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radicalisation

  • Attentats parisiens : « Pour quoi je meurs ? »

                      Billet de blog rédigé en novembre 2015

     

     

     

                   "La réponse aux assassins doit être plus de fraternité, plus de démocratie, plus d'amour mais pas moins de débat."

         Jean-Luc Mélenchon, dimanche 15 novembre 2015 au sortir de l'Elysée.

      

     

     

                    Toutes ces voix brisées, sanglots dans la voix, tous ces visages, jeunes le plus souvent, les yeux rougis d’avoir trop pleuré... tous ces témoignages (1) diffusés tout au long de la soirée de Vendredi 13 novembre 2015, semblent ne poser qu’une question : « Pourquoi je meurs ? » car, tous sont morts ce soir-là, autant ceux qui n’en sont pas revenus que ceux qui en ont « réchappé » car on ne réchappe de rien, du moins jamais vraiment, quand il s’est trouvé qu’ils étaient trop nombreux autour de vous à ne pas avoir eu cette ultime chance.

     

                   Difficile néanmoins d’accepter qu’aucune réponse ne soit apportée à cette question lancinante « Pour(-)quoi je meurs ? ». Question qui n’est pas près de cesser de hanter tous ceux qu’elle a déjà commencé de vampiriser.

    Et c’est alors que l’on prend son courage à deux mains pour tenter d’expliquer deux ou trois choses :

                   Pourquoi je meurs ? demandez-vous...  eh bien, permettez-moi de vous dire que le jour où vous vous déciderez à ne plus accepter de vivre dans l’ignorance, alors, ce jour-là, vous aurez non seulement la réponse à votre question mais... d'une pierre deux coups, à votre douleur et à votre peur, vous substituerez une colère bienfaitrice car salvatrice. Mais attention ! Pas n’importe quelle colère ! Pas la colère dont l’Etat fait des choux gras ; la colère dont l’Etat se nourrit jusqu’à en devenir obèse, car cette colère-là renforce son pouvoir ; alors non ! pas cette colère, cette fameuse colère, celle qui nous est le plus souvent donnée à voir et entendre les jours des grandes catastrophes, la colère de l’ignorance bien évidemment ! Celle qui prend les effets pour les causes et ce faisant, se trompe de cible.

    Et pour ce qui est des tueries de ce vendredi 13 censé être la « Journée de la gentillesse » - eh oui ! le plus sérieusement du monde ! -, il est bien évidemment question de cette colère qui oubliera dans les jours à venir, soyons-en certains, de se tourner vers le palais de l’Elysée, l’hôtel Matignon et les façades du ministère des affaires étrangères, quai d’Orsay, ainsi que vers les ambassades des Etats-Unis et d’Israël ; deux Etats qui ont pris le contrôle de notre politique étrangère avec nos "dirigeants" - Hollande, Valls et Fabius - qui vouent "un amour éternel" à ces deux Etats (2) qui représentent un véritable danger pour la paix dans le monde depuis une bonne vingtaine d'années.

     

                   « Vous ne vous occupez pas de politique, monsieur ; je vous plains, car un jour la politique s'occupera de vous. »

                   Royer-Collard (à Sainte Beuve)

     

                   Alors oui ! Il est bel et bien question de substituer à cette colère de l'ignorance entretenue par l'Etat et ses relais médiatiques, la colère de ceux qui savent ! Aussi, travaillons tous ensemble à faire en sorte que ce soit la colère de ceux qui n’ont plus peur car, demain, ils sauront pour(-)quoi ils sont en danger de mort… que ce soit cette colère-là qui triomphe car, à l'avenir, seule cette colère nous protégera : elle fera en sorte que les événements de ce 13 novembre 2015 aient une probabilité de récurrence bien plus faible, voire nulle, car nous tous alors, exigerons de l'Etat qu'il cesse de nous mettre en danger pour son seul profit dans la gestion de carrières politiques mirobolantes auprès d'une oligarchie mondiale sans foi ni loi.

    Car enfin… doit-on une fois encore rappeler ceci ?

    La seule colère que l’Etat accepte, c’est la colère de l'ignorance qui le rend plus fort et fait de vous un être plus dépendant encore ; un citoyen désarmé réclamant à cor et à cri "protection et considération" sans soupçonner toutefois qu'il ne saurait en être question étant donné les choix qui sont faits par cet Etat qui a failli. De cette colère-là, l’Etat s’en repaît ; rien de surprenant à cela, puisque c’est ce même Etat qui en est à l’origine ; cette colère-là, l’Etat et ses relais médiatiques ont tout mis en œuvre pour qu’elle soit votre seul recours les jours de catastrophes, les jours où dans votre chair, vous êtes atteint… dans votre chair et dans votre psychisme ; et tous les psys de la terre n’y changeront rien ; et toutes les cellules de soutien psycho-machin, cellules post-traumatiques non plus !

    Cette colère, colère de l’ignorance qui se trompera fatalement d’objet, l’Etat (et les médias) l’entretient - il vous la garde au chaud pour ainsi dire ! - tout au long de l’année en vous gardant dans l’ignorance car il sait  que cette colère quasi « stratégique », vous la lui rendrez au centuple lorsque vous lui remettrez les « pleins pouvoirs » au cri de « Protégez-nous ! » ; une injonction crédule et suicidaire car, l’Etat ne protège que l’Etat. De plus, jamais un acte terroriste n’a mis en danger l’Etat ; l’Etat sort toujours plus fort d’une campagne d’attentats, et les victimes et leur famille plus faibles et plus dépendants encore.

     


                     Valls jure de "détruire" Daech ; un Valls grenouille de la politique qui n'a de cesse de chercher à se faire aussi grosse que le boeuf.

     

                    Aussi, attendons-nous dans les mois à venir à un Etat-providence croupion, Etat certes fauché mais anticipons dès maintenant un Etat mastodonte dans ses fonctions régaliennes - surveiller et punir -, tout en gardant à l'esprit qu'il n'est pas sûr, mais pas sûr du tout, que cette surveillance et ce goût pour le châtiment nous mettent à l'abri du pire.

     

    ***

     

                 Nous avons incriminé l'Etat, reste alors ses relais ; le premier de ses relais : les médias et le mensonge par omission.

                 Face à ces témoignages qui nous sont proposés depuis deux jours comme autant d’aveux d’ignorance, il nous faudra encore une fois mettre en cause tous ces journalistes payés pour ne jamais expliquer pour(-)quoi 129 personnes sont mortes et 300 sont blessées ; bilan encore provisoire. Des petites mains du journaliste à 1800 euros par mois, costume bon marché, micro d’une main, parapluie de l’autre, les jours de pluie, des journaux de 20H, pour mieux nous expliquer qu’ils ne savent rien - car ce qu’ils savent, ils font bien de le garder pour eux s’ils souhaitent garder ce qui n'est plus qu'un « job » -, aux journalistes-vedettes et stars à raison de dizaines de milliers d’euros par mois… tous contribuent, jour après jour, à entretenir cette colère à venir, cette colère de l’ignorance qui protègera l’Etat et ses politiques de toute remise en cause les jours de grandes catastrophes : jours de colère justement ! Ce qui nous promet dans les années à venir des milliers de vies détruites, sidérées qui ne trouveront aucune raison de recommencer à espérer car leur colère à tous, celle entretenue par l’Etat et les médias, ne les sauvera pas.

     

     

     

     

    1 - A propos de tous ces micros-trottoirs, ceux du lendemain Samedi 14 novembre en particulier, déjà plus sereins, on notera le fait que les interviewés semblent avoir un mal fou à parler de ce qu'ils ressentent et de ce qu'ils croient avoir compris avec leurs propres mots  ; en effet, on ne peut pas ne pas remarquer l'usage d'expressions et de formules toutes faites venues tout droit des journalistes des médias dominants ainsi que de la classe politique : "Avec ces attentats, Daech tente de provoquer une guerre civile en France" ; ou bien encore : "C'est à notre mode de vie, à notre civilisation auxquels Daech s'attaque !" etc...

    A ce sujet, notons que, comme un fait exprès, dans les médias et dans la classe politique, seuls ceux qui valident la politique de l'Etat PS souscrivent à cette interprétation des attentats.

    Alors que l'on pourrait tout aussi bien dire que les attentats de Daech n'ont qu'un but : faire plier l'Etat PS à propos de sa politique étrangère : que l'Etat PS  renonce à s'aligner sur l'Otan et les USA (Arabie Saoudite et Israël accessoirement)  ; en effet, cela n'aura échappé à personne le fait que jamais l'Etat français n'a été aussi proche de l'Otan, des USA, d'Israël et de l'Arabie Saoudite, cette alliée de revers contre l'Irak, l'Iran et la Syrie.

     

    2 - Car enfin, depuis quand est-ce dans l'intérêt de la France de jouer Israël contre les Palestiniens, l'Ukraine contre la Russie, les USA contre Poutine, l'Arabie Saoudite contre l'Iran, Boko Haram contre Khadafi, Daech né de la destruction de l'Irak, financé par l'Arabie Saoudite contre Bachar al-Assad...

    Il y a bien quelque chose de  pourri au royaume de la diplomatie française ! Nul doute !

    ______________

     

    Pour prolonger, cliquez : Ceux par qui le scandale d'attentats meurtriers est arrivé

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  • "La fabrique de l'ennemi" de Pierre Conesa

     

                  "L'Europe ne peut faire face à la radicalisation sans remettre en cause sa politique extérieure."

                                              Pierre Conesa (ancien haut fonctionnaire du ministère de la défense)

     


    Entretien avec Pierre Conesa

     

     

    Touteleurope.eu : Comment définir la radicalisation ?

    Pierre Conesa : Le sociologue définit la radicalisation comme la posture de légitimation ou de passage à l'acte dans le domaine de la violence. En ce sens, la radicalisation touche aujourd'hui beaucoup de domaines : politique avec une radicalisation d'extrême gauche ou d'extrême droite (identitaires, black blocs...), religieux (l'islam n'étant pas la seule grande religion touchée), ou encore des domaines tout à fait inattendus comme la défense des animaux, par exemple...

     


    Touteleurope.eu : En Europe, ce phénomène touche-t-il certains pays plus que d'autres ?

    Pierre Conesa : la caractéristique du système français est d'avoir une forte composante maghrébine, avec un rapport d'anciens colonisés à colonisateur. Mais la nouveauté réside dans le phénomène des conversions, qui lui touche les classes moyennes.

     

    Touteleurope.eu : Plusieurs pays européens ont mis en place des programmes de contre-radicalisation : peut-on évaluer leur efficacité ?

    Pierre Conesa : C'est très difficile, d'une part parce que les programmes sont assez récents. Par contre, beaucoup de pays démocratiques ont insisté sur le suivi des radicaux qui sont passés par la prison, partis en Syrie et reviennent, etc. Dans ce cas là, l'indicateur est beaucoup plus facile à déterminer.

     

    La France elle-même a mis en avant un programme de déradicalisation axé sur les prisons : qu'en pensez-vous ?

    Pierre Conesa : 90% des gens qui reviennent de Syrie ne sont passés ni par la mosquée ni par la prison. Ce qui nous manque aujourd'hui, c'est un tableau d'ensemble qui permettrait de répondre aux questions suivantes : que se passe-t-il sur Internet ? Par des contacts directs ? Dans les lieux de culte clandestins ? Cette volonté de trouver dans la prison des moyens d'éviter le contact entre les personnalités fragiles et les radicaux violents, la manière de s'occuper des gens censés s'être amendés après avoir fait leur peine de prison mais qui ne sont pas du tout déradicalisés... tout cela pose des problèmes de droit public complexes.

     

    Touteleurope.eu : La France pourrait-elle prendre exemple sur les programmes de déradicalisation mis en place ailleurs ?

    Pierre Conesa : Le principal problème est que toutes les analyses de déradicalisation ne tiennent pas compte des politiques extérieures. Or la radicalisation sectaire salafiste/djihadiste se base avant tout sur des thèmes internationaux : quand vous trouvez sur des sites web djihadistes : "2000 morts à Gaza et on ne fait rien, 4 occidentaux égorgés on envoie l'armée", vous ne pouvez pas avoir de contre-arguments face à ce type de posture diplomatique. Et tant qu'on ne prend pas en compte cette dimension de la politique extérieure, une des causes de la mobilisation et de la radicalisation ne sera pas arrêtée.

     

    Touteleurope.eu : Qu'attendez-vous de la stratégie européenne de lutte contre le terrorisme ?

    Pierre Conesa : J'ai bien peur que les Européens oublient cette dimension, à savoir qu'on ne lutte pas contre le terrorisme avec des moyens militaires. C'est un mensonge qui a été énoncé par George Bush après le choc de 2001, et l'on a vu le résultat des guerres en Irak, en Libye, ou en Afghanistan. Or, au lieu d'en tirer des conclusions, on en rajoute avec l'Irak et la Syrie... D'autre part on ne lutte pas contre le terrorisme avec des bombes aériennes de 250 kilos ! Quand vous jetez une bombe pour tuer un type dans une maison et que vous faites 60 victimes autour, vous avez 60 familles de terroristes demain ! Et je pose une question de fond : pourquoi aller se battre contre l'Etat islamique parce qu'il égorge des gens, coupe les mains des voleurs, opprime les femmes et interdit les autres religions... pour défendre l'Arabie Saoudite, qui coupe les mains des voleurs, opprime les femmes et interdit les autres religions ? Donc tant que l'Etat se comportera ainsi dans le monde arabo-musulman, tout en racontant qu'il est le droit, la sécurité, la justice, on ne convaincra pas des jeunes gens de ne pas partir.

     

     ______________

     

    Pour prolonger, cliquez : Attentats - la responsabilité de l'Etat français

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  • "La fabrique de l'ennemi" de Pierre Conesa

     

                  "L'Europe ne peut faire face à la radicalisation sans remettre en cause sa politique extérieure."

                                              Pierre Conesa (ancien haut fonctionnaire du ministère de la défense)

     


    Entretien avec Pierre Conesa

     

     

    Touteleurope.eu : Comment définir la radicalisation ?

    Pierre Conesa : Le sociologue définit la radicalisation comme la posture de légitimation ou de passage à l'acte dans le domaine de la violence. En ce sens, la radicalisation touche aujourd'hui beaucoup de domaines : politique avec une radicalisation d'extrême gauche ou d'extrême droite (identitaires, black blocs...), religieux (l'islam n'étant pas la seule grande religion touchée), ou encore des domaines tout à fait inattendus comme la défense des animaux, par exemple...

     


    Touteleurope.eu : En Europe, ce phénomène touche-t-il certains pays plus que d'autres ?

    Pierre Conesa : la caractéristique du système français est d'avoir une forte composante maghrébine, avec un rapport d'anciens colonisés à colonisateur. Mais la nouveauté réside dans le phénomène des conversions, qui lui touche les classes moyennes.

     

    Touteleurope.eu : Plusieurs pays européens ont mis en place des programmes de contre-radicalisation : peut-on évaluer leur efficacité ?

    Pierre Conesa : C'est très difficile, d'une part parce que les programmes sont assez récents. Par contre, beaucoup de pays démocratiques ont insisté sur le suivi des radicaux qui sont passés par la prison, partis en Syrie et reviennent, etc. Dans ce cas là, l'indicateur est beaucoup plus facile à déterminer.

     

    Touteleurope.eu : La France elle-même a mis en avant un programme de déradicalisation axé sur les prisons : qu'en pensez-vous ?

    Pierre Conesa : 90% des gens qui reviennent de Syrie ne sont passés ni par la mosquée ni par la prison. Ce qui nous manque aujourd'hui, c'est un tableau d'ensemble qui permettrait de répondre aux questions suivantes : que se passe-t-il sur Internet ? Par des contacts directs ? Dans les lieux de culte clandestins ? Cette volonté de trouver dans la prison des moyens d'éviter le contact entre les personnalités fragiles et les radicaux violents, la manière de s'occuper des gens censés s'être amendés après avoir fait leur peine de prison mais qui ne sont pas du tout déradicalisés... tout cela pose des problèmes de droit public complexes.

     

    Touteleurope.eu : La France pourrait-elle prendre exemple sur les programmes de déradicalisation mis en place ailleurs ?

    Pierre Conesa : Le principal problème est que toutes les analyses de déradicalisation ne tiennent pas compte des politiques extérieures. Or la radicalisation sectaire salafiste/djihadiste se base avant tout sur des thèmes internationaux : quand vous trouvez sur des sites web djihadistes : "2000 morts à Gaza et on ne fait rien, 4 occidentaux égorgés on envoie l'armée", vous ne pouvez pas avoir de contre-arguments face à ce type de posture diplomatique. Et tant qu'on ne prend pas en compte cette dimension de la politique extérieure, une des causes de la mobilisation et de la radicalisation ne sera pas arrêtée.

     

    Touteleurope.eu : Qu'attendez-vous de la stratégie européenne de lutte contre le terrorisme ?

    Pierre Conesa : J'ai bien peur que les Européens oublient cette dimension, à savoir qu'on ne lutte pas contre le terrorisme avec des moyens militaires. C'est un mensonge qui a été énoncé par George Bush après le choc de 2001, et l'on a vu le résultat des guerres en Irak, en Libye, ou en Afghanistan. Or, au lieu d'en tirer des conclusions, on en rajoute avec l'Irak et la Syrie... D'autre part on ne lutte pas contre le terrorisme avec des bombes aériennes de 250 kilos ! Quand vous jetez une bombe pour tuer un type dans une maison et que vous faites 60 victimes autour, vous avez 60 familles de terroristes demain ! Et je pose une question de fond : pourquoi aller se battre contre l'Etat islamique parce qu'il égorge des gens, coupe les mains des voleurs, opprime les femmes et interdit les autres religions... pour défendre l'Arabie Saoudite, qui coupe les mains des voleurs, opprime les femmes et interdit les autres religions ? Donc tant que l'Etat se comportera ainsi dans le monde arabo-musulman, tout en racontant qu'il est le droit, la sécurité, la justice, on ne convaincra pas des jeunes gens de ne pas partir.

     

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