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  • Prison : délinquance et criminalité

     

               

          L’homme, cette bête humaine qui ne cesse de courir après son humanité comme un chien après sa queue ; insaisissable, plus il s’en rapproche, plus elle lui échappe, étant chaque jour, de plus en plus absent à lui-même et aux autres ; sans oublier les cas où, l'ayant dépassée à son insu, il lui faut se retourner pour retrouver cette humanité qui lui ferait soudainement défaut.

                  Alors que d'aucuns la cherchent encore au fond d'une fosse commune, entre deux génocides, d'autres, hyper-civilisés, en sont déjà à rêver d'un monde au-delà de l'humain, un monde sans alternative aucune, un monde sans mémoire et sans Histoire, un monde sans loi ni police puisque tout y serait "incarné loi et police", à commencer par ses habitants.

                 Même si pour l’heure, l'homme n’a de cesse de déplorer le fait de ne jamais pouvoir parvenir à ce à quoi il se croit destiné - à plus de compassion, plus d’intelligence préventive et plus de générosité : entendez, plus d’humanité -, refusant obstinément d'accepter l'idée que son destin puisse être bien plus grand que lui, intellectuellement prolifique, son énergie n’a qu’un seul objet, à lui-même, caché : la perpétuation de l'espèce, sa propre survie, dans dix mille ans, dans un état de non-être absolu, artefact, grâce à la technique repoussant sans fin les limites de l'imagination et de la morale, pure organisme macroscopique privé de conscience (conscience d‘être, bien évidemment)...

                Car, l'homme n’attendra alors plus qu’une chose de lui-même : qu’il sache fonctionner. Point barre !

     

                      ____________________________

     

     

    « Bon, revenons à notre enquête Roger. Mon rédacteur en chef vous a tout expliqué, je crois ?

    - Oui.

    - Nous nous intéressons à tout ce qui est sordide.
    - J’ai fait de la prison.
    - De la prison ?

    - Oui.

    - C’est sordide la prison, vous croyez ?
    - Oui, c’est bien sordide. C’est sacrément sordide même. Les détenus, les matons, le racket, les viols, la saleté, l’ennui, les visiteurs de prisons. Oui, les visiteurs de prisons, c’est sordide aussi ! Le travail payé à trois euros de l’heure, la misère affective, la solitude ; les suicides aussi, et tout le monde qui s’en fout, sauf la famille quand il y en a une pour pleurer celui qui s'est pendu, parce que faut pas compter sur les détenus, les matons et le directeur pour le faire. Ils n‘ont pas le temps et ils n’en ont pas envie. La prison, c’est sordide et... c’est l’enfer et en enfer, rien n’est possible.
    - Cet enfer, c’est peut-être fait pour dissuader les gens d’y aller ou d’y revenir.
    - Les gens qui se tiennent pénards sont quand même pas... que des gens qui ne veulent pas aller en prison !

    - Continuez !

    - En prison, on ne choisit rien. On subit, à moins d’avoir du blé, beaucoup de blé et des contacts.
    - Du blé et des contacts ? Ben alors, c'est comme dehors ?!
    - Un maton, ça ne doit pas se poser des questions parce que... des réponses... on n’en a pas, et on ne veut pas en avoir. Les réponses ça coûte cher, ça prend du temps et ça bouscule les habitudes et ça dérange les carrières de ceux qui occupent des postes où il est fortement recommandé de ne pas se poser de questions. Le jour où les matons comprendront que leurs conditions de travail sont dépendent des conditions de vie des détenus, alors ce jour-là, notre vie de détenus changera du tout au tout, et la vie des matons aussi.
    - Votre vie de détenu, vous avez dit ? Mais vous n’êtes plus en prison Roger !
    - Peu importe. La prison ne vous quitte jamais.

    - Bien.

    - Les conditions de travail des matons dépendent des conditions de vie des détenus. Avouez que pour ne pas comprendre ça, faut être un maton ou un de leurs représentants syndicaux ! Au lieu de demander plus de sécurité, ils feraient bien mieux de demander plus d’humanité sur leur lieu de travail parce que... de sécurité, ils n’en auront jamais assez.

    - Continuez !

    - Je crois que l’administration et les matons sont complices. On ne change rien et tout le monde garde son emploi : les matons, les directeurs et tous ceux qui travaillent dans le milieu carcéral. L’administration fait des économies en ne changeant rien ou si changements il y a, ils doivent être imperceptibles pour ne pas remettre en cause le travail du maton ; en échange de quoi, les matons s’engagent et quelles que soient les conditions de détention, à faire en sorte qu’on ne parle pas trop souvent des prisons, des détenus, et des conditions de vie dans ces prisons. Ils offrent la garantie que l’administration aura la paix dans ces lieux de détention qui sont des lieux d’échecs et de mort. Je soupçonne l’administration d’avoir la même opinion des matons et des détenus. Tout se tient.

    - Je vois. Dites-moi dans quelles conditions vous me faites travailler et je vous dirai quelle opinion vous avez mon travail. C'est ça ?

    - Oui. Et puis aussi : dites-moi qui vous recrutez comme maton, et je vous dirai quelle formation vous allez lui donner et je vous dirai aussi quelle opinion vous vous faites du métier de maton et quelle opinion vous avez des matons et des détenus. Pour changer les conditions de détention dans les prisons, il faudrait changer les hommes qui y travaillent, car ceux-là sont prêts à y travailler dans n’importe quelle condition... pour les détenus, même si je crois que c’est tout aussi difficile de supprimer les matons que de supprimer la délinquance...

    - Le maton serait donc le revers de la délinquance et de la criminalité ?
    -
    Serait ? Non ! Le maton est ! Il est le revers de la délinquance et de la criminalité, comme la face cachée d’une même médaille. Alors... à quand un procès contre les matons, à la fois pour... traitements inhumains et non-assistance à personne en danger ?

    - Un procès contre les...

    - Oui. Un procès. Après tout, ce sont eux qui, le matin, ouvrent les portes des cellules, non ?! Et puis surtout, qu'ils ne viennent pas nous dire qu'ils n'ont fait qu'obéir aux ordres parce que... là, je leur mets ma main sur la gueule !

    - Je vois. Je vois Roger. Un procès du type... Nuremberg, alors ?

    - Et pourquoi pas ???? Hein ? Pourquoi pas ?! Ne vous moquez pas !

    - Je ne me moque pas Roger. Je vous trouve plutôt ambitieux, ambitieux et optimiste. C'est tout. Mais... c'est bien. C'est très bien, même !»

     

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    Copyright Serge ULESKI - Extrait du titre : "Paroles d’hommes" - chapitre 3

             

    Lien permanent Catégories : politique, quinquennat Hollande et PS 0 commentaire
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