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congo

  • Eric Vuillard dans le texte

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                    A l'heure du retour de Houellebecq sur la scène médiatique... un Houellebecq "grenouille qui veut se faire pour grosse que le boeuf", qui n'a de cesse d'avaler plus qu'il ne peut mâcher, toujours sans écriture, sans métier ni technique, sans perspective ni profondeur, un peu comme un peintre du dimanche...

    Eric Vuillard, lui, creuse son sillon, sans bruit mais avec brio... car il a compris qu'en littérature... écrire n'est rien, seul le travail compte ! Expressionniste, le soc de son oeuvre, c'est la profondeur de champ de sa réflexion dans et avec la langue écrite.

     

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                  Des extraits de deux de ses ouvrages vont sont proposés en lecture : Congo (Actes Sud) et Conquistadors (ed Léo Scheer)

     

     

    -                                Congo.

     

     

    «  Les Aros, les Ioghos, les Ijaws, les Ibidjos avaient remonté les rivières en jouant du tambour ; puis ils avaient chargé les captifs dans leurs canots, et sillonnant les marais, entre les grandes araignées végétales, ils avaient rejoint les estuaires et renversé sur le sable leurs brouettes d’hommes. »

     

    « Peut-être Henry Morton Stanley a-t-il traversé des milliers de fois l’océan de ses pensées, prolongé indéfiniment ses séjours dans le rêve afin de trouver dans les couleurs d’un archipassé qu’il  ne comprenait pas et dans les algues fabuleuses de sa conscience je ne sais quelle épreuve ou signe. Et peut-être est-il allé tout au fond de la tristesse, au Congo, espérant trouver le même signe, la même trace, et peut-être a-t-il eu l’impression, quelquefois, comme beaucoup d’autres, qu’une toute petite chose se tenait là, juste à côté de lui (encore plus petite que son plus petit malheur) et qu’elle était là depuis le début, muette, fragile. »

     

    « Ah ! On saurait maintenant que le Verbe ne s’est pas fait chair, il s’est fait caoutchouc, tabac, charbon, il s’est fait directorship de banques, de compagnies de chemin de fer, d’industries ! Financier ! Breloque ! Pignouf ! Roi du Congo ! Oui, partout, il y avait quelque chose de plus grand et de meilleur, de plus beau, de plus désirable : papillon noir, forêt, un champ de coton ; et la vague venait tonner entre les fentes de pierre. »

    «  Mais alors, dans sa vie paisible  de professeur, je ne sais pas où il mettra tout ça, les coups, les cris, le sang et la puanteur, je ne sais où il ira les perdre et les oublier, comme de vilains enfants qu’on ne veut plus voir »

     

     

    -                               Conquistadors

     

     

    «  Il fallait continuer, suer, s’enfoncer dans un pays vide et nu, dans les pampas vierges, les canyons stériles, grimper le long de gorges humides, sans savoir ce qu’on allait découvrir. Allait-on le rencontrer ce peuple fou et divin qui jetait dit-on, de l’or dans un lac ? Allait-il venir à leurs pieds déposer les colliers et le silence de leurs dieux ? Existait-il ce jardin où chaque animal est représenté en or, grandeur nature et où les statues s’agenouillent pour boire ? »

    « On n’y voyait rien. La forêt était une grande bête sombre, un long couloir de feuilles et de pluie. Et cette énorme fertilité de la nature avait quelque chose d’écoeurant. Lianes, serpents géants, gommes, résines, baumes, tout n’était que vie, mort. Chaque instant, cent choses naissaient et cent autres mouraient, pourrissaient. Ici, la vie offrait tout ce qu’elle savait faire de beau et de précieux, tout ce qu’elle pouvait baver de ronces et de venin. Ici, la vie suintait de toutes parts son secret de jeune et de vert. C’était comme au cœur d’un ruche, là où la reine pond ses œufs, sans cesse. »

    « Toutes les réputations sont établies sur des rêves. Rien ne surgit de soi et nul achèvement ne se produit. La fin est simplement la fatigue et la mort. Il y a toujours une brèche par où la chose échappe, par où le sable glisse. Pizarre le sait bien, nulle perfection n’arrive, et c’est cela que l’on  nomme vivre, c’est cela qui permet les mouvements innombrables de la pensée. Pizarre ne voulait arriver à rien, à rien d’autre que cela : une souveraineté accidentelle, une gamelle de fer-blanc. »

     

    « On raconte que, pendant la nuit, vingt mille chenilles avaient rampé depuis le camp indien, vingt mille petites chenilles noires dans la nuit, ombres haletantes glissant entre les rouleaux de terre et venant tout autour de la ville former un fin collier d’yeux. Et ralentir leur haleine précipitée par leur longue gymnastique, la fondre dans leur carcasse, fut durant la nuit leur seule besogne. Mais, malgré toute l’attention possible, il arrivait que les ombres bougent, que les muscles lâchent et qu’une étrange convoitise les force à tendre la main dans le noir. Alors,  les conquistadors entendaient un bruit, frottement de corps, et imaginaient autour d’eux tout un animal de griffes et de crocs. On raconte que l’Inca avait envoyé ces vingt mille hommes en embuscade. Atahualpa  était certain que les Espagnols profiteraient de la nuit pour fuir, que la petite bande funeste allait se retirer. Dans la nuit, ils feraient leurs sacs et fouetteraient leurs porteurs jusqu’à ce qu’ils soient loin. Et l’Inca voulait qu’on les saisisse un par un, comme une tremblante nichée de rats. »

     

    « Partout, il y avait des corps immobiles, morts et vivants, on ne savait pas. Des morts se tenaient la main, pour ne plus se perdre. Et des mourants s’adossaient aux murs, à la recherche de fraîcheur. Lorsqu’un homme meurt, on dirait qu’il se vide de sa chair. Un mort ressemble à un petit tas d’os sous un drap. Un jus sale coule de ses lèvres. Puis le cadavre gonfle. Le grabat est inondé de fiente. Il est trop tard pour l’embaumer, il faut le jeter dans un trou. La tombe va lentement le moudre et fournir au terreau sa farine amère. Les os cèderont toutes leurs poussières. A la fin, il ne reste que du vent. »


    « Le monde est une fièvre. Les pierres tiennent debout dans les champs. Cimetière sans murs. Le désert est partout. Martin Bueno regarde, il regarde les baïonnettes de pierre, la terre neuve, les javelles de cailloux. Il compare la grandeur du pays à son propre isolement. »

     

    « Hernando pensait à une femme. Elle était anglaise, « con nombre de Victoria ». Il avait fait sa connaissance à Tolède. Elle était mariée. Maintenant, six ans étaient passés. Sa vie avait pris un tour inattendu. Avec ses frères, il s’était lancé à l’assaut d’un peuple. Mais qu’est-ce que ça voulait dire ? Ca voulait dire beaucoup de soif et d’effort, ça voulait dire bien de la peine pour vivre auréolé d’une nuée de taons. Car où étaient les femmes, les lits moelleux, les bals ? Il y avait seulement des putains et des Indiennes articulant leurs phrases flottillantes, qu’il ne comprenait pas. Il aimait, lui, les femmes élégantes, les dames. Il aimait l’ivoire poli, les beaux membres. Où étaient passés les jeux, les balcons ? Par moments, Hernando se sentait une poutre rongée par les vers, ça le rongeait tout doucement, mais un jour il n’y aurait plus rien. Pourquoi était-il parti ? Et cette femme, pourquoi l’avait-il laissée ? Bah ! Elle aurait vieilli, elle aussi, elle serait devenue une de ces vieilles poutres qui pèlent dans les granges. Et, lui, le bon Hernando, à cheval comme ces insectes qu’une aiguille transperce et tient droits sur un petit bouchon, il sentait en réalité à peine le mal, il s’inventait des douleurs pour passer le temps. Mais au fond, sa seule blessure, le froid la lui avait faite. Il avait la lèvre fendue. »

     

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  • République démocratique du Congo (RDC): trou noir de l'actualité et de la mémoire

     

                  Une partie de l'humanité se vide de son sang... comment plusieurs millions de morts peuvent-ils être placés sous silence médiatique ?

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                    "... En plein centre de l’Afrique, le Congo (RDC) est un pays riche, rempli de matières premières (diamants, or, étain, gaz, pétrole, uranium, coltan…), de forêts, d’eau, de femmes et d’hommes, d’une multitude de tribus rassemblées sous une nation dessinée par les colons, et qui ne correspond historiquement à pas grand-chose.

    Suite au génocide au Rwanda, les pays voisins ont de plus profité du flou politique et institutionnel au Congo (limitrophe du Rwanda) pour attaquer de toutes parts ce gigantesque pays rempli de trésors.

                  Et les Occidentaux dans tout cela ? La culpabilité des dirigeants américains et européens quant au génocide au Rwanda les a poussé à mener une politique pro-Rwanda, laissant les rebelles rwandais passés du côté congolais, libres de faire ce qu’ils voulaient, aidés par des alliés ougandais et du Burundi…"

     

                     La suite ICI

     

     

                    Le Conflit au Congo : "La Vérité Dévoilée" explore le rôle joué par les Etats-Unis et leurs alliés rwandais et ougandais dans le déclenchement de la plus grande crise humanitaire à l'aube du 21ème siècle.

     

     

     

                    PS : en astrophysique, un trou noir est un objet céleste si compact que l'intensité de son champ gravitationnel empêche toute forme de matière ou de rayonnement de s’en échapper. De tels objets ne peuvent ni émettre, ni réfléchir la lumière et sont donc noirs, ce qui en astronomie revient à dire qu'ils sont invisibles.

                  Dans le cas du Congo, la catastrophe humaine est telle que son ampleur empêche toute forme de dévoilement, tout espoir de parvenir à percer la carapace du secret qui la retient prisonnière ; pas moyen de s'échapper ; pas moyen de nous forcer à nous confronter à la réalité de son horreur dans toute son horreur. Une telle indifférence face à cette catastrophe est si difficilement justifiable qu'elle ne peut manifestement se résoudre à dévoiler quoi que ce soit de son caractère arbitraire jusqu'à en devenir tout simplement invisible, jusqu'à n'avoir jamais existé : on ne peut ni en parler, ni l'évoquer ; une catastrophe humaine comme avalée, aspirée par son propre horreur, engloutie ;  trou noir de l'actualité et de la mémoire.

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