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nietzsche

  • La tentation de l’eugénisme : Michel Drac et ses auteurs

                  

     

                   Dans tout ce qui nous est présenté là par Michel Drac, et contrairement à ce qui est affirmé, il n'y a pas une seule information que l'on pourrait qualifier de "scientifique". Certes, il y a de l'histoire, de l'économie, de la sociologie, de la culture, de la statistique, de la psychologie, de l’ethnologie sans doute aussi mais pas de science ; et sûrement pas de génétique ni de biologie.

    Rien de surprenant à cela puisque le livre qui fait l’objet de la note de lecture de Michel Drac, - « Dysgénisme, la détérioration génétique dans les populations modernes » -  a pour auteur Richard Lynn qui n’est qu’un psychologue, c’est- à dire : vous et moi qui le sommes tout autant que lui… psychologues car pas plus bêtes que la moyenne de ceux que l’on dit plutôt intelligents, observateurs et perspicaces.

    Nous dire que les enfants des profs réussissent mieux que les enfants de parents de Moulinex... 

    Tout en omettant soigneusement de préciser que... contrairement aux pauvres, les riches transmettent non seulement un patrimoine matériel mais aussi un patrimoine sous la forme d’un environnement plus propice au développement intellectuel et autres de leurs descendants…

    Pour mieux conclure par ce qui suit : le QI des riches est statistiquement plus élevé que celui des pauvres…

    C’est sûr, nous n'avons pas besoin du soutien d'aucune science digne de ce nom pour en arriver à une telle conclusion.

    Rappelons au passage, car on ne le dira jamais assez manifestement, que le talent, l'intelligence, le génie ne sont pas héréditaires ni la bêtise : tous les enfants d'Igor Stravinski, de Bach, de Picasso, de Pissarro, de Marx, de Pasteur et de Einstein (fratrie de 3 et 9 enfants) nous l'ont salutairement prouvé. Ce qui nous a permis de passer à autre chose en musique, en peinture, en économie politique, en médecine et en physique même si l’on doit reconnaître en toute bonne foi que les marmots de tous les esprits supérieurs précédemment cités savaient très certainement se tenir à table, et ce bien mieux que ceux des pauvres.

    A la décharge de tous leurs descendants plutôt discrets donc, gardons à l’esprit les évidences suivantes : plus l’ascendant occupe le devant de la scène, moins on entend parler de sa descendance et moins celle-ci semble nourrir le désir d’emboiter le plus de leur géniteur ou génitrice plus connus sous les noms de père et mère car plus on parle de soi ou bien, plus l’on fait parler de soi, plus la voix de sa descendance peine à se faire entendre pour peu, et c’est pas certain du tout, que cette descendance ait quelque chose à dire.

     

                    N’empêche… continuons de dire les choses : cela n'aura échappé à personne, l'eugénisme est une vieille lune portée par des individus qui, comme un fait exprès, n'ont jamais soutenu - mais… est-ce un hasard ? - les politiques destinées à atténuer les conséquences dévastatrices de la pauvreté sur les êtres humains : conséquences économiques, psychologiques, culturelles et psychiques ; Hugo, Dickens, Zola, Engels dans "la situation de la classe ouvrière en Angleterre » de 1842, n’ont pas cessé de nous en parler pour mieux les dénoncer.

    Encore une fois, est-ce une coïncidence ce profil récurrent propre aux souteneurs de thèses eugénistes ?

    Plus anti-scientifiques et anti-intellectuelles que les thèses eugénistes (refus de la rigueur et refus de la recherche des causes derrière les effets), vous ne trouverez sans doute pas ! 

    Volontairement oublieuses de la corrélation entre les conditions d’existence et le niveau intellectuel et la bonne santé physique des intéressés – un corps robuste dans une tête bien faite -, toutes les thèses eugénistes ne sont qu’une immense illusion fruit d’un fantasme de toute puissance et de pureté auto-centrée car on l’aura aisément remarqué : il est souvent question de «  mon ethnie, ma race, ma culture… » contre celles de tous les autres : en effet, on n’a jamais vu un eugéniste blanc saluer la supériorité « génétique » d’un Noir ou d’un Asiatique - et vice versa : un Asiatique ( Japonais de surcroît) celle d’un Européen.

    Toutefois, auprès de tous les eugénistes ulcérés à l’idée d’une détérioration génétique  du patrimoine de l’humanité dont on doit pouvoir tenir responsables tous les damnés de la terre – nommément les exploités à la santé plus que précaire -, phénomène qui répond du nom de dysgénisme, risquons la prédiction suivante : il n'est pas certain du tout que le monde de demain ait  besoin de 8 milliards et plus d'individus au QI élevé ; la révolution numérique, la robotique, l’informatique devraient aisément faire l’économie d’un nombre croissant de travailleurs non-qualifiés et qualifiés, diplômés du supérieur ; d'autant plus que les pauvres - c'est à dire : les imbéciles... selon les auteurs que Drac nous présentent -, permettent aussi et surtout aux riches  - il suffit de se reporter aux théories issues de tous les mouvements de lutte contre le fatalisme d’un déterminisme têtu, de… disons…. Jésus Christ :-) à Karl Marx - de mener une vie tranquille qui les protège des affres de la misère, de la pauvreté ou de la précarité, de la mal-bouffe et de l’abrutissement télévisuel.

    Pour cette raison, il nous faudra très certainement attendre longtemps avant que les riches ne choisissent de se débarrasser des pauvres « responsable de la détérioration du patrimoine génétique de l’humanité » selon les analyses et les conclusions des auteurs que Michel Drac, thuriféraire, accompagne à l’office.

     

                     Dans les faits, une transmission de patrimoine d’ordre génétique spécifique à chaque classe - pire ou mieux encore, à chaque ethnie reconnue comme telle ( les Blancs, les Noirs, les Asiatiques, les Hispaniques - et les Inuits ?) - n’est admise par aucun membre de la communauté scientifique.

    A propos de l’alcoolisme, par exemple, et même si cette croyance a longtemps perduré jusque dans les années 30 avec Bernanos ( « Journal d’un curé de campagne » et « Sous le soleil de Satan ») il n’y avait que Zola au 19è siècle ( dans Nana entre autres romans) et ses contemporains, même les plus éclairés et les plus compassionnels, pour penser que cet alcoolisme ravageur était une maladie héréditaire ; affirmation qui ressemble fort autant à un lapsus qu’à un préjugé de bourgeois inexpiable.  Comme quoi : on a beau être de bonne foi et de bonne volonté, on finit toujours par revenir à la case départ. Chassez le naturel, c’est le mépris qui revient au galop ! Mépris et préjugés de classe.

    En revanche, on peut sans prendre le risque de se tromper affirmer que ce sont bel et bien les conditions d’existence  propices à l’alcoolisme qui pouvaient sous Zola, être considérées comme un déterminisme de classe ; et aujourd’hui encore, avec l’ajout des drogues dures, dans certains métiers physiquement et psychiquement pénibles : la bourse et le bâtiment – golden boys et immigrés de chez Bouygues et Eiffage côte à côte et fraternels, unis  dans une même souffrance ; finiront-ils par partager la même litière et les mêmes commodités :  les bungalows modulaires et les sanitaires de chez Algéco ?

    Rien n’est moins improbable au nom d’un « Salariés souffreteux de toutes les classes, unissez-vous ! »

     

                    On pourra dès maintenant légitimement s'interroger : qui peut bien se soucier de savoir qui des Noirs, des Blancs, des Hispaniques et des Asiatiques ont le QI le plus élevé en tant que groupe ethnique alors qu’aucune science n’est capable d’apporter un éclairage « scientifique... justement ! » à ce sujet ? Quelles sont donc les motivations réelles de ceux qui n’ont de cesse de s’en soucier ? Michel Drac y reviendra à propos d'un autre ouvrage tout aussi farfelu "Race, évolution et comportement (John Rushton) ICI

     
    Et enfin, quel usage comptent-t-ils faire de données aussi loufoques qui n’expliquent ni n’éclairent rien, en particulier à propos de la question suivante : qui fait quoi, à qui, comment, où, pourquoi et pour le compte de qui ?
     
    Alors qu'il s'agit là sans doute de la seule question qui importe vraiment.

     

                    Après réflexion, toutes ces thèses eugénistes pourraient finalement tout aussi bien servir un projet progressiste (projet qui nous rapprocherait de la justice des conditions d’existence) ; non pas : « supprimons physiquement les pauvres responsables de la dégénérescence de l’espèce humaine », en priorité ceux qui appartiennent à des ethnies reconnues comme inférieures par ces derniers et leurs statisticiens ad hoc qui ne renoncent jamais ! mais bien plutôt « Supprimons la pauvreté ! » afin que chacun puisse transmettre un environnement familiale et sociale propice au développement physique et intellectuel de sa descendance.

    Là encore, à propos du point de vue eugéniste, force est de constater ceci : ce que l’on pense ne nous aiderait-il pas aussi à nous consoler de tout ce qu’on n’est pas et ne sera jamais, à regret ? Car, compensation, tout n’est que compensation ! Tenez ! Prenez Nietzsche ! Nietzsche qui tenait à peine debout, d’une santé précaire à la fois physique et mentale, glorifiait le corps ; ce corps athlète et guerrier ; ce corps conquérant et triomphant. Michel Drac, quand à lui, semble se tirer une balle dans le pied en soutenant à mots à peine couverts tous ces théoriciens eugénistes car enfin : ces auteurs, ceux qu’ils citent, s’ils avaient aujourd’hui la main, au moment de décider de qui il convient de débarrasser la planète, selon des critères non pas intellectuels mais d’aptitudes physiques cette fois-ci… car les eugénistes accordent tout autant d’importance à l’intellect qu’aux muscles, s’accorderaient-ils, tous ces eugénistes, pour  gracier un Michel Drac qui, faute d’être épargné, accepterait alors de se « retirer », contraint et forcé ou bien, altruiste et héroïque, saut dans le vide, et ce pour mieux contribuer à la fin de la dégénérescence physique de l’espèce humaine qui semble lui aussi le tenir tant à cœur jusqu’à la crise cardiaque ?

    Sans vouloir être désobligeant ou exagérément pessimiste pour Michel Drac comme pour Nietzsche, on peut légitimement douter du fait que ces eugénistes fassent preuve de mansuétude à leur égard.

    Mais alors, glorifier ce qu’on ne sera jamais, est-ce rechercher inconsciemment une punition suprême et ultime auprès de ceux chez lesquels cette punition tarde à venir ? Est-ce aussi se jeter dans la gueule du loup eugéniste ? Un châtiment cette punition tant désirée, pour ce que l’on ne supporte plus de ne pas être : brillant dans tous les registres, au point et au poil, au sommet et sans vertige, de tout le potentiel humain ?

                    Pauvres sont les pauvres, riches sont les riches, jamais ils ne se rencontreront ! C’est Kipling qui nous fait la leçon. Mais alors, que l’on nous prouve qu’il y a bien une transmission génétique propre aux pauvres et une autre propre aux riches ; la transmission d’un patrimoine génétique étanche.

    Parler de patrimoine génétique de l’humanité et tenir pour responsable de sa détérioration - selon les classes et les ethnies, fatalement, parce que tel est le but ultime de ceux qui raisonnent autour de la notion de « patrimoine et de transmission » en lien direct avec une pseudo science qui n’a plus rien à voir avec la génétique et la biologie - la baisse drastique dans les sociétés développées du taux de mortalité infantile qui a favorisé les êtres humains aux existences les plus précaires, là où les taux de mortalité étaient les plus élevés,  est une gageure doublée d’une escroquerie intellectuelle et scientifique car il n’y a qu’un seul patrimoine génétique humain identique à 99,99%, transmissible donc autant par des QI de 140 que des QI de 70, des pauvres comme des riches  - il sera beaucoup  question de ce test psychométrique dans l’exposé de Michel Drac et des auteurs qu’il tient pour références -, à l’exception des principales maladies génétiques héréditaires ou non, cancers inclus : la mucoviscidose, la neurofibromatose de type 1, la trisomie 1, l’hémophilie, les myopathies, la drépanocytose et autres maladies dégénérative : Alzheimer, Creutzfeldt Jakob

    Un patrimoine unique donc « constitué de la totalité des gènes présents sur l'ensemble des chromosomes caractéristiques de l’espèce humaine. » Or, cette totalité est identique chez les Noirs comme chez les Blancs, chez les Pauvres comme chez les Riches, dans les pays développés comme chez ceux qui le sont moins ou pas du tout.

    Quant à affirmer que la mortalité infantile qui ferait partie « du processus d’élimination des héritages génétiques défavorables » serait d’ordre naturel… c’est oublier un peu vite que si nous ne sommes pas tous « égaux » devant la maladie, nous le sommes d’autant moins qu’il se trouve ou pas un médecin et des moyens hospitaliers performants ou pas à proximité ou bien à 10 heures de vol pour ceux qui n’auront pas droit au moindre retard car pour eux, c’est maintenant ou jamais !

    La nature, cette force cruelle et muette qui jamais ne rend des comptes, a bon dos dans ce cas d’espèce comme dans tant d’autres.

     

                     Au cours de cette vidéo, une « sélection pré-natale des embryons » est évoquée sans plus de détails. Mais alors, est-il question d’effectuer un test de QI intra-utérin sur le l’embryon devenu fœtus ? Ou bien, faut-il interdire aux indigents et aux classes populaires de se reproduire, sans oublier les critères ethniques pour un eugénisme pas simplement de classes, mais un eugénisme racialiste (1) ? (vidéo à 1.00.00)

    Dans l’attente d’un début de réponse à cette question, mentionnons cette autre donnée scientifique : «Tous les hommes descendent d'une même population d'Afrique noire, qui s'est scindée en sept branches au fur et à mesure du départ de petits groupes dits fondateurs. Leurs descendants se sont retrouvés isolés par des barrières géographiques (montagnes, océans...), favorisant ainsi une légère divergence génétique. » - Howard Cann, de la fondation Jean-Dausset.

     

                 A l’exception des maladies héréditaires, les spécificités d’une transmission ne peut être que d’ordre matériel, culturel et familial, fruit d’un environnement propice ou non, c’est selon, au développement intellectuel et social de sa descendance car les conditions d’existence chez l’humain qui vont de l’extrême pauvreté à une richesse irreprésentable matériellement et mentalement tellement celle-ci dépasse l’entendement avec toutes les conséquences sur la transmission non plus d’un patrimoine génétique inégal mais des conditions d’existence et des opportunités de développement humain, ces conditions-là sont quasi- scientifiquement analysables avec l’aide des disciplines suivantes : histoire, sociologie, ethnologie, économie, diététique, médecine notamment préventive…

    Le seul cas admis à propos de l’utilisation de l’expression « appauvrissement du patrimoine génétique » est le suivant : lorsqu’il est question de la disparition irrémédiables des centaines de variétés d'animaux domestiques et des milliers de cultivars végétaux.

     

                    Conclusion :

                     La tentation de l’eugénisme, c’est ce qui arrive quand on se refuse à se situer soit vraiment à droite (« … seuls ceux qui savent faire des affaires ont raison ! Et pour cette raison, on doit leur fiche la paix !»), soit vraiment à gauche (la recherche des causes premières d’ordre sociale, historique et économique est une exigence absolue) ; en d’autres termes, quand on refuse et Marx et Adam Smith (puis Friedman dans la caricature absurde de ce même Smith), la politique ayant le vide en horreur, c’est alors qu’une troisième voie émerge du brouillard - dans les faits, historiques, pas si nouvelle que ça cette voie que l’humanité a mille fois empruntée ! - et c’est alors que l’on vous présente un tableau noir à la craie blanche sur lequel il est dit que les « Noirs abrutis – QI faible - font plus de gosses que les Blancs tout aussi demeurés. Comprenez : à QI égal et pauvreté similaire, les Noirs sont quand même plus cons que les Blancs – vidéo à 00.50.00 - tout en soupçonnant les Indiens (pas les Cheyennes ni les Apaches... mais les Indiens hindous) inclus dans les dites "statistiques de la population asiatique" de faire baisser le QI de cette dernière que Michel Drac place au-dessus des Blancs (2).

    Et là on touche le fond : ridicule et bêtise.

    Exhaustivité oblige, sans doute : un second et dernier tableau se fera un devoir de confirmer l’assertion précédente : côté QI, les Noirs seraient en queue de liste - vidéo à 00.56.40

    Après cinquante minutes d’exposé, faut dire qu’on la sentait venir quand même un peu cette conclusion présentée avec le plus grand sérieux par Michel Drac. Et là, qui peut bien faire l’économie de penser que l’on ne se dirige pas une fois encore, une fois de plus, vers une impasse en forme de cul-de-sac ?

    Car que tous ces eugénistes aux motivations compensatrices ne se fassent aucune illusion : tous finiront par passer à la trappe et le fait que certains d’entre eux aient la naïveté de penser qu’ils y passeront en dernier n’y change rien : les machettes et les fours ne connaîtront aucun répit quand le moment sera venu de « sauver le patrimoine génétique des plus forts en QI, en muscles et en gueule ». Car cette révolution -là dévorera aussi sûrement ses enfants que les précédentes.

     

     

    1 - Autre sujet, autre problématique : dans ce contexte, on aura une pensée pour le transhumanisme, cette sorte d’eugénisme à l’envers : en effet, on ne cherche pas à se débarrasser des plus faibles mais bien plutôt à réserver à une population diagnostiquée comme possédant tous les attributs propres à la domination, de pouvoir dominer davantage encore ; et ce faisant, augmenter leur avantage comparatif ; les autres, exclus, végéteront en dehors de la sphère transhumaniste.... sans doute appelés à servir cette classe transhumanisée jusqu’au bout des ongles...

    Cela dit, difficile de se projeter sur 50 ou 100 ans et d’être capable de définir les rapports de classes qui seront alors en jeu : qui travaillera, pour qui, dans quelles conditions... pour répondre à quels besoins etc....
     

    2- En ce qui concerne la Chine, on imaginera le niveau de scientificité des études des eugénistes auprès d’une population de près de 1 400 000 000 d’habitants (chiffre de 2017)...

    Face à une telle population, même "10 millions d’Einstein chinois" ne parviendraient pas statistiquement à compenser pour une population active dont 80% sont « abrutis » le soir venu (ou le matin) par des conditions de travail dignes du 19e siècle (dans un contexte européen) et proche d’un traitement que l’on pourrait sans difficulté qualifier d’inhumain : quant à leur QI à tous...
     
    Alors, de là à en faire une population dont le QI serait le plus élevé au monde.... et pareillement, mais à contrario, en ce qui concerne les populations « Africaines », les moins vernies côté intelligence...
     
    Nous prépare-t-on une nouvelle campagne autour « du péril jaune » dans le genre : "Beware ! Too smart by half to be trusted, these chinese people !"
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  • Le cheval de Turin : Béla Taar ou le refus... envers et contre tous

      

     

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                  Pour la petite histoire, face au grand artiste qu’est Béla Taar, Le cheval de Turin a pour origine un incident qui bouleversera la vie d’un certain Friedrich Nietzsche :  le 3 janvier 1889, alors qu'il effectuait un trajet en calèche, le cheval a cessé d'avancer. Incapable de le remettre en marche, le cocher a battu la bête, ce qui suscita chez le philosophe un élan de compassion. Nietzsche se pendit au cou de l'animal et passa ensuite les dix dernières années de sa vie dans un état de démence.

     

    De là à penser que Béla Tarr, présent ce jour-là, n’aura trouvé rien de mieux que de rentrer avec ce cheval et son cocher jusqu’à cette ferme isolée, un arbre mort battu par une tempête du diable, un père taiseux et sa fille, une charrette et ce même cheval qu'on attellera puis détellera, une fois, dix fois... avant de renoncer...

     

    Grande est la tentation !

     

                  Film frugal tout comme le repas qu’un père et sa fille partageront jour après jour - des pommes de terre cuites à l’eau -, tandis que dans la grange, plus qu’une bête, un cheval refusera bientôt toute nourriture ; et à propos de cet animal, on sera tenté de se dire que si ce cheval avait eu le don de la parole, nul doute, c’est sans un mot qu’il aurait mené sa vie.

     

              

     

     

                   Cinéaste au rythme cardiaque très lent, cinéma en apnée car, si d'aucuns savent retenir leur souffle, d'autres savent retenir le temps comme personne, tout comme cette musique musclée - organum et cordes dans le grave  -, véritable bombe à retardement lancinante et récurrente (en do mineur), destinée à porter et à accompagner 30 plans-séquences de cinq minutes chacun, plans que d’aucuns qualifieront de contemplatifs, d’autres, moins compréhensifs ou pusillanimes, d'interminables...

    Ces plans trouvent pourtant leur raison d’être, leur force, leur efficacité, leur caractère aussi rare que précieux (comme chacun sait, le cinéma ce n’est pas ce qui nous est montré mais ce qui nous est révélé !) dans le fait que, tous, sans exception, forcent le spectateur à quitter l’image et l'écran pour rentrer dans lui-même et y poursuivre deux heures et demie durant, même et surtout somnolent, sa propre œuvre que devient alors sa vie pour le temps qu'il lui est donné d'être le spectateur de Béla Tarr.

    Pour cette raison, Le cheval de Turin se rêve autant qu'il se voit. Aussi, et vraiment ! on peut affirmer qu’avec le cinéma de Béla Tarr c’est autant le spectateur qui fait le film que le réalisateur. Et nous devrions tous demander à partager avec lui l’Ours d’argent que le film a reçu à l'occasion du dernier festival de Berlin.


                   Artiste d’une radicalité qui n’a besoin ni de discours ni de justification, fascinés nous sommes face à la volonté de fer de ce réalisateur pour lequel aucun compromis n’est une option ! Et si au cinéma, le noir-et-blanc reste bien le choix de ceux qui ont encore quelque chose à dire, la couleur, celle de l’industrie cinématographique, avilissant tout ce qu’elle touche et recouvre…

    Le cheval de Turin restera un gigantesque bras d’honneur adressé à cette modernité cinématographique imbécile et veule, film après film - un film chassant l'autre -, d'un Béla Tarr ennemi public numéro un de tous ceux qui ont la faiblesse, la bêtise ou la naïveté de penser que le cinéma n’est qu’un divertissement destiné à nous faire vivre par procuration des vies au suspense insoutenable, dans la fureur, le bruit, le sang, les larmes et la sueur de coïts sans nombre...

    Mais alors... qu'ils passent donc leur chemin ! Le dernier Millénium ou le prochain Eastwood (Eh oui ! Déjà le suivant ! Car, c'est bien connu : les gens qui n'ont pas idée en ont cinquante par jour), avec ses acteurs- tâcherons d’une industrie sans art y pourvoira, car quelque part, dans une province hongroise, on attend les plus exigeants d'entre nous.

     

    ***

     

     

     

                  Après le passage d'un groupe de tziganes que personne n’a invité, chassé à la hache, l’eau du puits s’est tarie,  la tempête s’est tue, le soleil a fondu et l’aube ne s’est plus levée...

     

    (Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin le puits se vide)

     

    Une lampe à pétrole, au réservoir pourtant plein, refusant définitivement d'éclairer la demeure d'un père et de sa fille - une seule pièce commune pour tout lieu de vie  -, et bientôt par voie de conséquence, l'écran : plus de lumière, plus de cinéma !

     

    ***

     

                  Béla Tarr écrase tout sauf le spectateur, et longtemps on pourra se demander avec lui qui n’en a aucune idée aujourd’hui encore, et même après plus de dix films, quelle peut bien être l’origine (quelle scène primitive au traumatisme fondateur ?) d'un tel parti-pris artistique, d’un tel refus proche d'un Bartleby, obstiné et têtu, d'une telle démarche hors du commun des pauvres mortels que nous sommes, et lui avec nous.

    Même si une réponse semble s'imposer…

    A l'origine de cette radicalité sans doute trouvera-t-on le refus (encore le refus !) d'un monde dans lequel il n'est plus possible de vivre sans tuer l’autre ou dans le meilleur des cas, sans pourrir irrémédiablement la vie de son voisin avant de ruiner sa vie propre dans une lutte acharnée et cruelle pour une survie qui n’est déjà plus une vie mais un commencement de mort lente et sinistre.

     

    Et si l'on tend l’oreille, on pourra très certainement entendre de la voix de Béla Tarr un : « Ce sera sans moi ! ». En effet, Le cheval de Turin est l'ultime film d'un cinéaste qui abandonne le cinéma.

     

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    Pour prolonger... cliquez Cinéma ! De film en film

     

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  • Nietzsche ou l'autre fin de l'Histoire...

     

                  Nietzsche est le penseur le plus mal lu et le plus mal compris par ceux qui se réclament de la gauche et par quelques esprits sommaires et confus (Michel Onfray entre autres). La droite, elle, l'a très bien compris ; c'est la raison pour laquelle elle ne le commente que rarement - et puis... culpabilité oblige ! La récupération de Nietzsche par nombre de régimes concentrationnaires force le silence -, car la droite ne commente pas Nietzsche : elle le vit à chaque fois que l'opportunité lui est donné de le faire.

                   A défaut de réconcilier tout le monde, la pensée de Nietzsche semble convenir au plus grand nombre car Nietzsche c'est le paillasson sur lequel tous peuvent allégrement s'essuyer les pieds, voire...  déposer sa petite crotte.

                   Romantisme infantile... certes, des "penseurs" des années 70 (avant les "French doctors", les "French studies !") d'une complaisance inouïe envers la délinquance et la folie - n'en déplaise à Michel Foucault -, ont mis à la mode un Nietzsche diagnostiqué "psychotique" selon le principe qui veut qu'après le vin, c'est la folie qui conduit à la vérité, mais tous, sans doute aveuglés par la moustache foisonnante du maître, ont ignoré le fait suivant au nom de "l'anti-psychiatrie" très vite érigée en dogme : à chaque fois qu'il est question des affaires humaines, les "fous" ne rêvent que de contrôle, de domination, de tordre le cou à tout ce qui résiste - humain et matière ; ceux qui connaissent "la parole des fous" savent que leur folie n'a rien de noble ; plus intolérante et plus autoritaire que la folie vous ne trouverez pas ! Le fou est définitivement du côté de l'autoritarisme et de l'oppression ; il est le meilleur soutien d'un ordre social dans lequel les uns sont destinés à commander et les autres à obéir.

    Nietzsche n'est certainement pas l'exception qui confirmerait cette règle.

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    nietzsche,philosophie,politique

     

                  ... en continu, éternel retour de l’être cyclique face à lui-même, ressassement après ressassement compensatoires qui ne le sauveront pourtant pas.

     

     ***

     

                  Si une bonne partie de l’œuvre de Nietzsche annonce l’homme sans Dieu et les totalitarismes du 20è siècle - crimes de guerre, crimes contre l’humanité, holocaustes et génocides, en veux-tu en voilà…

    Sa « pensée » annonce une nouvelle ère : celle des grands malades mentaux à la tête d'Etats totalitaires.

                 Maniaco-dépressif syphilitique puis psychotique faute d’attention et de soins - si tant est que la médecine et la pharmacopée de son époque aient été capables de lui venir en aide -, on a parlé de schizophrénie à son sujet...

    Et si Nietzsche est si populaire auprès des pensionnaires des hôpitaux psychiatriques qui sont, ne l’oublions pas, non seulement occupés par de pauvres bougres disgraciés mais aussi par des apprentis dictateurs et psychopathes car, on se soigne comme on peut - soit à l’hôpital, soit à la tête d’un Etat… c’est que les fous n’aiment rien tant que l’ordre et la force.

    Vous en doutez ? Ecoutez-les donc s’exprimer lorsqu’ils se mêlent de ce qui ne les regarde plus vraiment, à savoir de politique ! Leurs propos vous donneront la chair de poule même si l’on sera toujours tentés de se dire : « Bah ! Les pauvres, ils ne savent pas ce qu'ils disent : ils n'ont pas idée ! »

    Nietzsche ne déroge pas à cette règle : quand il se pique de philosophie politique… la catastrophe n’est jamais bien loin car, si Nietzsche était né 50 ans plus tard, nul doute qu'il nous aurait quittés cinq et six ans plus tôt (faites le calcul, et vous comprendrez d'autant mieux pourquoi) ; et nombre de nos contemporains se garderaient bien aujourd’hui de nous le servir à tout bout de champ et à toutes les sauces car… il n’est pas difficile de deviner sous quelle bannière notre poète-philosophe se serait rangé… même si… maigre des épaules et la poitrine creuse, Nietzsche serait sans aucun doute passé à la trappe le premier.

    Pour une fois, les conseilleurs auraient subi le sort des payeurs...

    Qui donc s’en serait plaint ?

     

    ***

     

                Nietzsche est coupable a priori - coupable puisque capable de tout -, comme ces philosophes, auteurs et poètes qui se mêlent de politique ; et c'est une bonne chose car, les gens innocents n'intéressent personne.

    Grand philologue mais… piètre penseur politique, si par penser on entend être un tant soit peu capable de proposer des solutions (1) quant à l’organisation pacifique de notre existence à tous au sein de l’imbroglio politique, économique, religieux et psychique propre aux sociétés humaines... des solutions autres que les camps de la mort, la loi de la jungle et l’extermination de tous ceux qui traîneraient la patte - cela va sans dire ; mais tellement mieux en le précisant...

    Nietzsche était un grand marcheur ; aussi pensait-il avec ses pieds et marchait-il le plus souvent sur la tête ; ce qui n’arrange rien, on en conviendra tous.

    Que Nietzsche soit "à la mode" depuis une cinquantaine d’années dans cette partie d’Europe sur-protégée, la nôtre, celle de l'UE, ne change rien à l'affaire ! Europe peuplée d’européens courageux à souhait depuis qu’ils savent que l’on n’attend plus d’eux qu’ils soient téméraires ; européens repus, un rien blasés et complaisants qui, depuis qu’ils ne risquent plus rien, aiment se faire peur et s’encanailler et se salir un peu, boue et bave, auprès de penseurs et d’écrivains politiquement et philosophiquement très très incorrects, voire... borderline.


    Pour cette raison, entre autres plus légitimes encore, il ne viendrait à l’idée de personne de défendre Nietzsche dans l’ancienne Europe de l’Est car, quand on sait lire, il n’est pas nécessaire d’être doté d’une intelligence supérieure pour voir, à titre d’exemple, dans l’ouvrage Antéchrist (2) pas seulement une imprécation contre le christianisme, mais bien le manifeste de tous les systèmes totalitaires à venir.

    Comme quoi… quand on ne veut pas voir… on reste aveugle et content de l’être.

     

                  Quant à tout ce que Nietzsche a bien pu écrire sur les femmes…de femmes, il n’a connues, hormis sa mère et sa sœur, que celles des bordels - respectables au demeurant...

    Ce qui ne l’a pas empêché de disserter sans fin, fort de cet échantillon ô combien représentatif, sur l’éternel féminin et sa place dans le monde, ou bien plutôt dans la cuisine avec pour seul horizon… les fourneaux, sans oublier les couches culottes de marmots pleurnichards.

    Mais… tout compte fait et en comptant bien, ne parle-t-on pas toujours mieux de ce que l’on ne connaît pas ? En effet, tout devient alors possible ! L’imagination peut s’ébattre sans entrave, libérée de la contrainte que sont des faits têtus et inhibiteurs.

    Nul doute, l’ignorance a bien pour royaume la fiction car, une fois que l'on sait, on n’a qu’une tentation : baisser la tête et se taire.


    ***

     

                     A titre de conclusion provisoire, on pourra faire le constat suivant : la dévotion rend bête, même et surtout séculière car, plus traître encore… tout auréolée d’une pseudo-liberté de pensée qui a souvent la fâcheuse habitude d’oublier de se débarrasser de ses œillères.

                    Et nombre de lecteurs de Nietzsche partagent cette regrettable habitude.

     

     

    _______________________

     

    1 - Si on n’a pas la compassion, on aura les camps : et on les a eus et les avons aujourd'hui encore : Palestine... et tous les camps des réfugiés du monde entier.

    2 - Faites le test : relisez Antéchrist tout en gardant à l’esprit ce qu’a été, par exemple, le régime nazi... et vous verrez : à tous les coups, ça marche ! De même avec « Les confessions de saint Augustin » et les Talibans : mais ça, c’est une autre histoire.

           

             "Nietzsche consacre la permanence d'un monde hiérarchisé, où la volonté de vivre se condamne à n'être jamais que volonté de puissance. La formule "Dionysos le Crucifié" dont il signe ses derniers écrits, trahit bien l'humilité de celui qui n'a fait que chercher un maître à son exubérance mutilée. On n'approche pas impunément le sorcier de Bethléem. Le nazisme est la logique nietzschéenne rappelée à l'ordre par l'histoire. La question était : que peut devenir le dernier des maîtres dans une société où les vrais maîtres ont disparu ? La réponse fut : un supervalet. Même l'idée de surhomme, si pauvre soit-elle chez Nietzsche, jure violemment avec ce que nous savons des larbins qui dirigèrent le IIIe Reich. Pour le fascisme, un seul surhomme : l'Etat." Raoul Vaneighem : Traité de savoir-vivre - 1967

     

    Pour prolonger, cliquez : Serge ULESKI en littérature
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