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  • Cinq ans, cinq nuits - entretien avec l'auteur

     

    Cinq ans, cinq nuits - entretien avec l'auteur

     

     

                        Substituant à une vie conjugale en situation d'échec une voie large et resplendissante, une femme se propose d'intervenir dans son propre destin. Une rencontre, avec celui qui deviendra très vite son amant, et c'est l'ébranlement de tous les repères, l'abolition de tous les interdits.  

     

    Entretien réalisé par Gilles Lescure

     

     

    Gilles Lescure - Dans "Cinq ans, cinq nuits", de la relation amoureuse, tu ne traites que les aspects extase, volupté, culte de l'Autre, absence…

     

    Serge ULESKI - Les femmes rêvent toutes de volupté, d'extase, de sensualité, et si en plus, l'amour est là... Faut pas se tromper au sujet des femmes : elles ne rêvent pas que de pénis géants et de muscles saillants ! Dans ce texte, j'ai seulement traité ce que mes deux personnages ne vivaient pas dans leur couple respectif : tous deux sont mariés et n'ont jamais connu la sensualité.

     

    - La construction du titre est très elliptique. Ces cinq années sont très resserrées. Tu les parcours en deux cents pages.

     

    - Deux cent trente et une pages.

     

    - Sinon, ce récit, c'est un rêve, n'est-ce pas ?

     

    - On peut dire ça. Et comme pour le rêve, "le contenu manifeste est un raccourci du contenu latent". Dans "Cinq ans, cinq nuits", j'ai pris une histoire on ne peut plus banale : une femme et un homme mariés qui sont amants. Sur cette histoire-là, en revanche, j'ai greffé un univers langagier qu’on ne donne jamais, sinon rarement, à découvrir aux lecteurs, qui sont le plus souvent des lectrices…

     

    - Ce sont elles qui portent le roman.

     

    - Oui. Ce sont elles qui les lisent.

     

    - « Cinq ans, cinq nuits » c'est aussi un conte…

     

    - Sans aucun doute. Ces deux êtres n’auraient pas pu rester soudés et solidaires pendant cinq ans, dans les conditions d'existence qui étaient les leurs.

     

    - Et c'est aussi un pamphlet. Tu n’hésites pas à le mentionner dans sa présentation. Je te cite : « Dans ce texte, on trouvera une provocation en règle et un procès d'intention contre de tous les formes de dépréciation de soi et contre une organisation de l'existence qui a pour seule mécanique infernale : la soumission au moins-disant émotionnel qui engorge tous nos désirs». On ne peut pas être plus clair.

     

    - Je n’ai pas à dissimuler mes intentions.

     

    - Je te cite à nouveau : « Un monde radicalement tourné vers la production : hommes, femmes, enfants, bras, cerveaux, eux tous condamnés à produire sans relâche. Produire encore et toujours !»

     

    - De notre corps, qu'est-ce qu'on en fait ? Qu'est-ce que l'organisation de l'existence qui est la nôtre et qui nous est le plus souvent imposée, nous permet de faire de notre corps ? Celui du couple : ce corps à deux ; ces deux corps qui doivent ou ne doivent pas, qui peuvent encore ou qui ne peuvent pas se retrouver ; et quand ils se retrouvent, ça donne quoi ? Qu'en est-il de tout ce qui pouvait, à une époque, porter ces deux corps l'un vers l'autre ?

     

    - Le personnage féminin est au centre de l’histoire. Tu lui consacres près de 70% du texte.

     

    - L’histoire de cette femme n’est pas simplement la sienne mais celle de millions d’autres femmes mariées. Aussi, j’ai voulu rendre hommage à cette femme courageuse mais privée de moyens.

     

    - Tu écris des choses terribles sur le couple. Je te cite : « Tu ne vivras point ce qui ne t'est pas donné à vivre et que tu ne prendras pas non plus ! » Là tu parles de son couple à elle, de ce qu’elle y vit. Et puis encore : « Pour ne pas sombrer dans un questionnement effrayant, source d'instabilité et de conflits intérieurs insupportables, cadenassés que nous sommes, la peur du vertige qui nous tient au ventre et nous paralyse a tôt fait de nous dissuader de prendre notre essor et notre envol vers une nouvelle vie : celle qui exigera de nous, non pas... d'être, mais... de continuer d‘advenir. Négation de la vie même, cette soumission mortifère drapée de morgue et d'ennui, sans honneur et sans courage car, n'y a t-il rien qui vous rabaisse comme la résignation puisque pour elle, rien n'est plus mort que ce qui n'existe pas encore et qu'on ne fera jamais advenir. »

     

    - Plaidoyer contre la résignation. Rien de plus.

     

    - Je continue : « … cette insouciance fiévreuse qu'une organisation de l'existence ne manquera pas de tuer au quotidien ; extase avortée, hachée menue sous le poids de milles exigences tyranniques qui font de nous des nains de l'existence, des lilliputiens d'une liberté que l'on sait par avance inassimilable, des infinitésimaux de l'émotion, capricieux et sans volonté, exténués d'adaptation après mille tentatives de rébellion mort-nées, face aux usuriers sordides de la soumission. Car, le premier qui ose faire un pas vers ce qu'il est, en Don Quichotte de l'affirmation de soi... quiconque ose relever la tête de ses désirs avant de les empoigner par la tignasse, celui-là se verra gratifié d'une souffrance sans échappatoire et sans rédemption si par malheur, cette libération ne rencontre pas l'assentiment du plus petit commun dénominateur de la non-existence ; eux tous enterrés à ciel ouvert, les poumons gonflés de retenue, le sang empoisonné par le microbe de l'inhibition, les artères obstruées, le cerveau gélatineux et bouffi d'impuissance sous un épiderme aux mille peurs, aux milles cauchemars induits. »

     

     

    - Que l'on me prouve le contraire alors ! Avant d'écrire "Cinq ans, cinq nuits", j'ai beaucoup parlé à des hommes et des femmes qui vivent en couple, mariés ou pas. Je n'ai pas eu à inventer. Je te rassure.

     

    - Et encore : « Ah ! Notre pauvre corps mutilé ! Et nos membres ! Et cette main qui ne donne et ne se donne plus rien, n'en reçoit pas davantage et qui tend vers une amputation de fait comme on hurle, suppliant, à l'automutilation ! Et ces doigts qui n'ont plus la sensibilité du toucher ! Et nos yeux pour nous y mirer dans ceux de l'autre, la tête posée sur l'oreiller d'une enfance indemne qui livre en secret mille confessions, mille exploits chuchotés ! Nos lèvres pour goûter et s'abreuver à toutes les sources d'un désir lancinant et puis... nos vies ! Énergie fossilisée, nos vies à tous ! » C’est une attaque en règle contre le couple, la monogamie, le mariage, le concubinage, la vie à deux, non ?

     

    - Pas simplement. Quand je parle du couple, je m’adresse à cette vie de couple telle qu’aujourd’hui, on nous propose de la vivre.

     

    - Et la différence ?

     

    - Il n’est pas sûr que le couple soit a priori condamné à cette atrophie ; et la rupture n'est pas une fatalité non plus. J’ai rencontré des couples qui vivent, disons… en dehors de cette organisation purement marchande de l’existence ; des couples qui ont su profiter de tous les avantages de la libération de la relation homme-femme dans les années soixante-dix, sans les inconvénients de l'héritage de la société de consommation des années soixante ; société qui nous a menés, qu'on le veuille ou non, vers plus de stress, plus d'angoisse : envie, compétition, convoitise, rivalité, attentes irréalistes ; et puis, très vite... frustration et ressentiment ; des jugements lapidaires et hâtifs sont portés sur le ou la partenaire qu'on finit par repousser violemment. En revanche, chez ces couples qui ont su déjouer tous ces pièges, je peux t'affirmer que leur relation est totalement différence. La manière qu’a la vie de ces couples de se déployer dans le temps - sur 20 ans et plus -, est surprenante d'invention : on y communique dans ces couples. Le couple vieillit différemment. D'ailleurs, il ne vieillit pas : il se construit un passé et un futur dont la vision repose sur des fondations solides : tout ce qui a été humainement acquis par le couple, au fil des ans - humainement et pas seulement, matériellement acquis. Je te parle de couples avec enfants ; et je ne te parle pas de couples marginaux, non plus.

     

    - Dans le synopsis, en ce qui concerne ton écriture, tu parles de "préciosité et emphase jusqu'à l'exubérance et parfois même, l'extravagance."

     

    - Et j’ajoute : "à dessein". La provocation est là : dans le style que je choisis. J’ai voulu aussi m’essayer à une écriture qui transcende tout ce dont elle parle, tout ce qu'elle aborde concernant ces deux êtres.

     

    - Une écriture hallucinée ?

     

    - Il y a de ça aussi. Une écriture qui magnifie une histoire ordinaire, deux vies ordinaires, conduites par deux êtres ordinaires. C'est d'ailleurs cette écriture-là qui m'a fait me mettre au travail.

     

    - Et par moments, une écriture franchement érotique et sensuelle…

     

    - Une écriture de tous les jours aussi, une écriture du quotidien : dialogue entre deux amants qui ne font pas de dissertations sur l’amour quand ils sont au téléphone ou bien, dans une chambre d'hôtel, après des semaines tenus éloignés l’un de l’autre.

     

    - Une écriture acerbe, une écriture édifiante, violente parfois, sur le couple et le sort qu’il lui est fait.

     

    - Il le fallait. Mais rassure-toi ! Je ne pense pas que le couple soit condamné. Il correspond à un besoin chez l'être humain : stabilité, sécurité, reconnaissance et soutien ; ne pas être livré en pâture aux vicissitudes de la vie ou bien, à une forme narcissique de désir effréné de conquérir physiquement l'autre et tout ce qui se trouve à sa portée, en "prédateur" sans scrupules car, pour ceux-là, homme et femme confondus, c'est l'impasse assurée

     

    - Comme pour le couple alors, si j'en crois l'analyse que tu en fais ?

     

    - Sans doute. Mais... en ce qui concerne ces "prédateurs", avec au bout de cette impasse, la solitude en plus. Et cette solitude-là ne laisse, ne laissera et n'aura rien laissé derrière elle ; et sûrement pas de quoi se retourner. Ces hommes, ces femmes ne peuvent qu'aller vers toujours plus de solitude.»

     


    L'ouvrage est disponible ICI

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                Pour prolonger, cliquez : Serge ULESKI ouvrages et entretiens

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