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  • Mieux vaut une solitude à deux qu'une solitude à soi

     

                   Le temps nous manque quand il s’agit d’être patient et de pardonner à ceux qui nous aiment mal, là où toute concession faite à l'autre - une de plus d'une longue série - ne peut l'être qu'au détriment de notre assise physique et de notre santé mentale.

     

    La pusillanimité suit le même chemin que l'amour quand ce dernier se retire. L'indulgence ne reste pas une minute de plus. Seul reste le désir ardent que tout finisse.

     

    Une poignée de cendres, pénurie d'amour jusqu'à la famine ; une vie à deux de somnambules, un dernier souffle de haine et de souffrance jusqu'au moment de la rupture qui arrive enfin...

     

    On s'est décidé : on part. Dans notre désir de rupture, dans ce que nous ne voulons plus, il y a bien plus que ce refus : il y a ce à quoi notre volonté aspire, au plus profond, tout ce à quoi nous souhaiterions dire oui.

     

    Avec la fin de l'amour vient la solitude à deux. Avec la fin du couple, le combat, la lutte à mort et une fois ce combat mené à son terme, encore la solitude pour peu qu'on ait fui sans solution de rechange. La déception et l’épuisement qui ont forcé notre départ, leur poison nous accompagnera dans nos moindres déplacements et dictera tous nos choix, subrepticement car, on n’abandonne rien finalement ; on choisit simplement un autre cadre de vie, un autre décor pour souffrir seul et panser nos plaies, hommes et femmes confondus ; affres qui n’épargnent ni le passé, ni le présent, la totalité du temps ; et même l’avenir, cet imprévu qui nous renvoie… à ce que nous sommes et avons quitté : hier, aujourd’hui sans plus d’attente, sans espérance, sans nostalgie certes ! Mais sans plus de promesse.

     

     

    ***

     

                 Quand le couple n’est plus qu’une accoutumance, un savoir-faire et un savoir-être pétrifiés et figés de l'un sur l'autre et de l'un envers l'autre, quand tout y est visible et lisible dans ce couple, on peut être tenté de penser que tout a été dit et que tout a été atteint - du moins, tout ce qui pouvait l’être. C'est alors que le couple est rendu à sa substance première, fortement teintée d'arithmétique et de fiscalité : un et un font deux... qui font deux parts.

     

    Union pleine à moitié ou bien, union à moitié vide, c’est selon. Après un nombre d'années non négligeable, rien n'y est tangible, rien n'y est vrai dans une union à deux. Et seule l’humeur du moment déterminera le regard que l’on portera sur cette plénitude incomplète, fruit d'une union d'intérêts bien compris et sur laquelle aucun effort, aucun investissement supplémentaire n'aura d'effet. Car, pour le reste... quand rien de ce qu'on nous donne ne convient - si d'aventure, on nous le donne -, ce reste sera tu, caché, indéchiffrable, à jamais enseveli, inaccessible puisqu’il n’existe aucun espoir d’être compris et accepté tel que l'on souhaite être et pour ce que l'on est : en effet, la moindre tentative de dévoilement de soi dont l'enfance avait pu un temps nous laisser espérer la possibilité et le bienfait, provoquera immanquablement la rupture de l'un avec l'autre car, la moindre quête d’authenticité mettra en péril un équilibre toujours précaire, un acquis sans cesse menacé : celui d'une vie de couple établie de longue date et dans laquelle on aura longtemps cessé de penser par soi-même, en toute indépendance, sacrifice consommé.

     

    On n’ira donc pas plus loin, et l'on ne creusera pas plus profondément. Le tour a été fait ; la circonférence aussi. Dissocié de l'autre, le noyau, ce cœur impénétrable, demeurera à jamais inaccessible puisqu'il ne concerne personne d’autre que soi et qu’il en a toujours été ainsi aussi loin qu'on se souvienne et les autres avec nous. Certes, la périphérie est encore atteignable mais elle n'engendre plus, à la longue, que des frustrations sans nombre, dos au mur, face à l’empêchement qui se dresse devant l’un et devant l’autre.

     

    Le couple atteint son point culminant au bout de cette impasse à la fois subie et pour certains d'entre nous, vivement souhaitée, gage de sa longévité ; il arrive à maturité et à sa finitude dans ce renoncement partagé, dans cette infirmité, dans cette incapacité, cette inaptitude d'un caractère nouveau : inaptitude d'une compétence au-delà de tout reproche, d'une efficacité redoutable quand la durée devient la seule mesure de son succès.

     

    Si personne ne nous enlèvera de nous-mêmes, reconnaissons, néanmoins, qu'avec le couple, le don de soi fait à l'autre devient une diversion opportune et salvatrice dans une vie trop grande pour soi et dont on offre le surplus : c'est toujours ça en moins à porter et à supporter, seul. Nous sommes deux maintenant à pouvoir échapper à l’enfermement de soi dans soi ; enfermement qui nous condamne le plus souvent à un amenuisement aussi certain que dommageable.

     

    Aussi, pour cette raison qui en vaut bien d'autres, d'aucuns ajouteront : mieux vaut une solitude à deux, qu'une solitude à soi, si la solitude doit être notre lot.

     

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    Extrait du titre : "La consolation"

     

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  • Mémoire et décombres

     

                Elle a raccroché. Au cours d'une brève conversation téléphonique avec l'un de ses trois enfants, Nathalie, sa fille aînée, la nouvelle est tombée : le décès d'un homme de 57 ans d'une crise cardiaque ; homme qu'elle a divorcé après vingt ans de mariage ; père de ses trois enfants.

     

    ***

     

               En une fraction de seconde, une quantité considérable d'images folles s'imposent à elle du seul poids de cette mort. Livrés pêle-mêle, toutes ces émotions qui touchent l'âme à vif et nous arrachent du confort des journées sans événements, tous ces paysages d'ombres et de lumière qui s'offrent à toutes les perspectives jusqu'au vertige, toutes ces portent qui s'ouvrent d'une seule poussée et qui se referment en claquant telles une menace.

    C'est toute sa conscience d'être au présent qui l'abandonne et qui s'évanouit. Elle redevient celle qu'elle a été pendant vingt ans.

    Une vue panoramique cette vision, dans laquelle l'imagination et la mémoire se rejoignent. Une vue qui balaie toutes les peurs, toutes les haines, toutes les détresses passées. Et puis soudain, le temps d'une image furtive, un point lumineux fige notre regard : hypnotisés nous sommes, face à ce serpent qu'est le passé ! Et plus longtemps ce passé demeure irrésolu, plus grande est notre fascination.

    Amertume, colère. On se ressaisit au plus vite. On ferme les yeux, on respire profondément et on se retire de peur de ne plus pouvoir distinguer le mensonge de la vérité. Quant à la réalité... cette satanée réalité ! Changeante à souhait, insaisissable cette réalité ! Si claire alors que le danger était encore une vraie menace ; si trouble, une fois qu'il s'est éloigné.

    Au sortir de tous les cauchemars, la réalité ne s'ouvre toujours pas à notre entendement. Des années après, en dernier recours, comme un dernier secours, seuls restent les faits qui viendront trancher d'un coup de lame décidée, sans discernement et sans ménagement, dans un brouillard épais, la chair d'un passé lacunaire ; des faits qui à notre grand désarroi n'éclaireront jamais la vérité car le miroir qu'ils nous tendent aura pour reflet une image tronquée, une image dont la partie manquante est une question qui reste le plus souvent, sinon à jamais, sans réponse : la question du pourquoi. Question qui appelle - quoi qu'on puisse en penser - une réponse à deux, bien que l'un se soit retiré et que l'autre demeure seul, privé de cette réponse qui aurait pu nous rapprocher de cette vérité tant convoitée : la vérité sur nous-mêmes confrontée à la vérité de l'autre sur lui-même pour tenter d'atteindre et de cerner une autre vérité, la dernière, la seule qui vaille dans une union à l'agonie : la vérité de l'un sur l'autre comme un dernier adieu, sans avoir à se retourner, en rupture de toutes les ruptures - s'il en est une plus décisive encore -, une fois que toutes ces vérités ont été hurlées à la face de l’un et de l’autre.

     

    ***

     

              Confronté à un tel remous, et pour échapper à la noyade, très vite, elle passe à gué ; et sa vision retourne dans le noir d'une coulée violente, d'une seule traite, aussi vite qu'elle était venue l'assaillir à la faveur d'une vie pénétrable à souhait : la sienne de vie, aujourd'hui sans projet pour la détourner et la protéger d'une telle intrusion. A temps, elle a chassé l'ombre et quitté un sol friable et poreux. Plus rien à craindre donc ! La lumière ne se fera pas. Amnésique et soulagée, elle a ramené cet instant douloureux qui se consumera sans laisser de cendres, à la hauteur de ce qu'elle est aujourd'hui, et là où elle est.

    L'annonce du décès de l'homme dans lequel elle se sera perdue durant vingt ans, c'est une lumière que la vie éteint derrière nous comme lorsqu'on quitte une pièce. C'est aussi une porte que l'on referme sur nous-mêmes et sur cette vie dans laquelle on ne peut décidément rien préserver, rien pérenniser, rien conforter et rien imposer à l'autre non plus : le succès d'une entreprise que l'on croyait digne d'être soutenue - celle d'une vie en couple. C'est aussi une poche d'obscurité qui se forme en nous : la vie a soufflé une nouvelle bougie, une de plus ; et la voici maintenant qui part en lambeaux, méticuleusement, pas à pas, année après année, décès après décès, perte après perte, échec après échec.

    La vie se termine lorsqu'il n'y a plus rien devant soi et que derrière, tout part à vau-l'eau, tout se détache, tout nous quitte. Et pour notre malheur, on ne peut plus envisager remplacer tout ce qui nous abandonne ; des pans entiers.

    Reste l'amnésie. Privé de mémoire, rien n'existe et par voie de conséquence, rien ne vieillit en nous. Intact notre être ! Vierges nous sommes !

    Faut-il alors cesser d'adresser nos décombres ?

    Mais, ces décombres sont nos vestiges, nos fondations aussi, notre assise car, nous sommes à jamais le fantôme de ceux que nous avons... et de ceux qui nous ont... aimés dans le meilleur comme dans l'injustice et la souffrance. Longtemps après, nous le demeurons malgré nos efforts d'oubli.

    Inutile de le nier : si personne ne peut nous extraire de nous-mêmes, on ne peut sans doute jamais se retirer de la vie des autres et les autres de la nôtre sans y laisser une partie de soi ; et cette partie qui nous hantera longtemps guidera nos pas et tous nos choix. Elle ne nous demandera pas notre avis. Elle se passera de notre consentement.

    Cette partie de l'autre chez nous qui n'est que la partie que l'autre aura laissé derrière lui au moment de la rupture et dont on n'aura pas su venir à bout et mettre un terme comme on coupe le cordon ombilical, cette partie qui vampirise à notre insu tous nos modes de décisions, on la subira : c'est elle qui nous contrôlera, nous qui croyons décider pour nous-mêmes. Incapables nous sommes de reconnaître sa présence en nous et d'évaluer sa force et son pouvoir inhibant.

    Et puis, arrive un jour où l'on se décide à lui annoncer que c'en est fini d'elle, le jour où nous décidons de la regarder en face cette partie de l'autre chez nous car ce jour-là, notre regard la dépossède : c'en est fini de tous ses pouvoirs, de ses prérogatives, de ses passe-droits, de ses agissements sournois ! Nous l'avons désarmée. Sa présence demeure mais... rendue inoffensive et inopérante, elle ne peut plus nous diriger car, on se les est toutes pardonné à soi-même nos erreurs. Oui ! Pardonné à soi-même nos errements, nos hésitations, notre manque de discernement et puis, et surtout, cette absence têtue de courage et de lucidité dissimulée derrière le paravent cache-misère de l'obstination qui a pour nom fidélité : on reste, on demeure aussi longtemps qu'il existe une chance de sauver ce qui peut encore l'être jusqu'au jour où...

    Cet autre chez nous, ce fantôme n'est donc pas quelque chose de plus bas ni de plus haut que l'humain ; ce fantôme, c'est ce qu'on a laissé derrière soi tout en l‘emportant avec nous, c'est la moelle épinière du Temps, notre temps, année après année, en témoin d'événements tantôt infernaux, tantôt célestes les rares fois où l'on nous a épargnés ou bien, le peu de fois où l'on aura su se mettre à l'abri en attendant des jours plus méritants, nous qui ne pouvons pas décemment penser mériter le sort injuste qui peut nous être fait.

    Oui ! Cet autre chez nous, ce fantôme, c'est le nôtre de temps ! Celui qui n'appartient qu'à notre histoire, celle de notre maigre vie, la seule disponible et de ce fait, immense cette existence qu'est la nôtre, seule face à toutes les autres qui tentent, tout comme nous, de se préserver dans l'espoir d'éviter le pire, à l'abri des prédateurs qui ruinent nos vies, occupés qu'ils sont à vouloir faire notre malheur malgré nous, un rien altruistes.

    Quant à la partie de nous chez l'autre - et pour peu qu'elle soit encore active -, à son sujet, on pensera : "A chacun sa peine, son labeur, son entreprise de reconstruction !" Car, offrir ce qui nous a cruellement manqué des années durant - lucidité et courage - est le don le plus difficile qui soit ; et s'il ne nous est pas rendu, c'est à nouveau notre existence que l'on mettra en danger. Et là, plus récurrente est l'erreur, plus grave est la faute et plus difficile le pardon à soi-même.

    N'en déplaise à toutes les bonnes âmes promptes au pardon : n'est pas miséricordieux qui veut et moins encore quand rien ne semble devoir nous y encourager.

    On ne peut aider personne et en dernier, ceux qui, au crépuscule de leur vie et parfois, toute leur vie durant, ont de bonnes raisons d'être ce qu'ils sont ; raisons qui ne nous seront jamais dévoilées même après vingt, trente ans de vie commune, en conjoint témoin et impuissant de leur malheur intérieur. Leur incapacité à se découvrir les condamne à terme à une solitude insondable et sans recours : un mur infranchissable, un obstacle incontournable ce secret inaccessible qu'ils portent en eux comme un esclave sa condition, et qu'ils traînent avec eux tel un pendu sa corde, au crépuscule d'une vie sans grâce, à la recherche d'une poutre, et sans qu'on les ait invités à le faire.

     

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    Extrait du titre  : "La consolation"

     

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  • Comme l'absence est lente !

     

     

               Comme l'absence est lente. Elle s'écoule sans fin. Un fleuve à l'eau verdâtre et croupie, mauvaise à boire : un vrai poison, cette absence !

     

     

    ***

     

               Elle n'a pas oublié l'état de rêve dans lequel elle baignait, intimidée par ce malaise délicieux, à lui tout entière dans le tremblement indéfinissable de l'embarras de leur première rencontre. Elle n'a pas cherché à contenir ce désir affolé, cette flamme fébrile et claire surgie d'une braise brûlante de découverte, volutes de l'enchantement et de l'émoi. Elle n'a pas refusé cet instant suspendu, cette convulsion qui l'a cueillie au passage, un après-midi.


    Comme elle s'y est engouffrée avant de s'y enfermer, absorbée, avec une hâte juvénile et déterminée, dans ce désir effréné que tous deux assouvissaient dans la solitude !


    Le temps d'une vision crue et brutale qu'aucune retenue ne peut voiler, elle le voit tel quel... ce corps d'une clarté sans ombre. Et quelle nudité ! Une révélation, cette nudité qui prenait racine dans un sursaut d'étonnement tendre et joyeux ! Un enchantement, ce désir qui faisait que le corps de son amant, grand et robuste se détendait et qu'il devenait enfin possible de l'approcher, de l'apprivoiser, de le découvrir de fond en comble et de s'en troubler. Ce corps était capable de faire taire tous les scandales d'une bienséance supposée bafouée et jugée comme telle par ceux qui n'ont pour seule connaissance de leur propre corps et accessoirement de celui de leur partenaire, que la somme de leur incapacité à pouvoir l'appréhender, faute d'imagination et d'application.

    Le temps d'une buée fiévreuse dont elle a longtemps pleuré la privation, voilà que l'image réfléchie à l'infini de son immense et beau secret s'imprime et achève de la dissoudre. Aucun effort. Dans un long soupir, profond et lourd, elle ferme les yeux. Une envie sauvage arrache ce qui lui reste de raison. Tout se met en place au premier désir, à la première volonté : son regard à lui, son sourire, sa voix comme un espoir qui déroule le tapis rouge de son enchantement, sûr de lui, virtuose dans ses caresses et puis, la lumière et la pénombre une fois les rideaux tirés, elle, blottie sans pudeur, réfugiée contre lui, acceptée sans condition ou bien à la seule condition qu'il le soit aussi.

    Une main la guide sur le chemin à parcourir. Ses doigts à fleur de peau affinent le relief et les contours et assurent une cadence, un rythme soutenu vers une ascension certaine et puis, une autre main pour ne pas être en reste avec tout ce qui porte à rêver, tout ce qui ouvre, tout ce qui entre et se referme dans la confusion d'un monde reconstitué dans l'urgence ; membres ivres de consentement qui ne desserreront pas leur étau avant la combustion du désir qui emportera et aura raison de tout, une perle de sueur sur le front venue témoigner de l'effort consenti et de la chaleur ainsi provoquée comme une dernière preuve d'existence dont personne ne pourra souiller la raison d'être.


    Car elle s'enfonce maintenant dans ce qui lui reste d'intact et de vivant : cette partie d'elle-même inviolable, inatteignable, à l'abri de toutes les violences, de toutes les humiliations, de toutes les déceptions quand de la solitude étouffante on souhaite sortir à tout prix pour s'empresser de retrouver les mille et une caresses qui l'ont tant de fois menée là où pour rien au monde elle aurait souhaité céder sa place et à la sienne, ne pas l'y trouver pour l'avoir tant désiré comme on convoite le bien d'autrui, sans scrupules, jusqu'à tout immoler, avant de rejoindre une jouissance éprouvée et indéfinissable, étroitement mêlée à l'angoisse de ne plus pouvoir en renouveler l'expérience...

     

    ***

     

              Dieu ! Pourquoi cet étonnement soudain, ce retour haïssable vers tout ce qui nous blesse et nous rabaisse ? Mais... où était-elle partie ? D'où revient-elle ? Que lui est-il arrivé ?

    Rien. Presque rien. Quand on a pleuré une privation cruelle et douce et assouvi un désir qui n'aura sans doute rien résolu mais qui lui aura permis un court instant de ne pas désespérer de tout et d'elle-même, eh bien, dans ces moments-là, on sèche ses larmes avec la paume de ses mains, on sourit presque, car on se sent plus léger et la peine est moins étouffante, une fois la douleur atténuée.

     


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    Extrait du titre : " Cinq ans, cinq nuits"

     

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  • Gabriel et la littérature pornographique

     

                     Gabriel qui n'en était pas à sa première découverte, finit par découvrir, sur le tard et longtemps après tout le monde, que le cul mène le monde à la baguette, les consommateurs à la ruine et les producteurs déjà pleins aux as, à la cotation en bourse entre deux trafics et une légion d'honneur pour service rendu au PIB d'une nation maintenant reconnaissante... libre et asservie, les fesses à l'air.

    De plus, le marché du cul, des cons et des pauvres bougres qui le soutiennent et l’engraissent comme on gave des oies déjà bien prospères, est un marché immense, pensait à juste titre Gabriel : pour une mise en érection au départ modeste, sans parler d'un taux de pénétration record avec ou sans vaseline, on peut attendre un retour sur investissement frisant les... les... mais... le chiffre est trop important, je me perds dans les zéros…

    Nul doute, Gabriel aurait pu amasser une montagne d’argent bien plus élevée que les monts Vénus et Ventoux réunis car, la mondialisation aidant tous ceux qui ont besoin d’être aidés, ce marché de dupes ne peut que croître et croître... et croître encore comme une bulle de savon en bandes dessinées organisées autour d’un jeu burlesque de farces et attrapes à mourir de rire si tant est que l’on puisse se permettre de mourir d’un tel rire sans perdre ses nerfs et sans endommager irrémédiablement les grandes artères coronairement bouchées de notre planète.

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    Son modèle - parce qu’il en faut toujours un -, son modèle... du... et... dans le genre précédemment cité, celui de la pornographie, son maître à tout faire, à tout rompre, à tout foutre, à tout bien peser et à penser... en un mot : le Maître de Gabriel ! eh bien, ce maître portait le nom de Zola, de son prénom : "Émile je t’enfile !" (blague que Gabriel affectionnait plus particulièrement, aussi je ne peux pas ne pas la partager avec vous).

    Oui ! Emile Zola ! Le pornographe de la classe ouvrière exploitée...

    Zut ! Un pléonasme !

    Je recommence : Zola, le pornographe ouvriérisant de la classe ouvrière bafouée et humiliée...

    Encore un pléonasme... Non, deux !

    Je reprends : Zola... l’ouvriériste du XIè siècle... de la condition ouvrière du XVIIè siècle... exploitée par une classe supérieurement obscène et pornographe mais... dirigeante... du XXIè siècle (c’est pas parfait mais c’est mieux).

     

    ***

     

     

                   Gabriel prit sa plume et un livre vit le jour : "Baise-moi ! Baise-moi ! Baise-moi vite !" Trois fois "Baise-moi ! " juste pour être sûr et puis, l’emphase n’était pas la dernière qualité littéraire de Gabriel ; son livre en avait bien d’autres.

    Gabriel prit soin d’utiliser tous les ingrédients nécessaires à la rédaction et à la fabrication d’un ouvrage pornographique. On y trouvait dans son livre : du sexe et de l’audace, en veux-tu ? Eh bien, en voilà !

    Des scènes folles... mais folles ! mettaient en scène des hommes et des femmes criblés de sexes parce que... fous de sexe... mais fous, comme il n’est plus permis aujourd’hui de l’être et même et surtout, lorsque l’on souhaite quitter très jeune et très tôt ses semblables tout aussi jeunes ou beaucoup moins jeunes, dans la précipitation d’un diagnostic qui ne vous laisse rien espérer de bon, sinon la quasi-certitude qu’il n’y a plus d’espoir.

    Du sexe, encore du sexe, du bon, du meilleur, dans ce récit qui ne semblait n’avoir qu’un seul but, qu’une seule vocation, louables au demeurant : recueillir tous les sexes de la planète jusqu’à ne plus savoir où, comment, à qui les redistribuer et à quel sexe se vouer, et puis, qui prendre pour sexe comme on prend une trajectoire et sa tangente pour cible.

    Le livre de Gabriel ? Un océan de sexes !

    Imaginez un instant tous ces sexes éperdus dans une quête pour le moins sexuelle, égarés dans un univers où seul le sexe contrôle et dirige les forces sexuellement transmissibles de cet univers obsédé par le sexe. Un univers tout feu tout sexe. Unique cet univers ! Du sexe à en perdre son sexe et plus particulièrement, au cours d’une scène d’ablation à caractère fortement sexuel qui a soulevé, dans les milieux littéraires, l‘indignation quasi générale.

    Du sexe, encore du sexe à en perdre la raison ; raison qui vous permet d’ordinaire d’identifier le sexe auquel vous appartenez et le sexe qui... vous… appartient. Mais, encore faut-il être capable de le retrouver ce sexe négligemment perdu parmi tous ces sexes ivres de sexe comme un chien court en rond après sa queue jusqu'à l'épuisement.

    Mais... comment peut-on décemment réunir au sein d’un même ouvrage autant de sexes ? Mais où diable Gabriel est-il allé chercher tous ces sexes ?

     

    ***

     

                     Les éditeurs jugèrent le titre "Baise-moi ! Baise-moi ! Baise-moi vite !" maladroit et d'une provocation attentatoire à tout ce qui ne saurait l’être et ce, sous aucun prétexte. Quant au livre, tout le monde d’un commun accord et dans une belle unanimité s’accordait et... d’une seule voix, pour penser qu’il était mauvais mais... vraiment mauvais.

    Étrange ce verdict tout de même ! Trop de sexe dans le livre de Gabriel ? Trop de sexe tuerait donc le sexe ? Les sexologues ont sans aucun doute une opinion sur cette question épineuse et éminemment sexuelle !

    Mais alors, que manquait-il à l'ouvrage de Gabriel ?

    A n’en point douter, il manquait un Je ne sais quoi de Dieu sait quoi dont on n’identifiera jamais le manque ni sa nature car personne n’a souhaité faire des recherches approfondies à ce sujet. Et pourtant ! Un critique averti aurait pu constater - si ce critique s’était penché sur l’ouvrage de Gabriel -, qu’il n’y avait dans l'ouvrage de Gabriel ni homme ni femme, ni début ni fin mais un seul et unique sexe, avant, pendant et après, longtemps après, une fois le sexe... pardon ! Une fois le livre refermé.

    Choqués et dégoûtés, les éditeurs ont poliment prié Gabriel de les oublier. Mais la rage au ventre, Gabriel s’est obstiné. Même au prix de l'échec car, Gabriel n’a pas voulu en démordre. Les éditeurs se sont franchement fâchés et plus particulièrement "Les Éditions de la Main Libre" dirigées par des féministes pourtant modérées, très propres sur elles, bon chic bon genre et responsables devant l’histoire féministe de tout ce dont il est important d’être responsable face à l’histoire qui ne vous permet plus de dormir debout... même mal accompagnée.

    Mais alors... sexiste l’ouvrage de Gabriel ? Difficile de se prononcer mais... sexuel, très certainement, le livre de Gabriel !

    .

    Gabriel connaissait mal le fonctionnement du milieu de l’édition ; les us et coutumes et les "Je te cite, tu me cites, on se cite" exécutés dans la connivence. Un monde où chacun est l’employeur et le serviteur de l’autre. Un clan qui fonctionne dans la complicité de quelques courtisans qui écrasent tout sur leur passage. Un vrai rouleau compresseur, ce clan ! Et puis, il manquait à Gabriel un micro. Il n’était pas une sommité médiatique. Un parfait inconnu dans le milieu de l’édition, Gabriel ! Pas de recrutement par cooptation car, c’est la position qu’on occupe dans ce milieu qui permet d’imposer sa camelote et celle de ses copains. Cette position déterminera aussi vos chances d’invitation car on parlera de vous si vous n’oubliez pas de parler de ceux qui parleront de vous.

    Le système étant verrouillé, personne ne célébrerait l‘oeuvre de Gabriel. Son ouvrage ne bénéficierait pas d’un conditionnement médiatique propice à tous les succès. Pas d’entourloupe pour provoquer un flot de critiques élogieuses et révérencieuses. Pas d’article complaisant et intéressé. D’ailleurs, comment Gabriel aurait-il pu renvoyer l’ascenseur puisqu’il ne disposait d’aucune courroie de transmission pour le faire ? Gabriel n’avait personne à flatter, à servir, à complimenter et personne non plus pour chanter les louanges d’un nouvel auteur dans l‘impossibilité de chanter les louanges de ceux qui auraient chanté les siennes. L’œuvre de Gabriel agoniserait donc dans l’indifférence et des médias et des lecteurs potentiels.

    Le livre de Gabriel ? Un non-événement.

    Gabriel pensait sincèrement que la réussite était à portée de la main et qu’il suffisait de se baisser pour rafler la mise comme tant d'autres ont su le faire, souvent... médiocres, sinon pires encore... ou bien, tout juste dans la moyenne.

    Alors, pourquoi pas lui ?

    .

    "Pardon ! Vous dites ? Pourquoi pas Gabriel ? Mais... attendez ! Pourquoi lui ? Personne ne l'avait invité à notre banquet. Personne ! Et sûrement pas nous. Alors, de quoi s'est-il mêlé ? Je vais vous le dire : votre Gabriel s'est mêlé de ce qui... à aucun moment, ne le concernait, à savoir : de notre réussite et de celle de ceux qu'on a fait et qu'on fera réussir demain, selon notre bon vouloir."

     

    ***

     

                       Vraiment ! Il y a une erreur à ne jamais commettre : c'est de penser que l'on est bon sous prétexte que l'on se sait bien meilleur que ceux qui réussissent. Car, pour certains d'entre eux, ce qu'il leur faut être, ce n'est pas... bons, mais... très, très, très, très, très, très..............

    Pouf ! Dans une autre vie, alors ? Parce que là, ils n'auront jamais le temps !

     

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    Extrait du titre "Des apôtres, des anges et des démons"

     

    Pour prolonger : cliquez "Des apôtres, des anges et des démons"

     

     

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  • Cinq ans, cinq nuits - entretien avec l'auteur

     

    Cinq ans, cinq nuits - entretien avec l'auteur

     

     

                        Substituant à une vie conjugale en situation d'échec une voie large et resplendissante, une femme se propose d'intervenir dans son propre destin. Une rencontre, avec celui qui deviendra très vite son amant, et c'est l'ébranlement de tous les repères, l'abolition de tous les interdits.  

     

    Entretien réalisé par Gilles Lescure

     

     

    Gilles Lescure - Dans "Cinq ans, cinq nuits", de la relation amoureuse, tu ne traites que les aspects extase, volupté, culte de l'Autre, absence…

     

    Serge ULESKI - Les femmes rêvent toutes de volupté, d'extase, de sensualité, et si en plus, l'amour est là... Faut pas se tromper au sujet des femmes : elles ne rêvent pas que de pénis géants et de muscles saillants ! Dans ce texte, j'ai seulement traité ce que mes deux personnages ne vivaient pas dans leur couple respectif : tous deux sont mariés et n'ont jamais connu la sensualité.

     

    - La construction du titre est très elliptique. Ces cinq années sont très resserrées. Tu les parcours en deux cents pages.

     

    - Deux cent trente et une pages.

     

    - Sinon, ce récit, c'est un rêve, n'est-ce pas ?

     

    - On peut dire ça. Et comme pour le rêve, "le contenu manifeste est un raccourci du contenu latent". Dans "Cinq ans, cinq nuits", j'ai pris une histoire on ne peut plus banale : une femme et un homme mariés qui sont amants. Sur cette histoire-là, en revanche, j'ai greffé un univers langagier qu’on ne donne jamais, sinon rarement, à découvrir aux lecteurs, qui sont le plus souvent des lectrices…

     

    - Ce sont elles qui portent le roman.

     

    - Oui. Ce sont elles qui les lisent.

     

    - « Cinq ans, cinq nuits » c'est aussi un conte…

     

    - Sans aucun doute. Ces deux êtres n’auraient pas pu rester soudés et solidaires pendant cinq ans, dans les conditions d'existence qui étaient les leurs.

     

    - Et c'est aussi un pamphlet. Tu n’hésites pas à le mentionner dans sa présentation. Je te cite : « Dans ce texte, on trouvera une provocation en règle et un procès d'intention contre de tous les formes de dépréciation de soi et contre une organisation de l'existence qui a pour seule mécanique infernale : la soumission au moins-disant émotionnel qui engorge tous nos désirs». On ne peut pas être plus clair.

     

    - Je n’ai pas à dissimuler mes intentions.

     

    - Je te cite à nouveau : « Un monde radicalement tourné vers la production : hommes, femmes, enfants, bras, cerveaux, eux tous condamnés à produire sans relâche. Produire encore et toujours !»

     

    - De notre corps, qu'est-ce qu'on en fait ? Qu'est-ce que l'organisation de l'existence qui est la nôtre et qui nous est le plus souvent imposée, nous permet de faire de notre corps ? Celui du couple : ce corps à deux ; ces deux corps qui doivent ou ne doivent pas, qui peuvent encore ou qui ne peuvent pas se retrouver ; et quand ils se retrouvent, ça donne quoi ? Qu'en est-il de tout ce qui pouvait, à une époque, porter ces deux corps l'un vers l'autre ?

     

    - Le personnage féminin est au centre de l’histoire. Tu lui consacres près de 70% du texte.

     

    - L’histoire de cette femme n’est pas simplement la sienne mais celle de millions d’autres femmes mariées. Aussi, j’ai voulu rendre hommage à cette femme courageuse mais privée de moyens.

     

    - Tu écris des choses terribles sur le couple. Je te cite : « Tu ne vivras point ce qui ne t'est pas donné à vivre et que tu ne prendras pas non plus ! » Là tu parles de son couple à elle, de ce qu’elle y vit. Et puis encore : « Pour ne pas sombrer dans un questionnement effrayant, source d'instabilité et de conflits intérieurs insupportables, cadenassés que nous sommes, la peur du vertige qui nous tient au ventre et nous paralyse a tôt fait de nous dissuader de prendre notre essor et notre envol vers une nouvelle vie : celle qui exigera de nous, non pas... d'être, mais... de continuer d‘advenir. Négation de la vie même, cette soumission mortifère drapée de morgue et d'ennui, sans honneur et sans courage car, n'y a t-il rien qui vous rabaisse comme la résignation puisque pour elle, rien n'est plus mort que ce qui n'existe pas encore et qu'on ne fera jamais advenir. »

     

    - Plaidoyer contre la résignation. Rien de plus.

     

    - Je continue : « … cette insouciance fiévreuse qu'une organisation de l'existence ne manquera pas de tuer au quotidien ; extase avortée, hachée menue sous le poids de milles exigences tyranniques qui font de nous des nains de l'existence, des lilliputiens d'une liberté que l'on sait par avance inassimilable, des infinitésimaux de l'émotion, capricieux et sans volonté, exténués d'adaptation après mille tentatives de rébellion mort-nées, face aux usuriers sordides de la soumission. Car, le premier qui ose faire un pas vers ce qu'il est, en Don Quichotte de l'affirmation de soi... quiconque ose relever la tête de ses désirs avant de les empoigner par la tignasse, celui-là se verra gratifié d'une souffrance sans échappatoire et sans rédemption si par malheur, cette libération ne rencontre pas l'assentiment du plus petit commun dénominateur de la non-existence ; eux tous enterrés à ciel ouvert, les poumons gonflés de retenue, le sang empoisonné par le microbe de l'inhibition, les artères obstruées, le cerveau gélatineux et bouffi d'impuissance sous un épiderme aux mille peurs, aux milles cauchemars induits. »

     

     

    - Que l'on me prouve le contraire alors ! Avant d'écrire "Cinq ans, cinq nuits", j'ai beaucoup parlé à des hommes et des femmes qui vivent en couple, mariés ou pas. Je n'ai pas eu à inventer. Je te rassure.

     

    - Et encore : « Ah ! Notre pauvre corps mutilé ! Et nos membres ! Et cette main qui ne donne et ne se donne plus rien, n'en reçoit pas davantage et qui tend vers une amputation de fait comme on hurle, suppliant, à l'automutilation ! Et ces doigts qui n'ont plus la sensibilité du toucher ! Et nos yeux pour nous y mirer dans ceux de l'autre, la tête posée sur l'oreiller d'une enfance indemne qui livre en secret mille confessions, mille exploits chuchotés ! Nos lèvres pour goûter et s'abreuver à toutes les sources d'un désir lancinant et puis... nos vies ! Énergie fossilisée, nos vies à tous ! » C’est une attaque en règle contre le couple, la monogamie, le mariage, le concubinage, la vie à deux, non ?

     

    - Pas simplement. Quand je parle du couple, je m’adresse à cette vie de couple telle qu’aujourd’hui, on nous propose de la vivre.

     

    - Et la différence ?

     

    - Il n’est pas sûr que le couple soit a priori condamné à cette atrophie ; et la rupture n'est pas une fatalité non plus. J’ai rencontré des couples qui vivent, disons… en dehors de cette organisation purement marchande de l’existence ; des couples qui ont su profiter de tous les avantages de la libération de la relation homme-femme dans les années soixante-dix, sans les inconvénients de l'héritage de la société de consommation des années soixante ; société qui nous a menés, qu'on le veuille ou non, vers plus de stress, plus d'angoisse : envie, compétition, convoitise, rivalité, attentes irréalistes ; et puis, très vite... frustration et ressentiment ; des jugements lapidaires et hâtifs sont portés sur le ou la partenaire qu'on finit par repousser violemment. En revanche, chez ces couples qui ont su déjouer tous ces pièges, je peux t'affirmer que leur relation est totalement différence. La manière qu’a la vie de ces couples de se déployer dans le temps - sur 20 ans et plus -, est surprenante d'invention : on y communique dans ces couples. Le couple vieillit différemment. D'ailleurs, il ne vieillit pas : il se construit un passé et un futur dont la vision repose sur des fondations solides : tout ce qui a été humainement acquis par le couple, au fil des ans - humainement et pas seulement, matériellement acquis. Je te parle de couples avec enfants ; et je ne te parle pas de couples marginaux, non plus.

     

    - Dans le synopsis, en ce qui concerne ton écriture, tu parles de "préciosité et emphase jusqu'à l'exubérance et parfois même, l'extravagance."

     

    - Et j’ajoute : "à dessein". La provocation est là : dans le style que je choisis. J’ai voulu aussi m’essayer à une écriture qui transcende tout ce dont elle parle, tout ce qu'elle aborde concernant ces deux êtres.

     

    - Une écriture hallucinée ?

     

    - Il y a de ça aussi. Une écriture qui magnifie une histoire ordinaire, deux vies ordinaires, conduites par deux êtres ordinaires. C'est d'ailleurs cette écriture-là qui m'a fait me mettre au travail.

     

    - Et par moments, une écriture franchement érotique et sensuelle…

     

    - Une écriture de tous les jours aussi, une écriture du quotidien : dialogue entre deux amants qui ne font pas de dissertations sur l’amour quand ils sont au téléphone ou bien, dans une chambre d'hôtel, après des semaines tenus éloignés l’un de l’autre.

     

    - Une écriture acerbe, une écriture édifiante, violente parfois, sur le couple et le sort qu’il lui est fait.

     

    - Il le fallait. Mais rassure-toi ! Je ne pense pas que le couple soit condamné. Il correspond à un besoin chez l'être humain : stabilité, sécurité, reconnaissance et soutien ; ne pas être livré en pâture aux vicissitudes de la vie ou bien, à une forme narcissique de désir effréné de conquérir physiquement l'autre et tout ce qui se trouve à sa portée, en "prédateur" sans scrupules car, pour ceux-là, homme et femme confondus, c'est l'impasse assurée

     

    - Comme pour le couple alors, si j'en crois l'analyse que tu en fais ?

     

    - Sans doute. Mais... en ce qui concerne ces "prédateurs", avec au bout de cette impasse, la solitude en plus. Et cette solitude-là ne laisse, ne laissera et n'aura rien laissé derrière elle ; et sûrement pas de quoi se retourner. Ces hommes, ces femmes ne peuvent qu'aller vers toujours plus de solitude.»

     


    L'ouvrage est disponible ICI

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