Mesure d'audience ROI statistique webanalytics par litterature"WebAnalytics"

Avertir le modérateur

éditions

  • La liseuse

     

     

                     N'avoir pour seul avenir qu'une poignée de mots ! Ceux des auteurs qui l'accompagnent tard dans la nuit. Car, lorsque Internet ne lui offre pas ce qu'elle attend, elle lit jusqu'à l'épuisement ; la lecture devient alors le sablier qui la conduit au sommeil.

                     Si lire c'est s'oublier soi-même et le monde tel que nous le vivons pour mieux en habiter un autre - celui qui au quotidien nous demeure étranger, impénétrable ; lire c'est aussi redécouvrir qu'il encore possible de toucher du doigt une vérité sur chacun de nous ; mille témoignages d'une vie hors des livres : la vraie vie, celle qui fait du succès une montagne à la vue imprenable et de l'échec, une tombe.

    Bonne ou mauvaise, la littérature nous absout et nous réconcilie, tout comme ce silence qu'elle impose à ses lecteurs : silence avec soi-même. Elle ne va pas y chercher une guérison ; ses lectures ne résorbent aucune de ses fièvres ; elle y abandonne le plus souvent les dernières forces de la journée qui s'achève.

    Lumière et obscurité ; partir loin de soi pour mieux y revenir ; dérives infinies. Miroir de sa propre existence, seule avec le monde, ses lectures tracent les cartes de territoires innombrables qui, en ce qui la concerne, ont la fâcheuse habitude de s'ouvrir et de se refermer sur des contrées inhospitalières, aux invocations et aux suppliques sans nombre ; lectures qui la submergent, la pénètrent et l'engloutissent.

    Un bouquant d'enfer, ses lectures ! Une page d'espérance, une page de désespoir, c'est bien sa propre vie qu'elle va chercher dans une littérature de substitution jusqu'à se perdre dans le labyrinthe de l'oubli de soi en tant qu'impuissance.

    Les livres, elle les ouvre au hasard, elle les feuillette et puis soudain, elle plonge et les dévore dans une lecture obsessionnelle : une flamme qui finit toujours par la brûler cette lecture ; et dans ces moments-là, c'est l'éternité qu'elle embrasse, pour un temps non répertorié, un temps sans partage possible ; un temps pour sentir battre le monde avec sa veine gorgée de sang et des larmes qu'elle ne peut plus verser sur elle-même.

    Ce qu'on fait de mieux dans ce qu'il y a de pire ! D'un état ordinaire, on descend vers l'abîme, et là, les exemples ne manquent pas : amours aussi extravagantes qu'impossibles, inceste, tueurs en série, femmes humiliées, couples défaits, « La petite du Vel'd'hiv » ; des biographies qui mettent en scène des pères abusifs, des mères soumises, femmes afghanes ou africaines quand la lumière était encore sur elles, pour finir avec Proust qu'elle lit sans fin et sans force ; auteur vers lequel on se tourne une fois que l'on a baissé les bras et qu'on s'est juré de ne plus porter aucun livre - à bout de bras, justement ! -, en y cherchant dans cette lecture, sa propre terminaison, prisonnière d'une chambre tombeau, dernière sépulture de vie pour les convalescents et les agonisants de l'existence.

    Arrivée à saturation, c'est alors qu'elle chavire dans un sommeil de plomb, exténuée.

     

    ______________________

     

    Extrait du titre : "La consolation" - copyright Serge ULESKI

     

    A propos du titre : cliquez La consolation

    Lien permanent Catégories : Littérature et essais ad hominem 0 commentaire
  • Alain Robbe-Grillet : une littérature pour mille-pattes... de mouche

     

                   Alain ROBBE GRILLET disserte sur la définition normative du roman ; il échange avec Michel DROIT et Pierre CHAUNU chez Bernard Pivot qui donnera dans le "nouveau roman" comme il donnera plus tard dans "les nouveaux philosophes", couillon qu’il est et aux ordres des éditeurs du 7e arrondissement de Paris toute sa carrière durant.

                 Si tout semble opposer ces trois littérateurs, que l’on ne s’y trompe pas : dans les faits, tous les trois, Robbe-Grillet, Droit et Chaunu, parlent la même langue, habitent les mêmes quartiers ; quant à leur tenue vestimentaire respective : c’est bel et bien la bourgeoisie-costume-cravate et la bourgeoisie-pull-à-col-roulé, genre gentleman farmer (on imagine aisément Robbe-Grillet se rendre chez Pivot dans une Range Rover), qui jouent à s’opposer, remuent le fond de la vieille marmite de la littérature avec une cuiller en bois dans l’espoir d’y faire remonter un peu de sens et de vie : en vain.

                 Et puis, pour ces trois individus, quels peuvent bien être les enjeux ? Aucun. Pour s'en convaincre, il suffit de se pencher sur leur littérature : ce qu’ils écrivent, sur quoi et comment ils l'écrivent.

     

    ______________

     

    "La jalousie" et le nouveau roman

     

    alain grobbe-grillet,le nouveau roman, littérature, critique littéraire,la jalousie d'alain robbe grillet, le nouveau roman et grobbe-grillet,livres,littérature sur internet, éditions

     

    A la lecture de l’ouvrage emblématique de ce qui s’est appelé « le nouveau roman » dans les années 60, « La jalousie », publié en 1957, le lecteur en vient très vite et très tôt à redouter chaque mot, chaque phrase, et dans chacune d’entre elles, les noms communs plus particulièrement : un fauteuil, un arbre, une feuille … bouffée de chaleur assurée, le lecteur transpire à grosses gouttes. Tenez ! Le mot « camion » apparaît-il au détour d’une phrase, voilà le lecteur assailli et pris de panique à l’idée que l’auteur ne lui donne trois pages à lire sur la description de la roue avant droite de ce même camion. Il est vrai que le lecteur aura toujours le loisir de parcourir ces pages dédiées à l’industrie automobile, « filière poids-lourd » d’un regard furtif ; sa lecture s’en trouvera alors grandement facilitée car enfin, quand on a commencé un « roman », faut bien le finir même lorsque l’on peine à trouver une raison, une seule, de continuer sa lecture.

    Est-ce parce que le lecteur a payé ce livre qui lui tombe des mains et qu’il n’a de cesse de ramasser ? Sans oublier le fait que personne n’aime jeter l’argent par les fenêtres !

    Là, on peut envier les critiques littéraires qui ne paient jamais les livres qu’ils lisent ou ne lisent pas, tout en étant payés pour le faire et ne pas le faire.

     

                  Trois pages sur une scutigère écrasée d’un coup de torchon roulé en bouchon et sur la surface salie d'un mur, une gomme qui vient tout effacer, il semblerait que Robbe-Grillet n’ait eu à déplorer dans toute son œuvre qu’une mort, une seule : celui d’un mille-pattes.

    Toute une vie d’homme, toute notre humanité, pour sûr, dans cet épisode héroïque !

                   « La jalousie », c’est une histoire africaine de volets roulants, de persiennes, de camion, de boys (domestiques), de chaleur, d’humidité ; des Blancs, A… un « personnage » au féminin, (clin d’œil de Robbe-Grillet à l’œuvre de Kafka ! Faut dire que Joseph K, c’est quand même autre chose !), préposée au seau à glace, à la bouteille de Cognac et aux verres : A… reçoit, sert son invité, toujours le même, Franck… car chez Robbe-Grillet, pas féministe pour un sou, seuls les hommes bossent, transpirent, s’activent… un dénommé Franck, Christiane son épouse à la santé fragile, et un quatrième larron, le narrateur en personne, sans doute l’époux de A… viennent à la fois ouvrir et fermer le ban.

    Chants indigènes…

               Et là, en revanche, rien à ce sujet… sinon une ligne. Dieu soit loué : manifestement, Robbe-Grillet ne connaît rien à la musique, africaine de surcroît, à ses monodies, à ses rythmes, à ses temps et contre temps. Dans le cas contraire, on pouvait légitimement craindre le pire : un traité de musicologie ethno-africaine en guise de roman.

    … quelques préjugés sur les Noirs ; ce qu’ils sont, ne sont pas… au volant d’un camion notamment… encore les camions ! Bananeraies, plantations, sans doute pour faire le lien avec le lecteur que Robbe-Grillet envoie le plus souvent se faire bananer… mille-pattes sans nombre que l’on écrase du pied après les avoir sonnés avec un torchon (mais de ça, on en a déjà parlé !) ; là c’est Buffon qui fait une apparition (faut dire que Robbe-Grillet a été scolarisé au lycée Buffon de Brest !)

     

    Tangentes, ellipses, ce traité de géométrie rudimentaire, à peine savante, qu’est aussi « La jalousie », sorte de chronique ordinaire de la vie tout aussi ordinaire aux colonies - Afrique noire, toute noire mais blanche de la couleur de la trique et de la baguette, c’est comme on voudra ! -, qui font marcher l’autochtone indigène au pas et droit, c’est la bourgeoisie, même anti-coloniale (mais celle de Robbe-Grillet l’est-elle vraiment ?), qui fait sa littérature, sa petite, toute petite littérature avec de toutes petites choses, trois fois rien, moins encore mais… avec force détails.

    Là encore : n’est pas Joseph Conrad qui veut !

    alain grobbe-grillet,le nouveau roman, littérature, critique littéraire,la jalousie d'alain robbe grillet, le nouveau roman et grobbe-grillet,livres,littérature sur internet, éditions

                  Franck, Christiane, A… et le narrateur... ils sont donc quatre ; quatre et un camion ; vocation contrariée de Robbe-Grillet qui se destinait sans doute au métier de « garagiste-carrossier » ou de « routier », sympa au demeurant ?

    Ils sont quatre mais trois à table, et seulement trois. Christiane l’absente, jeûne-t-elle toute l’année durant ? Franck, son mari, en revanche, ne rate pas un seul repas avec A… et le narrateur observant couteau et fourchette, jusqu’à la dernière miette de pain sur la nappe.

                 Littérature d'une classe oisive qui tente bon an mal an de remplir ce temps, pourtant compté, qui sépare la vie de la mort, au lieu de se décider à aller « bosser » (Robbe-Grillet, s'il n'a pas de métier, avait au moins un diplôme : celui d'ingénieur agronome) si les jalousies et autres stores laissent voir au travers sans être vu, la jalousie, elle, la vraie, celle qui comme la haine vous détruit de l’intérieur, est introuvable dans ce récit qui se voudrait en rupture avec tous les autres récits qui l'ont précédé : « Combien de temps s’est-il écoulé depuis la dernière fois qu’il a fallu en réparer le tablier du pont de rondins qui franchit la petite rivière ? » demandera l’auteur. Hélas, c’est là sans doute la seule question que Robbe-Grillet pose à ses lecteurs et à toute la littérature passée, présente et à venir.

                 La littérature de Robbe-Grillet, c’est une littérature du mensonge bien évidemment car, occupée à rédiger une lettre, et contrairement à ce qui nous est affirmé, jamais la chevelure de A… ne captera les oscillations du poignet, ne les amplifiera ni ne les traduira en frémissements inattendus qui allumeront des reflets roux.

                 L’art c’est la surprise. Robbe-Grillet n’est donc définitivement pas un artiste ; et la question fatidique tombe : qui a bien pu persuader Robbe-Grillet pas simplement d’écrire mais de chercher à se faire publier ?

    Mystère.

    Mais alors, que celui-ci ou celle-là ait le courage de se lever et de faire son mea culpa à haute voix !

     

                  Avant-gardiste à la traîne, Robbe-Grillet finira à l’Académie française, fier et content de lui, après avoir enseigné aux USA en révolutionnaire à rebours incapable de comprendre, et les autres avec lui - critiques et animateurs de télé -, que la littérature était morte depuis longtemps déjà, même si son œuvre, aujourd’hui encore, ne cesse de nous le rappeler à chaque ligne : Robbe-Grillet c’est la littérature qui ne veut pas mourir alors que les médecins qui se sont penchés sur elle, n’ont pu que constater son décès, encéphalogramme plat - Non ! Pire encore : encéphalogramme négatif  !-, cadavre dans un état de décomposition avancée.

     

    ***

     

                    Si Robbe-Grillet n’est pas à la littérature ce que Pierre Boulez est à la musique, c’est sans doute parce qu’il est plus difficile d’être novateur et pertinent avec les mots qu’avec les notes car, les compositeurs – Messiaen, Boulez, Ligeti -, les peintres des années 20 aux années 50 - Picasso, Dali, Rothko, Pollock - et les cinéastes que sont Fellini, Tarkovski et Bergman ont fait mieux, tellement mieux, chacun dans sa discipline !

    Dans les faits, la littérature de Robbe-Grillet et son "nouveau roman", c'est cet art contemporain fossoyeur de l' Art moderne ; art conceptuel en particulier dont les concepts feraient hurler de rire tout étudiant en première année de philosophie.

    Névrose et enfermement ! A la trappe l’Universel ! Aucune tentative de sortir de soi ! Aucune vision digne de ce nom : celle de l'artiste visionnaire, novateur et précurseur au service d'une finalité bouleversante et incontestable dans sa maîtrise et son inspiration ; témoin indiscutable d‘années de recherche solitaire et têtue.

                    Doit-on rappeler qu'en littérature, il y a « style » à chaque fois qu’il nous est donné à lire une langue re-construite, une langue recomposée et ré-assemblée. Or avec Robbe-Grillet, on ne trouvera aucun travail sur la langue. Aussi… campons-nous sur nos positions : la poésie reste le seul lieu de toutes les révoltes et de toutes les remises en cause avec Damas, Césaire Senghor, Glissant, Chamoiseau et les autres, Afrique et Caraïbe, comme figures tutélaires ; auteurs qui ont littéralement troué le cul de la langue française comme personne d'autres avant et après eux ; faut dire que pour ces auteurs les enjeux étaient tout autres : dominés, issus d’une culture humiliée, révoltés, chez eux, l’écriture était une arme… arme de libération, et une bonne leçon donnée à l'oppresseur pendant que des Robbe-Grillet auto-satisfaits et blasés enculaient des diptères pour le compte d’une littérature de pattes de mouche et tentaient d'exister encore un peu, tout en s'agitant du fond de cet ennui propre à une classe repue, pourrie gâtée, sans plus de vitalité intellectuelle ni de projet.

                   Certes, d'aucuns, et pas des moindres (se reporter à Lucien Goldmann et son ouvrage "Sociologie du roman"), ont avancé que le nouveau roman consacre la réification (ou "le fétichisme de la marchandise") telle qu'elle a été décrite par Marx : homme-objet,  seul l'homo economicus a droit de cité dans une société contemporaine où, pour en revenir à la littérature et au roman "les sentiments humains expriment des relations dans lesquelles les objets ont une permanence et une autonomie que perdent progressivement les personnages."

                    N'empêche ! Personne n'interdisait à l'auteur de nourrir comme ambition de dénoncer cette société-là pour mieux nous en proposer une autre !

                    Il est vrai que Robbe-Grillet appartenait à une société bourgeoise qui place la réussite sociale, le prestige et les honneurs au-dessus de tout : l'Académie française en ce qui concerne notre auteur.

                    Côté radicalité, on était donc loin du compte. C'est sûr !

     

     _____________

     

    Pour prolonger, cliquez : Serge ULESKI en littérature

    Lien permanent Catégories : Littérature et essais ad hominem 0 commentaire
  • Torpeur

     

    Le pire est arrivé : dehors, la pluie. Elle ne sortira pas.

     

    Il est dix heures, onze heures : comment savoir. Sa chambre est le centre du monde et son lit, dans lequel elle se glisse seule depuis des mois, son cœur ; un cœur aux battements imperceptibles.

     

    Toujours inerte, elle tente d’échapper à elle-même : ne pas exister - pas encore du moins -, avant le réveil définitif de sa conscience qui ne lui offrira rien de bon ; rien qui n'ait pas déjà été vécu. Et toujours pas de miracle. Elle regarde s'entrechoquer les atomes dissolus de son existence ; une volée de particules lancée par une main invisible et tumultueuse. Quelque chose s'est effondré dans sa vie mais elle continue à vivre dans les gravats et la poussière ; c'est l'asthme de sa joie qui éternue chaque fois qu'il lui faut respirer ne serait-ce qu'une goutte de bonheur.

     

    Elle voit des zones perdues, des terrains vagues, des friches, des quartiers relégués. Soudain une douleur familière, sourde et insidieuse : le plus banal des maux de tête ; le plus banal et le plus détestable et puis, une impression pénible, une bouffée désespérante : elle sait que cette douleur ne la quittera pas de toute la journée. Irritée, elle se tourne sur le côté droit, puis sur le dos ; le ventre maintenant ; elle s'est enroulée autour de ses oreillers. Elle a peu d'espoir. Le sommeil est derrière elle. Elle le sait. Elle ne se rendormira pas.

            

     

     

    Quitter le lit. Concentrer tout son effort sur une seule partie de son corps : les  jambes ; cuisses, genoux, mollets, pieds ; les ramener vers soi,  vers le centre et retrouver une belle unité. Serrer les dents et s'extraire. En vain. Les yeux ouverts, impuissante, seule une lassitude la conseille.

     

    Vient alors le jeu ; des réussites sans nombre, sans fin, toute la vie durant ; et puis, elle, pour gagner, toujours ! Elle a d'abord pensé partir en promenade le long d'une route avant de s'enfoncer dans une forêt : côtoyer des arbres centenaires ; s'asseoir au sommet d'un talus et dominer de la vue une clairière ; oiseaux qui lancent leurs cris, appels urgents et tendus. Elle mâchonne des herbes, n'importe lesquelles. Elle grimace. Un insecte la fascine, un tronc d'arbre, son écorce. Pas une âme qui vive, sinon la sienne.

     

    Loin des mises en garde, des contraintes et des sommations de toute sorte, la vie a du bon, c'est sûr ! Elle pense à une île déserte et à la possibilité d'y vivre seule, sans désir, ni ressentiment, sans crise. Une vie devant soi pour ne rien en faire. Elle imagine une mer étale, un horizon sans ciel ; navire, elle s'y déploie sans retenue, sans danger, sereine ; étrave, elle fend les flots, majestueuse ; capitaine, elle se tient sur le pont, droite et fière. La voilà vague, écume blanche ! L'idée d'un cadran solaire maintenant : « Immobile je serais, le soleil tournerait autour de moi et la lumière et l'ombre... »

     

     

             Elle se retire du jeu. Les volutes de sa pensée s’élèvent lentement puis disparaissent dans la confusion d’un monde trop grand et trop complexe pour elle : c’est la vie qui la rappelle à l'ordre. Un corps sans forme la redécouvre. Elle se décide à se lever. Après celui de sa chambre, elle a tiré le rideau de la salle à manger, s’est approchée de la baie vitrée du salon ; elle a pensé : "Vivre sans prudence aucune, sans protection, sans abri !" avant de reculer effrayée, convaincue de son incapacité à assumer une telle existence.

     

     

    Renoncer, se délivrer du chaos des aspirations irréalistes, des besoins et des rêves insensés ? Soit ! Pourquoi pas ! Mais alors, sans ce chaos que nous reste-t-il ? Une vie ? Mais... pour quelle existence ?

     

    Trouver ou espérer juste de quoi survivre ? Un secours ? Une attention ?

     

    Où trouvera-t-elle un regard dépourvu de tout jugement, un regard sans mémoire, un regard au-delà de cette humanité qui est la nôtre et qui fait que le regard porté sur autrui sera toujours le reflet de tout ce dont on ne veut pas pour soi-même, et pour rien au monde ? Auprès de qui ira-t-elle chercher ce regard vierge qui nous invite à reconquérir une volonté et une estime de soi sans lesquelles tout semble si difficile, inaccessible, cruellement hors d’atteinte ?

     

    Ce don d’un regard compassionnel, où trouvera-t-elle la volonté de le susciter et de le conquérir ? Où donc ?

     

     


    Extrait du titre "La consolation" - copyright Serge ULESKI

     

     

    Serge ULESKI en rouge et blanc 3.jpg

     

    Version audio
    podcast

     _____________________

     

     

    Pour prolonger : cliquez La consolation

     

    Lien permanent Catégories : Littérature et essais ad hominem 0 commentaire
  • Internet, écriture et édition : bilan et perspectives

     

     

                 Entretien avec Jan Kapriski... un temps rédacteur en chef de la revue (éphémère) : Littérature et écriture.

     

     

     

     

    ***



    Jan - « L’heure du bilan a sonné !» m’as-tu annoncé Serge. Tu es venu me voir et tu m’as demandé de conduire cet entretien. Il sera donc question de ta présence sur le Web depuis trois ans, et de ce que tu souhaites nous dire à ce sujet ; ça peut être utile auprès des auteurs qui se posent la question suivante : « Qu’est-ce qu’Internet peut bien m’apporter ? ». On commence par l’audience de ton blog, ou plus généralement, ton audience sur le web...

     

    Serge ULESKI - Difficile d’évaluer mon lectorat mais… je le situe entre 8000 et 10000 par mois, parfois plus - ce qu’on appelle les « visiteurs uniques » -, en audience cumulée sur les trois sites suivants : Nouvelobs, Agoravox et Le monde.fr.

     

    - Sur le Nouvelobs, tu gères 2 blogs.

     

    - Oui. Un qui a pour sujet "l'écriture et l'Art"... un autre sur l'actualité politique.

     

    - Depuis huit ans, tu es très présent sur les réseaux-sociaux et pas simplement sur ces plateformes d'info.

     

    - C’est ma manière à moi de me démultiplier ; notion très importante avec Internet : si vous voulez qu’on vienne chez vous, il faut aller chez tous les autres. Aussi, je suis partout où il y a de la lumière... même celle d’une bougie. Chaque billet publié sur ce qu'on pourrait appeler mon blog-maître, celui du Nouvelobs, fait l'objet d'une publication sur de nombreux autres sites.

     

    - D’où ton Pagerank de 5.   

     

    - C’a demandé pas mal de travail ; un travail à plein temps : il faut pouvoir intervenir sur l'actualité, avoir un avis sur tout ou presque... Même si je cible en priorité les sites à forte audience.

    - Et les sites qui traitent de littérature ?

    - La plupart de ces sites n’acceptent pas de contributions extérieures. Ces sites sont fermés ; ils fonctionnent en vase clos ; de plus, ce sont des sites très confidentiels, à faible, voire très faible audience. Sinon,j'interviens régulièrement sur Exigence littérature.

     

    - Pour reprendre cette idée de « démultiplication »… tu interviens sur les sites tantôt en tant que contributeur, ou bien alors, tu utilises la fonction « commentaire »…



    - Avec cette fonction propre à Internet, j’interviens sur les journaux en ligne tels que Libé, Le Point, Marianne, Médiapart à partir de leur publication sur Facebook...

     

    - Tes interventions vont bien au-delà du simple commentaire. Il est plutôt question de rebond ou de prolongement…

    - On répond à un texte par un texte. C’est ma position en ce qui concerne le "commentaire" ; commentaire qui peut occuper une place qui ne lui est pas destinée, et ce faisant devenir le centre d'une parution dont le contenu initial se trouve renvoyé à la périphérie.

    - Le commentaire peut alors devenir le nouveau centre d’attention ?

     

    - C'est ça. Une seule règle néanmoins : il faut respecter le sujet traité par le billet.


    - Ta démarche peut être à l’origine de quelques tensions...

     

    - C’est le risque. Tensions du côté de l’auteur du billet original ou bien, des internautes qui interviennent, eux, sous la forme concise du commentaire. Faut bien dire qu’il y a sur Internet et les sites généralistes à forte audience, un refus de tout ce qui est disons écrit ou étoffé ; sur Internet, on aime la concision, et donc  les commentaires courts. C'est sans doute la BD qui est responsable de cette situation ; la BD et ses effets sur deux générations ainsi que les méthodes d'enseignement du français ; les nouveaux outils de communication sont aussi en cause ; pour faire court : l'hégémonie irréversible de l'image et du son, et par voie de conséquence... les problèmes que rencontrent les internautes quand il faut passer à l'écrit.


    - Avec Internet, le niveau est toujours un problème, non ?

    - C'est vrai : on y trouve pas que des as de l'écrit ou du raisonnement. Mais... il faut le dire : Internet permet à nombre d’auteurs, d'artistes et de créateurs à la marge des milieux culturel, artistique et médiatique de s’exprimer ou de présenter leur travail ; et ces internautes-là représentent de surcroît près de 99% de ceux qui créent ; et j'en fais partie. Internet est aussi là pour pallier la disparition de ce qui s’est longtemps appelé « Le café du commerce » : lieux où l’on pouvait dire ce qu’on pense, donner son opinion quelle qu’elle soit ; ces lieux ont pratiquement disparu. Internet a pris le relais ; une différence de taille quand même : avec Internet, la parole libérée est souvent une parole anonyme, sans nom ni visage...

     

    - D'où les excès.

     

    - Et qui plus est : une parole formulée dans l'instant, dans l'humeur ; une parole sans recul qui se propage à une vitesse vertigineuse auprès d’une audience potentiellement illimitée.

     

    - Toi-même, comment gères-tu les commentaires des internautes ?

     

     

    -  Sur le Monde.fr et sur Agoravox, je peux gérer les commentaires. Sur le Nouvelobs, je n'ai pas la main. C'est le Nouvelobs qui valident ou pas les commentaires qui sont déposés. En règle générale, je valide tous les commentaires – quelle que soit leur longueur -, sauf les insultes et les commentaires incompétents ou de mauvaise foi. Dans l’ensemble, les commentaires que l’on me soumet sont plutôt constructifs, même sur DSK ou sur Alain Soral et alors que cet auteur fait l’objet d’une haine inextinguible ; ainsi que Dieudonné qui garantira des records d’audience à quiconque poste un billet à son sujet. Sur Godard, Eastwood, Marc-Edouard Nabe et Bayrou, j'ai essuyé quelques insultes. Comme quoi, il y a encore des gens intouchables !

     

    -  Quelle est la fréquence de tous ces commentaires ?



    - Toutes les études le montrent : moins de 10 pour cent des lecteurs-internautes laisse un commentaire. Ce pourcentage semble invariable.



    - Beaucoup se plaignent d'Internet. A son sujet, ils n’hésitent pas à parler de "poubelle".

    - Les critiques les plus virulentes ont pour origines ceux dont la notoriété est antérieure à Internet ; notoriété qui repose sur la télé, la radio et la presse écrite. Et puis, il faut bien aussi mentionner cette caste médiatique qui, depuis toujours, prétend au monopole de l'analyse et du commentaire ; et cette caste médiatique découvre avec Internet qu’elle est loin de faire l'unanimité auprès d'un public spectateur-lecteur-auditeur-critique avec lequel elle n'avait, jusqu'à présent, aucun contact direct ; protégée qu'elle était, aujourd'hui cette caste accepte mal la liberté d'opinion. C’est la raison pour laquelle elle a recours au rejet et au mépris.

     

    - Quels sont tes billets qui ont rencontré le plus de lecteurs ?

     

    - Un billet sur Dieudonné, un Billet sur le PS et puis un autre, sur l’affaire Fofana.

     

    - Et la censure ? As-tu eu à t’en plaindre ?

     

    - Sur Internet, c'est une constante : plus un site touche un large public, plus il est liberticide ; le niveau de tolérance est vite atteint. Sur le Net, il s'agit surtout de censure préventive : dans le doute, on préfère bâillonner le blogueur. Pour exercer cette censure, la grande majorité des hébergeurs qui n'a pas les moyens de contrôler tous les contenus se repose sur la délation par l'intermédiaire de la fonction Alerter (ou avertir - bel euphémisme pour dénoncer) ; en un clic on alerte, celui qui dénonce restant anonyme : pas de visage ni de nom ; juste une adresse IP.

     

    - J'imagine... ils doivent tous s'en donner à coeur joie !

     

    - On peut dire ça, oui. Cela dit, l'ironie est la suivante : je me suis fait "jeter" à deux reprises : de la plateforme "RFI - atelier des médias" et de Médiapart... et détrompe-toi, non pas pour mon soutien à la dissidence (Soral, Dieudonné et d'autres) mais pour avoir critiqué ces deux médias : RFI à propos de la France-Afrique, et Médiapart à propos de l'incompétence de sa rédaction en politique internationale et plus particulièrement, en géopolitique. RFI à supprimer toutes mes contributions qui représentaient plusieurs années de collaboration. Médiapart les a toutefois maintenues.

     

    - On a évoqué ton audience sur Internet. Qu'en est-il de tes ouvrages ?

     

    - Depuis la mise en ligne progressive de mes titres sur Amazon, j'en suis à un moyenne de 600 exemplaires par titre.

     

    - C'est plutôt encourageant non ?

     

    - Comme on a pu le voir avec les commentaires, les ventes représentent grosso-modo un peu moins de 10% de l'audience. Aussi, si 10% des lecteurs laisse un commentaire, il semblerait qu'il y ait le même pourcentage qui achète mes ouvrages.

    - Seule solution pour augmenter les ventes : augmenter l'audience.

    - En effet.

     

    - Cela dit, pourquoi ce faible taux de retour sur ton "investissement", si j'ose dire : investissement  dans la toile en général et dans ton blog en particulier ?

     

    - Plusieurs raisons ; j'en retiendrai deux : parmi les lecteurs de mon blog, les plus nombreux viennent simplement pour y lire ce que j'ai à dire sur tel ou tel sujet plus ou moins d'actualité ; tous ne viennent pour y découvrir de la littérature, la mienne en l'occurrence ; Et puis, tous n'en lisent pas. Quant aux autres, laisse-moi éclairer un aspect parfois négligé, pourtant primordial de la lecture ou de la non-lecture d’une œuvre à l’égard de laquelle tout lecteur serait tenté de se détourner d’instinct, avec à l’esprit cette considération imparable et fatale à tout auteur non estampillé écrivain : à quoi bon la lecture d’un texte dont on n’est pas assuré de la légitimité

    - Un peu comme la signature sur un tableau ?

    - Oui.

    - Et cette légitimité, où le lecteur ira-t-il la chercher ?

    - Le lecteur ira la chercher dans un premier temps, auprès des éditeurs (un ouvrage estampillé Gallimard jouira d’une légitimité et d’un prestige incomparables), et dans un second temps : auprès des critiques, des éditorialistes, des commères en tous genres, magazines, radios, télés, bien évidemment. Et si par malchance l’auteur et son texte n’ont pas été validés par une bonne partie de tout ce beau petit monde, le lecteur aura très vite le sentiment de perdre son temps en s’adonnant à une lecture pour rien ou pour si peu ; une lecture et un livre pour personne sinon les proches de l’auteur. Quant à la critique... elle n'achète pas les livres qu'elle couvre, aussi, ceux qui sont auto-édités passent automatiquement à la trappe. La critique se repose uniquement sur le service de presse des éditeurs ; ce sont eux qui décident de ce que la critique lira ou ne lira pas.

     

    - Ce regard des lecteurs et de la critique sur les auteurs auto-édités peut-il changer un jour ?

     

    - Ca prendra du temps.

     

    - Que penses-tu de l’expérience de Marc-Edouard Nabe et son anti-édition dont on nous a rebattu les oreilles ?

     

    - Rien à dire de particulier. Ce que Nabe appelle l’anti-édition est une formule pompeuse et creuse que tous les imbéciles autour de lui – et on me dit qu’ils sont nombreux -, ont reprise. Si Nabe fait de l’anti-édition, il s’agit tout bêtement d’édition anti-éditeurs et anti-libraires : anti-FNAC disons. No big deal ! La véritable anti-édition signerait l’arrêt de mort du livre et de l’écrit au bénéfice d’une littérature orale ; une littérature de l’ouïe, une littérature du bouche à oreille qui se déclamerait sous (ou derrière) le « masque ». La seule originalité de la démarche de NABE c’est son passage de l’édition à compte d’éditeur à l’édition à compte d’auteur, même si les éditeurs l'ont un peu aidé puisqu'il n'en trouvait plus. Nabe fait simplement de l’auto-édition mais… avec un siècle de retard : l’auto-édition de Nabe date d’une époque où les auteurs devaient payer leurs exemplaires avant de les écouler auprès de leurs lecteurs. Nabe n’a manifestement jamais entendu parler de l’impression papier à la commande qui se pratique sur le Net depuis quelques années maintenant ; système d’impression dans lequel l’auteur n’a rien à débourser, excepté le lecteur lorsqu’il commande un ouvrage.



    - Tu as recours à Amazon

     

    Amazon gère toute la chaîne de l’édition : de l’impression à la facturation et l’envoi du manuscrit commandé par le lecteur. En ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage - mise en page et mise en forme -, l'auteur contrôle tout à la virgule près. On peut aussi à tout moment effectuer des corrections, des modifications... le livre que reçoit le lecteur étant la dernière version chargée par l'auteur sur l'interface de l'imprimeur.

    - Tu veux dire qu'aujourd'hui, il peut circuler des versions différentes de chacun de tes titres ?

    - Je parlerais de corrections ou de modifications mineures en ce qui me concerne, même si des changements majeurs sont possibles. C'est bien de savoir que l'on peut toujours intervenir sur ses textes. Rien n'est figé, jamais, avec Internet et ce système d'impression papier à la demande ! Ensuite, je n’ai qu’à toucher la part qui me revient sur le prix de vente. Avec ce système de publication, l'auteur est vraiment rémunéré ; et le prix de son livre n'en est pas plus élevé pour autant.

     

    - Rien à voir avec les 8% d'un éditeur donc !

     

    - Et plus encore quand il s'agit d’un éditeur qui n’a pas les moyens de faire connaître les ouvrages qu’il publie. Franchement, je ne vois pas comment des auteurs peuvent encore aujourd’hui accepter les conditions qui leur sont faites  ; et notamment la cession à vie et au-delà, des droits sur leur propre travail, sur leur sueur et leur sang ?! Et en échange de quoi, franchement ? Disons les choses : des pans entiers de l’édition ont longtemps eu pour occupation principale la chasse aux subventions ; notamment les petits-éditeurs-sangsues de la province, gérants-salariés de leur propre maison, installés dans des communes aux codes postaux du type 64258 ou 34878 ou bien encore 12145 (ne cherche pas : ces codes sont fictifs), bien au vert dans des hameaux, des villages et autres lieux-dits, un salaire confortable en fin de mois, le tout sur le dos des auteurs qu’ils éditent et qui ne verront jamais leurs livres dans les bacs des points de vente qui comptent. Nul besoin de le déplorer, personne n’aurait pu soupçonner qu’ils y étaient… puisque ces éditeurs n’ont pas les moyens de faire connaître les ouvrages qu’ils éditent. Sans oublier le fait suivant : compte d’éditeur ou d’auteur, n’est-ce pas toujours l’auteur qui paie la fabrication et la diffusion de son livre ?! Pourquoi crois-tu qu’un éditeur donne 8% à son auteur ? 8% du fruit de son travail ? Où donc sont passés les 92% restant ?

    - On parle depuis quelques années maintenant d'une crise du livre…

    - Est-ce vraiment le livre qui se porte mal ou bien les éditeurs ? Et plus particulièrement ceux qui n’ont pas les moyens de faire connaître les livres et/ou les auteurs qu’ils éditent ? A l’avenir, je crois que les éditeurs qui ne seront pas capables de “rapporter” des lecteurs à leurs auteurs auront du souci à se faire. Avec Internet et l'impression numérique à la commande, l'auteur pourra voler de ses propres ailes.

    - Tu veux dire qu'Internet lui fournira des lecteurs ?

    - Oui. Même si cela demandera de la part de l'auteur, un travail quotidien pour développer sa notoriété et sa crédibilité : sites, plateformes communautaires, forums...

     

    - Tu penses que d’ici peu, le seul intermédiaire “toléré” par les auteurs entre un livre et son lecteur sera l’imprimeur, et seulement l’imprimeur ?

    - C'est fort possible à moyen terme pour les auteurs dont les livres sont appelés à occuper un petit segment du marché ; et plus ce segment est limité, plus l'auteur a besoin d'un pourcentage de rémunération élevé : seule l'auto-édition est capable de le lui garantir.

     

    - Sujet à suivre donc…

     

    - Même si la course s’annonce bien plus courte qu’elle n’en a l’air ! D’ici dix ans, ce sera plié.

     

    - Sinon, tu comptes sortir combien de titres ?

     

    - 18 au total. Une quinzaine d'entre eux est en ligne et peut être commandée sur Amazon dès maintenant.



    - Alors, ce bilan ?

    - Positif ; encourageant. On ne lâche rien. On continue : de l'audience, encore de l'audience, toujours plus d'audience ! Et je salue ceux qui me lisent, et doublement ceux qui me soutiennent :  et je les salue tous fraternellement et même... confraternellement."

     

    _____________________

     

     

    Pour prolonger, cliquez : Les ouvrages de Serge ULESKI

     

     

    Lien permanent Catégories : A découvrir : Serge ULESKI, ouvrages et entretiens, Medias, désinformation et ré-information 0 commentaire
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu