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philosophie

  • Nietzsche ou l'autre fin de l'Histoire...

     

                  Nietzsche est le penseur le plus mal lu et le plus mal compris par ceux qui se réclament de la gauche et par quelques esprits sommaires et confus (Michel Onfray entre autres). La droite, elle, l'a très bien compris ; c'est la raison pour laquelle elle ne le commente que rarement - et puis... culpabilité oblige ! La récupération de Nietzsche par nombre de régimes concentrationnaires force le silence -, car la droite ne commente pas Nietzsche : elle le vit à chaque fois que l'opportunité lui est donné de le faire.

                   A défaut de réconcilier tout le monde, la pensée de Nietzsche semble convenir au plus grand nombre car Nietzsche c'est le paillasson sur lequel tous peuvent allégrement s'essuyer les pieds, voire...  déposer sa petite crotte.

                   Le romantisme infantile des "penseurs" des années 70 (avant les "French doctors", les "French studies !") d'une complaisance inouïe envers la délinquance et la folie - n'en déplaise à Michel Foucault -, ont mis à la mode un Nietzsche diagnostiqué "psychotique" selon le principe qui veut qu'après le vin, c'est la folie qui conduit à la vérité, aveuglés qu'ils étaient par la moustache foisonnante du maître , car, au nom de "l'anti-psychiatrie" très vite érigée en dogme, tous ont ignoré le fait suivant  : à chaque fois qu'il est question des affaires humaines, les "fous" ne rêvent que de contrôle, de domination et de tordre le cou à tout ce qui résiste - humain et matière ; ceux qui connaissent "la parole des fous" savent que leur folie n'a rien de noble ; plus intolérante et plus autoritaire que la folie vous ne trouverez pas ! Le fou est définitivement du côté de l'autoritarisme et de l'oppression ; il est le meilleur soutien d'un ordre social dans lequel les uns sont destinés à commander et les autres à obéir.

    Nietzsche n'est certainement pas l'exception qui confirmerait cette règle.

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                  ... en continu, éternel retour de l’être cyclique face à lui-même, ressassement après ressassement compensatoires qui ne le sauveront pourtant pas.

     

     ***

     

                  Si une bonne partie de l’œuvre de Nietzsche annonce l’homme sans Dieu  - l'homme privé de foi, sans croyances, sans transcendance ni descendance - et les totalitarismes du 20è siècle - crimes de guerre, crimes contre l’humanité, holocaustes et génocides, en veux-tu en-voilà ! -, sa  pensée annonce une nouvelle ère : celle des grands malades mentaux à la tête d'Etats totalitaires.

    En effet, maniaco-dépressif (maladie héritée de sa famille maternelle - merci Maman !), puis psychotique  - ce qui signera sa première mort, intellectuelle s'entend, en 1890 -, faute d’attention et de soins réguliers et appropriés - si tant est que la médecine et la pharmacopée de son époque aient été capables de lui venir en aide -, au sujet de Nietzsche, nombreux sont ceux qui ont évoqué un état schizophrénique (1).

    Et si Nietzsche est si populaire auprès des pensionnaires des hôpitaux psychiatriques qui sont, ne l’oublions pas, non seulement occupés par de pauvres bougres disgraciés mais aussi par des apprentis dictateurs et psychopathes car, on se soigne comme on peut - soit à l’hôpital, soit à la tête d’un Etat - c’est que les fous n’aiment rien tant que l’ordre et la force.

    Vous en doutez ? Ecoutez-les donc s’exprimer lorsqu’ils se mêlent de ce qui ne les regarde plus vraiment, à savoir de politique ! Leurs propos vous donneront la chair de poule même si l’on sera toujours tentés de se dire : « Bah ! Les pauvres, ils ne savent pas ce qu'ils disent : ils n'ont pas idée ! »

    Si l'oeuvre de Nietzsche devra tout à sa maladie dans ses périodes d'accalmie, entre deux crises de mélancolie aigüe précédées de migraines d'une intensité paralysante, notre penseur ne déroge pas à cette règle : quand il se pique de philosophie politique… la catastrophe n’est jamais bien loin car, si Nietzsche était né 50 ans plus tard, nul doute qu'il nous aurait quittés cinq et six ans plus tôt (faites le calcul, et vous comprendrez d'autant mieux pourquoi) ; et nombre de nos contemporains se garderaient bien aujourd’hui de nous le servir à tout bout de champ et à toutes les sauces car… il n’est pas difficile de deviner sous quelle bannière notre poète-philologue -philosophe (3 en 1) se serait rangé… même si… maigre des épaules et la poitrine creuse, Nietzsche serait sans aucun doute passé à la trappe le premier. 

    Pour une fois, les conseilleurs auraient subi le sort des payeurs... Qui donc s’en serait plaint ? 

    *** 

                Nietzsche et le Surhomme, Nietzsche et la volonté de puissance... Nietzsche et la tentation de l'eugénisme : glorification du corps humain et masculin, ce corps athlète et guerrier, ce corps conquérant et triomphant...

    Décidément, compensation, tout n’est que compensation ! pour un Nietzsche qui tenait à peine debout, d’une santé précaire à la fois physique et mentale !

    Vampirisé par une culpabilité et un sentiment d'indignité dont nul ne connaît aujourd'hui encore l'origine et l'objet, fils de pasteur, Nietzsche pensait que le Christianisme était la plus grande calamité au monde. Autre point : à l'occasion de son séjour dans la ville de Turin, face au spectacle d‘un cheval maltraité par son cocher, Nietzsche succombera à cette autre sensibilité qu’il jugeait pourtant décadente – la sensiblerie ; le déséquilibre entre l’extension indéfinie de notre empathie et une certaine capacité limitée à souffrir de la souffrance de tout ce(ux) qui souffre(nt) ayant atteint là son point de rupture. Nietzsche ne s'en remettra pas, à jamais silencieux. Avait-il aussi décidé de se ficher la paix une bonne fois pour toutes ? 

    Quant à l'éternel retour (concept grec qu'affectionnait notre philosophe que l'on peut aussi traduire par "genèse à nouveau"), là encore, ironie de l'existence, sa maladie le conduira sur une voie sans retour possible ; une ligne droite et un cul de sac  : le mur de la maladie à son stade terminal.

    Avec cette condamnation sans nuance du Christianisme, Nietzsche peut se vanter d'avoir "tué le père" ; le sien en l'occurrence ; et sa mère aussi, femme dévote. 

    Déicide, parricide et matricide, décidément, Nietzsche ne faisait rien à moitié ; toujours dans l'excès !

                 Principes, valeurs, arguments, détestations... jamais l'oeuvre d'un penseur n'aura été autant la manifestation par excellence de sa vie passionnelle, de son histoire, de son caractère, de sa personnalité et de sa maladie chronique ; jamais les affects n'auront autant déterminé son parcours philosophique -  donnant raison à la théorie suivante : sans affect, aucune pensée n'est possible car ce ne sont pas les idées qui mènent le monde mais bien plutôt l'histoire : la petite et la grande, individuelle et collective.

    Pas d'idée puissance qui ne nous touche de plein fouet donc (2).

    Doué d'un génie instinctif d'une intuition d'une amplitude exceptionnelle, Nietzsche avait du nez, c'est sûr  ! Et de la moustache aussi .... sa célèbre moustache ! Et si d'aucuns prétendent qu'il y a un Nietzsche de gauche et un Nietzsche de droite (macroniste avant Macron notre penseur... voire centriste, genre "en même temps" ?) grand philologue... mais piètre penseur politique, si par penser on entend être un tant soit peu capable de proposer des solutions (3) quant à l’organisation pacifique de notre existence à tous au sein de l’imbroglio politique, économique, religieux et psychique propre aux sociétés humaines... des solutions autres que les camps de la mort, la loi de la jungle et l’extermination de tous ceux qui traîneraient la patte - cela va sans dire ; mais tellement mieux en le précisant -, Nietzsche était un grand marcheur, toujours en vadrouille ; on dit qu'il a passé la moitié de sa vie sur les routes et l'autre moitié au lit, prostré par une migraine sans merci ; grand randonneur donc, aussi notre philologue pensait-il avec ses pieds et marchait-il le plus souvent sur la tête ; ce qui n’arrange rien, on en conviendra tous.

    Que Nietzsche soit "très tendance" - un Nietzsche vintage ! - depuis une cinquantaine d’années dans cette partie d’Europe sur-protégée, la nôtre, celle de l'UE, ne change rien à l'affaire ; une Europe peuplée d’Européens courageux à souhait depuis qu’ils savent que l’on n’attend plus d’eux qu’ils soient téméraires ; Européens repus, un rien blasés et complaisants qui, depuis qu’ils ne risquent plus rien, aiment se faire peur, s’encanailler et se salir un peu, boue et bave, auprès de penseurs et d’écrivains politiquement et philosophiquement très très incorrects, voire... borderline. Car, quand on sait lire, il n’est pas nécessaire d’être doté d’une intelligence supérieure pour voir dans l’ouvrage Antéchrist (4) (l'avant dernier ouvrage avant sa chute végétative) pas seulement une imprécation contre le christianisme - à qui, soit dit en passant, on doit la compassion et le pardon -  mais bien le manifeste de tous les systèmes totalitaires à venir. 

    Comme quoi… quand on ne veut pas voir… on reste aveugle et content de l’être. 

                  Quant à tout ce que Nietzsche a bien pu écrire sur les femmes (notons que Wagner soupçonnait Nietzsche d'être homosexuel et de n'avoir pour seule activité sexuelle que l'onanisme - une pratique moralement condamnée au siècle de notre penseur ; pratiquement "un crime")… - précisons ceci : de femmes, il n’a connues, hormis sa mère et sa sœur, que celles des bordels, femmes respectables au demeurant -, ce qui ne l’a pas empêché de disserter sans fin, fort de cet échantillon ô combien représentatif, sur l’éternel féminin et sa place dans le monde, ou bien plutôt dans la cuisine avec pour seul horizon… les fourneaux, sans oublier les couches culottes de marmots pleurnichards.

    Mais… tout compte fait et en comptant bien, ne parle-t-on pas toujours mieux de ce que l’on ne connaît pas ? En effet, tout devient alors possible ! L’imagination peut s’ébattre sans entrave, libérée de la contrainte que sont des faits têtus et inhibiteurs. Nul doute, l’ignorance a bien pour royaume la fiction car, une fois que l'on sait, on n’a qu’une tentation : baisser la tête et se taire, couvert de honte.


    ***

     

                     A titre de conclusion provisoire, on pourra faire le constat suivant : la dévotion est traitre ; si l'on n'y prend garde, elle rend bête, même et surtout séculière et tout auréolée d’une pseudo-liberté de pensée qui a souvent la fâcheuse habitude d’oublier de se débarrasser de ses œillères. Et nombre de lecteurs de Nietzsche partagent cette regrettable habitude.

    Les penseurs, les philosophes doivent être critiqués ; et parmi leurs lecteurs, en premier chef, leurs disciples car le devoir de tout lecteur c'est bien de se garder d'une lecture passive, non-critique de leurs oeuvres. Dans le cas contraire, ces lecteurs courent le risque de n'être que des groupies serviles en quête de gourous ; la pire des lectures. 

     

    1 - Hypomaniaque dans un premier stade - merci de vous reporter au billet de Philippe Cadiou - "Nietzsche et la mélancolie " qui met en parallèle et analyse la progression et les symptômes de la maladie de Nietzsche et ses écrits tout au long de la construction de son oeuvre indissociable semble-t-il de son état de santé, de la mélancolie à la mégalomanie jusqu'à sa psychose achevée. Des extraits en ligne sont disponibles ICI - à lire impérativement !

    2 - A ce sujet, on pourra se reporter à l'ouvrage de Frédéric Lordon ICI

    3 - Si on n’a pas la compassion, on aura les camps : et on les a eus et les avons aujourd'hui encore : Palestine... et tous les camps des réfugiés du monde entier.

    4 - Faites le test : relisez Antéchrist tout en gardant à l’esprit ce qu’a été, par exemple, le régime nazi... et vous verrez : à tous les coups, ça marche ! De même avec « Les confessions de saint Augustin » et les Talibans : mais ça, c’est une autre histoire.

           

             "Nietzsche consacre la permanence d'un monde hiérarchisé, où la volonté de vivre se condamne à n'être jamais que volonté de puissance. La formule "Dionysos le Crucifié" dont il signe ses derniers écrits, trahit bien l'humilité de celui qui n'a fait que chercher un maître à son exubérance mutilée. On n'approche pas impunément le sorcier de Bethléem. Le nazisme est la logique nietzschéenne rappelée à l'ordre par l'histoire. La question était : que peut devenir le dernier des maîtres dans une société où les vrais maîtres ont disparu ? La réponse fut : un supervalet. Même l'idée de surhomme, si pauvre soit-elle chez Nietzsche, jure violemment avec ce que nous savons des larbins qui dirigèrent le IIIe Reich. Pour le fascisme, un seul surhomme : l'Etat." Raoul Vaneighem : Traité de savoir-vivre - 1967

     

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  • George Steiner : Le pèlerin de tous les possibles

     

     

              george-steiner.jpgGeorge Steiner, c'est ce ver luisant de l'intelligence à chaque fois que la nuit recouvre l'entendement. Ôte de l’humanité, cette humanité, il la reçoit tout en étant reçu par elle : " La patrie c’est là où on peut travailler… là où on vous laisse travailler."

     

    ***

              Il est un des plus virulents critiques de la politique d’Israël : « Torturer un être humain, c’est le transcendant du mal absolu ; plutôt se tuer que le faire !"

    Or, Israël devra continuer de torturer.

    George Steiner, c'est aussi et surtout la meilleure réponse que l’on puisse adresser, ici en France, à un BHL, à un Zemmour, à un Finkielkraut, à une E. Lévy, à un Goldnadel, à des médias et une grande partie de la classe politique… comme autant de figures emblématique du naufrage de tout un héritage et de la descente aux enfers d'une raison d'être au monde défaillante et corrompue ; déliquescence qui semble aujourd’hui irréversible.

     

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                   George Steiner : La barbarie de l'ignorance

     

     

                 Antoine Spire jadis producteur sur France Culture, remercié par une gourde, Laure Adler alors qu'elle prenait la direction de France Culture... s'entretient avec George Steiner autour de la re-publication de son ouvrage sur Heidegger. 

    Ils évoquent la fascination des penseurs juifs pour Wagner, Nietzsche et Heidegger et plus largement, la fascination des intellectuels pour les systèmes totalitaires : URSS et Chine.

    Au sujet de Heidegger et son engagement auprès des Nazis, un Heidegger qui a formé une grande partie des intellectuels du XXè siècle, Steiner fera la remarque suivante : "Le plus grand des penseurs peut être le plus petit des hommes."

    Antoine Spire insiste sur l'absence de l’être humain, de l’individu humain, l’a-humanisme de Heidegger comme une sorte de « planète vide dans le soleil grec du matin ».

    Héritier des pré-socratiques, très grand élève d’Aristote, peut-on suggérer que « Heidegger s’est retiré du monde dans le langage » ?

    Steiner réplique que tout notre vocabulaire écologique pourrait bel et bien venir des premiers écrits de Heidegger, ceux des années 20 après la catastrophe de la première guerre mondiale : la dénonciation de la mécanisation totale, brutale, anonyme de la vie par l’être humain pour une exploitation totale de la planète en lieu et place d’un désir de vie, un désir de laisser vivre la vie.

    Plus tard, il sera question du langage et de son origine ; ce miracle qui définit l’homme car l’homme c’est l’animal qui parle, puis la déconstruction qui mettra en cause la correspondance entre le langage et la réalité : la communication. Arrive alors le doute généralisé qui a pour conséquence la remise en cause de l’autorité qui repose sur la confiance et la compétence.

    Déconstruction de la personne humaine aussi qui nous laisse avec une énergie terrible d’absence : le vide plein du souvenir de ce qui n’est plus.

     

                 Sans Dieu, avec la perte du sujet, qu’est-ce qui est encore possible ?

    Michel-Ange, Bach, Beethoven, Shakespeare, Dostoïevski…  les anciennes formes ne reviendront pas. L’Histoire ne serait alors que du passé ? Et notre époque... l'épilogue, comme une grande fatigue de l’Histoire?

     

                George Steiner souhaite conclure avec ceci : "L’esprit humain est indestructible."

    Et c'est là une raison d'espérer encore.

     

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    George Steiner à propos de son roman "Le Transport de A.H".

     

     

                 Si on peut regretter chez Steiner des lacunes dans le domaine de la politique - qui fait quoi, à qui, où, comment, pourquoi et pour le compte de qui -, ainsi qu'à propos des apports de la psychanalyse que George Steiner rejette, la psychologie des Peuples et des Nations aussi, lui, le voyageur solitaire, il n’en demeure pas moins qu’il y a un reproche que l’on ne pourra jamais adresser à George Steiner : c’est de ne pas comprendre ceux qui ont fait l'Histoire ainsi que les auteurs qu’il a lus, contrairement à d'autres, aussi cultivés que bêtes.

     

     

    Pour prolonger, cliquez : Steiner, un diamant d'intelligence

     

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                  Version Papier : de l'Art, de la littérature et autres considérations

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  • Eloge du risque... quand tout est risque

     

                        La philosophe, psychanalyste, éditrice et écrivaine Anne Dufourmantelle est décédée accidentellement le 21 juillet à l'âge de 53 ans ; courant tous les risques, elle s'est noyée en secourant deux enfants.

     

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                     Billet publié en 2011 

     

     

    Dans cet ouvrage, Anne Dufourmantelle, philosophe et psychanalyste (personne n'est parfait !) interroge "...le risque dans ce qui ne permet ni son évaluation ni son élimination ; le risque, cet engagement du côté de l’inconnu, du non-savoir ; un pari face à ce qui ne peut se trancher ; le risque qui ouvre la possibilité de l’inespéré. »

     

               Dans une société où l’assurance s’impose dans tous les domaines, la promotion du risque zéro et sa défense sont devenues inutiles : puisque ce risque zéro va de soi. Dans cette perspective, si on accepte plus facilement des délinquants riches et puissants à la tête des Etats et des multinationales - des délinquants éloignés de nous ; en revanche, les voleurs de scooters et de voitures, eux plus proches, n’auront qu’à bien se tenir ! -, malheur à celui qui fera courir un risque à qui que ce soit !

    Et l’auteure de s’interroger : « Que devient une culture  qui ne peut plus penser le risque sans en faire un acte héroïque, une pure folie, une conduite déviante ? »

    On proposera la réponse suivante : le goût du risque suppose une manière d’être au monde. Aussi, si le risque, même calculé, fait la part belle au hasard… la recherche du risque zéro annonce sûrement la mort de la relation, de toute relation à l'autre, la coupure de tous les liens : c'est la machine qui ne se trompe jamais dans ses calculs.

    Et là, on peut accorder quelque crédit à l'auteure même si...

              Suspendu, le funambule risque la chute. Prendre le risque d’être en suspens comme on suspend son jugement, une décision, être en réserve alors que tout vous incite à agir, à trancher… c’est prendre le risque de l’indécision, du doute ; et celui qui doute encore est tout sauf fou, ce qui, aujourd’hui, est un bien des plus précieux

    Pour cette raison : vive le refus du risque !

    Prendre le risque de la passion qui n’est recommandée par personne car on la dit destructive, c'est accepter de tout perdre, son identité, ses repères, c’est aussi se préparer à subir encore et encore ; et si ce risque-là nous détruit, du moins nous fait-il courir la chance d’une élévation incomparable.

    Prendre le risque de l’immanence n'est-ce pas prendre tout simplement le risque de vivre sans le secours d’une religion complaisante, démagogique et castratrice ?

    Qui nous en blâmera donc ?

    Prendre le risque de la tristesse dans l’espoir qu’elle nous guidera jusqu’à une pensée vraie, profonde, après une séance de larmes, juste avant l’apaisement…

    N'est-ce pas faire preuve d'un optimisme qui cache mal une tendance masochiste ?

    Et puis,  qu'en est-il du risque suivant : le risque de l'oubli ? A une époque qui révère la mémoire comme jamais auparavant, même et surtout sélective, une mémoire instrument de domination… l’auteure oubliant de mentionner ce risque d'oubli, ce droit à l'oubli mais... appliqué à la psychanalyse cette fois-ci, la discipline de notre auteure ; la psychanalyse donc, cette sangsue pour laquelle rien ne s’oublie car rien ne se perd jamais vraiment.

    Quant au risque de la liberté, aller au devant de soi, là où nous ne sommes pas encore pour n’avoir jamais osé s’y rendre, de peur d’échouer et d’en revenir défait ; prendre le risque d'agir... par les temps qui courent et qui ne pardonnent rien ni ne vous laissent que rarement une seconde chance... qui portera un jugement défavorable sur cet autre refus ?

                En revanche, l’angoisse aussi est un risque que l’on aimerait ne pas avoir à courir alors qu’elle est le propre de l’homme ; celui qui n’a pas connu l’angoisse, celui qui la refuse lorsqu’elle arrive préférant le secours de la pharmacopée, n’est-il pas tout simplement sur le point de refuser la vie en lui, son humanité indépassable ?

    Quid de l’enfance et du refus de la quitter, elle et ses contes magiques ?

    Prendre le risque de se défaire de l'enfance n'est-ce pas, là encore, courir au devant de toutes les déceptions puisque c'est accepter que le réel soit la base à partir de laquelle tout peut être remis en cause car il n’est de réel que ce qui peut être déconstruit ?

    Risquer l’inconnu, risquer l’amour, et la dépendance, risquer le refus de l’autre, risquer la beauté, ne vivre que pour elle, le difficile, le rare...

    Prendre le risque de désobéir après avoir longtemps obéi, risquer le scandale, la rupture, risquer la parole, celle qui provoquera une catastrophe ou bien le merveilleux...

    Qu'en est-il du risque de la mort… à l’heure où l’humanité des pays hyper-développés n’est pas loin d’exiger l’immortalité comme un droit inviolable, sans doute en compensation de l’escroquerie d’une organisation de l’existence avec sa promesse jamais tenue d’un progrès émancipateur et infini : elle refusera de partir cette humanité, elle s’accrochera le plus longtemps possible jusqu’à ce qu’elle ait obtenu réparation avant de lâcher prise enfin disposée à risquer sa vie propre avant de l’exposer au monde et à sa sanction ; imprudence fatale, ou bien acte délibéré de malveillance... on aura alors pris le risque de faire perdre celui qui ne veut à aucun prix que quiconque lui fasse courir un tel risque car, quand il n’y a pas de place pour deux, il n’y a de place que pour celui qui sait faire prendre à l’autre tous les risques, et plus particulièrement celui qui lui sera fatal

     

     

    ***

     

                 Une belle écriture que celle d'Anne Dufourmantelle, une écriture propre sur elle (une douche matin, midi et soir, sans doute après chaque éruption de l’âme) ! Quelques trouvailles stylistiques plaisantes qui n'évitent pas... préciosités (1) et maniérismes (on devine l’auteure bien née) accompagnées de quelques vérités bien senties sur nos désordres les plus intimes, à la fois littéraire et poétique, ce qui ne gâche rien par les temps qui courent à toute allure vers la non-écriture, on pourra néanmoins déplorer un recours excessif à des poncifs tels que… «  On n’en reviendra jamais d’être né d’une autre et d’être pourtant seul, d’avoir à mourir seul » ; véritable fonds de commerce de la psychanalyse qui nous renseigne davantage sur ce qui fait un psy, ses motivations, le pourquoi et le comment, plutôt que son patient, car on ne meurt jamais seul ; tous ceux qui sont aimés et qui ont été aimés le savent : on meurt entourés de ceux que l’on quitte et de ceux qui nous ont "quittés" et qui n’ont jamais cessé d’être présents à et en nous-mêmes.

                Dans cette énumération enthousiaste, d’un optimisme béat de tous les risques à notre portée, difficile de ne pas se figurer une Anne Dufourmantelle occupée à passer le plus clair de son temps assise dans un fauteuil à écouter ceux qui ont pris tous les risques, et le premier d’entre eux : le risque de vivre ; aussi, avec cette énumération quasi exhaustive de tous les risques à prendre ou à éviter - c'est au choix ! -, grande est la tentation du lecteur de suggérer à l’auteure de prendre le risque suivant : quitter son fauteuil de psychanalyste et sortir là où la vie et la philosophie trouvent leurs interrogations les plus pertinentes et les plus fécondes : dans l’expérience de la rue, les trottoirs, et pourquoi pas : le caniveau, les fosses septiques, les égouts... jusqu’aux stations d’épuration et leur traitement des eaux usées car, il y a des expériences qui en valent bien d’autres : sales et nauséabondes.

                 Pour sûr, il manque à cette énumération de tous les risques disponibles ceux que l’on ne choisit pas de courir ; ces risques que l’on vous fait prendre, ici et ailleurs, que l’on impose à des milliards d’individus dans le monde ; risques qui touchent à leur condition de vie à tous, condition d’être au monde, ou bien plutôt, condition de n’être au monde qu’un moyen, qu'un instrument au service d'une optimisation de l'exploitation de la "ressource humaine" - hommes femmes et enfants confondus -, sans fin, jour après jour ; ce qui, certes, n’enlève rien à Anne Dufourmantelle, pas plus qu’à ses séances de psychanalyse que l’on peut facilement imaginer tarifées à 200 euros la demi-heure (net d'impôts) à en juger par sa clientèle et les nombreux comptes rendus qu’elle nous en fait : une séance par risque donc ! C’est là sans doute le prix d’une écoute dite flottante...

    Après tout, tant que le navire ne coule pas et que personne ne se noie autrement que financièrement…

     

    ***

     

               Il y a une qualité qui ne se mérite pas et qu’on n’achètera pas non plus, car elle ne se vend pas ; cette qualité, elle se donne gracieusement à quiconque souhaite l’acquérir : c’est la juste évaluation des risques que l’on court... et plus encore, lorsque l'on court le danger de les courir tous ; évaluation à des fins d’anticipation qui nous permet d’entrevoir ce que l’on s’évertuera à nous cacher aussi longtemps que notre engagement servira, non pas notre intérêt - celui de notre propre existence sur toute une vie - mais ceux des autres, pour le temps qu’il leur sera donné de nous les confier pour les faire fructifier. Car, personne ne nous préservera, aujourd’hui moins qu’hier, depuis qu’on nous sommes tous sommés de nous exposer et que, pour cette raison, tout est risque dans une société qui ne pardonne rien à personne, la haine de l'échec au ventre.

     

     


    1 - On ne devrait jamais se regarder écrire, comme d’autres s’écoutent parler ; le meilleur auteur est sourd et aveugle ; il ne doit faire confiance qu’au génie de son intuition et de son instinct ; animal,  brutal et barbare. Alcoolo-tabagique, un auteur doit pouvoir puer de la gueule (des pieds aussi, et de la queue... accessoirement !) ; seul Proust fait exception, c’est vrai ! Et c’est sans doute la raison pour laquelle personne ne le lit excepté ceux qui en parlent parce qu’ils sont payés pour ça.

     

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     Anne Dufourmantelle à l'occasion de la sortie de "Eloge du risque".

     

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  • Roger Garaudy : réhabilitation et justice

     

     

                 « Toujours à contre-nuit, comme un pont de lumière entre l’Europe et l’Orient»

     

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    Spiritualisme, morale marxiste, marxisme et Chrétiens, Islam…

     

                   Né le 17 juillet 1913 à Marseille, résistant, communiste, enseignant, député, sénateur, écrivain et philosophe, humanisme et marxisme, Bernanos de gauche, membre du parti communiste dès 1933, arrêté en 1940 sous le régime de Vichy, déporté en Algérie... après la libération Roger Garaudy entre au comité central du PCF.

    Très tôt, Roger Garaudy ouvrira un dialogue avec l’autre versant de la réflexion révolutionnaire dans l’ouvrage « L'église, le communisme et les Chrétiens » car pour Roger Garaudy, révolution et transcendance sont indissociables.

    En bon communiste discipliné et aveugle, il sera sans pitié pour Victor Kravtchenko (l'auteur de Chose Freedom, un livre dénonçant le système soviétique, publié à New York en 1946) même si, tel un effet boomerang, bien des années plus tard, à propos d'un de ses ouvrages, il lui faudra, lui aussi, faire face à une vendetta qui n’aura rien à envier à celle que Kravtchenko en 1947devra affronter au moment de son procès en diffamation contre l’accusation d’agent américain lancée par le PCF ; un Kravtchenko seul et abandonné par toute la classe intellectuelle dite de gauche, dite progressiste.

    L'invasion de la Tchécoslovaquie par l’URSS lui inspirera deux ouvrages : "Pour un modèle français du socialisme" et le questionnement suivant : "Peut-on être communisme".

    Au cours des années soixante il s’orientera vers une approche « auto-gestionnaire », voire « libertaire » de l’organisation de l’existence ; il penchera pour l’émancipation de la classe ouvrière des appareils des partis politiques et des syndicats : PCF – CGT en tête.

    En 1970 il est exclu du PCF. Il se tourne alors vers la religion : le Christianisme de son enfance avant de se convertir à l'Islam en 1982 après avoir vu dans le Coran la continuité du message de Christ : Jésus et les Evangiles. Il viendra à l’Islam « l’Evangile d’une main et le Capital de l’autre » précisera-t-il.            

     

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                (Partout les mêmes images : Gaza, Syrie, Irak, Yémen, Libye, Afghanistan - partout les USA, Israël, l'Arabie Saoudite, le Qatar, les djihadistes coalisés et une Europe supplétive : France et Grande Bretagne en tête)

     

                  Tous les titres des ouvrages de Roger Garaudy (plus de 60) témoignent d’un esprit d’une clairvoyance rare :

    - Les Fossoyeurs – Un nouvel appel aux vivants

    - Avons-nous besoin de Dieu ?

    - Vers une guerre de religion ? Débat du siècle

    - L'Islam et l'intégrisme

    - Les États-Unis avant-garde de la décadence,

    - Le Procès de la liberté

    - Le XXIe siècle – Suicide planétaire ou résurrection

    - Le Terrorisme occidental

     

                       Dans les années 90, il fut un des premiers à dénoncer un nouvel ordre mondial qui n’est que la continuité de l’ancien désordre colonial.

    L'ouvrage "Les mythes fondateurs de la politique israélienne" publié en 1995 fera de lui la victime d’un long acharnement qui n’aura rien à envier aux procès staliniens des années 30 et 40… jusqu’à sa « chute » et son bannissement professionnel et médiatique.

    L’ouvrage en question se compose de trois chapitres principaux : « Les mythes théologiques », « les mythes du XXe siècle » et « l'utilisation politique du mythe ».

                      Roger Garaudy explique le pourquoi de cet ouvrage :

     
    " ... les intégrismes, générateurs de violences et de guerres, sont une maladie mortelle de notre temps. Ce livre fait partie d'une trilogie que j'ai consacrée à les combattre : Grandeur et décadence de l'Islam , dans lequel je dénonce l'épicentre de l'intégrisme musulman : l'Arabie Saoudite. Deux ouvrages consacrés à l'intégrisme catholique romain qui, tout en prétendant "défendre la vie", disserte sur l'embryon, mais se tait lorsque 13 millions et demi d'enfants meurent chaque année de malnutrition et de faim. Ces ouvrages s’intitulent : Avons-nous besoin de Dieu ? et Vers une guerre de religion ? 

    Le troisième volet du triptyque, Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, dénonce l'hérésie du sionisme politique qui consiste à substituer au Dieu d'Israël l'Etat d'Israël, porte-avions nucléaire et insubmersible des Etats-Unis qui entendent s'approprier les pétroles du Moyen-Orient.

    Une politique aussi inavouable en son fond exige le camouflage que mon livre a pour objet de dévoiler. D'abord, une prétendue justification "théologique" des agressions par une lecture intégriste des textes révélés, transformant le mythe en histoire : la terre conquise devenant "terre promise". Il en est de même pour l'Exode, cet éternel symbole de la libération des peuples contre l'oppression et la tyrannie, invoqué aussi bien par le Coran (XLIV, 31-32) que par les actuels "Théologiens de la libération".

    Et puis une mythologie plus moderne : celle de l'Etat d'Israël qui serait "la réponse de Dieu à l'Holocauste", comme si Israël était le seul refuge des victimes de la barbarie de Hitler, alors qu'Itzhak Shamir lui-même écrit: "Contrairement à l'opinion commune, la plupart des immigrants israéliens n'étaient pas les survivants de l'Holocauste, mais des Juifs de pays arabes, indigènes à la région."

     

                      Si à aucun moment Roger Garaudy ne niera le génocide juif, Roger Garaudy n'aura eu qu'un seul tort : dénoncer l'exploitation de ce génocide à des fins de domination et de spoliation ; ce qu'on nommera plus tard... la shoah-business, sujet de controverse lancé par le politologue et historien américain Norman G. Finkelstein dans un livre publié en 2000, sous le titre : L’Industrie de l’Holocauste : réflexions sur l’exploitation de la souffrance des Juifs.

     

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    (Se soumettre ou périr)

     

                       Agrégé de philosophie à 23 ans, d’une intelligence foudroyante d’une limpidité redoutable (pensée limpide dans la noirceur du siècle), suite à la publication de cet ouvrage sur l’Etat d’Israël et sa condamnation par les tribunaux à la demande des associations juives, le bannissement de Roger Garaudy de la vie intellectuelle française, peine de mort civile, annoncera la fin des débats politiques, intellectuels et spirituels en France au profit d’un « il n’y a pas d’alternative » dévastateur, qui scellera une défaite sans précédent de la pensée, comme autant de réactions en chaîne d’une décadence intellectuelle et d’une rupture de la transmission d'une tradition philosophique humaniste ; décadence qui propulsera au devant de la scène, après une chute vertigineuse de tous les niveaux de la réflexion intellectuelle et historique, un contingent arrogant, bruyant, d’une intolérance inouïe - obscurantisme, terreur et mensonges : trou noir cauchemardesque de la pensée -, relayé par des médias aux ordres qui, d'une pierre deux coups, enterreront sans sourciller, six pieds sous terre, leur métier de journaliste : Bernard-Henri Lévy, Bernard Tapie, Jack Lang, Bernard Kouchner, Alain Finkielkraut, Eric Zemmour, La Licra, le CRIF, Nicolas Sarkozy, Carla Bruni, Manuel Valls, François Hollande…

     

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    (Autre confirmation de la fin de tous les débats - Gaza 2008)

     

                 Infortuné, Roger Garaudy décédera le 13 juin 2012 dans le silence assourdissant d'une caste médiatique et intellectuelle terrifiée à l'idée de lui rendre justice : en effet, le premier qui s'y risquerait... sauterait.

    Qu'à cela ne tienne : Roger Garaudy aura été sans aucun doute un homme du futur… «… l'homme qui a brisé les frontières idéologiques artificielles du XX° siècle » : religion et marxisme. 

     

                        Mais alors, qui donc aujourd’hui osera témoigner en sa faveur sans craindre la relégation ?

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  • Pourquoi Michel Foucault est-il partout ?

     

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                        En 2013, la revue littéraire en ligne du Nouvelobs « Bibliobs » posait la question suivante : « Pourquoi Michel Foucault est-il partout ? »

    Et une réponse ne tarda pas à pointer le bout de son nez ; ma réponse, en l'occurrence :

                       Eh bien, Michel Foucault est partout car Michel Foucault ne dérange personne ; la production philosophico-sociologico-historique de cet intellectuel affable mais un peu austère, ne perturbe ni ne met en danger aucun système car, avec Michel Foucault, tout le monde peut y trouver son compte : les pauvres, les riches, les homos, les hétéros, les jeunes, les vieux, les cons et les autres ; même les matons et les taulards, c'est vous dire ! Et puis, avec Michel Foucault, ce qui est commode c'est qu'on peut être de gauche, rouler en grosse berline allemande et passer ses vacances au Maroc pour y chercher et y trouver de la chair fraîche à bon marché, mineure dans le meilleur des cas. Faut dire que là-bas, ça ne compte pas. D'ailleurs, rien ne compte ou si peu dans ces régions-là : nos intellos et ministres le savent trop bien.

     

                      Pourquoi Michel Foucault est-il partout demandez-vous ?

                      Bien loin de faire l'unanimité chez les historiens - ce que les médias se gardent bien de préciser à son sujet -, Michel Foucault est un « penseur » de la marginalité : délinquance, homosexualité et folie - ou si l'on préfère : prison, backroom gay et asile psychiatrique -, car Michel Foucault était surtout concerné par Foucault.

    Un penseur en marge Foucault et à la marge de tout ce qui nous permet de trouver des réponses au questionnement suivant : qui fait quoi, à qui, où, comment, pour(-)quoi et pour le compte de qui. De plus, chez Foucault, on ne nomme personne ; ce qui arrange bien des gens et le système en particulier. C’est la raison pour laquelle tous ceux qui aspirent à une longue et riche carrière lui sont reconnaissants de laisser ses lecteurs dans cette ignorance-là (qui fait quoi, à qui, où, comment, pour(-)quoi et pour le compte de qui).

    Reconnaissants, on le serait à moins quand on connaît ce qui est aujourd’hui en jeu dans ce questionnement aux multiples entrées et sorties !

    Tenez ! L’Amérique elle non plus, ne s’y est pas trompée comme avec Deleuze et d’autres encore ; dans la subversion des mœurs et de toutes les conventions du quotidien, après l’échec cuisant de mai 68 chez les ouvriers - pas de révolution politique à l’horizon mais libération sexuelle il y aura ! On jouira sans entrave -, Foucault deviendra très vite et très tôt une « pop star des campus universitaires ».

    Bourgeois mondain d'une gauche abstraite, fantasque et bavarde…fossoyeur avec d'autres du rationalisme progressiste, l’Amérique est venu chercher chez Foucault  devinez quoi ?  Cette Amérique qui recycle tout et tout le monde est venue chercher la déconstruction  de l’histoire, de la pensée, de la culture et de l’art européens ; ce qui servait admirablement  les préoccupations  des Etats-Unis des années 70 et 80 : trouver une issue à ce complexe à la fois morale et intellectuelle d’infériorité face à l’Europe, ce berceau multimillénaire de la civilisation occidentale à l’excellence arrogante et plus que dérangeante : Athènes, Rome, Christianisme, Renaissance, les Lumières… deux mille ans de philosophie, d’art et d’histoire…

    Alors, c’est sûr… vous pensez bien ! un poids, un handicap énormes que cet héritage pour tous ceux qui souhaitent se positionner sur une ligne de départ et franchir en tête une ligne d’arrivée et ainsi imposer le triomphe du mercantilisme et l’apothéose du « tout marchandise », une fois l’Europe à poil et  sans chair ; une Europe squelettique.

                    Notons au passage ceci : si Deleuze, Foucault, Derrida furent appelés par les USA et accueillis à bras ouverts, en revanche, le penseur Michel Clouscard qui est à l’origine du concept de «libéral-libertaire » ne fera jamais recette ; il sera superbement ignoré car, avec ce penseur-là, c'est l'ouvrier qui sera appelé à jouir sans entrave, de ses droits principalement, et non les fils de ceux qui l'emploient, à savoir : les patrons et les cadres.

    Et ça, l'Amérique, elle n'aime pas... mais pas du tout !

     

                    On n’en aura donc pas fini avec Foucault ou bien plutôt avec ceux qui n’ont de cesse de confondre progrès et innovation, art et animation culturelle, le prix de la baguette de pain et celui d’une barrette de shit vendue à la sauvette ou bien sous licence d’Etat une fois légalisées les effluves de cette herbe folle ; la prostituée libérée et son client et la traite des êtres humains ; l’homosexualité qui confirme la règle et l’hystérie immature gay qui frappent des individus désoeuvrés ; et puis enfin, une fois la boucle bouclée et parce qu’il faut occuper ses soirées dans des vernissages sans queue ni tête : l’art moderne avec l’art contemporain ; et ce même art contemporain sans culture ni toit avec La révolution.


    D'où l'abus que les médias font de Michel Foucault car on abuse de Foucault comme on abuse de l'alcool ; un abus de consommation et de citations sans risque puisque sans danger pour quiconque souhaite voir sa carrière principalement médiatique et/ou universitaire ainsi que sa tranquillité physique et tranquillité d’esprit prospérer, une fois repu de consensus et de soumission.

    _________________

     

    Pour prolonger, cliquez : Michel Clouscard

     

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  • Ruwen Ogien : viennoiserie, morale et meurtres en tous genres

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    Cette introduction générale à l’éthique, véritable boîte à outils intellectuels destinée au plus grand nombre (peu de jargon, phrases courtes, gros caractère d’imprimerie) et plus particulièrement pour les plus jeunes d’entre nous (les plus vieux sont néanmoins les bienvenus en tant que lecteurs même si le sujet arrive sans doute un peu tard pour eux – ce qu’on a pas appris ou ce que l’on ne vous a pas enseigné…), devrait permettre à tout un chacun d’affronter avec sérénité tout débat moral sans se laisser intimider par les grandes déclarations de principes.

    D’un côté le chêne Kantien et son inextinguible soif d’Absolu absolument absolu « Ne jamais… ne pas ! », en vieille baderne rigide (la seule fois où Kant a daigné mettre un pied dehors et rencontrer la vie de ses semblables, ou la vie tout court, c’était pour aller commander son cercueil chez le menuisier du coin)…

    De l’autre, le roseau conséquentialiste anglo et saxon, souple ou cynique, c’est selon : faire le plus de bien ou le moins de mal possible même si, comme chacun sait, l’enfer est souvent pavé de bonnes intentions.

    Et puis, quelque part dans les nuages, l’éthique des vertus inspirée du bon vieux Aristote à la pensée néanmoins toujours aussi jeune et fringante : la seule chose qui importe moralement, c’est la recherche de la perfection de soi... recherche aujourd'hui dévoyée par un « chacun pour soi et Dieu pour tous » narcissique qui fait, et pour longtemps encore, les beaux jours et le bonheur des comptes en banque de toutes sortes de psy défroqués, professions libérales et autres charlatans-gourous du développement personnel.

     

     ***

     

                  Les ingrédients de la cuisine morale et de la philosophie du même nom, sont les suivants : les intuitions (ce qui est spontanément pensé comme bien et juste) et les règles...

    Jusqu’au jour où une discipline appelée « philosophie morale expérimentale » est venue tout chambouler, normes et valeurs car, et c’est une bonne nouvelle, rien dans les concepts et les méthodes de la philosophie morale n’est à l’abri de la contestation et de la révision : un peu comme l’Histoire.

    Ce grand chamboulement de la "philosophie morale expérimentale" se fera sous la conduite de ce que les chercheurs nomment des « expériences de pensée » : petites fictions bien tordues, pas si éloignées que ça de la réalité finalement (critique récurrente à propos de ces expériences)...

    L’auteur nous en proposera dix-neuf dont la grande majorité appartient déjà au corpus de la philosophie morale expérimentale : problèmes, paradoxes, dilemmes, casse-tête moraux que d’aucuns qualifieront de pervers, à la limite du sadisme - manifestement, on n'aime et ne craint rien tant que le mal et la peur ! - selon la thématique bien connu de la mort et du meurtre entre gens comme il faut : tuer, être tuer, laisser vivre, laisser tuer… faut-il  tuer un innocent pour éviter une effusion de sang ? Est-il plus moral de tuer loin de chez soi que près de chez soi, dans son quartier par exemple ? Et l’inévitable : en tuer un pour en sauver cinq (innocents ou coupables), et en tuer cinq pour en sauver cent, et puis fatalement, sans doute un jour, les tuer tous et n'en sauver que deux : vous, cher lecteur (avec une préférence pour une lectrice) et votre serviteur, moi-même en chair en os (entre autres attributs physiques).

     

     ***

     

                  On l’aura compris, cette philosophie expérimentale cherche à comprendre les mécanismes de formation des idées morales dans la tête de nous tous ainsi que leurs causes… souvent subjectives (causes liées à notre caractère, notre personnalité, notre histoire, nos besoins tant matériels qu’émotionnels). De là cette question lancinante d’épistémologie : ces causes n’interdisent-elles pas nos idées morales d’être justes ?

    Car si la peur est tout aussi mauvaise que bonne conseillère, n’en va-t-il pas de même avec les émotions lorsqu’elles contrôlent nos jugements moraux ?

    Démocratique, cette philosophie expérimentale convoquera des milliers de membres d’une population la plus large possible selon des critères les plus variés pour des expériences de laboratoire et des enquêtes de terrain destinées à identifier nos intuitions morales dans le but de tester leur validité tout en éliminant les théories les plus irréalistes qui ne tiennent le plus souvent aucun compte de la nature humaine car, s’il suffit de peu de chose pour se comporter comme un saint, il faut aussi vraiment peu de chose pour se comporter comme un monstre (pour peu qu’ils existent !) ou plus simplement, comme le dernier des salauds, salauds et pervers...

    Même si l’on peut toujours et que l’on doit pouvoir à tout moment contester la méthodologie de cette philosophie expérimentale qui nous dit que l’on ne peut dériver aucune norme de l’étude d’un simple fait, et ce bien que la réflexion morale n'est jamais vraiment indépendante de certains faits et qu’il soit impossible d’évaluer une action selon ses conséquences sans tenir compte des intentions, l’auteur et nous tous avec lui savons que des personnalités morales exemplaires qui le restent quelles que soient les circonstances n’existent pas car, à l’impossible nul n’est tenu.

    Mais alors, existe-t-il néanmoins une sorte de sens moral universel ou inné, un instinct... d'instinct moral, tout comme il y a un instinct animal ?

    A ce sujet, l’auteur ne se mouille pas, il préfère le temps sec ; les bains de mer n’étant pas de saison et les risques de noyade toujours probables, toutefois, on dit les êtres humains enclins à porter des jugements moraux sur les actions des autres (sur les siennes propres, c’est déjà plus problématique !) sans qu’ils leur aient été enseignés même si on omet de préciser – tout comme le langage, un enfant ne peut faire l’apprentissage naturel que d’une langue qui serait parlée dans son environnement, et seulement cette langue –, ce qui suit : à condition que le sujet soit en contact avec un environnement capable de distinguer dans ses agissements au quotidien, le bien du mal. Dans le cas contraire...

     

     ***

     

                  Certes, les êtres humains sont autant ce qu'ils sont que ce qu'ils ne seront jamais ; ce dont ils peuvent souffrir lorsqu'ils en prennent conscience.  On devrait donc les juger autant à la lumière de ce qu'ils ont fait que de ce qu'ils n'auraient jamais pu faire, et alors qu'on attendait d'eux qu'ils le fassent.

    Aussi, grande est la tentation de penser qu’il est préférable de taire les crimes, ceux de tous les jours, plutôt que de les livrer en pâture à nos jugements moraux et à nos règles car, les nommer, tous ces crimes d'exception, anonymes et insoupçonnables, n'est-ce pas en faire des maux incurables, des maux privés de l'espoir du pardon et de l’oubli ?

    Heureuse soit la victime à qui la société n'a pas notifié et qualifié moralement le crime commis sur elle ! Car, elle n'aura alors qu'un seul poids à porter : celui de son propre jugement et seulement le sien. Et là, ô miracle ! L'esprit peut se révéler d'une magnanimité surprenante, lui qui est capable d'accueillir le pardon, ou bien l'oubli comme le naufragé accueille son sauveteur.

     

    *** 

     

                   S’il est aujourd’hui incontestable que l’odeur des croissants chaux a bien une influence décisive sur la bonté humaine (il suffit de penser à l’image apaisante de l’artisan boulanger devant son four et à son épouse devant sa caisse)...

    Ethique et responsabilité, morale déontologique ou conséquentialiste, jugement comparatif et plausibilité… tous les cours d’instruction civique au monde et une Marseillaise obligatoire n’y changeront rien, et plus encore dans un contexte d’infamie sociale à grand renfort de flics, de juges, d'avocats commis d'office et de centres de détention : il faudra bien un jour que l’on cesse de réunir toutes les conditions nécessaires à l’émergence du mal chez l’être humain et que l'on retrouve cette volonté commune de poursuivre, coûte que coûte, le meilleur loin d'une morale du type : the winner takes it all, the loser has to fall.

     

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    L'auteur de l'ouvrage, Ruwen Ogien, est un philosophe, directeur de recherche au CNRS. Ses travaux portent notamment sur la philosophie morale et la philosophie des sciences sociales.

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  • Affects, passions, politique et philosophie avec Frédéric Lordon

     

     


     

                      "On ne pense jamais qu'à partir de ses affects et contradictoirement. Il y a toujours des affects au départ de la pensée. Penser c'est avoir éprouvé quelque chose et c'est tremper ses affects dans la méthode intellectuelle. Mes affects sont ceux que j'éprouve au spectacle de l'Etat dont la quintessence est donnée par son appareil de force ; et les manières de cet appareil de force me révulsent : il y a encore lieu de penser l'Etat ; c'est l'objet de mon dernier livre."

     

     

     

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  • René Girard : l'anti-Rousseau

     

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    René Girard nous a quittés ce 4 novembre 2015.

    Né à Avignon le 25 décembre 1923, célébré chez les Anglo-saxons, ignoré en France, historien de formation, philosophe, anthropologue, adepte de l’interdisciplinaire - littérature et sciences humaines -, la théorie mimétique est sa thèse centrale : l’homme  est l’être vivant le plus mimétique de la nature.  Ce mimétisme se divise en deux parties : l’apprentissage (il apprend par imitation-reproduction) ; et le mimétisme de la rivalité qui mène à tous les conflits des origines à nos jours :

    Les frères rivaux, le fils et le père ennemis : un père à la fois modèle et rival…

    Récit anthropologique, l’œuvre de Girard : comment les hommes vivent et pourquoi ils se combattent.

     

                  A l’origine est le sacré (le sacrifice, les rites, les mythes) ; plus tard, arrivent les institutions politiques destinées à canaliser, tout comme le sacré, cette violence originelle car, au commencement,  il y a entre les hommes non pas le contrat (Rousseau) mais le meurtre et le bouc-émissaire.

    A noter le fait que le sacré et les institutions miment cette violence initiale ; ils ont permis et permettent aujourd’hui encore, la survie de l’espèce humaine par-delà la morale et la justice.

     

                    Quid de  la politique dans la philosophie de René Girard ?

    Pour ce philosophe, la politique n’est qu’une activité humaine parmi d’autres car la politique c’est encore le développement du mimétisme fondamental par d’autres moyens : «  Ce que tu veux pour toi, je le veux aussi pour moi. La place que tu occupes, je la veux pour moi ! »

    Et dans ce désir mimétique, il y a rarement assez de place pour deux.

     

                 Il est dit que la philosophie de René Girard ouvre toutes les portes, supérieure à beaucoup d’autres, car elle explique aussi l’échec de toutes les autres philosophies (le Rousseauisme entre autres) tout en répondant aux questions restées en suspens - celles de la psychanalyse.

                    Proche du Christianisme,  pour René Girard, le Christ est venu annoncer l’innocence des victimes-émissaires à une époque où l’on croyait encore que le bouc-émissaire était coupable ; crucifié, l'échec du Christ - bouc-émissaire le plus fameux à ce jour (1) -, annonce une ère génocidaire qui ne connaîtra sans doute aucune fin.

     

                Tout aussi près de nous, à l'heure où, au Nord, nous sortons d'un demi siècle où "l'avoir" a tout emporté et tout remporté sur "l'être", la remise en cause de la protection sociale et de la sécurité matériel pour le plus grand nombre face au Sud déshérité, en danger environnemental, pourrait bel et bien provoquer un séisme d'une violence digne des temps les plus reculés où la survie du plus grand nombre reposait sur la recherche et le meurtre d'un bouc-émissaire qui sauve la communauté du naufrage.

     

               Aussi, tous aux abris !

     

     

    1 - Hier, le Christ, aujourd'hui des centaines de milliers de Musulmans boucs-émissaires de l'Ouest et de ses impératifs énergétiques et politiques, s'appuyant sans vergogne sur une rivalité somme toute relative entre Sunnites et Chiites.

     

     

                  Pour prolonger, cliquez René Girard Archives

                   

     

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  • Régis Debray & Jacques Derrida ( Médiologie et déconstruction sur le fil du temps )

     

                      Derrida est bon quand il pense ce qu'il faut penser... penser avec un temps d'avance et contre les imbéciles donc, même si ce n'est tout de même pas ce qu'il y a de plus difficile pour un philosophe. En dehors de cela, on a vite fait de comprendre que si c'est un philosophe, il manque à Derrida le flair, le talent, l'inspiration ; c'est un besogneux qui tient trop à son "métier" et à son image de philosophe pour oser penser en toute liberté.

    Et puis, qu'est-ce que c'est que tous ces intellos qui vont aux Etats-Unis enseigner dans des universités à 50 000 dollars les frais d'inscription ! Des universités destinées à une classe qui participera sans sourciller à un système économique du pillage, de la prédation et de l'exploitation des plus démunis et des plus faibles !

    Quant à la déconstruction ... Derrida n'a rien inventé : la déconstruction, c'est toute l'histoire de la philosophie, tout comme le révisionnisme en histoire ! De plus, Nietzsche était le plus grand des déconstructeurs et ça avait quand même une autre allure que Derrida.

     

                En revanche, Régis Debray, moins philosophe, est nettement plus clairvoyant.

     

                 Quant à FOG, c'est un journaliste, autant dire... un imbécile qui n'a sans doute jamais rien compris à ce qu'il sait... pour peu qu'il sache quelque chose ! On notera sa remarque à propos de l'Irak et de l'implication des USA : "Un état pour se défendre serait donc dans l'obligation de bafouer ses propres valeurs démocratiques ?"

    Or, l'intervention des USA en Irak n'avait et n'a rien à voir avec une menace quelconque, à moins de penser que "tout est menace" car tous doivent se soumettre.

     

     

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  • Jean-Jacques Rousseau raconté par Henri Guillemin

     

     

              « Le luxe fait vivre 1000 ouvriers dans nos villes mais il en fait mourir cent mille dans nos campagnes. »

              « Il n’y a guère de fortune qui ne repose pas sur le détroussement d’autrui. »

              « Comment admirer une société où le profit est en raison inverse du   travail ? »

              « Tout privilège est à la charge de la Nation qui l’accorde. »

     

                C‘est lui, c’est Jean-Jacques… Jean-Jacques Rousseau !

     

                Julie ou la Nouvelle Héloïse, Émile ou De l'éducation, Du contrat social, cette trilogie sociale complexe - la famille, l’individu et la société -, qui occupe le cœur de l'oeuvre de Rousseau, tentera de concilier l’individu, l’autorité légitime et la liberté.

     

                 Très tôt, Jean-Jacques Rousseau comprendra la nécessité d’agir sur la condition humaine ;  que l’homme ouvre les yeux sur l’iniquité sociale et sa condition d’exploité ; et si aucun homme n’a sur son semblable une autorité naturelle - ni la monarchie ni l’oligarchie - Rousseau posera la question suivante, lourde de conséquences : où trouver et comment fonder la légitimité de quelque autorité que ce soit ?

    Rousseau répondra : « La seule autorité légitime, c’est la volonté générale» et distinguera entre la volonté générale et la volonté de tous : la volonté générale c’est l’accord naturel, instinctif de toutes les volontés vers le bien car Rousseau n’a jamais renoncé à penser qu’au fond de chaque individu il y a une orientation spontanée vers le bien ; en revanche, la volonté de tous, qui n'est que l'accumulation de volontés individuelles divergentes, est contraire à la volonté générale, d’autant plus que si le nombre sanctifie (la majorité), il n’est en aucun cas le garant du bien.

     


    Henri Guillemin, conteur compassionnel , nous raconte Rousseau - Part 1

     

     

              Son ouvrage  « Les origines des inégalités » lui vaudra d’être persona non gratta en France comme dans la république de Genève ; Rousseau se réfugiera alors en terre prussienne : Neuchâtel ; plus tard à Londres à l’invitation de Hume.

    Il sera le philosophe de la persécution et de l’exil comme aucun autre avant lui et après.

    Rousseau "ennemi de la société, populiste, penseur « du bas », de la plèbe" ? Il leur répondra à tous : « Vous ne savez que parler des devoirs des faibles et des droits des forts !»

          

     

    Part 2

     

                     Pensée politique, pensée religieuse… une légende lie Voltaire à Rousseau ; lien antinomique car, son pire ennemi sera Voltaire ; un Voltaire faussaire et menteur, tout sera bon pour isoler Rousseau, le diaboliser et l’abattre.

                 Dans les faits, l'œuvre de Rousseau déclenchera la haine des Encyclopédistes (à l’exception de Diderot qui prendra ses distances avec les agissements de Voltaire à l'encontre de Rousseau) qui lui reprocheront de vouloir réhabiliter l'idée de "Dieu" ainsi que des nantis (souvenons-nous que Voltaire était un "millionnaire"), des Catholiques et des Protestants que Rousseau défie sur leur propre terrain.


    Les Catholiques l’accuseront de remettre en cause l’institution sociale et le bien-fondé de la domination de quelques uns sur la multitude. Les Protestants suisses ne lui pardonneront pas sa charge contre l’argent ; eux qui, banquiers, ont la fâcheuse habitude de dire « Dieu » quand ils pensent « argent ». Leur chef d’accusation sera le suivant : « Atteinte à notre sainte réformation ».

    Car toute l’œuvre de Rousseau est occupée par le religieux, la destination de l’homme : « Reconnaissant dans l’évangile une autorité divine, je crois à ce Jésus revêtu de cette autorité d’une sagesse plus qu’humaine ». Et puis aussi : « On ne peut être heureux qu’à proportion que l’on se rapproche de soi. Notre vrai moi n’est pas tout entier en nous » ; là, Rousseau rejoint Pascal.

    Il se dit chrétien mais sans le péché originel ; Rousseau y oppose la bonté originelle de l’homme : l’homme a été meilleur, il est devenu moins bon.

    Altération du caractère naturel de l’homme ? L’imperfection de l’homme fait que l’amour du bien se trompe d’objet ? On pensera alors un amour enténébré.

     

               Sous la poussée de Diderot et son influence, Rousseau tentera de se tourner vers l'homme primitif, l’homme de la nature non civilisé, le « bon sauvage »... avant de se dédire et de revenir à la nature de l’homme et à la bonté des origines.

     

    ***

     

               Philosophe de l'amour de et pour son prochain, philosophe de la solitude... Jean-Jacques Rousseau aura sans doute été le philosophe le plus insulté et le plus haï de l’histoire de la philosophie. Et jamais la vérité sur Jean-Jacques Rousseau ne sera dite de son vivant ; rares sont ceux qui lui rendront justice. En revanche, tous l’auront un jour trahi, tous l’auront persécuté jusqu’aux confins de la folie.

     

               Et « s’il n’est pas de vertu sans combat », né le 28 juin 1712 à Genève Jean-Jacques Rousseau quittera un monde décidément inhabitable - d’aucuns diront « insortable » -, le 2 juillet 1778 à l'âge de 66 ans, épuisé.

     

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    Pour prolonger, cliquez : Les conférences de Henri Guillemin

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