politiques, médias, relations humaines, la représentation de la réalité des conditions d'existence et d'exploitation) ainsi que les analyses de Jean Baudrillard sur la société de consommation et la quasi-disparition du réel tel que les médias de masse s’évertuent à nous le dé-représenter. 

    Pamphlet satirique, violente satire sur la « corruption morale du pouvoir absolu », tous évoqueront la démarche « d’un écrivain  qui se confronte aux problèmes du monde plutôt qu’aux souffrances intérieures des individus et qui est capable de parler avec sérieux et originalité  de la nature de la réalité et des terreurs du pouvoir ».

    Salué comme un roman à thèse de tout premier plan, thèse hautement politique qui plus est, impressionnés par les vérités qui y sont énoncées – vérités plus contemporaines encore au fil des décennies -, et par sa prescience, tous , à quelques exceptions près, virent 1984 comme un traité sur le totalitarisme qui s’appuie sur des tendances aussi présentes que menaçantes, propres au monde moderne.

    Certes, les communistes européens n’y virent qu’une simple propagande de Guerre froide ; ils affirmèrent que « l’objectif du livre était de nuire à l’Union soviétique et d’attiser la haine à son encontre » ; en revanche, d’autres, se sentant sans doute moins visés, comprirent que le livre était une attaque dirigée  contre l’ensemble des facteurs  d'une modernité  qui pourrait conduire à une vie d’abêtissement habitée par une peur et une terreur de l'autorité sans soulagement ni issue possibles excepté dans la résignation.»

    Aux USA, en particulier,  de nombreux journaux présentèrent l’ouvrage comme une attaque d’envergure pas simplement anticommuniste mais anti-socialiste, lancée par un homme de gauche revenu de ses convictions. Orwell s’en défendra comme suit : « Le danger réside spécifiquement dans la structure qui est imposée aux communautés socialistes et capitalistes libérales par la nécessité de se préparer à une guerre totale avec l’URSS et par les nouveaux armements parmi lesquels la bombe atomique est naturellement le plus puissant et le plus connu. Mais le danger réside également dans l ‘acceptation de la perspective totalitaire par des intellectuels de toutes obédiences : les graines  de cette tentation totalitaire sont  déjà très largement répandues (2).»

    Le meilleur antidote à la maladie totalitaire que ce 1984 ?

    Son éditeur Warburg (depuis « La ferme des animaux »),  fit l’analyse suivante, lors de sa première lecture du manuscrit  : « Orwell regarde la vie et trouve qu’elle devient de plus en plus  intolérable ; il n’entretient aucun espoir. Je considère cet ouvrage comme un rupture  définitive entre Orwell et le socialisme  du marxisme et de la révolution managérial. Il rapportera un bon million de voix au Parti conservateur ; Churchill dont le héros de 1984 tient son prénom - Winston -, pourrait le préfacer sans sourciller. »

    Warburg se gardera bien de rendre public son analyse de l’ouvrage sachant  que 1984 se vendrait comme des petits pains ; après avoir accepté de publier « La ferme des animaux » quelques années auparavant - ouvrage refusé par tous - on peut dire qu'il avait du flair cet éditeur !

    A sa sortie, il convient de préciser que les ambiguïtés de la satire orwellienne ont été largement soulignées même si nombreux sont ceux qui se sont trompés sur le positionnement idéologique du livre car Orwell avait compris avant tout le monde, ou presque, qu’un pouvoir absolu de droite comme de gauche est pareillement pernicieux. Aussi, cette satire qu’est 1984 est tout aussi applicable aux Soviétiques des années 40 qu’au mode de vie occidental diffusé par les médias de masse vent debout contre l'éventualité d’une société communiste ou socialiste.

    Bernard Crick, socialiste, biographe britannique de référence de George Orwell, écrivait ceci en 1980 (date de la sortie de sa biographie d’Orwell - aujourd'hui disponible chez Flammarion) : « Chef-d’œuvre de spéculation politique, 1984 est au 20è siècle ce que le Léviathan de Hobbes fut au 17è. L’ouvrage est une mise en garde préméditée et rationnelle contre les tendances totalitaires à l’œuvre dans des sociétés comme la nôtre, plutôt  qu’une prophétie maladive soudainement surgie pour contrecarrer une prise de pouvoir soviétique ou néo-nazie, et encore moins un hurlement de désespoir et un reniement de son Socialisme démocratique. Son style âpre contribue à créer un tableau authentique  d’un Etat rendu infernal par les hommes eux-mêmes. Pour ces raisons, 1984  témoigne d’une imagination plus sociologique que psychologique. »

    Avant de réviser en partie son jugement en 1992 : " La comparaison directe avec Hobbes était passablement exagérée. Je relus 1984  et en conclus qu'il s'agissait d'une satire à la façon du Gulliver de Swift dont la cible plus générale  est la soif de pouvoir, mais qui inclut cinq ou six autres cibles telles que la dégradation de la littérature et de la culture. C'est un livre si complexe dans les cibles qu'il se propose d'atteindre..."

    Crick poursuit : « Certes, l’ouvrage encourage  ses lecteurs à entendre que toutes les interprétations se valent et qu’il n’existe aucune limite  à l’éventail  d’interprétations possibles d’un texte  complexe.  Que son propre éditeur  ait pu se méprendre à ce point à la première lecture  de l'ouvrage – pour rappel : l’éditeur voyait en 1984 un pamphlet anti-communiste et anti-socialiste, un reniement d’Orwell -,  témoigne du fait que Orwell  était au mieux imprudent, au pire inconséquent. Après l’expérience  qu’il avait faite de la réception aux USA de « La ferme des animaux » - critiques du même ordre que celles formulées contre 1984 : "ouvrage anti-socialo-communiste" -,  il aurait dû se protéger contre de telles interprétations fallacieuses  en pratiquant ce qu’il avait toujours si bien prôné : une clarté sans équivoque quant à la signification de 1984. Ce qui lui aurait évité de devoir rédiger après coup un mémoire à destination de la presse américaine et des agences de presse.»

    Ambivalence et ambiguïtés... à ce sujet, il est bon de rappeler que l'individualisme forcené d'Orwell qui était resté proche des mouvements anarchistes, pouvait parfois tempérer son socialisme. 

    Orwell apporta les éclaircissements suivants à la demande d’un haut responsable du syndicat des United Automobile Workers : « Je n’attaque pas le socialisme. Je dénonce les risques que comporte une économie centralisée ; je crois que quelque chose de semblable aux régimes communiste et fasciste pourrait arriver chez nous car les peuples anglophones ne sont pas par nature meilleurs que les autres ; le totalitarisme, s’il n’est pas combattu, peut triompher n’importe où.»

    A propos d’Orwell le fait suivant demeure incontestable : Orwell a défendu la primauté du politique  pour protéger des valeurs tout aussi politiques (contrairement à ce que Bernard Crick croit devoir affirmer : Crick parle à tort de valeurs non politiques) : la justice, la liberté, la fraternité, l’amour, la vérité et autres valeurs humaines qu’une action d’ordre politique concertée et déterminée peut très vite laminer et détruire : 1984 en sera la preuve irréfutable. Orwell était donc bel et bien un animal politique de premier ordre, doté d’un esprit de synthèse de premier plan, et ce … bien qu’il ait quitté très tôt l’institution scolaire puisqu’il ne fera jamais d’études supérieures ; il sera un parfait « cancre » à Eton, l’équivalent de la prépa qu’est le lycée Henri IV.  

     

    ***

     

                   Sans doute le plus grand mérite d’Orwell aura été d’avoir compris contre les communistes et les anti-communistes – la droite et la gauche d’alors disons (3)-,  que nos sociétés libérales, dites démocratiques, n’étaient pas à l’abri d’un totalitarisme rampant. Ils n’étaient pas si nombreux à cette époque  à pouvoir nous alerter à ce sujet ; il faudra attendre les années 70 pour que les plus avisés sachent faire la critique de nos démocraties libérales et consuméristes de plus en plus intrusives et liberticides ; cette thèse d’Orwell n’a jamais été autant d’actualité qu’aujourd’hui : le caractère fasciste de l’économisme et du mondialisme selon le dogme « Il n’y a pas d’alternative à cette guerre de tous contre tous !» est là pour nous le rappeler quotidiennement, en Europe, précisément là où les libertés et les protections étaient les plus étendues au monde, et par voie de conséquence, là où elles sont les plus menacées.

                  Comme quoi, on gagne toujours à demeurer « libre » dans sa manière de penser  ; seul positionnement qui garantisse une postérité gratifiante. Orwell aura donc eu raison d'eux tous, courage aidant.

     

     

     

    1 - Si 1984 a été amplement assimilé - Novlangue et Big Brother -, on oublie que ce roman est aussi l’exposition d’une autre thèse : l’amour, le véritable amour est impossible à envisager et à vivre, sous un régime totalitaire car, tôt ou tard, il faudra trahir l’autre, mentir à son sujet aussi, pour éviter la prison, la torture et la mort.

    Avec Keep the aspidistra flying, Orwell présente cette thèse 15 ans plus, mais dans un tout autre contexte : celui de la pauvreté. 

     

     

     2 - Plus on lit cette biographie d'Orwell, plus des intellectuels comme J.P Sartre fait triste figure. Un Sartre adepte d'un "on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs" tout en prenant soin de se tenir loin, très loin, des cuisines et de ceux qui tiennent le fouet à battre les blancs et les jaunes. Dans les faits, c'est toute l'intelligentsia française (et continentale) des années 30 et 40 qui font pâles figures en comparaison. Même un Camus ne parviendra pas à se hisser à la hauteur d'un Orwell ; l'anti-communiste clairvoyant de Camus contre la complaisance d'un Sartre, n'y suffisant manifestement pas comme Orwell le comprendra très tôt pour sa part. 

     

    3 - Contrairement à un Raymond Aron et  à un J.F Revel qui ont fait leur beurre sur un anti-communisme à la fois presbyte, myope et exclusif, bien incapables qu'ils ont été de penser le danger totalitaire d’un monde post-guerre-froide (post-communiste), sur nos sociétés dites "démocratiques" d'un capitalisme sans plus de retenu qui renouera avec ses moeurs humainement dévastatrices du 19è siècle.

     

     

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  • Penser la littérature aujourd'hui avec Louis-Ferdinand Céline

     
                  La réédition des écrits antisémites de l'auteur de Voyage au bout de la nuit est annoncée par Gallimard. Le premier ministre de Macron soutient cette initiative : "On ne peut ignorer la place centrale de Céline dans la littérature française (il aurait pu rajouter .... " dans la littérature mondiale") ; l'avocat Serge Klarsfeld (chasseur infatigable de nazis aujourd'hui le plus souvent centenaires), s'indigne.
     
                  Pour et contre cette ré-édition... un homme a tranché, un homme et une voix,  il y a longtemps déjà : "La haine chez Céline est le ressort de l'imagination, du déchaînement d'éloquence. D'ordinaire la haine a le souffle court mais chez une poignée de maîtres une misanthropie enragée, une nausée à la face du monde engendrent de grands desseins. Le monotone de l'abomination devient symphonique. Mettez "l'homme" là où une formule insensée indique "le y...pin", et vous aurez chez Céline des passages d'une grandeur biblique..." - Georges Steiner                                                                                                                                                                                                                                 

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                      France Culture, en rediffusion, rend compte de Louis-Ferdinand Céline du 15 au 19 juillet : ICI

     

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                     Louis Ferdinand Céline ou la littérature de l'échec et du trauma

     

                 Si derrière un auteur et son œuvre, on trouvera toujours une blessure, quelles interprétations donner à la haine célinienne, et pas seulement dans les pamphlets (1) ?

    D’aucuns s’interrogent sans fin, les raisons à la fois inavouables et inconscientes de cette haine semblant échapper à l’auteur lui-même qui, sur le fond, ne s’en excusera jamais : « J’ai eu le tort de l’ouvrir ; j’aurais mieux fait de rester à ma place. Mais aujourd’hui encore, je défis qui que ce soit de m’apporter la contradiction sur ce que j’ai pu écrire à cette époque ».

                Qu'à cela ne tienne ! Rien ne remplace une biographie ! Celle de l’enfance ; sans oublier, en ce qui concerne notre auteur, la généalogie de la famille Destouches.                                                       

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                 Fils de Fernand Destouches issu d'une famille de petits commerçants et d'enseignants, et de Marguerite Guillou, famille bretonne venue s'installer en région parisienne pour travailler comme artisan…

    Le Père de Céline, homme lettré mais incapable d'épargner à sa famille la hantise du prochain terme à payer (hantise qui sera très longtemps aussi celle de Céline) était opposé aux études, gardant à l'esprit sa propre expérience : "Les études, c’est la misère assurée » disait-il à son fils".

    Une mère dentellière, travailleuse indépendante qui vivra péniblement de son métier et de sa boutique…

    Lourd de sens, Céline ajoutera : « On a toujours été travailleurs dans ma famille : travailleurs et bien cons ! » (c'est là le fils d'une mère artisan et d'un père déclassé qui s'exprime, et non un fils d'ouvrier ; distinction importante).

    Certificat d’études en poche, un rien désœuvré, Céline s'engage dans l’armée très tôt, même si, en 1919, il reprend le chemin de l’école, passe son Bac - il a alors 26 ans -, avant d’embrasser la médecine, sa véritable vocation dès l’enfance ; il se dit « guérisseur dans l’âme ». Il étudiera la médecine dans les livres, seul, le soir, tout en travaillant le jour, même si jamais cette médecine ne lui permettra de joindre les deux bouts (… de payer son terme) ; il fermera son cabinet de Courbevoie très vite après son ouverture – fait lourd de conséquences.

    Céline conjurera ce qui n’est pour l’heure qu’une déconvenue, en se lançant dans l’écriture, et entreprendra un long, un très long Voyage (2)

    Il poursuivra sa vocation de médecin auprès des pauvres – dans les dispensaires -, non pas par charité mais, de par son appartenance sociale et après l’échec de son installation à Courbevoie, Cécile ne pouvait en aucun cas prétendre à une meilleure situation et à une autre clientèle.

                                                                                     

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                 Sur un plan générationnel, Céline demeure un pur produit de la France de l’après boucherie de 14-18, avec le traumatisme de la trahison de l’espoir et les humiliés de Bernanos ; génération sacrifiée dont nul n’attendait le meilleur ; l’époque l’interdisait : elle n’en avait plus besoin (à ce sujet, difficile de ne pas penser au père de Céline). Aussi, ce meilleur dont l’époque ne savait que faire, cette génération l’a accumulé jusqu’à devenir une force. Et quand cette force s’est libérée, de quoi a-t-elle accouché ? De quelles actions vertueuses ? Ou bien, de quels desseins monstrueux pour avoir trop longtemps macéré dans la frustration, le ressentiment, l’impuissance, la retenue et le dépit ?

    Cette force a alors donné naissance au pire qui est souvent, en littérature, le meilleur.

               Céline se dit athée et mystique ; craignant sans doute tout autant l’étiquette d’humaniste que celle d’anti-humaniste, il revendique le fait de ne pas s’intéresser aux hommes mais aux choses. Ecrivain et chroniqueur, pour Céline, écrire c’est mettre sa peau sur la table : la grande inspiratrice, c’est la mort ; à la fois risque et certitude que cette mort.

    Craintif, très certainement dépourvu de courage physique (3), homme sans joie, chez Céline, le vulgaire, c’est l’homme qui fait la fête ; l’homme qui souffre est seul digne de considération ; et pour cette raison, rien n’est plus beau qu’une prison, puisque les hommes y souffrent comme nulle part ailleurs. Et son Voyage s'en fera largement l'écho... jusqu'au bout de la nuit...

                 Nuit noire... pour une littérature de l'échec et du trauma : échec en tant que médecin (sa seule véritable vocation : on ne le rappellera jamais assez !) ; échec de la mère de l'auteur qui mourra épuisée et aveugle à l’ombre du ressentiment d’un mari déclassé ; trauma de la première guerre mondiale.

                 Avant de mettre le feu à la littérature,  l’exercice de cette médecine qui ne le mettait nullement à l’abri du besoin a sans doute pu contribuer à son dégoût plus social qu’humain (Céline n'a pas toujours su faire un tel discernement) pour cette organisation de l'existence dans laquelle on ne fait décidément que l’expérience de l’échec car, dans les années trente, nonobstant le succès littéraire de son Voyage (à la fois succès commercial et succès d’estime), Céline devra faire face à un nouvel échec : celui de son intégration sociale malgré sa tentative désespérée de rallier à lui les classes dominantes - ou pour faire court : toutes les forces qui combattront le Front Populaire -, à coups de pamphlets antisémites et plus encore, pendant l’occupation, en commettant l’erreur (4) de soutenir un régime et une idéologie par avance condamnés à l’échec.

    Encore l'échec !

                                                                                              

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                         Céline n’a jamais vraiment quitté son milieu familiale ni sa classe : il n'a jamais cessé de "penser" comme elle ; il n’a jamais su s’en affranchir. L’aurait-il fait… nombreux sont ceux qui affirment qu’il nous aurait privés d’une œuvre incomparable. Certes ! Mais... échec après échec, ne sommes-nous pas aussi tout ce que nos prédécesseurs et nos contemporains ont tenté d'accomplir ? Pays, Etats, régimes, nations, continents, cultures, individus, seuls ou bien en grappes indissociables, nous tous, n'héritons-nous pas de leurs échecs comme de leurs réussites ?

    Si, pour citer notre auteur, l'amour, c'est l'infini mis à la portée des caniches, Céline n’a jamais cessé d’être ce caniche et tous ses personnages avec lui ; personnages pour lesquels le calice de la réussite est passé loin, très loin d'eux ; calice qu’il ne leur a jamais été permis d'entrevoir, encore moins de saisir, eux tous pourtant à la tâche, jour après jour, indéfectibles, comme d’autres... au temple, zélés et fervents...

    Choisissant alors de retourner toute la violence de son échec et celle d'un déterminisme social dont les parents de l'auteur furent les victimes muettes et résignées, non pas contre lui-même - ce qui nous aurait privés de son œuvre -, mais contre ses contemporains ; et les "heureux élus" auront pour noms : les plus faibles pour commencer - les pauvres qu’il a soignés sans profit ; puis la communauté juive – communauté incarnant la réussite sociale ; et en médecine, cette communauté n’était pas la dernière à s’imposer non plus…

    Violence donc… bientôt étendue à toute la société ; et pour finir : à tout le genre humain.

                                                                                    

    ***

     

                 N’en déplaise à Nietzsche :  et si le ressentiment à son paroxysme qu'est la haine était le sel de la terre, un moteur créatif sans rival et qui ne cessera jamais de nous surprendre ? Après Matthieu, Céline accouchant d’un évangile d’un nouvel ordre : un évangile vengeur... même privé d’une revanche digne de ce nom.

    Mais alors, Céline aura-t-il été de ceux qui, à leur insu semble-t-il, auront longtemps poursuivi en vain une quête qui cachait un besoin insatiable d'absolu à la racine duquel on trouvera très certainement une recherche effrénée de leur propre salut ?


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    1- On ne le précisera jamais assez : la haine célinienne est déjà bien présente dans "Voyage au bout de la nuit".

    2 - Il se vantera d’avoir écrit son "Voyage au bout de la nuit"… avec pour seul souci : être à l’abri du besoin, assuré qu’il était du succès de son récit : « cet ouvrage, c’est du pain pour un siècle de littérature, le prix Goncourt assuré pour l’éditeur qui s’engagera ».

    Céline avait vu juste : ce sera le succès, mais le prix Renaudot pour consolation.

    3 - Sa courte expérience de la guerre 14-18 aurait-elle révélé chez Céline des manquements - tel que le courage ou la solidarité ?! - face à ses non-compagnons d'armes, zélés jusqu'à la bêtise d'un patriotisme et d'une mort sans profit pour eux ; manquements qui ont très bien pu ternir l'image qu'il avait de lui-même et du genre humain et qu'il ne se serait jamais pardonné ; d'où un sentiment de culpabilité dont il lui a fallu, pour survivre... se libérer en imputant ces manquements à tout le genre humain : lâcheté, naïveté, fanatisme et bêtise incommensurable chez les plus humbles et les plus modestes ?

    Il semblerait que son compte-rendu de son emprisonnement au Danemark confirme chez Céline ce manque de courage à la fois "intellectuel" et physique plus particulièrement quand il est question d'assumer les conséquences de ses actes : écriture et parti-pris ; d'autant plus que ses plaintes quant à ses conditions d'incarcération étaient d'une mauvaise foi avérée : Céline était très doué pour le mensonge et la fable.  

    4 - A la décharge de l'auteur... on précisera : erreur due à l’absence de culture politique et historique au sein d’une classe dépourvue des outils conceptuels propres à la compréhension de l’organisation d'une société.

    On pensera aussi au suicide social d'un Céline pour qui le peuple n'est qu'une masse sans forme et sans distinction "... dont le sadisme unanime procède avant tout d'un désir de néant profondément installé dans l'Homme... une sorte d'impatience amoureuse, à peu près irrésistible, unanime, pour la mort" et à ce sujet, il semble que Céline ait partagé ce désir et cette impatience.

                 Pour ce qui est de l'idée de décadence qu'il partageait avec Drieu la Rochelle, entre autres, ne l'a-t-il pas épousée comme personne cette décadence en soutenant un régime décadent par excellence : celui des Nazis ?!

    Quant à ce monde dans lequel il n'y aurait rien à sauver, Zola dont Céline aurait très bien pu être le fils naturel - il en avait toutes les dispositions -, n'a-t-il pas su, dans le ruisseau de la condition humaine y chercher et y trouver de l'espoir et parfois même, du sublime ?

    Céline choisira « l’Assommoir » comme référence - titre qui convenait tout à fait à l’idée qu’il se faisait des pauvres en général, et des ouvriers en particulier -, omettant sans doute volontairement « Germinal » ; lui pour qui rien ne devait germer, jamais, de l’espèce humaine mais bien plutôt, pourrir.

               Au sujet de Zola, se reporter au texte de Céline : Hommage à Zola - Médan octobre 1933

     

    ____________

     

    Pour prolonger, cliquez : Marc-Edouard Nabe sur Céline

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  • Simone Weil : pesanteur et grâce

     

    simone weil au panthéon emmanuel macron

     

     » Que savez-vous de votre douleur en moi ? »

    (Bartleby – Hermann Melville)

     

             Agrégée de philosophie en 1931 à l'âge de 22 ans, Simone Weil aura tout sacrifié (santé, confort matériel, palmes et carrière académiques) à la vérité de l'existence et à son destin auquel elle n'aura pas cherché à échapper, s'y livrant tout entière.

    Elève d’Alain, admiratrice de Platon, de conviction révolutionnaire, très vite elle milita dans les rangs de l’extrême gauche. Elle aura couru la révolution aussi longtemps que ses forces physiques le lui permettaient… en Espagne et en URSS. Anti-stalinienne, elle disait : « Il faut accueillir  toutes les opinions et les loger verticalement à des niveaux convenables. »

                 Cette petite femme décédée à l'âge de 34 ans de tuberculose, chétive, de santé précaire, aura partagé le sort des ouvriers agricoles et celui des ouvriers de l'industrie automobile, chez Renault, comme fraiseuse, car à ses yeux : « Contempler le social, constitue une purification aussi efficace que se retirer du monde ».

     

                 

     

                Rétablir l’équilibre en se portant du côté des opprimés, helléniste, elle ne faisait qu’une avec ses idées et ses expériences. Issue d'un milieu cultivé, elle haïssait l’argent ; elle y voyait le Mal absolu, corrupteur de toutes les cultures et de tous les Peuples. Elle condamnait une culture ignorante de l'univers et du sacré sources de toute morale universelle. Très tôt, elle a considéré le "déracinement" des Peuples comme une calamité, la plus grave maladie morale d’un siècle de l’argent et de la marchandise, car ce déracinement abolit les devoirs de l’homme envers l’homme, encourageant une liberté sans spiritualité, une liberté vide et abstraite.

               Agnostique, elle éprouvera ce qu’il est convenu d’appeler « la présence du Christ », à la fin des années 30. Les évangiles deviendront alors son livre de chevet. Profondeur rare d’une vie spirituelle intense, Pascal, Saint Jean de la Croix, sainte Thérèse de Lisieux succéderont à Platon.

    En 1941, elle écrivait : « Dieu a créé un monde qui est, non le meilleur possible mais comporte tous les degrés de bien et de mal. Or, aujourd’hui, nous sommes au point où il est le plus mauvais possible ».

     

                    « … Lumière pour l’esprit et nourriture pour l’âme, l‘œuvre de Simone Weil n’a pas à être « actualisé » parce qu’elle émane de ce sommet de l’être qui surplombe tous les temps et tous les lieux (…) car la vraie lumière ne se décolore pas et les vraies sources n’ont jamais  besoin d’être rafraîchies. Et qui dit temporel dit aussi universel. Le fait que j’ai eu le privilège immérité de présenter au public le premier livre de Simone Weil m’a valu d’innombrables témoignages issus des quatre coins de l’univers. Et ce qui m’a le plus frappé dans ces témoignages, c’est qu’ils venaient des êtres les plus divers par leur origine, leur rang social, leur milieu culturel, etc… et que tous avaient été également marqués jusqu’au fond de l’âme par la lecture d’une œuvre où ils avaient trouvé la révélation d’une vérité intérieure attendue en vain jusque-là. Au crépuscule du siècle où l’accélération de l’histoire a fait surgir et s’écrouler tant d’idoles, ce livre apparaît de plus en plus comme un message d’éternité adressé à l’homme éternel, ce « néant capable de Dieu », esclave de la pesanteur et libéré par la grâce« . – Gustave Thibon – post-scriptum de 1990 à la préface de l’édition de février 1947.

     

                  Tuer le moi de l’intérieur, voilà la bataille à mener ! L’offrir en sacrifice en s’exposant nue et sans défense à toutes les vicissitudes de la vie. Théologie et métaphysique, la pesanteur c’est la loi de la création, la condition de l’homme et seule la grâce peut nous permettre de nous y soustraire car seule la grâce nous permet de nous « dé-créer » pour rejoindre Dieu : « Dire au Christ comme saint Pierre : Je te resterai fidèle, c’était déjà le trahir car c’était supposer en soi et non dans la grâce la source de la fidélité ».

    Privée d’armure, Simone Weil est l’anti-héroïne par excellence car le saint est nu, toujours ! Pour Simone Weil, le bien ne peut être qu’une nécessité intérieure : on ne peut pas faire autrement. A propos du Mal, Simone Weil écrira : "Si quelqu'un me fait du mal, il faut désirer que ce mal ne me dégrade pas par amour pour celui qui me l'inflige et ce, afin qu'il n'ait pas vraiment fait du mal"... seule condition qui permette le pardon tout en rendant à tout un chacun son humanité même si ses actes semblent l'en avoir exclu. Et à ce propos, rares sont ceux qui savent se montrer à la hauteur de leur martyre et de leur histoire même si quelques exceptions individuelles existent car, regroupées en communauté, les victimes ont tôt fait de rejoindre en acte leurs bourreaux selon le principe qui veut que nous ayons tous de bonnes raisons d'être ce que l'on est et de faire ce que l'on fait.

    La pire des atrocités devrait pousser la victime, dans un élan irrépressible, à la sainteté... quasiment. Certes ! Le calendrier n'y suffirait pas. Aussi, on pourra longtemps regretter que Simone Weil n’ait pas vu l’Europe libérée car nul doute, elle aurait su comme personne nous rappeler que les pires atrocités et injustices nous rapprochent du divin, de Dieu et de la grâce… et obligent ses victimes plus que les bourreaux à une exemplarité qui toucherait alors à la sainteté, elle qui l’a toujours frôlée de ses ailes d'ange turbulent.

     

                "L’extrême grandeur du Christianisme vient de ce qu’il ne cherche pas un remède surnaturel contre la souffrance mais un usage surnaturel de la souffrance" : souffrance expiatrice de celui qui veut le bien tout en ignorant le mal qui le lie contre une souffrance rédemptrice, celle de l’innocence... fascinée par l’absolue et l’éternel, son unique vœu était de ne plus faire écran entre Dieu et les hommes et de disparaître de son œuvre... une œuvre qui nous réconcilie avec le Christianisme, loin de ceux qui ne savent que nous en offrir une lecture et une interprétation unidimensionnelles.

               Qu’il soit ici permis de dire que le siècle qui est le nôtre sera non pas religieux mais... notre siècle sera celui de l’enracinement et de la spiritualité ou bien… il ne sera qu’un nouvel enfer sans purgatoire pour le plus grand nombre, et pas seulement pour les plus faibles d'entre nous.

     

     

                       

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