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  • "Ses seins ufologiques. Son pubis ovniaque. Ses yeux Alienés" - un texte d'Andy Vérol

     

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    Par Andy Vérol

     

                 

     

                 " Je voulais faire l'amour avec quelques murs démolis, encore, curer entre les dents les briques, et m'infiltrer. Je voulais m'effacer pour que ça n'empire pas, que cela cesse. J'étais tiraillé entre la sœur soudaine et le daddy répétitif. Qu'avais-je fait pour que ma vie soit une telle impasse puante, un temps stagnan...t dans la serviette mouillée sueur de leur haine réciproque ?


    Dans la boîte aux lettres, ils m'avaient envoyé une lettre pour me dire que j'étais condamné à vivre dans leur congélateur...

    Le docteur ouvrit son bide, en sortit ses boyaux brillants et les balança sur le bureau.

    «Vous voyez ça? Ce sont mes intestins. Et ces intestins, voyez-vous, ils sont perclus de métastases. Alors vous savez quoi? Votre rhume, votre dépression et vos lamentations concernant les coups portés par votre père, vous pouvez vous les foutre au cul !

    Qui aurait accepté de redevenir l'esclave usiné que furent les grands-parents? Qui aurait voulu se présenter chaque matin devant la porte de la fabrique pour gagner sa pitance quotidienne? Daddy n'en voulait pas, trop heureux de palper son RSA, bouffer gras/sucre amerloque, mater son catch, bricoler ses poubelles Mustang 60'/70' et se beurrer la gueule en regardant le grand désert d'en-face. Ça ne l'empêchait pas de réclamer des barrières douanières et « qu'on refoute ces feignasses de français au travail au lieu d'le donner à ces saloperies d'bougnoules »... Le drapeau pendouillait comme une bite molle sur le fronton de notre ghetto de spectres.

    Sa laideur était sa beauté. Sa face taillée au couteau lui donnait un charisme tel que l'on ne pouvait que se laisser envoûter. Dans la symétrie ou dissymétrie d'un visage, on pouvait entendre la musique qui en sortirait.


    Je n'avais pas à essayer d'entrer dans la peau d'un criminel en puissance: il était dans ma propre chair, dans mes cellules, dans mon ADN. Il était logé là, partout, quelque part, nulle part, sorte de muezzin des ténèbres qui lançait chroniquement l'appel à la destruction. Seule l'écriture m'offrait la possibilité d'en faire une richesse, un monde, une guerre menée à la vue de tous.

    Nous étions juste houspillés par la guerre que se livraient l'intérieur et l'extérieur de soi. C'était un luxe ça, surtout quand tu n'avais pas ton bol de bouillie à chercher chaque jour.


    Après s'être regardé un documentaire sur les Aston Martin de James Bond et un autre sur les UFO, je vis Daddy bouffer une boîte de choucroute froide avec les doigts. Ma sœur était enfermée dans la chambre d'amis et faisait des petits bruits d'archéologue de tiroirs...

    Sa pastille Vichy sous la langue, il semblait s'apaiser, laissant son appareil génital et gélifié en paix, regardant avec l’œil trouble des programmes sur la pêche en eau vive. En l'espace de quelques minutes, il en devenait presque rassurant.


    « Moi je sais que Jésus et Mahommet, ces petits bonimenteurs qu'ont fait fortune, c'est rien à côté de moi et ma Nation! Tu vois ma fille, ici, c'est ma Nation et toi t'es une étrangère. Et tu sais c'que je fais à l'étranger moi?! ».

    Il frappait violemment sur la porte au point de la faire trembler. Elle hurlait derrière, l'implorait de la laisser tranquille.


    Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé.

    Petit pilleur de mes tombes pour se bâtir un trône fabriqué avec la merde de mon cadavre Petit pilleur de mes tombes pour se bâtir un trône fabriqué avec la merde de mon cadavre Petit pilleur de mes tombes pour se bâtir un trône fabriqué avec la merde de mon cadavre Petit pilleur de mes tombes pour se bâtir un trône fabriqué avec la merde de mon cadavre.

    Certains murs, surtout ceux de l'arrière, avaient été rafistolés avec des planches de bois qui laissaient passer l'air, le sable charrié par le Zéphyr. Ça se foutait partout, dans le café au lait et ses croûtons de pain, sur les cendriers, la toile cirée, le tissu usé marron du canapé, les grains de beauté se muant en crabe, les poils des guibolles, les rigoles encombrées de crasse, le carrelage historiquement noir, présentement terre, ... partout. Absolument partout... Je passais ma langue sur la façade de mes dents de devant et des grains de sable minuscules se ruaient contre l'émail de mes molaires encore solides.


    Il n'y a pas de dénouement pour la salive qui forme un lac croupissant sous la langue.


    Ses seins « ufologiques ». Son pubis « ovniaque ». Ses yeux « Alienés ». Sur le matelas taché de pisse, ma sœur allongée sur le dos et maintenue fermement par Daddy le corps sudation le muscle cuivré."

     

                  Bribes-extraits du roman en cours d'écriture "La Diaspora des derniers jours/Un homme clitoridien".

     

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    La page Facebook de l'auteur sous le pseudonyme : Léonel Houssam

     

     

     

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                Serge ULESKI à propos d'Andy Vérol : "j'aime l'écriture de cet auteur né avec Internet, comme nous tous ici ! Son écriture et sa mise en scène aussi, sans doute pour la raison suivante : son écriture ne sera jamais la mienne car enfin.... comment réconcilier disons... Pierre Boulez et les Sex Pistols ?"

     

     La suite...ICI  aussi

     

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  • George Steiner : Le pèlerin de tous les possibles

     

     

              george-steiner.jpgGeorge Steiner, c'est ce ver luisant de l'intelligence à chaque fois que la nuit recouvre l'entendement. Ôte de l’humanité, cette humanité, il la reçoit tout en étant reçu par elle : " La patrie c’est là où on peut travailler… là où on vous laisse travailler."

     

    ***

              Il est un des plus virulents critiques de la politique d’Israël : « Torturer un être humain, c’est le transcendant du mal absolu ; plutôt se tuer que le faire !"

    Or, Israël devra continuer de torturer.

    George Steiner, c'est aussi et surtout la meilleure réponse que l’on puisse adresser, ici en France, à un BHL, à un Zemmour, à un Finkielkraut, à une E. Lévy, à un Goldnadel, à des médias et une grande partie de la classe politique… comme autant de figures emblématique du naufrage de tout un héritage et de la descente aux enfers d'une raison d'être au monde défaillante et corrompue ; déliquescence qui semble aujourd’hui irréversible.

     

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                   George Steiner : La barbarie de l'ignorance

     

     

                 Antoine Spire jadis producteur sur France Culture, remercié par une gourde, Laure Adler alors qu'elle prenait la direction de France Culture... s'entretient avec George Steiner autour de la re-publication de son ouvrage sur Heidegger. 

    Ils évoquent la fascination des penseurs juifs pour Wagner, Nietzsche et Heidegger et plus largement, la fascination des intellectuels pour les systèmes totalitaires : URSS et Chine.

    Au sujet de Heidegger et son engagement auprès des Nazis, un Heidegger qui a formé une grande partie des intellectuels du XXè siècle, Steiner fera la remarque suivante : "Le plus grand des penseurs peut être le plus petit des hommes."

    Antoine Spire insiste sur l'absence de l’être humain, de l’individu humain, l’a-humanisme de Heidegger comme une sorte de « planète vide dans le soleil grec du matin ».

    Héritier des pré-socratiques, très grand élève d’Aristote, peut-on suggérer que « Heidegger s’est retiré du monde dans le langage » ?

    Steiner réplique que tout notre vocabulaire écologique pourrait bel et bien venir des premiers écrits de Heidegger, ceux des années 20 après la catastrophe de la première guerre mondiale : la dénonciation de la mécanisation totale, brutale, anonyme de la vie par l’être humain pour une exploitation totale de la planète en lieu et place d’un désir de vie, un désir de laisser vivre la vie.

    Plus tard, il sera question du langage et de son origine ; ce miracle qui définit l’homme car l’homme c’est l’animal qui parle, puis la déconstruction qui mettra en cause la correspondance entre le langage et la réalité : la communication. Arrive alors le doute généralisé qui a pour conséquence la remise en cause de l’autorité qui repose sur la confiance et la compétence.

    Déconstruction de la personne humaine aussi qui nous laisse avec une énergie terrible d’absence : le vide plein du souvenir de ce qui n’est plus.

     

                 Sans Dieu, avec la perte du sujet, qu’est-ce qui est encore possible ?

    Michel-Ange, Bach, Beethoven, Shakespeare, Dostoïevski…  les anciennes formes ne reviendront pas. L’Histoire ne serait alors que du passé ? Et notre époque... l'épilogue, comme une grande fatigue de l’Histoire?

     

                George Steiner souhaite conclure avec ceci : "L’esprit humain est indestructible."

    Et c'est là une raison d'espérer encore.

     

    ***

     

    George Steiner à propos de son roman "Le Transport de A.H".

     

     

                 Si on peut regretter chez Steiner des lacunes dans le domaine de la politique - qui fait quoi, à qui, où, comment, pourquoi et pour le compte de qui -, ainsi qu'à propos des apports de la psychanalyse que George Steiner rejette, la psychologie des Peuples et des Nations aussi, lui, le voyageur solitaire, il n’en demeure pas moins qu’il y a un reproche que l’on ne pourra jamais adresser à George Steiner : c’est de ne pas comprendre ceux qui ont fait l'Histoire ainsi que les auteurs qu’il a lus, contrairement à d'autres, aussi cultivés que bêtes.

     

     

    Pour prolonger, cliquez : Steiner, un diamant d'intelligence

     

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                  Version Papier : de l'Art, de la littérature et autres considérations

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  • Georges Simenon et les femmes : il était une fois...

     

     

     

                     Si l’être humain est au centre de l’œuvre de Simenon, et si les personnages en sont le  point de départ, les femmes en occupent souvent la ligne, et à l’arrivée, on les retrouve tout aussi nombreuses.

    Les femmes, Simenon les a toutes rencontrées : la femme adultère, la femme battue, la femme empoisonneuse, la femme le diable au corps qui cache une brisure, une fêlure, une faille, un traumatisme, un manque, un gouffre…

    Fidélité faite femme, trahison... femmes de mareyeurs, femme de mariniers ; énergies que rien ni personne ne saurait épuiser dans l’animalité d’une relation brutale d’une existence dans tous ses états… oisives et bavardes, elles attendent leur mari sur le pas de leur porte ; actives, elles vous serviront un repas sans broncher ou bien vociférant, tablier autour de la taille, torchon d’une main… et tous se briseront contre ce bloc humain qu’elles dressent devant l’intrus.

     

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                  Contradictions, paradoxes, énigmes, Simenon a observé les femmes comme on le ferait d’un phénomène en action : frénétiques, en ébullition, rebelles, femme dépensière, femme qui thésaurise, femme aux mille lettres d’amour, il les a toutes vécues et il a tout compris de leurs faiblesses, de leur cruauté et de leur malheur passé, présent et encore à venir ; lui qui ne se repose jamais !

    Animales, certaines de ces femmes sentent tout : le moindre malaise de l’âme, le plus petit frémissement de la conscience. Très souvent des femmes sans enfant, un peu comme si tout l’amour dont elles sont capables leur avait été enlevé… et puis de mauvaises mères aussi, indignes, castratrices, accapareuses, et d’autres encore, dévouées, sacrificielles jusqu’au crime et qui, privées d’hommes et de mari, ont dû très tôt renoncer à une vie… de femme justement.

    Spontanées, intuitives, sensuelles, instinctives et redoutables, mordantes, des femmes au plus simple de l’écriture, mais géantes, toujours ! Qu’elles servent le bien ou le mal, des instincts les plus dégradants comme des desseins les plus nobles… elles portent avec elles et en elles toute l’Histoire du monde et toutes les histoires d’un Simenon insatiable : des femmes  qui, à trente ans, ont déjà épuisé toute leur force ; d'autres qui se sont laissées vieillir lentement comme un bon vin et qui, la cinquantaine passée, demeurent plus que jamais capables d’en remontrer à la terre entière. Femmes éteintes…  bougies à la flamme soufflée qui fument encore sans éclairer sinon une nuit noire comme le destin qui guette sa proie dans une allée devenue soudain impasse de fin de vie.

    Chahutées, bousculées par des hommes qu’un mal incurable torture…rien n’est gratuit chez elles ; dans chacun de leur acte, même au plus fort d’une cruauté proche de la démence car elles ne s’appartiennent pas toujours, contre toutes les formes de dépréciation de soi dans une organisation de l'existence qui a pour seule mécanique infernale  la soumission au moins-disant émotionnel qui engorge tous nos désirs, il leur arrive de commettre l’irréparable ; et c’est alors que… d’un premier jet, sans plan, elles se laissent agir ; ce n’est que plus tard qu’elles rendront des comptes ou bien qu’elles se tairont mutiques et désespérées du plus loin qu’elles se souviennent.

     

               Comiques, burlesques, perdues pour la raison, en retrait, effacées, écrasées, laissées pour mortes… identités multiples, phénomènes hors norme à l’image de l’auteur, en elles tout est nécessité psychologique et quand elle tombe la robe... panique, effroi, c’est tout un monde qui retient son souffle, celui des hommes qui ne savent pas encore comment ils se feront dévorer, même si parfois ce sont elles aussi qui retiennent le peu de vie qu’il leur reste à battre sur le pavé dans une existence sans but car le fort épargne rarement le faible, même les jours de sortie pour un bal de la misère noire.

    Candides, enfantines, d’un naturel désarmant, ingénues tombées des nues, ingrates, jeunes et déjà gâtées, sans cœur ni esprit, elles ont souvent de qui tenir : leur mère. Femmes du Milieu, femmes de parlementaires ou de ministres, maîtresses, comédiennes, prostituées rangées ou non des voitures, femmes au train de vie dispendieux...

     

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                   Roman après roman, c’est avec elles que Simenon a rendez-vous car… toutes ces femmes sont vraies, bien réelles. Simenon a vécu longtemps avec elles ; il les a toutes comme entraperçues, devinées, dévoilées derrière un comptoir, dans une boutique, au bras de leur mari ou d’un amant. Sans doute a-t-il croisé une fois leur regard, une fraction de seconde pour une éternité contenant déjà toute une vie sur deux cents pages….vie honnête ou bien mensongère, malheur, grandeur et décadence. A leur insu, il a tout compris d’elles, tout prévu, avant même qu’elles ne vivent un destin, le leur, encore à venir car la fiction est redoutable ; celle de Simenon plus encore : elle doit tout à la réalité.

    Mais alors, toutes ces femmes ont-elles soupçonné un instant qu’elles aient pu à ce point stimuler l’imagination d'un Georges Simenon qui affirmait pourtant en manquer cruellement ?

    Au moment précis où l’on croit fixer leur personnalité, elles déroutent, dévient, font volte-face et c’est de dos comme face à un mur qu’il faut maintenant poursuivre plus loin l’investigation de leurs motivations les plus secrètes, moteur de toute l’histoire d’une vie qui a basculé car toutes ces femmes ne se refont pas. Non ! Jamais !

     

                 De tous les milieux, de toutes les professions plus que de toutes les « classes sociales », comme autant de personnages, comme autant d’esquisses d’un monde qui ne leur appartient pas toujours… elles remettront sur le métier, contraintes et forcées, cent fois leur vie et leur existence… car pour toutes ces femmes seul existe ce que l'on fait exister, avec détermination, après un travail acharné, pour ne pas se contenter, négligeant et sans courage, de le rêver jusqu’à l'ébranlement de tous les repères.

    Solitude, humiliation dans une vie conjugale en situation d'échec, une existence qui semble à jamais figée, une vie sans lumière, subversives jusqu’à s'extraire d'un monde interdit d'extase, plébéiennes, femmes de notables, ces femmes... Simenon les a forcées jusqu’aux personnalités et caractères les plus audacieux. Touché par leur détresse sans toutefois reconnaître tous les ponts qu’il a sans doute inconsciemment dressés entre elles et lui, même coupables, Simenon aura toujours plus de sympathie et d'empathie pour elles que pour leurs victimes souvent socialement plus élevées ou plus chanceuses.

    Leur dignité à toutes frappera le lecteur peu soucieux de comprendre que Simenon n’est pas en-dessous ni au-dessus de la vérité de leur condition mais ailleurs, là où tout jugement est suspendu. A toutes il leur épargnera donc les affres d’un jugement lapidaire car Simenon sait que pour juger les autres il faut avoir été au moins une fois accusé.

     

                 Qu'importe le style ! Toutes ces femmes trônent au-dessus de l’écriture qui les a engendrées, et Simenon n’aura de cesse de déchiffrer leur propre énigme quels que soient les actes commis car leur vérité est loin de n’être que romanesque, et pour cette raison, il les excusera toutes.

    Folâtres, amoureuses, excentriques, criminelles, victimes, bourreaux, il les aura toutes côtoyées, puis... proche,  très proche, au plus près de leurs attraits, défauts et qualités… il les aura touchées aussi, chair et sang sous une veine palpitante comme un cœur qui bat trop fort ; il a su nous les rendre plus vivantes encore, là, sous nos yeux, en moins de mots qu’il faut pour le dire et l’écrire d’une écriture qui n’a qu’une seule prétention : nous rappeler d’où l’on vient… même sans y être allés,  avant de nous révéler à nous-mêmes tels que nous ne sommes pas et tels que nous ne serons sans doute jamais, ou bien encore, tels que nous aurions très bien pu être si par malheur, tout ce qui nous conduit à la déchéance en avait décidé ainsi en prenant le dessus sur tout ce qui nous condamne aux yeux d'une société aussi indifférente que cruelle.

     

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    Mentionnons au passage la biographie de Simenon par Pierre Assouline, énorme pavé qui se veut exhaustif mais qui se perd et perd en intensité au fil des pages et de sa lecture ...

    Génie impalpable, génie de Simenon, génie insaisissable, génie de l’artisan et de son labeur dans le silence de la tâche à accomplir, Balzac du 20e siècle et Maupassant des années cinquante… Simenon ne sera jamais au-dessus de ses personnages ; aussi, c'est bien dans ses personnages qu'il faut aller le chercher. D’où l’inutilité d’une biographie, et plus encore, d’une bio de 750 pages.

    Pour célébrer Simenon, on pensera plutôt à une épître, d’un seul jet, dans un seul souffle, tous ses personnages d’un seul trait, toute une vie, mille vies, de la comédie au drame, de la farce à la tragédie selon un ordre secret car cosmique - ordre supérieur à notre entendement jusqu’au moment où l’ordre est donné -, et qui fait que chez Simenon tout un chacun peut encore espérer recevoir ce qui lui est dû : la bascule de la guillotine, le cachot d’une prison sans rémission, la chambre d’un hôpital  psychiatrique… ou bien une justice qui viendra réparer tout le tort causé même si la consolation est brève car rien ne s’oublie jamais vraiment !

    Il faut relire Simenon, une grande leçon de modestie, un auteur si proche de ses lecteurs. Un des plus grands humanistes du XXe siècle.

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  • Giacomo Casanova : premier travailleur sexuel de l'histoire de la prostitution masculine ?

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                 Giacomo Girolamo Casanova, né le 2 avril 1725 à Venise, décédé le 4 juin 1798, fut tour à tour violoniste, magicien, espion, charlatan, indic' de police, diplomate, bibliothécaire et écrivain.

    Infatigable, sillonnant le XVIIIe siècle au pas de course, présent dans toutes les cours d'Europe, de Venise à Paris, Madrid, Vienne, Londres... dans une quête incessante pour l'extase et le bonheur, anti-sadien par excellence - sensualité et volupté : il exécrait la contrainte et la violence -, mais aussi... escroc poursuivi par ses créanciers et autres huissiers, Casanova se retirera au château de Dux, en Bohême, une fois malade, la chandelle brûlée par les deux bouts - d'aucuns diront aujourd'hui : une fois établi le constat de sa perte de compétitivité sur le marché du sexe -, avant de devenir un écrivain de langue française.

     

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            On a dit de Casanova qu'il était l'homme le plus libre du 18e siècle.

    L'était-il vraiment ?

    Sans fortune personnelle, privé de toit, faisant "maison-neuve" plus souvent qu'à son tour, contraint, fils d'une actrice qui l'abandonnera très tôt et d'un père décédé alors qu'il n'a que quelques années, éternel invité, toute sa vie durant Casanova vivra sous la dépendance matérielle d'autrui.

    Premier des libertins chez les libertins, dans ses écrits, il s'interroge : quel est l’homme auquel le besoin ne fasse faire des bassesses ?

    Mais alors... et si... ce forçat du corps qui n'avait pour seules richesses que sa libido, son intelligence, sa culture et son talent incomparable pour la conversation...  et qui n'était pas seulement été un brillant séducteur, compulsif de surcroît, par amour pour les femmes (ou par abandon de la première d'entre elles... sa mère)... et si Giacomo avait été aussi et surtout le premier courtisan-gigolo, le premier travailleur (esclave) sexuel et mondain de l'histoire de la prostitution masculine ?

               La question est donc posée ; n'en déplaise à Sollers (2) qui n'aime rien tant que se raconter des histoires et nous en raconter aussi par la même occasion ; un Sollers qui n'a voulu voir que lui-même en et dans Casanova, oubliant Giacomo, cet enfant très tôt livré à lui-même, un Giacomo d'une susceptibilité à fleur de peau, celle du roturier dépendant, et par voie de conséquence, terriblement vulnérable face à une élite sociale souvent cruelle et inconséquente... en stakhanoviste de la lutte contre la menace quotidienne de la pauvreté et plus tard, la tyrannie de la vieillesse.

                Alors... premier courtisan-gigolo, premier travailleur (esclave) sexuel et mondain de l'histoire de la prostitution masculine ce Giacomo Casanova ?

                 C'est pas impossible. C'est même probable.

     

     

     

    1- Photo 2 : Donald Sutherland en Casanova, poule de luxe-traversti, sous la direction sans doute du plus grand cinéaste de la seconde moitié du 20è siècle : Frederico Fellini.

    2 - Sollers ICI, toujours disposé à faire le beau et le malin... jusqu'à la bêtise de ceux qui s'évertuent à nier la dimension politique et sociale de toute existence humaine.

     

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    Pour prolonger, cliquez : Serge ULESKI en littérature

     

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  • Le Chevalier, la Dame, le Diable et la mort...

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    De nationalité belge, Raoul Vaneigem… est né en 1937. A la tête du mouvement situationniste, son « Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations » et « La société du spectacle » de Guy Debord ranimeront en 1967 la flamme révolutionnaire qui en avait bien besoin.

    A propos de ce mouvement… Vaneigem nous rappelle ceci : « Guy Debord allait au-delà de la cueillette hédoniste des moments de bonheur  telle que Lefebvre l’envisageait. Privilégier les moments passionnels et fonder sur eux la critique radicale du vieux monde, c’était donner ses assises à une société enfin soucieuse de s’humaniser. Construire des situations favorisant la qualité et la diversité de ces exposantes fixes de l’éclat passionnel dont parlait Breton, dépassait de loin le propos de subvertir l’ordre dominant. Il offrait à  la société sans classes dont nous avions vu le drapeau se teinter de sang une substance vivante et inaltérable. En rupture avec ce militantisme issu du militarisme où se sacrifier à une cause autorisait à égorger ses plus proches amis, la construction des situations fondait, surle jeu et l’affranchissement des désirs, un projet social où, pour la première fois dans l’histoire, la volonté de vivre se substituait à la volonté de puissance, et où pour la première fois, l’analyse et le procès de la fatalité, du hasard, de l’aléatoire ouvraient la porte à une science poétique des destinées. La construction des situations annule tous les sens interdits ou autorisés, prescrits par cette réalité économisée que nous tenons pour unique parce que nous sommes condamnés à y travailler, languir et mourir ».

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             Le Chevalier, la Dame, le Diable et la mort... ou quand l’homme se transmute en être humain

     

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    Désire tout, n’attends rien !

     

    De la sensibilité…

     

                 « La présence d’un seul être qui souffre est une atteinte à mon bonheur car la sensibilité est la conscience épidermique du vivant. Elle frisonne de son plaisir, frémit aux périls qui la guettent, irise de ses luminescences intuitives l’irrésistible marée qui, montée des profondeurs humaines, brisera les grandes murailles derrière lesquelles les femmes, les enfants, les hommes aux désirs multicolores ont vécu de grisaille. La sensibilité est le seul chemin que la volonté de s’affranchir offre à l’innocence opprimée. 

    Il est temps que la sensibilité soit reconnue comme la valeur la plus sûre de notre humanité, car elle est source de toute vie ».

     

    De l’animalité affinée…

     

                 « L’affinement de la vie est le véritable progrès humain. La conscience que le bonheur de chacun s’accroît du bonheur de tous est plus utile à la révolution de la vie quotidienne que toutes les objurgations éthiques de l’intellectualité militante.

    La cruauté exercée à l’encontre des animaux procède du discrédit de l’homme pour la bête qui remue en lui. Il envie sa liberté sexuelle, son absence de dissimulation, son comportement que n’embarrassent pas les contraintes (morales et éthiques), et il la hait d’autant. Il tire orgueil de l’esprit qui entrave son corps et l’astreint au travail. Esclave d’un système social qui l’opprime, il se venge en opprimant les plus faibles. »

               Et Vaneigem de conclure que l’homme aurait transcendé son animalité au lieu de la dépasser. L’animalité spiritualisé a fourni à l’homme sa carte d’accréditation auprès d’un Dieu vengeur, sanguinaire, assoiffé de domination : « L’économie d’exploitation aura été la malédiction des hommes, des bêtes, des plantes et de la terre. Certes, le crime perpétré contre les bêtes procède du crime perpétré par les bêtes entre elles. Mais, de la loi de prédation qui caractérise le règne animal, l’économie de concurrence et de compétition a fait une loi qui dénature l’homme alors que l’être humain se distingue précisément de l’animal par sa capacité de dépasser l’instinct prédateur et de créer une abondance révoquant la quête quotidienne, avilissante et laborieuse des moyens de subsistance.»

     

    Du bonheur…

     

                   « Soyez heureux ! est le slogan excrémentiel qui flotte dans le sillage de l’Enrichissez-vous ! Pourtant, l’économie a eu beau imposer un prix à la jouissance, quiconque l’a vécue authentiquement  sait qu’elle n’en a pas.

    Le bonheur qui cesse d’être un combat se résigne au malheur du monde qui le tue. L’avenir que me révéleraient de nébuleuses prophéties m’indiffère. Seul m’intéresse l’avenir que je me forge dans les lueurs fuligineuses ou opalines du présent.

    Aussi, j’incline à penser que les moments heureux nous échoient parce que, quelque part en nous, ils ont été voulus du fond du cœur. »

     

    De l’âge…

     

                  « Il existe une distinction fondamentale entre une vie résignant les incessants bonheurs qui lui ont conféré sa plénitude et une mort provoquée par une carence croissante de plaisirs, de passions, de vraie vie. Goûter aux émerveillements du vivant, telle est la vraie jeunesse, la seule qui bondisse au-delà des âges.

    Nous appartenons à une société prédatrice où le regard mercantile apprend à estimer d’un coup d’œil le prix des êtres et des choses. Il faut trancher vite et selon les apparences, de peur de se perdre et de dissiper avec soi les avantages de l’argent et du temps. Il n’est question que d’efficacité, de rendement, de durée. L’éthique et l’esthétique participent des règles de l’efficience. L’aventure amoureuse s’adapte au profil des profits escomptables. La taille, la démarche, les seins, les fesses, le visage, la dignité des braguettes, les jouissances supputées sont soupesés en termes d’intérêts, de comportements fiduciaires, de plaisirs à tempérament.

    La civilisation marchande a dénaturé l’âge en le mesurant à l’aune du profit et en l’identifiant à une fonction hiérarchique. »

     

    De l’argent…

     

                « Perdre ne serait-ce que trois sous est un acte immoral.

    Si l’argent excédentaire et l’argent déficitaire sont un désert où rien ne pousse, où la vie dépérit, je n’ai rien éprouvé de plus indigne et de plus éloigné des préoccupations humaines que la quête incessante de l’argent, érigée en impératif catégorique par la nécessité de survivre. De la garantie d’en être  pourvu, je n’ai tiré qu’amertume comme je n’ai ressenti qu’angoisse et rage à la perspective d’en manquer.

    Le fétichisme de l’argent fait la loi, celle qui s’arroge le droit de transgresser toutes les autres.»

     

    De la peur…

     

                « Avons-nous d’autre choix que de restaurer dans son innocence (son optimisme ?) la vie qui s’enfante d’elle-même ?

    Le pire danger, c’est de désirer ce que l’on redoute, c’est de marier le désir à la crainte qu’il s’accomplisse à revers. La peur est l’ombre mortelle du désir, l’ombre des désirs morts. Les vœux les plus chers de l’homme ont été si ordinairement tués dans l’œuf qu’ils ne naissent plus qu’apeurés et en attente de l’échec. C’est comme si le bonheur, sesouvenant de tant de bonheurs avortés, renonçait à la vie. Parfois, il ne veut plus se souvenir mais le souvenir est là, comme un ver rongeur.»

     

    Du labyrinthe…

     

               «Par un enchevêtrement de couloirs dont les multiples issues s’ouvrentet se ferment à loisir, nous montons et descendons, avançons et reculons, nous nous heurtons aux obstacles que nous avons élevés par négligence.

    Le labyrinthe du moi et le labyrinthe du monde sont un seul et même lieu.»

     

     

    De l’amitié…

     

               «L’hédonisme gâte le corps  (surcharge pondérale et obésité) et l’esprit gâte la radicalité (plus on pense, moins on agit pour soi et les autres et contre le regard unique d’une domination sans équivoque). La racine de l’homme est dans l’animalité qui s’affine et s’humanise au feu de la conscience.

    Nous souffrons le moins chez les autres les défauts qui sont nôtres. La plupart de nos colères sont dirigées contre nous-mêmes. Qui terrasse son ennemi n’y survit pas, le vainqueur ne fait qu’accomplir la tortueuse volonté de son adversaire. L’on n’est jamais vaincu que par soi-même.»

     

     

    De la poésie et de l’amour…

     

                « La poésie vient des origines du corps et elle l’humanise. L’esprit naît du corps au travail et elle le fait esclave à l’égal de la bête.

    La pensée séparée de la vie la dessèche et la tue. C’est pourquoi la poésie n’obéit à aucune de ses règles. Elle est la fleur qui crève le bitume et fleurit au milieu de la chaussée. Il suffit que le banal se fissure pour que la vie se fraie un chemin et explose en silence.

    Nous avons mal perçu cet art du discontinu par lequel la vie se manifeste à l’encontre de l’ennuyeuse répétition qui règle l’écoulement du temps de survie. L’enfant excelle à aborder les univers  les plus disparates dans cette passion de jouer que, bientôt, la nécessité lucrative refoulera, écrasera, comprimera et enrôlera dans les jeux morbides du pouvoir et de la mort.

    Avant que les ravages de l’éducation mercantile ne le réduisent en poussières d’amertume, l’émerveillement ludique ne connaît pas de frontières, un baquet fait un bateau, une cave un palais, trois bouts de bois un continent.»

     

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  • Un hiver séculaire

     

     

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                C’est l’hiver. La terre tremble de froid, et sous son étreinte, dans un instant, elle se fendra en deux. Un froid palpable et tangible marche sur le monde : celui des anciens temps, revenu là pour en finir avec l’immense peuple des marais, des joncs et des grands herbages.

    Rien n’est plus troublant, plus inquiétant, plus effrayant que ce silence des marais gelés avec ces brouillards épais qui cachent des corps livides, des bouches muettes de vase ; dernier germe de vie dans une eau piégée sous la glace.

    Une rumeur passe dans les roseaux avant le retour d’un silence profond que le froid impose à quiconque tente d’afficher un semblant de vie. Même les brumes qui traînent sur les troncs d’arbres et qui enveloppent leurs branches les plus basses comme des voiles blancs de reines veuves restent là en suspend, figées.

    Soudain un cri, puis le gémissement bas d’une dernière clameur de vie. En chasse, le froid a frappé une nouvelle fois ; les yeux de sa victime le regardent résignée : un monde inconnaissable qui a eu sa vie propre, ses cris, ses voyages et ses mystères, palpite encore dans sa poitrine. Mais pour combien de temps encore ? Déchirée sa chair avant d’être brûlée par un froid du feu de dieu !

     

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                Au même instant, une chose noire au ventre d’argent tombe comme si l’on avait coupé la corde qui la tenait suspendue, laissant dans sa chute apparaître de longues taches rapides sur le firmament : c'est la mort hivernale qui raidit les joncs, fige le silence et gèle les eaux comme on glace le sang ; c'est le froid qui pénètre l'âme du monde.

    Quelque part au-dessus des marais, maintenant durs comme la pierre, un diamant en forme de cône s’élève lentement. Le cœur en feu, il monte à la rencontre d’un soleil qui n’éclaire plus : il est midi et il fait nuit.

    Une dernière plainte courte, répétée et déchirante après un cri strident... cette âme sans voix que le froid a abattue, a crié là sa dernière espérance de vie et son dernier adieu. 

     

                         Texte inspiré par la lecture de "l’Auberge" et "Amour" : deux contes de Guy Maupassant.

     


     

     

     

    Toutes les photos sont "copyright Serge ULESKI"

     

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  • Penser la littérature aujourd'hui avec Louis-Ferdinand Céline

     
                  La réédition des écrits antisémites de l'auteur de Voyage au bout de la nuit est annoncée par Gallimard. Le premier ministre de Macron soutient cette initiative : "On ne peut ignorer la place centrale de Céline dans la littérature française (il aurait pu rajouter .... " dans la littérature mondiale") ; l'avocat Serge Klarsfeld (chasseur infatigable de nazis aujourd'hui le plus souvent centenaires), s'indigne.
     
                  Pour et contre cette ré-édition... un homme a tranché, un homme et une voix,  il y a longtemps déjà : "La haine chez Céline est le ressort de l'imagination, du déchaînement d'éloquence. D'ordinaire la haine a le souffle court mais chez une poignée de maîtres une misanthropie enragée, une nausée à la face du monde engendrent de grands desseins. Le monotone de l'abomination devient symphonique. Mettez "l'homme" là où une formule insensée indique "le y...pin", et vous aurez chez Céline des passages d'une grandeur biblique..." - Georges Steiner
                                                                                  

                                                                   
                                                                                                              

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                     Louis Ferdinand Céline ou la littérature de l'échec et du trauma

     

                 Si derrière un auteur et son œuvre, on trouvera toujours une blessure, quelles interprétations donner à la haine célinienne, et pas seulement dans les pamphlets (1) ?

    D’aucuns s’interrogent sans fin, les raisons à la fois inavouables et inconscientes de cette haine semblant échapper à l’auteur lui-même qui, sur le fond, ne s’en excusera jamais : « J’ai eu le tort de l’ouvrir ; j’aurais mieux fait de rester à ma place. Mais aujourd’hui encore, je défis qui que ce soit de m’apporter la contradiction sur ce que j’ai pu écrire à cette époque ».

                Qu'à cela ne tienne ! Rien ne remplace une biographie ! Celle de l’enfance ; sans oublier, en ce qui concerne notre auteur, la généalogie de la famille Destouches.                                                       

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                 Fils de Fernand Destouches issu d'une famille de petits commerçants et d'enseignants, et de Marguerite Guillou, famille bretonne venue s'installer en région parisienne pour travailler comme artisan…

    Le Père de Céline, homme lettré mais incapable d'épargner à sa famille la hantise du prochain terme à payer (hantise qui sera très longtemps aussi celle de Céline) était opposé aux études, gardant à l'esprit sa propre expérience : "Les études, c’est la misère assurée » disait-il à son fils".

    Une mère dentellière, travailleuse indépendante qui vivra péniblement de son métier et de sa boutique…

    Lourd de sens, Céline ajoutera : « On a toujours été travailleurs dans ma famille : travailleurs et bien cons ! » (c'est là le fils d'une mère artisan et d'un père déclassé qui s'exprime, et non un fils d'ouvrier ; distinction importante).

    Certificat d’études en poche, un rien désœuvré, Céline s'engage dans l’armée très tôt, même si, en 1919, il reprend le chemin de l’école, passe son Bac - il a alors 26 ans -, avant d’embrasser la médecine, sa véritable vocation dès l’enfance ; il se dit « guérisseur dans l’âme ». Il étudiera la médecine dans les livres, seul, le soir, tout en travaillant le jour, même si jamais cette médecine ne lui permettra de joindre les deux bouts (… de payer son terme) ; il fermera son cabinet de Courbevoie très vite après son ouverture – fait lourd de conséquences.

    Céline conjurera ce qui n’est pour l’heure qu’une déconvenue, en se lançant dans l’écriture, et entreprendra un long, un très long Voyage (2)

    Il poursuivra sa vocation de médecin auprès des pauvres – dans les dispensaires -, non pas par charité mais, de par son appartenance sociale et après l’échec de son installation à Courbevoie, Cécile ne pouvait en aucun cas prétendre à une meilleure situation et à une autre clientèle.

                                                                                     

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                 Sur un plan générationnel, Céline demeure un pur produit de la France de l’après boucherie de 14-18, avec le traumatisme de la trahison de l’espoir et les humiliés de Bernanos ; génération sacrifiée dont nul n’attendait le meilleur ; l’époque l’interdisait : elle n’en avait plus besoin (à ce sujet, difficile de ne pas penser au père de Céline). Aussi, ce meilleur dont l’époque ne savait que faire, cette génération l’a accumulé jusqu’à devenir une force. Et quand cette force s’est libérée, de quoi a-t-elle accouché ? De quelles actions vertueuses ? Ou bien, de quels desseins monstrueux pour avoir trop longtemps macéré dans la frustration, le ressentiment, l’impuissance, la retenue et le dépit ?

    Cette force a alors donné naissance au pire qui est souvent, en littérature, le meilleur.

               Céline se dit athée et mystique ; craignant sans doute tout autant l’étiquette d’humaniste que celle d’anti-humaniste, il revendique le fait de ne pas s’intéresser aux hommes mais aux choses. Ecrivain et chroniqueur, pour Céline, écrire c’est mettre sa peau sur la table : la grande inspiratrice, c’est la mort ; à la fois risque et certitude que cette mort.

    Craintif, très certainement dépourvu de courage physique (3), homme sans joie, chez Céline, le vulgaire, c’est l’homme qui fait la fête ; l’homme qui souffre est seul digne de considération ; et pour cette raison, rien n’est plus beau qu’une prison, puisque les hommes y souffrent comme nulle part ailleurs. Et son Voyage s'en fera largement l'écho... jusqu'au bout de la nuit...

                 Nuit noire... pour une littérature de l'échec et du trauma : échec en tant que médecin (sa seule véritable vocation : on ne le rappellera jamais assez !) ; échec de la mère de l'auteur qui mourra épuisée et aveugle à l’ombre du ressentiment d’un mari déclassé ; trauma de la première guerre mondiale.

                 Avant de mettre le feu à la littérature,  l’exercice de cette médecine qui ne le mettait nullement à l’abri du besoin a sans doute pu contribuer à son dégoût plus social qu’humain (Céline n'a pas toujours su faire un tel discernement) pour cette organisation de l'existence dans laquelle on ne fait décidément que l’expérience de l’échec car, dans les années trente, nonobstant le succès littéraire de son Voyage (à la fois succès commercial et succès d’estime), Céline devra faire face à un nouvel échec : celui de son intégration sociale malgré sa tentative désespérée de rallier à lui les classes dominantes - ou pour faire court : toutes les forces qui combattront le Front Populaire -, à coups de pamphlets antisémites et plus encore, pendant l’occupation, en commettant l’erreur (4) de soutenir un régime et une idéologie par avance condamnés à l’échec.

    Encore l'échec !

                                                                                              

    ***

     

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                         Céline n’a jamais vraiment quitté son milieu familiale ni sa classe : il n'a jamais cessé de "penser" comme elle ; il n’a jamais su s’en affranchir. L’aurait-il fait… nombreux sont ceux qui affirment qu’il nous aurait privés d’une œuvre incomparable. Certes ! Mais... échec après échec, ne sommes-nous pas aussi tout ce que nos prédécesseurs et nos contemporains ont tenté d'accomplir ? Pays, Etats, régimes, nations, continents, cultures, individus, seuls ou bien en grappes indissociables, nous tous, n'héritons-nous pas de leurs échecs comme de leurs réussites ?

    Si, pour citer notre auteur, l'amour, c'est l'infini mis à la portée des caniches, Céline n’a jamais cessé d’être ce caniche et tous ses personnages avec lui ; personnages pour lesquels le calice de la réussite est passé loin, très loin d'eux ; calice qu’il ne leur a jamais été permis d'entrevoir, encore moins de saisir, eux tous pourtant à la tâche, jour après jour, indéfectibles, comme d’autres... au temple, zélés et fervents...

    Choisissant alors de retourner toute la violence de son échec et celle d'un déterminisme social dont les parents de l'auteur furent les victimes muettes et résignées, non pas contre lui-même - ce qui nous aurait privés de son œuvre -, mais contre ses contemporains ; et les "heureux élus" auront pour noms : les plus faibles pour commencer - les pauvres qu’il a soignés sans profit ; puis la communauté juive – communauté incarnant la réussite sociale ; et en médecine, cette communauté n’était pas la dernière à s’imposer non plus…

    Violence donc… bientôt étendue à toute la société ; et pour finir : à tout le genre humain.

                                                                                    

    ***

     

                 N’en déplaise à Nietzsche :  et si le ressentiment à son paroxysme qu'est la haine était le sel de la terre, un moteur créatif sans rival et qui ne cessera jamais de nous surprendre ? Après Matthieu, Céline accouchant d’un évangile d’un nouvel ordre : un évangile vengeur... même privé d’une revanche digne de ce nom.

    Mais alors, Céline aura-t-il été de ceux qui, à leur insu semble-t-il, auront longtemps poursuivi en vain une quête qui cachait un besoin insatiable d'absolu à la racine duquel on trouvera très certainement une recherche effrénée de leur propre salut ?


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    1- On ne le précisera jamais assez : la haine célinienne est déjà bien présente dans "Voyage au bout de la nuit".

    2 - Il se vantera d’avoir écrit son "Voyage au bout de la nuit"… avec pour seul souci : être à l’abri du besoin, assuré qu’il était du succès de son récit : « cet ouvrage, c’est du pain pour un siècle de littérature, le prix Goncourt assuré pour l’éditeur qui s’engagera ».

    Céline avait vu juste : ce sera le succès, mais le prix Renaudot pour consolation.

    3 - Sa courte expérience de la guerre 14-18 aurait-elle révélé chez Céline des manquements - tel que le courage ou la solidarité ?! - face à ses non-compagnons d'armes, zélés jusqu'à la bêtise d'un patriotisme et d'une mort sans profit pour eux ; manquements qui ont très bien pu ternir l'image qu'il avait de lui-même et du genre humain et qu'il ne se serait jamais pardonné ; d'où un sentiment de culpabilité dont il lui a fallu, pour survivre... se libérer en imputant ces manquements à tout le genre humain : lâcheté, naïveté, fanatisme et bêtise incommensurable chez les plus humbles et les plus modestes ?

    4 - A la décharge de l'auteur... on précisera : erreur due à l’absence de culture politique et historique au sein d’une classe dépourvue des outils conceptuels propres à la compréhension de l’organisation d'une société.

    On pensera aussi au suicide social d'un Céline pour qui le peuple n'est qu'une masse sans forme et sans distinction "... dont le sadisme unanime procède avant tout d'un désir de néant profondément installé dans l'Homme... une sorte d'impatience amoureuse, à peu près irrésistible, unanime, pour la mort" et à ce sujet, il semble que Céline ait partagé ce désir et cette impatience.

                 Pour ce qui est de l'idée de décadence qu'il partageait avec Drieu la Rochelle, entre autres, ne l'a-t-il pas épousée comme personne cette décadence en soutenant un régime décadent par excellence : celui des Nazis ?!

    Quant à ce monde dans lequel il n'y aurait rien à sauver, Zola dont Céline aurait très bien pu être le fils naturel - il en avait toutes les dispositions -, n'a-t-il pas su, dans le ruisseau de la condition humaine y chercher et y trouver de l'espoir et parfois même, du sublime ?

    Céline choisira « l’Assommoir » comme référence - titre qui convenait tout à fait à l’idée qu’il se faisait des pauvres en général, et des ouvriers en particulier -, omettant sans doute volontairement « Germinal » ; lui pour qui rien ne devait germer, jamais, de l’espèce humaine mais bien plutôt, pourrir.

               Au sujet de Zola, se reporter au texte de Céline : Hommage à Zola - Médan octobre 1933

     

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  • Autour du marquis de Sade : complaisance et omissions

           

                  « Célébration » du bicentenaire de la mort de Sade, exposition au Musée d’Orsay… manifestement, on n’en a jamais fini avec Sade ! Il va, il vient ; des universitaires,  des chercheurs, des auteurs  et autres « animateurs culturels médiatiques » nous le rappellent régulièrement à notre bon souvenir.

     


    Conférence inaugurale "Sade. Attaquer le soleil... par musee-orsay

     

                   Le 17 octobre 2017 à 12h - Auditorium du musée d'Orsay - ouverture de la conférence de presse : Annie Le Brun, écrivain, et Laurence des Cars, directrice du musée de l'Orangerie, toutes deux commissaires de l'exposition, discutent de Sade. 

    Annie Lebrun aura ces mots : « Sade, c’est un changement de sensibilité

                      Tout est dit. Nous sommes maintenant prévenus.

     

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               Mais au fait, qui est Sade ?  Et qui sont celles et ceux qui s’évertuent à le faire exister tout en omettant soigneusement de préciser que Sade était un pornographe grapho-maniaque, sociopathe et tortionnaire ?

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    C’est tout le sujet de l'ouvrage Marquis de Sade - complaisance et omissions dont toutes les citations (en italique) sont extraites de  « La philosophie dans le boudoir » qui a pour auteur Donatien Alphonse François de Sade, tantôt comte, tantôt marquis : l'ouvrage est disponible ICI chez Amazon.

     

     Bonne lecture à toutes et à tous.

     

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    Extrait :

     

                    De Noëlle Châtelet, Laurence des Cars… philosophe, auteure… à Annie le Brun, commissaire générale de l’exposition 2014 « Sade. Attaquer le soleil » au musée d’Orsay, en passant par Catherine Millet de la revue Artpress, depuis Simone, la « de Beauvoir », femme enrubannée, Sade n’a pas cessé d’exercer sur la femme lettrée de la bourgeoisie une fascination emprunte d’un intellectualisme mondain complaisant, bavard et souvent creux.

    Certes ! Nous ne sommes pas complètement dupes : célébrer  le Marquis de Sade quand on est une femme, n’est-ce pas le signe d’une tolérance à toute épreuve et d’une maturité accomplie ? L’entourer de ses soins, n’est-ce pas affirmer que l’on a fait la paix avec le sexe opposé mais néanmoins ami ? Et puis, n’est-ce pas finalement et tout simplement à la fois gratifiant et « fashion » - un snobisme « germanopratin » y jouant un rôle certain -, de prendre sous son aile ce petit marquis victime  des sentences d’excommunication d'un régime, d'une société, d'une organisation de l'existence qui n’auraient rien compris à ce chérubin bouc-émissaire d’un siècle étriqué et liberticide ? 

              Les femmes de la bourgeoisie ont Sade ; les filles et les femmes de la classe ouvrière, le magazine « Détective » et les biographies des tueurs en série étasuniens de préférence, de gros pavés de 700 pages traduits de l’américain ; il est vrai que comparés à ces tueurs (jusqu’à 60 victimes sur toute une vie), nos tueurs en série à nous européens, ne sont que des artisans, voire des amateurs ; normal ! Ces tueurs étasuniens appartiennent à la première puissance au monde destructrice de l’environnement, de la culture et des nations.

               Revenons aux lectrices de Sade. Qu’est-ce à dire ? Ces femmes de la bourgeoisie contemporaine seraient-elles férocement attirées par les conduites sadiques ? Ces femmes lettrées rejoindraient-elle Sade dans son opinion à propos des femmes et de leur cruauté ? Cruauté non assumée le plus souvent ; d’où leur repli sous l'ancien régime et après,  vers des œuvres de charité pour conjurer un penchant auquel le siècle de Sade n’offrait plus d’exutoire, voire de bouc émissaire, depuis la fin des jeux de la Rome antique ?

    Mais... motus et bouche cousue de ces femmes sur ce sujet : pas un mot pour ou contre. Il est vrai qu’il y a des pages qui se tournent précipitamment pour en lire d’autres, sans doute moins dérangeantes.

              Les hommes, en revanche, n’ont que peu de temps à accorder à Sade, mais un peu plus de temps quand même s’ils sont payés pour ça : universitaires et chercheurs. Car très vite, ils s’y ennuient : ce que Sade a en partie fantasmé, en partie exécuté, ce avec quoi il s’est amusé, et ce à quoi il consacré son existence, les hommes l’ont mille fois approché, dompté et apprivoisé avant de s’en débarrasser d’un haussement d’épaule salutaire ; certains ricanent même à la lecture de Sade car ils n’en croient pas un mot : Justine - cette œuvre subversive car obscène, et seulement pour cette raison -, peut bien souffrir à longueur de pages, non, elle ne souffre pas… pas vraiment du moins ! Il n’est question que d’un auteur, Sade, qui tente de nous épater - plus esbroufeur que Sade, vous ne trouverez pas ! -, tout en cherchant une issue à ce labyrinthe, principalement mentale qu'est son existence  - en effet, Sade c’est une expérience existentielle principalement fantasmatique, voire fantasmagorique -, dans laquelle il se débat et se noie un peu plus chaque jour ; gigantesque cul-de-sac et prison tout à la fois.

              Les femmes soutiennent Sade, c'est sûr ! Renée-Pélagie de Montreuil, son épouse, ne fut d’ailleurs pas la dernière à tenter de le sauver des années durant ; aujourd'hui, les femmes le portent encore à bout de bras tentant de le sauver quand tous l’abandonnent ; elles y reviennent toujours, génération après génération, la mère, la fille… elles le ressuscitent quand l’oubli menace,  tout en le redoutant quand même un peu, lui et ses turpitudes, hallucinées, car Sade c’est le serpent pourtant aveugle qui vous fixe du regard et vous cloue sur place ; sa langue frénétique qui ne connaît aucun repos - son dard, son sexe ? -, vous jauge, puis, à la vitesse de la lumière, vif comme l’éclair, plus rapide encore que le sabre d’un Samouraï qui tranche une gorge, une tête, un membre, il frappe. Et c’est alors qu’elles l’ont « dans le cul » ! Dans le sens de « se faire avoir » ; ce qui signifie : ne pas goûter à ce à quoi elles pouvaient raisonnablement craindre de devoir se soumettre ; car Sade et « sa philosophie-lupanar », philosophie fourbe qui frappe toujours par derrière, c’est aussi un grand bluff, un gigantesque bluff.

             Oui ! Les femmes lettrées de la bourgeoisie contemporaines courent après Sade comme on court après ce qui ne vous rattrapera jamais, dans une vie hyper-sécurisée ; alors… elles courent… histoire sans doute de côtoyer, sur le papier, ce à quoi elles n’auront jamais la malchance d’être confrontées : à l’arbitraire et à l’humiliation des dominés, pour ne rien dire d’une cruauté sans regrets et sans remords, tout en n'oubliant pas aucun des sévices du catalogue de notre marquis et aucun des instruments de sa panoplie non plus.

    Voyez l’auteure Christine Angot venue à la littérature par l’inceste et qui n’a, dans les faits, rien compris à Sade et ses lectrices très très majoritaires non plus. Rien de surprenant à cela, Angot n’a pas les bons diplômes – Agrégation, doctorat -, et ne fréquente pas les réseaux appropriés ; plus navrant encore : elle n’est pas issue de la bourgeoisie mais de la petite classe moyenne, très moyenne, de la province ; car seule la bourgeoise - lettrée et d’affaires - porte Sade en elle ; sans jamais vraiment se décider à l’accoucher, elle le garde au chaud, elle le trimballe dans ses valises depuis deux siècles, des mouroirs de la première Révolution industrielle à la Grande guerre ; patrons et Généraux pour décider de qui montera au front, sous le feu et qui en sera exemptés, disposant d’un quasi droit de vie et de mort sur toute une population de pauvres bougres et autres hères à la merci : des classes dures au labeur qui, chaque matin, assument le principe de « réalité »  d’un monde de production et d’optimisation de la ressource humaine – bras, jambes, sueur et sang.

    L’auteure Angot et ses lectrices croient comprendre que Sade c’est une histoire de vocabulaire : soyez crus, appelez un chat un chat et vous ferez du Sade ! « Bite » et « con » ; dans la cour d’une école primaire : « pipi et caca » ! Un peu comme ces auteurs qui croient qu’il suffit d’être antisémites pour faire du Céline, alors que la folie de ce marquis de Sade désœuvré prend racine dans le fait qu’il ait pu penser un instant qu’il soit possible, souhaitable et hautement louable même d’être « Sade »  et de le clamer haut et fort, tout en revendiquant une impunité totale ; folie qui ne trouvera jamais sa cure de son vivant, même si, depuis, ses lecteurs et tous les travaux à son sujet, lui ont sans doute permis de trouver un peu de repos, là-haut, de là où il nous observe tous. Et l’on peut raisonnablement craindre qu’il ne soit hilare en lisant une partie de la production qui lui est consacrée.

            Sade a beaucoup écrit. C’est vrai. Grapho-magniaque Sade ? On serait tentés de le penser : des milliers de pages… répétitives car, avec Sade comme avec Wagner et Nietzsche, il est toujours question d’un éternel retour : le retour éternel de Sade qui ne lâche pas l’affaire… la grande affaire… l’affaire de sa vie ! Et c’est alors que Tristan et Iseult cèdent la place au couple "domination-humiliation", "foutre et merde". De plus, accordons à Sade le fait qu’il aura été sans doute le seul auteur dont la folie  - une folie irrémissible -, a eu comme première manifestation la plume car il n’a rien gardé pour lui le marquis ! Il a tout écrit, tout partagé ; il nous a tout livré en pâture et en vrac. Alors que le problème d’une Catherine Angot, pour en revenir à cette dernière, n’est pas la folie car n’est pas fou qui veut, mais son seul souci : vendre des livres en écrivant des livres qui se vendent.

     

                                    L'ouvrage ICI chez Amazon.

     


    Francis Cousin à propos de l'oeuvre du Marquis...

     

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  • "Les nuits de Paris" de Nicolas Edmé Rétif de la Bretonne

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    « Les Nuits de Paris » : une œuvre de plus de 3000 pages rédigées entre 1786 et 1788 par un auteur-journaliste ("publiciste" on disait au 18è siècle) témoin d’une France urbaine et nocturne à l’aube de la chute de la monarchie ; notes dont les historiens feront des choux gras un siècle et demi plus tard. 

     

    Contemporain de Sade et de Laclos, Nicolas Edmé Rétif de la Bretonne est resté méconnu deux siècles durant. Si Sébastien Mercier auteur d’un "Tableau de Paris" de plusieurs milliers de pages a devancé Rétif de la Bretonne de quelques années comme premier auteur d’un récit urbain à la fois mythologique et pittoresque, Rétif y ajoutera une dimension picaresque et plus important encore : un auteur-conteur, acteur, témoin, spectateur... noctambule de surcroît.

    Trait essentiel de l’originalité de ces « Nuits de Paris »  est le regard que Rétif porte sur ses contemporains. Sade le disait « écrivain poissard » … car il peignait souvent un tableau misérabiliste. Conteur-né, à l’aise dans le quotidien et sa fiction, ses nuits parisiennes collent au vivant et à l’événement ; et si la nuit renforce l’acuité du regard et le silence l’ouïe, notre hibou-spectateur du ruisseau – tel on le nommait -, se régale, et ses lecteurs aussi.

    Des centaines de récits courts, incisifs, d’une diversité peu commune ;  tous les sujets sont traités, tous les métiers, tous les lieux publics et privés, toutes les classes aussi, des « filles du commun » aux domestiques en passant par les  artisans ; de la noblesse à la bourgeoisie, des filles publics (prostituées) aux voleurs, escrocs, bandits, oisifs, mendiants, débrouillards,  et puis, une Marquise ; vraie ou fausse,  réelle ou fictive, (c’est la Schéhérazade des contes des mille et une nuits), elle sera sa première auditrice ; Rétif lui contera ses anecdotes nocturnes, fruits de ses promenades, avant de rentrer à l’aube dans son logis de la rue de la Bûcherie ; une Marquise bienfaitrice dont il sollicitera la charité et le salut pour celles et ceux qu’il prendra sous son aile au cours de  ses pérégrinations nocturnes, tel un pasteur avec ses ouailles  en perdition ou en grand danger de l’être, car, à ses yeux, seule l'action individuelle est garante de la bonne conscience.

     

                Alors que la noblesse de province faisait monter leurs filles encore adolescentes à la cour de Versailles pour les marier (les vendre ?) aux plus offrants des vieillards moribonds, la petite bourgeoisie du coeur de Paris courait la nuit, à la lueur des bougies de leurs domestiques, à la recherche de leur fille cadette qu’un séducteur bavard et cynique déflorait à grand renfort de beaux discours et de promesses qui n'engageaient le plus souvent que celles qui les recevaient, sous les portes cochères…

    Rocambole un demi-siècle avant son auteur, tantôt à l’affût, tantôt en mouvement mais sans précipitation, excepté lorsqu’il lui faut échapper à des poursuivants aussi malfamés que mal intentionnés, appelant à la garde quand les risques sont trop grands, Rétif nous rapportera un fait peu connu de cette époque : les viols collectifs en public, de jour comme de nuit, par des bandes savamment organisées lors des fêtes de rue  et des feux d’artifice qui mobilisent des foules entières, là où toutes les classes se retrouvent : on choisit soigneusement une victime, une jeune fille de préférence, mais pas toujours, on l’entoure, on l’encercle, on l’isole de ses parents ou de ceux qui l’accompagnent pour lui faire subir dans le tumulte, le bruit et la fureur des festivités de rue – cris, fusées et pétards -, tous les outrages avant de s’éclipser  sans être inquiétés.

    Précisons ici que toute l’œuvre de Rétif ne vit que par les femmes et pour les femmes, tout comme son auteur ; femmes de tous les âges et de toutes les conditions, faibles et crédules, ou parfois dans la nécessité d’exercer des activités que la morale réprouve mais auxquelles la société tout entière a recours sans sourciller, il sera souvent question de jeunes filles abusées et meurtries ou dont la vertu en danger semble galvaniser chez Rétif un courage physique aussi rare que précieux car dans ce Paris de la fin du XVIIIe siècle, jamais les femmes du peuple et de la petite bourgeoisie auront été autant en danger ; chair à plaisir convoitée par tous les hommes  de tous les âges et là encore, de toutes les conditions : les petits Sade sont légion à cette époque ; le marquis a fait d’innombrables émules qui ne leur demanderont pas leur avis.


                rétif de la bretonne,paris,révolution,1789,littérature,sébastien mercier,récits,feuilleton,zola,balzac,flaubert,hugo,sade,contes,mille et une nuits,schéhérazade,disette,eugène sue,nuits révolutionnaires,nuits de paris En rupture avec la tradition romanesque d’un Antoine Prévost,  ces « Nuits de Paris » n’ont pas d’histoire suivie car la diversité des récits y contribue guère ; de plus, les personnages que l’on rencontre  et côtoie avec l’auteur ont pour seule réalité, une réalité collective, quasi sociologique : toute une époque donc !


    Rétif annonce Balzac mais sans le Père Goriot ou Flaubert mais sans Madame Bovary. Pas de figures archétypales sinon des conditions de vie, des comportements et des manières d’être au monde emblématiques d’un ordre social qui appartient à la fois au passé et à l’avenir ; un avenir révolutionnaire : la noblesse déclinera avant de sombrer au profit d’une bourgeoisie qui aura pour unique exigence : que les affaires tournent ! Petites et grandes ; honorables ou affligeantes… pour les siècles des siècles... 

                 La rue est le domaine de la marginalité, et la nuit, celui du malheur qui accable des êtres déjà bien fragilisés ; c’est le Paris du peuple dans son entier à une époque où toutes les classes sociales cohabitent encore : la ségrégation est seulement verticale ; elle dépend de l’étage. Un Paris « occupé » par une main d’œuvre chassée des provinces par la disette ; c'est aussi le Paris des cabarets et des coupe-gorge ; cours, jardins, escaliers étroits, Rétif ira jusqu’à pénétrer l’intimité des logements parfois à l’insu des occupants pour écouter, entendre, observer, comprendre ou bien secourir…

    Ce sera quelques dizaines d’années plus tard, le Paris de Balzac, d’Eugène Sue et d’Hugo. Et c’est aussi le Paris du piéton et le Paris pré-révolutionnaire même si dans ses récits, aucune révolution semble pointer le bout de son nez - il faudra se reporter à cette autre œuvre nocturne de Rétif qui porte le nom de « Nuits révolutionnaires » ; si la nuit, tous les chats sont gris, les révolutionnaires eux cuvent leurs idées comme d’autres leur vin car face au sommeil nous sommes tous égaux.

    Le Paris de Rétif de la Bretonne, c’est le Paris de l’île de la Cité, de l’hôtel Dieu, le cœur de la Capitale qui comportait alors que six arrondissements… place Maubert, rue de la Bûcherie, le Paris des imprimeurs et des libraires (Rétif était lui-même imprimeur), l’Ecole de médecine et des hurlements de femmes en couches. C’est le Marais… la rue Saintonge… les Halles, sans oublier les faubourgs : Saint-Germain et Saint-Marcel.

     

                Né en 1734 d’un père paysan aisé et instruit, Rétif de la Bretonne sera l’ainé d’une famille de sept enfants (ainsi que de sept demi-frères du premier mariage de son père) ;  il se considérait lui-même comme faisant partie des « couches inférieures de la roture ». Typographe de formation - il en fera son métier -, Rétif s’élèvera grâce à son intelligence et son talent. Ascension qui renforce chez ce travailleur infatigable une solidarité indéracinable envers les « infortunés ». Et c’est ce regard-là, regard compassionnel, qui lui fera écrire : « Ce sont une multitude de petites choses vues et senties par l’observateur qui fréquente toutes les classes qui échappent les plus souvent aux autres hommes ».

    Les ancêtres huguenots de Rétif, sa formation janséniste à Auxerre puis à Bicêtre feront de lui l’ennemi de l’oisiveté : « la religion veut que l’on s’occupe utilement pour soi-même et pour les autres » ; volontiers sermonneur de haut de sa chaire de moraliste réaliste, rigoriste et parfois, franchement austère, sa vie privée n'aura pas été pour autant un modèle de vertu : en effet, on lui connaît une relation incestueuse avec sa fille ainée.

    Sans doute s’agit-il là encore d’une histoire de paille et de poutre et d’un « Faites ce que je dis mais pas ce que je fais ! »… pour ne rien dire d’un « Pour vous la vertu, pour moi la licence ! »

    C’est Molière qui n’a de cesse d’avoir raison.

     

                Confiant dans la science, disciple de Buffon et proche de Rousseau, les "Nuits de Paris" sont souvent éclairées des idées philosophiques et politiques de l'auteur ; chaque récit peut avoir alors pour conclusion nombre de propositions destinées à mettre fin à une carence, à une insuffisance ou à un excès dommageable pour le bien commun car, comme pour tous les honnêtes gens, l’intérêt général était  son souci premier.

    Avec Rousseau, Rétif réaffirme que le peuple est la seule réalité politique. Le Souverain n’est que le « réunisseur du Pouvoir », et le peuple la nation.

    Il craignait néanmoins les fermentations populaires : « Comme mon bras doit toujours obéir à ma tête, toute résistance des membres affaiblit  un corps.» Ni révolutionnaire ni utopiste même s’il imagina pour ses lecteurs "l’An 1888", prudent, il pensait « que l’on ne doit attaquer les préjugés du peuple qu’avec ménagement et lorsqu’ils sont réellement nuisibles ».


    Ennemi du luxe, du superflu, toujours sans le sou et endetté - les visites les plus fréquentes à son domicile étaient celles des hommes de loi, huissiers de préférence -, il pensait que le « riche » est utile aussi longtemps qu’il œuvre en faveur du développement.

    Se rangeant du côté des stoïciens - lucidité et réalisme - contre les Epicuriens – à chaque jour suffit sa peine -, une série de livres sur ce qu’il appelait «  la réformation » verra le jour aux côtés d’autres ouvrages (une quarantaine de titres) rédigés dans le souci d’une recherche d’un mode de gouvernement qui placera le bien public au centre de son action. Il était contre la propriété du sol. Il se méfiait des physiocrates et des économistes (nos libéraux d'aujourd'hui en matière économique) ; il les considérait comme des « systématiques dangereux » ; des idéologues dogmatiques.

    Il nous quittera en 1806 après avoir lancé à la cantonade : « Quand le supplice est trop grand pour le crime (et a fortiori pour un délit), on n’effraie pas (on ne dissuade pas) : on indigne. »

    Et c'est déjà la voix d'un Victor Hugo et d'un Emile Zola.

     

    ***

     

               Entre rêve et réalité, "Les Nuits parisiennes" de Rétif de la Bretonne - nuits en noir et blanc -, avec son clair-obscur, inspireront Baudelaire, Nerval, les grands romans populaires du XIXe siècle, puis Apollinaire, Soupault, Breton, Aragon et Carco : Paris la nuit, encore et toujours…

     

               Car... « Le spectateur nocturne est aussi acteur par l’écriture, il projette son ombre sur la scène, un personnage tout nouveau : il fait alors éclater Paris dans la littérature » - Jean Varbot.

     

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  • Internet, écriture et édition : bilan et perspectives

     

     

                 Janvier 2016 : entretien avec Jan Kapriski... un temps rédacteur en chef de la revue (éphémère) : Littérature et écriture.

     

     

    ***



    Jan - « L’heure du bilan a sonné !» m’as-tu annoncé Serge. Tu es venu me voir et tu m’as demandé de conduire cet entretien. Il sera donc question de ta présence sur le Web depuis trois ans, et de ce que tu souhaites nous dire à ce sujet ; ça peut être utile auprès des auteurs qui se posent la question suivante : « Qu’est-ce qu’Internet peut bien m’apporter ? ». On commence par l’audience de ton blog, ou plus généralement, ton audience sur le web...

     

    Serge ULESKI - Difficile d’évaluer mon lectorat mais… je le situe entre 8000 et 10000 par mois, parfois plus - ce qu’on appelle les « visiteurs uniques » -, en audience cumulée sur les trois sites suivants : 20-minutes, Agoravox et Le monde.fr.

     

    - Depuis huit ans, tu es très présent sur les réseaux-sociaux et pas simplement sur ces plateformes d'info.

    - C’est ma manière à moi de me démultiplier ; notion très importante avec Internet : si vous voulez qu’on vienne chez vous, il faut aller chez tous les autres. Aussi, je suis partout où il y a de la lumière... même celle d’une bougie. Chaque billet publié sur ce qu'on pourrait appeler mon blog-maître, celui de 20-minutes depuis que le Nouvelobs a fermé sa plateforme blog que j'ai occupée dix années durant, fait l'objet d'une publication sur de nombreux autres sites.

     

    - D’où ton Pagerank de 5.   

     

    - C’a demandé pas mal de travail ; un travail à plein temps : il faut pouvoir intervenir sur l'actualité, avoir un avis sur tout ou presque... Même si je cible en priorité les sites à forte audience.

    - Et les sites qui traitent de littérature ?

    - La plupart de ces sites n’acceptent pas de contributions extérieures. Ces sites sont fermés ; ils fonctionnent en vase clos ; de plus, ce sont des sites très confidentiels, à faible, voire très faible audience. Sinon, j'interviens régulièrement sur Exigence littérature.

     

    - Pour reprendre cette idée de « démultiplication »… tu interviens sur les sites tantôt en tant que contributeur, ou bien alors, tu utilises la fonction « commentaire »…



    - Avec cette fonction propre à Internet, j’interviens sur les journaux en ligne à partir de leur publication sur Facebook...

     

    - Tes interventions vont bien au-delà du simple commentaire. Il est plutôt question de rebond ou de prolongement…

    - On répond à un texte par un texte. C’est ma position en ce qui concerne le "commentaire" ; commentaire qui peut occuper une place qui ne lui est pas destinée, et ce faisant devenir le centre d'une parution dont le contenu initial se trouve renvoyé à la périphérie.

    - Le commentaire peut alors devenir le nouveau centre d’attention ?

     

    - C'est ça. Une seule règle néanmoins : il faut respecter le sujet traité par le billet.


    - Ta démarche peut être à l’origine de quelques tensions...

     

    - C’est le risque. Tensions du côté de l’auteur du billet original ou bien, des internautes qui interviennent, eux, sous la forme concise du commentaire. Faut bien dire qu’il y a sur Internet et les sites généralistes à forte audience, un refus de tout ce qui est disons écrit ou étoffé ; sur Internet, on aime la concision, et donc  les commentaires courts. C'est sans doute la BD qui est responsable de cette situation ; la BD et ses effets sur deux générations ainsi que les méthodes d'enseignement du français ; les nouveaux outils de communication sont aussi en cause ; pour faire court : l'hégémonie irréversible de l'image et du son, et par voie de conséquence... les problèmes que rencontrent les internautes quand il faut passer à l'écrit.


    - Avec Internet, le niveau est toujours un problème, non ?

    - C'est vrai : on y trouve pas que des as de l'écrit ou du raisonnement. Mais... il faut le dire : Internet permet à nombre d’auteurs, d'artistes et de créateurs à la marge des milieux culturel, artistique et médiatique de s’exprimer ou de présenter leur travail ; et ces internautes-là représentent de surcroît près de 99% de ceux qui créent ; et j'en fais partie. Internet est aussi là pour pallier la disparition de ce qui s’est longtemps appelé « Le café du commerce » : lieux où l’on pouvait dire ce qu’on pense, donner son opinion quelle qu’elle soit ; ces lieux ont pratiquement disparu. Internet a pris le relais ; une différence de taille quand même : avec Internet, la parole libérée est souvent une parole anonyme, sans nom ni visage...

     

    - D'où les excès.

     

    - Et qui plus est : une parole formulée dans l'instant, dans l'humeur ; une parole sans recul qui se propage à une vitesse vertigineuse auprès d’une audience potentiellement illimitée.

     

    - Toi-même, comment gères-tu les commentaires des internautes ?

     

     

    -  Sur le Monde.fr et sur Agoravox, je peux gérer les commentaires. En règle générale, je valide tous les commentaires – quelle que soit leur longueur -, sauf les insultes et les commentaires incompétents ou de mauvaise foi. Dans l’ensemble, les commentaires que l’on me soumet sont plutôt constructifs, même sur DSK ou sur Alain Soral et alors que cet auteur fait l’objet d’une haine inextinguible ; ainsi que Dieudonné qui garantira des records d’audience à quiconque poste un billet à son sujet. Sur Godard, Eastwood, Marc-Edouard Nabe et Bayrou, j'ai essuyé quelques insultes. Comme quoi, il y a encore des gens intouchables !

     

    -  Quelle est la fréquence de tous ces commentaires ?



    - Toutes les études le montrent : moins de 10 pour cent des lecteurs-internautes laisse un commentaire. Ce pourcentage semble invariable.



    - Beaucoup se plaignent d'Internet. A son sujet, ils n’hésitent pas à parler de "poubelle".

    - Les critiques les plus virulentes ont pour origines ceux dont la notoriété est antérieure à Internet ; notoriété qui repose sur la télé, la radio et la presse écrite. Et puis, il faut bien aussi mentionner cette caste médiatique qui, depuis toujours, prétend au monopole de l'analyse et du commentaire ; et cette caste médiatique découvre avec Internet qu’elle est loin de faire l'unanimité auprès d'un public spectateur-lecteur-auditeur-critique avec lequel elle n'avait, jusqu'à présent, aucun contact direct ; protégée qu'elle était, aujourd'hui cette caste accepte mal la liberté d'opinion. C’est la raison pour laquelle elle a recours au rejet et au mépris.

     

    - Quels sont tes billets qui ont rencontré le plus de lecteurs ?

     

    - Un billet sur Dieudonné, un Billet sur le PS et puis un autre, sur l’affaire Fofana.

     

    - Et la censure ? As-tu eu à t’en plaindre ?

     

    - Sur Internet, c'est une constante : plus un site touche un large public, plus il est liberticide ; le niveau de tolérance est vite atteint. Sur le Net, il s'agit surtout de censure préventive : dans le doute, on préfère bâillonner le blogueur. Pour exercer cette censure, la grande majorité des hébergeurs qui n'a pas les moyens de contrôler tous les contenus se repose sur la délation par l'intermédiaire de la fonction Alerter (ou avertir - bel euphémisme pour dénoncer) ; en un clic on alerte, celui qui dénonce restant anonyme : pas de visage ni de nom ; juste une adresse IP. Sur Facebook, ce sont les "community managers" qui censurent ; très vite, ils interviennent que ce soit France Culture ou Atlantico ou bien encore Marianne : tous censurent ce qui ne convient pas à leur ligne éditoriale 

     

    - J'imagine... ils doivent tous s'en donner à coeur joie !

     

    - On peut dire ça, oui. Cela dit, l'ironie est la suivante : je me suis fait "jeter" à deux reprises : de la plateforme "RFI - atelier des médias" et de Médiapart... et détrompe-toi, non pas pour mon soutien à la dissidence (Soral, Dieudonné et d'autres) mais pour avoir critiqué ces deux médias : RFI à propos de la France-Afrique, et Médiapart à propos de l'incompétence de sa rédaction en politique internationale et plus particulièrement, en géopolitique. RFI à supprimer toutes mes contributions qui représentaient plusieurs années de collaboration. Médiapart les a toutefois maintenues.

     

    - On a évoqué ton audience sur Internet. Qu'en est-il de tes ouvrages ?

     

    - Depuis la mise en ligne progressive de mes titres sur Amazon, j'en suis à un moyenne de 600 exemplaires par titre.

     

    - C'est plutôt encourageant non ?

     

    - Comme on a pu le voir avec les commentaires, les ventes représentent grosso-modo un peu moins de 10% de l'audience. Aussi, si 10% des lecteurs laisse un commentaire, il semblerait qu'il y ait le même pourcentage qui achète mes ouvrages.

    - Seule solution pour augmenter les ventes : augmenter l'audience.

    - En effet.

     

    - Cela dit, pourquoi ce faible taux de retour sur ton "investissement", si j'ose dire : investissement  dans la toile en général et dans ton blog en particulier ?

     

    - Plusieurs raisons ; j'en retiendrai deux : parmi les lecteurs de mon blog, les plus nombreux viennent simplement pour y lire ce que j'ai à dire sur tel ou tel sujet plus ou moins d'actualité ; tous ne viennent pour y découvrir de la littérature, la mienne en l'occurrence ; Et puis, tous n'en lisent pas. Quant aux autres, laisse-moi éclairer un aspect parfois négligé, pourtant primordial de la lecture ou de la non-lecture d’une œuvre à l’égard de laquelle tout lecteur serait tenté de se détourner d’instinct, avec à l’esprit cette considération imparable et fatale à tout auteur non estampillé écrivain : à quoi bon la lecture d’un texte dont on n’est pas assuré de la légitimité

    - Un peu comme la signature sur un tableau ?

    - Oui.

    - Et cette légitimité, où le lecteur ira-t-il la chercher ?

    - Le lecteur ira la chercher dans un premier temps, auprès des éditeurs (un ouvrage estampillé Gallimard jouira d’une légitimité et d’un prestige incomparables), et dans un second temps : auprès des critiques, des éditorialistes, des commères en tous genres, magazines, radios, télés, bien évidemment. Et si par malchance l’auteur et son texte n’ont pas été validés par une bonne partie de tout ce beau petit monde, le lecteur aura très vite le sentiment de perdre son temps en s’adonnant à une lecture pour rien ou pour si peu ; une lecture et un livre pour personne sinon les proches de l’auteur. Quant à la critique... elle n'achète pas les livres qu'elle couvre, aussi, ceux qui sont auto-édités passent automatiquement à la trappe. La critique se repose uniquement sur le service de presse des éditeurs ; ce sont eux qui décident de ce que la critique lira ou ne lira pas.

     

    - Ce regard des lecteurs et de la critique sur les auteurs auto-édités peut-il changer un jour ?

     

    - Ca prendra du temps.

     

    - Que penses-tu de l’expérience de Marc-Edouard Nabe et son anti-édition dont on nous a rebattu les oreilles ?

     

    - Rien à dire de particulier. Ce que Nabe appelle l’anti-édition est une formule pompeuse et creuse que tous les imbéciles autour de lui – et on me dit qu’ils sont nombreux -, ont reprise. Si Nabe fait de l’anti-édition, il s’agit tout bêtement d’édition anti-éditeurs et anti-libraires : anti-FNAC disons. No big deal ! La véritable anti-édition signerait l’arrêt de mort du livre et de l’écrit au bénéfice d’une littérature orale ; une littérature de l’ouïe, une littérature du bouche à oreille qui se déclamerait sous (ou derrière) le « masque ». La seule originalité de la démarche de NABE c’est son passage de l’édition à compte d’éditeur à l’édition à compte d’auteur, même si les éditeurs l'ont un peu aidé puisqu'il n'en trouvait plus. Nabe fait simplement de l’auto-édition mais… avec un siècle de retard : l’auto-édition de Nabe date d’une époque où les auteurs devaient payer leurs exemplaires avant de les écouler auprès de leurs lecteurs. Nabe n’a manifestement jamais entendu parler de l’impression papier à la commande qui se pratique sur le Net depuis quelques années maintenant ; système d’impression dans lequel l’auteur n’a rien à débourser, excepté le lecteur lorsqu’il commande un ouvrage.



    - Tu as recours à Amazon

     

    Amazon gère toute la chaîne de l’édition : de l’impression à la facturation et l’envoi du manuscrit commandé par le lecteur. En ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage - mise en page et mise en forme -, l'auteur contrôle tout à la virgule près. On peut aussi à tout moment effectuer des corrections, des modifications... le livre que reçoit le lecteur étant la dernière version chargée par l'auteur sur l'interface de l'imprimeur.

    - Tu veux dire qu'aujourd'hui, il peut circuler des versions différentes de chacun de tes titres ?

    - Je parlerais de corrections ou de modifications mineures en ce qui me concerne, même si des changements majeurs sont possibles. C'est bien de savoir que l'on peut toujours intervenir sur ses textes. Rien n'est figé, jamais, avec Internet et ce système d'impression papier à la demande ! Ensuite, je n’ai qu’à toucher la part qui me revient sur le prix de vente. Avec ce système de publication, l'auteur est vraiment rémunéré ; et le prix de son livre n'en est pas plus élevé pour autant.

     

    - Rien à voir avec les 8% d'un éditeur donc !

     

    - Et plus encore quand il s'agit d’un éditeur qui n’a pas les moyens de faire connaître les ouvrages qu’il publie. Franchement, je ne vois pas comment des auteurs peuvent encore aujourd’hui accepter les conditions qui leur sont faites  ; et notamment la cession à vie et au-delà, des droits sur leur propre travail, sur leur sueur et leur sang ?! Et en échange de quoi, franchement ? Disons les choses : des pans entiers de l’édition ont longtemps eu pour occupation principale la chasse aux subventions ; notamment les petits-éditeurs-sangsues de la province, gérants-salariés de leur propre maison, installés dans des communes aux codes postaux du type 64258 ou 34878 ou bien encore 12145 (ne cherche pas : ces codes sont fictifs), bien au vert dans des hameaux, des villages et autres lieux-dits, un salaire confortable en fin de mois, le tout sur le dos des auteurs qu’ils éditent et qui ne verront jamais leurs livres dans les bacs des points de vente qui comptent. Nul besoin de le déplorer, personne n’aurait pu soupçonner qu’ils y étaient… puisque ces éditeurs n’ont pas les moyens de faire connaître les ouvrages qu’ils éditent. Sans oublier le fait suivant : compte d’éditeur ou d’auteur, n’est-ce pas toujours l’auteur qui paie la fabrication et la diffusion de son livre ?! Pourquoi crois-tu qu’un éditeur donne 8% à son auteur ? 8% du fruit de son travail ? Où donc sont passés les 92% restant ?

    - On parle depuis quelques années maintenant d'une crise du livre…

    - Est-ce vraiment le livre qui se porte mal ou bien les éditeurs ? Et plus particulièrement ceux qui n’ont pas les moyens de faire connaître les livres et/ou les auteurs qu’ils éditent ? A l’avenir, je crois que les éditeurs qui ne seront pas capables de “rapporter” des lecteurs à leurs auteurs auront du souci à se faire. Avec Internet et l'impression numérique à la commande, l'auteur pourra voler de ses propres ailes.

    - Tu veux dire qu'Internet lui fournira des lecteurs ?

    - Oui. Même si cela demandera de la part de l'auteur, un travail quotidien pour développer sa notoriété et sa crédibilité : sites, plateformes communautaires, forums...

     

    - Tu penses que d’ici peu, le seul intermédiaire “toléré” par les auteurs entre un livre et son lecteur sera l’imprimeur, et seulement l’imprimeur ?

    - C'est fort possible à moyen terme pour les auteurs dont les livres sont appelés à occuper un petit segment du marché ; et plus ce segment est limité, plus l'auteur a besoin d'un pourcentage de rémunération élevé : seule l'auto-édition est capable de le lui garantir.

     

    - Sujet à suivre donc…

     

    - Même si la course s’annonce bien plus courte qu’elle n’en a l’air ! D’ici dix ans, ce sera plié.

     

    - Sinon, tu comptes sortir combien de titres ?

     

    - 18 au total. Une quinzaine d'entre eux est en ligne et peut être commandée sur Amazon dès maintenant.



    - Alors, ce bilan ?

    - Positif ; encourageant. On ne lâche rien. On continue : de l'audience, encore de l'audience, toujours plus d'audience ! Et je salue ceux qui me lisent, et doublement ceux qui me soutiennent :  et je les salue tous fraternellement et même... confraternellement."

     

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