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négritude

  • Patrick Chamoiseau : Closerie des lilas, prix Goncourt, attentats et terrorisme

     

                    Auteur né à Fort-de-France en1953, théoricien de la créolité après la négritude de Césaire mais loin d'une négritude à la Kémi Seba, (qui peut le moins peut le plus ! Même si ce "plus" tarde à venir... sans doute parce qu'à chaque jour suffit sa peine !) prix Goncourt en 1992 pour son roman Texaco, Patrick Chamoiseau prend la parole au lendemain des attentats de Nice :

     

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                   "Le vieux Guerrier me dit : la diabolisation de l’Islam par la totalité du monde occidental en fait un champ de projection hyper-attractif pour toutes sortes de sociopathes, de désaxés et de malades mentaux en pleine souffrance existentielle.

    Dès lors, nous assistons à une « islamisation » des naufrages individuels, des précarités sans horizon et des fragilités psychiques. On n’est pas en échec, on est islamisé. On n’est plus insignifiant, on est islamisé. On n’est plus malade, on est islamisé...

    Autour du phénomène, Daech (ses spectres, son brouillard magnétique, ses ombres labiles et ses reflets) n’a plus qu’à jouer la mouche du coche, nourrissant ainsi (en une boucle infernale) les curées médiatiques, les émotions obsidionales, les régressions sécuritaires et... l’islamisation de toutes les rancœurs.

    Et comme plus personne ne sait rien de l’Islam, les démesures se font absurdes, la diabolisation gagne... Quant à l’islamophobie, elle s’érige désormais en étendard intellectuel et en signe d’un courage flamboyant."

                                                               - Patrick Chamoiseau, 15 juillet 2016

     

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                 Qu’il soit ici permis de répondre succinctement à Monsieur "L'élection d'Obama est un miracle" comme l’auteur a pu le déclarer en 2009 à propos de l’élection de Barack Obama à la Maison blanche alors que cette élection n’était qu’un leurre, qu’un gigantesque écran de fumée car plus blanc que ce Président des Etats-Unis, tu meurs ! Et comme un fait exprès, nombreux sont ceux qui, noirs de peau, moururent.

    De plus, qui a dit que l’on ne doit jamais juger un individu sur la couleur de sa peau ? Ceux-là mêmes qui luttent à juste titre contre les discriminations et le racisme négrophobe. Chamoiseau en faisait partie en 2009. Aussi, faut croire que ce jour-là, notre auteur façon « Closerie des Lilas » s’était montré plutôt distrait.

                    Qu’à cela ne tienne ! Chamoiseau récidive en ce sens que son intervention à propos des attentats de Nice passe à côté de la question, la seule qui vaille et qui rapporte, il est vrai, des ennuis : les causes du terrorisme qui frappe la France en particulier ; les causes et les responsabilités car compréhension ou pas de l'Islam et pour peu qu'il en soit question, en ce qui concerne l’actualité terroriste, il serait bien plus utile et urgent d’en dénoncer les causes tout en cherchant à établir les responsabilités ! même si c'est précisément là où les ennuis commencent Monsieur Chamoiseau, vous qui n'en avez jamais eus car, sans doute ne les aimez-vous pas tous ces ennuis !

    Aujourd’hui on ne court aucun risque à dénoncer une diabolisation de l’Islam toute relative qui plus est ! En revanche, on court un grand danger à s’attaquer aux causes de ce terrorisme qui nous frappe d’autant plus que la perversité des responsables de la situation dans laquelle nous sommes est totale : voyez comment les gouvernements occidentaux détruisent des pays musulmans avec la complicité d’Israël et des Monarchies du Golfe, financent et instrumentalisent des sectes telles que Daesch, tout en mettant en garde contre une éventuelle réaction violence anti-musulmane. Il est vrai que les soldats de Daesch composés ici en Europe de truands dont les cas relèvent le plus souvent de la psychiatrie plus que de la religion, musulmane ou autres, se chargent d’entretenir un tel risque : un backlash anti-Islam.


    Dans ces circonstances on pourra sans difficulté et sans hésiter adresser le reproche suivant à notre auteur : c’est de ne jamais courir quelque danger que ce soit. Or, aujourd’hui, c’est une exigence absolue que de se mettre en danger. Ou bien alors se taire.


                    Renvoyer tout le monde dos à dos comme Chamoiseau semble le faire, n’est certainement pas la marque d'une force intellectuelle susceptible de faire avancer notre compréhension de quelque phénomène que ce soit ; de même, dénoncer une diabolisation de l'Islam - diabolisation toute relative qui n'est dans les faits absolument pas à l'ordre du jour en Europe - à l'heure d'une auto-victimisation généralisée à outrance, choisir d'évoquer l'actualité qui nous occupe par le biais de cette "diabolisation" c'est réellement faire le choix de botter en touche... car, une fois encore, rappelons que la vraie question n'est pas la diabolisation de l'Islam alors que les auteurs des attentats ne sont pas reconnus comme Musulmans par les Musulmans eux-mêmes, …mais la question est bien plutôt celle-ci : pourquoi ces attentats.

    Merci Monsieur Chamoiseau de vous y atteler ou de garder le silence car, pour ce qui est de la diabolisation de l’Islam, les Musulmans savent en France, défendre une pratique religieuse respectueuse de la liberté d'autrui pour y adhérer massivement depuis des lustres ; et si une hirondelle ne fait pas le printemps, de même, quelques fanatiques et crapules ne seraient en aucun cas, condamner l’Islam d’Europe.

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  • Kémi Seba : le retour


                 Kemi Seba est sorti de prison.


                 Interpellé en septembre 2014, Kémi Séba était en France (il réside depuis 3 ans au Sénégal) pour présenter son dernier livre : Black nihilism.

    En octobre 2009, cet auteur avait été condamné à deux mois de prison avec sursis, avec mise à l’épreuve, par la cour d’Appel de Paris, pour violences en réunion. Le sursis avait été révoqué en octobre 2011, car Kémi Séba n’avait pas respecté les obligations de sa mise à l’épreuve. Il doit maintenant exécuter cette peine.


             Libéré, le Cercle des Volontaires lui tend un micro pour qu'il puisse s'exprimer en toute liberté.



                  Que les services français surveillent Kemi Seba sous prétexte qu'il représenterait une menace potentielle pour la sécurité publique, alors qu'un Mohammed Merah connu de tous les services et vivant en France,  a pu assassiner sept personnes dont trois enfants, plusieurs jours durant (1), avant d'être neutralisé... il n'y a pas de mot pour qualifier "la raison de cet Etat-là" !






     

    1 -  Ce commentaire peut signifier deux choses : 

    a) Nos impôts sont bien mal utilisés puisque la DCRI surveille celui qu'il faut ignorer et ignore celui qu'il faut surveiller.

    b)  L'Etat craint plus un Kemi Séba qu'un Mérah ; en effet, Mérah ne fait que tuer (avant d'être tué à son tour)..... Kemi Seba, lui,  explique les choses et sait se faire comprendre. Et c'est la raison pour laquelle, Kemi Seba est régulièrement jeté en pâture à la vindicte des journalistes et à une opinion publique médiatique unanime contre lui.

    Un activiste tel que Kémi Séba est très précieux à plusieurs titres car il permet aussi de révéler au grand jour une fausse gauche (majoritairement PS, mais pas seulement) incapable de penser l’autre, et plus encore lorsqu'à ses yeux, il semble tout autre : d'où parle-t-il, d'où vient-il, qui est-il, et qui sommes-nous face à lui ?

    Sans doute, cette fausse gauche conseillera-t-elle à Kémi Séba de prendre sa carte au PS et à SOS racisme et pour les plus imaginatifs de cette fausse gauche, de rejoindre le FDG ?

    Et c'est alors qu'on réalise à quel point des hommes comme Kémi Séba ne peuvent compter que sur leur propre force.

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  • Pas de fleurs pour Kémi Seba

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                  A l'heure où des députés peuvent des années durant, et sans être inquiétés, être exonérés de l'impôt sur le revenu faute de déclaration, si d'autres peuvent en toute impunité financer leur campagne électorale avec de l'argent des puissances étrangères ou bien avec des rétro-commissions de vente d'armes, là encore, sans être inquiétés... pour ne rien dire du blanchiment de ceux qui oeuvrent au sein des réseaux pédo-criminels et autres - notables, élus, magistrats, policiers, industriels -, sans oublier toutefois une complaisance de tous les jours vis à vis de la LDJ (ligne de défense juive) et ses coups de force...

                 En revanche, à l'endroit de Kemi Seba, auteur et activiste panafricaniste né en France, la justice sera  d'une rigueur sans faille et d'une exactitude à toute épreuve, avec ou sans Christiane Taubira garde des sceaux !

    Indépendance de la justice à la solde du pouvoir économique et politique oblige, sans doute !

     

                   En effet, Kemi Seba a été incarcéré samedi soir ; il a été placé en détention selon des sources judiciaire et policière. Kémi Séba était en France (Kemi Seba réside depuis 3 ans au Sénégal) pour présenter son dernier livre : Black nihilism. En octobre 2009, cet auteur avait été condamné à deux mois de prison avec sursis, avec mise à l’épreuve, par la cour d’Appel de Paris, pour violences en réunion. Le sursis avait été révoqué en octobre 2011, car Kémi Séba n’avait pas respecté les obligations de sa mise à l’épreuve. Il doit donc exécuter cette peine.

     

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                  Jour après jour, les agissements de la présidence Hollande et du gouvernement Valls nous confirment un ralliement sans esprit de justice à la raison du plus fort... raison qui ne souffrira aucune contestation !

    L'étau se resserre donc autour de ce qu'on pourra appeler la dissidence :

     

                  Pour rappel : une dissidence qui a pris pour cible une pensée unique qui se déploie autour d’un projet mondial qui ne souffrira aucune contestation : ici… la menace du chômage (d'où l'unanimité de médias et de leurs salariés précaires ou richissimes contre cette quenelle), ailleurs… celle des bombes contre quiconque s’y oppose : individus, peuples et Etats :

     

    - Dévastation des nations, des cultures, des coutumes, des usages et du contrat social et autres compromis au nom d'une mondialisation pour laquelle les êtres humains ne sont que des ventres à remplir (ou des Peuples à affamer, c’est selon... leur niveau de soumission ou de résistance !), et du temps de cerveau disponible à distraire jusqu'à l'abrutissement...

     

    -  Diabolisation de tout individu qui refuse d'adhérer à l’univers conceptuel de cette mondialisation ; individu dissident qui se verra alors qualifier, au choix, de... fasciste, raciste, antisémite, complotiste paranoïaque, nationaliste, populiste, homophobe, démagogue anti-européen et anti-américain...  

     

    - Instrumentalisation de la culture arabo-musulmane en générale et de l'Islam en particulier (foulard et pratiques religieuses) aux fins de condamner des quartiers entiers à une marginalisation irréversible, ici en France et en Europe.

     

    - Hégémonie d’une alliance américano-israélo-saoudienne (La Grande Bretagne et la France comme supplétifs) qui a pour seul programme :  la captation et le pillage des ressources ainsi que le vol de la terre, sans oublier "la casse" des pays récalcitrants et les bombes contre les gouvernements et les Peuples qui s'y opposent...

     

    - Tentative de marginalisation de la Russie ; politique qui consiste à faire le choix de soutenir le dissident milliardaire Khodorkovski aujourd'hui résident en Suisse contre le lanceur d'alerte (héros ?)  Edward Snowden résident provisoirement sur le sol russe, aujourd'hui "apatride" et sans un sou, auquel toute l'Europe a refusé l'asile politique...

     

    - Chantage à l’antisémitisme et bannissement contre quiconque critique publiquement la politique d’Israël ; un Etat qui n'a aujourd'hui plus rien à envier à l'Afrique du Sud du temps de l'Apartheid  et dont la politique jouit ici en France du soutien et de la complicité de l’Etat français au plus haut niveau - une alliance qui nous salit davantage chaque jour -, avec en prime l’exploitation du génocide juif à des fins économique, politique et géostratégique...

     

    - Conditionnement des esprits à une nouvelle guerre froide  dans un face à face USA-Chine pour le plus grand profit du complexe militaro-industriel occidental...

     

    - Construction d’une Europe-instrument d’une mondialisation sans honneur ni justice qui n’est dans les faits qu’une guerre contre les salaires et les acquis sociaux...

     

    - Mise en concurrence de tous les salariés à une échelle tant locale qu’européenne et mondiale...

     

    - Mise à mort subreptice, ici en Europe, de la liberté d’expression et de la démocratie, à grand renfort d’instances tutélaires sans légitimité démocratique (fonds, banques, commissions, organisations) ainsi que de technologies de la surveillance et du contrôle de millions de citoyens.

     

    - Neutralisation de tout esprit critique en faisant peser sur ceux qui n'ont pas renoncé, le discrédit du ressentiment, de la jalousie, et pire encore : de l'envie.


    - Passivité de tous les médias dominants, et ce sans exception : de France Culture à RTL, de Charlie Hebdo au Figaro... de TF1 à Arte au sein desquels s’exerce sans vergogne un chantage au chômage contre quiconque s’opposerait à une telle soumission ; médias qui ne se font plus que l’écho d’une idéologie au service d'un monde unique, un monde sans altérité aucune.

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  • Masque blanc sur peau noire

     

             En réponse à l’ouvrage de Frantz Fanonactualité,politique,fanon,césaire,singhor,négritude,antilles,afrique : "Peau noire, masques blancs" écrit en 1952 - chapitre 3 : l’homme de couleur et la blanche.

     

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                Si aujourd'hui on peut être encore tenté de penser que le l'homme noir existe bel et bien, et avec en lui la résonance de rythmes sans âge et une métaphysique de forces spirituelles au caractère tellurique qui prennent leurs racines en Afrique et/ou aux Antilles...

     

    En revanche, il semble que l'homme blanc, lui, n’existe que dans la mesure où il incarne la modernité, c’est à dire : la science, la technique et le droit - droits de l’homme depuis les lumières et les révolutions américaine et française, et plus tard, le droit du travail né des luttes ouvrières du 19è siècle... sans oublier l‘Artiste pour une lecture critique ou complaisante de cette même modernité.

     

    Frantz Fanon - Serge ULESKI 2.gifAussi, quand l'homme noir tente de se rapprocher de cette modernité avec le souci majeur d‘améliorer sa condition, celle de sa famille, et pourquoi pas - lorsque l’ambition politique s’en mêle -, celle de son pays aussi, n'est-ce pas lui faire injure de ne voir dans cet homme qu’un névrosé qui tente de faire taire en lui le sentiment d‘infériorité qui l‘habite depuis sa naissance par le biais d'une “déracialisation complète” dans l'espoir d'une égalité totale avec le Blanc ?

     

    .(quand on sait que la modernité à laquelle il aspire n'est plus la propriété exclusive du Blanc depuis longtemps déjà...)

    Pas plus que Frantz Fanon qui choisira de faire des études de médecine (celle de l’homme blanc ?!) avant d’occuper le poste de médecin-chef de l’hôpital psychiatrique de Blida dans les années 50,  - il n'a pas choisi la voie d'un Marabout visitant à dos d’âne les bleds de la région à la recherche d’une âme à soulager -, cet homme n’a le désir de renier le fait qu‘il est noir pour mieux porter un masque blanc...

    Car, il n'a qu'une ambition cet homme noir : s’ouvrir à l’infinité de tous les possibles.

    N’en déplaise à ceux qui souhaiteraient déterminer cet homme noir sans qu'il ait son mot à dire sous prétexte qu'ils se savent habiter par un niveau de conscience politique supérieur à la moyenne de ceux qu'ils souhaitent sauver de l'ignorance et de la soumission : l’Homme sera toujours plus que ce qu’il croit savoir sur lui-même qui n’est - le plus souvent -, que ce que l’on a daigné lui enseigner ou bien, ce qu’on lui a laissé espérer... pour lui-même.

     

     

    P.S.

     

    Noir & Blanc : un nouveau paradigme est-il possible ? Non seulement il est possible mais il est surtout nécessaire.

    Certes, l’œuvre de Frantz Fanon qui a beaucoup,  à  tort,  usé de l’opposition blanc/noir a l’excuse d’être antérieur à la dé-colonisation ; processus historique qui nous a poussé à faire un constat aussi dérangeant qu’ indéniable : le Blanc n’a jamais eu pour vocation d’ humilier ou d’exploiter le Noir mais… bien le puissant d’oppresser le faible, le riche et le pauvre.

    Aujourd’hui, difficile d’ignorer  le fait qu’un Noir – chef d’Etat ou pas -, est tout aussi capable d’exploiter ou de massacrer d’autres Noirs avec la même efficacité et le même aplomb qu’un Blanc. Dès 1952, Frantz Fanon aurait-il pu et dû le pré-sentir, tout médecin qu’il était, psychiatre de surcroît ?

     

    Il y a des paradigmes qui sont de véritables paravents… ils vous bouchent la vue aussi sûrement qu’un bâillon bâillonne et qu’un bandeau vous aveugle ; et c’est alors que l’on devient un penseur… colin-maillard.

     

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  • « Négritude et Négrologues » de Stanislas Spero Adotevi


             « Aucune race n’a été témoin de l’injure comme la race nègre »

    A. Césaire.


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                  Né en 1969 à Alger à l’occasion du premier festival culturel africain, finalisé en 1972, l’ouvrage de Stanislas Spero Adotevi « Négritude et Négrologues » sera la première tentative sérieuse d’analyse critique de la « négritude », ce concept élaboré dans les années 30, place de la Sorbonne, et c’est à noter, à mille lieux des crimes  de l’administration coloniales d'une Afrique « pouilleuse, ravalée et broyée » par deux forts en thème : Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire.

    Analyse critique car, pour l’auteur, il ne fallait plus penser le monde en général et l'Afrique en particulier en termes de races mais d’individus, de droits et de valeurs ; il est vrai que dans les années 70, la pomme de la discorde était entre les Africains et non plus entre des colons racistes et voleurs et les Noirs, race opprimée.

    A la fois onirique, symbolique et poétique, "la négritude » se voulait un concept capable de transformer une insulte courante (sale nègre !) en titre de gloire et d’orgueil. Né du déracinement (Senghor et Césaire étaient alors étudiants à Paris), élaboré hors-sol pour ainsi dire, en bord de la Seine - qu’il se soit agit de la rive gauche ne change rien à l’affaire -, loin de toute promiscuité avec les causes, ce concept avait comme faiblesse de faire l’impasse sur Hegel, Marx et Lénine : l’Histoire, la lutte des classes et l’action révolutionnaire.

    Si l'auteur qualifie " la négritude" de concept abstrait, il reconnaît et paie néanmoins sa dette lorsqu'il écrit : « La négritude n’en demeure pas moins le temps primitif de la renaissance africaine, une prise de conscience et une nouvelle littérature » avant de puiser à pleines mains dans l’immense bêtisier de Césaire, de Senghor et dans une moindre mesure (il arrivera plus tard) de Frantz Fanon accoucheurs de formules telles que « l’homme total africain » ou bien encore « l’intuition mystique propre à l’homme africain ». Sartre en compagnon de route de cette négritude, ne sera pas en reste... mais c’est moins grave car il s’agit d’un Blanc ; et puis, on ne se refait pas !

     

                  Pour tous ces poètes pris en flagrant délit de fureur narcissique, le Nègre est amour, innocent et heureux. Son royaume est celui de l’enfance. Il n’a donc pas changé depuis la création. Sous leurs plumes à tous, l'auteur réalise très vite que la négritude court le risque de devenir une mascarade, une avalanche de clichés grotesques, quand ils ne sont pas des lieux communs éculés et des théories les plus réactionnaires. Le danger est imminent : avec la négritude, le Nègre - senghorien en particulier - n’aurait donc pas sa place auprès du Blanc sur le terrain de la science et de la raison.


    Et l’auteur de lancer à la cantonade : « La réalité, celle qui appelle la restructuration du monde, est en effet affaire de révolution et non de bouillonnement poético-cosmique. La négritude c’est le dernier-né d’une idéologie de domination (1). C’est l’aboutissement de plusieurs décennies d’ethnologie européenne. »

    Ces poètes normaliens avaient tout simplement oublié que « les colonisateurs n’étaient pas des poètes mais des manieurs de sabres ». Et puis, n'avaient-ils tous fait que célébrer la langue de leurs m(M)aîtres, de la maternelle jusqu'aux palmes académiques ?

     

                Humour grinçant, ironique, une écriture loin de la Sorbonne et de ses incantations les plus fumeuses, l’auteur se moque et dénonce le Noir quand il cesse d’être pour mieux rêver ce qu’il n’est pas et qu’il n’a vraiment pas besoin d’être et de regretter non plus. Et l’auteur de s’exprimer en ces termes : « La négritude retrouvée du salut personnel d’un Césaire ou d’un Senghor, c’est de la névrose. »

    De ce fait, la course pour la reconnaissance de la dignité de l’Homme Noir s’avère sans objet.

    Il se moquera aussi de cette bourgeoisie blanche qui « après avoir bousillé l’homme » sur sa machine, ici en Occident, en appelle à « l’idylle de l’humanité et de la nature », là où, comme par magie...  l’Afrique et le Nègre apparaissent  inévitablement : on pensera aux Duhamel (Georges), aux surréalistes (ce qui n’enlève rien à l’apport colossal de ce mouvement), Picasso, Apollinaire, Sartre encore…

    A propos de l’esclave et du racisme anti-Noir, en relation directe avec "la négritude »  - insulte transformée en titre de gloire -, doit-on néanmoins affirmer avec l’auteur que l’esclavage n’est pas né du racisme mais bien plutôt le racisme de l’esclavage ? Les deux ne se sont-ils pas nourris l’un l’autre ? Après tout, les négriers se faisaient-ils une si haute idée de la personne humaine qui pouvait ou pas, à leurs yeux, habiter le Nègre ? Leur mépris racial ne devait-il pas se porter plutôt bien (tous n’avaient sans doute pas encore rencontré le Persan de Montesquieu) lorsqu’ils chargeaient  sur leurs bateaux des hommes et des femmes à fond de cales pour un voyage dont un sur trois ne connaîtra jamais la destination ?

    Ou bien, s’est-il agit d’un esclavage dans l’esprit d’un : « Rien de personnel là-dedans mec ! C’est juste que j’ai envie de me faire un paquet de blé sur ton dos ! »

    Car dans cette lutte pour la liberté, comme l'auteur nous le fait remarquer, il y avait  - et il y a encore aujourd’hui -, du Blanc dans le Noir et du Noir dans le Blanc ; une lutte pour soi avec l’autre en soi jusqu’à ce constat d’une lucidité qui frôle des sommets : «Va saisir chez le Blanc comment on peut vaincre sans avoir raison ».

     

     

              Avec Senghor, normalien académicien Président du Sénégal  - cet orgueil-là annonce toutes les trahisons -, Adotevi sera cinglant et plus encore, avec l’utilisation politique de cette négritude restée inachevée dans sa théorie, jusqu’à reprocher à ce mal-Président de ne s’être jamais arraché à l’esclavage : « La négritude de Senghor et de ses discours n’étaient rien moins que de la propagande gouvernementale à grand renfort de théories les plus usées sur les traditions africaines et l’âme noire ; propagande qui laisse devant sa faim un peuple expulsé de l’Histoire et qui aboutit  à le faire piétiner quand elle ne le paralyse pas dans sa marche. »

     

    La négritude sous Senghor devient alors une néo-cléricature opium du peuple : « C’est dans l’inadéquation aux problèmes africains que se trouve la clé des difficultés que soulève la négritude » (verdict sans appel), et son « socialisme à la sauce africaine » naîtra le plus sérieusement du monde de « la copulation entre des rythmes primordiaux de l’Afrique et des accords commerciaux fécondants de l’Europe ». Il s’agira d’un socialisme qui en rassurera plus d'un ; un socialisme de cœur et d’esprit mais... pas touche aux intérêts du continent européen !

    Ce qui n’arrange rien, car la négritude revêt alors les habits d’un en soi indépassable.

     

    ***

     

                En 1972, Stanislas Spero Adotevi proposera aux Afrcains le projet suivant : «A nous de régler intelligemment et sans les ethnologues européens dans un développement endogène, la question de la famille  africaine, la question des ethnies, celle des traditions, et enfin le problème des classes sociales, tout en sachant que la structure traditionnelle africaine est condamnée. Et ce dont nous avons besoin aujourd'hui, c’est des tracteurs et pas seulement de métaphores. »

                   Quarante ans plus tard, à l’heure d’une mondialisation vorace et impitoyable, il semblerait que cette problématique ait pris une dimension et une accélération gigantesques.

     


     

    1 - Après tout, peut-on faire remarquer sans provocation excessive qu'en Algérie, Frantz Fanon était médecin psychiatre (médecine de l'homme blanc !) et non Marabout à visiter à dos d’âne les bleds de la région à la recherche d’une âme à soulager !

    Senghor a pris sa retraite de Président du Sénégal sous la pluie, en Normandie : vaches normandes, concours hippiques, climat tempéré… visite des haras avec la Reine Elisabeth venue renouveler les effectifs de ses écuries. 

    Quant à Aimé Césaire, il sera maire de Fort-de-France, et passera le plus clair de son temps à distribuer du RMI à 70% des habitants de sa commune. Il ne partagera pas le destin d’un... disons... Che Guevara, c'est sûr !

     

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    adotevi,senghor,césaire,fanon,négritude,afrique,europe,colonialisme,esclavage,politique,mondialiation,actualitéBéninois, Stanilas Spero Adotevi est né en 1934. Il a enseigné la philosophie et l'anthropologie à Paris avant d'occuper de hautes fonctions à l'UNICEF. Il vit à Ouagadougou.

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