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  • L'homme de Londres : Simenon, Decoin et Béla Tarr

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                 "Toute la vie durant, on ne fait qu'attendre ; attendre quelque chose qui va changer nos vies ; quelque chose qui nous rende meilleur aussi- Béla Tarr

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                       L'homme de Londres de Georges Simenon - adaptation pour le cinéma d'Henri Decoin - 1943

      

                   Maloin, homme marié, père de deux enfants, mène une vie simple, stable et monotone ; une vie sans but. Lorsqu'il devient témoin d'un meurtre et met la main sur une grosse somme d'argent, sa vie bascule : Maloin incarnera alors l'indestructible désir des êtres pour la vie, la dignité, la liberté et le bonheur. 

     

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                  Là où Henri Decoin a besoin de raconter une histoire pour faire son cinéma dans son adaptation du roman de Simenon en 1943, Béla Tarr, avec le même roman, n'aura besoin que de représenter un homme car, pour Bélar Tarr, faire un film ce n'est pas raconter une histoire mais... représenter quelque chose :

     

                 "Je déteste les histoires" précise-t-il. Quant à la réalité : "La réalité est difficilement saisissable (1) et donc... représentable ; je préfère l'imaginaire."

                 Bélar Tarr n'a pas besoin d'acteurs non plus... mais de personnalités : " Je choisis des personnalités et des situations proches de leur vécu". 

     

                                                   

               L'homme de Londres  - représentation de Béla Tarr pour le cinéma - 2007

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                A ceux qui ignorent encore tout ce qui sépare un réalisateur d'un cinéaste-auteur, et qui plus est... cinéaste-artiste... il leur suffira, après lecture du roman de Simenon, et pour lever ce doute, de visualiser son adaptation par Decoin et sa représentation lancinante par Bélar Tarr.                 

                  L'homme de Londres : un roman, deux films, deux maîtres d'oeuvre donc : l'un réalisateur, l'autre... cinéaste-artiste ; deux protagonistes qui, une fois encore, entre adaptation et représentation, posent la question du lien entre la littérature et le cinéma et de son traitement (2); et au-delà : la place de l'artiste.           

     

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    Béla Tarr apporte une réponse : le cinéma face au roman n'a qu'un rôle à jouer : sublimer ce roman qui viendra à son tour métamorphoser sa représentation cinématographique comme un effet boomerang - transcendance et transfiguration -, jusqu'à ce qu'il ne soit plus possible de ne pas (re)penser la lecture de l'un suite à la visualisation de l'autre ; et vice versa

     

    1 - Les frères Dardenne sont sans doute les seuls à y parvenir depuis 20 ans.

    2 - La quasi totalité de la production cinématographique - même la meilleure -, a pour origine un texte - romans, nouvelles, théâtre, essais, BD... sans oublier le fait-divers ; ce qui pose la question de l'autonomie du 7è Art et de sa qualification en tant que discipline auto-génératrice d'un univers créatif artistique de premier plan. Et là encore, Béla Tarr apporte une réponse on ne peut plus convaincante.

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  • Le cheval de Turin : Béla Taar ou le refus... envers et contre tous

      

     

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                  Pour la petite histoire, face au grand artiste qu’est Béla Taar, Le cheval de Turin a pour origine un incident qui bouleversera la vie d’un certain Friedrich Nietzsche :  le 3 janvier 1889, alors qu'il effectuait un trajet en calèche, le cheval a cessé d'avancer. Incapable de le remettre en marche, le cocher a battu la bête, ce qui suscita chez le philosophe un élan de compassion. Nietzsche se pendit au cou de l'animal et passa ensuite les dix dernières années de sa vie dans un état de démence.

     

    De là à penser que Béla Tarr, présent ce jour-là, n’aura trouvé rien de mieux que de rentrer avec ce cheval et son cocher jusqu’à cette ferme isolée, un arbre mort battu par une tempête du diable, un père taiseux et sa fille, une charrette et ce même cheval qu'on attellera puis détellera, une fois, dix fois... avant de renoncer...

     

    Grande est la tentation !

     

                  Film frugal tout comme le repas qu’un père et sa fille partageront jour après jour - des pommes de terre cuites à l’eau -, tandis que dans la grange, plus qu’une bête, un cheval refusera bientôt toute nourriture ; et à propos de cet animal, on sera tenté de se dire que si ce cheval avait eu le don de la parole, nul doute, c’est sans un mot qu’il aurait mené sa vie.

     

              

     

     

                   Cinéaste au rythme cardiaque très lent, cinéma en apnée car, si d'aucuns savent retenir leur souffle, d'autres savent retenir le temps comme personne, tout comme cette musique musclée - organum et cordes dans le grave  -, véritable bombe à retardement lancinante et récurrente (en do mineur), destinée à porter et à accompagner 30 plans-séquences de cinq minutes chacun, plans que d’aucuns qualifieront de contemplatifs, d’autres, moins compréhensifs ou pusillanimes, d'interminables...

    Ces plans trouvent pourtant leur raison d’être, leur force, leur efficacité, leur caractère aussi rare que précieux (comme chacun sait, le cinéma ce n’est pas ce qui nous est montré mais ce qui nous est révélé !) dans le fait que, tous, sans exception, forcent le spectateur à quitter l’image et l'écran pour rentrer dans lui-même et y poursuivre deux heures et demie durant, même et surtout somnolent, sa propre œuvre que devient alors sa vie pour le temps qu'il lui est donné d'être le spectateur de Béla Tarr.

    Pour cette raison, Le cheval de Turin se rêve autant qu'il se voit. Aussi, et vraiment ! on peut affirmer qu’avec le cinéma de Béla Tarr c’est autant le spectateur qui fait le film que le réalisateur. Et nous devrions tous demander à partager avec lui l’Ours d’argent que le film a reçu à l'occasion du dernier festival de Berlin.


                   Artiste d’une radicalité qui n’a besoin ni de discours ni de justification, fascinés nous sommes face à la volonté de fer de ce réalisateur pour lequel aucun compromis n’est une option ! Et si au cinéma, le noir-et-blanc reste bien le choix de ceux qui ont encore quelque chose à dire, la couleur, celle de l’industrie cinématographique, avilissant tout ce qu’elle touche et recouvre…

    Le cheval de Turin restera un gigantesque bras d’honneur adressé à cette modernité cinématographique imbécile et veule, film après film - un film chassant l'autre -, d'un Béla Tarr ennemi public numéro un de tous ceux qui ont la faiblesse, la bêtise ou la naïveté de penser que le cinéma n’est qu’un divertissement destiné à nous faire vivre par procuration des vies au suspense insoutenable, dans la fureur, le bruit, le sang, les larmes et la sueur de coïts sans nombre...

    Mais alors... qu'ils passent donc leur chemin ! Le dernier Millénium ou le prochain Eastwood (Eh oui ! Déjà le suivant ! Car, c'est bien connu : les gens qui n'ont pas idée en ont cinquante par jour), avec ses acteurs- tâcherons d’une industrie sans art y pourvoira, car quelque part, dans une province hongroise, on attend les plus exigeants d'entre nous.

     

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                  Après le passage d'un groupe de tziganes que personne n’a invité, chassé à la hache, l’eau du puits s’est tarie,  la tempête s’est tue, le soleil a fondu et l’aube ne s’est plus levée...

     

    (Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin le puits se vide)

     

    Une lampe à pétrole, au réservoir pourtant plein, refusant définitivement d'éclairer la demeure d'un père et de sa fille - une seule pièce commune pour tout lieu de vie  -, et bientôt par voie de conséquence, l'écran : plus de lumière, plus de cinéma !

     

    ***

     

                  Béla Tarr écrase tout sauf le spectateur, et longtemps on pourra se demander avec lui qui n’en a aucune idée aujourd’hui encore, et même après plus de dix films, quelle peut bien être l’origine (quelle scène primitive au traumatisme fondateur ?) d'un tel parti-pris artistique, d’un tel refus proche d'un Bartleby, obstiné et têtu, d'une telle démarche hors du commun des pauvres mortels que nous sommes, et lui avec nous.

    Même si une réponse semble s'imposer…

    A l'origine de cette radicalité sans doute trouvera-t-on le refus (encore le refus !) d'un monde dans lequel il n'est plus possible de vivre sans tuer l’autre ou dans le meilleur des cas, sans pourrir irrémédiablement la vie de son voisin avant de ruiner sa vie propre dans une lutte acharnée et cruelle pour une survie qui n’est déjà plus une vie mais un commencement de mort lente et sinistre.

     

    Et si l'on tend l’oreille, on pourra très certainement entendre de la voix de Béla Tarr un : « Ce sera sans moi ! ». En effet, Le cheval de Turin est l'ultime film d'un cinéaste qui abandonne le cinéma.

     

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