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  • Philippe Muray... inattendu

     

    La patience est toujours récompensée... même en lecture !

    Une perle d'analyse de Philippe Muray sur un sujet inattendu : le roman.

     

    ***

     

                   Extrait de "Après l'Histoire" page 470 à 473 - Editions Gallimard - collection Tel.

    Librement adapté par votre serviteur.

     

                   Le roman est inséparable, dans son histoire propre, de l'Histoire elle-même, autrement dit... inséparable du long moment où se sont opérées la chute des dieux et la désagrégation de tous les absolus ; par conséquent, l'effacement actuel de l'Histoire (redoublé par la négation acharnée de cet effacement) place le roman dans une situation pour le moins inédite.

    Le roman n'aurait pu surgir ni se déployer sans cette chute et cette désagrégation qu'il n'a cessé d'orchestrer sous de multiples formes ; et il demeure la plus haute, la plus drôle, la plus riche manifestation qui soit de la rupture du genre humain avec l'éternité, ou plutôt de la naissance réelle du genre humain par ce divorce avec l'éternité, et de l'entrée de celui-ci dans le temps irréversible.

    Le roman, qui est le tombeau de l'absolu (et, corrélativement, le berceau de l'individualité), ne peut que se retrouver dans une opposition violente dès lors que son antique ennemi est de retour non plus sous l'apparence de Dieu, bien sûr, mais par exemple, et en attendant mieux sans doute, sous l'apparence de l'indifférencialocratie, du césarisme synonymique ou du despotisme de clones qui ne représentent que des fausses luttes et des fausses oppositions destinées à masquer le fait qu'il n'existe plus de choix.

    Le roman se retrouve à présent, comme il y a des siècles, et sans doute comme toujours, dans un environnement qui ne peut que lui être hostile.

     

                     Si le roman a été le tombeau des anciens absolus, et si l'absolu est maintenant de retour dans ses habits neufs, il est normal que cet absolu ressuscité considère l'art romanesque, et avec lui toutes les menaces de liberté, d'imprévisibilité, d'indiscipline, comme autant d'écarts par rapport à l'absolu que le roman implique, avec la même haine que les anciens absolus.


    Ce que l'on a appelé, il y a quelques décennies, la "crise du roman", sans jamais pouvoir l'ausculter jusqu'au bout puisque ses analystes étaient en général complices, ou compagnons de route du mouvement qui était en train de mettre le roman "en crise", n'a été que l'annonce d'une confrontation décisive mais encore à venir car, c'est aujourd'hui que le roman, pour la première fois dans son histoire, doit affronter la fin de l'Histoire.

    Le roman n'existait pas du temps où l'Histoire n'existait pas non plus. Maintenant il existe ; ou, du moins, il a derrière lui une longue histoire. Mais l'Histoire, elle, n'existe plus.

                     Aussi, notre époque a le plus haut intérêt à vendre littérairement le contraire de ce qu'elle fait exister : l'apparence de la liberté, de prétendus particularismes... un temps non encore écrasé sous la violence du temps mondial appliqué à faire disparaître toute singularité.

     

     

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  • Philippe Muray ou la réhabilitation de l’intolérance

    Philippe Muray.jpg

    Quatre ans après sa mort, l'écrivain et polémiste, dont on publie les «Essais», n'en finit pas de conquérir des adeptes.

     

    ____________________

     

    Après plus de 2000 pages de lecture de cet auteur... lecture de ce qui, pour faire court, s'avère être une critique apocalyptique de tout ce qui n'est pas Philippe Muray...

     

    Ou comment cultiver l'art de jeter le bébé avec l'eau du bain et la baignoire avant de dynamiter la salle de bains et la demeure qui l'abrite, dans un... « Après-moi le désert ! » non-assumé faute de pouvoir être consciemment revendiqué comme tel...

     

    Loin de toute tentative d'analyse d'aucune cause...

     

    Misanthrope sympathique dans le meilleur des cas, ou bien aversion profonde pour le genre humain, dans le pire, et plus encore quand ce dernier n'a pas pour maître à penser un certain Philippe Muray (il faut toujours accueillir avec prudence les auteurs qui citent Céline à profusion, non pas pour son style mais bien pour ce qu'ils croient être sa "pensée)...

     

    Ce qui fait de Philippe Muray ce qu’il est, ce ne sont pas tant ses choix "politiques" que le refus (ou bien l'incapacité) de comprendre la nécessité historique de ce monde dit "moderne" : tout ce qui nous y a conduits et continuera de nous y conduire ; même si l'on peut avoir de bonnes raisons de refuser, en totalité ou en partie, d'adhérer à cette "modernité"…

     

    Mais… vous remarquerez que l'on peut toujours en concevoir une autre !

     

    Un Muray incapable donc de proposer un avenir quel qu’il soit. En panne Muray ! De là sa frustration, son acharnement sur le présent et la violence de ses positions.

     

    Et ceux qui, aujourd’hui, se réclament de cet auteur sont très certainement tout aussi en panne d’avenir que lui ; individus dont le tempérament – et ça existe : la preuve ! -, leur a fait très tôt prendre conscience qu’ils étaient nés tout simplement trop tard dans un monde décidément beaucoup trop jeune pour eux : d'où leur prédilection pour la thématique "Fin de l'Histoire"...

    Et sans doute était-il là... question, tel un effet boomerang imprévu et insoupçonnable en eux, de leur propre fin à tous.

     

    Quant au "dernier homme" (der letzte Mensch) de Muray, homme post-historique venu tout droit de chez Nietzsche et de son Zarazaza (autre dada de Muray), vraiment, si l'Histoire nous est d'un enseignement quelconque (même très quelconque), ce n'est sûrement pas demain la veille que notre espèce cessera de déjouer les prophéties les plus talentueuses.

     

    Non ! Ce qui fait de Muray ce qu’il est en tant qu’auteur (et non en tant qu'intellectuel car, il n'y a pas de « pensée Muray » mais bien plutôt des idées, des opinions « à la Muray »), c'est le caractère exclusivement a-politique ou anti-politique de ses choix, et ce à chaque fois qu’il est question de l’organisation de notre existence en société (pour ce qui est de la politique, se reporter à la définition d'Arendt); caractère qui nous renvoie à l'Ancien Régime, sinon au moyen-âge (oui ! sans rire) ; ou bien, plus proche de nous, à la "Révolution Nationale" d'un certain Pétain (à chacun ses casseroles !).

     

    ***

     

    La plus grosse erreur (1) de Muray aura été de s’être laissé abuser et vampiriser tel Frankenstein, par sa propre création… Homos Festivus, jusqu’à penser qu’il s’agissait là d’un vrai projet de société et qu’il y avait, par conséquent, péril en la demeure ; projet durable qui recueillerait l’assentiment et le soutien sinon de la quasi-totalité, du moins, d’une importante majorité des électeurs (électeurs ou pas)...

    Notre auteur, et parce que cela l’arrangeait, feignant d’ignorer que l’Homme sera toujours plus que ce qu’il croit savoir sur lui-même qui n’est - le plus souvent -, que ce que l’on a daigné lui enseigner ou bien, ce qu’on lui a laissé espérer... pour lui-même.

     

    Quant à Delanoë, Maire de Paris, sa cour, son électorat bobos et leur influence supposée, fallait-il vraiment y consacrer autant d’années et autant de pages quand on sait que tout ce beau petit monde représente tout au plus que quelques centaines de milliers d’individus confinés, parqués dans une capitale qui ne nous appartient plus depuis longtemps déjà – Chirac n’ayant eu besoin de personne pour inaugurer cette dépossession.

     

    1 - Erreur qui trahit une méconnaissance profonde des conditions de vie des classes populaires et des petites-classes moyennes de la banlieue parisienne et de la province rurale et urbaine. Muray aurait-il été, à son insu, plus parisien dans ses analyses que tous les parisianismes réunis - et notamment celui de ses adversaires idéologiques ?

     

    ***

     

    Qui peut aujourd’hui douter du fait que si Muray avait été « au pouvoir », ses ennemis idéologiques n'auraient jamais pu bénéficier de la liberté d'expression et de publication qui fut la sienne ?!

     

    Homme d’obsessions – la principale étant la sexualité, et plus particulièrement celle des autres… à la sexualité tout autre), on notera chez Muray l’absente de compréhension et de compassion à l’endroit de quiconque ne partage pas ses choix d’existence…

     

    Car, le principal moteur de cet esprit hautement critique (critique plus que nécessaire, on en conviendra car, quiconque aujourd’hui n’est pas en colère est soit un salaud, soit un imbécile soit un escroc) aura été son intolérance congénitale jusqu’à l’aveuglement, telle une infirmité...

     

    Intolérance qui a très tôt, et très certainement, décidé de tout. Et seule la mort a été capable de l’en délivrer (2).

     

    Aussi…

    Si l'on doit comprendre pourquoi Muray a fait cette oeuvre-là et pas une autre, reste à étudier, l’origine de cette intolérance (haine ?!) auquelle il a consacré toute son énergie créatrice, tout son talent et toute son intelligence aussi incontestables que rares.

     

    Intolérance jamais assouvie de son vivant parce que… jamais rassasiée.

    .

    2 -Vraiment, on est en droit de s’interroger sur le fait de savoir si des gens comme Muray ont eu vingt ans, ne serait-ce qu’une fois… et ce qu’ils en ont fait !

    Absence de don pour la vie ? Muray se vante d’avoir lu très tôt Céline ; cette inclinaison aurait dû alerter notre auteur et ses proches car, avec Proust, Céline est certainement un auteur que l’on ne devrait jamais lire avant 50 ans, sinon bien plus tard encore, lorsque, par exemple, le moment est venu d’aller chercher chez ces auteurs (et chez d'autres) sa propre terminaison dans une lecture-tombeau, dernière sépulture de vie pour des lecteurs convalescents et agonisants de l’existence.

     

     

    ***

    .

    Ironie suprême... bien que relative... car les exemples ne manquent pas : cet auteur s'est voulu l'avocat de l'altérité et de la différence contre l'uniformité du monde alors que tout dans son œuvre laisse à penser que Muray avait beaucoup, mais vraiment beaucoup de mal avec tout ce qui n'était pas lui-même... Philippe Muray.

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