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littérature en ligne

  • Cinq ans, cinq nuits - entretien avec l'auteur

     

    Cinq ans, cinq nuits - entretien avec l'auteur

     

     

                        Substituant à une vie conjugale en situation d'échec une voie large et resplendissante, une femme se propose d'intervenir dans son propre destin. Une rencontre, avec celui qui deviendra très vite son amant, et c'est l'ébranlement de tous les repères, l'abolition de tous les interdits.  

     

    Entretien réalisé par Gilles Lescure

     

     

    Gilles Lescure - Dans "Cinq ans, cinq nuits", de la relation amoureuse, tu ne traites que les aspects extase, volupté, culte de l'Autre, absence…

     

    Serge ULESKI - Les femmes rêvent toutes de volupté, d'extase, de sensualité, et si en plus, l'amour est là... Faut pas se tromper au sujet des femmes : elles ne rêvent pas que de pénis géants et de muscles saillants ! Dans ce texte, j'ai seulement traité ce que mes deux personnages ne vivaient pas dans leur couple respectif : tous deux sont mariés et n'ont jamais connu la sensualité.

     

    - La construction du titre est très elliptique. Ces cinq années sont très resserrées. Tu les parcours en deux cents pages.

     

    - Deux cent trente et une pages.

     

    - Sinon, ce récit, c'est un rêve, n'est-ce pas ?

     

    - On peut dire ça. Et comme pour le rêve, "le contenu manifeste est un raccourci du contenu latent". Dans "Cinq ans, cinq nuits", j'ai pris une histoire on ne peut plus banale : une femme et un homme mariés qui sont amants. Sur cette histoire-là, en revanche, j'ai greffé un univers langagier qu’on ne donne jamais, sinon rarement, à découvrir aux lecteurs, qui sont le plus souvent des lectrices…

     

    - Ce sont elles qui portent le roman.

     

    - Oui. Ce sont elles qui les lisent.

     

    - « Cinq ans, cinq nuits » c'est aussi un conte…

     

    - Sans aucun doute. Ces deux êtres n’auraient pas pu rester soudés et solidaires pendant cinq ans, dans les conditions d'existence qui étaient les leurs.

     

    - Et c'est aussi un pamphlet. Tu n’hésites pas à le mentionner dans sa présentation. Je te cite : « Dans ce texte, on trouvera une provocation en règle et un procès d'intention contre de tous les formes de dépréciation de soi et contre une organisation de l'existence qui a pour seule mécanique infernale : la soumission au moins-disant émotionnel qui engorge tous nos désirs». On ne peut pas être plus clair.

     

    - Je n’ai pas à dissimuler mes intentions.

     

    - Je te cite à nouveau : « Un monde radicalement tourné vers la production : hommes, femmes, enfants, bras, cerveaux, eux tous condamnés à produire sans relâche. Produire encore et toujours !»

     

    - De notre corps, qu'est-ce qu'on en fait ? Qu'est-ce que l'organisation de l'existence qui est la nôtre et qui nous est le plus souvent imposée, nous permet de faire de notre corps ? Celui du couple : ce corps à deux ; ces deux corps qui doivent ou ne doivent pas, qui peuvent encore ou qui ne peuvent pas se retrouver ; et quand ils se retrouvent, ça donne quoi ? Qu'en est-il de tout ce qui pouvait, à une époque, porter ces deux corps l'un vers l'autre ?

     

    - Le personnage féminin est au centre de l’histoire. Tu lui consacres près de 70% du texte.

     

    - L’histoire de cette femme n’est pas simplement la sienne mais celle de millions d’autres femmes mariées. Aussi, j’ai voulu rendre hommage à cette femme courageuse mais privée de moyens.

     

    - Tu écris des choses terribles sur le couple. Je te cite : « Tu ne vivras point ce qui ne t'est pas donné à vivre et que tu ne prendras pas non plus ! » Là tu parles de son couple à elle, de ce qu’elle y vit. Et puis encore : « Pour ne pas sombrer dans un questionnement effrayant, source d'instabilité et de conflits intérieurs insupportables, cadenassés que nous sommes, la peur du vertige qui nous tient au ventre et nous paralyse a tôt fait de nous dissuader de prendre notre essor et notre envol vers une nouvelle vie : celle qui exigera de nous, non pas... d'être, mais... de continuer d‘advenir. Négation de la vie même, cette soumission mortifère drapée de morgue et d'ennui, sans honneur et sans courage car, n'y a t-il rien qui vous rabaisse comme la résignation puisque pour elle, rien n'est plus mort que ce qui n'existe pas encore et qu'on ne fera jamais advenir. »

     

    - Plaidoyer contre la résignation. Rien de plus.

     

    - Je continue : « … cette insouciance fiévreuse qu'une organisation de l'existence ne manquera pas de tuer au quotidien ; extase avortée, hachée menue sous le poids de milles exigences tyranniques qui font de nous des nains de l'existence, des lilliputiens d'une liberté que l'on sait par avance inassimilable, des infinitésimaux de l'émotion, capricieux et sans volonté, exténués d'adaptation après mille tentatives de rébellion mort-nées, face aux usuriers sordides de la soumission. Car, le premier qui ose faire un pas vers ce qu'il est, en Don Quichotte de l'affirmation de soi... quiconque ose relever la tête de ses désirs avant de les empoigner par la tignasse, celui-là se verra gratifié d'une souffrance sans échappatoire et sans rédemption si par malheur, cette libération ne rencontre pas l'assentiment du plus petit commun dénominateur de la non-existence ; eux tous enterrés à ciel ouvert, les poumons gonflés de retenue, le sang empoisonné par le microbe de l'inhibition, les artères obstruées, le cerveau gélatineux et bouffi d'impuissance sous un épiderme aux mille peurs, aux milles cauchemars induits. »

     

     

    - Que l'on me prouve le contraire alors ! Avant d'écrire "Cinq ans, cinq nuits", j'ai beaucoup parlé à des hommes et des femmes qui vivent en couple, mariés ou pas. Je n'ai pas eu à inventer. Je te rassure.

     

    - Et encore : « Ah ! Notre pauvre corps mutilé ! Et nos membres ! Et cette main qui ne donne et ne se donne plus rien, n'en reçoit pas davantage et qui tend vers une amputation de fait comme on hurle, suppliant, à l'automutilation ! Et ces doigts qui n'ont plus la sensibilité du toucher ! Et nos yeux pour nous y mirer dans ceux de l'autre, la tête posée sur l'oreiller d'une enfance indemne qui livre en secret mille confessions, mille exploits chuchotés ! Nos lèvres pour goûter et s'abreuver à toutes les sources d'un désir lancinant et puis... nos vies ! Énergie fossilisée, nos vies à tous ! » C’est une attaque en règle contre le couple, la monogamie, le mariage, le concubinage, la vie à deux, non ?

     

    - Pas simplement. Quand je parle du couple, je m’adresse à cette vie de couple telle qu’aujourd’hui, on nous propose de la vivre.

     

    - Et la différence ?

     

    - Il n’est pas sûr que le couple soit a priori condamné à cette atrophie ; et la rupture n'est pas une fatalité non plus. J’ai rencontré des couples qui vivent, disons… en dehors de cette organisation purement marchande de l’existence ; des couples qui ont su profiter de tous les avantages de la libération de la relation homme-femme dans les années soixante-dix, sans les inconvénients de l'héritage de la société de consommation des années soixante ; société qui nous a menés, qu'on le veuille ou non, vers plus de stress, plus d'angoisse : envie, compétition, convoitise, rivalité, attentes irréalistes ; et puis, très vite... frustration et ressentiment ; des jugements lapidaires et hâtifs sont portés sur le ou la partenaire qu'on finit par repousser violemment. En revanche, chez ces couples qui ont su déjouer tous ces pièges, je peux t'affirmer que leur relation est totalement différence. La manière qu’a la vie de ces couples de se déployer dans le temps - sur 20 ans et plus -, est surprenante d'invention : on y communique dans ces couples. Le couple vieillit différemment. D'ailleurs, il ne vieillit pas : il se construit un passé et un futur dont la vision repose sur des fondations solides : tout ce qui a été humainement acquis par le couple, au fil des ans - humainement et pas seulement, matériellement acquis. Je te parle de couples avec enfants ; et je ne te parle pas de couples marginaux, non plus.

     

    - Dans le synopsis, en ce qui concerne ton écriture, tu parles de "préciosité et emphase jusqu'à l'exubérance et parfois même, l'extravagance."

     

    - Et j’ajoute : "à dessein". La provocation est là : dans le style que je choisis. J’ai voulu aussi m’essayer à une écriture qui transcende tout ce dont elle parle, tout ce qu'elle aborde concernant ces deux êtres.

     

    - Une écriture hallucinée ?

     

    - Il y a de ça aussi. Une écriture qui magnifie une histoire ordinaire, deux vies ordinaires, conduites par deux êtres ordinaires. C'est d'ailleurs cette écriture-là qui m'a fait me mettre au travail.

     

    - Et par moments, une écriture franchement érotique et sensuelle…

     

    - Une écriture de tous les jours aussi, une écriture du quotidien : dialogue entre deux amants qui ne font pas de dissertations sur l’amour quand ils sont au téléphone ou bien, dans une chambre d'hôtel, après des semaines tenus éloignés l’un de l’autre.

     

    - Une écriture acerbe, une écriture édifiante, violente parfois, sur le couple et le sort qu’il lui est fait.

     

    - Il le fallait. Mais rassure-toi ! Je ne pense pas que le couple soit condamné. Il correspond à un besoin chez l'être humain : stabilité, sécurité, reconnaissance et soutien ; ne pas être livré en pâture aux vicissitudes de la vie ou bien, à une forme narcissique de désir effréné de conquérir physiquement l'autre et tout ce qui se trouve à sa portée, en "prédateur" sans scrupules car, pour ceux-là, homme et femme confondus, c'est l'impasse assurée

     

    - Comme pour le couple alors, si j'en crois l'analyse que tu en fais ?

     

    - Sans doute. Mais... en ce qui concerne ces "prédateurs", avec au bout de cette impasse, la solitude en plus. Et cette solitude-là ne laisse, ne laissera et n'aura rien laissé derrière elle ; et sûrement pas de quoi se retourner. Ces hommes, ces femmes ne peuvent qu'aller vers toujours plus de solitude.»

     


    L'ouvrage est disponible ICI

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  • Internet, écriture et édition : bilan et perspectives

     

     

                 Entretien avec Jan Kapriski... un temps rédacteur en chef de la revue (éphémère) : Littérature et écriture.

     

     

     

     

    ***



    Jan - « L’heure du bilan a sonné !» m’as-tu annoncé Serge. Tu es venu me voir et tu m’as demandé de conduire cet entretien. Il sera donc question de ta présence sur le Web depuis trois ans, et de ce que tu souhaites nous dire à ce sujet ; ça peut être utile auprès des auteurs qui se posent la question suivante : « Qu’est-ce qu’Internet peut bien m’apporter ? ». On commence par l’audience de ton blog, ou plus généralement, ton audience sur le web...

     

    Serge ULESKI - Difficile d’évaluer mon lectorat mais… je le situe entre 8000 et 10000 par mois, parfois plus - ce qu’on appelle les « visiteurs uniques » -, en audience cumulée sur les trois sites suivants : Nouvelobs, Agoravox et Le monde.fr.

     

    - Sur le Nouvelobs, tu gères 2 blogs.

     

    - Oui. Un qui a pour sujet "l'écriture et l'Art"... un autre sur l'actualité politique.

     

    - Depuis huit ans, tu es très présent sur les réseaux-sociaux et pas simplement sur ces plateformes d'info.

     

    - C’est ma manière à moi de me démultiplier ; notion très importante avec Internet : si vous voulez qu’on vienne chez vous, il faut aller chez tous les autres. Aussi, je suis partout où il y a de la lumière... même celle d’une bougie. Chaque billet publié sur ce qu'on pourrait appeler mon blog-maître, celui du Nouvelobs, fait l'objet d'une publication sur de nombreux autres sites.

     

    - D’où ton Pagerank de 5.   

     

    - C’a demandé pas mal de travail ; un travail à plein temps : il faut pouvoir intervenir sur l'actualité, avoir un avis sur tout ou presque... Même si je cible en priorité les sites à forte audience.

    - Et les sites qui traitent de littérature ?

    - La plupart de ces sites n’acceptent pas de contributions extérieures. Ces sites sont fermés ; ils fonctionnent en vase clos ; de plus, ce sont des sites très confidentiels, à faible, voire très faible audience. Sinon,j'interviens régulièrement sur Exigence littérature.

     

    - Pour reprendre cette idée de « démultiplication »… tu interviens sur les sites tantôt en tant que contributeur, ou bien alors, tu utilises la fonction « commentaire »…



    - Avec cette fonction propre à Internet, j’interviens sur les journaux en ligne tels que Libé, Le Point, Marianne, Médiapart à partir de leur publication sur Facebook...

     

    - Tes interventions vont bien au-delà du simple commentaire. Il est plutôt question de rebond ou de prolongement…

    - On répond à un texte par un texte. C’est ma position en ce qui concerne le "commentaire" ; commentaire qui peut occuper une place qui ne lui est pas destinée, et ce faisant devenir le centre d'une parution dont le contenu initial se trouve renvoyé à la périphérie.

    - Le commentaire peut alors devenir le nouveau centre d’attention ?

     

    - C'est ça. Une seule règle néanmoins : il faut respecter le sujet traité par le billet.


    - Ta démarche peut être à l’origine de quelques tensions...

     

    - C’est le risque. Tensions du côté de l’auteur du billet original ou bien, des internautes qui interviennent, eux, sous la forme concise du commentaire. Faut bien dire qu’il y a sur Internet et les sites généralistes à forte audience, un refus de tout ce qui est disons écrit ou étoffé ; sur Internet, on aime la concision, et donc  les commentaires courts. C'est sans doute la BD qui est responsable de cette situation ; la BD et ses effets sur deux générations ainsi que les méthodes d'enseignement du français ; les nouveaux outils de communication sont aussi en cause ; pour faire court : l'hégémonie irréversible de l'image et du son, et par voie de conséquence... les problèmes que rencontrent les internautes quand il faut passer à l'écrit.


    - Avec Internet, le niveau est toujours un problème, non ?

    - C'est vrai : on y trouve pas que des as de l'écrit ou du raisonnement. Mais... il faut le dire : Internet permet à nombre d’auteurs, d'artistes et de créateurs à la marge des milieux culturel, artistique et médiatique de s’exprimer ou de présenter leur travail ; et ces internautes-là représentent de surcroît près de 99% de ceux qui créent ; et j'en fais partie. Internet est aussi là pour pallier la disparition de ce qui s’est longtemps appelé « Le café du commerce » : lieux où l’on pouvait dire ce qu’on pense, donner son opinion quelle qu’elle soit ; ces lieux ont pratiquement disparu. Internet a pris le relais ; une différence de taille quand même : avec Internet, la parole libérée est souvent une parole anonyme, sans nom ni visage...

     

    - D'où les excès.

     

    - Et qui plus est : une parole formulée dans l'instant, dans l'humeur ; une parole sans recul qui se propage à une vitesse vertigineuse auprès d’une audience potentiellement illimitée.

     

    - Toi-même, comment gères-tu les commentaires des internautes ?

     

     

    -  Sur le Monde.fr et sur Agoravox, je peux gérer les commentaires. Sur le Nouvelobs, je n'ai pas la main. C'est le Nouvelobs qui valident ou pas les commentaires qui sont déposés. En règle générale, je valide tous les commentaires – quelle que soit leur longueur -, sauf les insultes et les commentaires incompétents ou de mauvaise foi. Dans l’ensemble, les commentaires que l’on me soumet sont plutôt constructifs, même sur DSK ou sur Alain Soral et alors que cet auteur fait l’objet d’une haine inextinguible ; ainsi que Dieudonné qui garantira des records d’audience à quiconque poste un billet à son sujet. Sur Godard, Eastwood, Marc-Edouard Nabe et Bayrou, j'ai essuyé quelques insultes. Comme quoi, il y a encore des gens intouchables !

     

    -  Quelle est la fréquence de tous ces commentaires ?



    - Toutes les études le montrent : moins de 10 pour cent des lecteurs-internautes laisse un commentaire. Ce pourcentage semble invariable.



    - Beaucoup se plaignent d'Internet. A son sujet, ils n’hésitent pas à parler de "poubelle".

    - Les critiques les plus virulentes ont pour origines ceux dont la notoriété est antérieure à Internet ; notoriété qui repose sur la télé, la radio et la presse écrite. Et puis, il faut bien aussi mentionner cette caste médiatique qui, depuis toujours, prétend au monopole de l'analyse et du commentaire ; et cette caste médiatique découvre avec Internet qu’elle est loin de faire l'unanimité auprès d'un public spectateur-lecteur-auditeur-critique avec lequel elle n'avait, jusqu'à présent, aucun contact direct ; protégée qu'elle était, aujourd'hui cette caste accepte mal la liberté d'opinion. C’est la raison pour laquelle elle a recours au rejet et au mépris.

     

    - Quels sont tes billets qui ont rencontré le plus de lecteurs ?

     

    - Un billet sur Dieudonné, un Billet sur le PS et puis un autre, sur l’affaire Fofana.

     

    - Et la censure ? As-tu eu à t’en plaindre ?

     

    - Sur Internet, c'est une constante : plus un site touche un large public, plus il est liberticide ; le niveau de tolérance est vite atteint. Sur le Net, il s'agit surtout de censure préventive : dans le doute, on préfère bâillonner le blogueur. Pour exercer cette censure, la grande majorité des hébergeurs qui n'a pas les moyens de contrôler tous les contenus se repose sur la délation par l'intermédiaire de la fonction Alerter (ou avertir - bel euphémisme pour dénoncer) ; en un clic on alerte, celui qui dénonce restant anonyme : pas de visage ni de nom ; juste une adresse IP.

     

    - J'imagine... ils doivent tous s'en donner à coeur joie !

     

    - On peut dire ça, oui. Cela dit, l'ironie est la suivante : je me suis fait "jeter" à deux reprises : de la plateforme "RFI - atelier des médias" et de Médiapart... et détrompe-toi, non pas pour mon soutien à la dissidence (Soral, Dieudonné et d'autres) mais pour avoir critiqué ces deux médias : RFI à propos de la France-Afrique, et Médiapart à propos de l'incompétence de sa rédaction en politique internationale et plus particulièrement, en géopolitique. RFI à supprimer toutes mes contributions qui représentaient plusieurs années de collaboration. Médiapart les a toutefois maintenues.

     

    - On a évoqué ton audience sur Internet. Qu'en est-il de tes ouvrages ?

     

    - Depuis la mise en ligne progressive de mes titres sur Amazon, j'en suis à un moyenne de 600 exemplaires par titre.

     

    - C'est plutôt encourageant non ?

     

    - Comme on a pu le voir avec les commentaires, les ventes représentent grosso-modo un peu moins de 10% de l'audience. Aussi, si 10% des lecteurs laisse un commentaire, il semblerait qu'il y ait le même pourcentage qui achète mes ouvrages.

    - Seule solution pour augmenter les ventes : augmenter l'audience.

    - En effet.

     

    - Cela dit, pourquoi ce faible taux de retour sur ton "investissement", si j'ose dire : investissement  dans la toile en général et dans ton blog en particulier ?

     

    - Plusieurs raisons ; j'en retiendrai deux : parmi les lecteurs de mon blog, les plus nombreux viennent simplement pour y lire ce que j'ai à dire sur tel ou tel sujet plus ou moins d'actualité ; tous ne viennent pour y découvrir de la littérature, la mienne en l'occurrence ; Et puis, tous n'en lisent pas. Quant aux autres, laisse-moi éclairer un aspect parfois négligé, pourtant primordial de la lecture ou de la non-lecture d’une œuvre à l’égard de laquelle tout lecteur serait tenté de se détourner d’instinct, avec à l’esprit cette considération imparable et fatale à tout auteur non estampillé écrivain : à quoi bon la lecture d’un texte dont on n’est pas assuré de la légitimité

    - Un peu comme la signature sur un tableau ?

    - Oui.

    - Et cette légitimité, où le lecteur ira-t-il la chercher ?

    - Le lecteur ira la chercher dans un premier temps, auprès des éditeurs (un ouvrage estampillé Gallimard jouira d’une légitimité et d’un prestige incomparables), et dans un second temps : auprès des critiques, des éditorialistes, des commères en tous genres, magazines, radios, télés, bien évidemment. Et si par malchance l’auteur et son texte n’ont pas été validés par une bonne partie de tout ce beau petit monde, le lecteur aura très vite le sentiment de perdre son temps en s’adonnant à une lecture pour rien ou pour si peu ; une lecture et un livre pour personne sinon les proches de l’auteur. Quant à la critique... elle n'achète pas les livres qu'elle couvre, aussi, ceux qui sont auto-édités passent automatiquement à la trappe. La critique se repose uniquement sur le service de presse des éditeurs ; ce sont eux qui décident de ce que la critique lira ou ne lira pas.

     

    - Ce regard des lecteurs et de la critique sur les auteurs auto-édités peut-il changer un jour ?

     

    - Ca prendra du temps.

     

    - Que penses-tu de l’expérience de Marc-Edouard Nabe et son anti-édition dont on nous a rebattu les oreilles ?

     

    - Rien à dire de particulier. Ce que Nabe appelle l’anti-édition est une formule pompeuse et creuse que tous les imbéciles autour de lui – et on me dit qu’ils sont nombreux -, ont reprise. Si Nabe fait de l’anti-édition, il s’agit tout bêtement d’édition anti-éditeurs et anti-libraires : anti-FNAC disons. No big deal ! La véritable anti-édition signerait l’arrêt de mort du livre et de l’écrit au bénéfice d’une littérature orale ; une littérature de l’ouïe, une littérature du bouche à oreille qui se déclamerait sous (ou derrière) le « masque ». La seule originalité de la démarche de NABE c’est son passage de l’édition à compte d’éditeur à l’édition à compte d’auteur, même si les éditeurs l'ont un peu aidé puisqu'il n'en trouvait plus. Nabe fait simplement de l’auto-édition mais… avec un siècle de retard : l’auto-édition de Nabe date d’une époque où les auteurs devaient payer leurs exemplaires avant de les écouler auprès de leurs lecteurs. Nabe n’a manifestement jamais entendu parler de l’impression papier à la commande qui se pratique sur le Net depuis quelques années maintenant ; système d’impression dans lequel l’auteur n’a rien à débourser, excepté le lecteur lorsqu’il commande un ouvrage.



    - Tu as recours à Amazon

     

    Amazon gère toute la chaîne de l’édition : de l’impression à la facturation et l’envoi du manuscrit commandé par le lecteur. En ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage - mise en page et mise en forme -, l'auteur contrôle tout à la virgule près. On peut aussi à tout moment effectuer des corrections, des modifications... le livre que reçoit le lecteur étant la dernière version chargée par l'auteur sur l'interface de l'imprimeur.

    - Tu veux dire qu'aujourd'hui, il peut circuler des versions différentes de chacun de tes titres ?

    - Je parlerais de corrections ou de modifications mineures en ce qui me concerne, même si des changements majeurs sont possibles. C'est bien de savoir que l'on peut toujours intervenir sur ses textes. Rien n'est figé, jamais, avec Internet et ce système d'impression papier à la demande ! Ensuite, je n’ai qu’à toucher la part qui me revient sur le prix de vente. Avec ce système de publication, l'auteur est vraiment rémunéré ; et le prix de son livre n'en est pas plus élevé pour autant.

     

    - Rien à voir avec les 8% d'un éditeur donc !

     

    - Et plus encore quand il s'agit d’un éditeur qui n’a pas les moyens de faire connaître les ouvrages qu’il publie. Franchement, je ne vois pas comment des auteurs peuvent encore aujourd’hui accepter les conditions qui leur sont faites  ; et notamment la cession à vie et au-delà, des droits sur leur propre travail, sur leur sueur et leur sang ?! Et en échange de quoi, franchement ? Disons les choses : des pans entiers de l’édition ont longtemps eu pour occupation principale la chasse aux subventions ; notamment les petits-éditeurs-sangsues de la province, gérants-salariés de leur propre maison, installés dans des communes aux codes postaux du type 64258 ou 34878 ou bien encore 12145 (ne cherche pas : ces codes sont fictifs), bien au vert dans des hameaux, des villages et autres lieux-dits, un salaire confortable en fin de mois, le tout sur le dos des auteurs qu’ils éditent et qui ne verront jamais leurs livres dans les bacs des points de vente qui comptent. Nul besoin de le déplorer, personne n’aurait pu soupçonner qu’ils y étaient… puisque ces éditeurs n’ont pas les moyens de faire connaître les ouvrages qu’ils éditent. Sans oublier le fait suivant : compte d’éditeur ou d’auteur, n’est-ce pas toujours l’auteur qui paie la fabrication et la diffusion de son livre ?! Pourquoi crois-tu qu’un éditeur donne 8% à son auteur ? 8% du fruit de son travail ? Où donc sont passés les 92% restant ?

    - On parle depuis quelques années maintenant d'une crise du livre…

    - Est-ce vraiment le livre qui se porte mal ou bien les éditeurs ? Et plus particulièrement ceux qui n’ont pas les moyens de faire connaître les livres et/ou les auteurs qu’ils éditent ? A l’avenir, je crois que les éditeurs qui ne seront pas capables de “rapporter” des lecteurs à leurs auteurs auront du souci à se faire. Avec Internet et l'impression numérique à la commande, l'auteur pourra voler de ses propres ailes.

    - Tu veux dire qu'Internet lui fournira des lecteurs ?

    - Oui. Même si cela demandera de la part de l'auteur, un travail quotidien pour développer sa notoriété et sa crédibilité : sites, plateformes communautaires, forums...

     

    - Tu penses que d’ici peu, le seul intermédiaire “toléré” par les auteurs entre un livre et son lecteur sera l’imprimeur, et seulement l’imprimeur ?

    - C'est fort possible à moyen terme pour les auteurs dont les livres sont appelés à occuper un petit segment du marché ; et plus ce segment est limité, plus l'auteur a besoin d'un pourcentage de rémunération élevé : seule l'auto-édition est capable de le lui garantir.

     

    - Sujet à suivre donc…

     

    - Même si la course s’annonce bien plus courte qu’elle n’en a l’air ! D’ici dix ans, ce sera plié.

     

    - Sinon, tu comptes sortir combien de titres ?

     

    - 18 au total. Une quinzaine d'entre eux est en ligne et peut être commandée sur Amazon dès maintenant.



    - Alors, ce bilan ?

    - Positif ; encourageant. On ne lâche rien. On continue : de l'audience, encore de l'audience, toujours plus d'audience ! Et je salue ceux qui me lisent, et doublement ceux qui me soutiennent :  et je les salue tous fraternellement et même... confraternellement."

     

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