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politique

  • Nietzsche : une histoire sans fin...

     France Culture consacre toute cette semaine à Nietzsche : c'est ICI

     

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                  Nietzsche est le penseur le plus mal lu et le plus mal compris par ceux qui se réclament de la gauche et par quelques esprits sommaires et confus (Michel Onfray entre autres). La droite, elle, l'a très bien compris ; c'est la raison pour laquelle ses intellectuels n'en parlent que rarement - et puis... culpabilité oblige, la récupération de Nietzsche par nombre de régimes concentrationnaires situés plutôt à droite du spectre politique de l'horreur, force le silence -, car la droite libérale sur un plan économique, voire ultra-libérale et mondialiste, répressive sur un plan sociétal, ne commente pas Nietzsche ; elle le vit.

                   Cependant, à défaut de réconcilier tout le monde, la pensée de Nietzsche semble convenir au plus grand nombre car tous y trouvent leur compte  : en effet, Nietzsche n'est-il pas le paillasson sur lequel tous peuvent allègrement s'essuyer les pieds, voire...  déposer sa petite crotte idéologique ?

                   Le romantisme infantile des "penseurs" des années 70 (avant les "French doctors" et les "French studies !") d'une complaisance inouïe envers la délinquance et la folie - n'en déplaise à Michel Foucault -, ont mis au goût du jour un Nietzsche diagnostiqué "psychotique" selon le principe qui veut qu'après le vin, c'est la folie qui conduit à la vérité, aveuglés qu'ils étaient par la moustache foisonnante du maître , car, au nom de "l'anti-psychiatrie" très vite érigée en dogme, tous ont ignoré le fait suivant  : à chaque fois qu'il est question des affaires humaines, les "fous" ne rêvent que de contrôle, de domination et de tordre le cou à tout ce qui résiste - humain et matière ; ceux qui connaissent "la parole des fous" savent que leur folie n'a rien de noble ; plus intolérante et plus autoritaire que la folie, vous ne trouverez pas ! Le fou est définitivement du côté de l'autoritarisme et de l'oppression ; il est le meilleur soutien d'un ordre social dans lequel les uns sont destinés à commander et les autres à obéir.

    Nietzsche n'est certainement pas l'exception qui confirmerait cette règle.

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                  ... en continu, éternel retour de l’être cyclique face à lui-même, ressassement après ressassement compensatoires qui ne le sauveront pourtant pas.

     

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                  Si une bonne partie de l’œuvre de Nietzsche annonce l’homme sans Dieu  - l'homme privé de foi, sans croyances, sans transcendance ni descendance - ainsi que les régimes policiers, totalitaires et génocidaires du 20è siècle - crimes de guerre, crimes contre l’humanité, holocaustes, en veux-tu en-voilà ! -, sa  pensée annonce une nouvelle ère : celle des grands malades mentaux à la tête des Etats.

    De dieu, Nietzsche, cependant, s'en donnera un : Dionysos, dieu et maître ; comme quoi, même pour un penseur comme Nietzsche, il est difficile de faire sans, manifestement !

    Dionysos donc ; dieu grec de l'ivresse et de la transe, à la fois dément et doux, grand trucideur sans merci, lubrique et anthropophage (vaste programme !) ; Dionysos le seul que Nietzsche considère à la hauteur, à sa hauteur ! Son seul semblable, l'unique... Nietzsche en sera comme "possédé" .... de ce Dionysos aussi décoiffant qu'effrayant. 

                 Homme masqué (Dionysos encore !), adepte du marteau et de l'enclume (Dionysos pour mieux taper sur le christianisme) agressif et violent dans ses écrits, tendre avec son entourage, misogyne dans ses textes, très prévenants  avec les femmes qu'il côtoyait, diagnostiqué maniaco- dépressif (maladie héritée de sa famille maternelle - merci Maman !), puis psychotique  - ce qui signera sa première mort, intellectuelle s'entend, en 1889 -, faute d’attention et de soins appropriés - si tant est que la médecine et la pharmacopée de son époque aient été capables de lui venir en aide (1) - jamais la maladie n'aura autant contrôlé et dirigé l'oeuvre d'un créateur. Et si Nietzsche est si populaire auprès des pensionnaires des hôpitaux psychiatriques qui sont, ne l’oublions pas, non seulement occupés par de pauvres bougres disgraciés mais aussi par des apprentis dictateurs et psychopathes car, on se soigne comme on peut - soit à l’hôpital, soit à la tête d’un Etat - c’est que les fous n’aiment rien tant que l’ordre et la force.

    Vous en doutez ? Ecoutez-les donc s’exprimer lorsqu’ils se mêlent de ce qui ne les regarde plus vraiment, à savoir de politique ; leurs propos vous donneront la chair de poule même si l’on sera toujours tentés de se dire : « Bah ! Les pauvres, ils ne savent pas ce qu'ils disent : ils n'ont pas idée ! »

                   Né posthume, déclaré poète pour nombre de nos poètes du XXe siècle à partir des années trente (René Char en tête), une fois sorti de l'oubli, poète de l'extase et de la "fuite des idées" - fuite torrentielle... rapport à sa maladie -, plus mystique  (il "voyait et entendait" ses livres avant de les écrire) que philosophe - Nietzsche était trop imprévisible, auto-centré et instable et bien trop dépendants  de circonstances sur lesquelles sa volonté et ses choix avaient peu d'influence (sa maladie dans toutes ses conséquences), pour que l'on puisse le considérer comme tel -, si l'oeuvre de Nietzsche, en partie hallucinatoire ( avec cet auteur, "Je" est vraiment un autre ; en cela il rejoint Rimbaud),  devra tout à sa maladie, entre deux crises de mélancolie aiguë précédées de migraines d'une intensité paralysante... force est de constater ce qui suit : quand notre penseur se pique de politique… la catastrophe n’est jamais bien loin car, si Nietzsche était né 50 ans plus tard, nul doute qu'il nous aurait quittés cinq et six ans plus tôt (faites le calcul, et vous comprendrez d'autant mieux pourquoi) ; et nombre de nos contemporains se garderaient bien aujourd’hui de nous le servir à tout bout de champ et à toutes les sauces car… il n’est pas difficile de deviner sous quelle bannière notre poète-philologue -philosophe (3 en 1) se serait rangé… même si… maigre des épaules et la poitrine creuse, Nietzsche serait sans aucun doute passé à la trappe le premier. 

    Pour une fois, les conseilleurs auraient subi le sort des payeurs... Qui donc s’en serait plaint ? 

    *** 

                "Volupté éternelle" accouplée à une "Volupté  d'anéantir" par-delà Bien et Mal, partisan de la table rase ( tout détruire pour mieux reconstruire), Si «  ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort » comme pouvait l'affirmer Nietzsche… on pourra tout autant affirmer que ce qui ne vous tue pas fait de vous un salaud ou un monstre, et parfois les deux ; il suffit de penser à la facilité avec laquelle une victime peut être tentée de passer du côté du bourreau ainsi qu’à l’enfance de tous nos tueurs en série, pour s’en convaincre.

    Nietzsche et le Surhomme, Nietzsche et la volonté de puissance... Nietzsche et la tentation de l'eugénisme : glorification du corps humain et masculin, ce corps athlète et guerrier, ce corps conquérant et triomphant...

    Décidément, compensation, tout n’est que compensation ! pour un Nietzsche qui tenait à peine debout, d’une santé précaire à la fois physique et mentale !

    Vampirisé par une culpabilité et un sentiment d'indignité (sentiment très lié à l'enseignement de la morale chrétienne), fils de pasteur, Nietzsche pensait que le Christianisme était la plus grande calamité au monde. A ce point vent debout contre le Christianisme que l'on ne lui connaît aucune relation sentimentale consommée avec une femme ; ses écrits confirment son dégoût envers toute relation charnelle (on ne ricane pas, svp).

    Autre détail biographique et historique : à l'occasion de son séjour dans la ville de Turin, face au spectacle d‘un cheval maltraité par son cocher, Nietzsche succombera à cette autre sensibilité qu’il jugeait pourtant décadente – la sensiblerie ; le déséquilibre entre l’extension indéfinie de notre empathie et une certaine capacité limitée à souffrir de la souffrance de tout ce(ux) qui souffre(nt) ayant atteint là son point de rupture. Nietzsche ne s'en remettra pas, à jamais silencieux. Avait-il aussi décidé de se ficher la paix une bonne fois pour toutes ? 

    Quant à l'éternel retour (concept grec qu'affectionnait notre philosophe que l'on peut aussi traduire par "genèse à nouveau"), là encore, ironie de l'existence, sa maladie le conduira sur une voie sans retour possible ; une ligne droite et un cul de sac  : le mur de la maladie à son stade terminal.

    Avec cette condamnation sans nuance du Christianisme, Nietzsche peut se vanter d'avoir "tué le père" ; le sien en l'occurrence ; et sa mère aussi, femme dévote (déicide, parricide et matricide, décidément, Nietzsche ne faisait rien à moitié ; toujours dans l'excès !), tout en étant, dans les faits, bien plus proche de la catéchèse pastorale que la plupart de ses contemporains : comme quoi, plus on tente de nier et de renier... plus, dans les faits, on lutte pour ne pas ou ne plus adhérer, acquiescer et se soumettre, un genou à terre, puis deux car plus on pense avancer plus on recule, plus on pense se libérer plus l'on s'enchaîne.

    Quant à l'inversion des valeurs (chrétiennes en autres), chère à notre philologue... révolution après révolution et révulsion, il semblerait qu'elle l'ait conduit à la case départ : le protestantisme  puritain de ses géniteurs. Et là, on est à des années lumières de Dionysos, c'est sûr !

     

                 Principes, valeurs, arguments, détestations... jamais l'oeuvre d'un penseur n'aura été autant la manifestation par excellence de son histoire, de son caractère, de sa personnalité et de sa maladie chronique ; jamais les affects n'auront autant déterminé son parcours philosophique - donnant raison à la théorie suivante : sans affect, aucune pensée n'est possible car ce ne sont pas les idées qui mènent le monde mais bien plutôt l'histoire : la petite et la grande, individuelle et collective.

    Pas d'idée puissante qui ne nous touche de plein fouet donc (2).

                  

                 Mégalomane discret, soupçonné par ses proches de posséder un orgueil démesuré, un orgueil dissimulé derrière un masque - celui de l'humilité, de la bienfaisance et de la conversation courtoise et aimable -, Nietzsche méprisait ses semblables qui étaient à ses yeux loin, très loin de lui ressembler ; il plaçait tous ceux qu'il fréquentait en dessous, très en-dessous de lui : là encore, seul Dionysos était à sa hauteur ; autant dire : haut, très haut perché. 

    Si la volonté d'affirmation était très forte chez notre penseur, nombreux sont ceux  qui oublient que dans "Nietzsche" il y a "niet" : le refus... refus, entre autres, de l'égalité en droit entre les hommes en général et en particulier, entre les hommes et les femmes car, grand pourfendeur des Lumières, Nietzsche préférait Joseph de Maistre et Voltaire (millionnaire de salon qui a fait fortune dans le commerce "triangulaire", aussi malin que bavard, à l'égo démesuré, grand défenseur de sa propre cause et pourfendeur du peuple et des gueux !) que Robespierre ; faut dire que notre aristocrate allemand haïssait le rêve des pauvres : l'être un peu moins... pauvres, tout simplement... ou même... plus du tout. Sa préférence allait vers ceux qui n'avaient besoin de rien parce qu'ils possédaient déjà tout. Quant à la dite "Inversion des valeurs" (ici morales et politiques).... aujourd'hui Nietzsche serait comblé : "1984", la prédiction orwellienne, a triomphé et la finance aussi dans sa quête insatiable d'optimisation de la ressource humaine : sa chair, ses muscles, son cerveau, sa sueur et son sang.

    Aussi, force est de constater que la dénonciation du caractère nihiliste de la religion chrétienne et sa profession de foi en faveur de l'inversion des valeurs, de toutes les valeurs, par notre pourfendeur azimuté tous-azimuts semblent s'être retournées contre son auteur. Tenez ! Aujourd'hui, il paraît même qu'il est plus grave de partir en quête de la vérité (ceux que les médias dénoncent comme "complotistes") que d'exhiber sa pédophilie passée, présentes et à venir, dans des médias complaisants et totalement corrompus.  

                Individualiste forcené  car sa maladie était la sienne et celle de personne d'autre - une maladie qu'on ne peut ni échanger ni partager -, doué d'un génie instinctif d'une intuition d'une amplitude exceptionnelle aux dérèglements géniaux, Nietzsche avait du nez, c'est sûr  ! Et de la moustache aussi .... sa célèbre moustache ! Et si d'aucuns prétendent qu'il y a un Nietzsche de gauche et un Nietzsche de droite (macroniste avant Macron notre penseur... voire centriste, genre "en même temps" ?) grand philologue... mais piètre penseur politique, si par penser on entend être un tant soit peu capable de proposer des solutions (3) quant à l’organisation pacifique de notre existence à tous au sein de l’imbroglio politique, économique, religieux et psychique propre aux sociétés humaines... des solutions autres que les camps de la mort, la loi de la jungle et l’extermination de tous ceux qui traîneraient la patte - cela va sans dire ; mais tellement mieux en le précisant -, Nietzsche était un grand marcheur, toujours en vadrouille ; on dit qu'il a passé la moitié de sa vie sur les routes et l'autre moitié allongé sur son lit, prostré par une migraine sans merci ; grand randonneur donc, aussi notre philologue pensait-il avec ses pieds et marchait-il le plus souvent sur la tête ; ce qui n’arrange rien, on en conviendra tous.

                    Pour finir, penchons-nous un instant sur tout ce que Nietzsche a pu écrire à propos de l'Allemagne ; bien des contre-vérités subsistent car le reproche majeur qu'il lui adressera c'est de ne pas avoir su le célébrer, lui et son oeuvre, de les avoir ignorés, marginalisés et méprisés car pour ses pairs, Nietzsche était un désaxé dont il fallait fuir la compagnie à tout prix et étouffer l'oeuvre.

    A propos de Richard Wagner, deux reproches principaux sont à souligner : avoir choisi les dieux et chevaliers teutoniques contre l'héritage grec (Dionysos en particulier ; et ça, c'est impardonnable !) et puis ceci : avoir répandu la rumeur d'un Nietzsche homosexuel-refoulé qui n'avait pour seule activité sexuelle que l'onanisme - une pratique moralement condamnée au siècle de notre penseur ; pratiquement "un crime" à leurs à tous ; et pour Wagner, une gageure.

                      Nietzsche sur les femmes, précisons ceci : de femmes, Nietzsche n’a connues - hormis sa mère et  une sœur hyper-possessive à son égard -, et n'en a approchées de près qu'une seule dans le cadre d'une relation platonique (cela va sans dire) : une dénommée Lou Andreas-Salomé, femme intelligente et cultivée, ce qui ne l’a pas empêché de disserter sans fin, fort de cet échantillon ô combien représentatif ( un panel de trois sondées), sur l’éternel féminin et sa place dans le monde, ou bien plutôt dans la cuisine avec pour seul horizon… les fourneaux, sans oublier les couches culottes de marmots pleurnichards.

    Mais… tout compte fait et en comptant bien, ne parle-t-on pas toujours mieux de ce que l’on ne connaît pas ? En effet, tout devient alors possible ! L’imagination peut s’ébattre sans entrave, libérée de la contrainte que sont des faits têtus et inhibiteurs. Nul doute, l’ignorance a bien pour royaume la fiction car, une fois que l'on sait, on n’a qu’une tentation : baisser la tête et se taire, couvert de honte.

     

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                   Dans l'oeuvre de Nietzsche, trois termes reviennent le plus souvent : décadence, nihilisme et dégénérescence ; et ce penseur y associe quatre maux : le féminisme, le Christianisme, le Socialisme et le Romantisme. C'est là tout le procès de la compassion, de l'égalitarisme, de la métaphysique et de l'humanisme qui est fait.

    Suivez maintenant notre regard : celui que l'on posera sur les années 30 et une partie des années 40.

                  Combien sont-ils aujourd'hui à se proclamer "nietzschéens", parmi nos intellectuels ? Une majorité ; alors qu'il est permis d'affirmer que l'oeuvre de Nietzsche est bien trop personnelle pour que l'on puisse prendre, siècle après siècle, son train en marche. En revanche, il est tout à fait légitime d'étudier dans le texte de notre auteur, ses formes et sa langue parlée-écrite ; en cela, son oeuvre est bien plus proche de Homère et de son Odyssée que de nos philosophes canonisés tels que Descartes ou Kant.

    Aussi, le meilleur service que l'on puisse rendre à cet auteur en tant que lecteur, c'est de travailler à sa propre "Odyssée" sans maître ni gourou. Pour cette raison, que Nietzsche soit "très tendance" - un Nietzsche vintage ! - depuis une cinquantaine d’années  auprès d'intellectuels médiatico-économico-libertaires courageux à souhait depuis qu’ils savent que l’on n’attend plus d’eux qu’ils soient téméraires ; intelligentsia un rien blasée et complaisante qui aime s’encanailler, se faire peur et se salir un peu, bave et boue, aux universitaires béats face à l'oeuvre... tout cela ne change rien à l'affaire car, quand on sait lire, il n’est pas nécessaire d’être doté d’une intelligence supérieure pour voir dans l’ouvrage Antéchrist (4) (l'avant dernier ouvrage de notre penseur avant la chute de sa conscience et son effondrement psychique) pas seulement une imprécation contre le christianisme - à qui, soit dit en passant, on doit la compassion et le pardon - mais bien le manifeste de tous les systèmes totalitaires à venir. 

    Il est vrai que Dionysos - son maître -"en proie en la mania, fou de jouissance et d'ivresse, peut se muer en Dieu meurtrier et mangeur de chair crue".  Comme quoi… quand on ne veut pas voir… on reste aveugle et content de l’être. 

    Que ses lecteurs-dévoreurs et béats se rassurent : Nietzsche aurait été déclaré irresponsable.

     

                     Mais alors, pourquoi une telle complaisance pour l'oeuvre de Nietzsche ? Pourquoi cette amnésie livresque - refuser de lire ce qui est écrit en toute lettre ? Pourquoi cet aveuglement ?  Et bien, il semblerait que l'on pardonne tout à Nietzsche car il était, contrairement à nombre d'auteurs des deux siècles qui l'ont précédé, philosémite. Dans le cas contraire - si l'on avait pu trouver la moindre trace d'antisémitisme chez lui - soyez assurés de ceci : comme par magie, cette amnésie, cette complaisance et cet aveuglement honteux et condamnables se seraient évanouis en moins de temps qu'il faut l'écrire et le dire ; et c'est alors que plus rien de l'oeuvre de Nietzsche ne leur aurait échappé. 

                    Précisons aussi ceci : Nietzsche et son oeuvre n'auront rien de tragique puisque Nietzsche a tout prémédité et tout assumé avec autant de conscience que d'inconscience, de son propre fait autant que dans l'absence d'un libre arbitre imposée par sa maladie. Nietzsche était Nietzsche autant par choix que par nécessité. Et s'il s'est souvent plaint de la douleur et de l'épuisement nerveux qui ont pour cause des migraines dévastatrices, jamais il n'a insulté ou méprisé sa maladie sans laquelle aucune oeuvre n'aurait trouvé son chemin et sa voix.

     

    ***

     

                              "Nous avons besoin d'une doctrine assez forte pour exercer une action sélective ; fortifiant les forts, paralysant et brisant ceux qui sont las de la vie ; Ma philosophie apporte la pensée triomphante qui détruira finalement toute autre façon de voir ; les races qui ne la supporteront pas sont condamnées" ( Nietzsche -  La volonté de puissance 225 ; 229 - Tome 2)

     

                    A titre de conclusion provisoire, on pourra faire le constat suivant : la dévotion est traître ; si l'on n'y prend garde, elle rend bête, même et surtout séculière et tout auréolée d’une pseudo-liberté de pensée qui a souvent la fâcheuse habitude d’oublier de se débarrasser de ses œillères. Et nombre de lecteurs de Nietzsche partagent cette regrettable habitude.

                    Les penseurs, les philosophes doivent être critiqués ; et parmi leurs lecteurs, leurs "disciples" en premier chef, car le devoir de tout lecteur c'est bien de se garder d'une lecture passive, non-critique des oeuvres. Dans le cas contraire, ces lecteurs courent le risque de n'être que des groupies serviles en quête de gourous ; la pire des lectures. 

                   Quant à se dire « nietzschéen »... le revendiquer,  c'est croire encore aux fantômes car Nietzsche est mort avec Nietzsche (contrairement à Dieu, Allah,Yahweh qui ne se sont jamais aussi bien portés : toujours autant de raisons de trucider l'autre), d'autant plus que l’absurdité ou la naïveté de cette revendication est par trop flagrante car pour « être nietzschéen » il faudrait avoir partagé non seulement  l'histoire familiale et personnelle de Nietzsche, Nietzsche et son siècle, mais plus important encore : Nietzsche et son combat contre sa maladie, l’épuisement physique et mental face à la douleur ainsi que le travail colossal de compensation — oeuvre géniale de toute une vie, courte au demeurant et misérable -, que cette maladie a exigé de Nietzsche pour qu'il ne renonce pas tout à fait en mettant fin à son... calvaire. 

                  Mais alors, une oeuvre Golgotha-esque finalement que celle de Nietzsche ?........................................

                 Ironie de l’histoire, tout n’est qu’ironie ! Né dans le Christianisme avant de s'en départir à cor et à cri toute sa vie durant tout en s'y soumettant (comme on a pu le voir), l'Antéchrist a bel et bien fini sur la croix sans pour autant sauver qui que ce soit. 

                 Sacrifice en pure perte pour lui et l'humanité ? Pas exactement puisqu'il nous reste l'oeuvre, son oeuvre, autre Evangile. 

     

     

    1 - Hypomaniaque dans un premier stade - merci de vous reporter au billet de Philippe Cadiou - "Nietzsche et la mélancolie " qui met en parallèle et analyse la progression et les symptômes de la maladie de Nietzsche et ses écrits tout au long de la construction de son oeuvre indissociable semble-t-il de son état de santé, de la mélancolie à la mégalomanie jusqu'à sa psychose achevée. Des extraits en ligne sont disponibles ICI - à lire impérativement !

    A l'origine de cette publication de Philippe Cadiou on trouvera un ouvrage oublié mais remarquable d'expertise et d'implication - ceci explique sûrement cela ! - de Jacques Rogé aux éditions Odile Jacob - 1999 : "Le syndrôme de Nietzsche" ICI ou ailleurs sans doute, bien qu'épuisé. 

    2 - A ce sujet, on pourra se reporter à l'ouvrage de Frédéric Lordon ICI

    3 - Si on n’a pas la compassion, on aura les camps : et on les a eus et les avons aujourd'hui encore : Palestine... et tous les camps des réfugiés du monde entier.

    4 - Faites le test : relisez Antéchrist tout en gardant à l’esprit ce qu’a été, par exemple, le régime nazi... et vous verrez : à tous les coups, ça marche ! De même avec « Les confessions de saint Augustin » et les Talibans : mais ça, c’est une autre histoire.

           

             "Nietzsche consacre la permanence d'un monde hiérarchisé, où la volonté de vivre se condamne à n'être jamais que volonté de puissance. La formule "Dionysos le Crucifié" dont il signe ses derniers écrits, trahit bien l'humilité de celui qui n'a fait que chercher un maître à son exubérance mutilée. On n'approche pas impunément le sorcier de Bethléem. Le nazisme est la logique nietzschéenne rappelée à l'ordre par l'histoire. La question était : que peut devenir le dernier des maîtres dans une société où les vrais maîtres ont disparu ? La réponse fut : un super valet. Même l'idée de surhomme, si pauvre soit-elle chez Nietzsche, jure violemment avec ce que nous savons des larbins qui dirigèrent le IIIe Reich. Pour le fascisme, un seul surhomme : l'Etat." Raoul Vaneighem : Traité de savoir-vivre - 1967

     

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  • Penser la dissidence aujourd'hui avec don Quichotte et Sancho Panza

     

                    L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche ou L'Ingénieux Noble Don Quichotte de la Manche (titre original en espagnol El Ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha) est un roman en deux parties écrit par Miguel de Cervantes et publié à Madrid en 1605 et 1615.

     

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               Don Quichotte et Sancho Panza... mais... qui est l’un, et où est l’autre ?

     

     

                     Certes, à propos de cette oeuvre, un fait est avéré : le don Quichotte de Cervantès est bel et bien un mythomane paranoïaque, et son compagnon d'infortune, Sancho Panza, son «médecin» et sa tentative de cure ; Sancho est celui qui tentera, sans relâche, à chacune des hallucinations de son Maître, de le ramener à la raison : celle de la réalité de ce qui est, de ce qui existe contre tout ce qui n’est pas et qui n'est que le fruit d’un cerveau malade, celui de don Quichotte en l’occurrence.

                       Disons-le sans tarder : ce qui fait que ces deux figures de la littérature mondiale sont attachantes et parfois même émouvantes, c’est leur bonne foi totale, leur honnêteté à tous les deux. Ce qui fait que nous lecteurs, nous ne pouvons pas nous empêcher de les aimer, c’est l’absence de vice et d’arrière-pensée chez ces deux personnages car aucun d’eux n’est ni manipulateur ni menteur ; aucun d’eux ne manipule l’autre ni ne lui ment : respect, commisération, efforts redoublés, l’un tentant de sauver l’autre… et l’autre d’instruire l’un sur un idéal existentiel : l’esprit de chevalerie.

    Mais alors…

    Dans cette perspective-là - un don Quichotte paranoïaque et un Sancho Panza « médecin » -, et si les don Quichotte d’aujourd’hui, loin d’être attachants, ne faisaient plus sourire personne ? Car enfin, ne serions-nous pas tentés de les juger plutôt détestables tous ces négateurs d’une réalité délibérément travestie dans le but de servir non pas un esprit chevaleresque  - noblesse, loyauté, courage et générosité -, mais une idéologie, une seule, celle de la domination : la protection des intérêts de la classe dominante, ou plus exactement l’hyper-classe, oligarchie mondiale aux intérêts mondiaux ?

    Car ne nous y trompons pas : nous ne sommes plus en présente d’un don Quichotte paranoïaque mais bien plutôt d’un don Quichotte machiavélique : un stratège politique hors pair.

    Aussi, force est de réaliser que seuls les Sancho Panza d’aujourd’hui sont encore dignes de considération. Certes, ils ne sont plus « médecins curateurs » mais activistes lanceurs d’alertes ; et s’ils ont perdu leur jovialité, leur truculence… c’est qu’aujourd’hui, les enjeux sont d’un tout autre ordre : il n’est plus question de ramener à la raison un Don Quichotte égaré et agité, tendre et pacifique, fou à lier mais dont la folie n’est un danger pour personne excepté pour lui-même ; il s’agit bien plutôt de dénoncer et de tenter de contenir l’expansionnisme d’un Don Quichotte pour lequel le pouvoir c’est la domination et la fin…tous les moyens : manipulations , corruption, intimidations, assassinats, guerres ; un imprécateur de premier ordre.

                 Dans une autre perspective maintenant, à savoir… un don Quichotte homme des causes perdues qui se bat contre des moulins à vent alors que l’ennemi, le vrai, est ailleurs mais inaccessible - comme hors de portée -, un don Quichotte non paranoïaque donc... curieusement, il se pourrait bien que la réalité soit aujourd’hui incarnée par ce don Quichotte-là et la fiction, ou plus exactement dans le contexte qui est le nôtre, la falsification des faits aux fins de domination, le soit par un Sancho Panza qui n’aurait alors qu’un souci : faire passer notre don Quichotte pour un mythomane paranoïaque aujourd’hui calomnié en tant que "complotiste" et décrié par toute une classe politico-économico-médiatique au service de la domination.

    Et la dissymétrie entre ces deux personnages est telle que le combat est loin d’être gagné. Toujours dans cette perspective d’un don Quichotte non paranoïaque, force est de constater que dans les faits, pour ce don Quichotte-là, chaque jour est une défaite : don Quichotte homme des causes perdues s’effondra vaincu et mourra sans doute épuisé dans un combat pour la vérité d’une réalité de plus en plus évanescente… et Sancho Panza, l’homme de la mystification délibérée triomphera.

     

              Pour revenir à Cervantès et à son don Quichotte négateur du réel, dans le contexte d’une mondialisation liberticide, sans honneur et sans justice,  il semblerait que ce soit le défenseur de la fausse-réalité, celle de la société du spectacle à une échelle maintenant mondiale, qui ait triomphé - Don Quichotte donc, celui qui voit et dit ce qui n’est pas - avec pour conséquence le fait que Sancho Panza, le soi-disant complotiste pourfendeur de cette fausse réalité, a sans doute déjà perdu même si en ces temps de confusion et de faux-semblants, les puissants avançant masqués, il se pourrait bien que tout le monde soit le don Quichotte de l’un et le Sancho Panza de l’autre car tout est fait pour entretenir une telle confusion qui ne sert qu’un seul intérêt…

    Devinez lequel !

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                   Billet de blog rédigé en réaction à la conférence de Michel Onfray : « Le principe de don Quichotte » en mai 2013 : ICI ; un Onfray qui, comme à l’accoutumée, évite soigneusement de prendre quelque risque que ce soit, dans une approche et analyse plutôt œcuméniques (tout le monde pouvant y trouver son compte : réconciliation et consensus), en s'en prenant aux vieilles lunes du stalinisme et du débat "Sartre (don Quichotte) contre Aron (Sancho Panza)"... tout en se gardant bien de transposer cette fable de Cervantes dans un contexte pourtant bien plus brûlant : la falsification de la réalité, la distorsion des faits sans doute sans précédent dans l’histoire ( à savoir : qui fait quoi, à qui, où, comment, pourquoi et pour le compte de qui ?) par une coalition politico-économico-médiatique pour laquelle ce qui est ne doit pas être.

    Aussi, il semblerait bien que Michel Onfray ait lui aussi quelques problèmes avec la réalité liberticide d'une actualité de crises et de guerres aussi mensongères que dévastatrices.

    Il n'en reste pas moins qu'Onfray n’est définitivement ni un don Quichotte dans un cas ni un Sancho Panza dans un autre. Une seule réalité lui colle à la peau néanmoins : elle est commerciale et touche au marketing ; une réalité qui consiste à devoir vendre des livres au plus grand nombre : pas de vague donc ! Pas de vague, pas de vague,  jamais ! Excepté dans le microcosme parisien (avec un ouvrage contre Freud et un autre contre Sartre)… microcosme dont tout le monde se fout… et dont la réprobation ne vous fera jamais perdre un seul lecteur.

     

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                  Images extraites de l'adaptation d'Orson Welles pour le cinéma du roman de Miguel de Cervantes( 1605). Réalisation commencée dans les années 50 et achevée dans les années 70. Ni les acteurs, ni Orson Welles ne verront le film monté. Saluons au passage Akim Tamiroff (Pancho... un fidèle... souffre douleur de Welles) et l'acteur Francesco Reiguera, et toute l'équipe de la post-production : montage image, son, musique et voix.

     

     

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  • Dialogues désaccordés : Eric Naulleau seul et impuissant face à Alain Soral

    Billet de blog publié en 2013

     


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    Si les imbéciles osent tout, et c’est d’ailleurs à cela qu’on les reconnaît… avec l'ouvrage "Dialogues désaccordés" sorti en 2013, (aujourd'hui interdit à la vente depuis 2016, sur le marché de l'occasion excepté : Rakuten, Amazon...), Eric Naulleau - ancien critique littéraire-éditeur, aujourd'hui animateur télé et football -, a pris le risque de monter sur un ring qui ne manquera pas d’exposer, dès le premier round, juste avant un K.O et la fin des hostilités faute de combattant, non seulement sa propre vacuité intellectuelle et autres insuffisances mais aussi, chez toute une frange dite « de gauche » qui se résume le plus souvent à un engagement auprès du PS et accessoirement aux côtés des Verts (ce qu'il faut bien appeler maintenant : la 2e droite), l’absence totale d’instruments et d’outils d’évaluation critique (1) d’une modernité pourtant mille fois passée au crible d’une lecture et d’une interprétation sans concessions, de Marx le prophète à Michel Clouscard le penseur prémonitoire au jugement sûr, sans oublier de faire un détour par Guy Debord dont les analyses n’ont fait que se bonifier au fil du temps, Jean-Jacques Rousseau couvrant d’une aile protectrice tout ce beau petit monde…

     

    Une frange indissociable des médias dominants  - médias qui n’ont pas cessé de sonner le glas de l’intelligence et de la création (2) depuis trente ans -, sous le haut patronage des procureurs d’un Parti dont le terrorisme d’une bien-pensance de tartuffe – terrorisme qui cache mal un abandon des classes populaires jetées en pâture à une autre forme de terreur, nommément… la jungle ultra-libérale -,  a figé les consciences, gelé les esprits, épuisé les personnalités, dompté les caractères, fait taire ceux qui hurlaient à la douleur,  jusqu’à la promesse d’un verdict de mort sociale contre quiconque refuserait de s’y conformer.

     

    Un tel coup porté à l’individu dans ce qu’il y a de plus imprévisible dans son développement et dans sa perfectibilité, individu qui sera toujours bien plus que ce qu’il croit savoir de lui-même qui n’est que ce qu’on aura bien voulu daigner lui enseigner et lui laisser espérer pour lui-même… un tel coup porté à l’intelligence, au courage et au talent est très certainement sans précédent dans l’Histoire.

     

    Et Naulleau, aussi fragile que soit sa position, aussi terne que soit sa personnalité et falot son esprit, à la fois victime et acteur, Naulleau, consciemment ou non, s’inscrit sans l’ombre d’un doute dans cette stratégie de « dynamique du déclin » - défaite et épuisement : épuisement dans le sens de « se vider » -, qui n’a qu’un seul objet : verrouiller toute remise en cause d’une organisation de l’existence qui, depuis trente ans, ne recueille plus l’assentiment de ce qui pourrait ressembler à une majorité  d’individus privés de citoyenneté : « Allez ! Par ici l’humain-marchandise et l’humain-optimisation des moyens de production planétaire ! Et que ça saute ! »

     

    Quant aux autres intervenants des médias, animateurs d'audimat à la césure publicitaire... à force de faire l’âne pour avoir de l’avoine ne finit-on pas bourricot ?

     

                Si la littérature auquelle Naulleau prétend consacrer sa vie peut aider à penser le monde tel qu’il est et tel qu’il a été, force est de constater qu’il semblerait que cette littérature soit impuissante à former des esprits affûtés, coupant comme des couteaux, tranchant comme des rasoirs ; une littérature d’une lucidité terrifiante  face à cet avenir qui nous guette et nous attend à tous les tournants ; d’où son déclin au bénéfice d’une écriture de l’anecdote et d’un quotidien sans passé ni avenir ; un quotidien absent de son propre présent pour s’en être retiré : il est vrai que la réalité intéresse les utopistes seuls ; de là leur désir d'en changer ; les autres l’ignorent pour mieux s’en accommoder.

     

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    Naulleau en entretien - autopsie d'un coma éthylique : la tension artérielle intellectuelle est basse, la fréquence respiratoire et la température analytique ne cesse de diminuer. Le coma éthylique de type "critique" nécessite alors une hospitalisation en urgence car il peut, faute de soins, provoquer un épuisement  proche de la connerie  ; épuisement aux lésions cérébrales quasi irréversibles".

     

                Dans cet entretien réalisé par le collectif "Les non-alignés", Eric Naulleau, tendu, le sourire crispé, le regard inquiet, tente manifestement d’assurer ses arrières et de verrouiller son avenir - pour peu qu’il lui en reste un après cette association lexicale de malfaiteurs qui ne manquera pas, et ne manque déjà pas, de susciter une indignation qui confirme, une fois encore, l’indigence morale et intellectuelle dans laquelle toute une classe médiatico-politico-intellectuelle a sombré (3); indigence à la racine de laquelle on trouvera, pour certains d’entre eux, des décennies de désintérêt, voire de mépris,  à propos de la question sociale, lieu de tous les dangers pour des esprits fébriles, apeurés, aux préoccupations principalement carriéristes et vénales.

     

    Jugez plutôt : pour Naulleau… à propos des évènements du 11 septembre 2001 : « Non vraiment, à moins de chercher la petite bête, tout va bien. Tout a été dit. Rien à redire. » En ce qui concerne Dieudonné : « Il me donne envie de gerber ». A propos de sa propre éviction de France 2 : «  J'ai beau chercher… je ne sais toujours pas pourquoi on m'a remercié. C’est arrivé comme ça sans doute.»

     

    Pour sûr ! Il n’y a pas de hasard car, aujourd’hui plus personne ne peut nier que tous ces avis aussi tranchés qu’automatiques, sorte de jugements-réflexes, sont bel et bien la véritable, la première et sans doute la seule condition sine qua non pour quiconque souhaite continuer de manger à la gamelle de l’audiovisuelle et des autres médias (radios, journaux, revues) ! Un Naulleau qui n'a rien oublié et qui a pris goût au caviar des années durant alors qu'il appartenait, grassement payé, au staff de l’émission « On n’est pas couché » de Laurent Ruquier (autre pilier de bar de l’audiovisuel, relève de Drucker ?) dans laquelle notre critique littéraire proposait le plus sérieusement du monde, et donc… sans rire, de défendre la littérature face à des auteurs-invités qui, pourtant, n’affichaient que rarement une ambition que l’on pouvait qualifier sans ironie… de « littéraire », jusqu’à s’acharner sur une pauvre Mathilda May et un Francis Lalanne qui n’avaient rien demandé (à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire)… alors qu’un Nabe, un Houellebecq, le dernier Le Clézio ou Queffélec sur lequel on n’en finit pas de bâiller ou bien un Sollers, un ouvrage de plus, sans intérêt, bâclé, vantard et paresseux, un Yann Moix courant après sa queue et un G. Dantec après une science fiction déjà passée et repassée, auraient quelque peu permis à Naulleau de sortir la tête haute d’affrontements aussi salutaires que fructueux, et les téléspectateurs plus avisés encore.

     

                 Aujourd’hui Eric Naulleau oeuvre avec Zemmour sur un canal de diffusion audiovisuelle plus confidentielle - Paris première ( Ah les médias ! Quand ça vous tient !) ; situation plus enviable que celle d’un d’éditeur plus intimiste, Naulleau lui-même... avant son incursion-intrusion dans les médias ; et pour rien n’arranger… un éditeur spécialisé dans la littérature d’Europe de l’Est, avec une préférence pour la Bulgarie ; pitance plus qu’incertaine donc puisqu’elle condamne Naulleau à vivre de subventions de l’Etat et des Régions en faveur du livre : aides à la traduction, à l’édition et à la diffusion.

     

    Pour revenir à cet entretien-vidéo, s'il nous est d’une utilité quelconque… il nous permet de présumer ceci : après cette interview, contrat rempli, Eric Naulleau sortira très certainement sain et sauf de cette publication avec Alain Soral ; publication casse-gueule pour quiconque souhaite éviter une relégation médiatique quasi automatique. Faut dire qu’il y a des expériences, culinaires ou non, qui sont irréversibles - un avant et un après -, car, une fois le caviar passé,  le pâté et les rillettes, voire même le foie gras, ont alors un sale goût : celui d’un retour à la case départ, à une petite vie, petite et terne. Aussi, il y a fort à parier que Naulleau n’ait aucune envie d’y retourner : la littérature est un vrai sacrifice ; et tout le monde n’a pas l’étoffe d’un martyr…

     

                  En revanche, Alain Soral sortira de cette association éphémère mais riche en enseignements, plus fort encore : ce qui n’est que justice. Puissante synthèse du système d'analyse soralien par l'auteur lui-même, cet ouvrage, à n'en point douter, récompense le talent, le flair, l’intelligence,  la prise de risque et des années de travail de lecture et de réflexion qu'un bannissement des médias a favorisés, alors que ces mêmes médias en ont épuisé plus d'un et lassé plus d'une, téléspectatrices et téléspectateurs confondus ; comme quoi, tout comme pour Dieudonné et tant d'autres, le bannissement est porteur de vertus insoupçonnables et surprenantes, le piège se refermant sur ses instigateurs ! Et l'on n'oubliera pas de s'intéresser à une hypothèse folle mais prometteuse d’un Julien Gunzinger avec ou sans conditionnel : « Les verges qu’il (Naulleau) tend à Soral pour se faire battre sont trop nombreuses pour être le fait du hasard. Naulleau est (serait-il – ndlr) le cheval de Troie de Soral dans le système (?). »

     

    Tout un programme ! Programme vaste d'une ruse d'une perversité déjà délectable.

     

    A suivre.

     

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    1 – D’où leur incapacité à tous à « affronter » Alain Soral.  On retrouvera la même impuissance face au FN. L’esprit humain, tout comme la nature, a le vide en horreur ; or cette bien-pensance et la soumission de tous les partis de gouvernement à la dictature d’une mondialisation qui n’est in fine qu’une guerre contre les salaires, les droits sociaux et démocratiques et la culture humaniste des Peuples d’Europe, ont créé un tel appel d’air que c’est à un véritable ouragan auquel on doit faire face - merci de vous reporter au billet de blog : Naulleau en promo

     

    2 - de Cyril Hanouna à Yves Calvi (d'une extrême à l'autre : de la bêtise et l'allégeance sans condition car on ne mord pas la main qui vous nourrit), en passant par Laurent Ruquier, Natacha Polony  et Aymeric Caron ; puis l’inénarrable Michel Drucker, le doyen des doyens, tout juste capable de parasiter, des années durant, la notoriété et la célébrité de ses invités pour assurer sa propre promotion et avancement de carrière : en effet, qui Drucker a-t-il sorti de l’ombre en 40 ans de Télévision, sinon lui-même ? Sa personnalité étant bien en mal de nous donner une raison, une seule, de vouloir l’en faire sortir autrement.

     

    3 Pierre Jourde  - ancien compagnon de route de Naulleau dans l'édition et la critique littéraire -, choisit dans son blog sur Bibliobs de botter en touche à propos de l’ouvrage Naulleau-Soral ; une fois encore, on assiste à la faillite de la pensée chez cette frange : cette fois-ci, il ne s’agira pas de journalistes ou bien d'animateurs de télé mais... d’auteurs sans lecteurs, mais néanmoins présents et actifs dans les médias dominants. Tout en recourant à l’insulte, Jourde préfère donc botter en touche mais pas n’importe comment ni n’importe où non plus puisqu'il choisit à dessein de se vautrer, tout se prenant les pieds dans le tapis au passage, dans la dénonciation hors sujet d’un « révisionnisme" qu'il prend pour un "négationniste" dont, pour son malheur, il ne maîtrise manifestement ni les tenants ni les aboutissants, et ce très certainement dans le seul souci de continuer de s’assurer la bienveillance de France Culture à son égard (entre autres médias), auprès de Finkielkraut en particulier, sans oublier des vacances tous frais payés à Jérusalem sous le prétexte de travaux de recherches au Centre Français. Et quand on sait ce qui se passe dans cette ville aussi sainte que convoitée mais… d’un appétit vorace - annexion des quartiers dits « arabes » et expulsions sans nombre par la puissance dominante, et sans partage, dans cette région, Israël pour ne pas la nommer, en violation de toutes les lois internationales -, c'est à se demander comment font des gens comme Jourde pour regarder ailleurs.

     

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    Alain Soral dédicace "Dialogues désaccordés" à... par kontrekulture

     

     

    Pour prolonger, cliquez  Le fascisme langagier ou la dictature d'une langue de bois paroxystique

     


        L'ouvrage "Dialogues désaccordés" au format PDF, cliquez ICI

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  • Le nouveau Plouc de la conscience humaine et politique

       

                 Le nouveau Plouc est une sorte de concept "organique" ; concept appelé à se développer et à se métamorphoser donc.

    Attention à ne pas confondre le nouveau Plouc, tel que nous nous apprêtons à le définir, avec le Bobo qui, contrairement au Plouc, possède une sérieuse éducation supérieure, de l'argent et le pouvoir (trois attributs indissociables en ce qui le concerne) car dans les faits, ce nouveau Plouc n'appartient pas à la bourgeoisie, et par voie de conséquence, il ne peut pas être considéré comme un authentique Bobo.

    Les vrais Bobos sont finalement bien moins nombreux que les faux que sont les Ploucs qui fourmillent parmi les adhérents et les sympathisants de ce qu'était le PS des années 80 et 90, avant sa chute, ainsi que chez une partie des Verts  ; ce que l’on nomme depuis une bonne vingtaine d’années maintenant : la fausse gauche.

     

              Faut-il rappeler que dans « Bobo » il y a « bourgeois » ? Or, un bourgeois occupe une place bien spécifique dans la société et en particulier, dans la chaîne de production des biens et des services ; production intellectuelle aussi (les universitaires), sans oublier le rentier-héritier ; et ce qui fait de ce bourgeois un Bobo (un bourgeois bohème), c'est sa façon de dépenser son argent : où, comment et avec qui. Pour sûr, ce Bobo-là qui a longtemps voté PS et/ou EELV (aujourd'hui Macron) est du côté de la domination ! car, en ce qui concerne la recherche, la production et le commandement (management), cet individu est très proche de l’élaboration des process ainsi que de la redistribution de leurs gains soit comme concepteur, soit comme maître d’oeuvre ou bien encore en tant qu’intermédiaire-parasitaire ou actionnaire.

    Quant au faux-Bobo qui oublie que pour être un vrai Bobo il faut d’abord être un bourgeois, et que pour être un bourgeois il faut occuper une place spécifique dans la chaîne de production… ce faux-Bobo-là, souvent larbins aux ordres et simples exécutants… même bien payés, n'est, en définitive, qu'une sorte de grenouille qui souhaite se faire aussi grosse que le bœuf bobo... même et surtout sous un régime bio.

    Et pour conclure, on se rassurera avec ceci : contrairement à un homme de droite, on n’a jamais vu un authentique homme de gauche peiner à définir ce qu’est un Bobo : l’ennemi mortel de la gauche, une enculade assurée ;  et le nouveau  Plouc : l’idiot utile, sorte d'armée de réserve, des Bobos.

                   Mais trêve de commentaire : place au nouveau Plouc donc !

     

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           Bigot qui se dit et se croit "de gauche", urbanisé et connecté, dont les indignations sont celles de tout le monde - indignations suscitées le plus souvent par des médias racoleurs -, sans imagination, d'une bêtise dévastatrice mais de bonne foi (1) - du moins pour la majorité d'entre eux -, courageux mais pas téméraire, la tripe sensible mais le coeur dur comme la pierre, très politisé mais moyennement informé tout en l’ignorant puisqu'il se croit au courant de tout, le nouveau plouc a longtemps voté PS, EELV et dernièrement : Macron ; il peut être chômeur (optimiste) ou cadre moyen, déclassé ou bien CSP+, universitaire (médiocre) ou retraité, homme ou femme, quoi qu'il en soit... le moment venu, face à ses propres contradictions, finalement bête et méchant, le nouveau Plouc, et c’est à cela qu’on le reconnaît, penchera toujours du côté de la censure et de la répression au nom même de la liberté et de la démocratie qu'il croit soutenir à bon compte et sans frais ; en effet, le nouveau Plouc ignore que soutenir la liberté d'expression est un véritable engagement et un sacrifice : c'est accepter ce qu'on n'aurait jamais osé ou bien désiré lire et entendre ; car... il n'y a pas de liberté, il n'y a que des preuves de tolérance ; et le nouveau plouc en est incapable.

            Certes ! Difficile d’ignorer le fait que c’est avec de tels Ploucs que sur Internet, aujourd'hui -  et demain plus encore -, un  journal au contenu payant peut espérer prospérer (Nouvelobs, Libération et une grande partie des abonnés de Médiapart) car, il faut le savoir : en France, il n'y a guère plus de 50 000 personnes déterminées à mourir debout tout en faisant face à ceux qui les exécuteront - aujourd'hui, des Gilets Jaunes héroïques -... et qui les exécutent chaque jour, en silence, jour après jour, dans une vie de chien ou le martyre, dans l'héroïsme et le sacrifice, dès 5h30 le matin, rentré à 20h le soir, cinq jours par semaine, ou dans le retraité à 600 Euros par mois.

    Quel rapport demanderez-vous... ?

    Seul un Plouc osera poser une telle question !

     

    ***

     

                  Mais alors… qu’est-ce que pense un Plouc aujourd'hui ? La réponse, vous la trouverez dans l’énumération suivante (liste non-exhaustive établie en 2012, révisée en 2019 ; réactualisée aujourd'hui ; vous pouvez suggérer d'autres entrées qu'on ne manquera pas d'ajouter)...

     

                           C'est parti !

     

    Le nouveau Plouc pense qu'en dehors de l'Euro, point de salut...

    Le nouveau Plouc pense que sous la direction de Philippe Val, Charlie Hebdo défendait la liberté d’expression…

    Le nouveau Plouc pense que rire ça fait du bien mais que tous ceux qui vont aux spectacles de Dieudonné sont antisémites et fascistes…

    Le nouveau Plouc pense que Hollande était à gauche, Sarkozy à droite et Bayrou au centre…

    Le nouveau Plouc pense que le FN est un danger pour la République,  oublieux qu'il est du chômage, de la corruption, de la pauvreté et des discriminations et d'une construction européenne qui n'est que l'instrument d'un mondialisme sans honneur ni justice …

    Le nouveau Plouc pense toujours, aujourd'hui encore, que si tout n’a pas été dit au sujet du 11 Septembre, néanmoins ce qui nous a été caché ne saurait en aucun cas remettre en cause la version officielle...

    Le nouveau Plouc pense que tous ceux qui pensent le contraire sont des conspirationnistes paranoïaques…

    Le nouveau Plouc pense que... "l'avenir ne dépend que de nous"...

    Le nouveau Plouc pense que Bernard-Henri Lévy est un philosophe...

    Le nouveau Plouc pense que l'Islam c'est bien mais que Tariq Ramadan c'est mal...

    Le nouveau Plouc pense que l’Irak d’aujourd’hui c'est quand même mieux que l’Irak d’hier tout en omettant de nous dire pour qui...

    Le nouveau Plouc pense que Daniel Cohn-Bendit est un écolo de gauche...

    Le nouveau Plouc pense que l'élection d'Harlem Désir à la tête du PS en 2012  a fait avancer la cause des Français issus de l'immigration, de la traite et de la colonisation...

    Le nouveau Plouc pense que le Nouvelobs et Libération sont à gauche...

    Le nouveau Plouc pense que l’Iran souhaite détruire Israël avec La bombe… tout en épargnant les palestiniens et le Hezbollah (une sorte de bombe atomique aux retombées aussi chirurgicales que sélectives) car le Plouc ignore que La bombe représente la seule chance pour l’Iran de ne pas finir comme l’Irak, la Syrie, l'Afghanistan, la Libye ou le Yemen...

    Le nouveau Plouc pense que la France est la patrie des Droits de l'homme, ignorant l'Histoire de l'Angleterre et des Etats-Unis...

    Le nouveau Plouc pense que Chavez était un affreux dictateur, bien qu’élu démocratiquement car il soutenait l’Iran…

    Le nouveau Plouc pense que les Gilets Jaunes c'est bien mais que... en même temps, ça suffit comme ça...

    Le nouveau Plouc pense que Macron est un intellectuel doublé d'un philosophe parce qu'on dit qu'il a serré une fois les paluches de Paul Ricoeur...

    Le nouveau Plouc pense, là aussi, que Michel Onfray est un philosophe... qui plus est dissident...

    Le nouveau Plouc, surtout chômeur, pense que le mondialisme est inévitable et le protectionnisme un fléau ; même si toutes les économies "performantes" l'ont pratiqué et le pratiquent encore aujourd'hui...

    Le nouveau Plouc pense que la Libye d'aujourd'hui c'est mieux que la Libye d'hier, et là aussi, sans toutefois préciser pour qui...

    Le nouveau Plouc pense que l'Afrique a souffert et souffre encore, mais  que Kémi Seba est raciste... 

    Le nouveau Plouc ne sait pas qu’il pense que tous ceux qui ne pensent pas comme lui doivent être censurés, bannis et interdits de communication et de diffusion... jusqu'au jour où...

    Le nouveau Plouc pense la LICRA c'est la ligue internationale contre le racisme... et le CRIF, le représentant des institutions juives de France...

    Le nouveau Plouc pense que Marianne est un journal de gauche... 

    Le nouveau Plouc pense que l'Europe née de Maastricht et du traité de Lisbonne est la meilleure Europe possible...

    Le nouveau Plouc pense que si c'était différent ce serait pire encore...

    Le nouveau Plouc pense que Bernard-Henri Lévy (eh oui ! encore lui ! car le nouveau Plouc est un multi-récidiviste impénitent) est de gauche...

    Le nouveau Plouc pense qu’en Syrie il s’agit bel et bien d’un soulèvement populaire contre une dictature sanglante et certainement pas de provoquer la chute d'un régime, voire... du Pays tout entier, qui n’a plus sa place dans le nouvel ordre mondial dominé dans cette région par les USA, Israël et l’Arabie Saoudite...

    Le nouveau Plouc pense que le "pouvoir" est à l'Elysée et que... lorsqu'on s'y rend... on a de grandes chances d'y trouver un Président de la République...

    Le nouveau Plouc pense que Arte fait de la télé et du journalisme "autrement"...

    Le nouveau Plouc pense que sans le Hamas, Israël aurait consenti à la création d'un Etat palestinien, le favorisant même, depuis longtemps déjà...

    Le nouveau Plouc pense que les Russes c'est bien mais que Poutine c'est mal... car il a oublié que Poutine l'est aussi... russe...

    Le nouveau Plouc pense que tous ceux qui, à gauche, ne pensent pas comme lui, sont dans les faits... des militants d'extrême droite infiltrés...

    Le nouveau Plouc pense qu'Obama c’était beaucoup mieux pour les pauvres en général - les Noirs en particulier -, et les Palestiniens... oublieux de son bilan social et de la destruction de la Syrie et de la Libye.

    Le nouveau Plouc pense que si la corruption c'est mal, elle ne concerne qu'une petite partie de la société en général et de la classe politique en particulier...

    Le nouveau Plouc pense que David Pujadas est un journaliste et que son 20H sur France 2 avait quelque chose à voir avec ce métier...

    Le nouveau Plouc pense qu'il est de gauche et il est bien le seul...

    Le nouveau Plouc pense qu'il pense, et là aussi, on ne trouvera personne pour soutenir cette assertion...

    Le nouveau Plouc pense qu'on ne fait pas de la bonne littérature avec Sade, Céline et Drieu la Rochelle qu'il juge infréquentables car le  nouveau Plouc mélange tout...

    Le nouveau Plouc pense que le Pop-art a quelque chose à voir avec l'Art...

    Le nouveau Plouc pense qu'on peut faire de la bonne littérature avec Christine Angot...

    Le nouveau Plouc pense que tous ceux qui ne soutiennent pas Macron c'est d'extrême droite et d'extrême gauche...

                     Et puis... en guise de conclusion toute provisoire... on l'aura maintenant compris :

     

              Ce nouveau Plouc n'a rien de commun avec l'ancien maintenant à nos yeux plutôt sympathique et loin d'être aussi crédule et ignorant ;  aujourd'hui, cet ancien Plouc force le respect ; le nouveau, au mieux... le mépris, au pire... la colère.

     

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     1 - Distinction majeure car cette bonne foi protège le nouveau Plouc de cet autre concept : le nouveau Salaud (ou le "faux plouc") de mauvaise foi et cynique, généralement proche de ce qu'on appelle l'Empire : une coalition Wall-Street, la City, Commission européenne-USA-Israël-Arabie Saoudite : racket, chaos, bombardement, intimidation et domination.

     


    Michel Fugain - Les gentils & les méchants

     

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  • Antonin Artaud par Colette Magny : confessions

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    .                  Mort au monde... Antonin Artaud nous revient plus vivant que jamais avec ce texte lu par Colette Magny *

     

    Artaud, la voix de l'anti-psychiatrie ?

     

                  "... Je dis ce que j'ai vu et ce que je crois ; et qui dira que je n'ai pas vu ce que j'ai vu, je lui déchire maintenant la tête. Car je suis une irrémissible Brute, et il en sera ainsi jusqu'à ce que le Temps ne soit plus le Temps.

    Ni le Ciel ni l'Enfer, s'ils existent, ne peuvent rien contre cette brutalité qu'ils m'ont imposée, peut-être pour que je les serve… Qui sait ? En tout cas, pour m'en déchirer.

    Ce qui est, je le vois avec certitude. Ce qui n'est pas, je le ferai, si je le dois. Voilà longtemps que j'ai senti le Vide, mais que j'ai refusé de me jeter dans le Vide. J'ai été lâche comme tout ce que je vois. Quand j'ai cru que je refusais ce monde, je sais maintenant que je refusais le Vide. Car je sais que ce monde n'est pas et je sais comment il n'est pas. Ce dont j'ai souffert jusqu'ici, c'est d'avoir refusé le Vide. Le Vide qui était déjà en moi.

    Je sais qu'on a voulu m'éclairer par le Vide et que j'ai refusé de me laisser éclairer. Si l'on a fait de moi un bûcher, c'était pour me guérir d'être au monde. Et le monde m'a tout enlevé. J'ai lutté pour essayer d'exister, pour essayer de consentir aux formes (à toutes les formes) dont la délirante illusion d'être au monde a revêtu la réalité.

    Je ne veux plus être un Illusionné. Mort au monde ; à ce qui fait pour tous les autres le monde, tombé enfin, tombé, monté dans ce vide que je refusais, j'ai un corps qui subit le monde, et dégorge la réalité. J'ai assez de ce mouvement de lune qui me fait appeler ce que je refuse et refuser ce que j'ai appelé.

    Il faut finir. Il faut enfin trancher avec ce monde qu'un Être en moi, cet Être que je ne peux plus appeler, puisque s'il vient je tombe dans le Vide, cet Être a toujours refusé. C'est fait. Je suis vraiment tombé dans le Vide depuis que tout, - de ce qui fait ce monde, - vient d'achever de me désespérer. Car on ne sait que l'on n'est plus au monde que quand on voit qu'il vous a bien quitté.

    Morts, les autres ne sont pas séparés : ils tournent encore autour de leurs cadavres, et je sais comment les morts tournent autour de leurs cadavres depuis exactement trente-trois Siècles que mon Double n'a cessé de tourner.

    Or, n'étant plus je vois ce qui est. Je me suis vraiment identifié avec cet Être, cet Être qui a cessé d'exister. Et cet Être m'a tout révélé. Je le savais, mais je ne pouvais pas le dire, et si je peux commencer à le dire, c'est que j'ai quitté la réalité..."            

      

           Une pensée pour tous ceux qui se savent séparés d'eux-mêmes dans leur relation avec le monde ; monde que l'on ne peut décidément pas refuser d'habiter, volontairement ou bien comme contraint par un envoûtement aujourd'hui encore mystérieux (et la schizophrénie est un tel envoûtement, une telle maladie)... qu'au prix d'un énorme préjudice à soi-même.

             A leur famille aussi.

     

     


    * Une Collette Magny qui a pu, à un moment de sa vie, se sentir, elle aussi, comme... séparée.

     

     

    Spleen - Charles Baudelaire (1821 - 1867)


                          A Pierre.

     

     

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  • Jean Vasca & Co: des mains tendues dans l'axe du soleil

     

     

                              

     Amis soyez toujours... 
                         

     

    Amis soyez toujours ces veilleuses qui tremblent
    Cette fièvre dans l'air comme une onde passant
    Laissez fumer longtemps la cendre des paroles
    Ne verrouillez jamais la vie à double tour

    Je suis là cœur battant dans certains soirs d'été
    A vous imaginer à vous réinventer

    Amis soyez toujours ces voix sur l'autre rive
    Qui prolongent dans moi la fête et la ferveur
    Des fois vous le savez il fait encore si froid
    Le voyage est si long jusqu'aux terres promises

    Je suis là cœur battant dans tous les trains de nuit
    Traversant comme vous tant de gares désertes

    Amis soyez toujours l'ombre d'un bateau ivre
    Ce vieux rêve têtu qui nous tenait debout
    Peut-être vivrons-nous des lambeaux d'avenir
    Et puis nous vieillirons comme le veut l'usage

    Je suis là cœur battant à tous les carrefours
    A vous tendre les mains dans l'axe du soleil

                                             Jean Vasca.

     

     

    ***

     

                   Henri Tachan, Colette Magny, François Béranger (pour les plus diffusés) et tant d'autres, Allain Leprest, Romain Didier - garde prétorienne et force d'appoint derrière un Ferré, un Jean Ferrat, un Claude Nougaro -, auteurs, compositeurs, sans oublier quelques interprètes (Mouloudji, Marc Oger...), jamais la production discographique ne s'est aussi bien portée  dans ces années-là, années 70, même si la diffusion pouvait quelquefois traîner un peu la patte !

    Il y avait alors, semble-t-il, une place et des moyens (orchestre, arrangement, direction artistique) pour tout le monde, même pour les plus engagés, les plus têtus, les plus exigeants... avant le resserrement, le rétrécissement et puis, l'étouffement et la rupture : la table rase des financiers et la fin de la transmission.

                Ce que vous n'avez pas connu ne peut en aucun cas vous manquer ? En sommes-nous si sûrs aujourd'hui ?

     

    Allain Leprest qu'on a pu rater de peu ; il est  décédé en 2011

     

     

                 40 ans plus tard, ceux qui sont encore là parmi nous, à nos côtés sans que nous soupçonnions leur présence au monde, et ceux qui se produisent sur scène, n'ont pas cédé ; ils n'ont ni renoncé ni baissé le niveau de leurs exigences :

     

                             

     Jacques Bertin

    _______________

     

    Pour prolonger, cliquez : Le rap au secours de la langue française

     

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  • Jean-Jacques Rousseau raconté par Henri Guillemin

     

     

              « Le luxe fait vivre 1000 ouvriers dans nos villes mais il en fait mourir cent mille dans nos campagnes. »

              « Il n’y a guère de fortune qui ne repose pas sur le détroussement d’autrui. »

              « Comment admirer une société où le profit est en raison inverse du   travail ? »

              « Tout privilège est à la charge de la Nation qui l’accorde. »

     

                C‘est lui, c’est Jean-Jacques… Jean-Jacques Rousseau !

     

                Julie ou la Nouvelle Héloïse, Émile ou De l'éducation, Du contrat social, cette trilogie sociale complexe - la famille, l’individu et la société -, qui occupe le cœur de l'oeuvre de Rousseau, tentera de concilier l’individu, l’autorité légitime et la liberté.

     

                 Très tôt, Jean-Jacques Rousseau comprendra la nécessité d’agir sur la condition humaine ;  que l’homme ouvre les yeux sur l’iniquité sociale et sa condition d’exploité ; et si aucun homme n’a sur son semblable une autorité naturelle - ni la monarchie ni l’oligarchie - Rousseau posera la question suivante, lourde de conséquences : où trouver et comment fonder la légitimité de quelque autorité que ce soit ?

    Rousseau répondra : « La seule autorité légitime, c’est la volonté générale» et distinguera entre la volonté générale et la volonté de tous : la volonté générale c’est l’accord naturel, instinctif de toutes les volontés vers le bien car Rousseau n’a jamais renoncé à penser qu’au fond de chaque individu il y a une orientation spontanée vers le bien ; en revanche, la volonté de tous, qui n'est que l'accumulation de volontés individuelles divergentes, est contraire à la volonté générale, d’autant plus que si le nombre sanctifie (la majorité), il n’est en aucun cas le garant du bien.

     


                                             


    Henri Guillemin, conteur compassionnel , nous raconte Rousseau - Part 1

     

     

              Son ouvrage  « Les origines des inégalités » lui vaudra d’être persona non gratta en France comme dans la république de Genève ; Rousseau se réfugiera alors en terre prussienne : Neuchâtel ; plus tard à Londres à l’invitation de Hume.

    Il sera le philosophe de la persécution et de l’exil comme aucun autre avant lui et après.

    Rousseau "ennemi de la société, populiste, penseur « du bas », de la plèbe" ? Il leur répondra à tous : « Vous ne savez que parler des devoirs des faibles et des droits des forts !»

          

     

      
                                               

         Part 2

     

                     Pensée politique, pensée religieuse… une légende lie Voltaire à Rousseau ; lien antinomique car, son pire ennemi sera Voltaire ; un Voltaire faussaire et menteur, tout sera bon pour isoler Rousseau, le diaboliser et l’abattre.

                 Dans les faits, l'œuvre de Rousseau déclenchera la haine des Encyclopédistes (à l’exception de Diderot qui prendra ses distances avec les agissements de Voltaire à l'encontre de Rousseau) qui lui reprocheront de vouloir réhabiliter l'idée de "Dieu" ainsi que des nantis (souvenons-nous que Voltaire était un "millionnaire"), des Catholiques et des Protestants que Rousseau défie sur leur propre terrain.


    Les Catholiques l’accuseront de remettre en cause l’institution sociale et le bien-fondé de la domination de quelques uns sur la multitude. Les Protestants suisses ne lui pardonneront pas sa charge contre l’argent ; eux qui, banquiers, ont la fâcheuse habitude de dire « Dieu » quand ils pensent « argent ». Leur chef d’accusation sera le suivant : « Atteinte à notre sainte réformation ».

    Car toute l’œuvre de Rousseau est occupée par le religieux, la destination de l’homme : « Reconnaissant dans l’évangile une autorité divine, je crois à ce Jésus revêtu de cette autorité d’une sagesse plus qu’humaine ». Et puis aussi : « On ne peut être heureux qu’à proportion que l’on se rapproche de soi. Notre vrai moi n’est pas tout entier en nous » ; là, Rousseau rejoint Pascal.

    Il se dit chrétien mais sans le péché originel ; Rousseau y oppose la bonté originelle de l’homme : l’homme a été meilleur, il est devenu moins bon.

    Altération du caractère naturel de l’homme ? L’imperfection de l’homme fait que l’amour du bien se trompe d’objet ? On pensera alors un amour enténébré.

     

               Sous la poussée de Diderot et son influence, Rousseau tentera de se tourner vers l'homme primitif, l’homme de la nature non civilisé, le « bon sauvage »... avant de se dédire et de revenir à la nature de l’homme et à la bonté des origines.

     

    ***

     

               Philosophe de l'amour de et pour son prochain, philosophe de la solitude... Jean-Jacques Rousseau aura sans doute été le philosophe le plus insulté et le plus haï de l’histoire de la philosophie. Et jamais la vérité sur Jean-Jacques Rousseau ne sera dite de son vivant ; rares sont ceux qui lui rendront justice. En revanche, tous l’auront un jour trahi, tous l’auront persécuté jusqu’aux confins de la folie.

     

               Et « s’il n’y a pas de vertu sans combat », né le 28 juin 1712 à Genève Jean-Jacques Rousseau quittera, épuisé, un monde décidément inhabitable - d’aucuns diront « insortable » -, le 2 juillet 1778 à l'âge de 66 ans.

     

    _______________

     


                    

                            En philosophie, un conteur hors-pair que ce Dominique Pagani ignoré de tous les médias ! Un signe d'excellence, sans aucun doute, cette indifférence, cette exclusion !

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    Pour prolonger, cliquez : Les conférences de Henri Guillemin

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  • L'euthanasie, d'accord mais... pour les milliardaires seulement !

    Dialogue entre la proie et l'ombre



    " Une chose que j'aimerais vous demander...

    - Faites ! Je vous en prie.

    - Ne trouvez-vous pas qu'on enterre un peu trop vite les morts ?

    - Comment ça ?

    - Le plus souvent, ce ne sont pas les morts qu'on enterre, mais... c'est de la mort dont on cherche à se débarrasser ; la mort et son cadavre. Et moi je suis pour qu'on prenne son temps avec la mort, qu'on s'occupe un peu d'elle même s'il n'est pas question de la banaliser, car il y aura toujours un salaud qui en profitera pour vous faire mourir plus tôt que prévu. Et je ne pense pas qu'aux crapules ! Pensez à l'euthanasie ! A son sujet, moi je dis : l'euthanasie, d'accord mais... pour les milliardaires seulement ! Parce que... avec les milliardaires, on est sûrs au moins qu'ils avaient les moyens de se soigner ; et par conséquent, les moyens de rester en vie. Quant aux autres... les démunis, les sans-famille et les vieux : niet ! Interdits d'euthanasie ! Car, en ce qui concerne les disgraciés, ce sont eux qui passeront à la casserole les premiers puisque ce sont eux les premiers qui, confrontés à une fin de vie exécrable, souhaiteront y mettre fin.

    - Vous voulez dire que... tous ces gens pourraient demander qu'on mette fin à leur vie ?

    - Oui. Les démunis, les disgraciés, les vieux, tous ces gens-là, ça pèse lourd sur les finances de notre système de santé, et plus lourd encore quand ils sont insolvables et abandonnés. Et pour eux, il n'y aura pas d'acharnement thérapeutique. En d'autres termes : on ne les retiendra pas. Ou bien alors, l'État devra une bonne fois pour toutes se décider : soit il se donner les moyens de faire en sorte que nous ayons tous une fin de vie décente, soit il décide de se débarrasser des plus fragiles d'entre nous : fragiles et insolvables !"

    - Vous pensez vraiment que...

    - Si vous croyez que l'Etat va se gêner !

    - Et les médecins  ?

    - Les médecins ?! Demandez donc aux hémophiles ! Enfin, ceux qui sont encore là pour témoigner après l'affaire du sang contaminé."

     

     

    Extrait du titre : "Des apôtres, des anges et des démons"

     

    _______________________

      

                        Quelles conditions de fin de vie pour chacun d'entre nous ?

    Tout aussi importante que tous les cas extrêmes qui nous sont présentés par les médias, est cette question qui est rarement prise en compte par ceux qui souhaitent une loi qui autoriserait l’euthanasie : notre système de santé, son financement, une politique de gestion de pénurie, le vieillissement de la population, l'augmentation de l'espérance de vie et celle des coûts de l'innovation...

    Car, là sont les vrais enjeux !

    Tout en sachant que la collectivité aura besoin de dépenser toujours plus dans le domaine de la santé, il se pourrait bien qu'un jour, des gouvernements s'y refusent appuyés par un électorat égoïste ou mal informé.

    Quel système de santé souhaitons-nous nous offrir, entretenir et développer pour quelle qualité de vie et pour quelle de « fin de vie » ?

    Question bien plus importante que le droit de disposer de son corps car, faut-il rappeler que notre corps nous appartient dans la mesure où toute décision prise à son sujet ne remet pas en cause cette part de responsabilité qui incombe à tout un chacun (1) ; responsabilité qui fait que notre société s'interdit - par exemple -, d'encourager le suicide ou l’auto-mutilation...

    A l'aune de restriction budgétaire drastique, autoriser l'euthanasie, c'est prendre le risque de voir une société se débarrasser de milliers, voire de millions d'individus incapables économiquement de "s'offrir" une fin de vie de qualité car, cette société-là aurait majoritairement fait le choix de ne pas financer un système susceptible de garantir une telle fin de vie aux plus démunis en particulier (2).

     

     

    1- Nous ne nous appartenons pas (entièrement) à nous-mêmes car, ce n'est pas (seulement) nous qui nous sommes faits.

    2- Les professionnels de santé vous le confirmeront : des personnes meurent à l'hôpital faute de moyens pour dispenser les soins nécessaires et faute de temps passé auprès de chaque patient ; et puis aussi  le fait qu'il existe bien  un lien entre l'augmentation des "cas" de demandes d'euthanasie et la déshumanisation de la société ; déshumanisation qui touche en priori les plus faibles : les personnes âgées isolées, aux revenus très faibles.

     

     

    ***

     

                     Face à une situation de précarité extrême, voire de dénuement totale, en désespoir de cause, combien de suicides, combien d’interruptions de traitement sous le couvert de l'euthanasie peut-on raisonnablement craindre, sans oublier les choix draconiens d’une médecine hospitalière qui serait privée de moyens ?

    Au sujet de notre santé et de notre qualité de vie à tous, on ne doit avoir qu'un seul souci : le financement, l'aide aux familles et le soutien au personnel soignant afin de réunir toutes les conditions nécessaires à l’exercice de cette "qualité de vie" que l’on soit ou non sur le point de la quitter.

    Et on ne manquera pas de noter qu’il est bien question de "vie" et de "qualité" et non d'un "comment mourir au plus   vite ?" défaitiste.

     

     
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  • Penser la littérature aujourd'hui avec Louis-Ferdinand Céline

     
                  La réédition des écrits antisémites de l'auteur de Voyage au bout de la nuit est annoncée par Gallimard. Le premier ministre de Macron soutient cette initiative : "On ne peut ignorer la place centrale de Céline dans la littérature française (il aurait pu rajouter .... " dans la littérature mondiale") ; l'avocat Serge Klarsfeld (chasseur infatigable de nazis aujourd'hui le plus souvent centenaires), s'indigne.
     
                  Pour et contre cette ré-édition... un homme a tranché, un homme et une voix,  il y a longtemps déjà : "La haine chez Céline est le ressort de l'imagination, du déchaînement d'éloquence. D'ordinaire la haine a le souffle court mais chez une poignée de maîtres une misanthropie enragée, une nausée à la face du monde engendrent de grands desseins. Le monotone de l'abomination devient symphonique. Mettez "l'homme" là où une formule insensée indique "le y...pin", et vous aurez chez Céline des passages d'une grandeur biblique..." - Georges Steiner                                                                                                                                                                                                                                 

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                      France Culture, en rediffusion, rend compte de Louis-Ferdinand Céline du 15 au 19 juillet : ICI

     

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                     Louis Ferdinand Céline ou la littérature de l'échec et du trauma

     

                 Si derrière un auteur et son œuvre, on trouvera toujours une blessure, quelles interprétations donner à la haine célinienne, et pas seulement dans les pamphlets (1) ?

    D’aucuns s’interrogent sans fin, les raisons à la fois inavouables et inconscientes de cette haine semblant échapper à l’auteur lui-même qui, sur le fond, ne s’en excusera jamais : « J’ai eu le tort de l’ouvrir ; j’aurais mieux fait de rester à ma place. Mais aujourd’hui encore, je défis qui que ce soit de m’apporter la contradiction sur ce que j’ai pu écrire à cette époque ».

                Qu'à cela ne tienne ! Rien ne remplace une biographie ! Celle de l’enfance ; sans oublier, en ce qui concerne notre auteur, la généalogie de la famille Destouches.                                                       

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                 Fils de Fernand Destouches issu d'une famille de petits commerçants et d'enseignants, et de Marguerite Guillou, famille bretonne venue s'installer en région parisienne pour travailler comme artisan…

    Le Père de Céline, homme lettré mais incapable d'épargner à sa famille la hantise du prochain terme à payer (hantise qui sera très longtemps aussi celle de Céline) était opposé aux études, gardant à l'esprit sa propre expérience : "Les études, c’est la misère assurée » disait-il à son fils".

    Une mère dentellière, travailleuse indépendante qui vivra péniblement de son métier et de sa boutique…

    Lourd de sens, Céline ajoutera : « On a toujours été travailleurs dans ma famille : travailleurs et bien cons ! » (c'est là le fils d'une mère artisan et d'un père déclassé qui s'exprime, et non un fils d'ouvrier ; distinction importante).

    Certificat d’études en poche, un rien désœuvré, Céline s'engage dans l’armée très tôt, même si, en 1919, il reprend le chemin de l’école, passe son Bac - il a alors 26 ans -, avant d’embrasser la médecine, sa véritable vocation dès l’enfance ; il se dit « guérisseur dans l’âme ». Il étudiera la médecine dans les livres, seul, le soir, tout en travaillant le jour, même si jamais cette médecine ne lui permettra de joindre les deux bouts (… de payer son terme) ; il fermera son cabinet de Courbevoie très vite après son ouverture – fait lourd de conséquences.

    Céline conjurera ce qui n’est pour l’heure qu’une déconvenue, en se lançant dans l’écriture, et entreprendra un long, un très long Voyage (2)

    Il poursuivra sa vocation de médecin auprès des pauvres – dans les dispensaires -, non pas par charité mais, de par son appartenance sociale et après l’échec de son installation à Courbevoie, Cécile ne pouvait en aucun cas prétendre à une meilleure situation et à une autre clientèle.

                                                                                     

    ***

     

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                 Sur un plan générationnel, Céline demeure un pur produit de la France de l’après boucherie de 14-18, avec le traumatisme de la trahison de l’espoir et les humiliés de Bernanos ; génération sacrifiée dont nul n’attendait le meilleur ; l’époque l’interdisait : elle n’en avait plus besoin (à ce sujet, difficile de ne pas penser au père de Céline). Aussi, ce meilleur dont l’époque ne savait que faire, cette génération l’a accumulé jusqu’à devenir une force. Et quand cette force s’est libérée, de quoi a-t-elle accouché ? De quelles actions vertueuses ? Ou bien, de quels desseins monstrueux pour avoir trop longtemps macéré dans la frustration, le ressentiment, l’impuissance, la retenue et le dépit ?

    Cette force a alors donné naissance au pire qui est souvent, en littérature, le meilleur.

               Céline se dit athée et mystique ; craignant sans doute tout autant l’étiquette d’humaniste que celle d’anti-humaniste, il revendique le fait de ne pas s’intéresser aux hommes mais aux choses. Ecrivain et chroniqueur, pour Céline, écrire c’est mettre sa peau sur la table : la grande inspiratrice, c’est la mort ; à la fois risque et certitude que cette mort.

    Craintif, très certainement dépourvu de courage physique (3), homme sans joie, chez Céline, le vulgaire, c’est l’homme qui fait la fête ; l’homme qui souffre est seul digne de considération ; et pour cette raison, rien n’est plus beau qu’une prison, puisque les hommes y souffrent comme nulle part ailleurs. Et son Voyage s'en fera largement l'écho... jusqu'au bout de la nuit...

                 Nuit noire... pour une littérature de l'échec et du trauma : échec en tant que médecin (sa seule véritable vocation : on ne le rappellera jamais assez !) ; échec de la mère de l'auteur qui mourra épuisée et aveugle à l’ombre du ressentiment d’un mari déclassé ; trauma de la première guerre mondiale.

                 Avant de mettre le feu à la littérature,  l’exercice de cette médecine qui ne le mettait nullement à l’abri du besoin a sans doute pu contribuer à son dégoût plus social qu’humain (Céline n'a pas toujours su faire un tel discernement) pour cette organisation de l'existence dans laquelle on ne fait décidément que l’expérience de l’échec car, dans les années trente, nonobstant le succès littéraire de son Voyage (à la fois succès commercial et succès d’estime), Céline devra faire face à un nouvel échec : celui de son intégration sociale malgré sa tentative désespérée de rallier à lui les classes dominantes - ou pour faire court : toutes les forces qui combattront le Front Populaire -, à coups de pamphlets antisémites et plus encore, pendant l’occupation, en commettant l’erreur (4) de soutenir un régime et une idéologie par avance condamnés à l’échec.

    Encore l'échec !

                                                                                              

    ***

     

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                         Céline n’a jamais vraiment quitté son milieu familiale ni sa classe : il n'a jamais cessé de "penser" comme elle ; il n’a jamais su s’en affranchir. L’aurait-il fait… nombreux sont ceux qui affirment qu’il nous aurait privés d’une œuvre incomparable. Certes ! Mais... échec après échec, ne sommes-nous pas aussi tout ce que nos prédécesseurs et nos contemporains ont tenté d'accomplir ? Pays, Etats, régimes, nations, continents, cultures, individus, seuls ou bien en grappes indissociables, nous tous, n'héritons-nous pas de leurs échecs comme de leurs réussites ?

    Si, pour citer notre auteur, l'amour, c'est l'infini mis à la portée des caniches, Céline n’a jamais cessé d’être ce caniche et tous ses personnages avec lui ; personnages pour lesquels le calice de la réussite est passé loin, très loin d'eux ; calice qu’il ne leur a jamais été permis d'entrevoir, encore moins de saisir, eux tous pourtant à la tâche, jour après jour, indéfectibles, comme d’autres... au temple, zélés et fervents...

    Choisissant alors de retourner toute la violence de son échec et celle d'un déterminisme social dont les parents de l'auteur furent les victimes muettes et résignées, non pas contre lui-même - ce qui nous aurait privés de son œuvre -, mais contre ses contemporains ; et les "heureux élus" auront pour noms : les plus faibles pour commencer - les pauvres qu’il a soignés sans profit ; puis la communauté juive – communauté incarnant la réussite sociale ; et en médecine, cette communauté n’était pas la dernière à s’imposer non plus…

    Violence donc… bientôt étendue à toute la société ; et pour finir : à tout le genre humain.

                                                                                    

    ***

     

                 N’en déplaise à Nietzsche :  et si le ressentiment à son paroxysme qu'est la haine était le sel de la terre, un moteur créatif sans rival et qui ne cessera jamais de nous surprendre ? Après Matthieu, Céline accouchant d’un évangile d’un nouvel ordre : un évangile vengeur... même privé d’une revanche digne de ce nom.

    Mais alors, Céline aura-t-il été de ceux qui, à leur insu semble-t-il, auront longtemps poursuivi en vain une quête qui cachait un besoin insatiable d'absolu à la racine duquel on trouvera très certainement une recherche effrénée de leur propre salut ?


    _________________________

     

    1- On ne le précisera jamais assez : la haine célinienne est déjà bien présente dans "Voyage au bout de la nuit".

    2 - Il se vantera d’avoir écrit son "Voyage au bout de la nuit"… avec pour seul souci : être à l’abri du besoin, assuré qu’il était du succès de son récit : « cet ouvrage, c’est du pain pour un siècle de littérature, le prix Goncourt assuré pour l’éditeur qui s’engagera ».

    Céline avait vu juste : ce sera le succès, mais le prix Renaudot pour consolation.

    3 - Sa courte expérience de la guerre 14-18 aurait-elle révélé chez Céline des manquements - tel que le courage ou la solidarité ?! - face à ses non-compagnons d'armes, zélés jusqu'à la bêtise d'un patriotisme et d'une mort sans profit pour eux ; manquements qui ont très bien pu ternir l'image qu'il avait de lui-même et du genre humain et qu'il ne se serait jamais pardonné ; d'où un sentiment de culpabilité dont il lui a fallu, pour survivre... se libérer en imputant ces manquements à tout le genre humain : lâcheté, naïveté, fanatisme et bêtise incommensurable chez les plus humbles et les plus modestes ?

    Il semblerait que son compte-rendu de son emprisonnement au Danemark confirme chez Céline ce manque de courage à la fois "intellectuel" et physique plus particulièrement quand il est question d'assumer les conséquences de ses actes : écriture et parti-pris ; d'autant plus que ses plaintes quant à ses conditions d'incarcération étaient d'une mauvaise foi avérée : Céline était très doué pour le mensonge et la fable.  

    4 - A la décharge de l'auteur... on précisera : erreur due à l’absence de culture politique et historique au sein d’une classe dépourvue des outils conceptuels propres à la compréhension de l’organisation d'une société.

    On pensera aussi au suicide social d'un Céline pour qui le peuple n'est qu'une masse sans forme et sans distinction "... dont le sadisme unanime procède avant tout d'un désir de néant profondément installé dans l'Homme... une sorte d'impatience amoureuse, à peu près irrésistible, unanime, pour la mort" et à ce sujet, il semble que Céline ait partagé ce désir et cette impatience.

                 Pour ce qui est de l'idée de décadence qu'il partageait avec Drieu la Rochelle, entre autres, ne l'a-t-il pas épousée comme personne cette décadence en soutenant un régime décadent par excellence : celui des Nazis ?!

    Quant à ce monde dans lequel il n'y aurait rien à sauver, Zola dont Céline aurait très bien pu être le fils naturel - il en avait toutes les dispositions -, n'a-t-il pas su, dans le ruisseau de la condition humaine y chercher et y trouver de l'espoir et parfois même, du sublime ?

    Céline choisira « l’Assommoir » comme référence - titre qui convenait tout à fait à l’idée qu’il se faisait des pauvres en général, et des ouvriers en particulier -, omettant sans doute volontairement « Germinal » ; lui pour qui rien ne devait germer, jamais, de l’espèce humaine mais bien plutôt, pourrir.

               Au sujet de Zola, se reporter au texte de Céline : Hommage à Zola - Médan octobre 1933

     

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  • Pour vos vacances, une idée à un prix imbattable !

     

     

    N'attendez plus !

    RESTEZ CHEZ VOUS !

     

            On nous invite à changer d'air, de pays ; on nous parle d'évasion. Sommes-nous des forçats pour chercher à fuir ?

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            Dans les premières années qui ont suivi son divorce, une boulimie de voyages s'est emparée d'elle ; voyages en couple ou bien, avec les copines, en célibataires enjouées et hilares ; destinations bon marché pour une semaine, voire deux, à l'hôtel... parfois le Club quand ses moyens le lui permettaient, mais toujours dans des lieux sans risques, des lieux privés de rencontres et d'enseignements inattendus.

    Touriste à bagage unique et léger donc, aux allers-retours multiples ! Jusqu'au jour où une lassitude énorme est venue mettre fin à ses envies de voyage : elle ne supportait plus les aéroports, les retards, l'attente dans les salles de transit, les sourires imbéciles à la réception des hôtels, les taxis et les chameliers racketteurs : harassement de la mendicité sous le couvert d'un commerce hasardeux et si peu convaincant dans sa pratique.

     

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              Le soleil et l'argent, encore le soleil et toujours l'argent ! Pas d'argent pas de sourire, et pour un peu, pas de soleil. Dans les rues, on ne voit rien - comprenez : on ne peut rien évaluer -, puisque rien ne nous est expliqué ; et si d'aventure des autochtones lettrés et avisés devaient proposer leur service... nul doute ! le mensonge serait au rendez-vous : ils nous diraient ce qu'ils pensent devoir nous faire entendre, qui n'est, dans leur esprit, que ce que l'on souhaite s'entendre dire.

    Et l'eau que l'on peut tantôt boire, tantôt ne pas boire, et sous aucun prétexte ; de même pour la nourriture !

    Et encore le soleil et la chaleur qui n'en finissent pas de vous aveugler, de vous ramollir physiquement et mentalement ; une fatigue épouvantable en fin de journée quand on regagne son hôtel non loin d'un bidonville qu'on tentera de nous cacher, jusqu'au jour où l'on trouvera bien des volontaires zélés pour y parcourir, entre deux monticules de détritus, les sentiers nauséeux et purulents d'une misère ensoleillée : la curiosité n'a pas de prix puisqu'elle passe après l'ignorance de ceux qui ne soupçonnent pas un instant qu'ils puissent l'être, ignorants et obscènes.

     

              Si on renonce à tout, et pour occuper nos journées, on disposera d'une piscine et d'un transat, ou bien un hamac, derrière une clôture, du matin au soir, avec le petit personnel, prisonnier tout comme nous et dont l'occupation principale consistera à changer nos draps, à vider nos poubelles, à lustrer nos lavabos, baignoires et toilettes, et ce pour notre plus grand confort et notre plus grand bonheur, jusqu'au moment où l'on ne supporte plus leur présence, témoignage embarrassant d'une relation impossible de nous à eux sinon dans le mensonge, l'assujettissement, et encore le mensonge de tous ces visages qui mentent, même réjouis, même hilares ou bien, indifférents.

    Quant au nôtre de visage face aux leurs, c'est déjà un départ dans quelques jours, et c'est aussi un rien qu'on aura laissé derrière nous et qu'on aura pris d'eux, sans oublier l’inévitable sentiment d'être allés jouer les riches chez les pauvres.

    Un tel déséquilibre rend tout rapport impossible en l’état ; même la sincérité, la bonté vraies nous sont tout aussi insupportables car, quoiqu'il arrive, on ne sera jamais à la hauteur : on ne pourra jamais rendre la pareille. Et tous les parfums, les senteurs et les couleurs n'y changeront rien : quelque chose a été saisi et ce saisissement nous empêche d'en saisir davantage.

    Culpabilité accablante : on s’est fourvoyés dans un lieu qui n‘en est pas un.

     

    ***

     

           Au retour, le sentiment de n'avoir rencontré personne sinon des êtres interchangeables à souhait, tels des voisins de palier, des collègues de bureau : là d'où l'on vient.

    Être parti si loin pour retrouver les mêmes, bavards et suffisants ! Décidément, on mérite beaucoup mieux et ce mieux indisponible, on ira le chercher chez soi, là où l'on nous épargnera le pire : la bêtise et la honte.

    C'est déjà pas si mal.

     

     

    Extrait du titre : "La consolation" - chapitre 5 - copyright Serge ULESKI

     

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    Les vacances de Monsieur Hulot - Jacques Tati

    Un contre modèle ?

     


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