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  • Destinée collective... avec ou sans nous

             

                    Nous venons au monde sans missions, sans projets, sans agenda, sans responsabilités et sans obligations. Très vite, les circonstances de notre naissance, notre volonté, notre talent et plus tard, ceux que l’on rencontrera, viendront contredire ou bien confirmer cet état de fait même si... une fois adulte, on pourra toujours regretter d'être livré en pâture au monde. Regret aussi irraisonnable qu’inopérant. Mais notre imagination y pourvoira, elle qui saura nous faire croire qu’il aurait pu en être autrement, alors qu’il n’y a pas d’autrement ; il n’y a que des contingences et un héritage : les effets de toutes les causes qui nous ont précédés et qui, en aucun cas, n’auraient dû nous concerner.

     

                   Fatalité hideuse, de tout temps ! Fatalité que d’aucuns s’évertueront à dénoncer sans relâche mais sans jamais parvenir à la vaincre ; et la soumission involontaire à cette loi d’airain doit bien avoir quelques avantages quand on sait à quel point notre monde a de bonnes raisons d’être ce qu’il est, comme nous tous ; monde qui ne s’est jamais embarrassé d’inconvénients qui n’aient pas quelques avantages juteux, ou plus simplement, des avantages capables d’assurer les moyens de sa survie et de son développement.

     

     

    ***

     

     

                  Ceux qui nous ont précédés et ceux qui nous succèderont, ne se sont inquiétés et ne s’inquiéteront que d’une chose : de la disparition de ce qui leur est familier ; ce familier qui se change très vite en une valeur intemporelle et universelle qui a pour corollaire : un jugement sûr quant à sa propre inquiétude telle une lanterne suspendue au-dessus du monde et qui se balance ; sa lumière va et vient, balaie, têtue, la surface de la terre à la recherche de tout ce que nous avons perdu, éclairant tantôt ce qui est, tantôt ce qui n’est plus car...

     

                 A vouloir jeter l’eau du bain avec les nénuphars qui y coulaient des jours paisibles à sa surface, et dont les feuilles accueillantes, larges et généreuses ont longtemps permis à bon nombre d’entre nous de faire une halte pour reprendre notre souffle, on finit à la longue par faire de l’instabilité foncière de notre univers, un prétexte au chaos qui n’accouchera de rien d’autre, sinon… de son propre chaos originel, mais… faut-il le préciser : sans nous.

     

     

             Oui ! Nous qui cherchions une nouvelle voie, acharnés à effacer la trace de nos pas, comme un fait exprès, sans doute pour ne plus jamais y revenir, tellement la douleur d’une appartenance à une catégorie sociale stigmatisée, à une origine ethnique décriée, et le souvenir des barbaries de l’Histoire inspirent, aujourd’hui encore, aux uns, honte et colère, et aux autres, une peur panique.

     

     

             C’est incontestable : on vit toujours mieux là où on vivait bien et plus encore quand une fois ailleurs, on vit mal. La nostalgie n’épargnera donc personne aussi longtemps que le monde saura se mouvoir dans les eaux tumultueuses de son dernier bain de jouvence coulé par une main serviable et anonyme qui porte pourtant le nom de « Destinée collective » : destinée qui ne connaîtra pas de repos.

     

     

     

    ***

     

     

             S’il n’y a qu’un amour dans une vie, il n’y a qu’une loi, la même pour tous ; libre à chacun de l’enfreindre pour adresser un pied de nez à ceux qui s’en sont écartés comme pour mieux nous demander de la respecter ; et cette loi est la suivante : comment comprendre à temps ce que personne aujourd’hui ne nous enseignera, sinon en l’apprenant à nos dépens comme une punition sans cause ?

             Et là, tout le monde en conviendra : plus nous sommes nombreux à subir cette loi, plus serein sera le sommeil de ceux qui ont pu ou su en réchapper, l’ignorance du plus grand nombre facilitant toujours la tâche d’une sélection d’une clairvoyance intraitable et impénitente.

     

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    Extrait du titre  : "La consolation"  - copyright Serge ULESKI

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  • Mieux vaut une solitude à deux qu'une solitude à soi

     

                   Le temps nous manque quand il s’agit d’être patient et de pardonner à ceux qui nous aiment mal, là où toute concession faite à l'autre - une de plus d'une longue série - ne peut l'être qu'au détriment de notre assise physique et de notre santé mentale.

     

    La pusillanimité suit le même chemin que l'amour quand ce dernier se retire. L'indulgence ne reste pas une minute de plus. Seul reste le désir ardent que tout finisse.

     

    Une poignée de cendres, pénurie d'amour jusqu'à la famine ; une vie à deux de somnambules, un dernier souffle de haine et de souffrance jusqu'au moment de la rupture qui arrive enfin...

     

    On s'est décidé : on part. Dans notre désir de rupture, dans ce que nous ne voulons plus, il y a bien plus que ce refus : il y a ce à quoi notre volonté aspire, au plus profond, tout ce à quoi nous souhaiterions dire oui.

     

    Avec la fin de l'amour vient la solitude à deux. Avec la fin du couple, le combat, la lutte à mort et une fois ce combat mené à son terme, encore la solitude pour peu qu'on ait fui sans solution de rechange. La déception et l’épuisement qui ont forcé notre départ, leur poison nous accompagnera dans nos moindres déplacements et dictera tous nos choix, subrepticement car, on n’abandonne rien finalement ; on choisit simplement un autre cadre de vie, un autre décor pour souffrir seul et panser nos plaies, hommes et femmes confondus ; affres qui n’épargnent ni le passé, ni le présent, la totalité du temps ; et même l’avenir, cet imprévu qui nous renvoie… à ce que nous sommes et avons quitté : hier, aujourd’hui sans plus d’attente, sans espérance, sans nostalgie certes ! Mais sans plus de promesse.

     

     

    ***

     

                 Quand le couple n’est plus qu’une accoutumance, un savoir-faire et un savoir-être pétrifiés et figés de l'un sur l'autre et de l'un envers l'autre, quand tout y est visible et lisible dans ce couple, on peut être tenté de penser que tout a été dit et que tout a été atteint - du moins, tout ce qui pouvait l’être. C'est alors que le couple est rendu à sa substance première, fortement teintée d'arithmétique et de fiscalité : un et un font deux... qui font deux parts.

     

    Union pleine à moitié ou bien, union à moitié vide, c’est selon. Après un nombre d'années non négligeable, rien n'y est tangible, rien n'y est vrai dans une union à deux. Et seule l’humeur du moment déterminera le regard que l’on portera sur cette plénitude incomplète, fruit d'une union d'intérêts bien compris et sur laquelle aucun effort, aucun investissement supplémentaire n'aura d'effet. Car, pour le reste... quand rien de ce qu'on nous donne ne convient - si d'aventure, on nous le donne -, ce reste sera tu, caché, indéchiffrable, à jamais enseveli, inaccessible puisqu’il n’existe aucun espoir d’être compris et accepté tel que l'on souhaite être et pour ce que l'on est : en effet, la moindre tentative de dévoilement de soi dont l'enfance avait pu un temps nous laisser espérer la possibilité et le bienfait, provoquera immanquablement la rupture de l'un avec l'autre car, la moindre quête d’authenticité mettra en péril un équilibre toujours précaire, un acquis sans cesse menacé : celui d'une vie de couple établie de longue date et dans laquelle on aura longtemps cessé de penser par soi-même, en toute indépendance, sacrifice consommé.

     

    On n’ira donc pas plus loin, et l'on ne creusera pas plus profondément. Le tour a été fait ; la circonférence aussi. Dissocié de l'autre, le noyau, ce cœur impénétrable, demeurera à jamais inaccessible puisqu'il ne concerne personne d’autre que soi et qu’il en a toujours été ainsi aussi loin qu'on se souvienne et les autres avec nous. Certes, la périphérie est encore atteignable mais elle n'engendre plus, à la longue, que des frustrations sans nombre, dos au mur, face à l’empêchement qui se dresse devant l’un et devant l’autre.

     

    Le couple atteint son point culminant au bout de cette impasse à la fois subie et pour certains d'entre nous, vivement souhaitée, gage de sa longévité ; il arrive à maturité et à sa finitude dans ce renoncement partagé, dans cette infirmité, dans cette incapacité, cette inaptitude d'un caractère nouveau : inaptitude d'une compétence au-delà de tout reproche, d'une efficacité redoutable quand la durée devient la seule mesure de son succès.

     

    Si personne ne nous enlèvera de nous-mêmes, reconnaissons, néanmoins, qu'avec le couple, le don de soi fait à l'autre devient une diversion opportune et salvatrice dans une vie trop grande pour soi et dont on offre le surplus : c'est toujours ça en moins à porter et à supporter, seul. Nous sommes deux maintenant à pouvoir échapper à l’enfermement de soi dans soi ; enfermement qui nous condamne le plus souvent à un amenuisement aussi certain que dommageable.

     

    Aussi, pour cette raison qui en vaut bien d'autres, d'aucuns ajouteront : mieux vaut une solitude à deux, qu'une solitude à soi, si la solitude doit être notre lot.

     

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    Extrait du titre : "La consolation"

     

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  • Jeune et indistinct : compte à rebours

     

              Passé un certain âge...

     

               Vouloir séduire et tenter de cacher son âge, c'est mettre son existence dans la dépendance du regard des autres ; mais c’est aussi triompher, le jour où l'on surprend un commentaire qui fera de la journée qui commence ou bien qui s’achève, la plus belle des journées : «Quel âge tu m'as dit qu'elle avait cette femme ? Non ?! Moi, je lui en aurais donné cinq ans de moins ».

    C’est l’allégresse. L’espoir renaît. La plus belle des récompenses, ce commentaire inespéré, après tous les efforts déployés durant de longues semaines, de longs mois, devant la glace et le miroir grossissant, à scruter le moindre indice, le moindre signe de détresse ou bien, d’allégresse triomphante. Ce commentaire, c'est une minute de bonheur absolu.

    « Je l’ai fait ! » s’écrie le cœur, hurlant de joie, une joie totale, celle dont seule l’enfance est capable ; une joie pure qui ignore tout encore de la déception qui peut à tout moment briser le prochain élan.

    Vivre pour cet instant rare et précieux qui rachètera une vie d’une semaine, d’un mois, d’un an, c’est à ce prix que certaines femmes trouvent encore la force d’affronter l'existence ; et c’est encore à ce prix qui dans sa formulation tient à ces quelques mots « Elle fait jeune », que la confiance renaît et qu’un sourire hébété viendra transfigurer un visage maintenant resplendissant comme un soleil, en plein soleil, à midi, au plus haut, à la verticale d’une lumière que tous les zéniths nous envieront, à jamais, détrônés.

     

                On prend son bonheur là où il se trouve, et là où il se donne à prendre depuis qu'il nous est demandé à tous de rester… indéfiniment jeunes : indéfiniment comme indistinctement, et par voie de conséquence, interchangeables à souhait.

    On nous le refusera ce droit de prendre son âge et de le faire fructifier tel un capital précieux, fruit du travail de toute une vie qu’est le fait même d’acheminer son existence jusqu’à son terme, sans fierté particulière mais… si possible, sans honte et tête haute.

    On nous préfère sans distinction aucune , alors que seules les affres du temps sont capables de forger une personnalité, un caractère. On nous veut plantés là, pris en étau entre ceux qui entrent dans la vie et ceux qui en sortent parce qu’ils en ont l’âge et qu’il est temps, grand temps pour eux tous.

    Quant à ceux qui ne peuvent tenir cette position, reste la régression infantile : grands ados sexagénaires, un rien juvéniles, sinon beaucoup, comme tout ce qu’on leur pardonnera parce qu’un adolescent sans excuses, ça n’existe pas.

     

                  Qui peut nier que la jeunesse des femmes est bien plus précieuse que celle des hommes car, une fois qu’elle a donné le sentiment d’être passée, les hommes ne se retournent qu’à leur corps défendant, et après de longues et multiples relances au cours desquelles l’intéressée y laissera une fois encore une partie de sa jeunesse finissante ; jeunesse qui n’est plus maintenant qu’une tentative désespérée - prolongement au-delà du raisonnable -, de donner à voir ce qui n’est plus.

    On dit le coeur aveugle, certes ! Mais lorsque le cœur n’y est pas, il devient très vite visionnaire : il voit ce qui ne sera jamais plus, pour peu qu'il en ait été question un jour ; ce dont on pourra aussi douter mais que l’on taira par charité, ou bien parce que l’on est déjà loin, très loin : en effet, on ne s’est ni retourné ni arrêté ; on a poursuivi sa route, indifférent. Elle a eu beau nous poursuivre, cette jeunesse aux abois - cette jeunesse qui est aussi la nôtre, celle que l’on aimerait pouvoir encore afficher -, on n’a pas ralenti le pas pour autant ; et cette jeunesse, maintenant beaucoup moins jeune, s’est très vite essoufflée, tout comme cette tentative de séduction.

    Et c'est alors que... l’amour est là, face au pire, quand il ne nous est à aucun moment rendu et qu’il n’existe aucun espoir qu’il le soit.

     

    ***

     

               L'âge n'a - semble-t-il - que des inconvénients à offrir quand il n'est plus celui qu'il faudrait afficher. Aussi dissuasif qu'une menace sans recours, cet âge inopportun car, si l'on peut encore l'éviter, nul n'ira s'y frotter de peur d'être contaminé avant l'heure d'un compte à rebours qui nous rapproche inéluctablement du rejet et de la solitude, fruit d'une sélection de tout temps impitoyable et d'autant plus éhontée qu'elle ne s'affichera jamais comme telle.

     

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    Extrait du titre : La consolation - copyright Serge ULESKI

     

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