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  • Penser la société du spectacle de la marchandise aujourd'hui avec Guy Debord

     

    Qui fait quoi, à qui, où, comment, pour-quoi et pour le compte de qui

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    Bien avant Baudrillard et sa disparition du réel...  Guy Debord ou.. "... quand le vrai est un moment du faux" fondateur de l'Internationale lettriste (1952-1957) puis de l'Internationale situationniste (1957-1972).

    Dès les années 60, Debord prônait déjà la destruction de l'économisme, l'abolition du salariat et de la marchandise :

     

    guy debord

    "...  Le spectacle moderne  est essentiellement le règne autocratique de l'économie marchande et l'ensemble des nouvelles techniques de gouvernement qui accompagnent ce règne.

    Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation. 

     Les images qui se sont détachées de chaque aspect de la vie fusionnent dans un cours commun, où l'unité de cette vie ne peut plus être rétablie. La réalité considérée partiellement se déploie dans sa propre unité générale en tant que pseudo-monde à part, objet de la seule contemplation. La spécialisation des images du monde se retrouve, accomplie, dans le monde de l'image autonomisé, où le mensonger s'est menti à lui même. Le spectacle en général, comme inversion concrète de la vie, est le mouvement autonome du non-vivant. 

    Le spectacle se représente à la fois comme la société même, comme une partie de la société, et comme instrument d'unification. En tant que partie de la société, il est expressément le secteur qui concentre tout regard et toute conscience. Du fait même que ce secteur est séparé, il est le lieu du regard abusé et de la fausse conscience ; et l'unification qu'il accomplit n'est rien d'autre qu'un langage officiel de la séparation généralisée. 

    Le spectacle n'est pas un ensemble d'images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images. 

    Le spectacle ne peut être compris comme l'abus d'un mode de la vision, le produit des techniques de diffusion massive des images. Il est bien plutôt une Weltanschauung devenue effective, matériellement traduite. C'est une vision du monde qui s'est objectivée. 

    Le spectacle, compris dans sa totalité, est à la fois le résultat et le projet du mode de production existant. Il n'est pas un supplément au monde réel, sa décoration surajoutée. Il est le coeur de l'irréalisme de la société réelle. Sous toute ses formes particulières, information ou propagande, publicité ou consommation directe de divertissements, le spectacle constitue le modèle présent de la vie socialement dominante. Il est l'affirmation omniprésente du choix déjà fait dans la production, et sa consommation corollaire. Forme et contenu du spectacle sont identiquement la justification totale des conditions et des fins du système existant. Le spectacle est aussi la présence permanente de cette justification, en tant qu'occupation de la part principale du temps vécu hors de la production moderne. 

    La séparation fait elle-même partie de l'unité du monde, de la praxis sociale globale qui s'est scindée en réalité et en image. La pratique sociale, devant laquelle se pose le spectacle autonome, est aussi la totalité réelle qui contient le spectacle. Mais la scission dans cette totalité la mutile au point de faire apparaître le spectacle comme son but. Le langage spectaculaire est constitué par des signes de la production régnante, qui sont en même temps la finalité dernière de cette production. 

    On ne peut opposer abstraitement le spectacle et l'activité sociale effective ; ce dédoublement est lui-même dédoublé. Le spectacle qui inverse le réel est effectivement produit. En même temps la réalité vécue est matériellement envahie par la contemplation du spectacle, et reprend en elle-même l'ordre spectaculaire en lui donnant une adhésion positive. La réalité objective est présente des deux côtés. Chaque notion ainsi fixée n'a pour fond que son passage dans l'opposé : la réalité surgit dans le spectacle, et le spectacle est réel. Cette aliénation réciproque est l'essence et le soutien de la société existante.
      
    Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux."

     

                 Extrait de l'ouvrage : "La société du spectacle" essai de Guy Debord publié en 1967.

     

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                    "La Société du spectacle" dans sa version filmée est sorti en 1973. Ce film, selon la théorie du détournement développée par les situationnistes, se compose d'extraits d'autres œuvres mis en lien avec certains passages du livre du même nom, lus par Debord lui-même.

     

                A propos de cette "adaptation".... on fera le commentaire suivant : l'image est bien plus forte que le texte ; de plus, "La société du spectacle" n'est pas un texte destiné à être lu à haute voix ; comme tout texte philosophique, il appartient à l'écrit ; il ne peut donc pas en sortir car, si on voit l'image on rate le texte et si on écoute le texte on rate l'image. 

    Certes, avec Godard on n'est pas plus avancé ! Avec ce réalisateur amateur de citations qui ne travaille jamais les "textes", c'est trop souvent à la fois le "discours" (faute de texte) et l'image qui tombent à l'eau et le spectateur qui sombre avec.

                         Décidément, mieux vaut se tourner vers Chris Marker.

     

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  • Laurent Chollet : « L’insurrection situationniste »

    les situationnistes, chollet,

     

    L’IS (Internationale Situationniste) a su développer autour d’elle, contre elle ou concurremment à elle un courant de pensée radicale qui sans nul doute marque aujourd’hui plus que jamais  l’évolution des idées politiques en général. Il est sûr que le radicalisme  de l’IS a plus fortement marqué son temps  qu’aucun autre courant n’avait pu le faire.

                     Roland Biard, Dictionnaire de l’extrême gauche, de 1945 à nos jours 1978.

     

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              « Souvent calomniés et souverainement occultés pendant près d’un quart de siècle, alors que leurs idées étaient pillées de toute part, les situationnistes même si on n’identifie ni ne distingue pas toujours très bien le sens de l’épithète, occupent une place à part dans l’historiographie contemporaine. On songe, dans les meilleurs cas, aux événements de Mai 68, à une organisation, et à une revue homonyme appelée Internationale situationniste (IS), ainsi qu’à deux ouvrages : « La Société du spectacle » de Guy Debord et le « Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations » de Raoul Vaneigem sortis en 1967 n’ont pas seulement anticipé sur le « Printemps des enragés » ( Mai 68 - ndlr), ils ont rencontré leur époque. En revanche, on oublie ou l’on ignore que l’aventure situationniste a dépassé, et de loin, le cadre de la seule IS, fondée en 1957 et autodissoute en 1972, puisque cette organisation a donné naissance à partir du milieu des années soixante à un vaste mouvement international dont l’âge d’or se situa dans les années soixante-dix. Il n’est donc pas étonnant d’en avoir trouvé la trace au cœur des mouvements Provo en Hollande, punk en Angleterre, autonome en Italie ou alternatif en Allemagne.

    La structure, née de la fusion de plusieurs groupes d’avant-garde artistique, a compté 70 membres de 16 nationalités différentes, en douze ans et six mois d’existence. La pratique coutumière des exclusions  et des démissions a cependant  toujours limité à une dizaine  le nombre de participants simultanément présents en son sein. Autre source d’allégations fantaisistes : leur projet révolutionnaire. Cette cause, fruit d’une singulière rencontre entre radicalités artistique et politique, ils avaient choisi de la fonder eux-mêmes. L’origine, le parcours, le tempérament et les aspirations de ces agitateurs s’avéraient pour le moins atypiques. « Insurgés », les définirait d’un mot. Ces adeptes d’un « refus total » s’étaient d’abord révoltés au sortir de l’adolescence contre la vie même. « Ne travaillez jamais !», assénaient-ils, en commençant par donner l’exemple à travers des conduites en tout point « scandaleuses », tout à la fois fondements et applications de leurs premières théories. « Bohèmes » par choix, et en majorité autodidactes, ils s’étaient dressés contre les mouvements dadaïste et surréaliste, dont ils étaient les héritiers directs et les enfants terribles, une rupture salvatrice destinée à assurer leur complète émancipation. Ce combat contre l’ordre du monde, ils le préparèrent  en se composant progressivement un vaste champ culturel, mêlant à des auteurs ou des créateurs d’avant-garde (Breton, Artaud, Malevitch, Joyce…), les œuvres de romanciers(Sade, De Quincey…) et de poètes (Lautréamont…) de mémorialistes (Le cardinal de Retz, Casanova…) et d’essayistes (Machiavel, Clausewitz, Hegel…). Leur politisation résulta, elle, d’une lecture critique des écrits de Marx, de Bakounine, de Fourier et de Nietzsche, sans ignorer ceux des « marginaux » du marxisme (Korsch, Pannecoek, Lukacs…) et de l’anarchisme (Stirner, Darien…). Pétris d’histoire, ils manifestèrent un intérêt tout aussi vif pour les bandits « sociaux » (Cartouche,Mandrin…) et « asociaux » (Villon, Lacenaire…), les grands insurgés oubliés (Makhno , Durruti, Villa…), ainsi que les hérésies et autres mouvements religieux millénaristes. Cette culture livresque, liée à l’étude du mouvement ouvrier, de la Commune de Paris à la Catalogue libertaire de 1937, les conduisit rapidement à propulser la social-démocratie, le marxisme-léninisme et l’orthodoxie anarchiste dans les poubelles de l’histoire, pour faire du courant situationniste une pratique, une critique et une théorie radicales.

    Considérablement influencés par les travaux de quelques pionniers dont ils croisèrent souvent la route (Isou, Lefebvre, Castoriadis…), et par la fusion qu’avaient forgée les surréalistes, à partir des mots d’ordre de Rimbaud et de Marx, les situationnistes souhaitaient à leur tour « changer la vie » et « transformer le monde », en « réalisant » l’art et la philosophie. Se voulant  l’aiguillon d’une révolution intégrale, ils considéraient que le prolétariat, organisé en conseils ouvriers, pouvait désormais accomplir sa « mission historique » grâce à l’automation et à la cybernétique, en réalisant le vieux rêve d’une société sans maîtres ni esclaves. L’abolition du travail, du salariat, du capital et de la marchandise devait ouvrir une ère nouvelle. La vie quotidienne libérée, reposerait sur une suite ininterrompue de situations, autrement dit  « de moments construits de la vie », dont on ne connaissait encore que les contours par le biais d’un ensemble de comportements expérimentaux.

    Dans leur optique insurrectionnelle, les situationnistes ont d’abord pensé utiliser la culture comme ligne de front, avant d’opter pour une stratégie ouvertement politique, à distance des organisations et des partis existants. L’IS, compte tenu de ses origines et ses interventions, entendait ne plus opérer de distinctions entre les domaines politique et culturel.

    La modernité que représentait l’IS, au-delà de ses analyses et de ses propositions, reposait aussi sur sa manière de s’exprimer. Grands lecteurs de « romans populaires », de Dumas à Sax Rohmer, ils ont chéri les bandes dessinées, la Série noire et ses adaptations cinématographiques ou la science-fiction, soit l’univers des productions « commerciales » découvertes depuis la Libération, que les bien-pensants tenaient déjà pour une sous-culture des plus douteuses.

    Dès 1963, on pouvait en effet lire dans son bulletin : « L’IS ne peut pas être une organisation massive et ne saurait même accepter des disciples, l’IS ne peut être qu’une conspiration des Egaux, un état-major qui ne veut pas de troupes ».

    Le diminutif de « situ » désigne tous ceux qui ont soutenu et développé des perspectives situationnistes en dehors de l’IS. 

               Le « mouvement situationniste » quant à lui, loin d’être un concept fourre-tout, inclut de fait l’ensemble des structures et individus, organisés ou non, qui se sont reconnus dans tout ou partie des pratiques, des analyses et des théories de l’Internationale situationniste.

    S’ils n’ont partagé aucune des illusions soviétique, Khmers rouges et de l’engrenage terroriste, cette insurrection à épisodes, à la fois artistique, politique et sociale, cette entreprise de dépassement de l’art, de sa réalisation dans la vie quotidienne à partir d’expériences nouvelles, jusqu’aux créations picturales, architecturales, cinématographiques (Themroc, l’An 01) ou autres, réflexions politiques… ceux qui se sont risqués à renverser leur vie, au sein du mouvement ou sous son influence, la délinquance politisée, la lutte armée, la pratique d’un terrorisme burlesque, le combat pour la libération des mœurs ou la libéralisation des médias… toute cette effervescence a composé ce qu’on pourrait appeler un puzzlesituationniste dont il est urgent de réunir les pièces. »

                         

                           Laurent Chollet.  "L'insurrection situationniste" public en 2000 chez Dagorno ;  toujours disponible.

      

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